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L’archiviste-paléographe André Lesort (1876-1960) le « père » des fonds d’archives médico-militaires (1917).

22 Octobre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #recherche archives documentation, #les hommes, #Bretagne 1914-1918

L’archiviste-paléographe André Lesort (1876-1960) le « père » des fonds d’archives médico-militaires (1917).

Le 7 janvier 2013 j’ai proposé aux lecteurs du blog un premier article sur les archives médicales du service de santé militaire dans la guerre 1914-1918. Cet article a rencontré un réel succès puisqu’au fil des mois il est devenu l’article le plus lu de mon blog. Aujourd’hui je poursuis mes « investigations » et je soumets un nouveau « papier », à l’intention des lecteurs intéressés, sur l’archiviste-paléographe André Lesort (1876-1960) qui est à l’origine de la sauvegarde des collections d’archives médicales des hôpitaux militaires durant la Grande Guerre. André Lesort est totalement inconnu des "connaisseurs" de l’Histoire du service de santé militaire. Vous rechercherez en vain sa biographie dans un ouvrage général ou même spécialisé ; il reste un inconnu que je m’offre de sortir de l’anonymat en considération de son apport exceptionnel à la conservation des archives médicales de la guerre. Pour réaliser ce travail j’ai fait appel au site familial des Lesort-Madelin, site richement documenté qui conserve précieusement la mémoire de leur aïeul. Grâce aux Lesort-Madelin il est dorénavant possible de mettre un visage sur le nom d’André Lesort, le « père » des fonds d’archives médico-militaires du service de santé militaire (1914-1918), toujours conservés, en 2013, au service des archives médicales et hospitalières des armées (SAMHA) de Limoges et quotidiennement consultés ; qu’ils en soient remerciés.

André Lesort (1876-1960), l’archiviste-paléographe

André Lesort est né à Rouen, le 4 janvier 1876. Après des études secondaires à Beauvais et Paris, il entre à l’Ecole des Chartes en 1895 et en sort diplômé en 1899. N’ayant pas la possibilité de recevoir une affectation enviée dans sa Normandie natale à laquelle il est très attaché par sa recherche historique, il accepte des missions en Belgique, en Angleterre et en Allemagne. Il sert ensuite à Cambrai, aux archives municipales (1899-1900), puis à Bar-le-Duc, aux archives départementales de la Meuse (1900-1905). En 1905, il remplace Paul Parfouru (1846-1905) comme archiviste départemental d’Ille-et-Vilaine à Rennes (1905-1911). L’année suivante il épouse Jeanne Marie Elisabeth Madelin (1882-1972), sœur du grand historien et académicien Louis Madelin (1871-1956). En 1912, pour se rapprocher de sa famille il accepte le poste d’archiviste de Seine-et-Oise à Versailles, poste qu’il occupera jusqu’en 1929 avant de devenir archiviste en chef de Paris et du département de la Seine (1929-1941). André Lesort décède à Versailles, le 29 janvier 1960.

André Lesort, dans la guerre 1914-1918

André Lesort, classe 1896, relevant du service auxiliaire, haut fonctionnaire et chef de service préfectoral est mobilisé, le 3 août 1914, comme simple soldat à la 10e section d’infirmiers militaires (SIM) de Rennes. Il reçoit sa première affectation, à l’hôpital complémentaire n°33 de Granville (Manche), dans les fonctions de gestionnaire (directeur administratif) de cette petite formation de 50 lits mise sur pied par le service de santé militaire. L’on peut noter que le directeur du service de santé a été bien inspiré de le nommer, en dépit de son grade, dans ces fonctions administratives « polyvalentes », dans lesquelles il découvre les arcanes de l’administration du service et l’importance de la conservation des registres et pièces médicales. Ce professionnel des archives s’attache à en faire un modèle régional.

Hôpital complémentaire n°33. Ecole primaire supérieure de garçons, 8 rue Clément-Desmaisons à Granville. Ouvert le 28 août 1914. Fermé le 31 juin 1916 par DM n° 5444-3/7 du 27 mai 1916. Hospitalisation de 1427 malades et blessés – 13 décès. Capacité hospitalière : 100 lits (26 septembre 1914), 110 lits (1er février 1915), 130 lits (13 octobre 1915). Le médecin-chef de l’hôpital est le médecin aide-major de 1ère classe J.P.Tessier (23 août 1914), remplacé le 15 juillet 1915 par le médecin aide-major de 2e classe Grabois. Parmi les médecins traitants : les docteurs Le François, Hamon et le docteur Bernard Landau, médecin bénévole de nationalité russe, domicilié à San Remo…

André Lesort passe caporal en mai 1915 puis il quitte Granville, le 8 juillet 1916, à la fermeture du « 33 » pour Donville-les-Bains (Manche) et l’hôpital complémentaire n°106 en remplacement du soldat Chauvet qui y fait fonction de gestionnaire.

Hôpital complémentaire n° 106. Hôtel de la Plage à Donville. Ouvert le 16 août 1915. Fermé le 7 février 1917 par DM n° 3073-3/7. Hospitalisation de 373 malades et blessés. Capacité hospitalière de 95 lits. Le médecin-chef de l’hôpital est le médecin aide-major de 2e classe H. Ribo.

En octobre 1916, André Lesort est muté à la direction du service de santé de la 10e région militaire de Rennes où on le charge du nouveau bureau des archives. Cette direction – comme toutes celles des autres régions militaires – est alors encombrée par des montagnes de registres et de pièces médicales provenant des hôpitaux temporaires de la région (hôpitaux complémentaires, auxiliaires et bénévoles) créés depuis la mobilisation et fermés suite à des restructurations. Sa formation d’archiviste-paléographe et son expérience professionnelle tant à Rennes avant-guerre qu’à Granville et Donville le désignent naturellement pour le poste. Le médecin inspecteur François Jean Hippolyte Fortuné Vaysse (1852-1941), un « colonial », directeur du service de santé, son mentor à Rennes, n’aura pas à regretter son choix.

