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AMBULANCES MILITAIRES OU HOPITAUX TEMPORAIRES ? (2)

31 Août 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia, #recherche archives documentation

AMBULANCES MILITAIRES OU HOPITAUX TEMPORAIRES ? (2)

D’une Guerre à l’autre (1870-1914)

En décembre 2012, je proposais aux lecteurs un court article sur « Ambulances ou Hôpitaux ?... une terminologie vicieuse » (août 1914). Aujourd’hui, je présente un autre court extrait d’un ouvrage de Jean-Charles Chenu (1808-1879) - cité infra – ancien médecin militaire, inspecteur général et directeur des ambulances auxiliaires de la Société Française de Secours aux Blessés durant la guerre de 1870-1871. L’on verra ci-après que l’abus de langage de 1914 était déjà d’actualité en 1870…

« Partout le nom d’ambulance a été donné à tous les dépôts de blessés ou de malades ; c’est une erreur qui n’a pas, il est vrai, d’importance ; mais ces dépôts dans les villes et quelques localités plus ou moins éloignées du champ de bataille n’étaient que des hôpitaux temporaires petits ou grands. Le nom d’ambulance indique la mobilité qui permet de suivre l’armée dans tous ses mouvements et ne peut s’appliquer aux dépôts dont nous venons de parler. Quoi qu’il en soit et pour nous conformer à l’usage qui vient d’être en quelque sorte établi pendant cette guerre, nous dirons qu’il y a eu pour secourir les blessés et les malades :

1° Des ambulances de campagne ou ambulance volantes, les unes civiles volontaires, les autres militaires et officielles ; […]

2° des ambulances des gares ou de passage et de ravitaillement ;

3° des ambulances sédentaires ou dépôts de blessés et de malades ;

4° des hôpitaux militaires et civils. »

Extrait de Chenu (J.-C.). Rapport au Conseil de la Société Française de Secours aux Blessés des armées de terre et de mer sur le service médico-chirurgical des ambulances et des hôpitaux pendant la Guerre de 1870-1871. Paris : Dumaine, t. 1, 1874, p. 99.

A PARAITRE en Octobre 2013 Le tome 4 des Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918. Région Sud-Est .

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HOPITAUX MILITAIRES FRANÇAIS EN BELGIQUE OCCUPEE – FLORENNES 1914

15 Août 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux, #recherche archives documentation, #Belgique 1914-1918

En 2014 : Une nouvelle catégorie de mon blog dédiée aux aspects médico-militaires affectant les troupes françaises en Belgique, de 1914 à 1918 et mettant en avant la solidarité belge à l'égard de la France et des évènements qui s'en sont suivis : bataille des Frontières, massacres de sanitaires, atrocités allemandes sur les populations civiles belges. Malheureux évènements qui ne seront pas officiellement commémorés par les Etats européens en 2014.
Pour ces embusqués du grand oubli, seuls, les morts ont perdu la guerre en 14-18
....

Après avoir présenté une série de témoignages de médecins français prisonniers des Allemands dans le nord-est, y compris en Lorraine et Alsace annexées, il était grand temps pour moi de remercier nos voisins belges qui sont de plus en plus nombreux et assidus à mon blog, en leur faisant partager de nouveaux témoignages qui ont pour cadre la Belgique occupée. Ce premier article consacré à la bataille de Charleroi (Mettet et Florennes avec le 10e CA français, de Rennes en Bretagne) sera suivi d’autres. Je compile actuellement des témoignages sur les massacres de « sanitaires » à Ethe et Gomery, en marge des atrocités allemandes sur les populations belges innocentes et un grand article sur le service de santé à la bataille de Rossignol (18-20 août 1914).

Ces témoignages de médecins militaires du 10e corps d’armée sont d’autant plus importants que les journaux des marches et opérations de nombre d’ambulances du 10e CA n’ont pas été conservés dans les archives militaires (cf. annexe 2). Je me permets de rappeler que les JMO des ambulances (1914-1918) ne sont pas encore en ligne sur le site « Mémoire des Hommes » ; ils restent consultables – sur place, sur rendez-vous et soumis à autorisation préalable - au centre de documentation du musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce (1, place Alphonse Laveran – 75230 Paris cedex 05), à Paris. Je donne en annexe 2 le détail des JMO du 10e CA conservés dans cet organisme militaire majeur pour toute recherche sur l’Histoire du service de santé militaire français dans la Grande Guerre.

En marge de la bataille de Charleroi (août 1914)

« Rapport du médecin aide-major de 2e classe [Henri] Dejust [de l’Institut Pasteur] sur sa détention en Allemagne – 24 août – 28 novembre 1914.

J’ai été mobilisé comme médecin aide-major de 2e classe, à la 6e ambulance du 10e corps d’armée (médecin-chef Docteur Kalt, ophtalmologiste des Quinze-Vingt, à Paris).

Cette ambulance a fonctionné pour la première fois, le 23 août à Mettet (petite ville de Belgique située sur la ligne Charleroi-Dinant, à l’intersection d’une autre ligne menée de Namur à Philippeville).

Il était 16 heures lorsque les premiers blessés sont arrivés. Nous nous sommes bornés à faire une large désinfection des blessures au moyen de teinture d’iode dédoublée (à 5%), à appliquer, sans aucune manipulation un pansement que nous nous efforcions de rendre aussi occlusif que possible.

Nous faisions coucher immédiatement dans une grange les blessés qui ne pouvaient marcher et dirigions les autres sur l’arrière. A 18 heures, le médecin-chef de mon ambulance de se replier en laissant à Mettet un médecin et trois infirmiers pour donner des soins aux blessés que l’on ne pouvait évacuer. Ce médecin, conformément au règlement, devait être le plus jeune de l’ambulance. Je fus donc désigné.

A dix-huit heures et demie l’ambulance se repliait avec son matériel me confiant environ 130 blessés ; elle me laissa quelques paquets de pansements. Je disposais, en outre, de ma trousse personnelle. [page 2] L’ordre qui me fut laissé était de me mettre en rapport avec le médecin de la N° Division et d’agir suivant les circonstances. Le médecin de cette division n’étant pas, à ma connaissance, venu à Mettet. J’ai donc agi selon mon initiative personnelle.

Les blessés continuèrent à arriver à mon poste. Jusqu’à minuit je ne pus faire autre chose que m’occuper des nouveaux arrivants qui se présentaient sans cesse. Aucun blessé ne fut amené par des brancardiers ; tous étaient transportés par des moyens de fortune : amenés par des civils sur des voitures, transportés à bras par des camarades, etc.

A ce moment la plus grande partie de l’arrière-garde de l’armée française avait quitté Mettet, et d’après les renseignements qui m’étaient parvenus. J’attendais d’un instant à l’autre l’arrivée de l’armée ennemie.

J’ai pensé que je devais tenter cependant l’évacuation de mes blessés vers les lignes françaises (Florennes, 9 km), par les moyens que je pourrais me procurer. Il était d’une très grande difficulté de se procurer soit chevaux, soit voitures, et ceci pour deux raisons : les réquisitions semblaient avoir absolument épuisé le pays ; d’autre part la rencontre possible, pour ne pas dire probable, d’un détachement ennemi qui dans l’obscurité n’aurait pu voir mon brassard à Croix-de-Genève, m’obligeait à me déplacer dans Mettet et ses environs avec les lenteurs et les précautions imposées à tout soldat marchant en éclaireur.

