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CHEZ LES TOUBIBS

21 Octobre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia

Gus Bofa est de retour...
Gus Bofa est de retour...

Chez les Toubibs, de Gus Bofa, présentation d’Emmanuel Pollaud-Dulian, Paris : éd. Cornelius, 2014.

Un grand merci aux éditions Cornélius de nous permettre de redécouvrir – en fait, découvrir – « une édition nouvelle, revue et corrigée, augmentée de crayonnés des dessins interdits par la censure » de Gustave Blanchot (1883-1968) : Chez les Toubibs. Seuls les amateurs de BD et de caricatures connaissent la fameuse édition du journal La Baïonnette* de Charles Malexis et son numéro spécial de mars 1917 intitulé… « Chez les Toubibs ». Ce que nous proposent les éditions Cornélius c’est un ouvrage qui quitte le rayon des périodiques rares – lire : oubliés – pour être porté à la connaissance du grand public au travers d’une très belle édition reliée pleine toile.

Toutefois « cette mise à disposition » ne peut se faire qu’avec moult précautions et avertissements. Emmanuel Pollaud-Dulian, biographe de Gus Bofa** nous y aide. Il nous brosse en XXIII pages illustrées, une petite monographie érudite de la caricature sanitaire pendant la « Grande Farce », laquelle nous prépare, à petits traits, au choc cruellement drolatique des dessins de Bofa et du texte des « petites monographies » de Pierre Mac Orlan.

Mais ne nous égarons pas amis et héritiers des damnés de la Grande Guerre ; que l’on ne s’y trompe pas, les dessins de Bofa, ne sont pas que le réquisitoire d’un antimilitariste, pacifiste, fils de colonel, c’est avant tout l’œuvre d’un « artiste combattant » reconnu par ses pairs, du pur modèle « Norton-Cru », un médaillé militaire, croix de guerre, invalide de guerre… un héros commun, un vrai poilu !

Ne vous en déplaise, amis « Croix-Rouge » et « suppôts patentés de la santé militaire », l’expérience « Bofa chez les toubibs » est une histoire vécue, une histoire au long cours (Hôpitaux auxiliaires de Toul, 1915-1916) : « j’étais couché. Je faisais de la fièvre et des dessins sur les hôpitaux militaires », celle d’un être vulnérable, soumis au terrorisme médico-infirmier toulois.

Ne boudons pas notre plaisir et découvrons ce monument tendrement irrévérencieux, tout à la gloire du service de santé militaire français, l’œuvre d’un « antimilitariste combattant » dont la page de gloire assumée fut d’avoir sauvé sa « patte » des mains expertes des chirurgiens militaires.

Un livre rare, à mettre dans toutes les bonnes mains de la « Médico Fanfare » pour Noël. Qu’on se le dise ! Qu’on le claironne ! Gus Bofa est de retour.

* La Baïonnette, n°87, 1er mars 1917, n° spécial, par Gus Bofa et Jean Villemot, texte de Mac Orlan.

** Emmanuel Pollaud-Dulian. Gus Bofa, L'enchanteur désenchanté, éd. Cornelius, 2013, 550 p.

(c) cliché édition Cornelius

(c) cliché édition Cornelius

Grièvement touché aux jambes le 7 décembre 1914, lors d’une patrouille dans le secteur du Bois-le-Prêtre, Bofa refuse de se laisser amputer. Trimballé d’une ville l’autre, d’un traitement l’autre, il endure la promiscuité de l’hôpital jusqu’à sa démobilisation en novembre 1915...

LES AMBULANCES « OUBLIEES » DE BELGIQUE (Août-Septembre 1914) – En marge des combats de Virton, Rossignol, Bellefontaine, etc. – 2e partie

12 Octobre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

LES AMBULANCES « OUBLIEES » DE BELGIQUE (Août-Septembre 1914) – En marge des combats de Virton, Rossignol, Bellefontaine, etc. – 2e partie

2e Partie – Les ambulances de Lahage puis de Bellefontaine (Belgique). 22-30 août 1914.

Suite de la 1ère partie: Les ambulances de Lahage.

« Du 2 août 1914 au 22 août 1914, j'ai été attaché au 9e bataillon de chasseurs à pied. Le 22 août 1914 vers minuit, j'étais à Lahage (Belgique), avec mon bataillon ; lorsque je reçus de M. le médecin principal Janot [médecin divisionnaire de la 4e division d’infanterie], assisté de mon médecin major (médecin major de 2e classe Thurel du 9e Chasseurs) l'ordre verbal, de rester avec quelques médecins auxiliaires et des infirmiers dans le village qu'on allait évacuer, d'y attendre avec les blessés l'arrivée des allemands, de me placer sous la protection de la Croix-Rouge, et de remettre mes blessés aux ambulances allemandes. Le même ordre fut donné quelques instants après, au moment où nos troupes partaient au docteur Barral, médecin-major de 2e classe du 120e d'Infanterie, et je fus placé sous ses ordres.

Le personnel médical ainsi laissé se composait du docteur Barral, [dr] Dournay, des médecins auxiliaires : Julien du 42e d'Artillerie, Piettre du 120e, Natan du 9e Chasseurs et d'un élève de l'école de Lyon, dont le nom m'échappe. Etaient adjoints un certain nombre de brancardiers et infirmiers du 120e.

Le matériel laissé à notre disposition se composait de deux paniers pris dans des voitures régimentaires, et quelques brancards.

La nuit se passe sans incident. Monsieur Barral avait de suite réparti le service, et chacun donna les soins aux malades qui lui étaient confiés.

Le matin, au petit jour, les allemands ne venant pas, [page 2] je fus chargé de former un convoi d'évacuation de blessés pouvant marcher. Environ 150 parmi lesquels 3 officiers partirent accompagnés du médecin auxiliaire Natan, et d'un caporal infirmier.

J'eus ensuite la douloureuse mission de faire enterrer les officiers tués dont les noms suivent : capitaine Maréchal Eugène, né à Cherbourg le 26 juin 1876 ; lieutenant Levé, du 9e Chasseurs à pied ; sous-lieutenant Rolland, du 9e Chasseurs à pied, et de plus, l'adjudant Carrion du 9e Chasseurs à pied ; le soldat Perinet Etienne (Mézières, 1901-632).

Les trois officiers furent enterrés près du cimetière chacun dans une tombe séparée, l'adjudant et les hommes furent mis dans une fosse commune creusée à côté de celle des officiers. Le curé de Lahage pourra au besoin donner des renseignements précis aux familles.

Arrivée des allemands - Au moment où j'accomplissais cette douloureuse mission (il était environ 9h 1/2 du matin), j'entendis sur la route des pas de chevaux. Comme il avait été convenu avec le docteur Barral, que le premier de nous deux qui entendrait venir les allemands irait au-devant d'eux les prévenir que le village était occupé uniquement par des ambulances, je me dirigeai du côté des allemands.

Je fus accueilli par des coups de fusil tirés par des hommes à pied, cachés à 200 m. environ de moi, et protégeant leurs cavaliers. J'étais placé en pleine lumière, néanmoins il est possible qu'ils n'aient pas vu mon brassard. En tous cas je pus atteindre et agiter un pavillon de la Croix de Genève qui se trouvait non loin de là. Le tir cessa, et je pus aller leur causer. Leur attitude fut très correcte.

Ces soldats représentaient l'avant-garde d'un escadron de chasseurs à cheval qui traversa le village sans s'y arrêter, et revint quelques heures après en nous laissant quelques blessés (Dans la nuit avaient déjà été emmenés [page 3] quelques blessés allemands à l'ambulance.)

Le lendemain, nous avons appris par une patrouille de cavaliers allemands, qu'un certain nombre de blessés se trouvaient à Bellefontaine (que nous croyions occupé par les allemands), sans personne pour les soigner. Je reçus du docteur Barral l'ordre d'y aller, et à partir de ce moment Je rentrai à Bellefontaine où je fus chef de service. Ambulance de Bellefontaine - Les blessés au nombre de 176 se trouvaient répartis dans des granges, des écoles, un patronage (voir la liste)

Les allemands étaient venus le soir du 22 Août, après le départ des troupes françaises, et une ambulance s'était installée. Nos blessés et les blessés allemands avaient été pansés, sans qu’on sache pourquoi, les allemands étaient brusquement repartis, emmenant avec eux tout leur personnel médical.

Dans l'intervalle du temps qui s'écoula entre le départ des allemands, et leur arrivée, les blessés reçurent les soins du docteur Lepyre, médecin civil de Bellefontaine assisté de femmes, de jeunes filles du pays, et de l'instituteur. Il nous aida par la suite dans toute la mesure de son pouvoir. Il faut louer d'ailleurs l'attitude de la population, (en particulier l'Instituteur, les religieuses) qui n'a cessé prodiguer à nos blessés les soins les plus assidus et les plus touchants.

J'annexe à ce rapport les noms des blessés, parmi lesquels sont 39 allemands. Le personnel médical était représenté par le docteur Dournay ; le médecin auxiliaire Piettre, et deux infirmiers, les nommés Delacroix et Beauchamp, tous deux soldats du 120e, qui m'ont assisté avec un zèle et une activité dignes d'éloge. La tâche fut pourtant rude, en raison de notre manque de matériel, car tous les pansements que nous avons trouvé ; avaient besoin [page 4] d'être refaits. Ils le furent très soigneusement et avec intelligence par mes infirmiers, et cela sauva certainement la vie de nombreux blessés, car les conditions où nous les avons trouvés étaient très favorables au développement du tétanos, dont nous n'avons eu que deux cas, (chez de très grands traumatisés).

La nourriture des blessés fut assurée au début par la population qui s'en occupe charitablement, et sans rien demander. Mais comme les vivres devenaient rares, je pris sur moi de signer des bons de réquisition, que je donnai au bourgmestre. Je ne sais s'ils furent très réglementaires, mais je n'avais pas d'autres moyens d'alimenter ces 176 blessés. C'est ainsi que je réquisitionnai :

Le 26 Août, 20 kg de viande de mouton, 50 Kg de pommes de terre ;

Le 28 Août, 20 Kg de viande de porc, 50 kg de pommes de terre.

Le 29 Août, 5 Kg de porc et 20 kg de pommes de terre auxquels il faut ajouter 25 Kg d'avoine, pour le cheval du médecin auxiliaire Piettre.

Ces qualités de matières alimentaires furent complétées par des boites de viande de conserve ou de biscuits trouvés dans les sacs sur le champ de bataille. J'ajoute que j'ai cru bien faire en remboursant de ma poche au médecin du pays, les médicaments qu'il avait personnellement employés ou m'avait fournis pour soigner nos blessés, J'en tiens un reçu à la disposition du Service de Santé (52, 35).

Notre départ pour Marbehan. Le docteur Barral a dû, dans son rapport indiquer tous ses efforts infructueux pour organiser des convois vers la France ; aussi n'en parlerai-je pas ici.