Les archives des hôpitaux militaires fermés (1917)

Aussitôt installé dans son nouvel emploi, André Lesort inventorie et classe méthodiquement son fonds d’archives. Tout est à organiser, d’autant que la direction régionale de Rennes est la seule en France, en cette fin d’année 1916, à se préoccuper de cette masse documentaire qui encombre ses locaux. Dès janvier 1917, il souhaite rendre pérenne l’organisation de son jeune dépôt d’archives médicales et d’en faire un modèle exportable à l’ensemble des directions régionales du service de santé militaire. Mais pour relever ce défi il lui faut, modeste caporal, le soutien de sa hiérarchie jusqu’à Justin Godart (1871-1956), le sous-secrétaire d’Etat au service de santé. En janvier, il se rapproche de son ancien collègue l’archiviste-paléographe Alexandre Vidier (1874-1927), inspecteur général des bibliothèques et des archives (1913), lui aussi mobilisé depuis décembre 1914 comme simple soldat, lequel recherche, à cette époque, une « grande œuvre » à parrainer susceptible de l’extraire de son quotidien de soldat « garde-voies ». Dans une correspondance en date du 14 janvier 1917, sans mention de destinataire mais agrafée dans un dossier « Vidier » conservé aux archives du service de santé des armées au Val-de-Grâce, André Lesort sollicite de son confrère qui se partage entre ministères de la Guerre et de l’Instruction Publique une entrevue pour lui présenter son projet sur les archives médicales :

« Rennes, le 14 janvier 1917 – Mon cher ami, Le médecin principal Castelli qui s’est très aimablement et spontanément chargé de vous transmettre mon bon souvenir, vous aura sans doute fait connaître ma nouvelle destination militaire. La question des archives des hôpitaux temporaires m’avait justement préoccupé depuis le début des hostilités ; elle a reçu dans la 10e région une solution que je me permets de croire satisfaisante, - Puisqu’un professionnel est chargé de réunir, de classer et d’exploiter les fonds des formations supprimées – Mais cette solution est provisoire et prendra fin, dans tous les cas, avec la démobilisation générale. Je serais très heureux de causer avec vous de la question pendant quelques instants : d’un échange d’idées, pouvant sortir d’utiles indications pour moi et pour mon service. – Je pars demain pour Paris, où je resterai, jusqu’à samedi matin (163 rue de la Convention, chez mon père). Vous seriez bien aimable de me faire savoir si je pourrai vous rencontrer au Sous-Secrétariat – ou à la Bibliothèque nationale ou aux Archives – et de me dire à quelle heure. Je serai charmé de vous revoir. A bientôt donc, je l’espère, et croyez moi, mon cher ami, cordialement vôtre. – André Lesort. »

A son retour à Rennes, le 25 janvier 1917, André Lesort rédige un rapport général de six pages synthétisant son projet, dont les grandes lignes sont approuvées par Justin Godart dès le 29 janvier 1917. Il reste pour André Lesort à proposer, en lien avec Alexandre Vidier, un texte réglementaire à la signature de Justin Godart officialisant l’organisation et le fonctionnement des services d’archives médicales. Ce sera chose faite le 15 mars 1917, date de la publication de la circulaire ministérielle n° 454-Ci/7 relative à l’organisation et au fonctionnement d’un bureau d’archives dans les directions régionales du service de santé. Une semaine plus tôt, le 7 mars 1917, A. Vidier avait été mis à la disposition du ministère de la Guerre par le ministre de l’Instruction Publique ; il avait reçu la charge du contrôle de la bonne application de la circulaire…

La circulaire n° 454-Ci/7 du 15 mars 1917 – Organisation et fonctionnement d’un bureau d’archives dans les directions régionales du service de santé (16 pages) – Introduction (p. 1-3) – Notice sur l’organisation des archives dans les directions régionales du service de santé (p.4-9) : 1) Installation matérielle ; 2) Centralisation des archives des hôpitaux fermés ; 3) Classement des archives ; 4) Recherches ; 5) Archives des directions – Spécimens d’états sommaires (p. 9-16) : I) Hôpital complémentaire n°31 de Rennes ; II) Hôpital complémentaire n°39 de Rennes. (PDF en fin d'article)

André Lesort nommé adjudant et archiviste en titre du service de santé de la 10e région (dépêche n° 8030-1/7 du 21 mars 1917) poursuit à Rennes son travail sur le terrain. En février, il reçoit le renfort d’un archiviste-paléographe, Jean Lechartier de Sedouy (1874-1949) pour le soulager dans son travail quotidien d’inventaire et lui permettre d’encadrer, dès juin 1917, les stages organisés à Rennes au profit des archivistes des autres régions récemment nommés.

Le 13 juillet 1917, le médecin inspecteur Jules Simonin (1864-1920) du sous-secrétariat d’Etat, dans une note préparée par Vidier [marquée VID à l’intention des dactylographes] fait le point à l’intention de Justin Godart sur le nouveau service des archives : « (…) les archivistes du service de santé, avant que d’être installés dans leur emploi ont fait un stage d’une semaine au bureau des archives hospitalières de la 10e région, afin de se mettre au courant des lois et règlements propres au service de santé, et de se familiariser avec les registres et papiers médicaux et administratifs qui constituent les archives des hôpitaux (…) Pour la mise au point et l’organisation de ce service, l’administration centrale a été très efficacement secondée par M. l’adjudant Lesort, archiviste de la direction du service de santé de la 10e région. M. Lesort, archiviste-paléographe, ancien archiviste de la Meuse et de l’Ille-et-Vilaine, archiviste de Seine-et-Oise a été tout d’abord gestionnaire d’un hôpital complémentaire, puis, l’hôpital ayant été fermé il a été affecté à la direction du service de santé par M. le médecin inspecteur Vaysse, pour y organiser un bureau d’archives. Cette heureuse initiative, suivie avec intérêt, par l’Administration centrale, a permis de préciser les instructions données par M. le sous-secrétaire d’Etat dès le 29 janvier 1919 et d’établir le statut définitif du service (circulaire du 15 mars). Enfin M. Lesort a présidé par des conférences et des travaux pratiques au stage effectué dans son service par les archivistes des autres régions (…) ». Il propose à Justin Godart de faire attribuer à André Lesort un témoignage officiel de reconnaissance qui lui serait adressé sous le timbre de la 1ère division technique.

Par circulaire n° 17002-3/7 du 15 juillet 1917, le sous-secrétaire d’Etat au service de santé adresse à l’adjudant Lesort, sous couvert de son directeur à Rennes, une lettre de félicitations rédigée par Vidier [VID] ainsi formulée : « Il m’a été rendu compte du concours très efficace que vous avez prêté à l’administration du service de santé, en organisant à la direction du service de santé de la 10e région, un bureau d’archives hospitalières qui a servi de modèle à ceux constitués par la suite dans toutes les régions. Il m’est signalé également que vous avez présidé avec autant de compétence que de zèle au stage qu’ont effectué dans le service auquel vous êtes préposé les archivistes désignés pour organiser les bureaux d’archives des autres régions. J’apprécie à toute leur valeur les excellents services que vous avez rendus au service de santé et je vous adresse un témoignage officiel de ma satisfaction – Justin Godart. – Copie de cette lettre de félicitation est envoyée par mes soins à M. le ministre de l’Instruction Publique et à M. le préfet de Seine-et-Oise pour être versée à votre dossier civil. »

Cette lettre sera la récompense de ses services. En septembre 1917, André Lesort sollicite du ministre son renvoi dans ses foyers en application de la loi de décembre 1915, en tant que père de six enfants, application qu’il n’avait pas sollicitée jusqu’à présent. Le sous-secrétariat d’Etat répond au directeur du service de santé de Rennes : « (…) que je ne vois pas sans regret le service de santé privé du concours que lui a prêté l’adjudant Lesort et à l’occasion duquel une lettre de félicitation lui a été adressée ; je vous autorise néanmoins à relever ce militaire (…) ». A son départ, Jean Lechartier de Sédouy, son adjoint, le remplace au bureau d’archives de Rennes.

