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LONGWY 1914 – UN « HOPITAL DE SIEGE » EMPORTE DANS LA TOURMENTE

16 Octobre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

LONGWY 1914 – UN « HOPITAL DE SIEGE » EMPORTE DANS LA TOURMENTE

Le médecin principal de 1ère classe (colonel) Jules Simonin (1864-1920), médecin divisionnaire de la 7e division d’infanterie du 4e corps d’armée, recueille à Mannheim où il est prisonnier et blessé (hospitalisé à la clinique du Diakonissen-hause) le témoignage du médecin-major de 1ère classe (commandant) Favier, médecin-chef de la place de Longwy lors du siège de la ville en août 1914 et le transcrit dans son ouvrage - J. Simonin. De Verdun à Mannheim. Ethe et Gomery (22, 23, 24 août 1914), Paris : Vitet, 1917, 316 p. - J’en propose un extrait (p. 236-241) pour illustrer les vicissitudes sanitaires d’un hôpital de siège de place investie. Ce témoignage est bien plus complet que celui conservé au musée du service de santé des armées, au Val-de-Grâce (carton n°636) ; aussi nous lui donnons la préférence pour la transcription. Nous ajoutons au témoignage du docteur Favier, des extraits de celui du médecin aide-major Louis Lemaire du 45e régiment d’infanterie territoriale lui aussi enfermé à Longwy qui a laissé de nombreuses notes sur les pathologies rencontrées et traitées.

[Le service de santé de la place de Longwy, août 1914]

« La garnison de Longwy comportait environ 4000 hommes appartenant au 164e régiment de l’armée active et au 45e régiment territorial, six cents artilleurs du 5e régiment d’artillerie à pied complétaient cet effectif. L’armement de la place était constitué par 80 pièces de position d’une portée d’environ neuf kilomètres, et approvisionnées de 600 coups par pièce.

Le lieutenant-colonel Darches, du 145e régiment d’infanterie, homme d’une rare énergie, commandait la place. Celle-ci possédait des vivres en abondance ; d’ailleurs elle ne fut jamais totalement investie.

Le service de santé avait, à sa tête, le médecin-major de 1ère classe Favier, de l’armée territoriale, ayant sous ses ordres : le médecin-major de 1ère classe Jeandidier, du 164e régiment actif ; le médecin aide-major de 2e classe Lemaire, du 45e régiment territorial ; puis le personnel de l’hôpital militaire de Longwy-Haut : le médecin aide-major de 2e classe Grandjean, le pharmacien aide-major de 2e classe Noël, l’officier d’administration adjoint de 1ère classe Vignol, les officiers d’administration adjoints de 2e classe Trouyez et Malbet ; enfin 30 infirmiers de l’armée active ou de la réserve.

Le 10 août un parlementaire allemand se présente au gouverneur en le sommant de se rendre ; il est sommairement et vertement éconduit par l’énergique défenseur de la place. Du 2 au 20 août, une série de petites escarmouches se produisent aux avant-postes.

Mais laissons la parole à notre vaillant camarade, le médecin-major de 1ère classe Favier.

[Installés dans l’hôpital de siège de Longwy…]

Le bombardement proprement dit commença, le 21 août, à 5 heures du matin. L’hôpital militaire, bien que placé sous la protection du drapeau de la Convention de Genève, fut atteint dès le début ; on se hâta de l’évacuer, alors que la canonnade n’était pas encore trop meurtrière. Les malades et blessés furent rapidement transportés dans l’hôpital casematé qui date de Vauban, et comprend cinq casemates contenant chacune 20 lits, ouvertes sur une courette longue, étroite et obscure ; en face des salles de malades sont placés les locaux accessoires : salle d’opérations, pharmacie, cuisine, lingerie, bureau du gestionnaire, magasins, latrines, ces dernières constituées par des réduits obscurs, d’un abord difficile.

A peine étions-nous installés dans l’hôpital de siège que les blessés affluent ; la besogne ne tarde pas à devenir rude et incessante. Nous employons systématiquement la teinture d’iode en solution alcoolique au 1/20e, les compresses de gaze iodoformée, la ouate de tourbe ; notre chirurgie est avant tout conservatrice, l’amputation est uniquement réservée aux grands délabrements, avec attrition profonde des membres. Nous avons pratiqué, au total, y compris les régularisations de broiements, 15 amputations seulement.