Vers 4 heures du matin, j’ai eu la chance, néanmoins, grâce à la bonne volonté d’un habitant du pays de trouver 4 chevaux et 2 voitures sur lesquelles j’ai chargé soixante de mes blessés les plus graves. J’ai formé le reste de mes blessés en convoi et sous le commandement d’un adjudant blessé, ce convoi a effectué à pied le pénible trajet, à une vitesse d’environ 1 km 1/2 à 2 kms à l’heure. [page 3] J’ai laissé derrière moi à Mettet, après leur avoir fait une injection de morphine, deux blessés agonisants. J’ai quitté Mettet à 5 heures ; et je suis passé peu après à la hauteur des dernières batteries de 75, qui protégeaient la pointe de l’arrière-garde, au moment où ces batteries commençaient à se mettre en action. J’ai conduit le convoi jusqu’à Florennes où il est arrivé à temps pour, que tous les blessés évacuables parle chemin de fer puissent partir immédiatement par le dernier train régulier d’évacuation vers l’arrière. J’ai donc, de la sorte été assez heureux, pour pouvoir éviter que 148 de nos combattants tombent aux mains de l’ennemi.

Je suis alors revenu avec mes trois infirmiers me mettre aux ordres du médecin-chef de mon ambulance. A ce moment cette ambulance reçut l’ordre de s’installer dans le Collège des Pères Jésuites de Florennes et d’y fonctionner parallèlement avec l’ambulance n°7 du 10e Corps d’armée qui y était déjà en action depuis 48 heures. J’ai travaillé dans ces conditions jusqu’à 19 heures, premier instant où, depuis 48 heures, j’ai pu prendre un peu de nourriture et de repos.

Or, le 24 août au matin, les médecins-chefs des ambulances n°6 et 7, recevaient du directeur du service de santé l’ordre de se replier et de désigner chacun 2 médecins ayant mission de s’immobiliser avec les blessés jusqu’à l’arrivée de l’armée allemande. Le médecin-chef de l’ambulance n°6 me désigna ainsi qu’un de mes collègues : le Docteur Oudot, le médecin-chef de l’ambulance n°7 désigna les docteurs Bertrandon et Guinet. Les 13 infirmiers qui nous furent adjoints étaient des volontaires 6 et 7 et de la section d’hospitalisation. Le matériel laissé à notre disposition se composait de 5 fourgons [page 4 ] sans attelage, renfermant du matériel de l’ancien modèle.

Les ambulances 6 et 7 quittèrent Florennes à 7 heures du matin. Mes confrères et moi nous trouvions alors dans la situation suivante : organiser des soins pour environ 800 blessés. Immédiatement nous avons pu choisir 500 blessés relativement légers, faire préparer un train par le personnel de la gare, et évacuer ces blessés vers la France. Restaient 300 blessés graves, dont un grand nombre n’avait encore reçu aucun soin. Le caractère de grande gravité de ces blessés s’explique par ce fait que, depuis 2 jours, 2500 blessés environ avaient défilé dans les ambulances 6 et 7 et que seuls avaient été gardés à Florennes, les blessés absolument intransportables. Ces blessés étaient épars dans la ville, le collège et ses dépendances.

Comme ressources nous disposions :

Local : Le collège des Pères Jésuites et ses dépendances. Le Collège reçoit normalement 300 élèves internes. Il présentait des ressources et des commodités inespérées : dortoirs, cuisines, même une salle d’opération avec 2 tables d’opération, lesquelles avaient été installées la veille par l’ambulance n°7 dans un local se prétant admirablement à cette destination.

Personnel : Le Collège était vide de ses élèves, mais presque tous les Pères étaient présents. Sous la direction du Père Bureau, recteur, ils nous ont prêté le concours le plus dévoué et le plus précieux. Sans eux, disposant seulement d’un personnel militaire de 13 infirmiers, il eut été impossible de subvenir aux besoins des 300 malades graves, couchés. Ces Pères furent aidés dans leur besogne par des sœurs de divers ordres ayant leurs maisons à Florennes, et par des jeunes filles de la population civile. Je signale dès à présent le courage dont ont fait preuve ces auxiliaires bénévoles lorsque quelques obus ont éclaté au-dessus de l’ambulance [page 5] et brisé même le vitrage de la salle d’opération. Personne n’a quitté son poste.

Fonctionnement de l’ambulance : Nous avons organisé la division du travail de la manière suivante : le docteur Guinet, chirurgien, se chargea des interventions importantes, de l’administration de l’ambulance, de la direction du personnel civil et militaire.

Le docteur Oudot, ophtalmologiste et laryngologiste, s’occupa spécialement des blessures de la face. Il se chargea, en outre, d’un service d’environ 100 blessés.

Le docteur Bertrandon dirigea un service d’égale importance (100 blessés).

J’assurai pour ma part les soins d’un même nombre de blessés et, en ma qualité de chimiste, je remplis en même temps les fonctions de pharmacien.

A chaque service nous affectâmes 3 infirmiers, les autres furent affectés à la salle d’opération. Le personnel civil fut divisé de même. Presque toute la besogne correspondant au service des infirmiers d’exploitation fut assurée par les Pères Jésuites. L’Administration et les écritures étaient, par exemple, tenus par un Père, sous la direction du docteur Guinet.

Pendant ce temps, le feu d’artillerie allemande se rapprochait, mais il est équitable de faire remarquer qu’à aucun moment l’hôpital n’a été pris comme but. Les obus qui sont tombés dessus venaient de coups égarés.

Occupation par l’armée allemande – 24 août.

A 3 heures, les troupes d’infanterie allemande pénétrèrent dans la ville. Etant le seul de mes camarades qui sut quelque peu l’allemand, je me plaçai à la porte de l’hôpital en compagnie […] Pères Jésuites et du Commissaire de la ville. [page 6] Au premier sous-officier allemand qui arriva, je demandai à être mis en rapport avec un médecin militaire allemand. Les dépendances de l’Hôpital furent visitées par des patrouilles, mais ces patrouilles ne pénétrèrent pas dans les salles de blessés.

Dans l’après-midi, les médecins allemands arrivèrent à l’hôpital. Parmi eux se trouvait le professeur Hildebrand de Berlin. Il examina un blessé allemand en consultation avec le docteur Guinet et confia à ce dernier l’intervention qui était urgente. Comme nous avions besoin, pour opérer un de nos soldats, de catguts, et que nous en manquions, les médecins allemands nous en fournirent immédiatement.

Le surlendemain [26 août], le Feldlazarett n°4 du Garde Corps, médecin-chef docteur Gasper, vint prendre possession de l’hôpital. Le docteur Gasper respecta complètement l’autonomie de notre formation. Il se borna à donner ses soins à une soixantaine de blessés allemands, couchés dans une salle spéciale. Au point de vue administratif, le Feldlazarett se chargea de surveiller l’approvisionnement général et le service du poste militaire de garde. Dès le premier jour, le docteur Gasper fit preuve, vis-à-vis de nous d’une parfaite correction. Je dois rapporter deux traits du docteur Gasper, traits auxquels nous fûmes particulièrement sensibles : Le docteur Gasper ayant trouvé deux pavillons français parmi le matériel de notre formation, les remit entre nos mains. D’autre part, lors de l’enterrement de nos morts, le docteur Gasper fit rendre les honneurs militaires par un détachement de soldats allemands. Pendant le séjour du FeldLazarett, un certain nombre de blessés étant devenus transportables. L’administration allemande nous demanda [page 7] de désigner deux d’entre les blessés susceptibles d’être évacués sur l’arrière allemand. Les médecins allemands s’en rapportèrent entièrement à nous quant au choix de ces blessés.

Le Feldlazarett quitta Florennes le 4 septembre, laissant quelques blessés allemands. Il fut remplacé par le Kriegslazarett : Médecin-chef, le docteur Muller. Nous conservâmes avec ce médecin, les mêmes excellentes relations qu’avec le docteur Gasper. Pendant l’occupation par le feldlazarett un certain nombre de blessés fut évacué sur Spa, d’autres sur Mettet, puis une destination inconnue.