Une œuvre pérenne (1917-2013)

Tandis qu’ André Lesort quitte la scène, Alexandre Vidier nommé au cabinet de Justin Godart est délégué, par ordre du ministre « dans les régions de l’intérieur pour visiter les bureaux d’archives hospitalières constitués dans chaque direction régionale du service de santé » (ordre de service n°774-1/7 du 14 août 1917). Dans une note du 13 août 1917, adressée à Justin Godart, Vidier [VID] détaille l’objet de ses inspections à venir, dont : « (…) 4) constater officiellement les imperfections qui ont été signalées dans des lettres privées et dont l’on ne peut faire état sans découvrir l’archiviste auprès de son directeur. Notamment le pillage des fonds d’archives d’hôpitaux par les bureaux de la direction (…) – 6) améliorer les conditions morales dans lesquelles se trouvent certains archivistes aux yeux des directeurs. Ces archivistes, non officiers, parfois simples soldats sont considérés dans quelques directions juste suivant leur grade ou leur absence de grade militaire. Il en est à qui l’on fait prendre le service de planton pour porter en ville les plis de la direction. (…) NB : Cette inspection se confondrait dans la mesure du possible avec une tournée d’inspection pour l’Instruction Publique [Vidier est inspecteur des bibliothèques et des archives] afin de réduire au minimum les frais de route à rembourser par la Guerre. »

Depuis juin 1917 les directions régionales du service de santé de métropole sont renforcées d’archivistes militaires nommés dans le cadre de la circulaire n° 454. A compter de cette date l’administration centrale est tenue informée, le 5 de chaque mois, de l’avancée des travaux des bureaux d’archives, lesquels, à la date du 17 juillet 1917 ont déjà réceptionné les fonds documentaires de près de 1600 hôpitaux fermés qui seront près de 10 000 avec leurs annexes en 1921-1922. En 1919, la démobilisation des jeunes classes éloigne les archivistes-paléographes des bureaux d’archives militaires ; ils seront remplacés par des sous-officiers des sections d’infirmiers militaires et des personnels civils qui s’appuieront jusqu'à nos jours sur le cadre de classement d’André Lesort. Au fur et à mesure des restructurations territoriales, de 1920 à 1944, les archives médicales sont transférées de directions en directions avant d’être regroupées, après la 2e Seconde Guerre Mondiale, à Limoges, dans un service central des archives médicales et hospitalières des armées, organisme qui poursuit encore aujourd’hui cette mission de conservation et de « mise à disposition » au profit des ayants-droits.

 

En guise de conclusion

André Lesort et Alexandre Vidier attendront la fin de la guerre pour être faits chevaliers de la Légion d’honneur au titre de l’Instruction Publique. Il n’est pas douteux que la lettre de félicitation du 15 juillet 1917 de Justin Godart n’ait été déterminante pour étayer le mémoire des services éminents d’André Lesort pour cet ordre prestigieux ; mais il est regrettable que cette proposition ne fut pas faite à titre militaire. Je termine cet article en me reportant à mon expérience personnelle. Jeune sous-officier, j’ai abordé l’Histoire du service de santé de la Grande Guerre, dès 1980, en parcourant les centaines de mètres linéaires d’archives des hôpitaux fermés de la 10e région militaire de 1914-1918, alors stockés dans les caves de la caserne Margueritte à Rennes ; les mêmes fonds organisés par André Lesort en 1917. Un parcours initiatique qui s’est poursuivi, de 1995 à 2000, au musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce à Paris. Cette expérience au long cours au travers des archives médico-militaires est à l’origine de la collection des Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918 en 5 volumes, engagée avec mon compère Jean-Luc Quénec’hdu et qui doit tant à l’archiviste-paléographe André Lesort.

Remerciements particuliers à la famille Lesort-Madelin.

Sources :

Archives du musée du service de santé des armées, au Val-de-Grâce à Paris, cartons n° 550 et 551. - Claude Cochin. Les archives de la Guerre, dans La Revue Hebdomadaire, n°27, 7 juillet 1917, pp. 64-75.

Photos : André Lesort en tenue d’adjudant de la 10e section d’infirmiers militaires (1917) – Le personnel de l’hôpital complémentaire n° 33 de Granville, ca1915-1916. André Lesort est assis au 1er rang, le 3e à partir de la droite. (coll. Famille LesortMadelin- Droits réservés).

Pour en savoir plus :

Les Archives médicales des hôpitaux militaires (1914-1918) :

René Bonnat (1878-1945), archiviste du service de santé de la 12e région militaire, à Limoges (1917-1919).

Prochainement dans ce blog : Archivistes-paléographes et service de santé militaire. Notes biographiques (1914-1918).

 

Le personnel de l’hôpital complémentaire n° 33 de Granville, ca1915-1916. André Lesort est assis au 1er rang, le 3e à partir de la droite. (coll. Famille LesortMadelin- Droits réservés).

Le personnel de l’hôpital complémentaire n° 33 de Granville, ca1915-1916. André Lesort est assis au 1er rang, le 3e à partir de la droite. (coll. Famille LesortMadelin- Droits réservés).

La circulaire n° 454-Ci/7 du 15 mars 1917 – Organisation et fonctionnement d’un bureau d’archives dans les directions régionales du service de santé

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LONGWY 1914 – UN « HOPITAL DE SIEGE » EMPORTE DANS LA TOURMENTE

16 Octobre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

LONGWY 1914 – UN « HOPITAL DE SIEGE » EMPORTE DANS LA TOURMENTE

Le médecin principal de 1ère classe (colonel) Jules Simonin (1864-1920), médecin divisionnaire de la 7e division d’infanterie du 4e corps d’armée, recueille à Mannheim où il est prisonnier et blessé (hospitalisé à la clinique du Diakonissen-hause) le témoignage du médecin-major de 1ère classe (commandant) Favier, médecin-chef de la place de Longwy lors du siège de la ville en août 1914 et le transcrit dans son ouvrage - J. Simonin. De Verdun à Mannheim. Ethe et Gomery (22, 23, 24 août 1914), Paris : Vitet, 1917, 316 p. - J’en propose un extrait (p. 236-241) pour illustrer les vicissitudes sanitaires d’un hôpital de siège de place investie. Ce témoignage est bien plus complet que celui conservé au musée du service de santé des armées, au Val-de-Grâce (carton n°636) ; aussi nous lui donnons la préférence pour la transcription. Nous ajoutons au témoignage du docteur Favier, des extraits de celui du médecin aide-major Louis Lemaire du 45e régiment d’infanterie territoriale lui aussi enfermé à Longwy qui a laissé de nombreuses notes sur les pathologies rencontrées et traitées.