Dès la fin du deuxième jour, l’hôpital casematé, prévu pour recevoir 100 hommes, en contenait 335, auxquels s’ajoute le personnel hospitalier, c’est-à-dire une quarantaine d’unités. Nous sommes rapidement contraints d’occuper une casemate d’infanterie, contiguë à l’hôpital de siège. Cette casemate faite pour 110 hommes, reçoit 203 blessés, à raison de 4 par couchette ; les blessés les moins graves en haut, les plus graves en bas « couchés tête-bèche, comme des sardines dans une boite ». Dans tout l’hôpital règne une obscurité sinistre ; l’eau suinte des murs, on patauge bientôt dans une boue sanglante.

Le 22 août vers minuit, un obus du poids de 110 kilogrammes éclate dans la courette intérieure, broie comme du verre les rails de protection. De volumineux éclats, irréguliers et tranchants, emportent les jambes de deux blessés qui expirent en quelques minutes ; un autre éclat me déchire le côté gauche du cou. Le local est envahi par une fumée jaunâtre, asphyxiante et corrosive qui, dès le lendemain, provoquait chez tous les blessés la bronchite, connue sous le nom de bronchite méliniteuse. Un second obus tombe dans la pharmacie, tue un infirmier, et compromet gravement notre provision de chloroforme. La salle d’opération est un boyau souterrain où on respire à peine ; une lampe à acétylène assure, en principe, l’éclairage, mais à chaque explosion d’obus, elle s’éteint sous l’influence du déplacement brusque de l’air. Alors on cherche à extraire les esquilles, ou qu’on s’efforce de lier une artère dans le fond d’une plaie, on se trouve à trois ou quatre reprises, au cours de la même opération, plongé dans l’obscurité la plus profonde. On éclaire à nouveau, on reprend la tâche commencée, mais les mêmes incidents se répètent, rendant la pratique chirurgicale à peu près impossible.

Le 22 août, la voûte d’une casemate s’écroule, ensevelissant sous ses débris 10 blessés et l’une des deux dames de la Croix-Rouge, héroïques compagnes de notre hôpital de siège. La voûte de la casemate d’infanterie offre de larges crevasses béantes au-dessus des blessés qui se réfugient et se tassent dans les coins abrités ; ceux qui ne peuvent pas se mouvoir poussent de longs gémissements ou des cris de terreur. Dans cet antre, à peine éclairé par une mauvaise lampe à pétrole, le spectacle est effroyable !

La pompe à vapeur qui assure l’approvisionnement du puits a été détruite par le feu ennemi ; on puise l’eau péniblement avec un seau, à une profondeur de 90 mètres ; le précieux liquide ne tarde pas à devenir rare ; on le rationne et on le distribue avec parcimonie, le réservant surtout aux fébricitants qui sont malheureusement nombreux. Nous nous en servons encore pour laver nos mains couvertes du sang de nos blessés. Du vin muscat trouvé dans les approvisionnements devient la boisson principale ; il ne réussit pas à étancher la soif inextinguible de nos blessés.

Le 25 août, je crois de mon devoir d’exposer au gouverneur l’état précaire du Service de santé ;il consent à demander un armistice de deux heures pour évacuer nos malheureux blessés sur les hôpitaux auxiliaires de Mont Saint-Martin et de Longwy-Bas. L’ennemi refuse et le bombardement redouble d’intensité.

Le 26 août au matin, les médecins de la place se réunissent, délibèrent et se décident à exposer au gouverneur que les blessés, accumulés dans des conditions qui sont un véritable défi à l’hygiène la plus élémentaire et décimés en outre par les projectiles, sont voués à une mort certaine par l’infection putride, ou ne tarderont pas à être ensevelis sous les décombres de leurs casemates. Conscients du rôle humanitaire qu’ils doivent jouer en pareille circonstance, les médecins, impuissants à assurer le salut des malades, réclament des mesures de protection à réaliser d’extrême urgence. Le gouverneur, ému de cette navrante infortune, estime ne pas devoir assumer la responsabilité du trépas de tant de héros et se décide à ouvrir les portes de la forteresse ruinée et fumante, le 26 août à 13 heures.

