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LES AMBULANCES « OUBLIEES » DE BELGIQUE (Août-Septembre 1914) – En marge des combats de Virton, Rossignol, Bellefontaine, etc.

23 Septembre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

LES AMBULANCES « OUBLIEES » DE BELGIQUE (Août-Septembre 1914) – En marge des combats de Virton, Rossignol, Bellefontaine, etc.

1ère partie - L’ambulance de Lahage (Belgique, 22-30 août 1914)

Au fil des livraisons nous accompagnons le service de santé militaire dans les différents engagements de la bataille des Frontières (août 1914). Aujourd’hui je propose une série de quatre articles sur le soutien sanitaire du 2e corps d’armée français au lendemain des combats de Virton et de Rossignol et plus particulièrement sur le service sanitaire de la 4e division d’infanterie les 22 et 23 août 1914.

Avant de commencer à dérouler le fil des témoignages de médecins régimentaires – sur plusieurs livraisons - je présente une situation des moyens sanitaires de la 4e DI et du 2e CA. Ces grandes unités qui devaient se déplacer sur des axes logistiques encombrés étaient totalement intriquées dans les trains de combat. Ils ne pouvaient, pour ces raisons, se déployer rapidement et soulager les corps de troupe dont les postes de secours de bataillons étaient encombrés de blessés.

Les services sanitaires régimentaires mentionnés dans les articles sur les « ambulances oubliées », aventurées au nord-ouest de Virton (Belgique), appartenaient pour l’essentiel, à la 87e brigade (général Cordonnier), de la 4e division d’infanterie (général Rabier), du 2e corps d’armée (Général Gérard), de la 4e armée (De Langle de Cary).

Ordre de bataille et état d’encadrement sommaire du service de santé de la 4e division d’infanterie (août 1914)

Commandant : Général Rabier - Médecin divisionnaire : médecin principal de 2e classe Albert Eugène Janot ;

7e brigade : Général Lejaille – pas de chef de service de santé, au niveau brigade ;

91 RI : Colonel Blondin;

147e RI : Colonel Remond.

87e brigade : Général Cordonnier – pas de chef de service de santé, au niveau brigade ;

120e RI : Colonel Mangin – Médecin, chef de service : médecin major de 1ère classe Hochwelker ;

9e BCP : Colonel Guedeney – Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Thurel ;

18e BCP : Colonel Girard - Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Arnould ;

42e RAC :

Formations sanitaires de campagne de la 4e DI :

Groupe de brancardiers divisionnaires (GBD n°4) - Médecin major de 1ère classe Dor, chef de service ;

Ambulance divisionnaire n°3 du 2e CA, affectée à la 4e DI (Amb. n°3/2) : Médecin major de 2e classe Mathieu de Fossey, chef de service ;

Ambulance divisionnaire n°4 du 2e CA, affectée à la 4e DI (Amb. n°4/2) : Médecin major de 2e classe Lapointe, chef de service ;

Section d’hospitalisation n°1 – pas de chef de service mais un officier d’administration de 3e classe pour le groupe des sections d’hospitalisation du corps d’armée.

Ordre de bataille et état d’encadrement sommaire du service de santé du 2e corps d’armée (20 août-23 août 1914)

Directeur du service de santé : Médecin inspecteur Collin (2-5/08/14), accidenté dès le 1er août 1914 puis médecin principal de 1ère classe Dommartin (5-25/08/2014) qui passe au retour du titulaire à la 3e DI.

Ambulance divisionnaire n°1 du 2e CA : EOCA, attaché au train de combat du corps d’armée – Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Meyer.

Ambulance divisionnaire n°2 du 2e CA : EOCA, attaché au train de combat du corps d’armée – Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Pauchet.

Ambulance divisionnaire n°3 du 2e CA : affecté à la 4e DI - Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Mathieu de Fossey.

Ambulance divisionnaire n°4 du 2e CA : Affecté à la 4e DI - Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Lapointe.

Ambulance divisionnaire n°5 du 2e CA : Affecté à la 3e DI - Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Domage.

Ambulance divisionnaire n°6 du 2e CA : Affecté à la 3e DI.

Ambulance divisionnaire n°7 du 2e CA : EOCA, attaché aux parcs du corps d’armée - Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Poutrin.

Ambulance divisionnaire n°8 du 2e CA : EOCA, attaché aux parcs du corps d’armée.

Groupe de brancardiers de corps (GBC n°2) - Médecin, chef de service : médecin major de 1ère classe Pichon.

Hôpital d’évacuation (HoE n°2), stationné sur voie ferrée, en position d’attente à Reims.

Section sanitaire automobile du 2e corps d’armée (SSA), a rejoint le 20 août 1914.

Nota : Le 2e CA ainsi que les 52e et 60e divisions de réserve ne possédaient pas en août 1914 d’ambulances en réserve d’armée (numérotées de 9 à 16), à la différence des autres CA de la 4e armée (11e, 12e, 17e, 22e).
Notes pour servir à l’Histoire du service de santé dans le secteur d’opérations de la 4e DI (Bellefontaine, Lahage, Belgique, 21-23 août 1914)

21 août 1914 – Mouvement général de la 4e armée (De Langle de Cary). Le 2e CA marchait en une seule colonne en direction de la Belgique par la route Montmédy, Grand-Verneuil, Petit-Verneuil, Thonne-la-Long, Sommethonne, Meix-devant-Virton, Bellefontaine. Le directeur du service de santé du 2e CA était à Montmédy (205 lits d’hospitalisation) où se positionnait l’amb. n°8/2 qui devait servir de dépôt d’éclopés (600 places). Ordre de route du service de santé du 2e CA : en tête, 4e DI (ambulances n° 3/2 et 4/2) ; 3e DI (amb. n°5/2 et 6/2) ; trains de combat du CA (amb. n°1/2 et 2/2) ; en fin de colonne, les parcs de CA avec les amb. n°7/2 et 8/2 (à Montmédy). En soirée : cantonnement de la division et des éléments de tête à Sommethonne. Note : Il est intéressant de noter que le 2e CA ne disposait que de huit ambulances, dont quatre endivisionnées, dont la mobilisation s’opéra du 5 au 10 août 1914.

22 août 191404h00, brouillard intense – Mouvement sur Villiers-la-Loué, Meix-devant-Virton. 08h00, éléments de tête à Bellefontaine. 09h00, début du combat. La colonne de tête comprenant la 87e brigade avec quatre batteries d’artillerie débouchait au nord de la forêt de Virton tandis que le gros du 147e RI avec deux batteries d’artillerie s’avançait sur la route près de Lahage : Service régimentaire – 120e RI à Bellefontaine, barricadé dans le village. Les postes de secours furent regroupés plus en arrière à Lahage dans des habitations de rencontre (postes de secours des 120e RI, 147e RI, 9e BCP, 18e BCP). Service des formations sanitaires - A Villers-la-Loue (amb. n°4/2), à Meix-devant-Virton (GBD n°4 et amb. n°3/2). A Bellefontaine, la Croix-Rouge belge avait installé une ambulance des Sœurs de la Doctrine Chrétienne (docteurs civils Lepyrck et Dauby). Combats très vifs. Au sud du dispositif de la 4e DI une autre série de combats s’engageait à Meix-devant-Virton et à Villers-la-Loué. A cette occasion l’amb. n°4/2 recevait des obus ; elle était disloquée et son personnel se repliait dans la précipitation en abandonnant une partie de son matériel. L’amb. n°3/2 allait fonctionner à Meix-devant-Virton (église). 16h00, une section du GBD n°4 parvenait à monter à Bellefontaine, y chargeait des blessés et les évacuait sur l’amb. n°3/4 de Meix. A 17h00, bombardement du village de Meix. Mouvement de repli de l’amb. n°3/2 et évacuation des blessés sur Sommethonne.

A Bellefontaine, en raison du repli du corps colonial (ouest) et du 4e CA (est), et bien qu’elle conserve le terrain face à la 21e brigade silésienne, les éléments engagés de la 4e DI reçoivent l’ordre de se retirer à Gérouville.

Quelques "enseignements" sur le fonctionnement du service de santé en campagne lors des combats du 22 août à Bellefontaine peuvent être proposés :

  • Les liaisons entre les directeurs des services de santé DI et CA furent inexistantes et ne permirent pas de mettre en œuvre dans de bonnes conditions les fonctions « traitement » et « évacuations » ;
  • Les évacuations sanitaires furent limitées à l’emploi des moyens d’évacuation divisionnaires. Le GBC n°2 et ses moyens de renforcement en véhicules sanitaires et brancardiers ne furent pas engagés en renforcement à l’avant (axe routier encombré). Le 22, à 19h00, le GBC n°2, maintenu dans le périmètre du CA, recevait l’ordre de se rendre à Petit Verneuil pour y organiser un poste de recueil des blessés à destination de Montmédy où étaient mis en place les trains sanitaires d’évacuation.
  • La fonction « traitement » fut absente. Aucune ambulance ne put fonctionner au profit de la 87e brigade et des troupes engagées au nord de la forêt de Virton : l’amb. n°3/2 dut se replier et l’amb. n°4/2 fut annihilée par l’artillerie lourde ennemie dès la phase de progression.
Pertes totales (tués, blessés, disparus)  de la 4e DI aux combats de Lahage-Bellefontaine : 120e RI (901), 147e (181), 9e BCP (71), 18e BCP (17).

23 août 1914 – Repli général au sud de la forêt de Virton des éléments de la 4e DI aventurés au nord ; la direction générale était Gérouville. Les GBD4 et l’amb. 3/2 se repliaient à Sommethonne. L’amb. n°4/2 n’existait plus. Elle fut remplacée par l’amb. n°1/2 (Meyer) provenant des EOCA du 2e CA. La section sanitaire automobile du 2e CA évacuait les blessés sur Montmédy où fonctionnait un point d’embarquement par voie ferrée. Regroupement des éléments du 2e CA dans la région de Gérouville puis départ pour Breux en début d’après-midi.

Le 22 août 1914 au soir, à Bellefontaine-Lahage, la 4e division laissait en arrière cinq médecins et des personnels infirmiers et brancardiers régimentaires pour assurer le service médical des blessés qui n’avaient pu être évacués et qui avaient été recueillis dans des granges transformées en ambulances de fortune. Je propose aux lecteurs du blog de suivre les vicissitudes de ces personnels et de leurs blessés en quatre livraisons à suivre...

Extraits du rapport du médecin aide-major [de 1ère classe] Barral, du 120e régiment d’infanterie, [1er bataillon] :

« J'ai l'honneur de vous rendre compte des faits qui se sont passés depuis le 22 août 1914, au moment où je reçus l'ordre de rester avec des blessés à l'ambulance de Lahage (Belgique) jusqu'à ma rentrée en France le 16 juillet 1915. Installation et fonctionnement de l'ambulance de Lahage-Bellefontaine. Le 22 août, un combat très violent se livre entre Lahage et Bellefontaine (Belgique), auquel prit part la 4e division et surtout le 120e d'infanterie dont les pertes furent de 1200 hommes et 30 officiers environ. A 9 heures du soir, je reçus du médecin divisionnaire l'ordre d'aller [page 2] à Bellefontaine pour évacuer sur Lahage le plus grand nombre de blessés possible. Pendant que je prenais des chevaux dans les écuries et formais mon convoi d'évacuation, l'ordre est donné aux compagnies du 9e Chasseurs occupant Bellefontaine, d'évacuer immédiatement le village. - Resté seul, je charge 60 blessés sur les 6 voitures difficilement trouvées, je mets en route le convoi, qui n'était plus protégé, et arrive à minuit à Lahage.

Le médecin divisionnaire, Mr Janot [Albert-Eugène, médecin principal de 2e classe, né en 1863 ancien médecin-chef de l’hôpital militaire de Sedan], et le médecin major de 1ère classe Hochwelker [Henri François, 1874-1967, ancien médecin du régiment de sapeurs-pompiers de Paris], chef de service au 120e, m'annoncent alors que la division se retire et me donnent l'ordre de rester pour soigner et remettre aux autorités allemandes les nombreux blessés restant dans la région qui n'ont pu être évacués faute de voitures. Ils laissent sous mes ordres cinq autres médecins : MM. Dournay, médecin aide-major de 2e classe au 9e bataillon de chasseurs [BCP] ; Piettre, médecin auxiliaire au 120e [RI]; Julien, médecin auxiliaire au 42e d'artillerie [RAC] ; Prévo[s]t, élève à l'Ecole de santé, de l'ambulance 4 du 2e corps [amb. n°2/4] ; un médecin auxiliaire du 9e Chasseurs [Natan], renvoyé le lendemain avec un convoi de blessés ; 12 infirmiers ; 2 paniers de pansements.

La [4e] division se retire à 1 heure du matin. 300 blessés environ restent dans le village ; jusqu'au matin, je fais des pansements et réunis dans des granges ou à l'église, les blessés légers qui, après quelques heures de repos, pourront être évacués. Les inévacuables sont [page 3] mis à l'école des soeurs, à l'école laïque, dans les maisons du centre du village, ainsi que 15 allemands blessés.

Le 23 [août] à 6 heures du matin, les troupes allemandes n'étant pas encore signalées, je me hâte de chercher les dernières voitures restantes, et forme un convoi sous la conduite d'un médecin auxiliaire [Natan] que je dirige sur Meix-devant-Virton dont la route me semble être libre. Tous les blessés pouvant marcher (80 environ), 3 officiers transportables assis : capitaine Dorut, du 120e (fracture de cuisse) - lieutenant Pré, du 120e (Plaie en séton de l'abdomen), un autre officier, 40 blessés assis partent ainsi. - Le convoi arriva sans trop d'encombre à Meix en prenant un chemin détourné pour éviter la route balayée par les obus, mais les voitures ayant dû continuer jusqu'à Montmédy (30 kilomètres), ne purent rentrer que le surlendemain. Vers 9 heures, des coups de fusil sont tirés à l'entrée du village ; quelques fuyards sortis des bois arrivent poursuivis par des patrouilles de dragons allemands. Je fais rentrer les fusils à l'ambulance et je sors accompagné d'un sous-officier allemand blessé, pour m'avancer au-devant des cavaliers dès que je les verrai. Entre temps, le docteur Dournay était allé avec les infirmiers sur la hauteur derrière l'église enterrer nos morts de la nuit. Les Allemands, apercevant des uniformes français, tirent dessus. Mr le docteur Dournay va, sous la fusillade, décrocher un drapeau de la Croix-Rouge et s'avance vers eux au péril de sa vie. Je m'avance de mon côté par la grand-rue, accompagné [page 4] du sous-officier allemand blessé. Les coups de fusil s'arrêtent et nous nous trouvons en présence de la patrouille. Le sous-officier qui la commande affirme qu'on a tiré sur eux et qu'il y a des francs-tireurs dans le village. A grand peine, j'essaie de persuader le contraire à l'officier allemand survenu lui expliquant que quelques coups isolés ont pu être tirés dans les bois mais qu'il n'y a avec nous que des blessés. Mes dires sont confirmés par le sous-officier allemand blessé, il ajoute qu'il a été bien soigné ainsi que des camarades. L'officier me demande alors si je peux lui promettre qu'aucun coup de fusil ne sera tiré sur eux. Sur mon affirmative, nous traversons sans incident le village qui fut ainsi épargné. Un escadron suit la patrouille et nous laisse, en revenant une heure après, un sous-officier blessé.