[Le service de santé de la place de Longwy, août 1914]

« La garnison de Longwy comportait environ 4000 hommes appartenant au 164e régiment de l’armée active et au 45e régiment territorial, six cents artilleurs du 5e régiment d’artillerie à pied complétaient cet effectif. L’armement de la place était constitué par 80 pièces de position d’une portée d’environ neuf kilomètres, et approvisionnées de 600 coups par pièce.

Le lieutenant-colonel Darches, du 145e régiment d’infanterie, homme d’une rare énergie, commandait la place. Celle-ci possédait des vivres en abondance ; d’ailleurs elle ne fut jamais totalement investie.

Le service de santé avait, à sa tête, le médecin-major de 1ère classe Favier, de l’armée territoriale, ayant sous ses ordres : le médecin-major de 1ère classe Jeandidier, du 164e régiment actif ; le médecin aide-major de 2e classe Lemaire, du 45e régiment territorial ; puis le personnel de l’hôpital militaire de Longwy-Haut : le médecin aide-major de 2e classe Grandjean, le pharmacien aide-major de 2e classe Noël, l’officier d’administration adjoint de 1ère classe Vignol, les officiers d’administration adjoints de 2e classe Trouyez et Malbet ; enfin 30 infirmiers de l’armée active ou de la réserve.

Le 10 août un parlementaire allemand se présente au gouverneur en le sommant de se rendre ; il est sommairement et vertement éconduit par l’énergique défenseur de la place. Du 2 au 20 août, une série de petites escarmouches se produisent aux avant-postes.

Mais laissons la parole à notre vaillant camarade, le médecin-major de 1ère classe Favier.

[Installés dans l’hôpital de siège de Longwy…]

Le bombardement proprement dit commença, le 21 août, à 5 heures du matin. L’hôpital militaire, bien que placé sous la protection du drapeau de la Convention de Genève, fut atteint dès le début ; on se hâta de l’évacuer, alors que la canonnade n’était pas encore trop meurtrière. Les malades et blessés furent rapidement transportés dans l’hôpital casematé qui date de Vauban, et comprend cinq casemates contenant chacune 20 lits, ouvertes sur une courette longue, étroite et obscure ; en face des salles de malades sont placés les locaux accessoires : salle d’opérations, pharmacie, cuisine, lingerie, bureau du gestionnaire, magasins, latrines, ces dernières constituées par des réduits obscurs, d’un abord difficile.

A peine étions-nous installés dans l’hôpital de siège que les blessés affluent ; la besogne ne tarde pas à devenir rude et incessante. Nous employons systématiquement la teinture d’iode en solution alcoolique au 1/20e, les compresses de gaze iodoformée, la ouate de tourbe ; notre chirurgie est avant tout conservatrice, l’amputation est uniquement réservée aux grands délabrements, avec attrition profonde des membres. Nous avons pratiqué, au total, y compris les régularisations de broiements, 15 amputations seulement.

Dès la fin du deuxième jour, l’hôpital casematé, prévu pour recevoir 100 hommes, en contenait 335, auxquels s’ajoute le personnel hospitalier, c’est-à-dire une quarantaine d’unités. Nous sommes rapidement contraints d’occuper une casemate d’infanterie, contiguë à l’hôpital de siège. Cette casemate faite pour 110 hommes, reçoit 203 blessés, à raison de 4 par couchette ; les blessés les moins graves en haut, les plus graves en bas « couchés tête-bèche, comme des sardines dans une boite ». Dans tout l’hôpital règne une obscurité sinistre ; l’eau suinte des murs, on patauge bientôt dans une boue sanglante.

Le 22 août vers minuit, un obus du poids de 110 kilogrammes éclate dans la courette intérieure, broie comme du verre les rails de protection. De volumineux éclats, irréguliers et tranchants, emportent les jambes de deux blessés qui expirent en quelques minutes ; un autre éclat me déchire le côté gauche du cou. Le local est envahi par une fumée jaunâtre, asphyxiante et corrosive qui, dès le lendemain, provoquait chez tous les blessés la bronchite, connue sous le nom de bronchite méliniteuse. Un second obus tombe dans la pharmacie, tue un infirmier, et compromet gravement notre provision de chloroforme. La salle d’opération est un boyau souterrain où on respire à peine ; une lampe à acétylène assure, en principe, l’éclairage, mais à chaque explosion d’obus, elle s’éteint sous l’influence du déplacement brusque de l’air. Alors on cherche à extraire les esquilles, ou qu’on s’efforce de lier une artère dans le fond d’une plaie, on se trouve à trois ou quatre reprises, au cours de la même opération, plongé dans l’obscurité la plus profonde. On éclaire à nouveau, on reprend la tâche commencée, mais les mêmes incidents se répètent, rendant la pratique chirurgicale à peu près impossible.

Le 22 août, la voûte d’une casemate s’écroule, ensevelissant sous ses débris 10 blessés et l’une des deux dames de la Croix-Rouge, héroïques compagnes de notre hôpital de siège. La voûte de la casemate d’infanterie offre de larges crevasses béantes au-dessus des blessés qui se réfugient et se tassent dans les coins abrités ; ceux qui ne peuvent pas se mouvoir poussent de longs gémissements ou des cris de terreur. Dans cet antre, à peine éclairé par une mauvaise lampe à pétrole, le spectacle est effroyable !

La pompe à vapeur qui assure l’approvisionnement du puits a été détruite par le feu ennemi ; on puise l’eau péniblement avec un seau, à une profondeur de 90 mètres ; le précieux liquide ne tarde pas à devenir rare ; on le rationne et on le distribue avec parcimonie, le réservant surtout aux fébricitants qui sont malheureusement nombreux. Nous nous en servons encore pour laver nos mains couvertes du sang de nos blessés. Du vin muscat trouvé dans les approvisionnements devient la boisson principale ; il ne réussit pas à étancher la soif inextinguible de nos blessés.

Le 25 août, je crois de mon devoir d’exposer au gouverneur l’état précaire du Service de santé ;il consent à demander un armistice de deux heures pour évacuer nos malheureux blessés sur les hôpitaux auxiliaires de Mont Saint-Martin et de Longwy-Bas. L’ennemi refuse et le bombardement redouble d’intensité.