Deux heures après, des médecins allemands se présentent pour prendre les blessés et les évacuent : en partie sur l’hôpital complémentaire installé à Buzancy, en partie sur l’hôpital auxiliaire n°201 qui occupe les locaux de l’Hôtel-Dieu de Mont-Saint-Martin. Accablé par l’insomnie de plusieurs nuits, brisé de fatigue et d’émotions, je m’affaisse à bout de forces et je dois moi-même être évacué, par voiture automobile, sur l’hôpital auxiliaire déjà cité. Les médecins militaires allemands se conduisirent envers le personnel et les blessés avec beaucoup d’urbanité, et je ne pus m’empêcher d’admirer l’ordre et la rapidité avec lesquels personnel et matériel réalisèrent le transport dans les formations hospitalières.

Quatre-vingt-sept habitants de Longwy avaient tenu à partager le sort de la garnison de la forteresse. Parmi eux je citerai : le maire, le juge de paix, le percepteur, le curé (abbé Rollin), les gendarmes, les sapeurs-pompiers, les agents de police, quelques notables, deux dames de la Croix-Rouge dont l’une trouva un glorieux trépas dans l’exercice de ses devoirs professionnels, et enfin dix-huit religieuses de Saint-Vincent de Paul appartenant au personnel de l’hôpital civil. Ce groupe d’élite occupait une casemate qui s’écroula une demi-heure après son départ. (…) »

Rapport du docteur Louis Lemaire, médecin aide-major de 1ère classe du 45e Territorial, Longwy.

« Mobilisé le 1er août, à 5 heures du matin, je fus affecté au 5e bataillon du 45e Territorial. Pendant l’investissement, 2 au 20 août, mon rôle se borna à organiser le service médical du bataillon, à visiter les impropres au service, à faire des conférences aux brancardiers. En plus visite habituelle des malades.

Au moment du siège, 20-26 août, je fus attaché à l’hôpital de siège. On désignait ainsi cinq casemates communiquant entre elles, reliées par une étroite courette longeant les salles, avec de petites chambres organisées en salle d’opération ; pharmacie, cuisine, salle des entrées, etc. En tout, 120 lits environ ; les dortoirs du collège voisin avaient été transformés en salles d’hôpital. Ils furent totalement inutilisés à cause de la violence du bombardement. Le collège fut détruit et incendié le deuxième jour de siège. Les casemates et les salles annexes étaient obscures. Les fenêtres étant protégées par d’épaisses poutres de bois humides [page 1] l’eau filtrant partout sous les lits, et froides (sic). Il fallut malgré la chaleur du mois d’août chauffer jour et nuit. L’éclairage était médiocre : dans la salle d’opération, les lampes s’éteignaient à chaque explosion. L’air y fut bientôt irrespirable : odeur des plaies et pansements, mauvais fonctionnement de poêle dont les cheminées étaient détruites, poussières et gaz provoqués par le passage et l’explosion des obus.

Dans ces conditions furent soignés plus de 400 blessés. Le personnel sanitaire de la place se composait d’un médecin-major de 1ère classe, le docteur Favier, de deux aides-majors de 1ère classe, d’un aide-major de 2e classe, d’un pharmacien, de 3 officiers d’administration et du personnel, infirmiers et brancardiers, prévu pour 2 bataillons et l’hôpital militaire. Le soir du 21, les 100 lits étaient occupés, tout était en ordre et les blessés pansés, quand le lendemain, samedi 22, les voûtes des salles 1 et 2 s’effondrèrent sous les obus de 220, ensevelissant plusieurs blessés et un infirmier. Nous fîmes évacuer les casemates voisines occupées par les hommes du 45e et transporter les blessés dans ces casemates où ils étaient groupés par six, en lits superposés. Deux de ces casemates s’effondrèrent à nouveau sur les blessés. De tous ces changements résultait un désordre inévitable qui rendait difficile l’application méthodique des soins nécessaires. Tous les blessés cependant furent pansés à leur entrée et les pansements renouvelés à presque tous [page 2], chaque jour. Le quatrième jour de bombardement, la pharmacie s’écroula, ensevelissant le pharmacien. Nous n’avions plus que des objets de pansements, mais plus de médicaments ni de chloroforme.