Rappelons que les mêmes troupes avaient, dans les environs, commis les pires atrocités : les villages d'Etalle et de Tintigny avaient été entièrement brûlés et plus de 90 civils, femmes et enfants, fusillés dans chacun d'eux. A Ethe, ils avaient mis le feu à l'ambulance française, tué des médecins, fusillés les infirmiers et brûlés vifs les blessés sous prétexte de francs-tireurs (un infirmier du 103e fusillé deux fois et ayant reçu 8 balles se trouvait à Altengrabow ; il est rentré en France comme grand blessé.)

Le 24 [août], j'apprends que les blessés restés à Bellefontaine sont plus nombreux que je ne croyais et que le médecin civil du pays ne peut suffire à les soigner ; je détache Mr Dournay et deux infirmiers.- Cette ambulance avait à elle seule avec les Allemands, plus de 150 blessés. [La transcription de la liste des 176 blessés français et allemands, annexée au rapport Dournay, sera proposée dans la 4e partie des « ambulances oubliées de Belgique »].

II.- Impossibilité d'évacuer sur nos lignes nos blessés graves

La principale préoccupation fut alors d'essayer d'évacuer nos blessés [page 5] du côté français; mais je n'avais aucune indication précise sur la position de nos troupes, et au milieu de la canonnade qui tonnait autour de nous, je n'aurais pu risquer un convoi.

Du reste, les voitures de réquisition me faisaient défaut ; celles parties le jour du combat et le lendemain étant allées jusqu'à Montmédy ne sont revenues que le 25 [août] au soir ; de plus elles auraient été insuffisantes pour le nombre de blessés graves qui restaient.

J'envoie des isolés dans la direction où je suppose être nos troupes, avec mission de rendre compte de notre situation et de demander des voitures.

Le 25 août, des paysans affirment que la route de Meix-devant-Virton n'était plus libre, mais que par contre celle de Gérouville l'était encore ; le médecin auxiliaire Piettre se propose pour aller en reconnaissance et part seul en bicyclette sur cette route dangereuse. Il arrive ainsi, après avoir rencontré quelques allemands qui le laissaient passer, à Gérouville, où se trouve le quartier général de la 87ème brigade. Il voit le général [Emilien Victor] Cordonnier [1858-1936], lui rend compte de notre situation; nous commençons à manquer de vivres, de pansements, et avec des voitures, l'évacuation de nos blessés est encore possible. Le général envoie immédiatement une automobile et me promet un convoi pour 4 heures. - J’évacue dans l'automobile M. le capitaine Wolf, du 9e Chasseurs, gravement blessé à la hanche (fracture ouverte et infectée du col du fémur), et le lieutenant Tourette (fracture du poignet droit et plaie en séton de la région abdominale). [page 6] Je prends des mesures pour l'évacuation rapide des blessés de Lahage et de Bellefontaine. Mais le convoi attendu ne nous arriva jamais pour des raisons inconnues. Du reste à partir de ce jour, la canonnade ne cessa de s'éloigner.

Notre situation devenait difficile par suite du manque d'objet d'alimentation et de pansements. Une voiture de batterie abandonnée à 1 kilomètre de Lahage et dont j'avais immédiatement fait prendre le contenu, nous fournit du sucre, du café, du riz, du potage condensé, qui nous furent des plus utiles pour soigner les blessés.

Du blé se trouvant chez les paysans, je le réquisitionnais et le fit moudre dans un moulin près du village. Enfin la viande nous fut fournie par des boites de conserves trouvées sur les morts et par deux chevaux blessés que j'avais fait abattre.

III – Evacuation vers nos lignes, de tous les hommes pouvant marcher.

Entre temps, je dirigeai sur nos lignes plusieurs groupes appartenant à des régiments différents qui erraient dans les bois depuis la bataille du 22 [août] et qui avaient fini par rallier mon ambulance.

Le 24 [août] à 9 Heures du soir, arrivent ainsi 200 hommes du 103ème et 104ème commandés par deux officiers avec 18 cavaliers du 14e Chasseurs. Ils s'étaient battus le 22 Août près d'Ethe s'étaient perdus, avaient traversé les lignes allemandes en se cachant dans les bois, se dirigeant vers Lahage où on leur avait dit qu'il y avait une ambulance française. Comme ils n'avaient rien pris depuis 3 jours, je leur donnai du sucre, du café [page 7], du potage condensé et les fis conduire dans la forêt où ils bivouaquèrent, le lendemain de bonne heure ils rejoignirent nos lignes. Les chevaux n'ayant pu traverser la ligne de chemin de fer, restèrent dans la forêt, je les fis prendre et les gardais ainsi que 8 autres que j'avais déjà réunis. A mon départ, je les confiai à des paysans avec ordre de les rendre aux autorités françaises quand elles reviendraient.

Le 25 [août] dans la soirée, 60 hommes des 1er et 2e Colonial arrivent dans les mêmes conditions, à demi morts de faim. Une fois ravitaillés, je les fais conduire sur la route de Gérouville. Je fis de même pour les petits groupes isolés qui arrivèrent encore les jours suivants.

Entre temps, je m'étais occupé de l'assainissement du champ de bataille et j'avais demandé au bourgmestre des corvées pour ensevelir les morts, 400 Français et 290 Allemands furent ensevelis sur le territoire de la commune. Les officiers furent enterrés à part. Tous les cadavres avaient du reste été fouillés et dépouillés par des soldats allemands qui rodaient par groupes sur le champ de bataille et n'hésitaient pas à tirer sur les corvées ensevelissant les morts. (A) Je fis dresser une liste complète des décédés et des objets trouvés sur eux qui furent mis dans les porte-monnaie avec les plaques d'identité. Les objets des Français furent laissés au bourgmestre de Bellefontaine, ceux des allemands [page 8] furent remis aux médecins allemands.

J'enterrai également avec tous les honneurs possibles 12 blessés dont 4 officiers qui moururent du 22 au 30 août dans mon ambulance. Toutes les listes que je possédais me furent enlevées par les Allemands ; je pus cependant donner au corps en rentrant, par une copie que j'avais pu conserver, les noms de 410 ensevelis et de 120 prisonniers à Altengrabow. (…) »

A SUIVRE2e partie – Les ambulances de Lahage puis de Bellefontaine, 22-30 août 1914.

Notes :

(A) - presque tous les morts portaient plusieurs blessures, dont les unes, (...) faites à bout portant : ce qui prouve que les Allemands achevaient systématiquement tous ceux tombés sur le champ de bataille. Du reste, des blessés (...) moi, après le combat me confirmèrent cette façon d'agir et n'échappèrent à cette mort que par miracle. Ces listes ne sont pas annexées au rapport en ma possession (F.O.)

Sources :

Musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 633, dos. (NC) Barral, n° 26 - Rapport de captivité du médecin-major Barral du 120e régiment d'infanterie, médecin-chef de l'ambulance de Lahage-Bellefontaine (Belgique) du 22 au 30 août 1914 (...)

Journaux des marches et opérations des unités sur le site mémoiredeshommes : JMO DSS 4A – 26N 33/10; JMO DSS 2CA – 26N 105/1 ; JMO DSS 4DI – 26N 267/8 ; JMO GBC 2CA – 26N 105/11.

Schmitz et Nieuwland. Documents pour servir à l’Histoire de l’invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg, 7e partie, t. VIII, La bataille de la Sémois et de Virton. Bruxelles : Van Oest et Cie, 1924, 432 p.

LES INTERNES CIVILS FRANÇAIS DE LA CITADELLE DE LAON, EN 1914.

20 Septembre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux, #les hommes

LES INTERNES CIVILS FRANÇAIS DE LA CITADELLE DE LAON,  EN 1914.

Témoignage inédit du docteur R. Peyron, de Montcornet, médecin militaire, sur les conditions inhumaines de détention des internés français à Laon (1914).

[page 2] « De mon séjour à Laon, je dois retenir surtout ce qui s'est passé à la citadelle. La "Citadelle” de Laon servait, avant la guerre, de caserne. Les Allemands y logèrent des troupes ; mais ils l'utilisèrent surtout pour les évacués civils. Ces civils étaient des habitants des villages voisins chassés de leurs foyers par ordre de l'autorité allemande, qui les avait concentrés à Laon. Des Dames de la Croix-Rouge française s'occupaient d'eux et leur fournissaient [page 3] fournissaient quelques secours. De temps en temps un médecin allemand venait passer une visite sanitaire.

Le Maire de Laon, Monsieur le Sénateur Touron [Ermant], qui était resté à son poste malgré l'invasion, inquiet de ce qui se passait à la citadelle, demanda qu'un médecin français fût chargé du service médical des évacués. La commandanture consentit avec d'autant plus d'empressement que les médecins allemands faisaient avec une extrême répugnance ce service. A la prière du maire on m'accorda donc un sauf-conduit, qui me permettait de circuler en ville à toute heure (de 7 h. du matin à 8 h. du soir) et de visiter la citadelle une fois par jour, (En outre je fus chargé du service des évacués civils du Palais de justice et des casernes d'artillerie, dont je parlerai plus loin.) Je fus chargé de ce service vers la fin du mois d'octobre. Et voici ce que je trouvai à la citadelle à cette date. Les constatations que je vais résumer ont fait l'objet d'un rapport détaillé que j'ai remis, sur sa demande entre les mains de Monsieur le Maire de Laon, après une première visite à la citadelle.

Dans les salles du dernier étage (la citadelle en comprend 3 ou 4, et fort élevés), les Allemands avaient entassé toute une population de femmes, d'enfants et de vieillards. Il y avait là des bébés à la mamelle, et des vieux de 90 ans ; des infirmes, des impotents, des paralytiques. Des femmes avalent été transportées là le Jour ou le lendemain de leur accouchement. Tout ce monde était parqué dans des salles grandes et aérées, mais absolument insuffisantes. Des locaux où 60 personnes auraient été serrées en contenaient 100 ; On avait jeté sur le sol une paille sale, étalée en couche mince. Ces malheureux vivaient et couchaient là pêle-mêle, dans un état de promiscuité et de saleté écoeurantes. La vermine apportée par [page 4] quelques-uns, s'était rapidement propagée à tous. La plupart n'avaient pu partir qu'avec le linge et les vêtements qu'ils portaient sur eux. Ils souffraient non seulement de cette saleté où ils vivaient depuis des semaines, mais aussi du froid, surtout la nuit, malgré les poêles allumés, (mais insuffisamment garnis). (Presque tous étaient atteints de bronchite. Des tuberculeux s'aggravaient rapidement.) Ils souffraient aussi de la faim. La nourriture qu'on leur distribuait était peu abondante et de mauvaise qualité. La soupe de midi seule était mangeable. Des vieillards très affaiblis, étaient morts les jours précédents ; d'autres pouvaient à peine remuer sur leur paillasse. Il en mourut encore dans la suite. Des mères qui allaitaient leurs enfants durent cesser l'alimentation au sein. Le lait qu'on leur distribuait, en petite quantité, n'était naturellement pas bouilli. On le coupait avec de l'eau prise à la pompe.

Il s'ensuivit une véritable épidémie de gastro-entérite. Quelques nourrissons, vivant depuis plusieurs jours dans l'humidité de langes non renouvelés et souillés d'évacuations diarrhéiques et de vomissements, étaient dans un état pitoyable. (Beaucoup d'adultes étaient eux-mêmes atteints d'entérite). Je dois ajouter que les latrines mises à la disposition des prisonniers, se trouvaient au fond d'une cour. Il fallait, par tous les temps, descendre et monter tous les étages, et traverser la cour sous la pluie. Pour des malheureux atteints de diarrhée, quelquefois avec fièvre, pour des vieillards débiles, pour des tuberculeux de 3ème degré, pour des femmes enceintes (il y en avait) pareille obligation était particulièrement dure.

Dès ma première visite, Je constatais dans les salles 2 cas de rougeole, et un cas de typhoïdes caractérisés. Le lendemain encore quelques cas de rougeole. Je fis envoyer de suite ces malades à l'hôpital. (Toute évacuation de l'hôpital civil était [page 5] soigneusement contrôlée par l’autorité allemande. Il était bien spécifié que même à l'hôpital les internés de la citadelle devaient être considérés comme prisonniers et que leur disparition engageait la responsabilité personnelle du Directeur. Je fis partir également à l'hôpital quelques femmes nourrices et leurs enfants qui étaient dans un état de misère physiologique justifiant l'hospitalisation. Mais le nombre des lits à l'hôpital était restreint (les Allemands s'étaient emparés d'un très grand nombre), et on devait réserver la place pour les grands malades.

Je m'enquis, de suite, auprès des évacués, des conditions dans lesquelles ils avaient été enlevés de leurs villages. J'ai interrogé des maires, des conseillers municipaux, de vieux instituteurs qui se trouvaient la citadelle ; j'ai interrogé des femmes de divers villages. Les réponses étaient presque toujours identiques : "Nous ne savons pas pourquoi nous sommes ici, ou plutôt nous le savons trop bien. C'est pour permettre aux Allemands de piller nos maisons à leur aise. Quand nous sommes partis de chez nous, toutes les maisons inoccupées étaient déjà pillées, et ils commençaient à s'attaquer aux maisons habitées.

C'était réquisition sur réquisitions. Mais les habitants gênaient. Depuis plusieurs jours tous les hommes valides, en âge de porter les armes étaient gardés comme prisonniers (soit dans l’église, soit dans la mairie). Un jour, brusquement, on a ordonné au reste de la population de se rassembler sur la place. Et on nous a tous emmenés, à pied ou en charrette, vers une destination que nous ne connaissions pas. La plupart d’entre nous n'ont pas eu le temps de prendre, chez eux, même un peu de linge ou quelques vêtements. Il semblait [page 6] que les Allemands voulussent surtout nous empêcher d'emporter avec nous quoi que ce fût. Les prétextes invoqués par les Allemands pour justifier ces évacuations étaient d'ordres divers : Difficulté de ravitailler la commune, attitude hostile de la population, voisinage immédiat de la ligne de feu, etc. Un jour on vit arriver avec quelques hommes une bande lamentable de femmes et de très jeunes enfants : les Allemands les envoyaient à la citadelle pour délit d'espionnage. Ils avaient fait, m'expliqua-t’on, des signaux lumineux. Interrogés par moi, ces gens-là ne savaient même pas ce qu'on leur reprochait. Les soldats allemands commis à la garde de ces prisonniers civils étaient des soldats de landsturm. La plupart se montraient assez humains, et d'une manière générale, leur attitude vis-à-vis de nos compatriotes n'était pas mauvaise.