Le 26 août au matin, les médecins de la place se réunissent, délibèrent et se décident à exposer au gouverneur que les blessés, accumulés dans des conditions qui sont un véritable défi à l’hygiène la plus élémentaire et décimés en outre par les projectiles, sont voués à une mort certaine par l’infection putride, ou ne tarderont pas à être ensevelis sous les décombres de leurs casemates. Conscients du rôle humanitaire qu’ils doivent jouer en pareille circonstance, les médecins, impuissants à assurer le salut des malades, réclament des mesures de protection à réaliser d’extrême urgence. Le gouverneur, ému de cette navrante infortune, estime ne pas devoir assumer la responsabilité du trépas de tant de héros et se décide à ouvrir les portes de la forteresse ruinée et fumante, le 26 août à 13 heures.

Deux heures après, des médecins allemands se présentent pour prendre les blessés et les évacuent : en partie sur l’hôpital complémentaire installé à Buzancy, en partie sur l’hôpital auxiliaire n°201 qui occupe les locaux de l’Hôtel-Dieu de Mont-Saint-Martin. Accablé par l’insomnie de plusieurs nuits, brisé de fatigue et d’émotions, je m’affaisse à bout de forces et je dois moi-même être évacué, par voiture automobile, sur l’hôpital auxiliaire déjà cité. Les médecins militaires allemands se conduisirent envers le personnel et les blessés avec beaucoup d’urbanité, et je ne pus m’empêcher d’admirer l’ordre et la rapidité avec lesquels personnel et matériel réalisèrent le transport dans les formations hospitalières.

Quatre-vingt-sept habitants de Longwy avaient tenu à partager le sort de la garnison de la forteresse. Parmi eux je citerai : le maire, le juge de paix, le percepteur, le curé (abbé Rollin), les gendarmes, les sapeurs-pompiers, les agents de police, quelques notables, deux dames de la Croix-Rouge dont l’une trouva un glorieux trépas dans l’exercice de ses devoirs professionnels, et enfin dix-huit religieuses de Saint-Vincent de Paul appartenant au personnel de l’hôpital civil. Ce groupe d’élite occupait une casemate qui s’écroula une demi-heure après son départ. (…) »

Rapport du docteur Louis Lemaire, médecin aide-major de 1ère classe du 45e Territorial, Longwy.

« Mobilisé le 1er août, à 5 heures du matin, je fus affecté au 5e bataillon du 45e Territorial. Pendant l’investissement, 2 au 20 août, mon rôle se borna à organiser le service médical du bataillon, à visiter les impropres au service, à faire des conférences aux brancardiers. En plus visite habituelle des malades.

Au moment du siège, 20-26 août, je fus attaché à l’hôpital de siège. On désignait ainsi cinq casemates communiquant entre elles, reliées par une étroite courette longeant les salles, avec de petites chambres organisées en salle d’opération ; pharmacie, cuisine, salle des entrées, etc. En tout, 120 lits environ ; les dortoirs du collège voisin avaient été transformés en salles d’hôpital. Ils furent totalement inutilisés à cause de la violence du bombardement. Le collège fut détruit et incendié le deuxième jour de siège. Les casemates et les salles annexes étaient obscures. Les fenêtres étant protégées par d’épaisses poutres de bois humides [page 1] l’eau filtrant partout sous les lits, et froides (sic). Il fallut malgré la chaleur du mois d’août chauffer jour et nuit. L’éclairage était médiocre : dans la salle d’opération, les lampes s’éteignaient à chaque explosion. L’air y fut bientôt irrespirable : odeur des plaies et pansements, mauvais fonctionnement de poêle dont les cheminées étaient détruites, poussières et gaz provoqués par le passage et l’explosion des obus.

Dans ces conditions furent soignés plus de 400 blessés. Le personnel sanitaire de la place se composait d’un médecin-major de 1ère classe, le docteur Favier, de deux aides-majors de 1ère classe, d’un aide-major de 2e classe, d’un pharmacien, de 3 officiers d’administration et du personnel, infirmiers et brancardiers, prévu pour 2 bataillons et l’hôpital militaire. Le soir du 21, les 100 lits étaient occupés, tout était en ordre et les blessés pansés, quand le lendemain, samedi 22, les voûtes des salles 1 et 2 s’effondrèrent sous les obus de 220, ensevelissant plusieurs blessés et un infirmier. Nous fîmes évacuer les casemates voisines occupées par les hommes du 45e et transporter les blessés dans ces casemates où ils étaient groupés par six, en lits superposés. Deux de ces casemates s’effondrèrent à nouveau sur les blessés. De tous ces changements résultait un désordre inévitable qui rendait difficile l’application méthodique des soins nécessaires. Tous les blessés cependant furent pansés à leur entrée et les pansements renouvelés à presque tous [page 2], chaque jour. Le quatrième jour de bombardement, la pharmacie s’écroula, ensevelissant le pharmacien. Nous n’avions plus que des objets de pansements, mais plus de médicaments ni de chloroforme.

Il serait intéressant d’établir une statistique de blessures. Malheureusement le livre de l’hôpital sur lequel étaient soigneusement consignés les noms des blessés et la nature des blessures, restèrent aux mains des Allemands. Mes souvenirs et mes notes me permettent de résumer l’ensemble de ce qui fut fait. Quelques blessures par balles de fusil : trois plaies de crâne ayant entrainé la mort après 24 ou 48 heures. Deux plaies perforantes de la poitrine avec pneumonie consécutive. A la reddition ces deux blessés étaient en assez bonne situation.

Trois cents blessures graves des membres ou de la face par éclat d’obus, par éboulement de casemates et abris, écrasements, fractures simples ou compliquées, vastes plaies des parties molles. Quinze à vingt fractures de cuisse prirent rapidement une allure particulièrement grave. Quelques plaies de l’abdomen, ayant provoqué rapidement la mort. 80 ou 100 blessés moins atteints : fractures simples, plaies des mains, plaies légères des parties molles, deux luxations de l’épaule. La plupart des hommes atteints présentaient plusieurs blessures. Douze à quinze amputations absolument indispensables furent pratiquées. Un de ces amputés [page 3] le capitaine Meyer, actuellement aux Sables-d’Olonne et rentré en France depuis peu. Enfin environ 1500 pansements furent pratiqués. Nous fûmes aidés par l’étudiant en médecine, sergent infirmier Dubromel, et par deux prêtres, les abbés Vester et Bernardin.

Quand la ville se rendit, 25 au soir, trois casemates étaient effondrées, la pharmacie disparue, la salle d’opération menaçait ruine. Le personnel sanitaire avait perdu 1 pharmacien et 2 infirmiers morts sous les éboulements, 2 infirmiers étaient grièvement blessés par éclats d’obus. Il y eut 400 blessés environ et approximativement 200 morts. (…)»

Sources : Archives du service de santé des armées, au Val-de-Grâce à Paris, cartons n° 636- . Simonin. De Verdun à Mannheim. Ethe et Gomery (22, 23, 24 août 1914), Paris : Vitet, 1917, 316 p.

