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MALADES SIMULATEURS ET HOPITAUX DISCIPLINAIRES… TOULOUSE, 1915.

23 Mars 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia

En réponse aux difficultés à apporter au traitement dans les centres neurologiques des soldats « hystériques rebelles » et autres « embusqués du cerveau », le professeur Raymond Cestan (1872-1933) de Toulouse, proposait, après avoir combattu l’expédient, de renvoyer les malades dans leurs foyers, de les démobiliser afin d’éviter « des effets de contagion » susceptibles d’affecter un plus grand nombre de soldats fragilisés. On retrouvera les détails de ce vaste débat sur les simulateurs dans les Soldats de la Honte, de Jean-Yves Le Naour (Perrin, 2011). Je propose aux lecteurs les conclusions d’un rapport d’inspection établi par un médecin d’active en charge de la « chasse » aux hospitalisations indues dans le ressort de la direction du service de santé de Toulouse qui ne ménage pas son propos. Ce document extrait des archives du musée du service de santé des armées est apostillé : « inadmissible » par le médecin inspecteur, chef du bureau des hospitalisations de l’administration centrale…

Le médecin major de 1ère classe D., inspecteur technique adjoint du service de santé de la 17e région militaire, au secrétariat d’Etat au service de santé militaire.

« Toulouse, le 20 décembre 1915

J'ai l'honneur de vous rendre compte qu’il y a en traitement à Toulouse à l'hôpital militaire dans le service de neurologie de M. le Professeur Cestan un groupe de malades fortement soupçonnés de simulation, ni les raisonnements ni les menaces n'ont pu les faire changer d’attitude.

Certains médecins ont proposé de grouper ces malades dans des hôpitaux spéciaux où ils espèrent les réduire par la privation de liberté, de viande, de vin de tabac.

Les hôpitaux disciplinaires seront des lieux de délices pour ces gens là qui y attendront patiemment la fin de la guerre.

Pour briser leur mauvaise volonté et pour éviter la contagion de leur mauvais exemple une solution s'impo­se : les envoyer dans les tranchées de première ligne et leur en confier la propreté, travail compatible avec leur état de santé."

Autre conclusion d’un rapport du même, en date du 1er octobre 1916.

« Au cours de mes tournées d’inspection, il m’arrive quelquefois de retrouver dans un Hôpital, soit en traitement, soit même proposés pour la Réforme, des malades ou blessés dont l'état de santé ne comporte ni séjour à l'hôpital, ni proposition d'aucune sorte, pour les distraire du Service Armé. Des hommes ont été longuement examinés et observés, même par des spécialistes qui ont conclu à leur aptitude à faire tout leur service.

Energiquement résolus à ne rien faire, ces réfractaires finissent par trouver un médecin timoré qui leur fait recommen­cer un nouveau cycle d'observation.

Le Commandement semble désarmé devant ces individus [.C]e ne sont pas des punitions de prison qui briseraient ces mau­vaises volontés. Seul l'envoi au front pourrait être efficace.

En l'absence de grosse lésion anatomique: paralysie, atrophie musculaire, raideur articulaire, cal vicieux, large cicatrice adhérente, etc. Tout individu claudicant, refusant de se servir d'une main, d'un avant-bras, d'une épaule, les plicaturés, les muets eux-mêmes qui n'attendent que la fin de la guerre pour recouvrer l'usage de la parole, et l'intégrité de tous leurs membres, devraient être employés à des services du front, en première ligne. On y verrait des cures merveilleu­ses qu'on ne verra jamais dans les meilleurs centres de physio­thérapie, de neurologie, ou même dans les établissements thermaux »

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Exposition : 1915-1919, Un hôpital militaire canadien à Saint-Cloud

18 Mars 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia, #les hopitaux

Exposition : 1915-1919, Un hôpital militaire canadien à Saint-Cloud

Exposition du 16 avril au 12 juillet 2015 au Musée des Avelines à Saint-Cloud

Texte du communiqué de presse :
"Commémorations du centenaire de la Grande Guerre, le musée des Avelines présente une exposition inédite consacrée à l’hôpital militaire canadien installé sur le champ de courses de Saint-Cloud de 1915 à 1919.

A partir d’une très riche collection de cartes postales, objets et films d’époque et du War Diary or Intelligence Summary, journal de guerre tenu par les commandants successifs de l’hôpital, l'exposition retrace l’histoire du Camp canadien de Saint-Cloud, constitué d’une équipe médicale francophone, à l’origine québécoise, qui avait pour vocation de soigner les soldats blessés venant du front.

L’ exposition apporte de précieux renseignements sur l’histoire et la vie de cet hôpital militaire et le contexte dans lequel il s’inscrit. Elle retrace les étapes de sa création, son installation sur l’hippodrome, la vie quotidienne des soignants et des patients, les soins apportés aux blessés, les activités proposées pour distraire les poilus en convalescence (jeux de cartes, matchs de baseball, concerts et spectacles), les visites officielles et les remises de décorations.

L’ exposition met l’accent sur les progrès dans les domaines de la médecine et de la chirurgie pendant la Première Guerre mondiale, tout particulièrement sur l’apparition de nouvelles techniques médicales comme la radiologie ou la transfusion sanguine, qui participent fortement à l’amélioration des soins auprès des blessés.

Nombreux sont les médecins, infirmiers et infirmières qui oeuvrent dans cet hôpital militaire. Le Camp canadien dispose d’une salle de chirurgie et d’un service de chirurgie maxillo-faciale pour les « gueules cassées », d’une salle de radiographie et d’un département dentaire, équipement également accessible aux civils.

La présence d’un hôpital canadien-français sur le sol clodoaldien, et plus précisément sur son champ de courses, est un événement peu connu de l’histoire de la commune. Il témoigne d’un élan de solidarité remarquable de Canadiens francophones alors que leur pays est engagé dans ce conflit mondial en tant que dominion autonome britannique.

Le musée souhaite à son tour rendre hommage à ces hommes et ces femmes, venus du Canada, pour leur implication auprès des soldats français et de la population locale."

INFORMATIONS PRATIQUES : Musée des Avelines - Musée d’art et d’histoire de Saint-Cloud 60, rue Gounod - 92210 Saint-Cloud - 01 46 02 67 18 Du mercredi au samedi de 12h à 18h - Dimanche de 14h à 18h / Entrée libre

Exposition 1915-1919, Un Camp canadien à Saint-Cloud, du 16 avril au 12 juillet 2015

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LE SERVICE DES TRAINS SANITAIRES ALLEMANDS (MAUBEUGE, 1914).

12 Mars 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia

LE SERVICE DES TRAINS SANITAIRES ALLEMANDS (MAUBEUGE, 1914).

Des médecins militaires français, prisonniers de guerre en gare de Maubeuge témoignent (septembre-octobre 1914)...

Je présente aujourd’hui trois extraits de témoignages de médecins militaires français faits prisonniers par les Allemands, le 7 septembre 1914, lors de la reddition de la place-forte de Maubeuge. Ces médecins furent des observateurs privilégiés du repli allemand après la Marne. L’on savait que les évacuations sanitaires françaises par voie ferrée avaient été, dès août, calamiteuses ; d’après les notes de nos médecins prisonniers, nous savons dorénavant qu’il en fut de même en septembre-octobre pour les Allemands dans leur Course à la Mer. Le service médical en gare de Maubeuge, nœud ferroviaire fonctionnant au profit de quatre armées allemandes en opérations, permit à nos praticiens d’observer les mêmes scènes d’horreur sur l’état des blessés français transportés que celles décrites, par le médecin de marine Averous à l’arrivée à Brest, le 27 septembre 1914, d’un convoi de 230 blessés allemands : « La plupart des pansements n’avaient pas été renouvelés depuis plusieurs jours, tous étaient traversés par le pus et sentaient le sphacèle ; les blessés graves de la colonne vertébrale ou des membres inférieurs avaient leurs vêtements imprégnés d’urine ou de matières fécales. »

Témoignage du médecin major de 2e classe (capitaine) Delbreil, affecté au noyau central de la défense de la place, puis à l’hôpital civil de Maubeuge (après la reddition, 7 septembre 1914).

« (…) [page 1] Quand les Allemands eurent reconstitué leur ligne de chemin de fer et qu'ils purent évacuer leurs blessés et prison­niers vers leur pays, en empruntant la ligne Paris-Cologne, leurs médecins furent bientôt surchargés de besogne ; ils deman­dèrent alors deux médecins français qui durent prendre la garde à la gare de Maubeuge. Je fus chargé de ce service et désignai six aide-majors qui, à tour de rôle, en trois équipes, et par deux prirent la garde ; ceux de nuit qui devaient demeurer douze heures étaient logés dans un wagon de 3e classe. Les médecins allemands avec lesquels nous étions en rapports constants se montraient en général assez courtois, mais pourtant quelques-uns conservaient toute leur morgue et affec­taient de ne pas nous connaître. Il nous a été donné, sur les deux mois que dura ce service, d'en voir une douzaine environ car ils ne demeuraient que peu de temps. Les dames de la Croix-Rouge étaient en général assez aimables, et leurs soins allaient presqu'indifféremment aux blessés français ou aux allemands ; toutefois, un jour que, dépourvus de pansements (nous les apportions à l’hôpital militaire) j'en demandais à une d'entre elles, elle me répon­dit [page 2] : « Je ne donne rien aux français ».

Dans la première quinzaine d'octobre [1914], les trains se succédaient presque sans interruption ; il en est passé jusqu'à 12 de 50 à 60 wagons et même plus, ce qui nous permis, un jour d'évaluer approximativement à 8000 le nombre de blessés pas­sés en gare.

Ces trains étaient formés au début exclusivement de wagons à bestiaux recouverts de paille fort souillée et contenaient chacun une vingtaine d'hommes ; la proportion de Français n'atteignait pas 5%. Ceux-ci vivaient en bon rapport avec les Allemands et se plaisaient à dire qu'ils étaient bien traités. Ce qui était réconfortant pour nous, exilés dans notre pays, c'était la confiance de nos soldats dans le succès final et tous, avant même de parler de leurs blessures, nous disaient : "Ca va bien, M. le Major, cette fois-ci nous les aurons".

Notre rôle consistait à monter dans les wagons voir les blessés qui souffraient de leurs appareils et y remédier et aussi à renouveler les pansements trop anciens (certains n'avaient pas été changés depuis 8 jours). Quand la situation devenait critique, nous demandions au médecin allemand l'auto­risation de faire descendre ceux qui ne paraissaient pas pou­voir continuer leur route et nous les faisions, transporter à l'hôpital militaire. Cette autorisation n'était pas toujours accordée et malgré, souvent, des situations très graves, on nous répondait que l'étape n'était plus longue et les malheu­reux devaient continuer leur chemin. Nous sommes parvenus à en faire descendre un grand nombre dont quelques tétaniques qui presque tous moururent, l'affection était déjà ancienne et grave.

Nous vîmes passer aussi quantité de prisonniers civils de tous âges de 15 à 60 ans ; à ceux-là, il ne nous était pas permis de rien remettre, chocolat ou cigarettes, les Alle­mands s’y opposaient.

Par la suite, les trains passant en gare contenaient aussi des wagons de voyageurs, dans lesquels, du reste, nous ne vîmes jamais de français. Puis, vinrent les trains sani­taires composés de wagons de 4e classe créés certainement en vue de la guerre, à cause de la facilité avec laquelle ils sont transformés en wagon hôpital. [page 3] Chaque wagon, formé par deux compartiments, est meublé seulement d'une banquette qui court tout le tour et est facilement démontable ; les parois sont aménagées pour recevoir rapidement quatre brancards (quel­ques-uns à crémaillère) de chaque côté ; donc : huit par comparti­ment et seize par wagon avec un couloir central qui donne un accès facile à chaque blessé.