Le 10 septembre, le Kriegslazarett évacuait de Florennes tous les blessés allemands.

Le 12 septembre, mes camarades et moi reçumes l’ordre d’évacuer Florennes avec tous les blessés transportables, et de gagner Charleroi. Les blessés intransportables, déterminés d’accord avec un médecin allemand étaient au nombre de 19.L’administration allemande les confia à un médecin civil de Florennes, le docteur [Paul] Rollin.

Le 13 septembre, à 8 heures du matin, on nous fit prendre place, avec nos blessés, et nos infirmiers, dans un train à destination de Charleroi (25 km). Nous arrivâmes à Charleroi seulement à 18 heures. Dans la gare de cette ville, l’administration allemande divisa rapidement les blessés :

  1. – Les blessés les plus graves furent transportés sur des brancards jusqu’à l’hôpital de la ville ;
  2. – Les blessés les moins graves montèrent dans un train où on nous fit prendre place avec nos infirmiers ;

Au moment où le train se mit en marche, les collègues et [page 8] moi apprîmes qu’il nous emmenait vers Cologne.

Notre présence était inutile auprès de ces blessés relativement légers, mais elle était nécessaire à Charleroi auprès des blessés graves ; aussi nous fîmes notre possible pour retourner auprès de ces derniers.

Descendus de notre propre autorité à Herbesthal, station frontière, nous mîmes le commandant de la gare et le médecin au courant de notre situation. On nous autorisa à quitter le train et attendre à Herbesthal les instructions demandées télégraphiquement. Pendant notre séjour dans cette ville (24 heures), nous avons été, ainsi que nos infirmiers extrêmement bien traités. Au bout de 24 heures, on donna l’ordre de nous transporter à l’hôpital Saint-Laurent à Liège. En arrivant dans cet établissement, nous avons trouvé 6 médecins militaires français venant de Maubeuge ; 2 autres faits prisonniers à Namur y arrivèrent dans la suite. Jusqu’au 20 septembre, on nous garda à Liège. Il nous était interdit de sortir de l’hôpital, les médecins militaires belges avaient, par contre, la faculté de sortir en vêtements civils. Pendant ce séjour, aucune besogne médicale ne nous fut confiée. Nous n’avons même pas vu une salle de malades.

Le 20 septembre, tous les médecins français de l’hôpital Saint-Laurent furent dirigés vers le camp d’Ohrdruf (Thuringe) […].

Dans le rapport du médecin aide-major de 1ère classe Lucien Oudot les noms des infirmiers militaires français de Florennes sont mentionnés avec quelques informations supplémentaires :

Les infirmiers de l’amb. n°6/10 : Jules Guillou, Ory, François Le Bars, Le Merrer et Ollivier de la section d’hospitalisation ; ceux de l’amb. n°7/10 : le caporal Eon, Jean Fayer, Eugène Robichet, Joseph Barbedette et Alain Sauvage. « Ces infirmiers revenus d’Allemagne après onze mois de captivité ont rempli leur devoir avec bravoure et dévouement. Je suis heureux d’avoir à vous signaler leur belle conduite pendant le bombardement de Florennes en particulier. Un obus ayant éclaté au-dessus de la salle d’opération vitrée où plusieurs d’entre eux se trouvaient avec nous, ils n’en ont pas moins continué leurs soins aux blessés avec le plus grand calme.

Restés à Florennes avec 700 blessés, nous avons par tous les moyens à notre disposition évacués près de 500 blessés sur Philippeville avant l’arrivée des allemands.

Un acte de brutalité à signaler : un père jésuite de Florennes parti réclamer le Directeur des Pères Jésuites emmené comme otage a été assommé à coup de crosses et de souliers par des soldats allemands. A moitié enterré laissé pour mort, il nous fut ramené le soir sur un brancard […]. »

 

 

Sources : Musée du service de santé des armées, au Val-de-Grâce à Paris, carton n° 635 (Dejust) et n° 639 (Oudot).

Sur le R.P. Lafra, l'otage signalé ci-dessus et l'occupation de Florennes par les Allemands, ainsi que sur les exactions commises dans la ville, l'on se reportera à : Schmitz J et Nieuwland N, Documents pour servir à l'Histoire de l'invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg, 5e partie, t. VI, L'Entre-Sambre-et-Meuse. Bruxelles-Paris : G. Van Oest, 1923, p. 56-62.

Annexe 1 Sur Florennes et les ambulances 6 et 7/10 aventurées en Belgique, entre Sambre et Meuse, avec la Ve armée (Lanrezac). D’après Poirier (A.-P.). Le service de santé d’un corps d’armée dans la bataille. Le 10e CA à Charleroi (Août 1914), dans la revue du service de santé militaire, t. CVII, 2e sem. 1937, p. 817-846.

21 août 1914 – Le 10e CA intégré à la Ve armée comprend une brigade de cavalerie et trois divisions d’infanterie (19e, 20e et 37e DI). Situation des ambulances (8, de l’ancien modèle 1892) : 19e DI (amb. n°2/10 et 3/10) ; 20e DI (amb. n°1/10 et 4/10) ; les quatre autres (5/10, 6/10, 7/10 et 8/10) sont affectées aux éléments non endivisionnés de CA, à la disposition du directeur du service de santé).

22 août 1914 – Les amb. n°5/10 et 6/10 ENE sont en mouvement de Saint-Aubin vers la région de Mettet. Les amb. n°7/10 et 8/10 sont en route, en arrière de Florennes. Après-midi et début de soirée : les amb.n°5/10 et 6/10 suivent le train de combat du CA jusqu’aux environs de Mettet. L’amb. n°6/10 fonctionne dans l’école de filles de Mettet jusqu’à 22h30 (400 entrées) puis fait mouvement sur Florennes emportant ses blessés. Durant ce laps de temps, l’amb. n°7/10, restée en arrière sans directives organise à Florennes un échelon sanitaire de 275 lits dans les écoles municipales, l’établissement Concordia et le collège des Jésuites. Ce « centre hospitalier » est bientôt renforcé par l’amb. n°3/10 repliée de Fosse ; l’ensemble est placé sous la direction du professeur Pierre Duval de Paris (1874-1941). A la fin de la journée plus de 2000 blessés auront été évacués, en collaboration avec les Belges, par trains sanitaires au départ de Florennes.

23 août 1914 – L’amb. n°6/10, venue de Mettet renforce le centre hospitalier. En soirée, chargement d’un dernier train sanitaire de 400 blessés en gare de Florennes. Retraite générale du 10e CA.

24 août 1914Matin : Evacuation du centre hospitalier de Florennes par les ambulances du 10e CA, hormis quatre médecins maintenus pour soignés les intransportables (cf. témoignages ci-dessus).

Annexe 2 – Journaux des marches et opérations (JMO) des ambulances du 10e corps d’armée (1914-1918) conservés au Musée du service de santé des armées, Val de Grâce à Paris :

Amb. n°1/10 : 3 vol. (4 août 1914-1er mars 1919) – Amb. n°2/10 : Manque – Amb. n°3/10 : Manque – Amb. n°4/10 : 3 vol. (10 août 1914-15 février 1919) – Amb. n°5/10 : 3 vol. (10 août 1914-10 mai 1919) – Amb. n°6/10 : 2 vol. (9 août 1914-1er janvier 1919) – Amb. n°7/10 : 2 vol. (10 août 1914-1er janvier 1919) – Amb. n°8/10 : Manque [un/le registre d'état-civil, n°27, de cette ambulance est conservé aux archives nationales de Fontainebleau] – Amb. n°9/10 : Manque – Amb. n°10/10 : Manque – Amb. n°11/10 : 4 août 1914-1er janvier 1919) – Amb. n°12/10 : 3 vol. (13 août 1914-décembre 1918), avec lacunes du 16 août au 14 octobre 1915 et du 30 novembre 1916 au 30 avril 1917 – Amb. n°13/10 : 1 vol. (5 août 1914-7 mars 1919) – Amb. n°14/10 : 1 vol. (12 août 1914-19 janvier 1919) – Amb. n°15/10 : 1 vol. (13 août 1914-16 janvier 1919) – Amb. n°16/10 : Manque.