A Bellefontaine, nous eûmes le 25 Août la visite du médecin en chef de l'hôpital allemand d'Etalle, et du [page 5] docteur Hillebreak, oberartz, de l'ambulance de Tintigny. Ces messieurs furent corrects, visitèrent notre ambulance, et nous prièrent de rester là pour soigner les blessés français et allemands. Leurs ambulances d'Etalle et Tintigny étaient pleines. Ils ne pouvaient nous porter secours, et s'offrirent seulement à nous procurer du matériel ou des instruments en cas de besoin (...) Le 27 août le docteur professeur Hannes (de Breslau) stabartz, vint avec un convoi d'automobiles et de voitures, prendre les blessés allemands, et les plus graves parmi les Français. Il nous expliqua que nous nous trouvions à l'arrière de l'armée allemande, qu'il était impossible de nous rendre par les avant-postes, et que nous serions renvoyés par la Suisse.

Le lendemain et jours suivants des voitures automobiles vinrent chercher successivement nos blessés, en commençant par les plus graves. Ces voitures bien installées étaient servies par des infirmiers allemands qui se montrèrent pour nos blessés, aussi soigneux et aussi prévenants que pour les leurs.

C'est dans ces conditions, que je reçus le 30 août au matin, d'un médecin allemand (de grade élevé), l'ordre de transporter nos derniers malades (une vingtaine) dans des voitures de réquisition, à Rossignol. Je fus rejoint par le docteur Barral, accompagné de ses médecins auxiliaires, de ses infirmiers, brancardiers, et de ses derniers blessés, venant de Lahage, où il avait reçu le même ordre.

Nous fîmes sans escorte le trajet de Bellefontaine à Marbehan, où nous rencontrâmes peu de monde, quelque landwehr et landstrum. Il ne semblait pas y avoir beaucoup de troupes dans cette région à ce moment-là (30 août) ».

A suivre : 3e partie - MARBEHAN (BELGIQUE) : Ambulance chirurgicale française improvisée sur la ligne allemande des étapes (août-septembre 1914)

Source :

Musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 635, dos. (NC) Dournay, n° 59. Extraits du rapport du docteur Dournay Jean, aide-major de 2e classe, du 9e Chasseurs à pied, rapatrié d'Allemagne.

HOPITAUX ET BLESSES DE GUERRE, 1914-1918. DU FRONT VERS LA CORREZE.

8 Octobre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #Centenaire, #varia

HOPITAUX ET BLESSES DE GUERRE, 1914-1918. DU FRONT VERS LA CORREZE.

Dans le cadre du centenaire de la Grande Guerre, les Archives départementales de la Corrèze inaugurent à Tulle, le 18 octobre 2014, une exposition itinérante (2014-2015) consacrée à l'action du service de santé militaire et aux moyens sanitaires tant civils que militaires déployés durant la Grande Guerre dans le département. Une approche originale qui associe les Corréziens à la Grande Histoire de la Grande Guerre.

Présentation des archives départementales de la Corrèze :

« Cette exposition présente les grandes étapes logistiques de prise en charge et de transport des soldats blessés du front vers la Corrèze. Chaîne d'évacuation des blessés et malades, constitution des hôpitaux temporaires dans notre département et, surtout, formidable mobilisation de la population corrézienne y sont tour à tour dévoilées. »

Trois thèmes sont déclinés en 18 panneaux : les formations sanitaires de l’avant ; les formations sanitaires de l’intérieur ; le soutien aux blessés. Des panneaux-focus sont consacrés à trois praticiens corréziens : les docteurs Bussy, Parrical de Chammard et Buteau.

« L'exposition est basée sur l'exploitation d'archives et de documents iconographiques. Des fonds privés de particuliers et des fonds de partenaires institutionnels (Musée du service de santé des armées. Paris / Service des archives médicales hospitalières des armées. Limoges) ont été rassemblés à cette occasion.

Partie intégrante de l'exposition, deux tablettes numériques permettent aux visiteurs de découvrir, via une carte interactive, le paysage sanitaire de la Corrèze de 1914 à 1918. En liaison avec chacune des structures hospitalières présentées sont rassemblés photographies, articles de presses et documents d'archives inédits. »

Entrée libre

Archives départementales de la Corrèze Le Touron – 19000 Tulle Horaires d'ouverture au public : du lundi au jeudi : 8h30-17h ; vendredi de 8h30-16h30.

Catalogue de l’exposition : 15 €
Programme d’itinérance (2014-2015) : Tulle, Uzerche, Objat, Brive, Argentat, Ussel. (Pour les dates exactes, consulter le programme en PDF, in fine)

Dossier de presse de l'exposition "Hôpitaux et blessés de guerre, 1914-1918. Du front vers la Corrèze".

« L’Arlington breton » 1914-1918

2 Octobre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #Bretagne 1914-1918

Le Mémorial aux Bretons de la Guerre 1914-1918
Le Mémorial aux Bretons de la Guerre 1914-1918

Visite au Mémorial aux Bretons morts pour la Patrie, en 1914-1918, de Sainte-Anne-d’Auray.

Au retour d’une conférence à Vannes sur le Service de santé de la XIe région militaire pendant la Grande Guerre, il est naturel – presque obligatoire – de faire étape au Mémorial des Bretons de Sainte-Anne-d’Auray, placé à main droite de la Basilique.

« La Bretagne à ses enfants – Breiz d’he bugale karet »

A chaque visite, je reste écrasé par la grandeur sobre de ce monument inauguré en 1932 symbolisant – encore et toujours – entre Armor et Argoat, la seule identification régionale majeure de la commémoration de la Grande Guerre.

Je me fais, à chaque visite, le devoir de faire le tour de son mur d’enceinte de 450 mètres de long, construit entre 1934 et 1935, où sont gravés, par paroisses, les noms de 8500 catholiques anciens combattants parmi les 110 à 140 000 bretons « morts pour la France ». Ce mur, improprement désigné comme « l’Arlington breton » est en fait le précurseur du « Vietnam War Memorial » de Washington D.C., lequel ne fait que 150 mètres… mais est bien plus fourni en noms de vétérans killed in action du Vietnam (plus de 58 000!).

Cette poussée de chauvinisme mise à part, je souhaitais vous faire partager – ou découvrir – quelques photos d’un lieu d’exception, propice à la méditation et largement déserté aujourd’hui – et par les fidèles et - par les anciens combattants (125 000 pèlerins à son inauguration en 1932). Tout un symbole en cette année de centenaire.

« L’Arlington breton » 1914-1918« L’Arlington breton » 1914-1918« L’Arlington breton » 1914-1918

LES AMBULANCES « OUBLIEES » DE BELGIQUE (Août-Septembre 1914) – En marge des combats de Virton, Rossignol, Bellefontaine, etc.

23 Septembre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

LES AMBULANCES « OUBLIEES » DE BELGIQUE (Août-Septembre 1914) – En marge des combats de Virton, Rossignol, Bellefontaine, etc.

1ère partie - L’ambulance de Lahage (Belgique, 22-30 août 1914)

Au fil des livraisons nous accompagnons le service de santé militaire dans les différents engagements de la bataille des Frontières (août 1914). Aujourd’hui je propose une série de quatre articles sur le soutien sanitaire du 2e corps d’armée français au lendemain des combats de Virton et de Rossignol et plus particulièrement sur le service sanitaire de la 4e division d’infanterie les 22 et 23 août 1914.

Avant de commencer à dérouler le fil des témoignages de médecins régimentaires – sur plusieurs livraisons - je présente une situation des moyens sanitaires de la 4e DI et du 2e CA. Ces grandes unités qui devaient se déplacer sur des axes logistiques encombrés étaient totalement intriquées dans les trains de combat. Ils ne pouvaient, pour ces raisons, se déployer rapidement et soulager les corps de troupe dont les postes de secours de bataillons étaient encombrés de blessés.

Les services sanitaires régimentaires mentionnés dans les articles sur les « ambulances oubliées », aventurées au nord-ouest de Virton (Belgique), appartenaient pour l’essentiel, à la 87e brigade (général Cordonnier), de la 4e division d’infanterie (général Rabier), du 2e corps d’armée (Général Gérard), de la 4e armée (De Langle de Cary).

Ordre de bataille et état d’encadrement sommaire du service de santé de la 4e division d’infanterie (août 1914)

Commandant : Général Rabier - Médecin divisionnaire : médecin principal de 2e classe Albert Eugène Janot ;

7e brigade : Général Lejaille – pas de chef de service de santé, au niveau brigade ;

91 RI : Colonel Blondin;

147e RI : Colonel Remond.

87e brigade : Général Cordonnier – pas de chef de service de santé, au niveau brigade ;

120e RI : Colonel Mangin – Médecin, chef de service : médecin major de 1ère classe Hochwelker ;

9e BCP : Colonel Guedeney – Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Thurel ;

18e BCP : Colonel Girard - Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Arnould ;

42e RAC :

Formations sanitaires de campagne de la 4e DI :

Groupe de brancardiers divisionnaires (GBD n°4) - Médecin major de 1ère classe Dor, chef de service ;

Ambulance divisionnaire n°3 du 2e CA, affectée à la 4e DI (Amb. n°3/2) : Médecin major de 2e classe Mathieu de Fossey, chef de service ;

Ambulance divisionnaire n°4 du 2e CA, affectée à la 4e DI (Amb. n°4/2) : Médecin major de 2e classe Lapointe, chef de service ;

Section d’hospitalisation n°1 – pas de chef de service mais un officier d’administration de 3e classe pour le groupe des sections d’hospitalisation du corps d’armée.

Ordre de bataille et état d’encadrement sommaire du service de santé du 2e corps d’armée (20 août-23 août 1914)

Directeur du service de santé : Médecin inspecteur Collin (2-5/08/14), accidenté dès le 1er août 1914 puis médecin principal de 1ère classe Dommartin (5-25/08/2014) qui passe au retour du titulaire à la 3e DI.

Ambulance divisionnaire n°1 du 2e CA : EOCA, attaché au train de combat du corps d’armée – Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Meyer.

Ambulance divisionnaire n°2 du 2e CA : EOCA, attaché au train de combat du corps d’armée – Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Pauchet.

Ambulance divisionnaire n°3 du 2e CA : affecté à la 4e DI - Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Mathieu de Fossey.

Ambulance divisionnaire n°4 du 2e CA : Affecté à la 4e DI - Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Lapointe.

Ambulance divisionnaire n°5 du 2e CA : Affecté à la 3e DI - Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Domage.

Ambulance divisionnaire n°6 du 2e CA : Affecté à la 3e DI.

Ambulance divisionnaire n°7 du 2e CA : EOCA, attaché aux parcs du corps d’armée - Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Poutrin.

Ambulance divisionnaire n°8 du 2e CA : EOCA, attaché aux parcs du corps d’armée.

Groupe de brancardiers de corps (GBC n°2) - Médecin, chef de service : médecin major de 1ère classe Pichon.

Hôpital d’évacuation (HoE n°2), stationné sur voie ferrée, en position d’attente à Reims.

Section sanitaire automobile du 2e corps d’armée (SSA), a rejoint le 20 août 1914.