Nous eûmes aussi l'occasion de voir des trains sanitai­res très confortables, ceux-là, faits de longs wagons à couloir qui portaient en grosses lettres le nom de la fameuse marque "Bayer" (A) et créés probablement avec les bénéfices faits en France par ces produits (…) ».

Rapport du sergent infirmier Langlait du 4e [régiment] Territorial sur les renseignements qu’il a pu recueillir durant sa captivité au camp de Salzwedel (Saxe).

« [page 3] (…) Dès leur entrée à Maubeuge [7 septembre], les Allemands organisèrent immédiatement un service médical à la gare, prenant le buffet comme salle d'opération et réserve de médicaments et pansements. Vers le 20 septembre je reçus l'ordre de fournir un infirmier de planton chaque jour à la gare. Service se prenant le matin à onze heures au lendemain même heure. De son côté l'hôpital militaire, portion centrale, devait fournir 4 infirmiers.

Deux médecins-majors pris à tour de rôle dans les hôpitaux temporaires devaient se tenir en gare afin de prodiguer leurs soins aux blessés français, prisonniers venant du front et évacués sur l'Allemagne. Les hommes dont les blessures présentaient une certai­ne gravité étaient descendus et dirigés sur l'hôpital militaire, portion centrale. Quant aux blessés allemands, ils recevaient les soins des médecins majors, dames de la Croix-Rouge et infirmiers allemands, les plus grièvement atteints étaient évacués sur l'hôpital militaire où malgré la clause de la Convention de Genève exi­geaient d'avoir leurs armes près d'eux.

Durant le mois d'octobre les infirmiers de planton purent constater le passage en gare de Maubeuge d’une moyenne de 2.000 blessés allemands chaque jour venant du front ce qui nous donne le chif­fre de 60.000 à fin de ce mois. (…) ».

Témoignage du docteur Leclercq

[page 7] « A partir d'octobre [1914], étant sans occupations, je fus dési­gné pour un service de garde à la gare de Maubeuge. Ce service très noble dans une de ses parties, était, dans une autre très humiliant pour nous. Il consistait à rechercher, dans les trains de blessés qui passaient en gare, les wagons contenant des blessés français et à les panser, d'autre part, nous étions responsables de la propreté de la gare, des latrines, etc. Nous avions, pour assurer ce service 4 infirmiers militaires français. - J'ai conservé à Hautmont, le texte des consignes que nous avions à observer.

[page 8] Voici ce que j'ai pu observer. J'ai vu, pendant mes gardes, 15 trains improvisés en 60 heures - Chaque train était constitué par environ 40 à 50 voitures, avec 30 blessés par wagon soit 12 à 1500 blessés. Une ou deux voitures contenaient les blessés français (10 ou 15 parfois, seulement le plus grand nombre a été de 31) - les bles­sés que j'ai vus (blessés français) étaient d'anciens blessés provenant des hôpitaux de Laon, Chauny, St Quentin, Roye, etc. - ou recueillis, au début de septembre, sur les champs de batail­le. Les blessés étaient toujours dans des wagons à, bestiaux sur un peu de paille.

Les trains restaient en gare de 45 minutes à 1 heu­re - tous les blessés pouvaient marcher, sauf quelques Français qui n'avaient pas droit au confortable de trains sanitaires.

Les blessés français les plus graves provenaient de Roye et Noyon. Une cruauté sans nom faisait que les allemands préféraient emporter des moribonds plutôt que de les voir repren­dre par les français.

J'ai vu des malheureux ayant les 2 jambes brisées, sans pansements depuis 5 jours, macérés dans leurs excréments. J'ai vu des amputés de la cuisse gauche ne pouvant se mouvoir, et qui leur [plaie ?] dans leurs déjections. J'ai pu à force de démarches réussir à en transporter 2 à l'hôpital de Maubeuge.

Quand nous avions fini avec les blessés français, nous devions aider les Allemands dans leurs pansements. Les blessés allemands provenaient de combats plus récents. Tous étaient sé­rieusement blessés, au point que le major allemand de la gare de Maubeuge m'a dit un jour que la balle Lebel était une "dum-dum", et que le 75 devrait être interdit par les lois de la guerre, comme une arme inhumaine.

Parmi nos blessés faits prisonniers, il n'y avait que des fantassins, pas d'artilleurs. Mais j'ai vu passer en septem­bre et octobre, des trains très nombreux de civils faits prison­niers et emmenés en Allemagne.

J'ai vu passer également 7 ou 8 trains sanitaires al­lemands — le toit des wagons est munis de grandes croix rouges sur fond blanc - Nous n'avions pas l'entrée de ces wagons. Il m'a paru y avoir 12 couchettes par wagon ordinaire et 24 par grand wagon, genre sleeping - car - Un wagon servait de cuisine. Une salle d'opérations, une pharmacie, une lingerie, et un wagon de re­pos pour le personnel. Tous ces trains sont à couloir central et se composaient de 40 wagons, en moyenne, non compris les wa­gons accessoires. Ces trains qui ne s'arrêtaient que 10 à 15 minutes en gare semblaient contenir 5 à 600 blessés couchés - tous les pansements étaient faits dans les trains, qui contenaient un personnel masculin et féminin.

On dit que les blessés allemands tombent comme des mou­ches, en arrivant en Allemagne. Cela ne m'étonne pas. Voici aussi succinctement que possible, et très exactement, ce qu'est fait (ex­plication de M. le médecin allemand Bréchoff). Le blessé applique un pansement individuel sur le champ de bataille - il en possède deux, plus petit que le pansement français

[page 9] A l'ambulance, on lui applique un pansement qui restera sur place. Jusqu'à ce que le blessé ait regagné l'Allemagne (5-6-7-8 jours). Dans les gares, on se contente d'enlever les bandes souillées d'arroser quelquefois le pansement primitif avec un peu d’alcool, ou d'acétate d'alunnice liquide, et de remettre une bande propre? Par ce procédé, les plaies restent en contact avec le pus, et les pansements, comme l'intérieur des wagons, prennent une odeur infecte de pourriture d'hôpital. Le transport niteux, immédiat et lointain donne l'impression que les Allemands ne veulent pas encombrer de bles­sés le voisinage de la ligne de feu.

Les blessés recevaient, à leur passage à Maubeuge une soupe et du café. Nous avons pu obtenir que nos blessés français soient traités sur le même pied, (ils n'avaient en effet que du café), en faisant participer les blessés allemands aux distri­butions, malheureusement modestes, de chocolat et de tabac que nous faisions à nos blessés. Sur le conseil du Dr Delbreil, nous avions fait une petite caisse dans laquelle nous puisons pour faire ces distributions.

Les médecins allemands à Maubeuge et Hautmont gares ont toujours été corrects, et ne faisaient rien - pour nous dé­plaire et pour nous être désagréables. Toutefois, nous étions étroitement surveillés dans nos rapports avec nos blessés français par un personnel mi civil et mi militaire […] »

Note :

[A] Il s’agit plus vraisemblablement de trains sanitaires bavarois : « Bayer.[ische] vereins-lazarettzüge ».

Sources :

Musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 635, dossier 32 ; cart. n° 637, dossier 12 ; cart. n° 637, dos. 36.

Averous. Le navire-hôpital Duguay-Trouin à Brest et Dunkerque, dans les Arch. Med. Pha. Navales, 1920, n° 109, 330-331.

Bayer.[ische] vereins-lazarettzüge

Bayer.[ische] vereins-lazarettzüge

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GASTON RIOU (1883-1958), PRISONNIER DES ALLEMANDS...

7 Mars 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes

La gare de Dieuze d'où embarqua Gaston Riou...
La gare de Dieuze d'où embarqua Gaston Riou...

Gaston Riou. Journal d'un simple soldat, Guerre-Captivité, 1914-1915. Paris : Hachette, 1916, 251 p. [en ligne]

Je propose en marge du fonctionnement du service de santé militaire dans les combats de Lorraine en août 1914, le témoignage de "l’homme de lettres" Gaston Riou qui a servi à Kerprich au sein de l’ambulance n° 5/15. Je ne trancherai pas sur la formation d’affectation de Riou dans un débat levé par le CRID 1418 en 2008. Personnel sanitaire il a probablement appartenu à l’ambulance n° 5/15 et était certainement l’une des "ordonnances" des officiers de santé faits prisonniers et enfermés à Ingolstadt ; bien qu’il soit avéré qu’officiers et infirmiers aient été séparés dès août, dans des forts séparés (forts d’Orff et fort IX). Son témoignage peut d’ailleurs être rapproché du rapport de captivité, que j’ai proposé dans ce blog, du médecin-major de 2e classe Berge [ou Bergé], médecin-chef de l’ambulance n° 5/15. De plus Riou est rentré de captivité, en juillet 1915, avec un groupe d’officiers du service de santé et d’aumôniers français (sanitaires non officiers) prisonniers à Ingolstadt, dont ceux de l’ambulance n° 5/15.

Pour la présentation du service de santé du 15e corps d’armée et de ses diverses ambulances on se reportera à un précédent article sur Kerprich 1914 à travers le témoignage d’officiers prisonniers.

Kerprich, 20 août 1914.

« (…) [p. 26] Notre division était sacrifiée d'avance [A]. Chargée, je crois, de protéger la retraite, elle avait tenu. Comment ? Combien de temps ? Un simple soldat, dans la guerre moderne, ne sait rien. Toujours est-il qu'elle était détruite. Le combat émigra. La canonnade s'éloigna. Il fit soudain un grand calme. De la lutte féroce dont mes oreilles tintaient encore, il ne restait que l'effroyable puanteur des morts en train de pourrir dans les guérets et les vignes du côté de la forêt de la Bride, et, montant par intervalles du fond des vallons déserts, les longues clameurs lamentables des nids de blessés à l'abandon. C'est là, dans le district de Dieuze, exactement à Kerprich, en Lorraine annexée, que j'ai passé mes huit premiers jours de captivité. Quelle semaine ! Parmi les arrières de l'armée allemande qui s'épanchait comme un fleuve, défaillant de sommeil et de fatigue, dix fois mis en joue par les patrouilles, jour et nuit, j'ai charrié de la chair humaine : des morts, encore des morts, des morts de toute espèce, combattants tués nets dans le feu de l'action, blessés saignés à blanc, blessés achevés par les éclaireurs d'un coup de fusil à bout portant comme ils demandaient à boire ou essayaient de se sustenter avec de la luzerne ; et puis, les demi-morts, crânes percés d'une balle, torses lardés de mitraille, aines défoncées par un boulet.

De voir ces pauvres ballots défigurés et gémissants, [p. 27] il me semblait qu'on me râpait les nerfs. Le reste des blessés s'amenait sans aide, courait, clopinait, se traînait sur deux, sur trois, sur quatre pieds. C'était un spectacle stupéfiant. J'ai vu un fantassin dont la balle avait transpercé la poitrine devant derrière, et qui avait marché au drapeau blanc, tout seul, l'espace d'une lieue. Il avait perdu presque tout son sang. Je ne sais par quel miracle de volonté il s'était mis en chemin. Devant la grille de l'ambulance : « J'ai attendu quatre jours qu'on vienne, dit-il. J'ai soif. Ça va mieux ; mais j'ai soif ! » Il souriait. Il était beau, cet adolescent, comme un saint Sébastien de cire. Puis, sans un mot, il s'affaisse; il est mort.