Il serait intéressant d’établir une statistique de blessures. Malheureusement le livre de l’hôpital sur lequel étaient soigneusement consignés les noms des blessés et la nature des blessures, restèrent aux mains des Allemands. Mes souvenirs et mes notes me permettent de résumer l’ensemble de ce qui fut fait. Quelques blessures par balles de fusil : trois plaies de crâne ayant entrainé la mort après 24 ou 48 heures. Deux plaies perforantes de la poitrine avec pneumonie consécutive. A la reddition ces deux blessés étaient en assez bonne situation.

Trois cents blessures graves des membres ou de la face par éclat d’obus, par éboulement de casemates et abris, écrasements, fractures simples ou compliquées, vastes plaies des parties molles. Quinze à vingt fractures de cuisse prirent rapidement une allure particulièrement grave. Quelques plaies de l’abdomen, ayant provoqué rapidement la mort. 80 ou 100 blessés moins atteints : fractures simples, plaies des mains, plaies légères des parties molles, deux luxations de l’épaule. La plupart des hommes atteints présentaient plusieurs blessures. Douze à quinze amputations absolument indispensables furent pratiquées. Un de ces amputés [page 3] le capitaine Meyer, actuellement aux Sables-d’Olonne et rentré en France depuis peu. Enfin environ 1500 pansements furent pratiqués. Nous fûmes aidés par l’étudiant en médecine, sergent infirmier Dubromel, et par deux prêtres, les abbés Vester et Bernardin.

Quand la ville se rendit, 25 au soir, trois casemates étaient effondrées, la pharmacie disparue, la salle d’opération menaçait ruine. Le personnel sanitaire avait perdu 1 pharmacien et 2 infirmiers morts sous les éboulements, 2 infirmiers étaient grièvement blessés par éclats d’obus. Il y eut 400 blessés environ et approximativement 200 morts. (…)»

Sources : Archives du service de santé des armées, au Val-de-Grâce à Paris, cartons n° 636- . Simonin. De Verdun à Mannheim. Ethe et Gomery (22, 23, 24 août 1914), Paris : Vitet, 1917, 316 p.

Pour en savoir plus sur les hôpitaux de siège en août 1914 : Givet, Montmédy.

A paraître en octobre 2013 : le tome 4 des Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, France sud-est.

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IN MEMORIAM – « SANITAIRES » BRETONS 1914-1918 - lettre C

9 Octobre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes, #Bretagne 1914-1918

IN MEMORIAM – « SANITAIRES » BRETONS 1914-1918 - lettre C

MEDECINS ET « SANITAIRES » BRETONS MORTS DURANT LA GRANDE GUERRE (1914-1918) – lettre C.

En marge de la thématique des hôpitaux militaires je propose quelques biographies sommaires sur des « sanitaires » bretons (officiers et troupe) morts pendant la Grande Guerre…

Lettres A-B

16. CADO Marcel-Henri (1890-1916) – Médecin auxiliaire (adjudant), 137e régiment d’infanterie. Né le 24 janvier 1890, à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure). Décédé le 14 juin 1916, à Baleycourt (Meuse), ambulance 3/12. Mort pour la France. Nantes 1910, matricule 2664. Etudiant (Ecole de médecine, Nantes). Aux Med., 196 ; MdH.

17. CARON Jean-Auguste (1892-1918) – Médecin aide-major de 1ère classe (lieutenant), 71e régiment d’artillerie. Né le 8 juillet 1892, à Ancenis (Loire-Inférieure). Décédé le 27 septembre 1918, à Verdun (ambulance n°3/5 de Froidos, Meuse) de maladie contractée en service. Recrut. Ancenis 1902, matricule 17. Interne des hôpitaux de Nantes – [citation ?, sans origine] « Décembre 1915. Excellent médecin auxiliaire, très brave et d’un dévouement à toute épreuve ; a procédé, hors des tranchées, à l’identification d’un officier et de plusieurs soldats français, tombés aux affaires du 25 septembre 1915 ; le 4 décembre 1915, les boyaux étant impraticables, s’est porté à travers la plaine au secours d’un soldat blessé et, à peine de retour, en a pansé plusieurs autres sous le bombardement ». Aux Med., 201 ; MdH.