Mon premier soin fut de demander à l'autorité allemande le renvoi des prisonniers dans leurs foyers, ce qui fut refusé. J'invoquai alors des motifs d'hygiène. Me basant sur les cas de rougeole et de typhoïde constatés, je fis ressortir les dangers d’une épidémie, non seulement pour les prisonniers, mais pour les soldats allemands. Un officier de la commandanture m'accompagna à la citadelle et parcourut avec moi les diverses salles. Le spectacle était éloquent, et Je crois qu'il en fut ému.... quoiqu'il en soit, l'évacuation fut décidée. Mais l'autorité allemande refusa formellement de renvoyer nos compatriotes dans leurs communes respectives. Ils devaient être évacués sur l'arrière, disséminés dans l’intérieur de la zone occupée, et logés chez les habitants. J'eus beau faire ressortir tout ce que [page 7] cette mesure comportait de dangereux Inconvénients pour les villages de l’arrière, et pour les évacués eux-mêmes, elle fut appliquée quand même. D'ailleurs pour les évacués, quelles que dussent être leurs nouvelles conditions de vie, elles étaient préférables, somme toute, à leur séjour à la citadelle.

L'évacuation eut lieu peu de jours après ma première visite. Le départ des prisonniers ne s'effectua pas sans protestations. Ils savaient qu’ils ne rentraient pas chez eux ; je dus leur fournir des explications et des encouragements, et m'interposer même, dans quelques cas, pour éviter des scènes regrettables, et obtenir leur départ de bonne grâce vers un nouvel exil... (Fidèle à sa méthode, l'autorité allemande, pour éviter les explications et des difficultés avait fait tout son possible pour tromper les intéressés et leur laisser croire qu'en quittant la citadelle ils allaient revenir chez eux...

Je ne voulus pas me faire le complice de cette fourberie, je crus devoir avertir mes compatriotes, avec tous les ménagements possibles, qu'on les envoyait loin de la ligne de feu, par mesures de prudence...) J'ignore ce que sont devenus ces malheureux (tous, je l'ai dit, femmes, enfants et vieillards). J'ai lieu de craindre que beaucoup d'entre eux, n'aient été, en plein hiver, évacués sur l'Allemagne, dans les camps de concentration. On rencontrait, en effet, en Décembre et Janvier, dans les camps de soldats, des civils très âgés, des femmes et des enfants très jeunes. (La plupart de ces civils furent plus tard, retirés des camps militaires et placés dans des camps spéciaux.)

Le jour même où se fit cette évacuation, on fit passer à la citadelle les prisonniers civils du Palais de Justice [page 8] et des casernes d'artillerie. Ceux-ci provenaient des mêmes régions que les précédents ; mais, c'étaient exclusivement des hommes de 18 à 50 ans, c'est-à-dire en âge de porter les armes. (Il y avait pourtant quelques jeunes gens de 14 à 16 ans.) Beaucoup d'ailleurs étaient des réformés ou des malades. On les plaça dans les locaux abandonnés quelques heures auparavant par les femmes et les enfants. Malgré mes recommandations, on ne fit aucune désinfection. La paille, ce jour-là, ne fut même pas renouvelée. Le régime de ces nouveaux venus fut identique à celui de leurs prédécesseurs - Peu à peu cependant j'obtins quelques améliorations : renouvellement de la paille, litière plus épaisse, distribution de quelques couvertures, nourriture meilleure (en dernier lieu, la soupe de midi constituait un repas très acceptable.) On faisait travailler les prisonniers, soit à la gare, où ils chargeaient et déchargeaient les wagons, soit dans les cours de la citadelle où ils faisaient diverses corvées.

J'avais obtenu 2 salles, où j'avais fait ranger quelques paillasses, et qui me servaient d'infirmerie. Tous les jours les malades se présentaient à la visite. Je gardais à l'infirmerie ceux qui étaient légèrement atteints, et j'envoyais à l'hôpital les malades graves. Les soins que je pouvais donner à l'infirmerie étaient naturellement tout-à-fait sommaires.

Le séjour dans cette salle permettait surtout aux hommes de se reposer. Mais leur régime ne changeait pas. Je dus même à plusieurs reprises, protester contre les façons d'agir des sous-officiers qui venaient, en mon absence, dans l'infirmerie, chercher des malades pour les faire travailler.

J'avais réservé une des 2 salles de l'infirmerie pour quelques vieillards, hommes et femmes, tout-à-fait impotents, dont [page 9] l’état de santé n'avait pas permis l'évacuation. Plusieurs de ces vieilles gens moururent à la citadelle. Je dois mentionner la présence, parmi ces prisonniers civils, de militaires, ignorés des Allemands. Il y avait à la citadelle, à ma connaissance, un officier d'infanterie, deux sous-officiers, et quelques soldats. - Au moment de la retraite de nos troupes, avant la bataille de la Marne, des groupes Isolés de combattants se trouvèrent cernés dans les lignes ennemies. Quelques-uns réussirent à regagner les lignes françaises. Les autres vécurent en se cachant pendant plusieurs jours, ravitaillés plus ou moins bien par les habitants du pays. Ils cherchaient une occasion favorable de fuite. Pour beaucoup d'entre eux cette occasion ne se présenta jamais.

Ils abandonnèrent alors leur uniforme dans un village quelconque où on leur prête des vêtements civils, et constitue un faux état-civil. C'est ainsi qu'ils furent pris par les Allemands dans les rafles dont j'ai parlé plus haut. Ces militaires déguisés ont dû être plus tard évacués sur l'Allemagne, toujours comme civils. Je crois que beaucoup d'entre eux, pour ne pas trahir leur identité, n'ont jamais donné de leurs nouvelles.

Portés comme disparus depuis le début de la campagne, Ils doivent être à l'heure actuelle considérés comme morts par leurs familles. Il y a ainsi un certain nombre de disparus qui reparaîtront après la Guerre.

L'autorité allemande soupçonnait la présence dans ses lignes de ces soldats français. Dans le courant de Novembre une proclamation datée du Grand Quartier Général, et portée à la connaissance des populations par voie d'affiche, menaçait de la peine de mort tout soldat ennemi surpris dans les lignes ou en arrière [page 10] des lignes allemandes, et dissimulant son identité. Les rigueurs de la loi martiale devait être appliquées à tout habitant ayant apporté une aide quelconque à ces soldats ; mieux à tout habitant connaissant leur présence dans un endroit quelconque, et qui n'en ferait pas immédiatement la déclaration aux autorités allemandes !

Pour en terminer avec la citadelle, Je dirai qu'elle était livrée à quelques sous-officiers qui y régnaient en maîtres. Le commandant en chef était un adjudant grossier et brutal, au profit duquel les soldats pillaient et volaient en ville à qui mieux mieux. Il m’est arrivé plusieurs fois de rencontrer à la porte de la citadelle une bande joyeuse de soldats allemands, qui apportaient l'un une pendule, l'autre une paire de candélabres, un guéridon, une pile d'assiettes, etc. A plusieurs étages on avait Installé des pianos. Quant au bureau de l'adjudant commandant, dans lequel je suis entré deux ou trois fois pour raison de service, il contenait plusieurs belles vieilles pendules, et toute une série de petits meubles de style, (secrétaire Louis XVl, bergères, bonheur du jour, etc.). Je fus un peu étonné de cette collection de meubles sélectionnés chez un pareil individu. Je suppose qu'il jouait simplement le rôle de receleur au profit d'officiers connaisseurs, qui avalent fait déposer là leur butin, en attendant une occasion favorable de l'évacuer sur l'Allemagne.

Le 4 décembre à 10 h. du matin, on nous déclara que le jour même nous serions évacués sur l'Allemagne. (...)

La famille du docteur Peyron, prise en otage…

[page 35] Qu'il me soit permis, en terminant, de raconter brièvement l'histoire de mon cas personnel : Au moment de la Guerre, j'habitais Montcornet, dans l'Aisne, avec ma famille, qui resta dans le pays, malgré l'invasion. Après avoir pillé chez moi tout ce qu'ils pouvaient, les Allemands, désireux sans doute d'occuper entièrement ma maison, qui était grande et confortable, enlevèrent, au mois d'avril, ma femme et mes deux enfants (le dernier né en août 1914,) et les transportèrent en Allemagne. Pour justifier cette mesure, ils mirent en avant divers prétextes : on reprocha à ma femme son attitude d'hostilité Intransigeante et on l'accusa [page 36] de complicité d'espionnage avec un vieux prêtre, malade et bien innocent, qui fut également emmené en Allemagne ; (une histoire da téléphone souterrain inventée de toutes pièces.) Quand l'ordre du départ lui arriva, ma femme ayant manifesté des velléités de résistance, la commandanture de [] lui affirma "qu'il s'agissait simplement de l'envoyer à Mayence, où son mari vivait en liberté sur parole ! Elle devait être rapatriée avec lui à très bref délai."

Sur cette assurance, elle partit sans résister, avec ses enfants et sa bonne, accompagnée d'un officier et d'un soldat. On la conduisit à Coblentz. Là elle fut menée immédiatement à la commandantur où on lui annonça : 1° que son mari était prisonnier de guerre, enfermé à la citadelle de Mayence, et qu’elle ne le verrait pas. - 2° qu'elle même était prisonnière, et que par conséquent, elle ne serait pas rapatriée, (son dossier contenant des accusations graves.). Il fut question de son internement dans un camp de concentration, Mais ayant affirmé qu'elle recevrait régulièrement de France de l'argent pour subvenir à ses besoins, elle obtint l'autorisation de loger en ville à ses frais. On l’envoya à Neuvried où elle vivait sous la surveillance très étroite du bureau de police ; (elle devait s‘y présenter deux fois par jour.). Ce n'est que dans les premiers jours de septembre que, sur l'intervention de l'ambassade d’Espagne, sollicitée par notre Ministère des Affaires étrangères, une famille m'a été enfin rendue. »

Lire aussi sur le même sujet : Laon sous la botte allemande 1914

Sources :

Archives du musée du service de santé des armées, au Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 638, dos. 19, Mestrude ; carton n° 639, dos. 13, Peyron.

HEROS DE LA MISSION MEDICALE FRANCAISE EN ROUMANIE (1916-1918)

12 Septembre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #Centenaire, #varia

Equipe du docteur Le Lorier à l'hôpital militaire roumain de Cotofenesti, Roumanie (ca. 1917) - Musée du service de santé des armées (détail)
Equipe du docteur Le Lorier à l'hôpital militaire roumain de Cotofenesti, Roumanie (ca. 1917) - Musée du service de santé des armées (détail)

Infirmières et médecins militaires français morts du typhus en Roumanie (1916-1917).

Le 3 septembre 2014 j’ai proposé sur mon blog une brève sur « 100 villes – 100 drapeaux – 100 héros ». Dans le cadre des commémorations nationales du 6 septembre 2014, le service de santé des armées a rendu les Honneurs, dans la cour pavée du Val-de-Grâce à Paris, au médecin major de 1ère classe (commandant, TT) Jean Clunet, décédé du typhus le 3 avril 1917 à l’hôpital de contagieux de Grieurul, près de Jassy (Roumanie).

     « (…) A moitié enseveli dans les neiges, dans son lointain hôpital, presque isolé du reste du monde, entouré de quelques héroïques Françaises et de ces saintes que sont les Sœurs de Saint-Vincent-de Paul, Clunet lutta héroïquement, plus heureux quand la lutte était dure. Il parlait du printemps qui viendrait, comme on parlerait d'une terre promise que l'on espérerait bientôt atteindre et où tout serait aisé, facile. Le mauvais rêve s'évanouirait avec les premiers lilas en fleur. Clunet ne vit pas fleurir les lilas. » - Marie (1875-1938), Reine de Roumanie, dans Le Figaro, du 4 septembre 1917

C’est aujourd’hui l’occasion de nous souvenir des autres compagnons de cette mission médicale française en Roumanie (1916-1918) qui ont été victimes de leur devoir, terrassés par le typhus en soignant combattants et civils roumains.

A LA MEMOIRE de :

Flips Alphonsine (1886-1917), infirmière-major de la société de secours aux blessés militaires, décédée du typhus le 20 avril 1917, à l’hôpital Notre-Dame de Sion de Jassy (Roumanie) ;

Hennet de Goutel Geneviève (1885-1917), infirmière-major de la société de secours aux blessés militaires, décédée du typhus le 4 mars 1917, à Jassy (Roumanie) ;

Sur elle et ses compagnes de la SSBM, on lira l’article très émouvant de Marthe Amalbert, Geneviève Hennet de Goutel, infirmière française, dans la Revue Hebdomadaire, du 20 juillet 1918, pp. 337-365.

Roux Antoinette (1849-1917), religieuse des Filles de la Charité, sœur Antoinette, infirmière volontaire, décédée du typhus le 23 avril 1917 à l’hôpital de contagieux de Grieurul, près de Jassy (Roumanie) ;

Adain Joseph (1883-1917), médecin aide-major de 1ère classe (lieutenant) affecté aux ambulances « Regina Maria », médecin-chef du groupe [complémentaire de chirurgie] n°7, organisateur de l’ambulance roumaine d’Onesti, décédé du typhus le 8 mai 1917 à Bacau (Roumanie) ;

Dufrèche Eugène (1871-1917), médecin aide-major de 1ère classe, décédé du typhus le 9 mai 1917 à Botogani (Roumanie) ;

Germain Paul (1877-1917), médecin aide-major de 1ère classe, donné par Marie de Roumanie comme étant « presque continuellement sous le feu de l’ennemi », décédé du typhus le 26 décembre 1916 à Galatz (Roumanie) ;

Santoni Ange (1889-1917), médecin aide-major de 2e classe (sous-lieutenant) affecté au service de triage de la gare de Jassy, décédé du typhus le 21 avril 1917 à Jassy (Roumanie).

Notes sur la mission médicale française en Roumanie (1916-1918) :

La mission médicale française en Roumanie, relevant de la mission militaire (général Berthelot) était un ensemble hétérogène de groupements médicaux, d’équipes et de moyens sanitaires divers, avec des origines et des recrutements tout aussi divers et variés, servant à titre français ou à titre roumain – ce qui explique des mentions différentes de grades dans les archives - coiffé par un directeur, le médecin principal de 2e classe (lieutenant-colonel) Henry Coullaud (1872-1954). Cette nébuleuse sanitaire reste très mal connue ; je vous propose ces quelques notes pour tenter d’y remédier.