L'on m'avait octroyé la tente où s'entassaient les blessés les plus graves. Ils étaient une quarantaine, posés sur une mince couche de paille, à même le sol. C'était plein de mouches. Cela puait les déjections et le cadavre. Aux heures de soleil, ils étouffaient. Le soir venu, ils claquaient des dents. Il y avait là des gars du 20e corps, de l'active, tous Parisiens, d'un courage gentil et simple; ils trouvaient moyen de s'intéresser à leurs voisins de paillis. Des Provençaux, à qui la douleur arrachait des larmes, me confiaient leurs amours, comme à une soeur. Quand le mal les mordait plus fort, tous appelaient : « Maman ! » C'était un concert à fendre l'âme. Je pansais. Mille fois le jour, mille fois la nuit, je tendais le bassin et l'urinal. Il y en avait deux pour sept cent vingt blessés. Une douille d'obus m'en fournit un troisième. J'assistais les agonisants ; je consolais ; j'enterrais. Toujours flanqué de deux soldats Poméraniens, j'allais par le village mendier du bouillon pour les pauvres gars. Les habitants étaient complètement terrorisés. Quelques femmes, dont une boiteuse et une petite fille de douze ans, m'étonnèrent par leur charité tenace. Sous l’oeil de l'Allemand, leur ardeur, simplement chrétienne, était de l'héroïsme. Pourtant, je devais suppléer parfois à la ration manquante par un discours [p.28] bien gaillard, tout ruisselant d'espérance. Sans cesse, il fallait refaire l’oreiller de paille sous la tête des blessés, arranger leur couchage, les aider à se déplacer. C'était toujours, sous la toile basse, le même orchestre de cris, de souffles caverneux, de râles et de plaintes. Quelquefois, au milieu de la longue nuit froide, n'ayant pas la force de porter plus loin sur le pré des fosses le camarade qui venait de trépasser, je tombais comme une masse et m'endormais à côté de lui.

Le 20, — l’ambulance était à peu près installée, — passa un capitaine prussien avec sa compagnie. Il s'arrête, réquisitionne le cheval de notre médecin-chef. M. Berge ; il l'enfourche aussitôt. Puis, dans un français râpeux et sonore. « Ne craignez rien, blessés ! Ah! l’on dit dans vos journaux — je les lis vos journaux, je lis le Figaro, le Temps — que nous sommes des Barbares ! Nous ne sommes pas des Barbares ! Moi, je porte un nom de chez vous ; je descends de réfugiés français; je m'appelle Charles de Beaulieu. Je vous le jure, vous serez bien soignés en Allemagne. L'Allemagne respecte la Croix-Rouge. »

Le 28, à midi, ayant expédié évacuables et inévacuables, coupé un dernier bras, enterré le restant des morts, nous partîmes, le ventre vide. Pour où ? Les naïfs, dont j'étais, ne doutaient point qu'on ne nous rapatriât en France par la Suisse. Les autres, qui avaient vu achever des blessés, — surtout des blessés galonnés — rétorquaient : « L'autorité militaire allemande est implacable, si le soldat est assez bon « zigue ». C'est sur ordre, c'est par obéissance stricte, que les patrouilleurs ont achevé des officiers et quelques sergents-majors. Si c'eût été malice personnelle, offriraient-ils, comme ils le font souvent, du café et de l'eau-de-vie aux blessés ? S'arrêteraient-ils pour les panser ? Non, c'est le haut commandement qui est responsable de cette pratique ignoble. Lui qui fait si bon marché de la vie des blessés, respecterait-il la Croix-Rouge ? » Ainsi, tout en gagnant Dieuze sous bonne escorte, [p. 29] notre petite troupe débattait la question : « Sommes nous retenus ou prisonniers ? » A Dieuze, L’on nous fit faire le tour de ville. Ce n’était pas nécessaire pour atteindre la gare ; et notre prise ne nous semblait point un motif de triomphe. L'on tint quand même à nous exhiber à la population qui ne souffla mot.

Huit jours plus tôt, arrivant à Dieuze en vainqueurs, les boutiquiers nous bourraient les poches de chocolat et de bonbons ; les marchands de vin nous restauraient gratis. « Surtout, nous disait-on sans détours, tâchez qu'ils ne remettent plus les pieds ici ! » Ayant envie d'un dictionnaire français-allemand, je priais un bourgeois de m'en procurer un « Je n'use pas de cette denrée, fit-il ; j'ignore l'allemand. » Il appelle sa fille. Elle va me quérir son propre dictionnaire, « Payez-vous ! lui dis-je, lui tendant mon porte-monnaie. — Oh ! Monsieur, faire payer un soldat français ! » Cependant elle couronnait de vin de la Moselle, à mon intention, une espèce de hanap en cristal qui remplissait sa fonction de parade sur l'étagère. C'était, dans toute la petite ville lorraine, un gai remuement de fête votive. L'armée et le peuple s'égayaient fraternellement. Cette joie du revoir paraissait si naturelle ! Le soir tombait. La journée était limpide et doucement tiède. La bataille tonnait sur les coteaux. Les régiments prenaient leurs formations de combat dans les rues même. A cent mètres des maisons, derrière des gerbes, une batterie française canonnait dans la direction de Vargaville. M'étant avancé jusqu'à elle, j'eus la seule vision de beauté de ma campagne. Dans l'air calme, les panaches des shrapnells allemands floconnaient, comme un feu d'artifice. Près de nous, le n* s'avançait parmi les avoines, en éventail, par masses de bataillon. Il avait passé la nuit dans la caserne des chevau-légers. La mine des hommes était dure et farouche. Là-bas, dans les chaumes et les prés verts, sous la pluie des obus, les alpins s'égaillaient en tirailleurs [p. 30]. Ils gravissaient en bon ordre le penchant nord de la riante cuvette qui s'étend entre Dieuze et Vargaville. L'on eût dit d'un tableau de Van der Meulen. Le soleil se couchait. L'air était plein de rayons et de parfums. Après chaque détonation, L’on entendait le chant des oiseaux et le léger crissement des insectes. Puis, les avant-trains amenés, ma batterie partit au grand trot prendre position ailleurs. Le 28, par contre, Dieuze était une ville morte. Personne aux fenêtres. De grands drapeaux allemands célébrant la chute de Manonviller, pendaient aux hampes, hissés sur criée publique. Un silence morne, sans grandeur ; un silence de taverne désertée; le silence de Paris à quatre heures du matin; et, au lieu des tombereaux des maraîchers et des boueux, des monceaux de sacs éventrés, de fusils brisés, de friperies souillées de sang et de glaise, qu'on charroyait du champ de bataille. Nous allions d'un pas vif — le pas français, — ce qui essoufflait nos gardes. Des régiments gris-bleus passaient sans mot dire. Comme nous butions à un embarras de fourragères pleines de blessés, un grand diable de colonel prussien, à cheval, monocle à l’oeil, nous accoste, et, en français, nous dit : « Fous n’afez pas honte, fous, la témocratie française, d'être les alliés des Russes, ces Parpares ! » Pas un de nous ne lui répondit. Nous ne le regardions même pas. Il était là, impassible. Pourtant, lui montrant mon brassard :« Sommes-nous retenus ou prisonniers? lui dis-je.

— prisonniers ! Vous tirez sur nos ambulances !

— Souffrez, monsieur, que je ne le croie point »

Mais nous repartions.

La gare; la longue attente sur la place; l’encombrement des voitures de blessés qu'on évacue ; un chevauléger démonté, la tête dans les bandages, qui s'avance sur nous, l'oeil plein de haine, et nous menace de son revolver; la visite de nos sacs; la remise de nos cartes, couteaux, fourchettes, rasoirs, poinçons, de tout ce qui pique et taille. Puis l'embarquement (…) »

Notes :

[A] Il s’agit de la 29e division d’infanterie, appartenant au 15e corps d’armée.

L'ouvrage de Gaston Riou a fait l’objet d’une édition anglaise : The Diary of a French Private, War-Imprisonment, 1914-1915. London : George Allen & Unwin Ltd., sd, [1916], 315 p.

Sur Kerprich 1914

Sources :

L’auteur a été le sujet d’un dossier « Témoignage » déjà ancien du Collectif de recherche international et de débat sur la guerre 1914-1918, établi par JF. Jagielski (27/02/2007) sur le modèle de Norton Cru.

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EN LORRAINE ANNEXEE… A L’AMBULANCE DE KERPRICH (20-28 AOUT 1914).

23 Février 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

EN LORRAINE ANNEXEE… A L’AMBULANCE DE KERPRICH  (20-28 AOUT 1914).

En marge de la bataille de Morhange : les ambulances du 15e corps d’armée (2e armée) dans la bataille.

Sur les combats de la IIe armée (15e, 16e et 20e CA) en Lorraine annexée (19-20 août 1914) : Perte de l’ambulance n° 4/16 - Morhange (1) - Morhange (2) et la perte de l’ambulance n° 4/20 - Dieuze.

Le 19 août 1914 – La journée a été dure pour le 15e CA. A la 29e division, les chasseurs des 6e BCA et 23e BCP de Nice enlèvent Vergaville mais restent soumis aux feux de l’artillerie allemande aux débouchés du village. Dans une « véritable fuite en avant », en dépit des barrages d’artillerie qui redoublent, les Français entrent dans Bidersdorff évacuée par les Allemands.

Service de santé – Le DSS du 15e CA (MI Dziewonski) effectue des reconnaissances auprès des structures hospitalières de Dieuze susceptibles d’accueillir des blessés : hôpital civil (90 lits) ; lazaret (200 lits) et caserne des Chevau-légers (400 lits). Une section du GBC n°15 est mise à la disposition de la 29e DI. Les ambulances sont ainsi réparties : ambulance n°1/15, est immobilisée au lazaret de Dieuze (600 à 700 blessés) ; 2/15, est à Coincourt ; 3/15 est installée à la Real Schule de Dieuze ; 4/15 est installée à l’école de filles de Dieuze puis est mise à la disposition de la 29e DI ; 5/15 est désignée pour se rendre à Kerprich. Les ambulances 6/15, 7/15 et 8/15 sont attachées aux trains de combat du CA (TCCA) non déployés.

Le 20 août 1914La 29e DI se porte au-delà de Bidersdorf en direction de la voie ferrée de Bensdorf. Elle est aussitôt assaillie par des forces bavaroises qui passent partout à l’offensive. Le recul de la 29e division est général ; évacuation de Bidersdorf et repli sur Vergaville et Dieuze. La 29e DI ne parvient pas à contenir les Bavarois et évacue Dieuze. Aggravation générale. Reflux des troupes sur la ligne Dieuze-Kerprich. La 2e armée prescrit en fin de journée le repli général des 15e, 16e et 20e CA.

Service de santé – Situation des ambulances du 15e CA : ambulance n°1/15 est au lazaret de Dieuze puis évacue l’hôpital en laissant un médecin pour les intransportables ; 2/15 est à Coincourt et peut se replier avec l’ensemble de ses personnels et matériels, en évacuant 1200 blessés dont 74 considérés comme inévacuables ; se replie en direction de Rosières-les-Salines (22/08/14) ; 3/15, transfère, dès le 19/08 ses blessés à l’ambulance n° 1/15 puis est « en marche » avec la 30e DI ; 4/15, comme la 3/15, en marche « rétrograde » avec la 29e DI ; 5/15 à Kerprich encerclée ; 6/15 est au train de combat du CA ; 7/15 quitte le train de combat du CA est affectée pour peu de temps en remplacement de la 1/15 immobilisée à Dieuze. Toutes les deux se replieront sur Dombasle ; 8/15 est au TCCA.

Pertes sanitaires de la 2e armée (18 au 21/08/14) : 37 médecins, 18 médecins auxiliaires, 8 officiers d’administration, 440 infirmiers et brancardiers, 3 ambulances [n° 4/20 (Bellange), n° 4/16 (Vergaville), n° 5/15 (Kerprich)] 1 GBD [n° 29], 6 voitures médicales régimentaires – SHD-T, 26N 28/14, f°5v, 24/08/14.
Rapport du médecin-major de 2e classe Bergé, médecin-chef de l’ambulance n° 5/15 .