Pour en savoir plus sur les hôpitaux de siège en août 1914 : Givet, Montmédy.

A paraître en octobre 2013 : le tome 4 des Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, France sud-est.

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IN MEMORIAM – « SANITAIRES » BRETONS 1914-1918 - lettre C

9 Octobre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes, #Bretagne 1914-1918

IN MEMORIAM – « SANITAIRES » BRETONS 1914-1918 - lettre C

MEDECINS ET « SANITAIRES » BRETONS MORTS DURANT LA GRANDE GUERRE (1914-1918) – lettre C.

En marge de la thématique des hôpitaux militaires je propose quelques biographies sommaires sur des « sanitaires » bretons (officiers et troupe) morts pendant la Grande Guerre…

Lettres A-B

16. CADO Marcel-Henri (1890-1916) – Médecin auxiliaire (adjudant), 137e régiment d’infanterie. Né le 24 janvier 1890, à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure). Décédé le 14 juin 1916, à Baleycourt (Meuse), ambulance 3/12. Mort pour la France. Nantes 1910, matricule 2664. Etudiant (Ecole de médecine, Nantes). Aux Med., 196 ; MdH.

17. CARON Jean-Auguste (1892-1918) – Médecin aide-major de 1ère classe (lieutenant), 71e régiment d’artillerie. Né le 8 juillet 1892, à Ancenis (Loire-Inférieure). Décédé le 27 septembre 1918, à Verdun (ambulance n°3/5 de Froidos, Meuse) de maladie contractée en service. Recrut. Ancenis 1902, matricule 17. Interne des hôpitaux de Nantes – [citation ?, sans origine] « Décembre 1915. Excellent médecin auxiliaire, très brave et d’un dévouement à toute épreuve ; a procédé, hors des tranchées, à l’identification d’un officier et de plusieurs soldats français, tombés aux affaires du 25 septembre 1915 ; le 4 décembre 1915, les boyaux étant impraticables, s’est porté à travers la plaine au secours d’un soldat blessé et, à peine de retour, en a pansé plusieurs autres sous le bombardement ». Aux Med., 201 ; MdH.

18. CHARETTE DE LA CONTRIE (DE) Louis-Henri-Emmanuel-Maxence-Marie (1882-1914) - Médecin aide-major de 1ère classe (lieutenant), 26e régiment d’artillerie de campagne. Né le 27 décembre 1882, à Nantes (Loire-Inférieure). Figure dans le livre d'or du collège Saint François Xavier de Vannes. Exécuté sans jugement (fusillé) par les Allemands le 23 août 1914, à Ethe (Belgique). Recrut. Montluçon 1902, matricule 1494. Docteur (1909). Médecin à Oysonville (Eure-et-Loire). Chevalier de la Légion d’Honneur [absent de la base Léonore ?] – J.O., 24 mai 1919 : « Fortement indisposé le 19 août 1914, reste néanmoins à son poste. Le 22 août 1914 au combat d’Ethe, blessé de deux balles aux reins et à la cuisse demande qu’on enlève d’abord les autres blessés et dit à un lieutenant : « Laisse-moi et occupe-toi de tes échelons ». Transporté au poste de secours de Gomery, est enlevé le 24 par les Allemands, sous le prétexte mensonger qu’on a tiré des fenêtres ; est fusillé avec d’autres blessés. A été cité. » Aux Med., 209 ; MdH. On trouve la relation du massacre des « sanitaires » de Gomery dans : Jules Simonin (médecin inspecteur). De Verdun à Mannheim, Ethe et Gomery (22, 23, 24 août 1914). Paris : P. Vitet, 1917, 316 p.

19. CHENET Charles (1884-1918) - Médecin auxiliaire (adjudant), 84e régiment d’infanterie. Né le 15 décembre 1884 à Guéméné (Loire-Inférieure). Décédé le 16 novembre 1918 de maladie contractée en service. Mort pour la France. Nantes 1904, matricule 618. Docteur en médecine, 1918 (Faculté de Paris). Interne des hôpitaux de Paris. Aux Med., 213 ; MdH.

20. CHOVE Paul-Alfred (1893-1914) - Médecin auxiliaire, à la division marocaine (adjudant), élève de l’Ecole principale du service de santé de la Marine de Bordeaux. Né le 28 août 1893 à Brest (Finistère). Décédé le 9 septembre 1914 à Sézanne (Marne), suite à des blessures de guerre. Mort pour la France. Aux Med., 215 ; MdH.

21. COLLIN Georges (1884-1917) - Médecin de 2e classe de la Marine, embarqué sur le croiseur Kléber. Né le 24 août 1884 à Vannes (Morbihan). Décédé le 29 juin 1917 à l’hôpital maritime de Brest (Finistère), suite à des contusions multiples reçues sur le Kléber lors de son torpillage (mine dérivante lancée par le sous-marin U 61), le 27 juin 1917 au large des Pierres-Noires (approches de Brest). Docteur en médecine en 1911 (Faculté de Bordeaux) – Chevalier de la Légion d’honneur ? [absent de la Base Léonore] Citation à l’ordre de l’armée navale – « A collaboré activement à l’embarquement des malades. A reçu et porté dans ses bras un blessé atteint d’une fracture de la jambe droite, l’a pansé et fait placer sur un cadre dans la chaloupe. N’a quitté l’infirmerie qu’après l’embarquement de tous les malades. Mort des suites de blessures dues à l’explosion pendant le chavirement du bateau ». Aux Med., 219 ; MdH.

22. COTTELLE Henri-Ernest (1894-1918) – Médecin aide-major de 2e classe (sous-lieutenant), 311e régiment d’infanterie. Né le 9 juillet 1894 à Vannes (Morbihan). Décédé le 25 avril 1918, à Mailly-Raineval (Somme). Aux Med. 223.

23. CROSSOUARD Etienne-Marie (1860-1917) – Médecin principal de 1ère classe des troupes coloniales (colonel), armée française d’Orient. Né le 15 juin 1860 à la Chapelle-Glain (Loire-inférieure). Disparu en mer le 17 février 1917, lors du torpillage par le sous-marin allemand U 65, au large de Malte, du paquebot Athos (754 victimes) – Chevalier de la Légion d’honneur (11 juillet 1902). Aux Med., 227 ; MdH ; Base Léonore LH/634/58.

(A Suivre)

Sources :

Aux Méd. - Collectif. Aux médecins morts pour la Patrie (1914-1918). Hommage au corps médical français. Paris : Syndicat des Editeurs, [ca. 1920-1922], 446 p.