  • Groupement médical du docteur Dehelly (mission Carrel), en Roumanie du 10 novembre 1916 au 13 août 1917 ;
  • Groupe médico-chirurgical de la colonie française de Bucarest (hôpital français de Bucarest puis de Jassy, avec le soutien de la société de secours aux blessés militaires (SSBM)) ;
  • Groupement médical du docteur Lancien (mission de l’Ambrine), en Roumanie de décembre 1916 au 17 mars 1917 ;
  • Neuf équipes françaises faisant fonctionner les groupes complémentaires de chirurgie [automobiles] construits par les Ateliers généraux du service de santé de Vanves et la société de secours aux blessés militaires (M. de Beaumont). Ces groupes comprenaient chacun : deux camions Renault, une salle d'opérations et de radiographie, une stérilisation chirurgicale et un arsenal chirurgical complets. Le personnel détaché : neuf chirurgiens, six assistants de chirurgie, neuf convoyeurs radiographes et sept spécialistes SSBM.
  • Mission spéciale d’étude envoyée par les Ateliers généraux du service de santé de Vanves (médecin-major de Gauléjac et officier d’administration de 2e classe Dumay) pour la livraison et la mise en fonctionnement des formations de stérilisation et de désinfection, type Mège, achetées par la Roumanie.
  • Des détachements de médecins militaires mis à la disposition du gouvernement roumain par le sous-secrétariat au service de santé français ; d’infirmières de l’Union des Femmes de France ; des infirmières contractuelles soldées par le gouvernement roumain ; des soldats automobilistes, manipulateurs-radiographes, etc.

Installée à Jassy, le 25 novembre 1917, après l’évacuation de la capitale roumaine, la mission médicale française et ses formations sanitaires satellites se reconstituèrent en Moldavie puis sur le front des Carpates ou nombre de médecins militaires furent attachés aux troupes roumaines. En janvier 1917, 36 médecins militaires français étaient affectés aux hôpitaux temporaires de Jassy où durant deux mois d’hiver (décembre-janvier) il y eut près de 200 décès par jour. L’épidémie de typhus fit près de 200 000 victimes dans la population roumaine réfugiée et le corps médical roumain perdit quant à lui plus de 180 praticiens sur 1700 médecins. La mission médicale Française quitta la Roumanie le 8 mars 1918, via la Russie, accompagnant la mission militaire et ses 1200 personnels, expulsés en exécution des stipulations du traité de Paix entre les Roumains et les Empires centraux. Seuls, six médecins furent laissés à la disposition du gouvernement roumain, dont le médecin aide-major Cuinet, intransportable, atteint par le typhus.

La mission médicale française en Roumanie (1916-1918) : 108 médecins, 3 pharmaciens, 3 officiers d’administration, 21 infirmières, 36 sous-officiers et personnel troupe, des infirmiers civils relevant des sociétés d’assistance, etc.
Quelques dates marquantes intéressant la Roumanie dans la Guerre de 1914-1918 : 27 août 1916 : déclaration de guerre de la Roumanie à l’Autriche-Hongrie et à l’Allemagne – 1er septembre 1916 : déclaration de guerre de la Bulgarie à la Roumanie et offensive germano-bulgare en Valachie – Septembre-octobre 1916 : les forces roumaines sont repoussées et se regroupent dans les Carpates  - Novembre 1916 : Offensive austro-allemande fait céder la résistance roumaine dans les Carpates en dépit du renforcement de troupes russes alliées – 6 décembre 1916 : le général Von Mackensen entre dans Bucarest à la tête des troupes austro-allemandes. Le gouvernement roumain et la famille royale de Roumanie se réfugient à Jassy en Moldavie. Réorganisation de l’armée roumaine. Acheminement des missions militaires alliées – Août 1917 : victoires roumaines à Marasesti (6-19 août 1917) et Ortuz (8-22 août 1917). Stabilisation du front. A la suite de la Révolution bolchevique, les Russes se retirent de la ligne de front. La Roumanie est totalement coupée de ses alliés. Le risque d’une contagion révolutionnaire s’impose et conduit le roi Ferdinand Ier de Roumanie à demander l’Armistice qui est signé le 9 décembre 1917. 7 mai 1918 : le traité de paix est signé entre la Roumanie et la Triplice. Les missions militaires alliées quittent le pays – 11 novembre 1918 : Seconde entrée des Roumains dans la Grande Guerre ; lesquels rejoignent sur le Danube les Français qui progressent en combattant depuis la Macédoine – 1er décembre 1918 : entrée triomphale à Bucarest du couple royal roumain (Ferdinand et Marie) accompagné du général Berthelot.

Sources : Coullaud Henry, La mission médicale française en Roumanie (1916-1918), dans la revue du service de santé militaire, t. CIX, n°2, pp. 159-177.

Igna N., La mission médicale française en Roumanie (1916-1918), Sibiu [Roumanie], imp. Honterus, 1945, 26 p.

site Mémoire des Hommes

LES HOPITAUX MILITAIRES DES ARMEES DE HONGRIE ET DU DANUBE (1918-1920) SERONT DETAILLES DANS LE TOME 5 DES « HOPITAUX MILITAIRES DANS LA GUERRE 1914-1918 », A PARAITRE AUX EDITIONS YSEC, 2015…

FACEBOOK ET SERVICE DE SANTE DES ARMEES 1914-1918

6 Septembre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #Centenaire, #varia

FACEBOOK ET SERVICE DE SANTE DES ARMEES 1914-1918

Embarquez pour une aventure quotidienne dans les dédales du service de santé militaire durant la Grande Guerre... une oeuvre de longue haleine qui doit être saluée... Je vais prendre des leçons et tenter de vaincre mes réticences pour surfer sur facebook.

Texte du Réseau Histoire du Service de santé des armées :
« Suivez le déroulement de la Première Guerre mondiale au jour le jour à travers le regard des médecins, brancardiers, infirmiers et infirmières, sur les soldats, les opérations, leur vie quotidienne.

Présents sur tous les fronts, des postes de secours jusqu'aux hôpitaux et centres de convalescence, le personnel de santé témoigne de ce que fut la Grande Guerre pour les militaires et les civils, les hommes et les femmes, les métropolitains, les Alliés et les coloniaux.

Rejoignez la page Facebook « Service de santé des armées 1914-1918 », partagez-la, promouvez l’action du service de santé sur les réseaux sociaux !

Pour y accéder »

100 VILLES – 100 HEROS – 100 DRAPEAUX

3 Septembre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #Centenaire

100 VILLES – 100 HEROS – 100 DRAPEAUX

RENDEZ-VOUS LE 6 SEPTEMBRE 2014 : 100 VILLES – 100 HEROS – 100 DRAPEAUX

Actualités du Ministère de la défense :

« Le 6 septembre 1914, les armées françaises reprennent l’initiative face à l’ennemi après 2 semaines de retraite pour remporter, 6 jours après, la victoire de la Marne. Cent ans plus tard, c’est ce sursaut et cette combattivité que le chef d’état-major des armées, le général d’armée Pierre de Villiers souhaite célébrer, car ils témoignent de la communauté de valeurs entre le soldat d’aujourd’hui et le héros de 14-18.

Le 6 septembre 2014, 100 héros et unités de la Grande Guerre seront mis à l’honneur simultanément dans 100 villes.

Les 100 sites ont été choisis parmi 400 casernes et quartiers répertoriés par le service historique de la défense, à partir desquels les armées sont parties vers le front en août 1914. De Dunkerque à Nîmes, en passant par Fort-de-France, chaque ville met à l’honneur un héros local, ainsi qu’un régiment à travers son drapeau.

Rassemblant les élus locaux et nationaux, le milieu scolaire et universitaire, ainsi que les associations d’anciens combattants, ce rendez-vous mémoriel de la Nation avec son armée est l’occasion de partager les valeurs immuables des soldats français : la fraternité, la volonté, le courage et le sens du bien commun.

Chaque cérémonie est ouverte au public. Pour plus d’informations, contacter votre mairie ».

Carte des 100 villes – 100 héros – 100 drapeaux :

Je vous souhaite une bonne balade mémorielle au travers de la longue cohorte des héros militaires proposée par le Ministère de la Défense dans laquelle vous trouverez 13 Maréchaux de France et généraux parmi plus de 70 officiers… sur 100 personnages. Pour ce qui est du service de santé militaire parcourez les monographies départementales du Maine-et-Loire (49) – médecin major de 2e classe Henri Drouard (1869-1916) – de la « Seine », Paris (75) – médecin-major de 1ère classe Jean Clunet (1878-1917) – de la Gironde (33) – « abbé brancardier » Jean-Gaston Giraud (1872-1962) et pour la Dordogne (24) la très « civile », très aristocratique et très isolée – parmi tant de militaires -  Eugénie Marie Jeanne de Buchère de l’Epinois, comtesse de Clermont (1877-1917), infirmière bénévole de la société de secours aux blessés militaires représentante de la gente féminine…

LAON SOUS LA BOTTE ALLEMANDE, 1914

1 Septembre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

LAON SOUS LA BOTTE ALLEMANDE, 1914

Le docteur Mestrude mobilisé à 68 ans témoigne…

Rapport de captivité de Monsieur le médecin-major de 1ère classe [Antoine Marie Ferdinand] Mestrude (1846-1921) de l'A[rmée].T[erritoriale]. Médecin-chef des salles militaires de l'Hospice mixte (hôtel Dieu) et de la Place de Laon.

« De la Mobilisation à la Captivité…

Le 3 Août (2e jour) je prenais possession de mon poste [de médecin-chef des salles militaires de l’hôtel Dieu de Laon]. Mon prédécesseur M. [le médecin major de 1ère classe] Eugène Meyer [1867-1933] était parti de la veille - J'eus donc à me préoccuper de trouver immédiatement, dans les archives, tout ce qui concernait la mobilisation (perte de temps). Même jour : arrivée de 22 Infirmiers ou plutôt de réservistes et territoriaux des services auxiliaires de toutes provenances dont, à part 3 ou 4 exceptions, je n'ai jamais rien pu tirer. Se présentaient également deux médecins civils :

MM Predhomme [de Laon] et Peyron [de Montcornet] ; un étudiant en fin d'études, M. Fortier.

Le pharmacien aide major de 2e classe de l'A[rmée].T[erritoriale]. M. Cahen.

Pour le logement, la nourriture des hommes je rencontrai, dès le 1er jour, la plus parfaite mauvaise volonté chez Monsieur l'économe directeur, elle ne cessa que le jour de notre départ pour l'Allemagne. [page 2] Je ne lui trouve comme excuse que l’ignorance dans laquelle il était de l‘arrivée d'un pareil contingent. Je ne reviendrai plus sur ces auxiliaires qui m'ont donné beaucoup de tracas en raison de leur indiscipline, de leur grossièreté, etc. ; on aurait juré qu'ils avaient été choisis. J'en ai retrouvé quelques-uns en Allemagne qui se sont singulièrement assoupli et me l'ont avoué. Bref ce fut une erreur.

Quelques jours après, sur l'offre du Général commandant la Place, je choisis au 45ème d'Infanterie, 5 réservistes ayant fait des stages dans les salles militaires à Laon. Je n'eus qu'à m'en louer et c'est grâce à eux que le Service a pu fonctionner normalement. Je considère comme un devoir de le dire.

Un infirmier de la 2ème section [d’infirmiers militaires] prévu et annoncé, n’a jamais paru. Je puis dire que tout le mois d'août se passa en grands mouvements de malades, en commissions spéciales de réforme qui auraient pu siéger en permanence ; c'était prévu.

J'arrive au premier contact avec les Allemands. Les premiers blessés allemands arrivent le 18 [août] - 1 capitaine de Dragons et 2 soldats de la Garde. J'eus beaucoup de peine à arracher le premier à la curiosité malveillante de mon personnel civil. Je le conduisis le jour même, à l'infirmerie du lycée (Hôpital temporaire n° 3). Les 2 soldats furent placés dans un cabinet éloigné, dans le quartier des Civils. Je n'ai pas pu les évacuer avant [page 3] l’arrivée des Allemands, à mon grand regret. La Prévôté s'est occupée du capitaine.

Le 27 août un télégramme de la direction me prescrit, en cas de repliement, de rester et de donner des ordres en conséquence. Aux autres formations de la Place - Arrivée de [M. le médecin] aide-major Moulineau.

Le 31 août les autorités militaires ont quitté la Place. L’arrivée et l'évacuation des blessés battent leur plein. Je résumerai aussi le mouvement d'évacuation.

J'ai reçu 16 officiers blessés, fin août ; pas un n'est tombé entre les mains des Allemands mais il était temps, et si j'eusse eu quelques automobiles de plus, beaucoup de ces blessés ne seraient pas en Allemagne actuellement.

2 Septembre. - Arrivée des Allemands. C'est le 2 septembre que les Allemands occupèrent la ville haute. Depuis la veille, au matin les communications postales et télégraphiques étaient interrompues. Dans la journée beaucoup de soldats et d'officiers allemands viennent se faire panser. Pas de médecins. - On devine un certain désordre.

Témoignage du docteur Peyron (extraits) : [page 1] « (...) Je faisais partie du personnel des salles militaires de l'hospice mixte de Laon. La ville de Laon fut occupée par l'ennemi le 2 septembre. (Quelques jours avant l'arrivée des Allemands on apporta à l'hôpital les civils blessés,  quelques-uns grièvement. Il y avait parmi eux un garçon de 15 ans. Ils racontaient que les Allemands les avaient forcés de faire des tranchées, puis les avaient fusillés à distance. Trois ou quatre avaient été tués sur place. Nous avions en ce moment dans nos salles quelques centaines de blessés français, des blessés anglais et quelques allemands. Les premiers jours furent calmes. Pas d'incidents. Des officiers allemands vinrent visiter leurs blessés, s'assurèrent qu'ils étaient bien traités - et ce fut tout. Puis on nous confia de [page 2] nouveaux blessés, allemands pour la plupart. (A plusieurs reprises, pendant ces premiers jours d’occupation, les Allemands nous témoignaient toute leur satisfaction des soins que nous donnions à leurs propres blessés.)

Peu à peu les Allemands organisèrent leurs services. Ils nous retirèrent alors leurs soldats et nous laissèrent en traitement les Français et les Anglais. Nous fûmes bientôt relégués, avec nos blessés, dans les salles les plus étroites ; les salles les plus vastes et les mieux aérées, les salles d'opération les mieux installées étant réservées aux services allemands. Ils s'emparèrent ainsi de la partie la plus belle de l'hospice civil, dont ils évincèrent les occupants. (...)

Je me contente de signaler qu'à plusieurs reprises des médecins allemands pénétrèrent dans nos salles, sous prétexte de visites d'inspection, accompagnés d'un peloton de soldats en armes baïonnette au canon. (Au reste tous les infirmiers allemands étaient armés et il leur arrivait même de faire le coup de feu de l'intérieur de l'hôpital sur les aéroplanes français et anglais qui survolaient la ville.)(...) » [extraits du rapport du médecin aide-major R. Peyron].

Le 5 [septembre]. - Visite du service des Etapes qui s'enquiert de mes ressources et passe partout. Des groupes d'officiers viennent demander à prendre un bain ; il est satisfait à leur demande autant que possible. Ils ne font que passer.

6 septembre. - 85 blessés allemands entrent à [page 4] l’hôpital à 4 Heures du soir. Aucun médecin ne les accompagne, j’en suis très surpris.

7 septembre. - Quelques médecins isolés se présentent le matin - Dans la journée : visite d'un personnage accompagné du professeur Ppfeifer de Breslau que je verrai plusieurs fois et chaque fois courtois.

- Visite de médecin-chef des ambulances.