[p. 1] « L'ambulance n°5[/15] venant de La Bourdonnay [Bortenach], est arri­vée à Dieuze, le 19 août 1914 à 11 heures. Dans l'après-midi, je me prépare à l'installer dans la brasserie Casino qui est à la sortie-est de cette ville, le groupe de bran­cardiers [divisionnaires, 29e DI] commandé par M. le médecin-major Langlois s'apprêtant lui aussi à fonctionner.

A 8 heures du soir, m'apercevant que des tran­chées sont faites à 50 mètres du local que j'ai choisi, je me replie pour aller, le cas échéant, m'installer au Casino des chevaux légers, situé à l'opposé, à la sortie ouest.

En route, un planton cycliste me prévient que M. le médecin-inspecteur Bréchard [Albert-Eugène, 1858-1938, directeur du service de santé du 15e CA], m'appelle au quartier général installé à la mairie. Au quartier général, je trou­ve un sergent de la 15e section [d’infirmiers militaires] qui me remet l'ordre ci- joint : la 30e division etc.

Malgré son caractère imprécis et Indirect, je décide, étant disponible, de me rendre à Kerprich, petit village situé à 2 Kilomètres au nord-est de Dieuze. Je me mets à 9h.50 environ à la disposition à Kerprich de M. le général Coll [François Léon Victor Colle, 1853-1942], commandant la 30e division qui me fait part en particulier [page 2] des pertes (plus de 50 %) éprouvées par certaines unités et de la probabilité néanmoins de nouveaux engagements pour le lendemain.

Le 20 [août] à 4 heures du matin, je procède à l'instal­lation de l'ambulance dans la maison d'école située au bas du village, en bordure, face aux bois où sont retran­chés les Allemands.

L'action s'engage vivement à 6 heures. A 8 heures, premiers blessés vers les 10 heures, fléchissement des lignes françaises : les postes de secours du 155e [ ?], du 173e ne peuvent s'installer ou fonctionner. - A ce moment, af­fluence considérable de blessés si bien qu'il n'est plus possible de faire fonctionner les groupes médicaux confor­mément au règlement : il faut aller au plus pressé, faire surtout des pansements et des interventions de 1ère urgence. Un grand nombre de blessés, amenés ou apportés par leurs camarades, ne sont pas pansés.

À ce moment, l'ambulance est un vaste poste de secours. A midi, plus de 400 blessés, sont déjà dans la formation.

A 2 heures, arrivée des troupes allemandes : Le village est cerné depuis midi et devant l'ambulance se trouvent une centaine d'hommes non blessés qui n'ayant pu s'évader, sont venus sans armes se mettre sous sa sauvegarde. Le capitaine de Beaulieu, du 60e Bavarois est le premier officier allemand qui pénètre dans l'ambulance. Il nous assure que nous pourrons continuer, sans être molestés, à remplir notre mission et déclare que les troupes allemandes ayant aperçu le grand fanion de neutralité que j'avais eu la précaution de faire confectionner et d'arborer sur le toit se sont abstenues de tirer dans sa direction : des [page 3] balles sont arrivées cependant jusque dans les murs de la maison d'école au moment de la retraite du 173e.

Par contre, le capitaine de Beaulieu, dont le cheval a été tué, dispose du mien avec son harnachement, malgré mes protestations et, pour donner une apparence de régularité à ce rapt, il me signe une espèce de bon de réquisition (oferderhaltung ?). Dans la soirée, fouille de l’ambulance par un autre officier, browning au poing: toutes les armes, y compris celles des officiers de l'ambulance sont prises. De plus, les soldats de l'escorte me débarrassent de mes lorgnettes, de mon porte-cartes. Si l'autorité allemande ne nous a pas autre­ment molestés, elle ne nous a pas donné en tous cas, un concours très efficace en particulier au point le vue alimentaire et c'est, réduits à nos propres ressources et avec l'aide d'une population française, courageuse, que nous avons pu arriver à nourrir les 730 blessés recueillis et soignés, soit dans la maison d'école et ses dépendances, installés sous la tente Tortoise ou à même dans la cour, soit dans les bâtiments voisins (couvent, ancien presbytère, église, salle de danse,[…]).

De plus, par suite de l'absence de groupe de brancardiers dans la zone avancée où nous avons opéré, ce n'est qu'avec les plus grandes difficultés (un infirmier présumé tué par une patrouille en recherchant les blessés) que nous avons pu, réduits à nos seuls moyens, recueillir à plusieurs kilomètres et transporter dans l'ambulance un aussi grand nombre de blessés.

Entre temps, le 25 ou le 24 [août], compte-rendu de ma situation à l'autorité allemande et demande le retour aux lignes françaises après évacuation des blessés.

[page 4] Le commandant d'étapes de Dieuze me répond que, dès que mes opérations seront terminées, je serais avec tout mon personnel et mon matériel renvoyé en France, mais par la Suisse, en raison du séjour prolongé fait dans les lignes allemandes: j'ai dû, après en avoir pris connaissance, renvoyer à Dieuze, le document que tous les officiers de l'ambulance ont lu.

Nous restons jusqu'au 28 [août] au matin dans la maison d'école de Kerprich, nous occupant de nos blessés dont les derniers sont évacués le 27 [août] au matin, circulant, pour les besoins du service, avec une facilité relative dans l'intérieur du village, - Je m'aperçois entre temps que plusieurs chevaux de trait ont été pris pendant la nuit par des soldats du train et je surprends moi-même un officier allemand de cette arme au moment où il allait disposer d'une nouvelle monture. Devant mes protestations il se décide à la laisser. Mais le détachement de gendarmerie qui est chargé de nous conduire le 28 [août] à la gare de Dieuze est obligé de réquisitionner des chevaux pour tirer les voitures ; ne pouvant atteler que trois voitures; j'y avais fait char­ger ce qui restait du matériel, les autres voitures et fourgons vides ont été aussi emmenés avec nous.

Nous arrivons à Dieuze vers les 11 heures ; on nous fait faire un tour complet de la ville pour nous exhiber longuement aux yeux des troupes et de la popula­tion et c'est, copieusement abreuvés d'insultes et d'ou­trages de toutes sortes que nous arrivons à la gare où nous sommes séparés des voitures qui prennent une direc­tion inconnue. Je réclame au commissaire de la gare qui est chargé de notre embarquement, du moins nos bagages personnels [page 5] et la caisse d'administration et de compta­bilité qui contient les documents officiels et les pièces justificatives de l'ambulance et le dépôt sacré des successions des décédés (18) enterrés au voisinage de l'ambulance et dont les noms du moins pourront être retrouvés sur les croix mortuaires. L’officier répond que "c'est prise de guerre" et, pour mieux accentuer le caractère volontairement ignominieux de ce pillage systématique, nous sommes immédiatement et sous la menace des armes, l'objet d'une fouille et dans l'obligation de laisser couteaux, rasoirs et même nos instruments professionnels, trousses d'infirmiers et de médecins, ma trousse médicale a subi le même sort, et notre arrivée en captivité et, plus tard encore, au fort Prinz Karl, j'ai fait par écrit les réclama­tions nécessaires qui n'ont abouti à aucun résultat pas plus que celles, nombreuses, que j'ai faites, ainsi que les autres médecins captifs, pour obtenir notre libération.

Les réponses des autorités allemandes témoi­gnaient de la plus insigne mauvaise foi, promettant des re­cherches dont les résultats étaient toujours négatifs. Enfin à court d'arguments, elles ont interdit à un moment donné toutes nouvelles réclamations.

Embarqués le 28 [août] au matin à Dieuze, dans des wagons de voyageurs, nous sommes arrivés le 31 [août] au soir à Ingolstadt traités pendant tout le trajet comme de vulgai­res prisonniers qu'on a le droit de laisser mourir de faim; nous n'avons reçu officiellement des aliments que deux fois. Il a fallu de nombreuses démarches et protestations pour pouvoir nous procurer en cours de route, par voie d'achat, les aliments nécessaires.

Les officiers de l'ambulance n°5 ont été internés au fort IX et nous avons été séparés de nos infirmiers.

[page 6] Le fort IX est un fort d'officiers où les conditions matérielles et morales étaient et sont depuis toujours restées mauvaises et où, à la fin du mois d'août, se trou­vaient déjà une quarantaine de médecins retenus prisonniers dans l'inaction la plus complète (…) ».

Rapport [in extenso] de M. l'officier d'administration de 2e classe de réserve Mosse Charles, officier gestionnaire de l'am­bulance n° [5] du XVe corps d'armée, tombée au pouvoir de l'ennemi le 20 août 1914 à Kerprich-les-Dieuze (Lorraine annexée) à Monsieur le médecin inspecteur Heuyer, directeur du service de santé du 15e corps d'armée à Marseille - 8 août 1915

[Page 1] – « Notre ambulance partie de Bourdonnaye (Lorraine annexée) le 19 août à 7 heures du matin, est arrivée à Dieuze vers 11 heures où nous avons cantonné dans le casino en attendant les ordres du médecin divisionnaire. Notre médecin chef donna ordre de départ sur Kerprich-les-Dieuze vers 8 heures du soir. Arrivée à Kerprich vers 10 heures du soir où nous cantonnons. Vers 4 heures du matin le lendemain soit le 20 août, nous organisons notre ambulance à la maison d'école. Deux heures après, vive fu­sillade et canonnade et dès huit heures, nous recevons de nombreux blessés, que j'estime à plus de 400, jusqu'à midi. Vers deux heures de l'après-midi, le village de Kerprich-les-Dieuze est complètement cerné par les Allemands qui pénètrent dans toute la région. Les Allemands occupent Kerprich et notre ambulance passait avec tout son personnel et son matériel au pouvoir de l'ennemi.

L'autorité allemande après nous avoir assuré qu'il ne nous serait fait aucun mal nous a fait dépouiller de toutes nos armes, partie de nos chevaux, et nous avons continué [Page 2] à soigner nos blessés ainsi que des blessés

Allemands jusqu'au 28 août au matin, dernier jour de l'évacuation des blessés par les Allemands. Nous avons donné des soins à 700 blessés environ. Nous avons eu à l'ambulan­ce 31 décès, les corps ont été enterrés derrière la maison d’école. L’autorité allemande nous avait donné l’assurance que nous serions rendus à notre pays conformément à la Convention de Genève. En ce qui me concerne j'avais établi tous les états concernant les décès, actes de l'état civil, registre des actes de l'état civil, cahier des entrées, comptabilité etc. J'avais soigneusement recueilli tous les objets et toutes les sommes trouvées sur les morts et j’en avais fait des paquets individuels que j'avais placés dans la cantine de comptabilité ainsi que tous les objets confiés par les blessés.

Le 28 août au matin la gendarmerie allemande nous donne ordre de nous préparer à partir immédiatement. Nous comptions suivant la promesse faite par les allemands, qui nous avaient même donné un écrit la confirmant, être renvoyés en France par la Suisse, avec tout notre matériel. En violation flagrante de la Conven­tion de Genève, les allemands nous promenèrent avec toutes nos voitures, dans la ville de Dieuze dont nous fîmes le tour plusieurs fois entre les baïonnettes allemandes et au milieu des Allemands qui nous injuriaient de la façon la plus grossière. Avant d'arriver à la gare de Dieuze [page 3] le commandant de la gare fit diriger nos six voitures dans une direction inconnue et malgré mes protestations il me fut impossible d'obtenir le moindre reçu de la prise de

tout notre matériel chevaux, voitures, contenant le matériel, nos cantines et la caisse de comptabilité contenant tous mes papiers de comptabilité, l’argent et les objets appar­tenant aux morts. Malgré les injures que nous subissions de la part des soldats allemands, j'insistai auprès du Com­mandant allemand pour que ces objets sacrés me soient ren­dus. Il resta inflexible en me disant avec une brusquerie inouïe : « C'est proie de guerre, il n'y a plus de convention" Nous avons également cherché à obtenir nos cantines, nous avons obtenu le plus formel refus. J'avais sur moi dans une serviette le cahier des entrées et plusieurs papiers de comptabilité, je fus dépouillé de tout mais je réussis à dissimuler l'argent de l'ambulance (neuf cents francs en­viron).