18. CHARETTE DE LA CONTRIE (DE) Louis-Henri-Emmanuel-Maxence-Marie (1882-1914) - Médecin aide-major de 1ère classe (lieutenant), 26e régiment d’artillerie de campagne. Né le 27 décembre 1882, à Nantes (Loire-Inférieure). Figure dans le livre d'or du collège Saint François Xavier de Vannes. Exécuté sans jugement (fusillé) par les Allemands le 23 août 1914, à Ethe (Belgique). Recrut. Montluçon 1902, matricule 1494. Docteur (1909). Médecin à Oysonville (Eure-et-Loire). Chevalier de la Légion d’Honneur [absent de la base Léonore ?] – J.O., 24 mai 1919 : « Fortement indisposé le 19 août 1914, reste néanmoins à son poste. Le 22 août 1914 au combat d’Ethe, blessé de deux balles aux reins et à la cuisse demande qu’on enlève d’abord les autres blessés et dit à un lieutenant : « Laisse-moi et occupe-toi de tes échelons ». Transporté au poste de secours de Gomery, est enlevé le 24 par les Allemands, sous le prétexte mensonger qu’on a tiré des fenêtres ; est fusillé avec d’autres blessés. A été cité. » Aux Med., 209 ; MdH. On trouve la relation du massacre des « sanitaires » de Gomery dans : Jules Simonin (médecin inspecteur). De Verdun à Mannheim, Ethe et Gomery (22, 23, 24 août 1914). Paris : P. Vitet, 1917, 316 p.

19. CHENET Charles (1884-1918) - Médecin auxiliaire (adjudant), 84e régiment d’infanterie. Né le 15 décembre 1884 à Guéméné (Loire-Inférieure). Décédé le 16 novembre 1918 de maladie contractée en service. Mort pour la France. Nantes 1904, matricule 618. Docteur en médecine, 1918 (Faculté de Paris). Interne des hôpitaux de Paris. Aux Med., 213 ; MdH.

20. CHOVE Paul-Alfred (1893-1914) - Médecin auxiliaire, à la division marocaine (adjudant), élève de l’Ecole principale du service de santé de la Marine de Bordeaux. Né le 28 août 1893 à Brest (Finistère). Décédé le 9 septembre 1914 à Sézanne (Marne), suite à des blessures de guerre. Mort pour la France. Aux Med., 215 ; MdH.

21. COLLIN Georges (1884-1917) - Médecin de 2e classe de la Marine, embarqué sur le croiseur Kléber. Né le 24 août 1884 à Vannes (Morbihan). Décédé le 29 juin 1917 à l’hôpital maritime de Brest (Finistère), suite à des contusions multiples reçues sur le Kléber lors de son torpillage (mine dérivante lancée par le sous-marin U 61), le 27 juin 1917 au large des Pierres-Noires (approches de Brest). Docteur en médecine en 1911 (Faculté de Bordeaux) – Chevalier de la Légion d’honneur ? [absent de la Base Léonore] Citation à l’ordre de l’armée navale – « A collaboré activement à l’embarquement des malades. A reçu et porté dans ses bras un blessé atteint d’une fracture de la jambe droite, l’a pansé et fait placer sur un cadre dans la chaloupe. N’a quitté l’infirmerie qu’après l’embarquement de tous les malades. Mort des suites de blessures dues à l’explosion pendant le chavirement du bateau ». Aux Med., 219 ; MdH.

22. COTTELLE Henri-Ernest (1894-1918) – Médecin aide-major de 2e classe (sous-lieutenant), 311e régiment d’infanterie. Né le 9 juillet 1894 à Vannes (Morbihan). Décédé le 25 avril 1918, à Mailly-Raineval (Somme). Aux Med. 223.

23. CROSSOUARD Etienne-Marie (1860-1917) – Médecin principal de 1ère classe des troupes coloniales (colonel), armée française d’Orient. Né le 15 juin 1860 à la Chapelle-Glain (Loire-inférieure). Disparu en mer le 17 février 1917, lors du torpillage par le sous-marin allemand U 65, au large de Malte, du paquebot Athos (754 victimes) – Chevalier de la Légion d’honneur (11 juillet 1902). Aux Med., 227 ; MdH ; Base Léonore LH/634/58.

(A Suivre)

Sources :

Aux Méd. - Collectif. Aux médecins morts pour la Patrie (1914-1918). Hommage au corps médical français. Paris : Syndicat des Editeurs, [ca. 1920-1922], 446 p.