- Visite d'un groupe de médecins, escortés et serrés de très près par de nombreux infirmiers, l’arme au bras. Tous paraissent très pressés. Le Médecin-chef de l’artillerie de la Garde qui voit mon étonnement de pareilles mesures me dit qu’il en est ainsi depuis, qu’en Belgique, la population a tiré sur les blessés, les médecins et les brancardiers. Ces MM. passent rapidement, et m’annoncent qu’ils partent pour Fismes. Je dirai, une fois pour toutes, que dans toutes ces visites qui devinrent fastidieuses et nombreuses, je me fis prévenir immédiatement et tins essentiellement à accompagner les visiteurs dès leur arrivée jusqu’à leur sortie. Chacune de ces visites se termine par force éloges sur la façon dont nous traitons les Allemands qui sont d'ailleurs interrogés chaque fois dans ce sens.

8 et 9 septembre. - Unités d’autorités médicales. Désignation de blessés allemands évacuables.

10 septembre. - L’après-midi, tous les blessés allemands qui peuvent marcher ou se traîner, quittent l’hôpital sans ordre, isolément ; ils se dirigent paraît-il sur la gare où ils croient que se forme un train d'évacuation. [page 5] Plusieurs reviennent mais, le soir il en manque 19. - Cette fuite correspond évidemment aux combats de la Marne que nous avons toujours ignorés.

11 [septembre]. - Evacuation continuelle par autobus de tous les Allemands même gravement atteints. On nous fait prévoir l'arrivée de centaines de blessés. Aussi les médecins désignent dans le quartier des Civils tous les locaux qu’il leur faut et font évacuer, au besoin, les salles qu'ils ont choisies.

12 septembre. - Un médecin-chef (M. Landesberger) est désigné pour prendre le service des Allemands. Parle bien le français et se montre et se montrera toujours un camarade serviable au possible. Arrivée dans l’après-midi de 19 officiers allemands blessés venant de Reims, à 5 Heures, 20 autres arrivent en auto : même provenance, je ne puis les recevoir tous, j’en dirige une partie sur l'hôpital temporaire [n°3]. Ces officiers étaient soignés à Reims dans différents établissements ou cliniques comme ils me l'ont dit ; ils ont donc été enlevés précipitamment. La cause nous échappe toujours.

13 Septembre. - Il y a dû avoir une alerte car les deux dames de la Croix-Rouge employées aux officiers allemands fuient précipitamment sac au dos. Elles reviennent 1 heure après, très grand mouvement en ville.

16 septembre. - Grande évacuation par autos sur Chimay [page 6] (les chemins de fer étant détruits) Le Prince de Reuss (qui n'est pas officier) en fait partie.

18 septembre. - Les Allemands me demandent d'évacuer 24 malades ou blessés français sur la caserne d'artillerie.

19 [septembre]. - Je reçois un capitaine français blessé à Corbeny.

21 [septembre]. - De nombreux blessés allemands (12 officiers) arrivent par autos. A Une Heure de l'après-midi à la suite d'un incident survenu dans une formation sanitaire en ville, des fonctionnaires sont placés à l'entrée et dans l'intérieur de l'hôtel Dieu - Je dois dresser un état nominatif de tous les Français en traitement - Je ne puis plus sortir qu'avec un laisser passer pour aller au lycée où je prends depuis longtemps mes repas avec mes camarades. Défense d'aller en ville. Je considère ma captivité comme datant de ce jour. J'en eus bientôt la preuve.

22 septembre. - M. le Directeur amène dans mon bureau le médecin-chef allemand et lui déclare qu'il sera très bien là pour surveiller les allées et venues. C'est l'expulsion sans protestation possible. J'ai à peine le temps d'emporter les documents les plus importants : (mobilisation, etc.). Je n'insiste pas sur ce procédé.

24 septembre. - Malgré les évacuations, toutes les formations sont pleines. Nous recevons les blessés français qui étaient en dépôt dans une caserne et sans pansements depuis 5 jours. Il est évident que les Allemands ne savent plus où loger leurs blessés. Ils évacuent des amputés récents, [page 7] les leurs comme les nôtres, il leur faut de la place à tout prix. Ils emploient les chemins de fer, mais avec transbordement, les ponts n’étant pas rétablis. J’apprends que le tétanos est très fréquent chez eux (EcoIe normale) Chez nous, deux cas le même jour.

25 septembre. - Nous recevons quelques blessés de Craonne et environs, blessés du 20. Il ne reste dans nos salles, grâce aux évacuations, que 73 Français et 11 Anglais.

1er octobre. - Les Allemands évacuent sans discontinuer des blessés arrivés la veille ou l'avant-veille et souvent gravement atteints.

2 octobre. - Nous avons failli avoir la visite de l’Empereur. Mais, il paraît que le spectacle qu’il a eu à l’Ecole Normale lui a suffi (témoignage d'une dame de la Croix-Rouge.)

4 octobre. - Les Allemands n’ont plus à l'hôtel Dieu que 76 blessés ou malades, et nous 85. Je prépare, par ordre, une évacuation de 25 Français. Les journées suivantes sont dénuées d'intérêt jusqu’au 17.

17 octobre. - Départ de nombreux infirmiers de la Croix-Rouge. Ils n’en emploient pas d'autres. Ces infirmiers annoncent qu’ils vont à Amiens, Dunkerque et peut-être même Calais. C’est la croyance du [page 8] médecin en second qui part lui-même (Dr Kastan) dans quelques jours. Visite du Prince Max de Saxe. Il passe lentement dans nos salles et, en un langage dépourvu d'accent, réconforte nos soldats. Arrivé aux officiers il prononce cette phrase : " Je sais que la France ne voulait pas la Guerre". J'en fus quelque peu stupéfié. II prend les lettres ouvertes des blessés pour leurs familles. Jusque-là aucune correspondance n'avait pu sortir de l'hôpital. Pour clore ce petit incident j’ajouterai que quelques jours après, je reçus la visite d’une Excellence à qui je fis part de l’aimable visite du Prince. -- Ah oui ! répondit le haut dignitaire : Max de Saxe, beaucoup plus connu en France qu'en Allemagne.

19 octobre. - 25 malades sont désignés pour être évacués d'urgence,- mais ne partent pas. Le Docteur Kastan m'annonce que Laon a évacué pendant le mois 18.000 blessés. Bien que n'allant pas en ville je sais que la garnison de Laon est partie et remplacée complètement par de la landstrum. J’en sais assez, pour m'en rendre compte. Le départ pour Calais n’était pas un mythe. Le 19 octobre le personnel allemand est changé ; nous perdons avec regret le docteur Landesberger, qui va à Neufchâtel. II est remplacé par le docteur Manasse professeur à Strasbourg, [page 9] spécialiste des maladies nerveuses et mentales. Il a pour adjoint un unterartz M. Spiro. Je n'eus aucun rapport de service avec ces MM [messieurs]. Nos relations aux rencontres furent toujours courtoises et plutôt rares. Comme je demandais à un pharmacien militaire du lycée, (M. Wahl), pourquoi il ne venait pas à l'hôtel Dieu voir son chef il me répondit :

-. M. Manassé, à Strasbourg, cultive les sympathies françaises pour mieux les dénoncer. (textuel)

Tout le personnel est donc renouvelé radicalement. Le mois d'octobre s'écoule dans la plus grande monotonie.

Le 29 [octobre] je réclame un bureau chauffé et éclairé à la commission administrative et le 30 je prends possession d'un cabinet de consultation abandonné dont tout le matériel a été enlevé. C'est là que j'attendrai les évènements.

Novembre 8. - Je demande au médecin-chef de la Place l'autorisation de visiter les blessés français de la Providence (Croix-Rouge Française). Elle m'est accordée. Je fais ma première sortie, en uniforme bien entendu. En sortant de cet établissement, je suis accosté par un jeune homme qui me dit dans le plus pur français :

- "Je suis agent de la police secrète allemande ! Je désire savoir si vous avez le droit de vous promener en ville".

En même temps il donne un coup de sifflet et un soldat s’approche. Je montre mon laisser-passer, et je conduis le bonhomme à la Kommandantur à deux pas. Bafouillage d'un officier subalterne et rentrée à l'hôtel-Dieu. [page 10]

M. [Georges] Ermant [1852-1935] sénateur-maire de Laon informé de cet incident écrivit à l’autorité militaire une lettre fort digne à laquelle, il ne fut probablement pas répondu (méthode allemande).

9 Novembre. - Des automobiles arrivent à l'improviste et un médecin de la Direction désigne 28 malades ou blessés français qui vont être emmenés au camp de Sissonne - ils partent à 11 H. du matin.

11 Novembre. - L'hôpital temporaire n°3 (Lycée) est évacué : il m'envoie ses 5 derniers blessés ou malades.

12 [novembre]. - Un personnage, chef des chevaliers de St- Jean, délégué de la Croix-Rouge, me prie de faire appliquer les règles de la Convention de Genève relatives au port du brassard par le personnel civil. Je le lui promets et prends des mesures en conséquence. Il me parle de mon arrestation en ville et me dit : Pourquoi ne sortez-vous pas en pékin ?

Je lui réponds qu'un officier ne pouvait se livrer à ce genre de plaisanterie en temps de guerre devant ses subordonnés. Ce fut tout. A peine ce grand personnage est-il parti que le sous-officier de la Comma[n]da[n]tur me communique l’ordre suivant :

"Par ordre du général en chef, il est défendu au personnel civil et militaire de la Croix-Rouge du Lycée et de l'hôtel Dieu de sortir de leurs établissements". La veille j'avais adressé une demande d'autorisation de circuler librement en ville. - Il m'est donc interdit d’aller au Lycée prendre mes repas avec mes camarades.

C’est la prison tout simplement. Toutefois le Dr Peyron continue à aller à la citadelle donner ses soins aux [page 11] civils français. M. Predhomme obtient une heure de sortie le soir pour sa clientèle. C’est donc à la culotte rouge qu'on en veut. Le fait est que les habitants de Laon en étaient plutôt privés et la voyaient avec une joie à peine dissimulée. Inutile de dire, que privé de ma seule distraction : déjeuner et dîner au Lycée tout près d’ailleurs, à dater de ce jour j’eus le coeur bien serré surtout après le départ de tout le personnel de l’hôpital n° 3 qui eut lieu le 18 - puis Hudelbeerg - J’eus beaucoup de peine à pénétrer jusqu'à mes camarades pour leur serrer la main. Ils croyaient eux aussi traverser la Suisse pour rentrer en France

21 Novembre. - La Commandantur me fait établir un état des médecins-pharmaciens-Infirmiers employés à l'hôtel Dieu et le chiffre exact des malades qui y sont traités. On peut prévoir l'évacuation prochaine. Un officier de la Commandantur et de la Direction de Santé visitent nos salles en ma présence.

En route pour la Captivité.

Décembre 4. - 10 Heures du matin : Messieurs : Tenez-vous prêts à partir pour 1 heure sauf M. le pharmacien Cahen : le personnel infirmier y compris, bien entendu. Je passe rapidement dans les salles, fais mes adieux [page 12] à nos blessés, leur recommande la bonne tenue, la correction et la résignation. A 1 Heure 10 minutes un autobus pour les infirmiers et un omnibus à vitres peintes pour les médecins nous attendent ; nous sommes obligés de nous tenir debout dans ce véhicule dont on n'avait même pas enlevé les deux brancards. On nous presse vigoureusement. Je ne parlerai pas des adieux de notre personnel et des religieuses si dignes et si dévouées. Les moteurs ronflent depuis longtemps et nous partons à grande allure. Il saute aux yeux que les Allemands voudraient que notre départ passât inaperçu de la population ; il n'en fut rien et les braves habitants de Laon, malgré l'extrême vitesse des voitures trouvèrent le moyen de jeter à nos hommes et même à nous, des vivres, du vin, etc. Une bonne vieille jeta à nos soldats une pièce de 1 franc enveloppée soigneusement ! Je n'insiste pas.

En très peu de temps nous sommes amenés au quai d'embarquement de l'Artillerie, à Chambry (2 kilomètres de Laon) en pleine campagne(…). »

Le médecin major de 1ère classe Mestrude sera rapatrié en août 1915 après avoir séjourné aux camps de Giessen et de Friedberg.

A SUIVRE : LES INTERNES CIVILS FRANÇAIS DE LA CITADELLE DE LAON, EN 1914. Témoignage inédit du docteur R. Peyron, de Montcornet, médecin militaire, sur les conditions inhumaines de leur détention par les Allemands.

Sources :

Archives du musée du service de santé des armées, au Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 638, dos. 19, Mestrude ; carton n° 639, dos. 13, Peyron.

Arch. Nat., base Léonore : dossier n° LH/1847/26, d’Antoine Marie Ferdinand Mestrude (1846-1921)

GLANES SANITAIRES - UNE AMBULANCE FLOTTANTE...

27 Août 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia

GLANES SANITAIRES - UNE AMBULANCE FLOTTANTE...
LE TEMPS. — 24 août 1914.
— "La Société française de secours aux blessés militaires vient de transformer en bateau-ambulance le yacht de rivière appartenant à M. Legrand, et mis à sa disposition par le prince Henri de Ligne, qui en est actuellement locataire. Cette ambulance flottante sera affectée au service des étapes, pour transporter sur l'arrière des blessés grièvement atteints ne pouvant pas supporter le voyage en chemin de fer. Aménagé par les soins de M. Noblemaire, directeur de la Compagnie internationale des wagons-lits, le bateau comporte 48 lits de blessés et le logement du personnel médical et de l'équipage. Il se trouve à bord : deux médecins, deux infirmiers sous la direction d'un administrateur et d'un administrateur adjoint ; l'équipage, commandé par un capitaine, compte cinq personnes. Ce bateau-ambulance emporte une large provision de médicaments et d'objets de pansement. Hier matin, M. l'abbé Rivière, curé de la Madeleine, a béni le bateau, ainsi que le personnel médical et l’équipage réunis sur le pont et, dans une émouvante allocution, il a exalté le courage de nos vaillants soldats et le dévouement de tous ceux qui se sont donné mission de secourir et soigner les blessés et d'apporter un soulagement à leurs souffrances. Le bateau-ambulance est sur le canal Saint-Denis, sous pression, et n'attend plus que l’ordre du ministère de la guerre pour se mettre en route."
Un lecteur peut-il nous en dire plus ?

HECATOMBE SANITAIRE A CONNANTRAY (7, 8, 9 et 10 septembre 1914).

24 Août 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes

HECATOMBE SANITAIRE A CONNANTRAY (7, 8, 9 et 10 septembre 1914).

EN MARGE DE LA BATAILLE DE LA MARNE : CONNANTRAY (7-10 septembre 1914).