Nous quittâmes Dieuze le 28 à 5 heures du soir d'où nous avons été dirigés sur Ingolstadt (Bavière) où nous arrivâmes le 31 à 6 Heures du soir et internés au fort n° 9 à Obersturn où je devais rester onze mois. Pendant notre long voyage de Dieuze à Ingolstadt, il ne nous fut donné qu'une seule soupe et un café mais on nous permit de prendre un petit repas à nos frais dans une gare dont j'ai perdu le nom.

Ayant été dépouillé de tous mes papiers de comptabilité il m'est impossible de justifier le montant de mes dépen­ses pour le détachement et les blessés, je puis pourtant les indiquer aussi exactement que possible de mémoire et suivant [Page 4] – l’argent qu’il me restait le jour où nous avons été dirigés sur la Bavière.

J’avais reçu les sommes suivantes le 5 août à Orange pour le détachement (380 Frs) pour les blessés (1000) [Le 19 août à] Dieuze de l'officier gestionnaire du groupe des brancardiers (pour le détachement)500 [Frs] –Total : 1880 [Frs]. Nos dépenses ont été les suivantes :

Dépenses diverses pour le détachement du 5 août au 31 août, nourriture et fournitu­res diverses...580 [Frs]

Dépenses diverses pour nourriture de 700 blessés environ soignés à Kerprich-les-Dieuze du 20 août au 29 août [400 Frs] [Total] 980 - En caisse : 900 [Frs].

que j'aie réussi à conserver en Allemagne malgré de nombreuses fouilles, en confectionnant des cigarettes au centre desquelles j'avais placé un billet de banque et j'avais rempli de tabac les extrémités. A Ingolstadt j'ai protesté à différentes repri­ses, contre la main mise sur notre matériel qui se compo­sait de six voitures, une voiture du personnel, une voiture d'administration, une de chirurgie, trois fourgons, 18 chevaux [page 5]. Le montant des sommes trouvées sur les morts était d'environ 2500 Francs. Une enquête a été faite par l'autorité allemande, enquête qui a eu bien entendu un résultat négatif. Les allemands ont prétendu en effet que nos voitures ne contenaient que des vieux brancards (ci-joint dossier de l'enquête allemande)(A).

Quant aux 31 décédés que nous avons eu à l'ambu­lance je ne puis me rappeler leurs noms. Je ne me souviens que du nom de quatre officiers que nous avons enterrés : le commandant Lebert du 173e régiment d'infanterie dont on nous a apporté le corps à l'ambulance. Ce comman­dant a été trouvé mort dans les bois par les habitants complètement dépouillé. Il n'avait sur lui que sa croix de la Légion d'honneur - 2* Le capitaine Rourissol du 58° mort des suites de ses blessures. Ces deux officiers ont été placés chacun dans un cercueil et pourront être très probablement retrouvés 3* Le lieutenant Lacoste du 58* et le sous-lieutenant Meyssel je crois, mais je ne puis garantir exactement l'exactitude du nom. Ces deux officiers n'ont pas été mis en bière... Un point important à signaler : Nous avons eu le soin d'indiquer au ripolin sur deux tableaux noirs, les noms de tous les morts que nous avons enterrés. On retrouvera très probablement ces deux tableaux que nous avons plantés devant les tombes de nos braves soldats. Les habitants de Kerprich m'ont apporté un grand nombre de médailles d'identité dont j'avais éta­bli une liste. Tout est malheureusement resté aux mains de nos ennemis. FIN

Marseille 8 Août 1915 - L'officier gestionnaire de la 5e ambulance - Signé : MOSSE.

  1. – Le rapport de l’enquête allemande, mentionné, ne figure pas dans le dossier du Val-de-Grâce.
A SUIVRE

Gaston Riou (1883-1958)… prisonnier des Allemands à l’ambulance n° 5/15 à Kerprich (20-28 août 1914). Extraits de Gaston Riou. Journal d’un simple soldat, Guerre-Captivité, 1914-1915. Paris : Hachette, 1916, 251 p.

Notes : Le médecin major de 2e classe Antoine Louis Gabriel Norbert Bergé (1878-1941), de l’armée active. Elève de l’école du service de santé militaire de Lyon (1899). Médecin-chef de l’amb. n° 5/15, faite prisonnière à Kerprich (20/08/14) – Ingolstadt – rentré de captivité (19/07/15) – médecin-chef de la place d’Orange (13/08/15) – réserve de personnel sanitaire de la 7e armée à Gray (4/09/15). Evacué des armées pour cardiopathie ; à Saint-Nicolas-du-Port et à l’hôpital auxiliaire n° 222 de Lyon (28/01/17) – en congé de convalescence (27/02/17), etc. voir la suite de sa biographie dans la base Léonore LH/186/58..

Sources : Musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce à Paris, cart. 633, dos. nc 43 (Bergé) ; cart. 638, dos. Nc 32 (Mosse) – SHD-T, Vincennes, Mémoire des Hommes, journaux des marches et opérations.

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VAL DE GRACE, UNE NOUVELLE EXPOSITION TEMPORAIRE

19 Février 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia, #Centenaire

VAL DE GRACE, UNE NOUVELLE EXPOSITION TEMPORAIRE

Une exposition au Musée du service de santé des armées, au Val-de-Grâce, à Paris, du 1er octobre 2014 au 4 octobre 2015 :

Une armée qui soigne. Le Service de santé des armées durant la Grande Guerre.
Exposition temporaire de 400 oeuvres, objets, photographies et documents d'archives, du 1er octobre 2014 au 4 octobre 2015, incluse dans la visite du musée.

Ouvert les mardi, jeudi, samedi et dimanche, de 12h00 à 18h00.

Le musée sera fermé les 25 décembre 2014 et 1er janvier 2015. Fermeture annuelle : août 2015.
"LA GRANDE GUERRE VUE PAR SES CONTEMPORAINS"

La bibliothèque centrale du service de santé des armées au Val-de-Grâce propose un circuit-découverte, de janvier à avril 2015, d'une douzaine d'ouvrages intéressant l'Histoire du service de santé militaire dans la Guerre 1914-1918.

Ce circuit sans prétention ouvert au public doit être lié à celui de l'exposition temporaire du musée. Mais - entre nous - cette présentation n'est qu'un prétexte..., c'est l'occasion de découvrir les magnifiques locaux de cette bibliothèque quasi inconnue qui peut être comptée parmi les plus belles de Paris. Un cadre de lecture unique (avec son fonds sur la Grande Guerre accessible en "usuels"...), un moment privilégié à renouveler... L'un des trésors du Val-de-Grâce !

Quelques illustrations sur la bibliothèque et l'exposition "Une armée qui soigne" prises à l'occasion du colloque éponyme des 4 et 5 février 2015 au Val-de-Grâce... A ne pas manquer !Quelques illustrations sur la bibliothèque et l'exposition "Une armée qui soigne" prises à l'occasion du colloque éponyme des 4 et 5 février 2015 au Val-de-Grâce... A ne pas manquer !Quelques illustrations sur la bibliothèque et l'exposition "Une armée qui soigne" prises à l'occasion du colloque éponyme des 4 et 5 février 2015 au Val-de-Grâce... A ne pas manquer !Quelques illustrations sur la bibliothèque et l'exposition "Une armée qui soigne" prises à l'occasion du colloque éponyme des 4 et 5 février 2015 au Val-de-Grâce... A ne pas manquer !Quelques illustrations sur la bibliothèque et l'exposition "Une armée qui soigne" prises à l'occasion du colloque éponyme des 4 et 5 février 2015 au Val-de-Grâce... A ne pas manquer !

Quelques illustrations sur la bibliothèque et l'exposition "Une armée qui soigne" prises à l'occasion du colloque éponyme des 4 et 5 février 2015 au Val-de-Grâce... A ne pas manquer !

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Newsletter n°1-2015 "HOPMIL 14-18"

19 Février 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia

INFO

Le bulletin de liaison "HOPMIL 14-18" n°1-2015 vient d'être adressé aux abonnés.
Cette newsletter de 10 pages comprend un dossier détaillé sur les sources intéressant la recherche documentaire, dans les différents dépôts d'archives médico-militaires, sur les militaires français "blessés" de la Grande Guerre.

Merci pour votre confiance.

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LES JMO DES AMBULANCES 1914-1918 AU VAL-DE-GRACE (23e au 39e CA)

14 Février 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #recherche archives documentation

LES JMO DES AMBULANCES 1914-1918 AU VAL-DE-GRACE (23e au 39e CA)

SUITE

Ces JMO peuvent être consultés, sur place à Paris, sur rendez-vous : au Musée du service de santé des armées, 1 place Alphonse Laveran, 75230 Paris-cedex 05.

En guise d’introduction : classification des ambulances de la Guerre 1914-1918 :

« Les ambulances furent affectées à leur mise sur pied, à raison théoriquement d’une par division de cavalerie ; deux, par division d’infanterie ; seize, par corps d’armée…

On identifiait ces ambulances par une fraction dont le numérateur représentait un numéro d’ordre, et le dénominateur, le n° de la grande unité de rattachement. Exemple : 1/137, ambulance n° 1 de la 137e DI ; 5/5, ambulance n° 5 du 5e CA.

Toutefois cette belle architecture ne prévalait que pour le jour de la mobilisation, de la mise sur pied et pour les quelques jours et semaines qui suivirent. Rapidement, lors de la « bataille des frontières » et d’une manière générale lors des mouvements de la « Course à la mer », le rattachement mécanique aux grandes unités (GU) fut bouleversé. Aussi est-il illusoire – comme on peut le lire encore trop souvent – de vouloir rattacher une ambulance quelconque – à de rares exceptions – à l’épopée d’une grande unité durant la Grande Guerre. L’histoire de chaque ambulance doit être singularisée et c’est ce qui fait toute la difficulté du suivi de leurs pérégrinations sur les théâtres de guerre. Ce rattachement évolua sans cesse. Il suffit de consulter quelques journaux de marches et opérations (JMO) pour s’en convaincre.

Dans un premier temps l’on individualisa l’ambulance en tant que formation sanitaire, sans jamais la rattacher à un CA organique qui pouvait se situer à des centaines de kilomètres de l’ambulance déployée au sein d’un nouveau CA. L’on choisit alors de l’identifier par l’appellation générique de « groupe » en lieu et place de CA. Exemple : 10/12, ambulance n°10 du 12e groupe [initialement 12e CA] » (Olier F, Quénec’hdu JL, Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, III, 20-21).

Notes sur les corps d’armée n° 23 à 39 inclus :
Les corps d’armée n° 23 à 29 n’ont jamais été constitués. Les corps d’armée n° 30 à 40, quant à eux, ne possédaient pas, tous, d’ambulances organiques ; le service sanitaire était alors assuré par les ambulances des divisions de rattachement. L’on se reportera, suivant le plan de classement du Val-de-Grâce, aux JMO des ambulances de corps d’armée déjà détaillés sur ce blog (1 à 22) et à ceux des divisions (à venir) qui ont été classés (cf. observation ci-dessus) par « groupes ». Il n’y a pas de groupes 30 à 36, constitués dès la création des corps d’armée par des ambulances détachées d’autres corps d’armée (CA voisins, de relève, affectés sur ordre GQG, etc.) ou de divisions organiques.
Les notes ci-après donnent quelques indications sur la situation des formations sanitaires lors de la création des corps d’armée. Ces courtes notes relevées sur les JMO des CA et divisions complètent les mentions trop succinctes, voire inexactes, figurant dans les volumes 1 et 2, du tome X, des Armées Françaises dans la Grande Guerre (AFGG).