Nota : Le 2e CA ainsi que les 52e et 60e divisions de réserve ne possédaient pas en août 1914 d’ambulances en réserve d’armée (numérotées de 9 à 16), à la différence des autres CA de la 4e armée (11e, 12e, 17e, 22e).
Notes pour servir à l’Histoire du service de santé dans le secteur d’opérations de la 4e DI (Bellefontaine, Lahage, Belgique, 21-23 août 1914)

21 août 1914 – Mouvement général de la 4e armée (De Langle de Cary). Le 2e CA marchait en une seule colonne en direction de la Belgique par la route Montmédy, Grand-Verneuil, Petit-Verneuil, Thonne-la-Long, Sommethonne, Meix-devant-Virton, Bellefontaine. Le directeur du service de santé du 2e CA était à Montmédy (205 lits d’hospitalisation) où se positionnait l’amb. n°8/2 qui devait servir de dépôt d’éclopés (600 places). Ordre de route du service de santé du 2e CA : en tête, 4e DI (ambulances n° 3/2 et 4/2) ; 3e DI (amb. n°5/2 et 6/2) ; trains de combat du CA (amb. n°1/2 et 2/2) ; en fin de colonne, les parcs de CA avec les amb. n°7/2 et 8/2 (à Montmédy). En soirée : cantonnement de la division et des éléments de tête à Sommethonne. Note : Il est intéressant de noter que le 2e CA ne disposait que de huit ambulances, dont quatre endivisionnées, dont la mobilisation s’opéra du 5 au 10 août 1914.

22 août 191404h00, brouillard intense – Mouvement sur Villiers-la-Loué, Meix-devant-Virton. 08h00, éléments de tête à Bellefontaine. 09h00, début du combat. La colonne de tête comprenant la 87e brigade avec quatre batteries d’artillerie débouchait au nord de la forêt de Virton tandis que le gros du 147e RI avec deux batteries d’artillerie s’avançait sur la route près de Lahage : Service régimentaire – 120e RI à Bellefontaine, barricadé dans le village. Les postes de secours furent regroupés plus en arrière à Lahage dans des habitations de rencontre (postes de secours des 120e RI, 147e RI, 9e BCP, 18e BCP). Service des formations sanitaires - A Villers-la-Loue (amb. n°4/2), à Meix-devant-Virton (GBD n°4 et amb. n°3/2). A Bellefontaine, la Croix-Rouge belge avait installé une ambulance des Sœurs de la Doctrine Chrétienne (docteurs civils Lepyrck et Dauby). Combats très vifs. Au sud du dispositif de la 4e DI une autre série de combats s’engageait à Meix-devant-Virton et à Villers-la-Loué. A cette occasion l’amb. n°4/2 recevait des obus ; elle était disloquée et son personnel se repliait dans la précipitation en abandonnant une partie de son matériel. L’amb. n°3/2 allait fonctionner à Meix-devant-Virton (église). 16h00, une section du GBD n°4 parvenait à monter à Bellefontaine, y chargeait des blessés et les évacuait sur l’amb. n°3/4 de Meix. A 17h00, bombardement du village de Meix. Mouvement de repli de l’amb. n°3/2 et évacuation des blessés sur Sommethonne.

A Bellefontaine, en raison du repli du corps colonial (ouest) et du 4e CA (est), et bien qu’elle conserve le terrain face à la 21e brigade silésienne, les éléments engagés de la 4e DI reçoivent l’ordre de se retirer à Gérouville.

Quelques "enseignements" sur le fonctionnement du service de santé en campagne lors des combats du 22 août à Bellefontaine peuvent être proposés :

  • Les liaisons entre les directeurs des services de santé DI et CA furent inexistantes et ne permirent pas de mettre en œuvre dans de bonnes conditions les fonctions « traitement » et « évacuations » ;
  • Les évacuations sanitaires furent limitées à l’emploi des moyens d’évacuation divisionnaires. Le GBC n°2 et ses moyens de renforcement en véhicules sanitaires et brancardiers ne furent pas engagés en renforcement à l’avant (axe routier encombré). Le 22, à 19h00, le GBC n°2, maintenu dans le périmètre du CA, recevait l’ordre de se rendre à Petit Verneuil pour y organiser un poste de recueil des blessés à destination de Montmédy où étaient mis en place les trains sanitaires d’évacuation.
  • La fonction « traitement » fut absente. Aucune ambulance ne put fonctionner au profit de la 87e brigade et des troupes engagées au nord de la forêt de Virton : l’amb. n°3/2 dut se replier et l’amb. n°4/2 fut annihilée par l’artillerie lourde ennemie dès la phase de progression.
Pertes totales (tués, blessés, disparus)  de la 4e DI aux combats de Lahage-Bellefontaine : 120e RI (901), 147e (181), 9e BCP (71), 18e BCP (17).

23 août 1914 – Repli général au sud de la forêt de Virton des éléments de la 4e DI aventurés au nord ; la direction générale était Gérouville. Les GBD4 et l’amb. 3/2 se repliaient à Sommethonne. L’amb. n°4/2 n’existait plus. Elle fut remplacée par l’amb. n°1/2 (Meyer) provenant des EOCA du 2e CA. La section sanitaire automobile du 2e CA évacuait les blessés sur Montmédy où fonctionnait un point d’embarquement par voie ferrée. Regroupement des éléments du 2e CA dans la région de Gérouville puis départ pour Breux en début d’après-midi.

Le 22 août 1914 au soir, à Bellefontaine-Lahage, la 4e division laissait en arrière cinq médecins et des personnels infirmiers et brancardiers régimentaires pour assurer le service médical des blessés qui n’avaient pu être évacués et qui avaient été recueillis dans des granges transformées en ambulances de fortune. Je propose aux lecteurs du blog de suivre les vicissitudes de ces personnels et de leurs blessés en quatre livraisons à suivre...

Extraits du rapport du médecin aide-major [de 1ère classe] Barral, du 120e régiment d’infanterie, [1er bataillon] :

« J'ai l'honneur de vous rendre compte des faits qui se sont passés depuis le 22 août 1914, au moment où je reçus l'ordre de rester avec des blessés à l'ambulance de Lahage (Belgique) jusqu'à ma rentrée en France le 16 juillet 1915. Installation et fonctionnement de l'ambulance de Lahage-Bellefontaine. Le 22 août, un combat très violent se livre entre Lahage et Bellefontaine (Belgique), auquel prit part la 4e division et surtout le 120e d'infanterie dont les pertes furent de 1200 hommes et 30 officiers environ. A 9 heures du soir, je reçus du médecin divisionnaire l'ordre d'aller [page 2] à Bellefontaine pour évacuer sur Lahage le plus grand nombre de blessés possible. Pendant que je prenais des chevaux dans les écuries et formais mon convoi d'évacuation, l'ordre est donné aux compagnies du 9e Chasseurs occupant Bellefontaine, d'évacuer immédiatement le village. - Resté seul, je charge 60 blessés sur les 6 voitures difficilement trouvées, je mets en route le convoi, qui n'était plus protégé, et arrive à minuit à Lahage.

Le médecin divisionnaire, Mr Janot [Albert-Eugène, médecin principal de 2e classe, né en 1863 ancien médecin-chef de l’hôpital militaire de Sedan], et le médecin major de 1ère classe Hochwelker [Henri François, 1874-1967, ancien médecin du régiment de sapeurs-pompiers de Paris], chef de service au 120e, m'annoncent alors que la division se retire et me donnent l'ordre de rester pour soigner et remettre aux autorités allemandes les nombreux blessés restant dans la région qui n'ont pu être évacués faute de voitures. Ils laissent sous mes ordres cinq autres médecins : MM. Dournay, médecin aide-major de 2e classe au 9e bataillon de chasseurs [BCP] ; Piettre, médecin auxiliaire au 120e [RI]; Julien, médecin auxiliaire au 42e d'artillerie [RAC] ; Prévo[s]t, élève à l'Ecole de santé, de l'ambulance 4 du 2e corps [amb. n°2/4] ; un médecin auxiliaire du 9e Chasseurs [Natan], renvoyé le lendemain avec un convoi de blessés ; 12 infirmiers ; 2 paniers de pansements.

La [4e] division se retire à 1 heure du matin. 300 blessés environ restent dans le village ; jusqu'au matin, je fais des pansements et réunis dans des granges ou à l'église, les blessés légers qui, après quelques heures de repos, pourront être évacués. Les inévacuables sont [page 3] mis à l'école des soeurs, à l'école laïque, dans les maisons du centre du village, ainsi que 15 allemands blessés.

Le 23 [août] à 6 heures du matin, les troupes allemandes n'étant pas encore signalées, je me hâte de chercher les dernières voitures restantes, et forme un convoi sous la conduite d'un médecin auxiliaire [Natan] que je dirige sur Meix-devant-Virton dont la route me semble être libre. Tous les blessés pouvant marcher (80 environ), 3 officiers transportables assis : capitaine Dorut, du 120e (fracture de cuisse) - lieutenant Pré, du 120e (Plaie en séton de l'abdomen), un autre officier, 40 blessés assis partent ainsi. - Le convoi arriva sans trop d'encombre à Meix en prenant un chemin détourné pour éviter la route balayée par les obus, mais les voitures ayant dû continuer jusqu'à Montmédy (30 kilomètres), ne purent rentrer que le surlendemain. Vers 9 heures, des coups de fusil sont tirés à l'entrée du village ; quelques fuyards sortis des bois arrivent poursuivis par des patrouilles de dragons allemands. Je fais rentrer les fusils à l'ambulance et je sors accompagné d'un sous-officier allemand blessé, pour m'avancer au-devant des cavaliers dès que je les verrai. Entre temps, le docteur Dournay était allé avec les infirmiers sur la hauteur derrière l'église enterrer nos morts de la nuit. Les Allemands, apercevant des uniformes français, tirent dessus. Mr le docteur Dournay va, sous la fusillade, décrocher un drapeau de la Croix-Rouge et s'avance vers eux au péril de sa vie. Je m'avance de mon côté par la grand-rue, accompagné [page 4] du sous-officier allemand blessé. Les coups de fusil s'arrêtent et nous nous trouvons en présence de la patrouille. Le sous-officier qui la commande affirme qu'on a tiré sur eux et qu'il y a des francs-tireurs dans le village. A grand peine, j'essaie de persuader le contraire à l'officier allemand survenu lui expliquant que quelques coups isolés ont pu être tirés dans les bois mais qu'il n'y a avec nous que des blessés. Mes dires sont confirmés par le sous-officier allemand blessé, il ajoute qu'il a été bien soigné ainsi que des camarades. L'officier me demande alors si je peux lui promettre qu'aucun coup de fusil ne sera tiré sur eux. Sur mon affirmative, nous traversons sans incident le village qui fut ainsi épargné. Un escadron suit la patrouille et nous laisse, en revenant une heure après, un sous-officier blessé.

Rappelons que les mêmes troupes avaient, dans les environs, commis les pires atrocités : les villages d'Etalle et de Tintigny avaient été entièrement brûlés et plus de 90 civils, femmes et enfants, fusillés dans chacun d'eux. A Ethe, ils avaient mis le feu à l'ambulance française, tué des médecins, fusillés les infirmiers et brûlés vifs les blessés sous prétexte de francs-tireurs (un infirmier du 103e fusillé deux fois et ayant reçu 8 balles se trouvait à Altengrabow ; il est rentré en France comme grand blessé.)

Le 24 [août], j'apprends que les blessés restés à Bellefontaine sont plus nombreux que je ne croyais et que le médecin civil du pays ne peut suffire à les soigner ; je détache Mr Dournay et deux infirmiers.- Cette ambulance avait à elle seule avec les Allemands, plus de 150 blessés. [La transcription de la liste des 176 blessés français et allemands, annexée au rapport Dournay, sera proposée dans la 4e partie des « ambulances oubliées de Belgique »].