Lors de la Première bataille de la Marne, le 66e régiment d’infanterie (Tours) appartenait à la 18e division d’infanterie ; il fut transporté le 7 septembre 1914 aux environs d’Oeuvy (Marne), ferme Saint-Georges, pour être affecté, en renfort, au 11e corps d’armée. Cette 18e DI devait servir de réserve opérationnelle à la 9e armée (Foch). Le 7 septembre, le 66e RI se portait en fin de journée en direction de Connantray où il bivouaquait… « les hommes prenaient hâtivement leurs emplacements de bivouac entre… [cf. infra]

Le 66e régiment d’infanterie est balayé…

« Le 7 Septembre 1914 le 66e régiment d'Infanterie (35e brigade, 18e division, 9e [11e] corps d’armée) prenait position à Euvy (Marne). Des hauteurs placées en avant de cette localité on pouvait déjà apercevoir les mouvements de la grande bataille qui était partout engagée. Dans l'après-midi le régiment recevait l'ordre de se porter en avant et d'aller occuper les bois qui se trouvent à l'Est de Fère Champenoise ; il y arrivait vers 19 Heures. Les hommes prenaient hâtivement leurs emplacements de bivouac entre la grande route de Fère Champenoise à Connantray et la voie ferrée qui passe au Nord ; ils creusaient quelques tranchées. Tout mon personnel composé de 4 médecins aide-majors, de 2 médecins auxiliaires, des infirmiers et des brancardiers [page 2] se tenait groupé autour de moi au poste de secours que j’avais établi à un kilomètre en arrière du régiment.

Pendant toute la nuit l'artillerie ennemie avait montré une certaine activité, principalement entre minuit et 1 heure du matin. Des coups de feu isolés éclataient sur les lisières des bois, puis brusquement, avec les premières lueurs du jour, les Allemands déclenchaient sur nous une brusque et violente offensive. Le 93e surpris reculait en désordre et se rejetait sur notre division qu’il démasquait.

Aux premiers coups de feu je me porte vers le chef de bataillon de Villantroys, commandant le [III/]66e, pour lui demander ses ordres. Il n'est plus à son poste de commandement ; son adjoint le capitaine Robillot me dit de me replier avec mon personnel vers Connantray. Je me dirige vers cette localité au prix d'assez grandes difficultés ; je suis retardé dans ma marche par mes voitures médicales, sur lesquelles j'ai placé 3 ou 4 blessés. Les balles sifflent, des hommes tombent. La fusillade devient bientôt effroyable et s'accompagne du bruit plus sec des mitrailleuses. Dans les bois, la lutte se poursuit acharnée, terrible, on se bat à 50 mètres. En moins de deux heures mon seul régiment à vingt-cinq officiers et près de 1300 hommes hors de combat. La retraite sur Connantray n'est plus possible, je fais prendre à ma formation la direction du Sud, vers Euvy.

L'ennemi avance rapidement. Notre situation devient très critique. Les balles atteignent mes voitures médicales, mon cheval est tué près de moi. Mon personnel me précède [page 3] dans la retraite.

L’agonie du médecin aide-major Veteau…

Je ferme la marche de façon à ne laisse en arrière aucun de mes hommes. J'ai à côté de moi le médecin aide-major de 1ère classe de réserve Veteau. Soudain un obus éclate au-dessus de nos têtes. Un soldat qui marchait devant nous est tué sur le coup et Veteau a le bras gauche labouré par deux éclats d'obus. Mon aide-major étant gravement atteint, j’ordonne à mon personnel de continuer promptement la retraite vers Euvy et je m'arrête pour panser Veteau. Je constate que Veteau a une déchirure de l'humérale ; je parviens cependant à arrêter l'hémorragie au moyen d'un solide garrot. Puis Veteau et moi reprenons la ligne de retraite. Les allemands nous aperçoivent et ouvrent le feu sur nous. Mon aide-major épuisé par l'effort qu'il vient de fournir, se sent défaillir et m'adjure de l'abandonner si je veux échapper à la mort. Mais résolu à faire tout mon possible pour sauver mon camarade, je le prends dans mes bras et me dirige vers un petit bois distant d'une centaine de mètres ; ou j'espérais le mettre à l'abri.

Les allemands qui sont à moins de 300 mètres dirigent sur nous une fusillade de plus en plus vive. Nos brassards de la Croix-Rouge sont cependant très visibles et les allemands doivent comprendre qu'ils s'acharnent sur un blessé. Mon malheureux aide-major est frappé de deux balles à l'abdomen. Une balle me traverse l'avant-bras gauche en fracturant commutativement le radius ; d'autres balles traversent mes vêtements sans m'atteindre. Veteau et moi tombons en même temps. Les allemands n'en continuent pas moins pendant environ quinze minutes à envoyer dans notre direction des balles qui fauchent tout autour de nous. Leur tir [page 4] ayant enfin cessé, Je pus me relever, arrêter un peu l'hémorragie provoquée par la section complète de ma radiale et m'occuper de Veteau. Malheureusement tout espoir de le sauver était perdu. Avec un courage admirable, mon aide-major me dit qu'il était heureux de donner sa vie pour son pays, me parla de sa femme et de son enfant et malgré de violentes douleurs mourut sans une larme, sans une parole d'amertume. Pendant que j'assistais Veteau, à 200 mètres de là, un autre médecin aide-major de réserve de mon régiment, le docteur Dreux*, était tué d’une balle à la tête. Presque au même instant tombaient les médecins de réserve Bonnet* et Michel* du 114e d'Infanterie placé près de nous. Ces 4 Médecins reposent aujourd’hui côte à côte dans le petit cimetière de Connantray. Ils attestent de la vaillance et de l'héroïsme du corps médical dans cette sanglante journée de la Fère Champenoise.

Les docteurs Veteau et Dreux n'ont pas été cités à l'ordre de l'Armée et leurs familles n'ont pas reçu la Croix de Guerre ; c'est une omission que je regrette et qui, je l'espère, sera bientôt réparée [Croix de guerre, 1916 ; Légion d’honneur, JORF, 6 décembre 1921, p. 3204].

Capturé à Connantray… au « lazaret » saxon…

Quand mon aide-major eut succombé, je jugeai qu'il était de toute nécessité pour moi de rallier au plus tôt une ambulance pour m'y faire soigner. J'éprouvais des vertiges qui me faisaient redouter une syncope. J’étais épuisé par la perte de sang qu’arrêtait mal le pansement compressif très sommaire que je m'étais fait au bras gauche en m'aidant de la main droite et des dents. Je voulus poursuivre sur Euvy, mais déjà les troupes allemandes me barraient la route. Alors, prenant mon parti de la situation, voulant être utile à nos blessés jusqu'au bout, je recueillis un certain nombre d'entre eux et à leur tête j'atteignis Connantray. Chemin faisant, j'avais dû [page 5] faire confectionner un garrot pour arrêter mon hémorragie. Le village était occupé par les Saxons [XXXIIe DI du XIIe CA saxon de la IIIe armée allemande]. Ceux-ci firent prisonniers les blessés que j'amenais et les mirent dans l'église du village qui donnait asile à de nombreux blessés, la plupart allemands. Un officier saxon vint à moi, reconnut ma qualité de médecin militaire et me reconduisit au lazaret installé dans un groupe de maisons avec cours [Il s’agit probablement d’un poste de secours (hauptverbandplatz) organisé par les 2e et/ou 3e compagnies sanitaires (sanitätskompanie) du XIIe CA saxon].

Je trouvai là 5 ou 6 médecins saxons qui m'accueillirent correctement mais me déclarèrent qu'étant très occupés ils ne me feraient de pansement sérieux que lorsqu'ils auraient soigné leurs propres blessés. Ils ne touchèrent pas au pansement tout à fait insuffisant que je m'étais fait. Ils se bornèrent à le renforcer par une bande de toile très serrée avec attèle latérale en bois. Mon bras fut fixé à angle droit au moyen d'une petite écharpe maintenue par deux épingles. Une fiche (que j'ai conservée) indiquant mon nom, mon grade, ma nationalité et le diagnostic de ma blessure, fut épinglée sur mes vêtements. Je réclamai à un officier saxon le bénéfice de la convention de Genève, il me répondit que les instructions qu'il avait reçues n'en parlaient pas et qu'on verrait plus tard. Pendant toute la nuit du 8 au 9 Septembre et toute la Journée du 9, les Saxons amenèrent de nombreux blessés à Connantray à la fin de la journée du 9, il devait y avoir environ 300 blessés français et 600 allemands.

Je passais mon temps à secourir les nôtres et avec mon bras valide ; leur faire quelques pansements sommaires au moyen des paquets individuels qu'ils avaient encore sur eux. Il faut avoir vécu ces heures là pour sentir la force du lien qui unit les hommes d'un même pays en face de la douleur et de l'ennemi commun. Les Saxons, ne me fournirent aucun objet de pansement mais me laissèrent circuler [page 6] librement à travers les groupes de nos blessés. Je pus m'entretenir avec quelques officiers allemands. Ils reconnaissaient qu'ils avaient terriblement souffert. Un capitaine saxon m'avoua que sa compagnie était réduite à 97 hommes. Le lazaret de Connantray avait été bien organisé. Il était largement approvisionné en matériel de pansement. Les Saxons utilisaient quelques brancards français qu'ils nous avaient pris depuis le début de la guerre. Le modèle allemand moins souple que le modèle français m'a paru cependant plus pratique surtout plus résistant. Les blessés les plus graves étaient placés sur des paillasses dont l'enveloppe était constituée par des draps de lit pris chez l'habitant. Les linges et les instruments de chirurgie étaient stérilisés avec soin. Une voiture de pharmacie très bien comprise complétait la formation. Les allemands firent devant moi quelques opérations d'urgence ; deux amputations de bras, une de jambe, une de pied, quelques ligatures, etc. Le chirurgien en chef était excellent mais ses subordonnés me parurent bien inférieurs à la moyenne de nos médecins français ; en général leurs interventions étaient trop larges parfois inutiles.

Les Allemands ne s'occupèrent que de leurs blessés. Aucun des nôtres, même parmi les plus graves ne fut soigné par eux. Moi-même, malgré ma qualité de médecin et mes demandes réitérées, je ne pus obtenir d'être pansé. Je souffrais cependant beaucoup du bras, je laisse ce fait à l’appréciation du corps médical français.

Le 9 septembre, vers 21 heures, un officier supérieur saxon suivi de quelques officiers subalternes arriva à cheval au lazaret et demanda à haute voix en très bon [page 7] français où se trouvait le médecin militaire français blessé. Je me levai et j'allai à lui. Alors à ma grande stupéfaction l'officier saxon me dit à peu près textuellement :

- "Je suis le commandant des troupes qui sont ici. Je dois vous avouer que l'armée allemande est battue. Je vais quitter Connantray cette nuit en abandonnant nos blessés ; vous allez vous engager sur l'honneur à les protéger et les faire soigner."

Je répondis au colonel saxon :

" Les médecins militaires français ne voient plus d'ennemis dans les blessés qu'ils soignent. Ils ont pour tous le même dévouement sans distinction de nationalité."

Mais le colonel exigea de moi un écrit et je le lui donnai ; il le serra soigneusement. Il ne partageait sans doute pas le sentiment du chancelier de l'Empire allemand pour qui un engagement écrit n'est qu'un chiffon de papier. L'officier saxon me remit en échange sa carte que j'ai conservée et qui porte : Oberstleutnant Blochmann - Riesa (Sachsen). M'ayant salué, le lieutenant-colonel et les officiers de sa suite se retirèrent.

La bonne volonté apportée par l'officier allemand m'expliqua alors certains faits que j'avais observés avec étonnement. Deux heures plus tôt au lazaret, les médecins saxons avaient achevé à la hâte les pansements commencés et fermé leur matériel tandis que les blessés allemands non soignés étaient transportés dans des granges. Ces préparatifs de départ avaient commencé le 9 septembre à 19 heures. Ce détail peut avoir une importance historique ; il indique à quel moment précis le commandement allemand donna des ordres en vue de la retraite [page 8].

Evacuation de Connantray. Les blessés allemands sont confiés aux anciens « prisonniers »…

J'étais un témoin bien placé car il résulte du rapport de notre Etat-Major (publié dans le Bulletin des Armées de la République, du 5 décembre 1914) que ce qui décida de la bataille de la Marne, ce fut la manoeuvre audacieuse par laquelle la gauche de l'Armée Foch, se portant d’ouest en Est vers Fère Champenoise prit de flanc les corps saxons et la garde prussienne qui attaquaient au sud-est de cette localité? Or, je me trouvais exactement à cet endroit.

L'infanterie saxonne commença à se retirer de Connantray vers 23 heures. J’assistai alors à une scène inoubliable, les blessés allemands qui, en tant que soldats, n'avaient connu jusqu'alors que le succès et comprenaient maintenant qu'on les abandonnait, se livraient à un violent désespoir. Un très grand nombre d’entre eux étaient persuadés que Ies Français allaient venir les égorger. J'en interrogeai quelques-uns, j'en fis questionner d’autres par un sous-officier allemand possédant bien la langue française et j'acquis la conviction que Ies officiers allemands faisaient croire à leurs hommes qu'ils seraient exposés aux pires violences s'ils tombaient entre Ies mains des Français, Dans la nuit, je vis ce spectacle indicible de blessés, atteints de fractures et de plaies des membres inférieurs, se traînant sur le bord de la route, suppliant de les emmener, s'accrochant aux voitures et se faisant traîner par elles pour tâcher d'échapper aux Français. Je dus rassurer ces malheureux et joignant le geste à la parole bien que souffrant cruellement de ma blessure, j'allai chercher de l'eau que je leur portai à boire. J'ai été admirablement secondé dans ma tâche par un père [page 9] bénédictin aumônier volontaire de régiment, blessé au pied par une balle et conduit à Connantray par les Saxons.

Je passai debout la nuit du 9 au 10 septembre, protégeant nos soldats blessés, s'efforçant de les soustraire aux mauvais traitements des allemands irrités d'être obligés de fuir. Je fus assez heureux pour empêcher les ennemis de mettre le feu au village ; je leur fis observer qu'il y avait des blessés allemands ou français dans toutes les maisons. Il me fut cependant impossible d'empêcher le pillage ; les Saxons emportèrent tout ce qu'ils purent et détruisirent le reste.

A 2 heures du matin l'infanterie et l'artillerie avaient évacué Connantray mais la cavalerie tenait toujours le village.

Le commandement français avait donc toutes raisons de croire que la localité était presque toujours occupée par l'ennemi. Les derniers cavaliers saxons ne quittèrent Connantray que le 10 septembre vers 5 heures du matin.

A ce moment l'artillerie française envoya quelques obus dans la direction de Connantray. Un autre danger nous menaçait. Il fallait prévenir notre commandement de la situation. Ayant fouillé le village, je trouvai un homme âgé qui n'avait pas fui devant l'invasion, je lui procurai une mauvaise voiture à laquelle fut attelé un cheval abandonné par les Allemands et je l'envoyai vers nos lignes porter un mot de moi. Au bout d'une heure mon messager ne reparaissant pas, je résolus d'aller moi-même [page 10] au-devant de nos troupes. Je pus constituer un attelage de fortune et je me dirigeai vers Euvy. J'avais fait 4 kilomètres, lorsque j'eus la grande joie d'apercevoir nos soldats. Nos lignes de tirailleurs s'avançaient prudemment vers le village, en gardant comme otage l'homme que j'avais envoyé.