30e corps d’armée (30e CA) – Lors de sa création (21 janvier 1916), il comprend des éléments du secteur nord de la Région fortifiée de Verdun (RFV) ; devient le 30e CA le 21 janvier 1916. Il est constitué par les 72e DI (ambulances n° 1/72 et n° 2/72) et 132e DI (ambulances n° 2/15 et 8/6). Il dispose de deux ambulances « éléments organiques de CA » : ambulances n° 3/72 et n° 2/65.

31e corps d’armée (31e CA) – Lors de sa création (12 octobre 1914), ex-corps d’armée provisoire constitué le 8 septembre 1914. Il est constitué de moyens sanitaires provisoires mis en soutien d’une 1ère division… provisoire : ambulances n° 2/44 et n° 11/21 ; 2e division : ambulances n° 10/14 et n° 3/44.

32e corps d’armée (32e CA) – Lors de sa création (1er octobre 1914), il est constitué des 42e DI (ambulances n° 1/6, n° 6/6, n° 7/6, n° 10/6, n° 15/17) ; 1ère division du Maroc (ambulances n° 9/9, n° 10/9, n° 12/9, n° 12/11, n° 13/11) ; 52e division de réserve, à compter du 9 octobre 1914 (ambulances n° 1/52, n° 2/52, n° 3/52).

33e corps d’armée (33e CA) – Lors de sa création (14 octobre 1914), ex-corps d’armée provisoire. Il est constitué des 45e DI (ambulances n° 1/45, n° 2/45, n° 3/45, n° 4/45) ; 70e DI (ambulances n° 1/70, n° 2/70, n° 3/70) ; 77e DI (ambulances n° 10/14, n° 4/63) ; Eléments organiques de CA, ex-1er CA (ambulances n° 11/1, n° 12/1, n° 13/1).

34e corps d’armée (34e CA) – Lors de sa création, il comprend des éléments de la Région Fortifiée de Belfort. Il devient le 20 mars 1916, 34e CA de 2e formation. Il est constitué par les 133e DI (ambulances n° 215, n° 223, n° 224) ; 157e DI (ambulances n° 16/2, n° 5/10, n° 12/17).

35e corps d’armée (35e CA) – Lors de sa création (14 décembre 1914), il est constitué par la 37e DI (ambulances n° 1/3, n° 11/4, n° 3/37, n° 5/37, n° 2/75) et 61e DR (n° 1/61, n° 2/61, n°3/61).

36e corps d’armée (36e CA) – Lors de sa création, remplace le détachement d’armée de Belgique (22 mai 1915). Il est constitué par les 45e DI (ambulances n° 1/45, n° 2/45, n° 3/45, n° 4/45) ; 152e DI (ambulances n° 1/152, n° 2/152, n° 3/152, amb. 2/M[arocaine], amb. 3/M, amb. 4/M) ; 153e DI (n° 1/153, n° 2/153, n° 3/153, n°4/153 [cette dernière, ex-1/M[arocaine], renommée le 14 avril 1915…].

37e corps d’armée (37e CA) – remplace le 5e groupe de divisions de réserve, lors de sa création (10 juin 1915), il comprend : la 55e DI (ambulances n° 1/55, n° 2/55, n° 3/55) ; 63e DI (ambulances n° 9/4, n° 4/44, n° 2/52) Cette dernière ambulance, la 2/52, devient n° 5/52, le 17 septembre 1915… par décision de la 5e armée. Le 15 juin 1915, dissolution de la 85e DI qui avait été maintenue provisoirement, dont les ambulances vont constituer les éléments organiques du 37e CA (ambulances n°2/85, n° 5/53) ; une troisième ambulance, n° 1/85 passe au 7e CA.

- Ambulances du 37e groupe, 1914-1918, suite (journaux des marches et opérations conservés au Val-de-Grâce) :

Ambulance 4/37 – 1 vol. (02/08/14-30/11/17).

Ambulance 5/37 – 1 vol. (03/08/14-19/03/18) ; 1 vol. (20/03/18-03/03/19).

Notes : Il convient de noter que le musée du service de santé des armées détient, « par exception », le JMO du groupe de brancardiers de corps (GBC) du 37e CA. D’après les AFGG, X, 2, p. 299, les ambulances organiques de la 37e DI sont numérotées de 1 à 5/37.

38e corps d’armée (38e CA) – appelé aussi « groupement de Reims », devient 38e CA. Lors de sa création (2 juin 1915), il comprend : la 52e DI (ambulances n° 1/52, n° 2/52, n° 3/52) et la 123e DI (ambulances n° 1/155, n° 2/155, n° 3/155).

- Ambulances du 38e groupe, 1914-1918, suite (journaux des marches et opérations conservés au Val-de-Grâce) :

Ambulance 1/38 – 1 vol. (04/08/14-6/11/17).

Ambulance 2/38 – 1 vol. (11/08/14-31/12/16).

Ambulance 3/38 – 1 vol. (02/08/14-17/01/19).

Ambulance 4/38 – 1 vol. (12/08/14-27/04/17) ; 1 vol. (28/04/17-05/06/18) ; 1 vol. (01/06/18-14/09/18) ; 1 vol. (15/09/18-28/02/19).

Ambulance 5/38 – 1 vol. (03/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (01/01/17-01/10/17).

Note : d’après les AFGG, X, 2, p. 307, les ambulances organiques de la 38e DI portent les n° 2/38, n° 3/38 et n° 7/18.

39e corps d’armée (39e CA) – Lors de sa création (1er avril 1916), comprend les 74e DI (ambulance n° 1/44) et 129e DI (ambulances n° 4/66 et n° 2/71). Sans éléments organiques de CA (EOCA) précis.

Note : d’après les AFGG, X, 1, p. 889, il disposerait, plus tardivement en 1916, d’EOCA : ambulances n° 11/18 et n° 229.
A SUIVRE

Sources :

Musée du Service de santé des armées, au Val-de-Grâce, à Paris.

Les armées françaises de la Grande Guerre (AFGG), t. X, 2 vol., Paris : imp. Nationale, 1923.

A consulter : www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

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L’hôpital militaire de Maubeuge (août 1914-mars 1915)

1 Février 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

L’hôpital militaire de Maubeuge (août 1914-mars 1915)
Cette thématique de Maubeuge 1914, que j’avais promise, dès 2013, vous la devez à Jean Perrichot, un abonné persévérant qui me rappelle régulièrement à mes promesses !

Je poursuis la publication des « monographies » sur le service de santé dans la campagne de 1914 au travers des témoignages d’officiers du service de santé. Aujourd’hui je vous présente l’hôpital militaire de Maubeuge 1914-1915. L’aventure du siège de Maubeuge est bien connue. Il suffit de taper Maubeuge 1914 sur un moteur de recherche pour voir s’allonger la liste des sites, blogs et textes en tous genres qui vous sont proposés. Mais comme à chaque fois vous trouverez bien peu sur le service de santé militaire. Aussi je vais vous demander un effort préalable en guise d’introduction historique - ce qui m’évitera de compiler ce que d’autres ont bien fait – je vous renvoie à ces publications du net pour découvrir l'Histoire du siège de Maubeuge…

Cet article est l’un de ceux que je vais vous proposer sur Maubeuge. Mais ne comptez pas y trouver l’ensemble des monographies hospitalières 14-15 du camp retranché (Assevent, Ferrières-la-Grande, Hautmont, Louvroil, Recquignies, etc.). Que nenni ! Pour cela il faudra attendre le tome 5. Je vous proposerai bientôt, « en compensation » - et pour patienter -, des approches « transversales » sur les évacuations sanitaires allemandes observées par des médecins français prisonniers en gare de Maubeuge ou encore sur les attitudes et observations des praticiens français prisonniers vis-à-vis de l’occupant allemand, etc. Encore un peu de patience.

Avant de vous laisser avec le témoignage inédit et d’une grande précision du docteur Dumont, quelques chiffres : Maubeuge pour plus de 100 000 français et allemands engagés, c’est :

3500/4000 blessés français et 1000 morts - 2500 morts et blessés allemands…

Témoignage du médecin major de 1e classe [commandant] de la territoriale [Georges-Henri-Marie] Dumont, médecin-chef de l’hôpital militaire de Maubeuge (4e rapport).

[page 1] « J'ai l'honneur de vous rendre compte que, pendant la durée de ma chefferie de l'hôpital militaire de Maubeuge (2 août 1914-15 Mars 1915), j'ai rédigé trois rapports étendus :

I°- sur le fonctionnement général dudit hôpital pendant les derniers mois de 1914 ;

2°- sur les blessures de guerre pendant sa période de plus grande activité, (15 août -15 novembre 1914) ;

3°- sur son fonctionnement général au début de 1915.

Les originaux ont été remis à la direction du service de santé de Maubeuge; la copie en est donnée ci- après. [Je ne les ai pas retrouvés au musée du service de santé des armées].

Toutefois, en vue de répondre à l'esprit de la circulaire ministérielle du 2 août 1915 [demandant la fourniture de rapports sur la période de captivité des sanitaires prisonniers et libérés par les Allemands] , j'ai cru devoir sans former de préface à ces rapports, conçus dans la forme ordinaire, donner ce quatrième rapport, 1°- résumant les autres tout en les développant, ce qui concerne mes rela­tions avec les autorités allemandes ; 2°- détaillant les faits observés pendant ma captivité à Ulm.

[page 2] L'hôpital militaire de Maubeuge au début des hostilités, pendant le bombardement et l'occupation allemande (1er août 1914- 15 mars 1915).

Arrivé à Maubeuge, le premier jour de la mobilisation, je fus immédiatement délégué dans les fonctions de médecin- chef de l'hôpital militaire de Maubeuge par M. le médecin principal Rouchaud, directeur du service de santé du camp re­tranché. Je conservai ces fonctions pendant sept mois et demi.

Mouvement de l'hôpital.

Pendant ma chefferie, 810 malades et blessés furent traités avec 22682 journées [d'hospitalisation], dont je n'ai pu établir le prix moyen, les Allemands ayant facturé certaines denrées qui n'ont pas été facturées. Le chiffre maximum de présents, 210, a été atteint au début de septembre ; 1'effectif moyen fut de 150 la plupart gravement atteints, les autres formations ayant été successi­vement évacuées sur l'hôpital. Comprenant en temps de paix, une moyenne de 20 à 25 malades, il fut organisé pour en rece­voir 250. Outre les Français, Anglais et Belges, 269 soldats allemands y furent traités, sans l'aide du personnel de leur nation (sauf deux infirmières venues de Düsseldorf). En raison de leur présence, l'hôpital reçut de fréquentes visites, pres­que chaque jour, d'officiers allemands, de médecins, de per­sonnages de toute espèce et de tout costume, mais qui n'inter­vinrent que très exceptionnellement au point de vue technique, comme au point de vue administratif. En général ils étaient corrects.

Je possède la liste des 541 malades français, anglais [page 3] et Belges, avec leurs corps, la date et le motif des entrées et sorties. Il y eut 46 décès en tout ; en outre, 1'hôpital reçut une trentaine de corps en dépôt. Les noms avec la cause, la date et l'heure de la mort figurent sur le rapport qui suit. A l'approche de l'ennemi, je fis évacuer le plus possible de mes hospitalisés sur Laon. Après la reddition de la place ; les Allemands semblèrent très pressés d’évacuer nos malades sur leur pays; les moins blessés qui, cependant, réclamaient encore des soins attentifs, au nombre d'environ 40, furent évacués les 13 et 17 septembre [1914] ; Maubeuge avait été rendu le 7. Des évacuations importantes eurent lieu le 16 octo­bre et le 5 novembre 1914, les 22 février (74 malades) et 12 mars (43) de l'année 1915.