MdHhttp://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/spip.php?rubrique41

Base Léonore - http://www.culture.gouv.fr/documentation/leonore/leonore.htm

Photo : Dans les boues de la Somme, par Gaston Broquet (1880-1947). Localisé dans les jardins de l’hôpital d’instruction des armées du Val-de-Grâce à Paris.

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BADONVILLER 1914 – Ville martyre sur le front (août 1914)

4 Octobre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

Cet article est consacré à Badonviller et à son « soutien hospitalier » confié en août-septembre 1914 à un médecin militaire de la territoriale, le docteur Veuve. A l’aube de la grande bataille de Lorraine les belligérants se regardent en chiens de faïence par-dessus la frontière. Les troupes françaises qui se sont retirées à dix kilomètres de la frontière laissent le champ libre aux incursions allemandes (Blamont, Cirey-sur-Vezouze, Badonviller). Le service sanitaire est confié aux ressources civiles locales ; l’hospice des vieillards pour ce qui concerne Badonviller. Le 10 août 1914 le 1er corps d’armée bavarois passe la frontière en dépit de la résistance des bataillons de chasseurs à pied placés en couverture. Le 12 août, les Allemands fondent sur Badonviller qu’ils occupent, mettant la ville à sac, au pillage et à l’incendie ; ils abattent douze habitants dont l’épouse du maire et brûlent 84 maisons avant de se retirer. La population civile terrorisée se réfugie à l’hospice et au Château-Fenal mis sur pied par l’Union des Femmes de France. Le 12 août, les Allemands incendient la maison de M. Dubus directeur de la faïencerie qui sert d’ambulance : « l’on eut à peine le temps d’évacuer les blessés ». A l’écurie de l’hôtel de la Gare, deux soldats blessés qui y avaient trouvé refuge sont abattus et leurs corps jetés au feu… Le 14 août, les troupes françaises (105e régiment d’infanterie, suivi des 123e et 139e R.I.) reprennent l’initiative et chassent les Allemands de la ville. Les autorités civiles et militaires lorraines visitent la ville-martyre dès sa libération. M. Léon Mirman, préfet de Meurthe-et-Moselle vient remettre le 19 août la Légion d’honneur à M. Benoît, maire de Badonviller, dont l’épouse a été fusillée par les Bavarois. C’est à cette occasion que le médecin aide-major de 1ère classe Veuve arrive à Badonviller.

Dix jours après sa libération (24 août), au lendemain des échecs de Sarrebourg et de Morhange débute la deuxième période de l’occupation allemande qui se termine le 13 septembre 1914 et est suivie d’une troisième courte occupation allemande (21-25 septembre 1914). La ville reste en définitive au pouvoir des Français durant toute la guerre et subit un bombardement incessant de 1915 à 1918. Le 30 juin 1918 la courageuse population civile restée à Badonviller est définitivement évacuée en raison des bombardements par gaz devenus incessants.

Cette « bataille de Badonviller » qui n’est pas à l’honneur des troupes bavaroises a engendré une marche militaire, la « Badonweiler Marsch » écrite par Georg. Fürst - encore jouée de nos jours – qui pour l’anecdote est donnée comme la « marche préférée » d’Adolf Hitler ancien du 16e régiment d’infanterie bavarois, tous deux de sinistre mémoire.

« Rapport du médecin aide-major de 2e classe (lieutenant) de l’armée territoriale Veuve du service de santé du XVe corps d’armée.

[page 2] Envoyé le 19 août dans l’après-midi de Nancy à Badonviller par ordre de Monsieur le Médecin-chef de l’hôpital militaire de Nancy et sur demande urgente de M. le Préfet du département de Meurthe-et-Moselle [M. Léon Mirman] aux fins d’organisation d’un service de secours, j’ai trouvé à l’hospice civil des vieillards tenu par une communauté de sœurs [de la Doctrine Chrétienne], vingt-cinq lits qui pouvaient être réservés aux blessés militaires, soixante paillasses disposées dans le hangar d’une faïencerie [Fenal] ; une vingtaine de lits au Château-Fenal et respectivement huit et dix lits chez deux particuliers. Ces institutions ou refuges temporaires [rattachés à l’Union des Femmes de France] avaient déjà fonctionné pendant la première invasion des Bavarois du 11 au 14 août 1914.