Mise à jour : 16 août 2014

Seuls les morts ont perdus la guerre...

L'embusqué de l'oubli, en charge des commémorations européennes

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ZILLISHEIM 1914 – UN EPHEMERE HOPITAL MILITAIRE FRANÇAIS EN ALSACE ANNEXEE

12 Août 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

ZILLISHEIM 1914 – UN EPHEMERE HOPITAL MILITAIRE FRANÇAIS EN ALSACE ANNEXEE

La bataille qui se déroula, du 7 au 10 août 1914 entre la Ière armée française et la VIIe allemande fut le premier engagement prévu par le plan XVII qui prévoyait une offensive en Haute-Alsace dès avant la fin de la concentration des troupes. Dans la matinée du 7 août l’armée française s’empara de la ville d’Altkirch puis de Mulhouse (8 août) sans bataille, suite à un repli des Allemands. Dès le 9 août les Allemands montaient une contre-attaque à Cernay. Le 10 août, le général Bonneau, en l’absence de réserves, décidait l’évacuation de Mulhouse et la retraite vers Belfort. Une seconde tentative fut faite par une « nouvelle » armée d’Alsace formée le 11 août. Le 19 août, le 7e corps d’armée français pénétrait de nouveau dans Mulhouse. Le 21, le général Pau ordonnait l’arrêt des troupes. Le 25 août, l’armée d’Alsace commençait son repli et évacuait une seconde fois Mulhouse. Le 28 août, l’armée d’Alsace était dissoute.

« Journal [du médecin major de 2e classe Marius Antoine Perriol (A)], du 23 août au 2 septembre 1914 – [Médecin-chef de l’] Hôpital de Zillisheim (près Mulhouse)

Le [dimanche] 23 août 1914, monsieur le médecin inspecteur général Nimier (B) m’emmenait en automobile, depuis les faubourgs de Belfort jusqu’à Zillisheim (à 5kms de Mulhouse) pour y prendre les fonctions de médecin-chef du Petit séminaire [actuel collège épiscopal], immense établissement où se trouvaient les brancardiers divisionnaires de la 66e division et trois ambulances. Il me prévenait que je serais fait prisonnier, et me recommandait le secret vis-à-vis de mes camarades de l’ambulance 3/44.Une rapide poignée de mains à mes collègues, avec lesquels je venais de travailler après la bataille de Flaxlanden Illfurth, soit à Altkirch, soit à Dannemarie. Quelques secondes pour charger ma cantine, et je partais avec le médecin de l’armée d’Alsace.

Le Petit séminaire de Zillisheim est très vaste et avait pu hospitaliser un millier de blessés ; il en restait environ six cents. Une visite rapide me permet de classer les évacuables. Quelques grandes gouttières mises solidement m’autorisent à joindre à cette catégorie de blessés, les trois quarts de mes 84 fractures de cuisse – et j’ai la satisfaction, grâce à l’envoi de convois automobiles de voir partir vers notre armée tous [page 2] les blessés sauf 86, dont 36 allemands. Je puis même faire évacuer 2 officiers ayant des plaies de poitrine au quatrième jour, et j’ai su plus tard qu’ils avaient guéri.

Lundi 24 août

Après 24 heures de besogne écrasante : évacuations, confection de gouttières et plâtres, débridements urgents, pansements avec la collaboration de 5 infirmiers et un médecin dentiste (Dr. Vieu) et un étudiant en médecine (Ch. Durand) chargés des fonctions de médecin auxiliaire ; notre petit groupe restait seul dans l’hôpital ; à 6 heures du soir le médecin major des brancardiers de la 66e division et moi nous étions serrés tristement la main, émus jusqu’aux larmes, à la pensée que si la retraite s’imposait pour notre armée d’Alsace victorieuse, de graves évènements avaient dû se passer dans le Nord – Voitures d’ambulance même et voitures de brancardiers emmenaient le maximum de blessés ou d’éclopés  sur un ordre de moi, donné au nom du médecin d’armée, ordre que je prenais , bien entendu, sous ma responsabilité. Et nous rentrions à notre hôtel.

Devant cette retraite de nos troupes, les Allemands deviennent immédiatement insolents. Notre repas nous est servi d’une façon un peu humiliante et lorsque je demande à parler aux abbés, directeur ou économe (Badois) un prêtre me dit qu’ils n’ont pas le temps et ne peuvent se déranger. Je leur envoie l’ordre de se présenter à moi, le lendemain 8 heures du matin et vais continuer à m’occuper des blessés. [page 3]

Mardi 25 août

Grande scène amusante avec le Supérieur et l’Econome du Séminaire. Je parle raide et j’ordonne sévèrement « au nom de l’armée française ». Promesse formelle m’est faite que nous serons traités bien, couchés convenablement et obéis à la lettre. L’attitude humble et déférente de tous ces Allemands rassemblés me prouve que c’est la manière forte qui doit être employés. Et je foudroie du regard un malheureux professeur qui essayant de me regarder en face avait osé dire : « je crois, cette fois, que les Français sont partis définitivement. » Une verte semonce le remet dans le rang. Il a dû depuis,  se contenter d’adresser à la commandanture de Mulhouse, un rapport secret sur mes faits et gestes.

L’arrière-garde de notre armée doit passer à midi. Je fais charger sur des voitures de maraîchers, tout l’équipement considérable resté à l’hôpital (au moins 600 fusils), vêtements, sacs, cuirs, etc. J’ai la satisfaction de le faire emmener après visite, au général, que je trouve dans le village de Zillisheim.

Mercredi 26 août

La besogne est grande, mais nous travaillons de toute notre âme, pour calmer notre esprit anxieux, en pensant que cela ne va pas bien pour notre armée et que l’offensive est arrêtée. Les premières  patrouilles allemandes traversent très prudemment [page 4] le village, mais ne pénètrent pas dans l’hôpital.

Jeudi 27 août

Le maire de Zillisheim m’envoie dire qu’il refuse de continuer de s’occuper des funérailles des soldats français décédés dans notre hôpital. Je fais mander le garde champêtre « au nom de l’autorité française » et je fais porter un ordre écrit au maire, de faire sous sa responsabilité personnelle, creuser des fosses pour nos décédés, organiser un convoi convenable avec un prêtre et inhumer avec honneur, tous les morts français ou allemands. Je garde un reçu détaillé de mes prescriptions.

J’organise pour le soir, l’évasion de deux de nos éclopés guéris : le caporal Delorme du 159e et le soldat Pariot du 280e régiment. Je leur donne un repas froid, de l’argent et leur explique longuement, comment ils se guideront sur le canal du Rhin, la voie ferrée, la grande route ; il y aura clair de lune. Nos hommes partiront avec leurs fusils, des cartouches. Ce sont deux braves garçons, capables de se tirer d’affaire. Mais le soir arrive, le village est envahi par les Allemands. L’évasion devient impossible.