Un colonel étant venu vers moi, je lui exposai la situation et lui dis qu'il pouvait avancer sans crainte. Il donna des ordres et Connantray fut ainsi réoccupé rapidement. Je poursuivis ma route jusqu'à Euvy pour chercher du secours médical j'y trouvai mon médecin divisionnaire [18e division d’infanterie], le médecin principal Gruet et le mis au courant de la situation. Il se porta aussitôt vers Connantray avec une partie de son personnel et de son matériel pour recueillir et soigner les blessés français et allemands. Je pus enfin recevoir des soins mais ils étaient bien tardifs et ma blessure pour n'avoir pas été pansée quand je me trouvais aux mains des allemands, devait se compliquer d'une forme grave de tétanos. Au moment où l'on me soignait, mon rôle de médecin militaire s'achevait, je n'étais plus qu'un blessé. Et tandis que j'étais emporté vers l'arrière je revivais par la pensée le drame sanglant qui venait de se dérouler devant moi, mais j'entendais aussi la voix du colonel saxon m'annonçant la déroute allemande et ces premiers échos de la victoire française que les blessés se répétaient tout frémissants d'enthousiasme faisaient oublier toutes les souffrances, consolaient de tous les sacrifices.

Sur ces champs de carnage et de mort la France nous apparaissait triomphante... »

Notes - Les pertes médicales :

Bonnet Pierre-Camille-Félix. Né le 25 octobre 1886 à Saint-Maixent (Deux-Sèvres). Tué à l’ennemi le 8 septembre 1914 à Connantre (Marne) – Interne des hôpitaux de Paris – Médecin auxiliaire, au 114e régiment d’infanterie.

Dreux Maurice-Albert-Joseph. Né le 22 mars 1881 à Ingrandes (Indre-et-Loire). Tué à l’ennemi le 8 septembre 1914, à La Fère Champenoise (Marne) – Docteur 1908, médecin à Bourgueil (Indre-et-Loire) – Médecin aide-major de 1ère classe, au 66e régiment d’infanterie. CG 1916, LH 1921.

Michel Henri-Alfred-Léonard. Né le 5 novembre 1887 à Vierzon-Village (Cher). Tué à l’ennemi le 8 septembre 1914 à Connantre (Marne) – Médecin auxiliaire, au 114e régiment d’infanterie.

Veteau Edouard-Pierre-Auguste. Né le 2 juillet 1881 à Rigny-Ussé (Indre-et-Loire). Tué à l’ennemi le 8 septembre 1914 à La Fère Champenoise (Marne) – Docteur 1908 (Fac. de Paris), médecin à Avoine (Indre-et-Loire) – Médecin aide-major de 2e classe, au 66e régiment d’infanterie. CG 1916, LH 1921.

Sources :

Musée du service de santé des armées, au Val-de-Grâce à Paris, carton n° 633, dossier 15. Rapport de captivité du Médecin Major de 1ère classe Bailby chef de Service au 66e régiment d'Infanterie actuellement médecin chef de l'hôpital temporaire n°2 à Tours sur son rôle au cours de la Bataille de la Marne (Journées des 7, 8, 9 et 10 septembre 1914).

Collectif. Aux médecins morts pour la Patrie, 1914-1918. Paris : Baillère et fils, s.d., 439 p.

Vilatte Robert. Foch à la Marne. La 9e armée aux marais de Saint-Gond (5-10 septembre 1914). Paris : Charles-Lavauzelle, 1933. XII-286 p.

Von Hausen, colonel-général, Baron. Souvenirs de la campagne de la Marne en 1914. Coll. de Mémoires, Etudes et documents pour servir à l’Histoire de la Guerre Mondiale. Paris : Payot, 1922, 285 p.

http://hopitauxmilitairesguerre1418.overblog.com/le-service-de-sante-de-l-armee-allemande-1914-1918

LIEGE 1914

15 Août 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia, #Centenaire, #les hopitaux

LIEGE 1914

Un médecin militaire français « prisonnier » témoigne, en septembre 1914, sur son périple belge (Florennes, Tamines, Charleroi, Namur, Liège, Herbesthal, Liège…).

Amis belges, au lendemain des cérémonies commémoratives de Liège 2014 je vous propose le témoignage de sanitaires français qui ont été accueillis en 1914 dans cette belle cité de Belgique.

Dans un rapport sans date conservé au Val-de-Grâce à Paris, le médecin aide-major de 1ère classe Bertrandon, alors médecin-chef du 262e régiment d’infanterie, rédige à l’intention du directeur du service de santé de la 10e région militaire de Rennes, ses souvenirs de captivité comme ancien médecin à l’ambulance n°7 du 10e corps d’armée (amb. n°7/10) de Rennes. J’ai, dans un précédent article, relaté l'organisation et le fonctionnement du service hospitalier français autour de Florennes (Belgique) en août 1914. A cette occasion je n’avais pas utilisé le témoignage du docteur Bertrandon, mais ceux de ses collègues de l’amb. n°6/10, les docteurs Dejust et Oudot. Aujourd’hui je propose la transcription des souvenirs du docteur Bertrandon, illustrés dans une moindre mesure par ceux de deux autres acteurs français de l’épopée liégeoise de 1914, les docteurs Chevallier et Signoret.

Eléments sur le service de santé de la Position Fortifiée de Liège (PFL)

Le service de santé de la Position Fortifiée de Liège (PFL) avait été confié au médecin principal Henrard. Ce dernier disposait pour assurer le service de santé de la place fortifiée, de deux médecins armant chacune des infirmeries des douze forts de protection composant la PFL et d’un hôpital militaire d’active, l’hôpital Saint-Laurent disposant, au 1er août 1914, de 610 lits avec ses annexes sous baraques. L’hôpital militaire Saint-Laurent recevait les blessés évacués des infirmeries des forts. Dès le 4 août 1914, la place de Liège est investie. Le Service de santé évacue par voie ferrée les blessés de Liège : un train sanitaire sur Louvain, deux trains sanitaires sur Bruxelles. Dans la nuit du 5 au 6 août les Allemands tentent un coup de force qui échoue ; toutefois la ville étant sans protection, sa citadelle étant déclassée, les Allemands l’occupent dès le 6 août. Le général Gérard Leman commandant la PFL (32000 hommes) quitte la ville et se réfugie au fort de Loncin (qui explose le 15 août) pour poursuivre la lutte. Du 10 au 16 août 1914 près de 100 000 soldats allemands attaquent systématiquement les 12 forts de Liège qui se rendent les uns après les autres. Le 16 août la reddition du fort de Hollogne marque la prise de Liège.

Dès l’entrée des Allemands et le début du siège des forts (6 août) les blessés affluent à Saint-Laurent, en dépit des évacuations déjà signalées. La création de lazarets et d’annexes tant par les services de l’hôpital militaire que par les services civils ou ceux de la Croix-Rouge belge, dans les écoles, couvents, maisons bourgeoises ne se comptent plus… Les formations hospitalières permanentes ou temporaires développent leurs capacités : hôpitaux militaires de Bavière, des Anglais, de la Maternité, des sourds-muets ; ambulances des Filles de la Croix, des Jésuites, etc. Le plus important de ces hôpitaux « de circonstance » paraît avoir été l’hôpital militaire des Rivageois installé dans l’école normale des Filles (ouvert le 6 août 1914. Fermé le 4 octobre 1914 – 1000 lits, 2003 hospitalisés). Au 16 août, à la reddition du dernier fort, les Allemands reprennent le contrôle du fonctionnement hospitalier qui avait été laissé au docteur Henrard. Cette reprise en main est d’actualité quand nos médecins militaires français arrivent à Liège…

Résumé sur le service de santé de l'armée belge en 1914-1918 (docteur Patrick Loodts)
De Florennes à …

"[V] Le 12 septembre [1914] nous recevons la visite d’un médecin allemand venant de Charleroi, flanqué d’un officier. Ils me dirent qu’ils venaient prendre des mesures pour l’évacuation de tous les blessés qui nous restaient. Ils ajoutaient que les blessés auraient peu à voyager puisqu’ils étaient destinés à se rendre à Charleroi, à 28 kilomètres – que d’ailleurs nous les accompagnerions nous même dans cette ville où nous continuerions à leur donner nos soins.

Nous leur déclarâmes que parmi les blessés qui nous restaient quelques-uns étaient absolument intransportables. Ils firent d’abord des difficultés, disant qu’ils avaient l’ordre de tout évacuer. Cependant sur nos instances et après avoir visité individuellement tous les malades qui nous restaient, ils finirent par consentir à en laisser une quinzaine. Presque tous atteints de fracture compliquée de la cuisse et munis d’une extension continue. Le général de division Boé, dont nous avons déjà au début de ce rapport signalé la présence parmi nos blessés, ne fut pas évacué lui non plus et resta à Florennes.

[V, verso] J’ignore ce que tous ces blessés sont devenus dans la suite. Pour le moment nous nous étions entendus avec un médecin civil de la ville qui se chargeait de leur assurer les soins nécessaires. Le recteur du collège était rendu personnellement responsable par l’autorité allemande des blessés qui restaient dans sa maison après notre départ. La ville n’était plus occupée par aucune troupe.

Le matin du 13 [septembre] nous partîmes donc pour la gare emmenant nos blessés, les uns en voiture, d’autres à pied. Force nous fut de laisser dans la cour de l’hôpital les fourgons qui avaient contenu notre matériel. D’ailleurs il n’en restait plus que trois, les deux autres avaient déjà été emmenés par l’ambulance n°4 [amb. n°4/10] au moment de son départ. Cependant nous pûmes emporter, dans quatre paniers à matériel, le peu qui nous restait d’objets de pansements, des médicaments, les instruments chirurgicaux.

En traversant la ville nous pûmes constater que les dégâts matériels se réduisaient à peu de chose. Quelques maisons éventrées par des obus. Pas mal de portes enfoncées et clôturées par quelques planches (Probablement les maisons qui avaient été trouvées inhabitées lors de l’arrivée allemande). A la gare on nous fit monter tous dans des compartiments de voyageurs de 3e classe et nous partîmes dans la direction de Charleroi. Mais le convoi marchait si lentement que nous mîmes la journée entière pour franchir les 28 kilomètres qui nous séparaient de Charleroi. Plusieurs blessés furent extrêmement fatigués. Quelques-uns eurent même des syncopes. Nous pûmes leur donner les soins nécessaires grâce au matériel que nous avons pu emporter. Nous renouvelâmes quelques pansements qui saignaient (tel le pansement d’un de nos blessés amputé du bras l’avant-veille et que nous n’avions pu obtenir de laisser à Florennes). Aucune boisson ni alimentation ne nous fut donnée au cours de cette journée et nous n’avions pas emporté de provisions à part quelques bidons d’eau, escomptant un voyage d’une heure à deux tout au plus et non d’une journée entière. Aussi cette journée fut-elle pénible à nos blessés. Au cours de ce voyage nous aperçûmes les traces des violents combats qui avaient été livrés. Ce qui me frappa particulièrement ce fut l’aspect de la petite ville de Tamines complètement incendiée et où pas une seule maison n’avait été épargnée. Seuls tous les murs subsistaient. Le feu seul avait fait là son œuvre. Le canon n’y était pour rien.

Aux approches de Charleroi, même spectacle, beaucoup d’usines brûlées, mais pas une désolation aussi complète.

En arrivant en gare de Charleroi, on fit mettre de côté tous nos plus grands blessés, en particulier ceux qui devaient être évacués couchés. Pour nous, nos infirmiers, et nos blessés plus légers (d’ailleurs en nombre assez restreint) on nous fit monter dans un autre train. Ce fut un sous-officier allemand qui nous donna cet ordre, nous ne vîmes aucun médecin ni officier, et nous ne pûmes tirer de lui aucun renseignement complémentaire. Nous eûmes à ce moment l’impression qu’en nous faisant monter dans un train navette pour nous diriger sur une autre gare de la ville ou de la banlieue. Mais bientôt à notre surprise nous reconnûmes le chemin que nous venions de parcourir au cours de la journée, et nous nous demandâmes quelle était notre [V, 1, verso] destination. Ce nouveau convoi marchant beaucoup mieux que celui que nous avions pris au cours de la journée. Nous revoyons Florennes. Un instant nous nous demandons si l’on ne nous y renvoie pas. Mais nous dépassons la ville. A deux heures du matin nous sommes en gare de Namur. L’éclairage est faible. Quelques soldats allemands sont groupés sur un quai. Un sous-officier fait les cent pas devant notre train. Nous descendons et nous tachons de lui demander des explications. Nous lui exposons que nous sommes médecins et que par conséquent nous ne devons pas être retenus prisonniers, que cependant il semble qu’on nous dirige sur l’Allemagne, que ce doit être une erreur. Nous demandons à aller nous expliquer à la Commandantur. II nous répond qu’il va aller demander des instructions. Un moment après il revient et nous dit que l’on ne peut rien faire ici à notre sujet. De nous adresser à Liège à notre passage. Nous arrivons donc un peu plus tard dans cette ville, mais là notre train au lieu de s’arrêter en gare s’arrête beaucoup plus loin dans une voie de garage. Il fait nuit noire ; nous ne voyons personne, nous ne pouvons rien faire. Nous continuons donc notre voyage, et le matin vers 6 heures ½ nous arrivons à la gare frontière d’Herbesthal.

Retour sur Liège...

Là nous apercevons sur le quai un médecin militaire allemand ayant grade de capitaine. Nous allons à lui, il parle assez bien le Français, nous lui expliquons notre situation ; il convient qu’il doit certainement y avoir une erreur et nous fait descendre ainsi que nos infirmiers et nos bagages, mais nos blessés doivent continuer leur route et entrent en Allemagne. Quant à nous nous allons attendre sur place que les ordres qu’il demande par téléphone soient arrivés. A midi rien n’était encore arrivé. [VI] Nous n’avions pris aucun aliment ni aucune boisson depuis plus de 24 heures. Nous fûmes autorisés à nous rendre au buffet de la gare ainsi que nos infirmiers, où, à nos frais bien entendu, nous pûmes nous restaurer à volonté. Nous prîmes notre repas dans une grande salle commune au milieu d’une affluence considérable de soldats allemands qui nous regardaient avec curiosité, mais dont aucun ne se montra hostile et agressif. Dans le courant de l’après-midi nous fûmes même autorisés à séjourner sur le quai de la gare - sauf au moment de l’arrivée des trains – Nous eûmes cependant la douloureuse émotion de voir passer des trains de soldats français prisonniers. Ils paraissaient fatigués et vieux pour la plupart. Nous sûmes qu’ils venaient de Maubeuge et c’est ainsi que nous apprîmes la prise de cette ville. On nous fit d’ailleurs regagner une salle d’attente et on nous pria de ne plus en sortir. Le médecin qui nous avait fait descendre du train le matin, revînt ; il n’avait toujours pas d’ordre pour nous. Nous l’interrogeâmes au sujet des prisonniers que nous avions aperçus. Il nous confirma ce que vous venions d’apprendre et ajouta même qu’ils avaient pris un assez grand nombre de canons, de vieux modèle pour la plupart, quant aux prisonniers faits il ajouta : « Tous vieillards ». Il ne fit aucun autre commentaire et s’abstînt de parler de la situation générale militaire ; nous n’osâmes l’interroger davantage, peut-être par crainte d’apprendre de mauvaises nouvelles, car l’ambiance où nous vivions depuis notre captivité était terriblement déprimante et la confiance la plus ferme devenait vacillante surtout après ce que nous venions de voir et d’entendre.