MdHhttp://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/spip.php?rubrique41

Base Léonore - http://www.culture.gouv.fr/documentation/leonore/leonore.htm

Photo : Dans les boues de la Somme, par Gaston Broquet (1880-1947). Localisé dans les jardins de l’hôpital d’instruction des armées du Val-de-Grâce à Paris.

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BADONVILLER 1914 – Ville martyre sur le front (août 1914)

4 Octobre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

Cet article est consacré à Badonviller et à son « soutien hospitalier » confié en août-septembre 1914 à un médecin militaire de la territoriale, le docteur Veuve. A l’aube de la grande bataille de Lorraine les belligérants se regardent en chiens de faïence par-dessus la frontière. Les troupes françaises qui se sont retirées à dix kilomètres de la frontière laissent le champ libre aux incursions allemandes (Blamont, Cirey-sur-Vezouze, Badonviller). Le service sanitaire est confié aux ressources civiles locales ; l’hospice des vieillards pour ce qui concerne Badonviller. Le 10 août 1914 le 1er corps d’armée bavarois passe la frontière en dépit de la résistance des bataillons de chasseurs à pied placés en couverture. Le 12 août, les Allemands fondent sur Badonviller qu’ils occupent, mettant la ville à sac, au pillage et à l’incendie ; ils abattent douze habitants dont l’épouse du maire et brûlent 84 maisons avant de se retirer. La population civile terrorisée se réfugie à l’hospice et au Château-Fenal mis sur pied par l’Union des Femmes de France. Le 12 août, les Allemands incendient la maison de M. Dubus directeur de la faïencerie qui sert d’ambulance : « l’on eut à peine le temps d’évacuer les blessés ». A l’écurie de l’hôtel de la Gare, deux soldats blessés qui y avaient trouvé refuge sont abattus et leurs corps jetés au feu… Le 14 août, les troupes françaises (105e régiment d’infanterie, suivi des 123e et 139e R.I.) reprennent l’initiative et chassent les Allemands de la ville. Les autorités civiles et militaires lorraines visitent la ville-martyre dès sa libération. M. Léon Mirman, préfet de Meurthe-et-Moselle vient remettre le 19 août la Légion d’honneur à M. Benoît, maire de Badonviller, dont l’épouse a été fusillée par les Bavarois. C’est à cette occasion que le médecin aide-major de 1ère classe Veuve arrive à Badonviller.

Dix jours après sa libération (24 août), au lendemain des échecs de Sarrebourg et de Morhange débute la deuxième période de l’occupation allemande qui se termine le 13 septembre 1914 et est suivie d’une troisième courte occupation allemande (21-25 septembre 1914). La ville reste en définitive au pouvoir des Français durant toute la guerre et subit un bombardement incessant de 1915 à 1918. Le 30 juin 1918 la courageuse population civile restée à Badonviller est définitivement évacuée en raison des bombardements par gaz devenus incessants.

Cette « bataille de Badonviller » qui n’est pas à l’honneur des troupes bavaroises a engendré une marche militaire, la « Badonweiler Marsch » écrite par Georg. Fürst - encore jouée de nos jours – qui pour l’anecdote est donnée comme la « marche préférée » d’Adolf Hitler ancien du 16e régiment d’infanterie bavarois, tous deux de sinistre mémoire.

« Rapport du médecin aide-major de 2e classe (lieutenant) de l’armée territoriale Veuve du service de santé du XVe corps d’armée.

[page 2] Envoyé le 19 août dans l’après-midi de Nancy à Badonviller par ordre de Monsieur le Médecin-chef de l’hôpital militaire de Nancy et sur demande urgente de M. le Préfet du département de Meurthe-et-Moselle [M. Léon Mirman] aux fins d’organisation d’un service de secours, j’ai trouvé à l’hospice civil des vieillards tenu par une communauté de sœurs [de la Doctrine Chrétienne], vingt-cinq lits qui pouvaient être réservés aux blessés militaires, soixante paillasses disposées dans le hangar d’une faïencerie [Fenal] ; une vingtaine de lits au Château-Fenal et respectivement huit et dix lits chez deux particuliers. Ces institutions ou refuges temporaires [rattachés à l’Union des Femmes de France] avaient déjà fonctionné pendant la première invasion des Bavarois du 11 au 14 août 1914.

Le 20 août arrivent les premiers blessés de Sarrebourg, Lorquin et Cirey dont quelques-uns sont transférés à Gray, le plus grand nombre sur les ambulances de Baccarat situées à vingt kilomètres par trains sanitaires. Le lendemain je procède à sept cents évacuations environ sur Gray directement, le service de Baccarat étant très surchargé. A titre temporaire, je maintiens une trentaine d’éclopés dans les différents locaux mis à ma disposition.

Le 22 [août] au matin, l’ambulance n°3 du 21e corps d’armée s’installe dans le hangar de la faïencerie procédant au triage des blessés venant de Cirey. Cette formation qui reste autonome se replie le soir même sur Raon-l’Etape laissant après elle vingt-deux blessés dont la présence ne m’est révélée que le lendemain alors que tout moyen d’évacuation est devenu impossible. [page 3] Pendant cette journée du 22, j’ai procédé également au triage des blessés aux autres hospices ou infirmeries et dont la majeure partie est évacuée à Gray par train sanitaire. Il ne restait le soir qu’une trentaine de blessés que j’ai fait diriger sur Raon-l’Etape en nolisant les trois derniers véhicules restant à Badonviller. Je ne laissais à l’hôpital qu’un blessé grave non évacuable atteint de plaie perforante à l’abdomen avec péritonite et deux cas de rougeole en défervescence.

Le 23 au matin, sur l’indication du médecin civil de l’endroit [docteur Bauquel], j’ai trouvé au hangar de la faïencerie [Fenal] les blessés abandonnés par l’ambulance n°3. Il n’y avait plus à ce moment aucun moyen de transport dans le pays dont la population s’enfuyait sur l’imminence de l’invasion. Le dernier train arrivé au milieu de la nuit vers trois heures était reparti sans blessés puisque toutes les évacuations des blessés directement soumis à mes soins avaient été faites dans la soirée précédente. J’ai donné les premiers soins à ces hommes dont quelques-uns étaient gravement mutilés et je pus terminer les obligations d’urgence avant l’action du feu qui commençait ce jour là à midi pour se prolonger jusqu’au lendemain soir (Bataille de Badonviller).

Avant l’arrivée des Allemands du samedi soir au dimanche matin dix heures, j’avais sollicité des ordres ou des indications nécessaires à la direction de ma gestion. Par l’intermédiaire du maire de Badonviller télégramme a été expédié dans ce sens au préfet. J’ai, par la télégraphie [page 4] militaire, exposé ma situation à Monsieur le Médecin inspecteur du XXIe corps d’armée [médecin inspecteur Loup], télégramme dicté le 24 au matin et que je sanctionnai deux heures plus tard par un essai de téléphonie militaire. Toutes ces tentatives ont échoué par interruption des communications. Devant cette absence de sanction, l’intérêt des blessés résolvait l’incertitude et réclamait mon assistance.