Vendredi 28 août

Un médecin de Berne, suisse allemand, vient par ordre de l’autorité allemande prendre 24 blessés pour Badenweiller ; [page 5] je lui donne exclusivement des allemands, espérant toujours que nos troupes pourraient revenir à Mulhouse. Apparition des infirmiers de la Croix-Rouge allemande qui arrivent dans les automobiles, que nous avons hélas oubliés d’emmener de Mulhouse au moment de la retraite ! Elles auraient si bien pu enlever tous nos blessés et quelques otages même [en.] ces Messieurs de la Croix-Rouge sont superbes de dignité et de ridicule [ :] costume vert bouteille avec la casquette plate allemande, révolver, gourde, jumelles de Zeiss, gibernes à médicaments et bandes, haches battant sur le côté, pattes d’épaules, couteau. Ils se présentent avec correction, talons joints, la taille redressée avec une raideur militaire. – échange de compliments protocolaires. Nos blessés sont conduits par eux à Mulhouse, aimablement d’ailleurs, après distribution de cigarettes. Je continue à parler et à allocutionner « au Nom de l’Armée Française qui s’est retirée momentanément ».

Samedi 29 août

Je fais démonter trois fusils qui nous restent. Vis, culasses, canons, sont glissés par nous dans le canal du Rhin, avec beaucoup de cartouches, qui sont éparses dans l’hôpital. Il y a des troupes d’infanterie tout autour de nous, et nous ne tardons pas à être en contact. En effet, arrive une patrouille automobile composée de : un officier de réserve, trois soldats ayant les aiguillettes de [page 6] bons tireurs. Avec eux, deux sous-officiers, dont l’un est alsacien. L’abordage est froid. Je suis averti que nous sommes moi et mes hommes consignés dans l’hôpital, et que si nous faisons un pas au dehors, nous serons fusillés. – Salut. –

De nombreuses sentinelles sont placées. Visite minutieuse par un détachement, de tout l’établissement. On recherche les fusils, les cartouches et les « Mauser » que l’on sait avoir été au nombre de plus de 400 dans le Petit Séminaire. Où sont ces fusils, et où sont les armes françaises ? Les caves et greniers, les placards sont examinés pendant plus de trois heures. Mais je suis bien certain, qu’il n’y a plus rien. Tout ce que je n’ai pas livré à notre arrière garde, est dans le ruisseau affluent de l’Ill, ou dans le canal du Rhin. La déception de nos ennemis est sérieuse ; ils n’emportent qu’une baïonnette égarée en un coin.

Il me reste trois blessés graves, et en plus de mon personnel, Pariot du 280e. Je lui ai fait remplacer ses écussons par d’autres, le classant dans la 16e section. Je le nomme infirmier, et l’orne d’un brassard de la Croix-Rouge, que j’ai fait confectionner en secret, par une jeune fille alsacienne qui a fait serment de n’en jamais parler. J’estampille le brassard à la plume, du cachet du Ministre de la Guerre, et me suis décidé à tenter de l’emmener si on me relâche. Notre travail médical étant très restreint, j’occupe mes loisirs, à surveiller du haut de la maison, avec ma jumelle, les mouvements des troupes qui construisent des tranchées, perpendiculairement à la route de Mulhouse. – Sur le flanc du coteau qui [page 7] monte vers Flaxlanden, deux bataillons font des retranchements. Je repère sur la carte d’état-major, et me tiens prêt à faire un rapport si je suis relâché. Je cause avec les soldats qui me gardent, et j’apprends les numéros des régiments qui sont dans la région. Avec quelques cigarettes, je deviens très documenté. Pendant ce temps, mes six hommes se mettent en tenue très soignée, astiquée. – Je tiens à ce qu’ils soient irréprochables devant nos ennemis, se tiennent la tête haute et les regardant droit.

Pour moi, je suis très surveillé. Le médecin allemand a fait un rapport où il prétend que je l’ai reçu avec insolence. Il s’est présenté à moi, hier, accompagné d’hommes en armes, baïonnette au canon, dans une salle de blessés. Je l’ai salué avec raideur, mais poliment, attendant qu’il se présente àmoi.

  • Aide-major X…
  • Oberartz  Professor  Perriol
  • Je désire voir les blessés
  • Très volontiers.

Et nous commençons la visite. Au troisième lit, voyant que ces douze fusiliers continuent à nous suivre et m’encadrer étroitement, je m’arrête.

  • Vous seriez bien aimable de laisser votre escorte à la porte des salles de blessés. J’ai des blessés graves et le mieux est de les laisser reposer.
  • Jamais de la vie, mes hommes me suivront. [page 8]
  • Dans ce cas, vous m’excuserez. Je me retire. D’ailleurs, j’ai une opération urgente à faire.

Je salue et m’en vais sans me retourner.

Deux heures après, mon confrère à la joue ornée de balafres, revenait avec une vingtaine d’hommes en armes et baïonnette au canon, accompagné d’un capitaine, revolver à la main. Ce capitaine vient droit sur moi. J’étais en sarrau, faisant un pansement. – Je salue.

Il marche à pas comptés, arrive jusqu’à moi, et me braque sur la poitrine son énorme revolver Mauser, sans rien dire. – Rien de mieux à faire qu’à le regarder, comme s’il désirait m’inviter à déjeuner, sourire aimablement, en lui disant à vos ordres.

  • Herr Hauptmann. Je suis l’Oberartz français.
  • Combien avez-vous eu de soldats allemands blessés ?
  • Combien de morts ?
  • Qu’avez-vous fait de l’argent trouvé sur eux ?

Et la conversation s’engage ainsi. Du moment qu’il ne tirait pas, il fallait bien qu’après un certain temps, il abaissa son révolver. Le temps paraît un peu long en pareil cas ; enfin il se décide et remise son mauser ! Ce hauptmann était fort excité. Il termine notre entretien en me criant :

  • Nous avons détruit hier un des forts de Belfort. Nous avons amené des canons de 42 centimètres et dans [page 9] deux jours, Belfort  sera pris.

Je ne bronche pas et réponds:  - « Je n’ai pas compris, ce que vous venez de me dire. »

Il recommence son discours, nouvelle protestation de ma part : -« Je comprends mal l’allemand, vous parlez trop vite pour moi. » et devant mon impassibilité, le bouillant hauptmann s’en va, l’air furieux en grommelant. Mais je ne sais pas ce que je vais devenir. Serais-Je libéré ?

Dimanche 30 août

Je suis décidé à essayer de tout tenter, pour me faire relâcher, mais je sais que la Commandanture est à Mulheim – Comment faire parvenir une lettre au général de division allemand jusqu’à Mulheim ? Je songe aux membres de la Croix-Rouge de Mulhouse, à ces gens si bien vêtus dans leur accoutrement de brancardiers volontaires. Leur président est un négociant en draps enrichi. Il a une automobile. Son allure est superbe de majesté et de dignité. Là doit être mon moyen de salut. J’écris à Monsieur le Président, une lettre, où je confesse mon admiration  pour l’habileté, le dévouement, la charité, la prévoyance, etc., etc. de la compagnie qu’il dirige si bien.

  • Faire son devoir est bien. Vous, Monsieur le Président vous faites mieux encore.

La lettre relue, mes deux médecins auxiliaires protestent et me déclarent qu’elle est excessive de lourds compliments, et [page 10] que le destinataire croira que j’ai voulu : « galéger » comme disent nos Provençaux. Je maintiens mon style ampoulé et dithyrambique et j’envoie à Mulhouse, à l’aide d’un fort pourboire.

Quelques heures après, Monsieur le Président venait en automobile me remercier tout ému, et me disait qu’il avait de suite fait faire un tirage à part de mon élucubration. L’ORIGINAL figurera dans le LIVRE d’OR de la compagnie.

Quelques minutes de conversation, et nous nous quittions. Au moment de nous séparer, je coupe court aux dernières protestations de reconnaissance en disant : « Voulez-vous me rendre un service ? »

  • Avec plaisir.
  • Porter la lettre que voici à Mulheim au général, commandant.
  • Avec plaisir.