Les premières évacuations précipitées, annoncées d'une façon soudaine, ne purent être organisées soigneusement ; mais en hiver, les évacués reçurent tous les effets qui pouvaient leur être nécessaires pour un séjour en Allemagne (capotes, pantalons, gilets de laine, linges, chaussures, etc.) et, en outre des provisions, boites de conserves, tabac, argent de poche, provenant de collectes entre les officiers ou de dons du comité des Dames de France. Il y eut trois évadés et - vers le mois de novembre - sept réformés temporairement sur l'ordre des autorités alle­mandes, qui regagnèrent leur domicile, en pays occupé. Je pus en somme veiller au fonctionnement de mon hô­pital comme en temps normal, et je ne pense pas que mes ma­lades aient eu à se plaindre pendant l'occupation allemande, pas plus de la nourriture que des soins médicaux.

[page 4] La concentration des formations sanitaires consti­tuées dans le camp retranché lors de la mobilisation (il y en avait une vingtaine, hôpitaux temporaires, infirmeries de secteur, etc.) s'opéra d'une façon méthodique et progressive et s'acheva le 23 Janvier 1915 ; seul, à partir de cette date, l'hôpital militaire continua à fonctionner.

Les hospitalisés des formations excentriques avaient été successivement ou évacués vers l'Allemagne, ou transpor­tés dans les hôpitaux principaux : Assevent, Sous-le-Bois, Ferrière, hospice civil, qui eux-mêmes adressèrent leurs derniers blessés à l'hôpital militaire.

Observations médico-chirurgicales.

Une vaccination antivariolique générale eut lieu vers le 20 août, Les contagieux et suspects (scarlatine, tétanos, érysipèle, fièvre typhoïde, tuberculose, etc.) furent tou­jours soigneusement isolés et les précautions nécessaires fu­rent prises pour la sauvegarde du personnel. Des cas de diph­térie ayant été signalés en ville en février 1915, l'entrée de l'hôpital fut interdite aux enfants. Les mesures d'hygiène et de prophylaxie empêchèrent toute expansion épidémique et particulièrement aucun cas de contagion intra-hospitalière ne put être constaté. J'ai observé quelques cas intéressants, qui sont relatés in extenso dans mes rapports: cas de réveil de palu­disme aigü après 10 ans avec hémoglobinurie et volumineux abcès périnéal;- traitement Interne de la fièvre typhoïde par la teinture d'iode - pseudo-méningites;- accidents aigüs tardifs consécutifs à des plaies pénétrantes du crâne. [page 5] Un rapport spécial sur les blessures de guerre avec des tableaux statistiques et de nombreuses observations fi­gure dans la copie remise au ministère. Ce rapport fut limité à 295 blessés par projectiles, a l'exclusion des entorses, contusions banales, brûlures par manipulation d'explosifs, écra­sement par auto, etc. Aucune blessure par arme blanche n’avait été observée. Ces blessés provenaient surtout des combats qui se livrèrent autour de la place, les 1er, 5 et 6 septembre [1914] ; il en vint encore d'actions isolées ; d'autres enfin furent, après la prise de Maubeuge, débarqués de trains sanitaires de passage et qui ne pouvaient continuer le trajet sans être exposés à succomber en route ; ce fut une cause qui accrut la morta­lité, qui fut pour nos blessés de ll% à peu près, dont les 2/3 par gros projectiles. Ce taux élevé est dû aussi à ce que de nombreux mi­litaires grièvement blessés furent amenés directement et rapidement du champ de bataille. Les plaies pénétrantes de l'abdomen se montrèrent particulièrement d’un pronostic sé­rieux, et donnent une mortalité de 80%, tandis que celles des plaies pénétrantes du thorax ne fut que 29%. Nos blessés étaient souvent porteurs de traumatismes multiples, qu’on peut classer ainsi : Tête et cou : 11.4% ; Tronc : 18.6% ; Membre supérieur : 23.2% ; Membre inférieur : 46.8%. On observe 3 cas de gangrène gazeuse, 11 cas de tétanos (dont 6 chez les Allemands) ces derniers avec trois guérisons (j’ai essayé l’injection extra-rachidienne de sérum anti-tétanique). [page 6] Le traitement fut systématiquement conservateur - et basé sur les données exposées par M. le Médecin Inspec­teur général Delorme, au début de la Guerre. On ne fit que 3 amputations, mais les interventions de moindre envergure furent assez nombreuses ; les résultats furent satisfaisants ; on eut, par exemple, sur 15 cas de plaie pénétrante du genou ; 15 guérisons, non sans désordres fonctionnels, bien entendu. Parmi les survivants, j'estime que 25% au moins sont devenus impropres à tout service militaire.

Personnel.

Le personnel compris à peu près jusqu'en mars: le soussigné, médecin-chef qui outre sa chefferie, s'occupa des officiers, des isolés, des contagieux et de la consultation des infir­miers ; de 3 médecins traitants, major ou aide-major, chacun se trouvant à la tête d'une division qui comprit 50 à 80 malades ; un pharmacien gestionnaire ; un pharmacien chef de laboratoire ; un officier gestionnaire, ce dernier seul appartenant à l'armée active.

Il comprit en outre passagèrement, des aide-majors, des médecins auxiliaires ou des services auxiliaires, et des officiers d'administration territoriaux, qui furent employés pendant le temps qui s'écoula entre la suppression de leur formation et leur évacuation en Allemagne. L'effectif des officiers varia entre 30 et 80. L'hô­pital devant pourvoir à de nombreux services extérieurs (ambulance n° 2, infirmerie de gare, installée par les Allemands, etc.). [page 7] Le 12 mars 1915 - 53 furent évacués en Allemagne et reçurent les vêtements et provisions nécessaires, précédemment on en prenait toujours un certain nombre pour accompagner les convois de blessés.

L'état sanitaire du détachement resta satisfaisant.

Fonctionnement de l'hôpital.

De nombreuses difficultés s'élevèrent dès le début, une partie des bâtiments se trouvant en reconstruction. Les infirmiers devaient même prendre leurs repas au dehors ; pres­que tous territoriaux, ils ignoraient ou avaient oublié les connaissances nécessaires. La manipulation du matériel à envo­yer aux autres formations retarda l’instruction professionnelle. On put néanmoins leur faire quelques leçons théoriques, avec exercices de brancards, de voitures d'ambulances, de pompe à incendie, d'alerte de nuit, comme pour l'arrivée d'un convoi de 150 blessés, etc. Il fallait en outre pourvoir à de nombreux services extérieurs: pratique médicale dans la population civile privée de médecins (il en restait deux âgés de plus de 70 ans pour toute la ville de Maubeuge) service des troupes de passage anglaises et françaises ; l'hôpital servant de réservoir de personnel et de matériel, les services se trouvaient à tout instant désorganisés, et ce fut bien pis encore pendant l'occupation allemande.

Dans la nuit du 23 au 24 août, commence le bombardement les forts; dans les derniers jours du mois, les obus de 220 commencent à pleuvoir dans l'intérieur de la ville. Des maisons sont incendiées dans le voisinage de l'hôpital; près de là, de nombreux bâtiments sont défoncés ou démolis; le personnel se tient en permanence dans l'hôpital. Les caves étant encombrées [page 8] et peu spacieuses, je répartis mes 141 blessés dans une dou­zaine de caves des maisons voisines, où il fallut les panser, les soigner, les alimenter. Le personnel montra pendant ces journées un zèle et un courage dignes d'éloges, la traversée de la voie publique étant particulièrement dangereuse; on comptait jusqu'à 60 obus en cinq minutes. Le 6 septembre, au soir, une explosion terrible fit trembler l'hôpital ; l'arsenal sautait ; presque toutes les vitres furent brisées; de nombreux blocs de béton, dont un pesant plus de 50 kilogr., traversa la salle de pansements, tombèrent sur les bâtiments. Le 7, vers midi, le drapeau blanc ayant été arboré sur la tour de l'église, je fis rentrer les blessés. Le jour même, divers officiers allemands se présentè­rent et dès le lendemain amenèrent leurs blessés et leurs mala­des ; ceux-ci se montraient particulièrement exigeants à l'heure des distributions, et, comme ils trouvaient toujours leurs rations insuffisantes, leurs infirmières leur préparaient des suppléments dans les salles mêmes. Une division comprenant deux grandes salles leur fut réservée; on réussit à empêcher les altercations entre malades de nationalités diverses et par là à éviter la présence d'un poste allemand dans l'hôpital. Les entrants allemands refusaient de se dessaisir de leurs armes et de leurs provisions ; pendant quelque temps, l'hôpital était devenu comme une sorte d'auberge ou de lieu de réunion ; des soldats plus ou moins éclopés s'y présentaient ou à toute heure de jour ou de nuit pour s'y reposer, y faire cui­re leurs aliments ou y visiter leurs camarades, puis disparaissaient tout à coup. La propreté et la tenue de l'hôpital s'en ressentirent forcément, néanmoins, après quelques se­maines, on put en rétablir à peu près le fonctionnement normal. [page 9] Vers le 20 novembre 1914, les approvisionnements de pétrole de la ville étant épuisés, je dus faire installer l'é­clairage au gaz dans les salles de malades qui en étaient dépourvues. Le 21 janvier 1915, je pus faire aménager la cuisine de l'ordinaire dans l'intérieur de l'hôpital. Le 22 janvier, le départ des derniers soldats allemands délivra le Médecin-chef de nombreuses difficultés et permit de revenir à une discipline complète; les visites aux malades furent restreintes à quelques heures par semaine. Le 8 février, un incendie se déclara dans les combles, mais il fut rapidement éteint. L'heure du départ approchant, je réussis à faire trans­porter en cachette à l'hospice civil de nombreux instruments et l'autoclave système Sorel. La plupart des registres furent dissimulés dans les caves de M. l'abbé Wattiez, doyen de Maubeuge. Le 14 mars, mes fonctions de médecin-chef furent trans­mises à M. le Médecin aide-major de 1ère classe Moraux; res­taient 33 blessés et 12 infirmiers. Le 12 avril, l'autorité allemande procède à l'évacuation définitive. Les derniers hospitalisés, quel que fût leur état, et les infirmiers furent transportés à Bruxelles. Les Allemands prirent possession de l'hôpital, qui passa sous la direction du Dr Jurgens.

Rapports avec les autorités allemandes.

Dès le début de l'occupation, je dus obtempérer à des demandes impérieuses et fréquentes de médicaments, de panse­ments, d'instruments, etc., soit pour la garnison allemande, soit [page 10] pour les troupes de passage, soit pour les formations installées dans des localités voisines (Hirson, Binche, etc.) ces demandes étaient posées le plus souvent par des militai­res qui n'étaient munis d'aucune pièce justificative; elles étaient parfois extraordinaires ; l'on vint me demander dix cercueils en une fois, des lunettes, des ustensiles de cuisine, etc. Vers la fin de septembre, après menace de faire fouiller l'hôpital, le Dr Witzel de Dusseldorf enleva, malgré mes protestations, 198 flacons de sérum antitétanique, la presque totalité de l'approvisionnement, et le seul perforateur crânien que l'on possédait. Après le mois de décembre, ces de­mandes devinrent exceptionnelles. Le médecin-chef fut mêlé à diverses enquêtes à propos d'événements qui lui étaient étrangers,- à propos de la mort du prince E. de Saxe-Meningen, [Ernst Léopold Friedrich Wilhem Otto de Saxe-Meiningen (1895-1914)] décédé à l'hôpital [27 août 1914] et vis à vis duquel on aurait manqué de certains égards, - de caisses de balles déformées, prétendues dum-dum, trouvées dans un établissement militaire et qui en réalité, appartenaient à une socié­té de tir, - de cadavres de soldats allemands, amenés en dépôt à l'hôpital, et que, prétendait-on, je cherchais à dissimuler etc. Il fallut aussi pourvoir à divers services, par exemple fournir le personnel d'une infirmerie de gare, créée fin sep­tembre; dans ces conditions, le service intérieur de l'hôpital se trouva fréquemment désorganisé. Les gouverneurs de Maubeuge, qui furent le major Von Abereron [Abercron] jusqu’au 10 octobre, puis le général bavarois [Karl Von] Martini, furent en général bienveillants pour l’hôpital, mais on ne peut en dire autant de leur entourage, avec qui j'eus de nom­breuses contestations de détail, et qui montrait un illogisme et une [page 11] versatilité déconcertantes ; un jour on me refusait du vin pour mes blessés; quelques jours après, on m'en ame­nait dix barriques alors que je n'en demandais que deux. On m'informait par exemple, qu'une évacuation de blessés se fe­rait à telle heure en ne m'avertissant du départ du train que deux heures auparavant ; puis l'évacuation était contremandée, puis ordonnée de nouveau dans la même journée. A cet égard, je fus amené à supposer que l'entente n'est pas parfaite entre certaines autorités militaires et le Service de Santé, celui-ci paraissant recevoir directement des ordres de Bruxelles, sans passer par le Gouvernement local.