Pendant la période de ma gestion sous [la 2e] occupation allemande du 23 août au 12 septembre, j’ai été confiné par ordre à l’hôpital où j’ai eu à assurer spécialement le service des blessés graves, les autres étaient transférés soit sur des lazarett[e] de campagne, soit sur les hôpitaux de l’arrière. A partir du 2 septembre, il ne restait plus dans le village, à l’exclusion du service de l’hôpital, que six blessés légers chez un particulier et dix autres à l’infirmerie de la faïencerie. J’ai pu, par autorisation spéciale, visiter et contrôler ces alités dont le traitement était dirigé par les soins du médecin civil de la localité [docteur Bauquel].

Le nombre des blessés allemands qui formait au début de leur arrivée la moitié des hospitalisés a été progressivement réduit pour ne plus compter qu’une ou deux unités à partir du 3 septembre. Le reste du contingent des hospitalisés militaires français a oscillé pendant la période du 23 août au 12 septembre entre 25 et 30 unités. Les ambulances allemandes m’ont en outre chargé de traiter six habitants de Pexonne (village situé à 5 km) qui avaient été mutilés par des obus et que j’ai traités pendant [page 5] 10 jours. Quelques blessés français m’ont été retournés par des lazarets allemands, blessés gravement et presque tous mutilés qui ne pouvaient guérir ou se consolider qu’après un long traitement. Ces blessés retenus dans ces lazarets aux fins d’intervention ont presque tous pâti d’une insuffisance de soins, d’une méconnaissance notoire des éléments chirurgicaux. J’ai eu à constater des amputations faites sans lambeaux avec procidence de l’os et moignons inégaux et sphacèlés ; des fractures compliquées avec esquilles [] par l’orifice de la plaie, soigneusement immobilisées sous des plâtres hermétiques déterminant des phlegmons graves ; des plaies sanieuses et des pansements si insuffisants et si peu renouvelés pour y déceler l’apparition des vers. Est-ce incurie, ignorance, faute de temps ou tout ceci à la fois ; les conséquences, si elles n’ont été que quelquefois funestes n’en restent pas moins lourdes dans tous les cas.

Les moyens de traitement ont été rendus difficiles pendant toute cette période par la pénurie d’objets de pansement et par le défaut d’accessoires et d’instruments nécessaires à des interventions même de moyenne importance. La pharmacie de l’endroit était peu organisée et le recrutement d’un matériel convenable a été totalement impossible. Après avoir épuisé les maigres réserves des objets de pansement, il a fallu obvier à ce manquement par l’emploi de matières premières de qualité inférieure comme de l’ouate à molleton, de la bourre de coton, feutre et charpie. Néanmoins ces à peu près ont comblé les exigences, et les résultats ont été normaux et presque bons. [page 6]

Sauf quelques réquisitions, la presque totalité des fournitures de pansement a été faite parles soins de l’hospice dirigé par une communauté de sœurs. Celles-ci par leur assistance et leur dévouement ont donné à une situation très obérée, une aisance et une sollicitude bienfaisantes. Les subsistances ont été fournies parleurs moyens propres et au prix de lourds efforts. Il ne faut pas oublier que les ressources du pays étaient nulles, le ravitaillement impossible et que la lutte était constante pour sauvegarder les maigres intérêts matériels qui subsistaient. L’autorité allemande m’avait bien octroyé la permission de réquisitionner des vivres pour nos malades. J’en usai une fois pour la livraison d’un veau par une ferme des environs. Le lendemain il était réclamé et emmené par l’intendance allemande. Le pain fait par des réserves cachées par la population a pu être distribué très régulièrement et sous le contrôle des allemands.

L’infirmerie de la faïencerie séparée de l’hôpital a résisté au délaissement et à la famine grâce aux soins et au dévouement tous spontanés du jeune J[ean].-B[aptiste]. Vicaire qui s’était consacré volontairement et simplement à ce véritable sacerdoce.

Le service des inhumations (plus de deux cents sans compter celles des chevaux) a été fait régulièrement par Joseph [Roimarnier] et trois hommes. Ce service a été fait en outre consciencieusement et les pièces et valeurs qui ont été trouvées sur les morts m’ont été remises intégralement. J’ai consigné la liste de ces valeurs sur un état que j’ai [page 7] remis au moment de mon départ à Monsieur [Eugène] Lej[e]al percepteur à Badonviller et qui, en qualité de seul fonctionnaire restant, avait été agréé comme maire par intérim par l’autorité allemande. Les valeurs sont restées à Badonviller sous sa sauvegarde et conservées à l’hospice.

Le 12 septembre au jour, le chef de bataillon du [landsturm] allemand n°1 m’a obtempéré l’ordre de partir immédiatement sur Cirey et l’Allemagne, sans avoir pu donner un successeur ou une sécurité aux blessés en cours de traitement et sans avoir averti quiconque, violant ainsi le droit des gens. Dans ce brusque départ une partie de mes bagages, contenant des effets, instruments de chirurgie dont quelques uns appartenant à la Société de la Croix-Rouge de Nancy, mes notes relatant les états et surtout celles de l’état civil des inhumés ; le tout s’est perdu sans espoir de retour. La recherche des identités pourra se faire néanmoins partiellement par les livrets de service et quelques autres pièces que j’ai laissés aux bons soins de la supérieure de la communauté. Les plaques d’identité recueillies, les fiches de diagnostic, les états de roulement des hospitalisés sont restés également aux mains des Allemands.

Le 12 [septembre] au soir, arrivé dans un lazaret de Sarreguemines d’où je fus transféré le 16 dans l’après-midi pour être dirigé sur Stuttgart au lazaret de réserve à la BergKaserne […] ».

Sources : Arch. Musée du Service de santé des armées, au Val-de-Grâce à Paris, carton n° 641 (dos. Veuve).

Pour en savoir plus sur Badonviller 1914 : http://badonpierre.free.fr/guerre/jpcuny2.html

Sur le service de santé de l’armée allemande :

Sur les atrocités allemandes en Meurthe-et-Moselle : John Horne et Alan Kramer. 1914 - Les atrocités allemandes.La vérité sur les crimes de guerre en France et en Belgique. Coll. Texto. Paris : Tallandier, 2011, 674 p.

Sur le service de santé dans la bataille de Lorraine :

Damvillers : Dieuze : Morhange (1) : Morhange (2)

A Paraître en octobre 2013 : Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, France sud-est

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