Et voilà comme je pus exposer au général Mathy, ma demande de libération.

Arrivée d’un monsieur très correct, ganté, courtois.

  • Qui êtes-vous en France, Monsieur l’Oberartz ? Etes-vous un homme « considérable » ?

J’hésite une minute. Est-ce pour me libérer,  est-ce pour faire de moi un otage ? Je réponds :

  • Professor Perriol, Vice-Président du Conseil de l’Université de Grenoble.
  • Connaissez-vous beaucoup de généraux français ? [page 11]
  • Beaucoup
  • Tiennent-ils compte de ce que vous leur demandez ? Votre opinion est-elle sollicitée par eux ?
  • J’habite une ville de garnison où résident plusieurs généraux. Je connais beaucoup de généraux dans notre armée et j’ai avec eux d’excellentes relations.
  • Vous pouvez fréquenter chez eux ?
  • Certainement

J’explique que je vais être libéré par le général Mathy auquel, Monsieur le Président de la Croix-Rouge, est allé demander le départ de l’Oberartz, vice-recteur de l’Université de Grenoble, dont la mission à Zillisheim est maintenant sans objet.

  • Mais, me répond le Monsieur correct, je vais de mon côté me rendre de suite à Mulheim, appuyer la demande faite.

Saluts, plongeons, poignées de mains. Mais pourquoi me demande-t-il si je suis un homme considérable ? Quelques heures après, il revient, m’apportant mon sauf-conduit pour moi, pour tout mon personnel, y compris mon brave Pariot, qui va s’évader comme lazarethilfe. Pariot est dans le ravissement. Le Général spécifie, que nous serons dirigés sur Bâle, et officieusement on me demande d’emmener avec moi, Madame Coomans (C), la femme du bourgmestre de Mulhouse, arrêté par notre commandement et incarcérée à Belfort. Cette dame désire aller rejoindre son mari dans un camp de concentration et y être enfermée avec lui. Il m’est expliqué, que je partirai dans une limousine de grande marque, avec cette dame, et que je retrouverai à Bâle, mes hommes. Je refuse de les quitter, me retranche derrière mon rôle de chef et j’obtiens que, puisqu’il n’y a pas moyen de me décider, on cherchera une deuxième voiture pour mes hommes.

Lundi 31 août

A 7 heures 1/2 du matin, deux officiers et cent hommes arrivent. Nos bagages sont descendus ; minutieuse recherche dans nos bagages, visite des sacs des hommes. Nos armes sont confisquées. Nos cartes nous sont enlevées. On nous laisse notre linge et nos vêtements. Le Supérieur et l’Econome qui nous avaient voulu mal recevoir, après le départ de nos troupes et nous témoignaient une antipathie de Badois se présentent aux officiers très humblement et leur font leurs compliments. Comme ils sont Allemands, non Alsaciens, comme ils m’ont la veille chargé de donner leur note pour la France, 140 000 frs. Je prends subitement envie de me venger de leur essai d’indépendance, si hâtive à l’égard des Français. Je m’approche d’eux en souriant et le plus poliment du monde, à voix haute, devant les officiers allemands, je les remercie de leur si grande amabilité à l’égard des Français qui n’oublieront pas leurs prévenances. Je me souviendrai longtemps de leur air consterné et du regard foudroyant de l’hauptmann. Mes deux phrases de compliments ont dû valoir aux abbés une sérieuse réquisition. [page 13] Enfin, nous partons pour Mulhouse, où nous allons prendre Madame Coomans (C).

Retour par Bâle, en regardant avec le plus grand soin, pour en rendre compte, l’état de la voie à Mulhouse, la composition des troupes à Mulhouse, la composition des troupes à Mulheim et sur le reste de notre trajet.

Midi – arrivée à Bâle, où nous sommes reçus très aimablement par les officiers suisses avec une cordialité charmante et un enthousiasme fou s des Suisses, qui nous offrent des fleurs et qui crient : « Vive la France ». Quelle émotion est la nôtre.

En réfléchissant à ces journées passées loin de mon ambulance 3/44 je me félicite d’avoir pu faire enlever tout l’équipement et les fusils de mon hôpital, ramasser assez de documents pour faire à Besançon un rapport jugé intéressant par l’Etat-major qui à ce moment là, ne savait rien de ce qui se passait au-delà de Dannemarie. (On se demandait si cent cinquante mille autrichiens n’arrivaient pas par la Forêt Noire) prévenu tous les colonels des régiments de mes blessés, en donnant les diagnostics et pronostics. Nos blessés ont été évacués à Fribourg-en-Brisgau et Mulhouse (pour les Français) et à Badeweiller (pour les Allemands).

Or le lazaretts inspector professor Jessen de l’université de Strasbourg et le lazarett Sommer director Gustave Krautinger ont publié dans les journaux allemands un article disant que les blessés ont été traités : « Freundlich, gut und human » par le service de santé français au grand lazarett de Zillisheim. Nous leur en témoignons ici, toute notre reconnaissance, et demandons que les blessés français soient bien traités en retour. (Lu dans la Dépêche de Lyon, le 25 décembre 1914).

 – [signé] Docteur Perriol. »

 

Notes :

A – Perriol Marius-Antoine (1866-1927). Docteur en médecine à Grenoble et directeur de l’école de médecine de la ville. Médecin major de 2e classe, affecté à l’ambulance n°3/44 (15 avril 1914). Mobilisé à l’A. 3/44. Médecin-chef de l’hôpital militaire de Zillisheim (22 août 1914).Prisonnier de guerre (23 août 1914). A. 3/44 (3 septembre 1914). Evacué (2 novembre 1914). Médecin-chef de l’hôpital complémentaire du lycée de garçons de Grenoble (21 novembre 1914). Médecin-chef du secteur chirurgical de Grenoble (25 juin 1916). Chirurgien de l’hôpital militaire Desgenettes de Grenoble et adjoint chirurgical de secteur (13 novembre 1916). Affecté comme chirurgien à l’ambulance américaine (Depew) d’Annel près de Compiègne (11 janvier 1917). Médecin major de 1ère classe à titre temporaire (1er mai 1917). Médecin-chef du secteur chirurgical de Chambéry (7 juillet 1917). Congé sans solde, dans ses foyers (20 janvier 1918). Base Léonore LH/2111/58.

B – Nimier Henri Jacques (1857-1938). Médecin inspecteur général du Gouvernement militaire de Lyon et du 14e corps d’armée (24 septembre 1908-2 août 1914). Médecin de l’armée des Alpes (2 août 1914). Médecin de l’armée d’Alsace (15 août 1914). Médecin de la 6e armée (27 août 1914). Médecin d’armée, directeur du service de santé en Afrique du Nord (22 février 1917-31 décembre 1918). Base Léonore AN 19800035/131/16357.

C – Le maire de Mulhouse : Hermann Cossmann (1874- ?), magistrature du 25 avril 1913 au 28 septembre 1914.

Source : Musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 639 (Perriol)

 

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IN MEMORIAM – « SANITAIRES » BRETONS 1914-1918

6 Août 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes, #Bretagne 1914-1918

MEDECINS ET « SANITAIRES » BRETONS MORTS DURANT LA GRANDE GUERRE (1914-1918) – lettres A-B.

En marge de la thématique des hôpitaux militaires je propose cet été quelques biographies sommaires sur des « sanitaires » bretons (officiers et troupe) morts pendant la Grande Guerre…

1. ANGER Alexandre François Célestin (1890-1915) – Médecin auxiliaire (adjudant), 126e régiment d’infanterie. Né le 17 juin 1890, à Vitré (Ille-et-Vilaine). Tué à l’ennemi le 7 avril 1915, entre Regneville et Faye-en-Haye (Meurthe-et-Moselle). Recrut. Nantes 1910, matricule 96. Etudiant en médecine (Ecole de Nantes). Aux Méd., 153 ; MDH.