Le 20 août arrivent les premiers blessés de Sarrebourg, Lorquin et Cirey dont quelques-uns sont transférés à Gray, le plus grand nombre sur les ambulances de Baccarat situées à vingt kilomètres par trains sanitaires. Le lendemain je procède à sept cents évacuations environ sur Gray directement, le service de Baccarat étant très surchargé. A titre temporaire, je maintiens une trentaine d’éclopés dans les différents locaux mis à ma disposition.

Le 22 [août] au matin, l’ambulance n°3 du 21e corps d’armée s’installe dans le hangar de la faïencerie procédant au triage des blessés venant de Cirey. Cette formation qui reste autonome se replie le soir même sur Raon-l’Etape laissant après elle vingt-deux blessés dont la présence ne m’est révélée que le lendemain alors que tout moyen d’évacuation est devenu impossible. [page 3] Pendant cette journée du 22, j’ai procédé également au triage des blessés aux autres hospices ou infirmeries et dont la majeure partie est évacuée à Gray par train sanitaire. Il ne restait le soir qu’une trentaine de blessés que j’ai fait diriger sur Raon-l’Etape en nolisant les trois derniers véhicules restant à Badonviller. Je ne laissais à l’hôpital qu’un blessé grave non évacuable atteint de plaie perforante à l’abdomen avec péritonite et deux cas de rougeole en défervescence.

Le 23 au matin, sur l’indication du médecin civil de l’endroit [docteur Bauquel], j’ai trouvé au hangar de la faïencerie [Fenal] les blessés abandonnés par l’ambulance n°3. Il n’y avait plus à ce moment aucun moyen de transport dans le pays dont la population s’enfuyait sur l’imminence de l’invasion. Le dernier train arrivé au milieu de la nuit vers trois heures était reparti sans blessés puisque toutes les évacuations des blessés directement soumis à mes soins avaient été faites dans la soirée précédente. J’ai donné les premiers soins à ces hommes dont quelques-uns étaient gravement mutilés et je pus terminer les obligations d’urgence avant l’action du feu qui commençait ce jour là à midi pour se prolonger jusqu’au lendemain soir (Bataille de Badonviller).

Avant l’arrivée des Allemands du samedi soir au dimanche matin dix heures, j’avais sollicité des ordres ou des indications nécessaires à la direction de ma gestion. Par l’intermédiaire du maire de Badonviller télégramme a été expédié dans ce sens au préfet. J’ai, par la télégraphie [page 4] militaire, exposé ma situation à Monsieur le Médecin inspecteur du XXIe corps d’armée [médecin inspecteur Loup], télégramme dicté le 24 au matin et que je sanctionnai deux heures plus tard par un essai de téléphonie militaire. Toutes ces tentatives ont échoué par interruption des communications. Devant cette absence de sanction, l’intérêt des blessés résolvait l’incertitude et réclamait mon assistance.

Pendant la période de ma gestion sous [la 2e] occupation allemande du 23 août au 12 septembre, j’ai été confiné par ordre à l’hôpital où j’ai eu à assurer spécialement le service des blessés graves, les autres étaient transférés soit sur des lazarett[e] de campagne, soit sur les hôpitaux de l’arrière. A partir du 2 septembre, il ne restait plus dans le village, à l’exclusion du service de l’hôpital, que six blessés légers chez un particulier et dix autres à l’infirmerie de la faïencerie. J’ai pu, par autorisation spéciale, visiter et contrôler ces alités dont le traitement était dirigé par les soins du médecin civil de la localité [docteur Bauquel].