II.- Impossibilité d'évacuer sur nos lignes nos blessés graves

La principale préoccupation fut alors d'essayer d'évacuer nos blessés [page 5] du côté français; mais je n'avais aucune indication précise sur la position de nos troupes, et au milieu de la canonnade qui tonnait autour de nous, je n'aurais pu risquer un convoi.

Du reste, les voitures de réquisition me faisaient défaut ; celles parties le jour du combat et le lendemain étant allées jusqu'à Montmédy ne sont revenues que le 25 [août] au soir ; de plus elles auraient été insuffisantes pour le nombre de blessés graves qui restaient.

J'envoie des isolés dans la direction où je suppose être nos troupes, avec mission de rendre compte de notre situation et de demander des voitures.

Le 25 août, des paysans affirment que la route de Meix-devant-Virton n'était plus libre, mais que par contre celle de Gérouville l'était encore ; le médecin auxiliaire Piettre se propose pour aller en reconnaissance et part seul en bicyclette sur cette route dangereuse. Il arrive ainsi, après avoir rencontré quelques allemands qui le laissaient passer, à Gérouville, où se trouve le quartier général de la 87ème brigade. Il voit le général [Emilien Victor] Cordonnier [1858-1936], lui rend compte de notre situation; nous commençons à manquer de vivres, de pansements, et avec des voitures, l'évacuation de nos blessés est encore possible. Le général envoie immédiatement une automobile et me promet un convoi pour 4 heures. - J’évacue dans l'automobile M. le capitaine Wolf, du 9e Chasseurs, gravement blessé à la hanche (fracture ouverte et infectée du col du fémur), et le lieutenant Tourette (fracture du poignet droit et plaie en séton de la région abdominale). [page 6] Je prends des mesures pour l'évacuation rapide des blessés de Lahage et de Bellefontaine. Mais le convoi attendu ne nous arriva jamais pour des raisons inconnues. Du reste à partir de ce jour, la canonnade ne cessa de s'éloigner.

Notre situation devenait difficile par suite du manque d'objet d'alimentation et de pansements. Une voiture de batterie abandonnée à 1 kilomètre de Lahage et dont j'avais immédiatement fait prendre le contenu, nous fournit du sucre, du café, du riz, du potage condensé, qui nous furent des plus utiles pour soigner les blessés.

Du blé se trouvant chez les paysans, je le réquisitionnais et le fit moudre dans un moulin près du village. Enfin la viande nous fut fournie par des boites de conserves trouvées sur les morts et par deux chevaux blessés que j'avais fait abattre.

III – Evacuation vers nos lignes, de tous les hommes pouvant marcher.

Entre temps, je dirigeai sur nos lignes plusieurs groupes appartenant à des régiments différents qui erraient dans les bois depuis la bataille du 22 [août] et qui avaient fini par rallier mon ambulance.

Le 24 [août] à 9 Heures du soir, arrivent ainsi 200 hommes du 103ème et 104ème commandés par deux officiers avec 18 cavaliers du 14e Chasseurs. Ils s'étaient battus le 22 Août près d'Ethe s'étaient perdus, avaient traversé les lignes allemandes en se cachant dans les bois, se dirigeant vers Lahage où on leur avait dit qu'il y avait une ambulance française. Comme ils n'avaient rien pris depuis 3 jours, je leur donnai du sucre, du café [page 7], du potage condensé et les fis conduire dans la forêt où ils bivouaquèrent, le lendemain de bonne heure ils rejoignirent nos lignes. Les chevaux n'ayant pu traverser la ligne de chemin de fer, restèrent dans la forêt, je les fis prendre et les gardais ainsi que 8 autres que j'avais déjà réunis. A mon départ, je les confiai à des paysans avec ordre de les rendre aux autorités françaises quand elles reviendraient.

Le 25 [août] dans la soirée, 60 hommes des 1er et 2e Colonial arrivent dans les mêmes conditions, à demi morts de faim. Une fois ravitaillés, je les fais conduire sur la route de Gérouville. Je fis de même pour les petits groupes isolés qui arrivèrent encore les jours suivants.

Entre temps, je m'étais occupé de l'assainissement du champ de bataille et j'avais demandé au bourgmestre des corvées pour ensevelir les morts, 400 Français et 290 Allemands furent ensevelis sur le territoire de la commune. Les officiers furent enterrés à part. Tous les cadavres avaient du reste été fouillés et dépouillés par des soldats allemands qui rodaient par groupes sur le champ de bataille et n'hésitaient pas à tirer sur les corvées ensevelissant les morts. (A) Je fis dresser une liste complète des décédés et des objets trouvés sur eux qui furent mis dans les porte-monnaie avec les plaques d'identité. Les objets des Français furent laissés au bourgmestre de Bellefontaine, ceux des allemands [page 8] furent remis aux médecins allemands.

J'enterrai également avec tous les honneurs possibles 12 blessés dont 4 officiers qui moururent du 22 au 30 août dans mon ambulance. Toutes les listes que je possédais me furent enlevées par les Allemands ; je pus cependant donner au corps en rentrant, par une copie que j'avais pu conserver, les noms de 410 ensevelis et de 120 prisonniers à Altengrabow. (…) »

A SUIVRE2e partie – Les ambulances de Lahage puis de Bellefontaine, 22-30 août 1914.

Notes :

(A) - presque tous les morts portaient plusieurs blessures, dont les unes, (...) faites à bout portant : ce qui prouve que les Allemands achevaient systématiquement tous ceux tombés sur le champ de bataille. Du reste, des blessés (...) moi, après le combat me confirmèrent cette façon d'agir et n'échappèrent à cette mort que par miracle. Ces listes ne sont pas annexées au rapport en ma possession (F.O.)

Sources :

Musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 633, dos. (NC) Barral, n° 26 - Rapport de captivité du médecin-major Barral du 120e régiment d'infanterie, médecin-chef de l'ambulance de Lahage-Bellefontaine (Belgique) du 22 au 30 août 1914 (...)

Journaux des marches et opérations des unités sur le site mémoiredeshommes : JMO DSS 4A – 26N 33/10; JMO DSS 2CA – 26N 105/1 ; JMO DSS 4DI – 26N 267/8 ; JMO GBC 2CA – 26N 105/11.

Schmitz et Nieuwland. Documents pour servir à l’Histoire de l’invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg, 7e partie, t. VIII, La bataille de la Sémois et de Virton. Bruxelles : Van Oest et Cie, 1924, 432 p.

LES INTERNES CIVILS FRANÇAIS DE LA CITADELLE DE LAON, EN 1914.

20 Septembre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux, #les hommes

LES INTERNES CIVILS FRANÇAIS DE LA CITADELLE DE LAON,  EN 1914.

Témoignage inédit du docteur R. Peyron, de Montcornet, médecin militaire, sur les conditions inhumaines de détention des internés français à Laon (1914).

[page 2] « De mon séjour à Laon, je dois retenir surtout ce qui s'est passé à la citadelle. La "Citadelle” de Laon servait, avant la guerre, de caserne. Les Allemands y logèrent des troupes ; mais ils l'utilisèrent surtout pour les évacués civils. Ces civils étaient des habitants des villages voisins chassés de leurs foyers par ordre de l'autorité allemande, qui les avait concentrés à Laon. Des Dames de la Croix-Rouge française s'occupaient d'eux et leur fournissaient [page 3] fournissaient quelques secours. De temps en temps un médecin allemand venait passer une visite sanitaire.

Le Maire de Laon, Monsieur le Sénateur Touron [Ermant], qui était resté à son poste malgré l'invasion, inquiet de ce qui se passait à la citadelle, demanda qu'un médecin français fût chargé du service médical des évacués. La commandanture consentit avec d'autant plus d'empressement que les médecins allemands faisaient avec une extrême répugnance ce service. A la prière du maire on m'accorda donc un sauf-conduit, qui me permettait de circuler en ville à toute heure (de 7 h. du matin à 8 h. du soir) et de visiter la citadelle une fois par jour, (En outre je fus chargé du service des évacués civils du Palais de justice et des casernes d'artillerie, dont je parlerai plus loin.) Je fus chargé de ce service vers la fin du mois d'octobre. Et voici ce que je trouvai à la citadelle à cette date. Les constatations que je vais résumer ont fait l'objet d'un rapport détaillé que j'ai remis, sur sa demande entre les mains de Monsieur le Maire de Laon, après une première visite à la citadelle.

Dans les salles du dernier étage (la citadelle en comprend 3 ou 4, et fort élevés), les Allemands avaient entassé toute une population de femmes, d'enfants et de vieillards. Il y avait là des bébés à la mamelle, et des vieux de 90 ans ; des infirmes, des impotents, des paralytiques. Des femmes avalent été transportées là le Jour ou le lendemain de leur accouchement. Tout ce monde était parqué dans des salles grandes et aérées, mais absolument insuffisantes. Des locaux où 60 personnes auraient été serrées en contenaient 100 ; On avait jeté sur le sol une paille sale, étalée en couche mince. Ces malheureux vivaient et couchaient là pêle-mêle, dans un état de promiscuité et de saleté écoeurantes. La vermine apportée par [page 4] quelques-uns, s'était rapidement propagée à tous. La plupart n'avaient pu partir qu'avec le linge et les vêtements qu'ils portaient sur eux. Ils souffraient non seulement de cette saleté où ils vivaient depuis des semaines, mais aussi du froid, surtout la nuit, malgré les poêles allumés, (mais insuffisamment garnis). (Presque tous étaient atteints de bronchite. Des tuberculeux s'aggravaient rapidement.) Ils souffraient aussi de la faim. La nourriture qu'on leur distribuait était peu abondante et de mauvaise qualité. La soupe de midi seule était mangeable. Des vieillards très affaiblis, étaient morts les jours précédents ; d'autres pouvaient à peine remuer sur leur paillasse. Il en mourut encore dans la suite. Des mères qui allaitaient leurs enfants durent cesser l'alimentation au sein. Le lait qu'on leur distribuait, en petite quantité, n'était naturellement pas bouilli. On le coupait avec de l'eau prise à la pompe.

Il s'ensuivit une véritable épidémie de gastro-entérite. Quelques nourrissons, vivant depuis plusieurs jours dans l'humidité de langes non renouvelés et souillés d'évacuations diarrhéiques et de vomissements, étaient dans un état pitoyable. (Beaucoup d'adultes étaient eux-mêmes atteints d'entérite). Je dois ajouter que les latrines mises à la disposition des prisonniers, se trouvaient au fond d'une cour. Il fallait, par tous les temps, descendre et monter tous les étages, et traverser la cour sous la pluie. Pour des malheureux atteints de diarrhée, quelquefois avec fièvre, pour des vieillards débiles, pour des tuberculeux de 3ème degré, pour des femmes enceintes (il y en avait) pareille obligation était particulièrement dure.

Dès ma première visite, Je constatais dans les salles 2 cas de rougeole, et un cas de typhoïdes caractérisés. Le lendemain encore quelques cas de rougeole. Je fis envoyer de suite ces malades à l'hôpital. (Toute évacuation de l'hôpital civil était [page 5] soigneusement contrôlée par l’autorité allemande. Il était bien spécifié que même à l'hôpital les internés de la citadelle devaient être considérés comme prisonniers et que leur disparition engageait la responsabilité personnelle du Directeur. Je fis partir également à l'hôpital quelques femmes nourrices et leurs enfants qui étaient dans un état de misère physiologique justifiant l'hospitalisation. Mais le nombre des lits à l'hôpital était restreint (les Allemands s'étaient emparés d'un très grand nombre), et on devait réserver la place pour les grands malades.