Je fus l'objet de rigueurs à la suite de certains in­cidents ; - le 5 novembre, on m'enlève la moitié de mon personnel infirmier d'une façon brusque et inattendue ; avec un personnel très restreint, je me vis obligé de négliger la propreté des salles réservées aux Allemands, pour que les blessés français n'en souffrent pas ; d'où réclamations.- Un infirmier délais­sait son service pour donner des leçons de français à un interprète allemand ; estimant que ce n'était pas son rôle, je le désignai pour la prochaine évacuation.

Je crois pouvoir affirmer que mes hospitalisés n'eurent pas à souffrir de la présence des envahisseurs, et que le personnel médical su leur imposer le respect par la dignité et la fermeté de son attitude.

Pour chaque décès, le gouverneur réclama un rapport détaillé ; pour les hommes de troupe, la place envoyait un détachement d'une douzaine d'hommes et une couronne; six infirmiers et un gradé français accompagnaient le corps. Aux funé­railles des officiers français, on envoyait un piquet en armes rendre les honneurs ; le gouverneur et la plupart des officiers de la garnison assistaient à la cérémonie. [page 12] Les infirmiers pouvaient sortir quelques heures par jour, à tour de rôle. Les officiers français étaient libres de circuler dans l’intérieur du camp retranché ; c’est ainsi que l'on put se rendre compte des ravages opérés dans les environs. Si certaines localités, comme Ferrière-la-Grande, furent à peu près complètement épargnées, d'autres, comme Broussois, Elesmes, etc., sont presque détruites ; à Recquignies, on voit nettement que les maisons, non touchées par les obus furent systématique­ment incendiées, on nous raconta quelques traits de cruauté sauvage; un matin, dans ce même Recquignies, les Allemands fusillèrent 13 civils à la fois au hasard et sans motif. A Elesmes, le cimetière fut littéralement retourné par les obus. Il ne reste pas pierre sur pierre des forts, dont quel­ques-uns furent rapidement démolis par les obus de 420 ; on fit sauter les autres après la prise de la ville.

Après le passage des premières troupes, la garnison allemande se montra plutôt paisible. Elle se composait de quel­ques artilleurs,- du bataillon de landsturm de Gelsenkirchen et d'Altona. On ne vit guère de troupes de passage ; la circu­lation des trains s'opérait surtout la nuit.

La plupart des maisons abandonnées par leurs occupants furent dévalisées et les meubles envoyés en Allemagne; divers établissements, comme les brasseries ne purent plus marcher, le cuivre de leur outillage ayant été enlevé. On procéda à un dé­ménagement méthodique des usines métallurgiques, et je vis en­lever de nombreuses machines, des usines Sculfort, par exemple. Les beaux arbres de la région furent abattus pour être trans­portés en Allemagne; aucun noyer particulièrement ne fut épargné.

Les officiers français touchèrent à Maubeuge une solde [page 13] de 60 marks pour les aide-majors, 100 Marks pour les autres; ils réclamèrent maintes fois l’application de la Convention de Genève; on leur répondait toujours négativement, sous prétexte que la France ne l'observait pas. Le 22 décembre 1914 cependant, avec l'autorisation de mon chef, je fus reçu par le Gouverneur, qui voulu bien me permettre d'adresser au Ministre allemand un rapport sur le retour possible en France des officiers et infirmiers reconnus non indispensables.

Cette démarche fut renouvelée le 18 Janvier 1915 par M. le Directeur, M. le Médecin-major Potel [professeur agrégé à la faculté de Lille et chirurgien du camp retranché] et moi. L'autorité allemande prescrivit souvent la révision des hospitalisés, soit pour en activer l'évacuation, soit pour d'autres motifs (contrôle, statistique, etc.) . Au 1er février 1915, restaient à l'hôpital 149 blessés ; c'était le reliquat des quelques milliers traités ; dans les différentes formations sanitaires du camp; une révision particulièrement minutieuse fut opérée à cette date sous le contrôle du méde­cin allemand, Dr Schmied. Les malades étaient classés d'abord par nationalité, puis divisés en non réformables et réfor­mables, ces derniers comprenant 3 catégories ou listes:

Liste 1, inaptes à tout service militaire.

Liste 2, susceptibles d'être employés dans un bureau ou à un service analogue.

Liste 3, pouvant exercer un service de garde ou de sur­veillance.

Des rapports très détaillés étaient exigés à la suite des visites réitérées des médecins allemands. Ils n'étaient pas souvent d'accord et tout le travail était à recommencer. Des pourparlers étaient engagés entre les nations belli­gérantes [page 14] en vue de l'échange des mutilés ; ils parurent aboutir à une solution en janvier. Le 13 février, le premier, un Anglais amputé d’une jambe partit dans cette intention. Le 22 février, 74 blessés français de la liste 1, c'est-à-dire considérés par les Allemands eux-mêmes comme absolument inap­tes à tout service militaire, furent emmenés ; leur train de­vant arriver à Constance le surlendemain. Ce train fut, paraît- il arrêté à Namur, où un nouveau classement fut effectué ; une vingtaine de mutilés seulement auraient pu continuer leur voyage.

Une révision rigoureuse des 75 malades restants fut opérée le 4 mars par le Dr Jurgens; sur ces 75, 69 avaient été antérieurement estimés impropres à tout service. Cette fois, 16 seulement parurent susceptibles d’une réforme définitive; ce fut un exemple de plus des résolutions contradictoires dans les mesures prises, à notre égard. Le service médical allemand se modifia constamment; il n'y eut pendant longtemps qu'un médecin de garnison; puis il organisa un hôpital de contagieux (il y avait de nombreux typhiques) à Sous-le-Bois, et enfin en janvier 1915, une infir­merie de garnison dans un hôpital français temporaire, évacué à cette date. Sur réquisition, M. le Directeur du Service de Santé détacha des médecins auxiliaires pour le service des communes voisines, telles que Feignies.

Captivité des médecins français à Ulm (16 mars- 10 juillet 1915). De Maubeuge à Ulm.

Au début de mars 1915, à la suite d'évacuations succes­sives [page 15] il restait à Maubeuge environ 15 officiers du corps de santé; trois d'entre eux restaient pour les soins des hospitalisés restant. Les autres furent emmenés en Allema­gne, le 15 mars, dans les camps de Gutersloh, de Wohm et de Zwixkau ; 3 étaient désignés pour se rendre à Ulm, (Wurtemberg). M. le Médecin Principal Rouchaud, M. le Méd-aide-major Lestage-Roy, de l'hôpital d'Hautmont, et le soussigné médecin-chef de l'hôpital militaire de Maubeuge. Le trajet s'effectua en wagon de 1ère classe, en compagnie du lieutenant Luartz, de l'Etat- major du général Gouverneur de Maubeuge, lequel retournait en permission en Bavière. Nous quittons Maubeuge le 16 mars vers 10 heures du matin, nous traversons la Belgique, où nous avons vu moins de dégâts que nous ne l'aurions cru; il est vrai qu’aux abords des grandes villes comme Liège, le train suivait des voies de rac­cordement. Les arrêts furent assez longs à Cologne et à Carlsruhe; on exécute des travaux très importants dans les gares de Francfort et de Stuttgart; nous avons croisé des zeppelins à Erqueline, frontière belge, et à Mannheim. J’eus encore pendant ce trajet cette impression de progrès intense et de forte organisation que j’avais autrefois recueillie en par­courant les grandes villes allemandes comme Francfort, Cologne, Berlin et Dresde ; l'on ne s'aperçoit pas trop que l’on est en état de guerre; à Francfort, de bon matin, nous avons vu de longues files d'ouvriers se rendant normalement à leurs usines. Mous arrivâmes en gare d'Ulm à 15 h. l/2 le 16 mars [1915] (...). » FIN.

Sources :

Pierre Mascaret. Maubeuge, p. 83-98 in 1914-1918. La Grande Guerre, vécue – racontée – illustrée, par les combattants de Christian-Frogé, éd. Quillet : Paris, t. 1, 1922. Pour ceux qui ne possèdent pas cet ouvrage, vous pouvez le retrouver in-extenso sur le blog du chtimiste

Musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce à Paris, cart. n° 635, dos. 54, nc, Dumont.

Les hôpitaux militaires des secteurs fortifiés de Maubeuge figureront dans le tome 5 des Hôpitaux militaires dans la guerre 1914-1918, à paraître en 2015.

Un excellent dossier, très minutieux, du Cercle belge des Dix clochers (cercle d’histoire, d’archéologie et de folklore de Quévy) sur la mort du prince de Saxe-Meiningen. A lire : ici.

Les tomes 1 et 3 des Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918 sont épuisés. Il reste quelques exemplaires des tome 2 (Paris-centre-est) et tome 4 (France sud-est, éd. 2014) chez ysec.fr Merci pour votre confiance.
Carte des secteurs de défense du camp retranché de Maubeuge (août-septembre 1914) - extait de : La Grande Guerre, vécue – racontée – illustrée, par les combattants, sous la direction de Christian-Frogé, éd. Quillet : Paris, t. 1, 1922.

Carte des secteurs de défense du camp retranché de Maubeuge (août-septembre 1914) - extait de : La Grande Guerre, vécue – racontée – illustrée, par les combattants, sous la direction de Christian-Frogé, éd. Quillet : Paris, t. 1, 1922.

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1915 CHANTELOUP. L’HOPITAL DES DAMES ECOSSAISES.

26 Janvier 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux, #varia

1915 CHANTELOUP. L’HOPITAL DES DAMES ECOSSAISES.

1915 CHANTELOUP. L’HOPITAL DES DAMES ECOSSAISES.

La Coopérative scolaire de l’Institut Chanteloup propose une monographie bien illustrée sur l’hôpital bénévole n° 301 de Sainte-Savine, autrement dit sur le « Scottish Women’s Hospital » de Chanteloup. Cet hôpital de 250 lits entièrement organisé par des suffragettes écossaises a trouvé son historien en la personne de M. Francis Tailleur qui nous propose une rétrospective illustrée et complète de l’action de ces femmes exceptionnelles dans le conflit mondial en général et dans l’Aube en particulier.

Souscription, jusqu’au 21 février 2015 - in-4, 86 ill., Prix : 6€ (+ 2€ de frais de port). Livraison en mars 2015.

Cette monographie très originale dont les ventes sont versées à la coopérative de l’institut financera les prochaines activités culturelles et communautaires de cette institution au patrimoine historique si précieusement conservé. EXPOSITION A VENIR !

HB 301, organisé dans le château de Madame de Haye, 250 lits. Ouvert le 9 juin 1915 – Fermé le 5 octobre 1915.

A voir sur le blog, les « SWH » en action : http://hopitauxmilitairesguerre1418.overblog.com/2014/07/scottish-women-s-hospital-a-villers-cotterets-1918-le-film.html

1915 Chanteloup... 4 premières pages...

Bon de souscription modifié (prise en compte des frais de port)

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