2. ASSICOT Louis Victor François (1874-1916) – Médecin aide-major de 1ère classe (lieutenant), 109e régiment d’infanterie. Né le 9 janvier 1874, à Rennes (Ille-et-Vilaine). Tué à l’ennemi le 18 mars 1916, devant le fort de Douaumont (Meuse). Précédemment blessé le 10 septembre 1914. Recrut. Rennes 1894, matricule 2325. Ancien interne des hôpitaux de Paris, docteur 1902 (Fac. de Paris), médecin à Rennes. Aux Méd., 156 ; MDH.

3. AUFFRET Joseph (1892-1916) – Médecin auxiliaire (adjudant), 37e [ou 8e] régiment d’artillerie. Né le 15 mars 1892, à Guingamp (Côtes-du-Nord). Mort de maladie contractée aux armées le 8 novembre 1916, à Paimpol (Côtes-du-Nord). Recrut. Saint-Brieuc 1912, matricule 1889. Médaillé militaire - J.O., 20 décembre 1917 : « Soldat dévoué ayant toujours parfaitement rempli son devoir. A contracté une grave maladie aux tranchées dans l’exercice de ses fonctions de brancardier qu’il accomplissait avec un zèle et un dévouement inlassables ». Aux Méd., 158 ; MdH.

4. BABIN-CHEVAYE Jean-Baptiste Louis Marie (1893-1917) – Médecin auxiliaire (adjudant), 52e régiment d’infanterie coloniale. Né le 7 novembre 1893, à Nantes (Loire-Inférieure). Décédé le 15 juin 1917, à Paissy (Aisne). Recrut. Nantes 1913, matricule 1254. Etudiant (Ecole de Nantes). Médaillé Militaire – J.O., 1er novembre 1920 : « Sur le front depuis la formation du régiment, comme sergent brancardier, puis comme médecin auxiliaire, a toujours eu une très belle attitude au feu. A été mortellement blessé, le 16 avril 1917, alors qu’avec un beau courage et un sang-froid remarquables, sous une grêle de balles, il se portait au secours de blessés derrière la vague d’assaut. A été cité ». Aux Méd., 159 ; MdH.

5. BACHELET Louis-Albéric (1891-1917) – Médecin auxiliaire (adjudant), 222e régiment d’artillerie. Né le 2[ou 21] août 1891, à Guéméné-Penfao (Loire-Inférieure). Tué à l’ennemi le 23 octobre 1917, à Vaudesson (Marne). Recrut. Guingamp 1911, matricule 1616. Précédemment blessé le 4 septembre 1916, Croix de guerre – J.O., 17 janvier 1918 : « Le 23 octobre 1917 détaché dans une batterie, s’est spontanément porté sur les positions avancées que devait occuper son groupe et y a trouvé une mort glorieuse. Déjà blessé en marchant à l’assaut avec l’infanterie pendant la bataille de la Somme. » Aux Méd., 160 ; MdH

6. BAINVEL Henri Marie Joseph (1892-1915) – Médecin auxiliaire (adjudant), 48e régiment d’infanterie territorial. Né le 25 avril 1892, à Saint-Mars-la-Jaille (Loire-Inférieure). Décédé le 25 juillet 1915, à Saint-Mars-la-Jaille (Loire-Inférieure), en congé de convalescence suite à maladie (Bronchite suspecte et pleurésie). Recrut. Ancenis 1912, matricule 97. Mort pour la France. Aux Méd., 161 ; MdH

7. BENET DE MONTCARVILLE Henri Alphonse Edouard (1887-1915) – Médecin auxiliaire (adjudant), 116e régiment d’infanterie. Né le 20 novembre 1887, à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure). Décédé des suites de ses blessures le 30 mars 1915, à Warloy-Baillon (Somme), ambulance n°7/11CA [ou n°7/22DI]. Recrut. Ancenis 1907, matricule 290. Etudiant (Ecole de Nantes). Croix de guerre, Médaille militaire - J.O., 6 mai 1915 : « Au front depuis le début de la campagne, s’est toujours montré un auxiliaire précieux et compétent pour son chef de service. En maintes circonstances a méprisé le danger en allant secourir des blessés sur la ligne de feu. A été atteint le 29 mars tandis qu’il allait porter secours à un blessé dans les tranchées de première ligne très exposées. » Aux Méd., 168 ; MdH.

8. BILLON Louis Jean-François Marie (1873-1916) – Médecin major de 2e classe (capitaine), 11e région militaire, dépôt de Pontivy du 137e régiment d’infanterie. Né le 14 février 1873, à Quimper (Finistère). Décédé le 18 juin 1916, à Fontenay-le-Comte (Vendée), en congé de convalescence. Mention « Mort pour la France », acte du tribunal de Fontenay-le-Comte du 27 décembre 1918. Aux Méd., 175 ; MdH (« indéfini ».

9. BINET Maurice Victor Aimé (1890-1918) – Médecin aide-major de 2e classe (sous-lieutenant), 231e régiment d’infanterie. Né le 1er novembre 1890, à Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor). Tué à l’ennemi le 27 mai 1918, à Dickebuch [Poperinghe](Belgique). Recrut. Bourges 1910, matricule 1225. Chevalier de la légion d’honneur ? Ne figure pas dans la base Léonore – J.O., 9 janvier 1920 : « Médecin dévoué et consciencieux qui a toujours donné le plus bel exemple de sang-froid et d’abnégation. A été mortellement atteint le 27 mai 1918. A été cité». Aux Méd., 176 ; MdH ; AN base Léonore.

10. BLANCHET Joseph Edouard [Edmond] Eugène (1876-1918) – Médecin aide-major de 1ère classe (lieutenant), « ambulance du Lac de Gérardmer (Vosges) ». Né le 13 septembre 1876, à Lamballe (Côtes-du-Nord). Décédé le 5 juillet 1918, à Pléneuf (Côtes-du-Nord), en permission à son domicile au lieu-dit « bourg ». Docteur (Fac. de Paris, 1902). Médecin à Pléneuf (Côtes-d’Armor). Mort pour la France, acte du 5 septembre 1918. Aux Méd., 178 ; MdH « indéfini ».

11. BLIN Adolphe-Louis (1852-1915) – Médecin major de 2e classe, 10e région militaire. Né le 8 décembre 1852, à Champrépus (Manche). Décédé le 7 novembre 1915, à Rennes (Ille-et-Vilaine). Docteur (1879). Médecin à Rennes (Ille-et-Vilaine). Aux Méd., 179 ; MdH (absent).

12. BLINEAU Paul Samuel Marie (1888-1915) – Médecin auxiliaire, 28e régiment d’artillerie. Né le 8 octobre 1888, à La Montagne (Loire-Inférieure). Décédé le 14 mai 1915, à l’ambulance n° 3/11 de Dernancourt (Somme), des suites de ses blessures. Recrut. Nantes 1908, matricule 1027. Etudiant (Ecole de Nantes). Aux Méd., 179 ; MdH.

13. BLIVET Fulgence François Xavier Louis Marie (1872-1918) – Médecin major de 2e classe (capitaine), 5e région militaire. Né le 2 septembre 1872, à Uzel-près-l’Oust (Côtes-du-Nord). Décédé le 7 octobre 1918, à Auxerre (Yonne). Docteur (Fac. Paris, 1897).Médecin à Saint-Aignan (Loir-et-Cher). Aux Méd., 179 ; MdH (absent).