Je m'enquis, de suite, auprès des évacués, des conditions dans lesquelles ils avaient été enlevés de leurs villages. J'ai interrogé des maires, des conseillers municipaux, de vieux instituteurs qui se trouvaient la citadelle ; j'ai interrogé des femmes de divers villages. Les réponses étaient presque toujours identiques : "Nous ne savons pas pourquoi nous sommes ici, ou plutôt nous le savons trop bien. C'est pour permettre aux Allemands de piller nos maisons à leur aise. Quand nous sommes partis de chez nous, toutes les maisons inoccupées étaient déjà pillées, et ils commençaient à s'attaquer aux maisons habitées.

C'était réquisition sur réquisitions. Mais les habitants gênaient. Depuis plusieurs jours tous les hommes valides, en âge de porter les armes étaient gardés comme prisonniers (soit dans l’église, soit dans la mairie). Un jour, brusquement, on a ordonné au reste de la population de se rassembler sur la place. Et on nous a tous emmenés, à pied ou en charrette, vers une destination que nous ne connaissions pas. La plupart d’entre nous n'ont pas eu le temps de prendre, chez eux, même un peu de linge ou quelques vêtements. Il semblait [page 6] que les Allemands voulussent surtout nous empêcher d'emporter avec nous quoi que ce fût. Les prétextes invoqués par les Allemands pour justifier ces évacuations étaient d'ordres divers : Difficulté de ravitailler la commune, attitude hostile de la population, voisinage immédiat de la ligne de feu, etc. Un jour on vit arriver avec quelques hommes une bande lamentable de femmes et de très jeunes enfants : les Allemands les envoyaient à la citadelle pour délit d'espionnage. Ils avaient fait, m'expliqua-t’on, des signaux lumineux. Interrogés par moi, ces gens-là ne savaient même pas ce qu'on leur reprochait. Les soldats allemands commis à la garde de ces prisonniers civils étaient des soldats de landsturm. La plupart se montraient assez humains, et d'une manière générale, leur attitude vis-à-vis de nos compatriotes n'était pas mauvaise.

Mon premier soin fut de demander à l'autorité allemande le renvoi des prisonniers dans leurs foyers, ce qui fut refusé. J'invoquai alors des motifs d'hygiène. Me basant sur les cas de rougeole et de typhoïde constatés, je fis ressortir les dangers d’une épidémie, non seulement pour les prisonniers, mais pour les soldats allemands. Un officier de la commandanture m'accompagna à la citadelle et parcourut avec moi les diverses salles. Le spectacle était éloquent, et Je crois qu'il en fut ému.... quoiqu'il en soit, l'évacuation fut décidée. Mais l'autorité allemande refusa formellement de renvoyer nos compatriotes dans leurs communes respectives. Ils devaient être évacués sur l'arrière, disséminés dans l’intérieur de la zone occupée, et logés chez les habitants. J'eus beau faire ressortir tout ce que [page 7] cette mesure comportait de dangereux Inconvénients pour les villages de l’arrière, et pour les évacués eux-mêmes, elle fut appliquée quand même. D'ailleurs pour les évacués, quelles que dussent être leurs nouvelles conditions de vie, elles étaient préférables, somme toute, à leur séjour à la citadelle.

L'évacuation eut lieu peu de jours après ma première visite. Le départ des prisonniers ne s'effectua pas sans protestations. Ils savaient qu’ils ne rentraient pas chez eux ; je dus leur fournir des explications et des encouragements, et m'interposer même, dans quelques cas, pour éviter des scènes regrettables, et obtenir leur départ de bonne grâce vers un nouvel exil... (Fidèle à sa méthode, l'autorité allemande, pour éviter les explications et des difficultés avait fait tout son possible pour tromper les intéressés et leur laisser croire qu'en quittant la citadelle ils allaient revenir chez eux...

Je ne voulus pas me faire le complice de cette fourberie, je crus devoir avertir mes compatriotes, avec tous les ménagements possibles, qu'on les envoyait loin de la ligne de feu, par mesures de prudence...) J'ignore ce que sont devenus ces malheureux (tous, je l'ai dit, femmes, enfants et vieillards). J'ai lieu de craindre que beaucoup d'entre eux, n'aient été, en plein hiver, évacués sur l'Allemagne, dans les camps de concentration. On rencontrait, en effet, en Décembre et Janvier, dans les camps de soldats, des civils très âgés, des femmes et des enfants très jeunes. (La plupart de ces civils furent plus tard, retirés des camps militaires et placés dans des camps spéciaux.)

Le jour même où se fit cette évacuation, on fit passer à la citadelle les prisonniers civils du Palais de Justice [page 8] et des casernes d'artillerie. Ceux-ci provenaient des mêmes régions que les précédents ; mais, c'étaient exclusivement des hommes de 18 à 50 ans, c'est-à-dire en âge de porter les armes. (Il y avait pourtant quelques jeunes gens de 14 à 16 ans.) Beaucoup d'ailleurs étaient des réformés ou des malades. On les plaça dans les locaux abandonnés quelques heures auparavant par les femmes et les enfants. Malgré mes recommandations, on ne fit aucune désinfection. La paille, ce jour-là, ne fut même pas renouvelée. Le régime de ces nouveaux venus fut identique à celui de leurs prédécesseurs - Peu à peu cependant j'obtins quelques améliorations : renouvellement de la paille, litière plus épaisse, distribution de quelques couvertures, nourriture meilleure (en dernier lieu, la soupe de midi constituait un repas très acceptable.) On faisait travailler les prisonniers, soit à la gare, où ils chargeaient et déchargeaient les wagons, soit dans les cours de la citadelle où ils faisaient diverses corvées.

J'avais obtenu 2 salles, où j'avais fait ranger quelques paillasses, et qui me servaient d'infirmerie. Tous les jours les malades se présentaient à la visite. Je gardais à l'infirmerie ceux qui étaient légèrement atteints, et j'envoyais à l'hôpital les malades graves. Les soins que je pouvais donner à l'infirmerie étaient naturellement tout-à-fait sommaires.

Le séjour dans cette salle permettait surtout aux hommes de se reposer. Mais leur régime ne changeait pas. Je dus même à plusieurs reprises, protester contre les façons d'agir des sous-officiers qui venaient, en mon absence, dans l'infirmerie, chercher des malades pour les faire travailler.

J'avais réservé une des 2 salles de l'infirmerie pour quelques vieillards, hommes et femmes, tout-à-fait impotents, dont [page 9] l’état de santé n'avait pas permis l'évacuation. Plusieurs de ces vieilles gens moururent à la citadelle. Je dois mentionner la présence, parmi ces prisonniers civils, de militaires, ignorés des Allemands. Il y avait à la citadelle, à ma connaissance, un officier d'infanterie, deux sous-officiers, et quelques soldats. - Au moment de la retraite de nos troupes, avant la bataille de la Marne, des groupes Isolés de combattants se trouvèrent cernés dans les lignes ennemies. Quelques-uns réussirent à regagner les lignes françaises. Les autres vécurent en se cachant pendant plusieurs jours, ravitaillés plus ou moins bien par les habitants du pays. Ils cherchaient une occasion favorable de fuite. Pour beaucoup d'entre eux cette occasion ne se présenta jamais.

Ils abandonnèrent alors leur uniforme dans un village quelconque où on leur prête des vêtements civils, et constitue un faux état-civil. C'est ainsi qu'ils furent pris par les Allemands dans les rafles dont j'ai parlé plus haut. Ces militaires déguisés ont dû être plus tard évacués sur l'Allemagne, toujours comme civils. Je crois que beaucoup d'entre eux, pour ne pas trahir leur identité, n'ont jamais donné de leurs nouvelles.

Portés comme disparus depuis le début de la campagne, Ils doivent être à l'heure actuelle considérés comme morts par leurs familles. Il y a ainsi un certain nombre de disparus qui reparaîtront après la Guerre.

L'autorité allemande soupçonnait la présence dans ses lignes de ces soldats français. Dans le courant de Novembre une proclamation datée du Grand Quartier Général, et portée à la connaissance des populations par voie d'affiche, menaçait de la peine de mort tout soldat ennemi surpris dans les lignes ou en arrière [page 10] des lignes allemandes, et dissimulant son identité. Les rigueurs de la loi martiale devait être appliquées à tout habitant ayant apporté une aide quelconque à ces soldats ; mieux à tout habitant connaissant leur présence dans un endroit quelconque, et qui n'en ferait pas immédiatement la déclaration aux autorités allemandes !

Pour en terminer avec la citadelle, Je dirai qu'elle était livrée à quelques sous-officiers qui y régnaient en maîtres. Le commandant en chef était un adjudant grossier et brutal, au profit duquel les soldats pillaient et volaient en ville à qui mieux mieux. Il m’est arrivé plusieurs fois de rencontrer à la porte de la citadelle une bande joyeuse de soldats allemands, qui apportaient l'un une pendule, l'autre une paire de candélabres, un guéridon, une pile d'assiettes, etc. A plusieurs étages on avait Installé des pianos. Quant au bureau de l'adjudant commandant, dans lequel je suis entré deux ou trois fois pour raison de service, il contenait plusieurs belles vieilles pendules, et toute une série de petits meubles de style, (secrétaire Louis XVl, bergères, bonheur du jour, etc.). Je fus un peu étonné de cette collection de meubles sélectionnés chez un pareil individu. Je suppose qu'il jouait simplement le rôle de receleur au profit d'officiers connaisseurs, qui avalent fait déposer là leur butin, en attendant une occasion favorable de l'évacuer sur l'Allemagne.

Le 4 décembre à 10 h. du matin, on nous déclara que le jour même nous serions évacués sur l'Allemagne. (...)

La famille du docteur Peyron, prise en otage…

[page 35] Qu'il me soit permis, en terminant, de raconter brièvement l'histoire de mon cas personnel : Au moment de la Guerre, j'habitais Montcornet, dans l'Aisne, avec ma famille, qui resta dans le pays, malgré l'invasion. Après avoir pillé chez moi tout ce qu'ils pouvaient, les Allemands, désireux sans doute d'occuper entièrement ma maison, qui était grande et confortable, enlevèrent, au mois d'avril, ma femme et mes deux enfants (le dernier né en août 1914,) et les transportèrent en Allemagne. Pour justifier cette mesure, ils mirent en avant divers prétextes : on reprocha à ma femme son attitude d'hostilité Intransigeante et on l'accusa [page 36] de complicité d'espionnage avec un vieux prêtre, malade et bien innocent, qui fut également emmené en Allemagne ; (une histoire da téléphone souterrain inventée de toutes pièces.) Quand l'ordre du départ lui arriva, ma femme ayant manifesté des velléités de résistance, la commandanture de [] lui affirma "qu'il s'agissait simplement de l'envoyer à Mayence, où son mari vivait en liberté sur parole ! Elle devait être rapatriée avec lui à très bref délai."