D’ailleurs un instant plus tard un sous-officier rencontré se chargeait de nous renseigner à sa façon. Il vint à nous et brutalement s’exclama :

- « Messieurs les Français, vous êtes tout à fait ridicules (sic) ; vos troupes sont en pleine déroute, et plusieurs forts de Paris sont pris, la ville entière le sera dans quelques heures ».

Nous haussions les épaules et lui répondîmes que ce n’était certainement pas possible et qu’en tout cas la prise de Paris serait sans importance quand bien même elle serait vraie. Il parut décontenancé et se retira en grommelant en allemand. Cette algarade ne nous persuadait pas mais augmentait malgré nous notre inquiétude. Si nous avions su ce qui se passait à ce moment comme nous l’aurions remis à sa place, mais nous n’apprîmes que 2 jours après la bataille de la Marne.

La nuit arrivait et toujours pas d’ordre. On fit porter de la paille pour nos infirmiers dans la salle d’attente où ils se trouvaient. Ils purent aussi faire venir du buffet de quoi se restaurer. Quant à nous le médecin allemand nous offrit de nous conduire à l’Hôtel où il logeait en ville et où nous pourrions diner et nous coucher. Nous acceptâmes. Nous occupâmes à tous les quatre une chambre unique où nous fîmes monter notre repas du soir, car la salle à manger de l’hôtel que nous avions aperçu en entrant était remplie d’officiers allemands et nous ne désirions pas leur contact.

Le lendemain matin à six heures, les ordres arrivèrent. Nous devons revenir sur nos pas et retourner à Liège. La nouvelle nous fut agréable. Si nous revenons en Belgique après avoir été à la frontière allemande c’était bien, pensions-nous, que l’on n’avait pas l’intention de nous garder prisonniers, et que nous rentrerions en France par une voie ou par une autre mais sans tarder, maintenant que nous n’avions plus de blessés à soigner et que notre présence ne pouvait plus être considérée comme indispensable. Toutefois faute de train disponible nous dûmes attendre à Herbesthal toute la matinée et une partie de l’après-midi. Vers 3 heures nous primes prendre place dans un train qui se dirigeait sur Liège. Des compartiments nous furent réservés ; dans ce train avaient pris place un certain nombre de hussards de la Mort de classes jeunes. Ils étaient conduits par un lieutenant de leur arme qui fit dans notre compartiment une partie du voyage, et reçut les instructions nous concernant. Il parlait Français, engagea la conversation et se montra fort correct. Il nous parla surtout de sa conviction que ce n’était pas l’Allemagne qui avait voulu la guerre. De son espoir de la voir se terminer bientôt. Il nous dit également, que dès la déclaration de guerre beaucoup d’officiers avaient fait à l’Etat un prêt de la totalité de leur fortune (Lui-même avait apporté de la sorte une assez grosse fortune), et ainsi une très grosse somme avait pu être réussie. Il donna même un chiffre approximatif de ce qui avait pu être mis ainsi à la disposition de l’Empire et qui fournirait un appoint notable. Je ne me souviens plus du chiffre indiqué, je sais seulement qu’il me parut énorme.

Nous arrivâmes à Liège dans la soirée, notre train s’arrêta dans une gare assez éloignée, et nous dûmes attendre encore pendant fort longtemps pour savoir ce que l’on voulait faire de nous. Nous attendîmes dans un wagon, où l’on nous fit monter et garder par deux sentinelles en armes. Tout autour de nous dans de multiples voies de garages se trouvaient des trains remplis de troupes qui paraissaient être logées là de façon au moins provisoire. Tout cet ensemble de trains avait l’air d’un véritable camp volant.

Enfin nous reçûmes l’ordre de nous rendre avec nos infirmiers à l’hôpital des Sourds muets [Institut Royal des Sourds Muets, de la rue Monulphe, annexe de l’hôpital militaire Saint-Laurent]. On nous fit monter sans aucune escorte dans un tramway, ainsi que nos bagages et nous fûmes conduits au centre de la ville. Là nous descendîmes sur une grande place près du théâtre, mais dès que la population civile aperçut des pantalons rouges, cela fit une véritable émeute. De toutes parts la foule accourut, on cria Vive la France, on demanda si les Français arrivaient, on nous porta presque en triomphe. C’était, il faut se le rappeler presque au lendemain de la bataille de la Marne, et c’est là que nous en connaissons à notre grande joie l’heureuse nouvelle. Plusieurs personnes nous affirment qu’elles avaient chez elles des blessés français et que les allemands l’ignoraient.

Mais bientôt les choses se gâtèrent, des soldats allemands accourent et repoussent toute la foule à grands coups de crosses ou de plat de sabre. Deux ou trois automobiles chargèrent la foule. Les hommes qui les montaient hurlaient des injures avec l’entrain qu’ils savent y mettre habituellement. Quelques-uns debout sur les marchepieds des voitures distribuaient à droite et à gauche des coups de plat de sabre. Plusieurs personnes roulèrent à terre. C’est de la sorte, précédés d’une de ces voitures automobiles qui faisait place nette dans la rue devant nous que nous nous acheminâmes vers l’hôpital des Sourds Muets dont les portes de refermèrent sur nous.

Nous retrouvâmes dans cet hôpital 6 médecins aide-major français qui avaient été faits prisonniers à Maubeuge (*). Nous les interrogeâmes avidement sur ce qu’ils savaient. Ils étaient tout à fait au courant des évènements de la Marne et nous les confirmèrent. Mais ils ne partagèrent pas notre optimisme au sujet de notre espoir d’une prochaine rentrée en France. Ils savaient cependant que 7 médecins aide-major ayant appartenu à des régiments de tirailleurs algériens et faits prisonniers avaient été autorisés quelques jours avant à rentrer en France en passant par la Hollande où une automobile les avait conduits ; mais depuis les instructions paraissaient avoir changé. Ils nous dirent même un fait que je ne saurais passer sous silence. Comme suite à une demande de renvoi en France qu’ils avaient formulée, deux d’entre eux (autant qu’il m’en souvient) avaient été appelés chez le médecin chef allemand de l’hôpital où nous nous trouvions – Là ils s’étaient rencontrés avec le comte de Reuss (Président je crois de la Croix-Rouge ou d’une section de la Croix-Rouge allemande). [VII] Or ce personnage leur aurait dit en propres termes :

- « Vous demandez à rentrer en France ; vous y faites [] car vous avez beaucoup de blessés, et vous pouvez avoir des [], mais justement pour cette raison nous ne vous renverrons pas. Tous les moyens sont bons pour affaiblir l’ennemi ».

Je n’apprécie pas cette mentalité et cette parole dans la bouche d’un président de la Croix-Rouge !

Nous restâmes 8 jours à l’hôpital des Sourds muets de Liège. Dès le lendemain de notre arrivée nous formulâmes à notre tour par écrit une demande de renvoi en France, motivée sur le texte de la Convention de Genève et de La Haye. Nous n’en eûmes jamais de nouvelle. Nous adressâmes même un double de cette demande au Consul des Etats-Unis à Liège, je ne sais si elle parvînt à son adresse.

Un médecin aide major et un médecin auxiliaire arrivèrent 2 jours après. Ils venaient de Namur où ils avaient été laissés avec un bataillon du 143e (si je me souviens bien) [en fait il s’agit du 148e RI] en soutien des troupes belges. Ils formulèrent à leur tour une demande de rentrée en France comme nous l’avions fait deux jours avant.

Dans l’hôpital où nous nous trouvions étaient soignés de nombreux blessés belges. Beaucoup étaient des survivants de l’explosion du fort de Loncin [survenue le 15 août 1914], parmi eux le commandant de ce fort et plusieurs autres officiers belges, aucun blessé français (**). De nombreux médecins militaires belges se chargeaient des soins à donner à ces blessés (***) – Ils étaient autorisés à sortir en ville en tenue civile – Cette autorisation ne nous était pas accordée et nous ne pouvions sortir de l’hôpital. A part cela, nous étions convenablement traités, et nourris, (D’ailleurs par les soins de l’administration civile de l’hôpital dont le directeur se montra toujours fort obligeant) – nous avons extrêmement peu de rapports avec les allemands – Plusieurs bâtiments de l’hôpital étaient cependant consacrés à des blessés ou malades allemands, mais nous n’en approchions pas.

Départ pour la captivité...

Le 18 (ou le 19) septembre le médecin chef allemand nous fit appeler et nous demanda si nous étions disposés à partir volontairement donner nos soins dans des camps de prisonniers français et à signer une déclaration dans ce sens. Nous ne crûmes pas devoir accepter, (au moins d’être volontaires pour cela) nous lui déclarâmes que nous pensions être plus utiles en rentrant en France, conformément à la Convention de Genève, puisque nous n’avions plus à soigner les blessés pour lesquels on nous avait laissés et que nous maintenions notre demande de rentrer en France le plutôt possible. Il parut contrarié et nous dit de réfléchir.

Deux jours après nous recevons tous l’ordre ferme d’aller au camp d’Ohrdruf, près d’Erfurt, en Saxe-Gotha. Le médecin chef en nous transmettant l’ordre déclara que nous avions de la chance, que ce camp était très bien installé, que le pays était très joli, pays de sports d’hiver ; que d’ailleurs nous y rendrions beaucoup de services aux nôtres car il y avait de nombreux prisonniers blessés ou malades, et qu’enfin nous serions bien traités, bien nourris, et même bien payés (comme les médecins allemands). Tableau enchanteur, mais qui ne nous enchanta que médiocrement. Mais je dois reconnaître que celui-là au moins se donnait la peine de dorer les barreaux de la cage.

En attendant toutes ces splendeurs on nous convoqua quelques heures plus tard pour nous payer (disait-on) la solde correspondante de notre grade depuis le jour de notre captivité – mais un instant après on déclara qu’on nous paierait plus tard quand nous serions arrivés à Ohrdruf et on nous renvoya faire nos préparatifs de départ.

Celui-ci eut lieu le soir même. On nous fit traverser la ville en automobile (pour éviter probablement les mêmes incidents qu’à notre arrivée) – Notre convoi était important car en outre des douze médecins français que nous étions maintenant (*), des douze infirmiers que nous avions amenés avec nous de Florennes – on envoyait 25 ou 30 médecins militaires belges à destination d’un camp de prisonniers du côté de Munster (***).

A la gare on nous embarqua dans des compartiments de 1ère et 2e classe (…) ».

Notes :

(*) Essai d’identification des 12 médecins militaires français « prisonniers » des Allemands à Liège et envoyés en Allemagne : 10 septembre 1914 - Arrivée à Namur de 8 médecins capturés à Maubeuge, dont quatre vont à Liège (Médecin aide-major de 1ère classe Chevallier, du 2e Régiment d’infanterie territoriale (RIT) ; médecin auxiliaire Trampont, du 2e RIT ; médecin auxiliaire Roy du 85e RIT ; médecin auxiliaire Baroux du 5e RIT). Quatre médecins restent à Namur : Bontemps, Bouffiez, Cavro, Signoret. - 11 septembre 1914 - Arrivée à Liège, en provenance de Namur de deux des médecins de Maubeuge qui y étaient restés le 10 septembre : médecin auxiliaire Cavro (dit, de Lille) du 2e RIT ; médecin aide-major de 1ère classe Signoret du 85e RIT. - 15 septembre 1914 – Arrivée à Liège de quatre médecins militaires français capturés à Florennes : médecins aides-majors Dejust et Oudot, de l’amb. n°6/10 ; Bertrandon et Guinet de l’amb. n°7/10. - 18 septembre 1914 – Arrivée à Liège, en provenance de Namur du médecin aide-major de 1ère classe Sevaux et du médecin auxiliaire Petit, du 2e bataillon du 45e régiment d’infanterie (II/45).

(**) Mélis donne 4 500 hospitalisés à Liège, y compris les blessés allemands, anglais et français (mention par ailleurs du nombre de 70 militaires français hospitalisés).

(***) Signoret a compté 30 médecins et Mélis donne : 31 médecins belges envoyés en Allemagne ; 13 médecins maintenus à Liège dont le médecin principal Henrard (envoyé en Allemagne du 12 octobre 1914 au 17 janvier 1915) et les autres personnels sanitaires sont renvoyés chez eux, dont encore une dizaine de médecins belges.

Sources :

Musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce, à Paris, carton n°633, dos. 46 (Bertrandon) ; carton n° 634, dos. 55 (Chevallier) ; carton n° 640, dos. 47 (Signoret).

Mélis L. Contribution à l’Histoire du Service de santé de l’armée [belge] au cours de la guerre 1914-1918. Bruxelles, 1932, 546 p.

En marge de l’article sur Liège 1914 et en souvenir des victimes belges des atrocités allemandes, pour marquer cette année 2014 de commémorations attrape-tout et efface-tout !... je vous propose un lien vers la très complète monographie de Simon Alexandre sur Tamines : « Mémoire d’une cité martyre : le massacre de Tamines du 22 août 1914 », proposée en PDF par l’auteur ; et la courte vidéo de la RTBF sur le Massacre de Tamines par les Allemands.

Reportage de la RTBF : Tamines, 22 août 1914.

Colloque "Entrer en guerre dans l'Oise en 1914"

14 Août 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia, #Centenaire

Colloque "Entrer en guerre dans l'Oise en 1914"

Colloque "Entrer en guerre dans l'Oise en 1914"

Centenaire 14-18, 14-18, l‘Oise se souvient , ONAC, Ville de Senlis, APHG, CANOPE et un collectif de sociétés historiques de l’Oise : Compiègne (2), Noyon, Senlis, Chantilly (centre culturel), Crépy-en-Valois, Clermont (SAHC) se sont associés pour organiser à Senlis un colloque sur le thème :

« Entrer en guerre dans l’Oise en 1914 »

les 26 et 27 septembre 2014, à la salle de l’obélisque de Senlis de 9 h 30 à 16 h.

Entrée libre.

Parmi les thématiques sanitaires :

Les hôpitaux militaires à Clermont-de-l'Oise, par Guy Isambart et Les Scottish women of Royaumont, par Marie-France Weiner, etc.

On se réfèrera à l'actualité de la société archéologique et historique de Clermont (SAHC) pour accéder aux articles bien documentés de Guy Isambart sur les hôpitaux temporaires de l'Oise en 1914-1918.

A CONSULTER sur "Compiègne 1914", une "ville hôpital"

Programme du Colloque "Entrer en guerre dans l'Oise, 1914".

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