14. BONHOMME Pierre Marie Joseph (1873-1914). Médecin-major de 1ère classe (commandant), 41e régiment d’infanterie. Né le 21 avril 1873, à Tremblay (Ille-et-Vilaine). Tué à l’ennemi le 18 septembre 1914 à Oulches (Aisne). Recrut. Vitré 1893, matricule 1231. Croix de guerre - J.O., 28 novembre 1914 : « Tué en traversant une zone balayée par les obus pour porter ses soins à des blessés qu’on ne pouvait relever en raison de la violence du feu ». Aux Méd., 182 ; MdH.

15. BRENUGAT Charles Augustin Alain (1872-1918) – Médecin-major de 2e classe (capitaine), ambulance n° 9/22 [ou 248e régiment d’infanterie]. Né le 9 juillet 1872, à Mordelles (Ille-et-Vilaine). Décédé le 20 août 1918 à l’hôpital militaire Desgenettes de Lyon (Rhône) de maladie contractée en service. Mort pour la France. Docteur (Fac. Paris, 1897). Médecin à Corseul (Côtes-du-Nord). Chevalier de la Légion d’honneur (29 décembre 1916, rang du 25 décembre 1916) – J.O., 3 janvier 1917 : « Au front depuis le début des hostilités, s’est fait remarquer par le sang-froid et le dévouement avec lesquels il a donné des soins à de nombreux blessés dans des conditions particulièrement difficiles et dangereuses. A déjà été cité. » Aux Méd., 190 ; MdH ; AN base Léonore, LH/357/63.

(à suivre) lettre C

Sources :

Aux Méd. - Collectif. Aux médecins morts pour la Patrie (1914-1918). Hommage au corps médical français. Paris : Syndicat des Editeurs, [ca. 1920-1922], 446 p. MdHhttp://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/spip.php?rubrique41

Base Léonore - http://www.culture.gouv.fr/documentation/leonore/leonore.htm

Photo : Dans les boues de la Somme, par Gaston Broquet. Jardins de l’hôpital d’instruction des armées du Val-de-Grâce à Paris.

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DAMVILLERS (Meuse) 1914

5 Août 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

DAMVILLERS (Meuse) 1914 – L’HOPITAL TEMPORAIRE DE COUVERTURE EST OCCUPE PAR LES ALLEMANDS…

 

D’après le médecin général inspecteur A. Mignon (Le Service de Santé pendant la Guerre 1914-1918, I, pp. 26-27) les hôpitaux de couverture étaient des formations sanitaires éphémères situées entre Meuse et Moselle « essaimées dans la Woëvre et probablement exclusives à cette contrée ». Ces hôpitaux mis sur pied en 1907 à l’initiative du général Charles-Arthur Maitrot (1849-1924), chef d’état-major du 6e corps d’armée (Châlons-sur-Marne), à partir des ressources des sociétés d’assistance locales, étaient destinés, à la mobilisation, à recueillir les petits malades, les blessés et éclopés de leur voisinage en attendant le déploiement des ambulances et des formations sanitaires des étapes. Leur fonctionnement y compris dans le ramassage et le transport des blessés était assuré au moyen de la réquisition. Ces hôpitaux de couverture, appelés aussi « hôpitaux temporaires de couverture » se replièrent, mission accomplie, à partir du 21 août 1914, sur Verdun, Châlons-sur-Marne et Nevers. Ces hôpitaux ne possèdaient pas de numérotation particulière. Ceux qui furent maintenus seront transformés en hôpitaux bénévoles [développement des notices hospitalières dans le tome 5 des Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, à paraître].

Localisation (exemple à la 3e armée) : Aulnois-sous-Ventuzey, Jouy-sous-les-Côtes, Saint-Julien, Raulincourt, Apremont, Woinville, Buxières, Vigneules, Hattonchâtel, Saint-Maurice-sous-les-Côtes, les Eparges, Fresnes-en-Woëvre, les Petits-Monthairons, Haudiomont, Ville-en-Woëvre, château d’Honnoncelle, Etain, Spincourt, Damvillers, Mangiennes.

 

Je propose aujourd’hui la transcription du court rapport de captivité du médecin aide-major de 2e classe Paul Maillard, médecin-chef de l’hôpital temporaire de couverture de Damvillers.

« J’étais désigné en cas de mobilisation pour remplir les fonctions de médecin-chef de l’hôpital temporaire de couverture de Damvillers (Meuse). Cet hôpital renfermant 120 lits fonctionna sans arrêt depuis le début des hostilités [7 août] jusqu’au 26 août. Ce jour là, quand les uhlans apparurent, il me restait environ 15 blessés qu’il m’avait été impossible d’évacuer. J’avais en outre en traitement un uhlan qui avait été frappé d’une balle le matin même, à l’entrée du village. L’officier commandant la patrouille vint à l’ambulance et après avoir vérifié mes pièces d’identité, me laissa l’entière liberté de soigner mes blessés comme auparavant. Le lendemain et les jours suivants, de nombreux blessés entrèrent à l’hôpital et je continuais à les traiter, de concert avec leurs médecins.

Brusquement, le 5 septembre, et par ordre du Général, nous fûmes enfermés, ma femme et moi, dans notre propre maison, avec défense absolue d’en sortir l’un ou l’autre sous peine d’être fusillés. Nous étions accusés de correspondre avec la place de Verdun au moyen d’un téléphone souterrain, et dans le but de trouver cet appareil des officiers firent pratiquer des fouilles et perquisitionnèrent dans ma maison plus de trente fois. Enfin le 26 [page 2] octobre, le général commandant le 5e corps d’armée de réserve dont le quartier général se trouvait à Ecurey, me donna l’ordre de partir le lendemain matin, en compagnie de ma femme. Entre temps, tous les habitants mâles du village, et parmi eux un vieillard aveugle de 80 ans avaient été emmenés en captivité en Allemagne.

Donc le 27 octobre, nous fûmes transportés en automobile à Montmédy d’où nous partîmes pour Thionville dans un train de blessés. Le 31 octobre, on nous fit monter dans un train sans nous en indiquer notre destination. Notre voyage s’est effectué dans un compartiment de seconde classe, réservé, et toujours accompagnés par un officier. Le 1er novembre, nous arrivions à la gare de Mayence, où je fus séparé de ma femme. Cette dernière fut logée à mes frais dans un hôtel, et je fus conduit sous escorte à la citadelle où sont enfermés les officiers alliés prisonniers. En général, les officiers allemands se sont montrés, à notre égard, corrects et même courtois.(…) »

En mai 1915, le médecin aide-major Paillard fut rapatrié via la Suisse.

 

Annexe (V. 2, complément du 19 août 2013) : Dans son ouvrage Le Service de santé pendant la Guerre 1914-1918. Paris : Masson, 1926, p. 88-90 et 94, le Médecin général inspecteur Mignon précise qu'en qualité de directeur du service de santé de la IIIe armée il envoya le 22 août 1914 une équipe sanitaire divisible en deux groupes indépendants pour organiser à Damvillers un "poste sanitaire avancé" qui fonctionnerait à la gare de la ville et dans les locaux de l'hôpital temporaire de couverture. Cette équipe fonctionna jusqu'au 24 août à 14h30 avant d'être rappelée à Verdun. Composition de l'équipe : Médecin major de 2e classe Lozé, pharmacien aide-major Hermelin, officier d'administration Cussac, 15 infirmiers et deux dames infirmières.

En parallèle à cette initiative de l'armée, l'on sait, grâce au JMO du service de santé de la 9e DI (SHD-T, Vincennes, 26N285/10, fol. 5 r et v). l'on sait que l'ambulance n°1/9 DI fonctionna à Damvillers le 24 août ; tandis que le lendemain l'ambulance n°2/9 DI, en prvenance de Dombras se présentait à Damvillers, sans fonctionner, avant de poursuivre sa retraite vers Consevoye.

Source : Musée du service de santé des armées, au Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 638 (Maillard).

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