Sur cette assurance, elle partit sans résister, avec ses enfants et sa bonne, accompagnée d'un officier et d'un soldat. On la conduisit à Coblentz. Là elle fut menée immédiatement à la commandantur où on lui annonça : 1° que son mari était prisonnier de guerre, enfermé à la citadelle de Mayence, et qu’elle ne le verrait pas. - 2° qu'elle même était prisonnière, et que par conséquent, elle ne serait pas rapatriée, (son dossier contenant des accusations graves.). Il fut question de son internement dans un camp de concentration, Mais ayant affirmé qu'elle recevrait régulièrement de France de l'argent pour subvenir à ses besoins, elle obtint l'autorisation de loger en ville à ses frais. On l’envoya à Neuvried où elle vivait sous la surveillance très étroite du bureau de police ; (elle devait s‘y présenter deux fois par jour.). Ce n'est que dans les premiers jours de septembre que, sur l'intervention de l'ambassade d’Espagne, sollicitée par notre Ministère des Affaires étrangères, une famille m'a été enfin rendue. »

Lire aussi sur le même sujet : Laon sous la botte allemande 1914

Sources :

Archives du musée du service de santé des armées, au Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 638, dos. 19, Mestrude ; carton n° 639, dos. 13, Peyron.

HEROS DE LA MISSION MEDICALE FRANCAISE EN ROUMANIE (1916-1918)

12 Septembre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #Centenaire, #varia

Equipe du docteur Le Lorier à l'hôpital militaire roumain de Cotofenesti, Roumanie (ca. 1917) - Musée du service de santé des armées (détail)
Equipe du docteur Le Lorier à l'hôpital militaire roumain de Cotofenesti, Roumanie (ca. 1917) - Musée du service de santé des armées (détail)

Infirmières et médecins militaires français morts du typhus en Roumanie (1916-1917).

Le 3 septembre 2014 j’ai proposé sur mon blog une brève sur « 100 villes – 100 drapeaux – 100 héros ». Dans le cadre des commémorations nationales du 6 septembre 2014, le service de santé des armées a rendu les Honneurs, dans la cour pavée du Val-de-Grâce à Paris, au médecin major de 1ère classe (commandant, TT) Jean Clunet, décédé du typhus le 3 avril 1917 à l’hôpital de contagieux de Grieurul, près de Jassy (Roumanie).

     « (…) A moitié enseveli dans les neiges, dans son lointain hôpital, presque isolé du reste du monde, entouré de quelques héroïques Françaises et de ces saintes que sont les Sœurs de Saint-Vincent-de Paul, Clunet lutta héroïquement, plus heureux quand la lutte était dure. Il parlait du printemps qui viendrait, comme on parlerait d'une terre promise que l'on espérerait bientôt atteindre et où tout serait aisé, facile. Le mauvais rêve s'évanouirait avec les premiers lilas en fleur. Clunet ne vit pas fleurir les lilas. » - Marie (1875-1938), Reine de Roumanie, dans Le Figaro, du 4 septembre 1917

C’est aujourd’hui l’occasion de nous souvenir des autres compagnons de cette mission médicale française en Roumanie (1916-1918) qui ont été victimes de leur devoir, terrassés par le typhus en soignant combattants et civils roumains.

A LA MEMOIRE de :

Flips Alphonsine (1886-1917), infirmière-major de la société de secours aux blessés militaires, décédée du typhus le 20 avril 1917, à l’hôpital Notre-Dame de Sion de Jassy (Roumanie) ;

Hennet de Goutel Geneviève (1885-1917), infirmière-major de la société de secours aux blessés militaires, décédée du typhus le 4 mars 1917, à Jassy (Roumanie) ;

Sur elle et ses compagnes de la SSBM, on lira l’article très émouvant de Marthe Amalbert, Geneviève Hennet de Goutel, infirmière française, dans la Revue Hebdomadaire, du 20 juillet 1918, pp. 337-365.

Roux Antoinette (1849-1917), religieuse des Filles de la Charité, sœur Antoinette, infirmière volontaire, décédée du typhus le 23 avril 1917 à l’hôpital de contagieux de Grieurul, près de Jassy (Roumanie) ;

Adain Joseph (1883-1917), médecin aide-major de 1ère classe (lieutenant) affecté aux ambulances « Regina Maria », médecin-chef du groupe [complémentaire de chirurgie] n°7, organisateur de l’ambulance roumaine d’Onesti, décédé du typhus le 8 mai 1917 à Bacau (Roumanie) ;

Dufrèche Eugène (1871-1917), médecin aide-major de 1ère classe, décédé du typhus le 9 mai 1917 à Botogani (Roumanie) ;

Germain Paul (1877-1917), médecin aide-major de 1ère classe, donné par Marie de Roumanie comme étant « presque continuellement sous le feu de l’ennemi », décédé du typhus le 26 décembre 1916 à Galatz (Roumanie) ;

Santoni Ange (1889-1917), médecin aide-major de 2e classe (sous-lieutenant) affecté au service de triage de la gare de Jassy, décédé du typhus le 21 avril 1917 à Jassy (Roumanie).

Notes sur la mission médicale française en Roumanie (1916-1918) :

La mission médicale française en Roumanie, relevant de la mission militaire (général Berthelot) était un ensemble hétérogène de groupements médicaux, d’équipes et de moyens sanitaires divers, avec des origines et des recrutements tout aussi divers et variés, servant à titre français ou à titre roumain – ce qui explique des mentions différentes de grades dans les archives - coiffé par un directeur, le médecin principal de 2e classe (lieutenant-colonel) Henry Coullaud (1872-1954). Cette nébuleuse sanitaire reste très mal connue ; je vous propose ces quelques notes pour tenter d’y remédier.

  • Groupement médical du docteur Dehelly (mission Carrel), en Roumanie du 10 novembre 1916 au 13 août 1917 ;
  • Groupe médico-chirurgical de la colonie française de Bucarest (hôpital français de Bucarest puis de Jassy, avec le soutien de la société de secours aux blessés militaires (SSBM)) ;
  • Groupement médical du docteur Lancien (mission de l’Ambrine), en Roumanie de décembre 1916 au 17 mars 1917 ;
  • Neuf équipes françaises faisant fonctionner les groupes complémentaires de chirurgie [automobiles] construits par les Ateliers généraux du service de santé de Vanves et la société de secours aux blessés militaires (M. de Beaumont). Ces groupes comprenaient chacun : deux camions Renault, une salle d'opérations et de radiographie, une stérilisation chirurgicale et un arsenal chirurgical complets. Le personnel détaché : neuf chirurgiens, six assistants de chirurgie, neuf convoyeurs radiographes et sept spécialistes SSBM.
  • Mission spéciale d’étude envoyée par les Ateliers généraux du service de santé de Vanves (médecin-major de Gauléjac et officier d’administration de 2e classe Dumay) pour la livraison et la mise en fonctionnement des formations de stérilisation et de désinfection, type Mège, achetées par la Roumanie.
  • Des détachements de médecins militaires mis à la disposition du gouvernement roumain par le sous-secrétariat au service de santé français ; d’infirmières de l’Union des Femmes de France ; des infirmières contractuelles soldées par le gouvernement roumain ; des soldats automobilistes, manipulateurs-radiographes, etc.

Installée à Jassy, le 25 novembre 1917, après l’évacuation de la capitale roumaine, la mission médicale française et ses formations sanitaires satellites se reconstituèrent en Moldavie puis sur le front des Carpates ou nombre de médecins militaires furent attachés aux troupes roumaines. En janvier 1917, 36 médecins militaires français étaient affectés aux hôpitaux temporaires de Jassy où durant deux mois d’hiver (décembre-janvier) il y eut près de 200 décès par jour. L’épidémie de typhus fit près de 200 000 victimes dans la population roumaine réfugiée et le corps médical roumain perdit quant à lui plus de 180 praticiens sur 1700 médecins. La mission médicale Française quitta la Roumanie le 8 mars 1918, via la Russie, accompagnant la mission militaire et ses 1200 personnels, expulsés en exécution des stipulations du traité de Paix entre les Roumains et les Empires centraux. Seuls, six médecins furent laissés à la disposition du gouvernement roumain, dont le médecin aide-major Cuinet, intransportable, atteint par le typhus.

La mission médicale française en Roumanie (1916-1918) : 108 médecins, 3 pharmaciens, 3 officiers d’administration, 21 infirmières, 36 sous-officiers et personnel troupe, des infirmiers civils relevant des sociétés d’assistance, etc.
Quelques dates marquantes intéressant la Roumanie dans la Guerre de 1914-1918 : 27 août 1916 : déclaration de guerre de la Roumanie à l’Autriche-Hongrie et à l’Allemagne – 1er septembre 1916 : déclaration de guerre de la Bulgarie à la Roumanie et offensive germano-bulgare en Valachie – Septembre-octobre 1916 : les forces roumaines sont repoussées et se regroupent dans les Carpates  - Novembre 1916 : Offensive austro-allemande fait céder la résistance roumaine dans les Carpates en dépit du renforcement de troupes russes alliées – 6 décembre 1916 : le général Von Mackensen entre dans Bucarest à la tête des troupes austro-allemandes. Le gouvernement roumain et la famille royale de Roumanie se réfugient à Jassy en Moldavie. Réorganisation de l’armée roumaine. Acheminement des missions militaires alliées – Août 1917 : victoires roumaines à Marasesti (6-19 août 1917) et Ortuz (8-22 août 1917). Stabilisation du front. A la suite de la Révolution bolchevique, les Russes se retirent de la ligne de front. La Roumanie est totalement coupée de ses alliés. Le risque d’une contagion révolutionnaire s’impose et conduit le roi Ferdinand Ier de Roumanie à demander l’Armistice qui est signé le 9 décembre 1917. 7 mai 1918 : le traité de paix est signé entre la Roumanie et la Triplice. Les missions militaires alliées quittent le pays – 11 novembre 1918 : Seconde entrée des Roumains dans la Grande Guerre ; lesquels rejoignent sur le Danube les Français qui progressent en combattant depuis la Macédoine – 1er décembre 1918 : entrée triomphale à Bucarest du couple royal roumain (Ferdinand et Marie) accompagné du général Berthelot.

Sources : Coullaud Henry, La mission médicale française en Roumanie (1916-1918), dans la revue du service de santé militaire, t. CIX, n°2, pp. 159-177.

Igna N., La mission médicale française en Roumanie (1916-1918), Sibiu [Roumanie], imp. Honterus, 1945, 26 p.

site Mémoire des Hommes

LES HOPITAUX MILITAIRES DES ARMEES DE HONGRIE ET DU DANUBE (1918-1920) SERONT DETAILLES DANS LE TOME 5 DES « HOPITAUX MILITAIRES DANS LA GUERRE 1914-1918 », A PARAITRE AUX EDITIONS YSEC, 2015…

FACEBOOK ET SERVICE DE SANTE DES ARMEES 1914-1918

6 Septembre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #Centenaire, #varia

FACEBOOK ET SERVICE DE SANTE DES ARMEES 1914-1918

Embarquez pour une aventure quotidienne dans les dédales du service de santé militaire durant la Grande Guerre... une oeuvre de longue haleine qui doit être saluée... Je vais prendre des leçons et tenter de vaincre mes réticences pour surfer sur facebook.

Texte du Réseau Histoire du Service de santé des armées :
« Suivez le déroulement de la Première Guerre mondiale au jour le jour à travers le regard des médecins, brancardiers, infirmiers et infirmières, sur les soldats, les opérations, leur vie quotidienne.

Présents sur tous les fronts, des postes de secours jusqu'aux hôpitaux et centres de convalescence, le personnel de santé témoigne de ce que fut la Grande Guerre pour les militaires et les civils, les hommes et les femmes, les métropolitains, les Alliés et les coloniaux.

Rejoignez la page Facebook « Service de santé des armées 1914-1918 », partagez-la, promouvez l’action du service de santé sur les réseaux sociaux !

Pour y accéder »

100 VILLES – 100 HEROS – 100 DRAPEAUX

3 Septembre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #Centenaire

100 VILLES – 100 HEROS – 100 DRAPEAUX

RENDEZ-VOUS LE 6 SEPTEMBRE 2014 : 100 VILLES – 100 HEROS – 100 DRAPEAUX

Actualités du Ministère de la défense :

« Le 6 septembre 1914, les armées françaises reprennent l’initiative face à l’ennemi après 2 semaines de retraite pour remporter, 6 jours après, la victoire de la Marne. Cent ans plus tard, c’est ce sursaut et cette combattivité que le chef d’état-major des armées, le général d’armée Pierre de Villiers souhaite célébrer, car ils témoignent de la communauté de valeurs entre le soldat d’aujourd’hui et le héros de 14-18.

Le 6 septembre 2014, 100 héros et unités de la Grande Guerre seront mis à l’honneur simultanément dans 100 villes.

Les 100 sites ont été choisis parmi 400 casernes et quartiers répertoriés par le service historique de la défense, à partir desquels les armées sont parties vers le front en août 1914. De Dunkerque à Nîmes, en passant par Fort-de-France, chaque ville met à l’honneur un héros local, ainsi qu’un régiment à travers son drapeau.

Rassemblant les élus locaux et nationaux, le milieu scolaire et universitaire, ainsi que les associations d’anciens combattants, ce rendez-vous mémoriel de la Nation avec son armée est l’occasion de partager les valeurs immuables des soldats français : la fraternité, la volonté, le courage et le sens du bien commun.

Chaque cérémonie est ouverte au public. Pour plus d’informations, contacter votre mairie ».

Carte des 100 villes – 100 héros – 100 drapeaux :

Je vous souhaite une bonne balade mémorielle au travers de la longue cohorte des héros militaires proposée par le Ministère de la Défense dans laquelle vous trouverez 13 Maréchaux de France et généraux parmi plus de 70 officiers… sur 100 personnages. Pour ce qui est du service de santé militaire parcourez les monographies départementales du Maine-et-Loire (49) – médecin major de 2e classe Henri Drouard (1869-1916) – de la « Seine », Paris (75) – médecin-major de 1ère classe Jean Clunet (1878-1917) – de la Gironde (33) – « abbé brancardier » Jean-Gaston Giraud (1872-1962) et pour la Dordogne (24) la très « civile », très aristocratique et très isolée – parmi tant de militaires -  Eugénie Marie Jeanne de Buchère de l’Epinois, comtesse de Clermont (1877-1917), infirmière bénévole de la société de secours aux blessés militaires représentante de la gente féminine…

LAON SOUS LA BOTTE ALLEMANDE, 1914

1 Septembre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

LAON SOUS LA BOTTE ALLEMANDE, 1914

Le docteur Mestrude mobilisé à 68 ans témoigne…

Rapport de captivité de Monsieur le médecin-major de 1ère classe [Antoine Marie Ferdinand] Mestrude (1846-1921) de l'A[rmée].T[erritoriale]. Médecin-chef des salles militaires de l'Hospice mixte (hôtel Dieu) et de la Place de Laon.

« De la Mobilisation à la Captivité…

Le 3 Août (2e jour) je prenais possession de mon poste [de médecin-chef des salles militaires de l’hôtel Dieu de Laon]. Mon prédécesseur M. [le médecin major de 1ère classe] Eugène Meyer [1867-1933] était parti de la veille - J'eus donc à me préoccuper de trouver immédiatement, dans les archives, tout ce qui concernait la mobilisation (perte de temps). Même jour : arrivée de 22 Infirmiers ou plutôt de réservistes et territoriaux des services auxiliaires de toutes provenances dont, à part 3 ou 4 exceptions, je n'ai jamais rien pu tirer. Se présentaient également deux médecins civils :

MM Predhomme [de Laon] et Peyron [de Montcornet] ; un étudiant en fin d'études, M. Fortier.

Le pharmacien aide major de 2e classe de l'A[rmée].T[erritoriale]. M. Cahen.

Pour le logement, la nourriture des hommes je rencontrai, dès le 1er jour, la plus parfaite mauvaise volonté chez Monsieur l'économe directeur, elle ne cessa que le jour de notre départ pour l'Allemagne. [page 2] Je ne lui trouve comme excuse que l’ignorance dans laquelle il était de l‘arrivée d'un pareil contingent. Je ne reviendrai plus sur ces auxiliaires qui m'ont donné beaucoup de tracas en raison de leur indiscipline, de leur grossièreté, etc. ; on aurait juré qu'ils avaient été choisis. J'en ai retrouvé quelques-uns en Allemagne qui se sont singulièrement assoupli et me l'ont avoué. Bref ce fut une erreur.

Quelques jours après, sur l'offre du Général commandant la Place, je choisis au 45ème d'Infanterie, 5 réservistes ayant fait des stages dans les salles militaires à Laon. Je n'eus qu'à m'en louer et c'est grâce à eux que le Service a pu fonctionner normalement. Je considère comme un devoir de le dire.

Un infirmier de la 2ème section [d’infirmiers militaires] prévu et annoncé, n’a jamais paru. Je puis dire que tout le mois d'août se passa en grands mouvements de malades, en commissions spéciales de réforme qui auraient pu siéger en permanence ; c'était prévu.

J'arrive au premier contact avec les Allemands. Les premiers blessés allemands arrivent le 18 [août] - 1 capitaine de Dragons et 2 soldats de la Garde. J'eus beaucoup de peine à arracher le premier à la curiosité malveillante de mon personnel civil. Je le conduisis le jour même, à l'infirmerie du lycée (Hôpital temporaire n° 3). Les 2 soldats furent placés dans un cabinet éloigné, dans le quartier des Civils. Je n'ai pas pu les évacuer avant [page 3] l’arrivée des Allemands, à mon grand regret. La Prévôté s'est occupée du capitaine.

Le 27 août un télégramme de la direction me prescrit, en cas de repliement, de rester et de donner des ordres en conséquence. Aux autres formations de la Place - Arrivée de [M. le médecin] aide-major Moulineau.

Le 31 août les autorités militaires ont quitté la Place. L’arrivée et l'évacuation des blessés battent leur plein. Je résumerai aussi le mouvement d'évacuation.

J'ai reçu 16 officiers blessés, fin août ; pas un n'est tombé entre les mains des Allemands mais il était temps, et si j'eusse eu quelques automobiles de plus, beaucoup de ces blessés ne seraient pas en Allemagne actuellement.

2 Septembre. - Arrivée des Allemands. C'est le 2 septembre que les Allemands occupèrent la ville haute. Depuis la veille, au matin les communications postales et télégraphiques étaient interrompues. Dans la journée beaucoup de soldats et d'officiers allemands viennent se faire panser. Pas de médecins. - On devine un certain désordre.

Témoignage du docteur Peyron (extraits) : [page 1] « (...) Je faisais partie du personnel des salles militaires de l'hospice mixte de Laon. La ville de Laon fut occupée par l'ennemi le 2 septembre. (Quelques jours avant l'arrivée des Allemands on apporta à l'hôpital les civils blessés,  quelques-uns grièvement. Il y avait parmi eux un garçon de 15 ans. Ils racontaient que les Allemands les avaient forcés de faire des tranchées, puis les avaient fusillés à distance. Trois ou quatre avaient été tués sur place. Nous avions en ce moment dans nos salles quelques centaines de blessés français, des blessés anglais et quelques allemands. Les premiers jours furent calmes. Pas d'incidents. Des officiers allemands vinrent visiter leurs blessés, s'assurèrent qu'ils étaient bien traités - et ce fut tout. Puis on nous confia de [page 2] nouveaux blessés, allemands pour la plupart. (A plusieurs reprises, pendant ces premiers jours d’occupation, les Allemands nous témoignaient toute leur satisfaction des soins que nous donnions à leurs propres blessés.)

Peu à peu les Allemands organisèrent leurs services. Ils nous retirèrent alors leurs soldats et nous laissèrent en traitement les Français et les Anglais. Nous fûmes bientôt relégués, avec nos blessés, dans les salles les plus étroites ; les salles les plus vastes et les mieux aérées, les salles d'opération les mieux installées étant réservées aux services allemands. Ils s'emparèrent ainsi de la partie la plus belle de l'hospice civil, dont ils évincèrent les occupants. (...)

Je me contente de signaler qu'à plusieurs reprises des médecins allemands pénétrèrent dans nos salles, sous prétexte de visites d'inspection, accompagnés d'un peloton de soldats en armes baïonnette au canon. (Au reste tous les infirmiers allemands étaient armés et il leur arrivait même de faire le coup de feu de l'intérieur de l'hôpital sur les aéroplanes français et anglais qui survolaient la ville.)(...) » [extraits du rapport du médecin aide-major R. Peyron].

Le 5 [septembre]. - Visite du service des Etapes qui s'enquiert de mes ressources et passe partout. Des groupes d'officiers viennent demander à prendre un bain ; il est satisfait à leur demande autant que possible. Ils ne font que passer.

6 septembre. - 85 blessés allemands entrent à [page 4] l’hôpital à 4 Heures du soir. Aucun médecin ne les accompagne, j’en suis très surpris.

7 septembre. - Quelques médecins isolés se présentent le matin - Dans la journée : visite d'un personnage accompagné du professeur Ppfeifer de Breslau que je verrai plusieurs fois et chaque fois courtois.

- Visite de médecin-chef des ambulances.

- Visite d'un groupe de médecins, escortés et serrés de très près par de nombreux infirmiers, l’arme au bras. Tous paraissent très pressés. Le Médecin-chef de l’artillerie de la Garde qui voit mon étonnement de pareilles mesures me dit qu’il en est ainsi depuis, qu’en Belgique, la population a tiré sur les blessés, les médecins et les brancardiers. Ces MM. passent rapidement, et m’annoncent qu’ils partent pour Fismes. Je dirai, une fois pour toutes, que dans toutes ces visites qui devinrent fastidieuses et nombreuses, je me fis prévenir immédiatement et tins essentiellement à accompagner les visiteurs dès leur arrivée jusqu’à leur sortie. Chacune de ces visites se termine par force éloges sur la façon dont nous traitons les Allemands qui sont d'ailleurs interrogés chaque fois dans ce sens.

8 et 9 septembre. - Unités d’autorités médicales. Désignation de blessés allemands évacuables.

10 septembre. - L’après-midi, tous les blessés allemands qui peuvent marcher ou se traîner, quittent l’hôpital sans ordre, isolément ; ils se dirigent paraît-il sur la gare où ils croient que se forme un train d'évacuation. [page 5] Plusieurs reviennent mais, le soir il en manque 19. - Cette fuite correspond évidemment aux combats de la Marne que nous avons toujours ignorés.

11 [septembre]. - Evacuation continuelle par autobus de tous les Allemands même gravement atteints. On nous fait prévoir l'arrivée de centaines de blessés. Aussi les médecins désignent dans le quartier des Civils tous les locaux qu’il leur faut et font évacuer, au besoin, les salles qu'ils ont choisies.

12 septembre. - Un médecin-chef (M. Landesberger) est désigné pour prendre le service des Allemands. Parle bien le français et se montre et se montrera toujours un camarade serviable au possible. Arrivée dans l’après-midi de 19 officiers allemands blessés venant de Reims, à 5 Heures, 20 autres arrivent en auto : même provenance, je ne puis les recevoir tous, j’en dirige une partie sur l'hôpital temporaire [n°3]. Ces officiers étaient soignés à Reims dans différents établissements ou cliniques comme ils me l'ont dit ; ils ont donc été enlevés précipitamment. La cause nous échappe toujours.

13 Septembre. - Il y a dû avoir une alerte car les deux dames de la Croix-Rouge employées aux officiers allemands fuient précipitamment sac au dos. Elles reviennent 1 heure après, très grand mouvement en ville.

16 septembre. - Grande évacuation par autos sur Chimay [page 6] (les chemins de fer étant détruits) Le Prince de Reuss (qui n'est pas officier) en fait partie.

18 septembre. - Les Allemands me demandent d'évacuer 24 malades ou blessés français sur la caserne d'artillerie.

19 [septembre]. - Je reçois un capitaine français blessé à Corbeny.

21 [septembre]. - De nombreux blessés allemands (12 officiers) arrivent par autos. A Une Heure de l'après-midi à la suite d'un incident survenu dans une formation sanitaire en ville, des fonctionnaires sont placés à l'entrée et dans l'intérieur de l'hôtel Dieu - Je dois dresser un état nominatif de tous les Français en traitement - Je ne puis plus sortir qu'avec un laisser passer pour aller au lycée où je prends depuis longtemps mes repas avec mes camarades. Défense d'aller en ville. Je considère ma captivité comme datant de ce jour. J'en eus bientôt la preuve.

22 septembre. - M. le Directeur amène dans mon bureau le médecin-chef allemand et lui déclare qu'il sera très bien là pour surveiller les allées et venues. C'est l'expulsion sans protestation possible. J'ai à peine le temps d'emporter les documents les plus importants : (mobilisation, etc.). Je n'insiste pas sur ce procédé.

24 septembre. - Malgré les évacuations, toutes les formations sont pleines. Nous recevons les blessés français qui étaient en dépôt dans une caserne et sans pansements depuis 5 jours. Il est évident que les Allemands ne savent plus où loger leurs blessés. Ils évacuent des amputés récents, [page 7] les leurs comme les nôtres, il leur faut de la place à tout prix. Ils emploient les chemins de fer, mais avec transbordement, les ponts n’étant pas rétablis. J’apprends que le tétanos est très fréquent chez eux (EcoIe normale) Chez nous, deux cas le même jour.

25 septembre. - Nous recevons quelques blessés de Craonne et environs, blessés du 20. Il ne reste dans nos salles, grâce aux évacuations, que 73 Français et 11 Anglais.

1er octobre. - Les Allemands évacuent sans discontinuer des blessés arrivés la veille ou l'avant-veille et souvent gravement atteints.

2 octobre. - Nous avons failli avoir la visite de l’Empereur. Mais, il paraît que le spectacle qu’il a eu à l’Ecole Normale lui a suffi (témoignage d'une dame de la Croix-Rouge.)

4 octobre. - Les Allemands n’ont plus à l'hôtel Dieu que 76 blessés ou malades, et nous 85. Je prépare, par ordre, une évacuation de 25 Français. Les journées suivantes sont dénuées d'intérêt jusqu’au 17.

17 octobre. - Départ de nombreux infirmiers de la Croix-Rouge. Ils n’en emploient pas d'autres. Ces infirmiers annoncent qu’ils vont à Amiens, Dunkerque et peut-être même Calais. C’est la croyance du [page 8] médecin en second qui part lui-même (Dr Kastan) dans quelques jours. Visite du Prince Max de Saxe. Il passe lentement dans nos salles et, en un langage dépourvu d'accent, réconforte nos soldats. Arrivé aux officiers il prononce cette phrase : " Je sais que la France ne voulait pas la Guerre". J'en fus quelque peu stupéfié. II prend les lettres ouvertes des blessés pour leurs familles. Jusque-là aucune correspondance n'avait pu sortir de l'hôpital. Pour clore ce petit incident j’ajouterai que quelques jours après, je reçus la visite d’une Excellence à qui je fis part de l’aimable visite du Prince. -- Ah oui ! répondit le haut dignitaire : Max de Saxe, beaucoup plus connu en France qu'en Allemagne.

19 octobre. - 25 malades sont désignés pour être évacués d'urgence,- mais ne partent pas. Le Docteur Kastan m'annonce que Laon a évacué pendant le mois 18.000 blessés. Bien que n'allant pas en ville je sais que la garnison de Laon est partie et remplacée complètement par de la landstrum. J’en sais assez, pour m'en rendre compte. Le départ pour Calais n’était pas un mythe. Le 19 octobre le personnel allemand est changé ; nous perdons avec regret le docteur Landesberger, qui va à Neufchâtel. II est remplacé par le docteur Manasse professeur à Strasbourg, [page 9] spécialiste des maladies nerveuses et mentales. Il a pour adjoint un unterartz M. Spiro. Je n'eus aucun rapport de service avec ces MM [messieurs]. Nos relations aux rencontres furent toujours courtoises et plutôt rares. Comme je demandais à un pharmacien militaire du lycée, (M. Wahl), pourquoi il ne venait pas à l'hôtel Dieu voir son chef il me répondit :

-. M. Manassé, à Strasbourg, cultive les sympathies françaises pour mieux les dénoncer. (textuel)

Tout le personnel est donc renouvelé radicalement. Le mois d'octobre s'écoule dans la plus grande monotonie.

Le 29 [octobre] je réclame un bureau chauffé et éclairé à la commission administrative et le 30 je prends possession d'un cabinet de consultation abandonné dont tout le matériel a été enlevé. C'est là que j'attendrai les évènements.

Novembre 8. - Je demande au médecin-chef de la Place l'autorisation de visiter les blessés français de la Providence (Croix-Rouge Française). Elle m'est accordée. Je fais ma première sortie, en uniforme bien entendu. En sortant de cet établissement, je suis accosté par un jeune homme qui me dit dans le plus pur français :

- "Je suis agent de la police secrète allemande ! Je désire savoir si vous avez le droit de vous promener en ville".

En même temps il donne un coup de sifflet et un soldat s’approche. Je montre mon laisser-passer, et je conduis le bonhomme à la Kommandantur à deux pas. Bafouillage d'un officier subalterne et rentrée à l'hôtel-Dieu. [page 10]

M. [Georges] Ermant [1852-1935] sénateur-maire de Laon informé de cet incident écrivit à l’autorité militaire une lettre fort digne à laquelle, il ne fut probablement pas répondu (méthode allemande).

9 Novembre. - Des automobiles arrivent à l'improviste et un médecin de la Direction désigne 28 malades ou blessés français qui vont être emmenés au camp de Sissonne - ils partent à 11 H. du matin.

11 Novembre. - L'hôpital temporaire n°3 (Lycée) est évacué : il m'envoie ses 5 derniers blessés ou malades.

12 [novembre]. - Un personnage, chef des chevaliers de St- Jean, délégué de la Croix-Rouge, me prie de faire appliquer les règles de la Convention de Genève relatives au port du brassard par le personnel civil. Je le lui promets et prends des mesures en conséquence. Il me parle de mon arrestation en ville et me dit : Pourquoi ne sortez-vous pas en pékin ?

Je lui réponds qu'un officier ne pouvait se livrer à ce genre de plaisanterie en temps de guerre devant ses subordonnés. Ce fut tout. A peine ce grand personnage est-il parti que le sous-officier de la Comma[n]da[n]tur me communique l’ordre suivant :

"Par ordre du général en chef, il est défendu au personnel civil et militaire de la Croix-Rouge du Lycée et de l'hôtel Dieu de sortir de leurs établissements". La veille j'avais adressé une demande d'autorisation de circuler librement en ville. - Il m'est donc interdit d’aller au Lycée prendre mes repas avec mes camarades.

C’est la prison tout simplement. Toutefois le Dr Peyron continue à aller à la citadelle donner ses soins aux [page 11] civils français. M. Predhomme obtient une heure de sortie le soir pour sa clientèle. C’est donc à la culotte rouge qu'on en veut. Le fait est que les habitants de Laon en étaient plutôt privés et la voyaient avec une joie à peine dissimulée. Inutile de dire, que privé de ma seule distraction : déjeuner et dîner au Lycée tout près d’ailleurs, à dater de ce jour j’eus le coeur bien serré surtout après le départ de tout le personnel de l’hôpital n° 3 qui eut lieu le 18 - puis Hudelbeerg - J’eus beaucoup de peine à pénétrer jusqu'à mes camarades pour leur serrer la main. Ils croyaient eux aussi traverser la Suisse pour rentrer en France

21 Novembre. - La Commandantur me fait établir un état des médecins-pharmaciens-Infirmiers employés à l'hôtel Dieu et le chiffre exact des malades qui y sont traités. On peut prévoir l'évacuation prochaine. Un officier de la Commandantur et de la Direction de Santé visitent nos salles en ma présence.

En route pour la Captivité.

Décembre 4. - 10 Heures du matin : Messieurs : Tenez-vous prêts à partir pour 1 heure sauf M. le pharmacien Cahen : le personnel infirmier y compris, bien entendu. Je passe rapidement dans les salles, fais mes adieux [page 12] à nos blessés, leur recommande la bonne tenue, la correction et la résignation. A 1 Heure 10 minutes un autobus pour les infirmiers et un omnibus à vitres peintes pour les médecins nous attendent ; nous sommes obligés de nous tenir debout dans ce véhicule dont on n'avait même pas enlevé les deux brancards. On nous presse vigoureusement. Je ne parlerai pas des adieux de notre personnel et des religieuses si dignes et si dévouées. Les moteurs ronflent depuis longtemps et nous partons à grande allure. Il saute aux yeux que les Allemands voudraient que notre départ passât inaperçu de la population ; il n'en fut rien et les braves habitants de Laon, malgré l'extrême vitesse des voitures trouvèrent le moyen de jeter à nos hommes et même à nous, des vivres, du vin, etc. Une bonne vieille jeta à nos soldats une pièce de 1 franc enveloppée soigneusement ! Je n'insiste pas.

En très peu de temps nous sommes amenés au quai d'embarquement de l'Artillerie, à Chambry (2 kilomètres de Laon) en pleine campagne(…). »

Le médecin major de 1ère classe Mestrude sera rapatrié en août 1915 après avoir séjourné aux camps de Giessen et de Friedberg.

A SUIVRE : LES INTERNES CIVILS FRANÇAIS DE LA CITADELLE DE LAON, EN 1914. Témoignage inédit du docteur R. Peyron, de Montcornet, médecin militaire, sur les conditions inhumaines de leur détention par les Allemands.

Sources :

Archives du musée du service de santé des armées, au Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 638, dos. 19, Mestrude ; carton n° 639, dos. 13, Peyron.

Arch. Nat., base Léonore : dossier n° LH/1847/26, d’Antoine Marie Ferdinand Mestrude (1846-1921)

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