Le nombre des blessés allemands qui formait au début de leur arrivée la moitié des hospitalisés a été progressivement réduit pour ne plus compter qu’une ou deux unités à partir du 3 septembre. Le reste du contingent des hospitalisés militaires français a oscillé pendant la période du 23 août au 12 septembre entre 25 et 30 unités. Les ambulances allemandes m’ont en outre chargé de traiter six habitants de Pexonne (village situé à 5 km) qui avaient été mutilés par des obus et que j’ai traités pendant [page 5] 10 jours. Quelques blessés français m’ont été retournés par des lazarets allemands, blessés gravement et presque tous mutilés qui ne pouvaient guérir ou se consolider qu’après un long traitement. Ces blessés retenus dans ces lazarets aux fins d’intervention ont presque tous pâti d’une insuffisance de soins, d’une méconnaissance notoire des éléments chirurgicaux. J’ai eu à constater des amputations faites sans lambeaux avec procidence de l’os et moignons inégaux et sphacèlés ; des fractures compliquées avec esquilles [] par l’orifice de la plaie, soigneusement immobilisées sous des plâtres hermétiques déterminant des phlegmons graves ; des plaies sanieuses et des pansements si insuffisants et si peu renouvelés pour y déceler l’apparition des vers. Est-ce incurie, ignorance, faute de temps ou tout ceci à la fois ; les conséquences, si elles n’ont été que quelquefois funestes n’en restent pas moins lourdes dans tous les cas.

Les moyens de traitement ont été rendus difficiles pendant toute cette période par la pénurie d’objets de pansement et par le défaut d’accessoires et d’instruments nécessaires à des interventions même de moyenne importance. La pharmacie de l’endroit était peu organisée et le recrutement d’un matériel convenable a été totalement impossible. Après avoir épuisé les maigres réserves des objets de pansement, il a fallu obvier à ce manquement par l’emploi de matières premières de qualité inférieure comme de l’ouate à molleton, de la bourre de coton, feutre et charpie. Néanmoins ces à peu près ont comblé les exigences, et les résultats ont été normaux et presque bons. [page 6]

Sauf quelques réquisitions, la presque totalité des fournitures de pansement a été faite parles soins de l’hospice dirigé par une communauté de sœurs. Celles-ci par leur assistance et leur dévouement ont donné à une situation très obérée, une aisance et une sollicitude bienfaisantes. Les subsistances ont été fournies parleurs moyens propres et au prix de lourds efforts. Il ne faut pas oublier que les ressources du pays étaient nulles, le ravitaillement impossible et que la lutte était constante pour sauvegarder les maigres intérêts matériels qui subsistaient. L’autorité allemande m’avait bien octroyé la permission de réquisitionner des vivres pour nos malades. J’en usai une fois pour la livraison d’un veau par une ferme des environs. Le lendemain il était réclamé et emmené par l’intendance allemande. Le pain fait par des réserves cachées par la population a pu être distribué très régulièrement et sous le contrôle des allemands.

L’infirmerie de la faïencerie séparée de l’hôpital a résisté au délaissement et à la famine grâce aux soins et au dévouement tous spontanés du jeune J[ean].-B[aptiste]. Vicaire qui s’était consacré volontairement et simplement à ce véritable sacerdoce.

Le service des inhumations (plus de deux cents sans compter celles des chevaux) a été fait régulièrement par Joseph [Roimarnier] et trois hommes. Ce service a été fait en outre consciencieusement et les pièces et valeurs qui ont été trouvées sur les morts m’ont été remises intégralement. J’ai consigné la liste de ces valeurs sur un état que j’ai [page 7] remis au moment de mon départ à Monsieur [Eugène] Lej[e]al percepteur à Badonviller et qui, en qualité de seul fonctionnaire restant, avait été agréé comme maire par intérim par l’autorité allemande. Les valeurs sont restées à Badonviller sous sa sauvegarde et conservées à l’hospice.

Le 12 septembre au jour, le chef de bataillon du [landsturm] allemand n°1 m’a obtempéré l’ordre de partir immédiatement sur Cirey et l’Allemagne, sans avoir pu donner un successeur ou une sécurité aux blessés en cours de traitement et sans avoir averti quiconque, violant ainsi le droit des gens. Dans ce brusque départ une partie de mes bagages, contenant des effets, instruments de chirurgie dont quelques uns appartenant à la Société de la Croix-Rouge de Nancy, mes notes relatant les états et surtout celles de l’état civil des inhumés ; le tout s’est perdu sans espoir de retour. La recherche des identités pourra se faire néanmoins partiellement par les livrets de service et quelques autres pièces que j’ai laissés aux bons soins de la supérieure de la communauté. Les plaques d’identité recueillies, les fiches de diagnostic, les états de roulement des hospitalisés sont restés également aux mains des Allemands.

Le 12 [septembre] au soir, arrivé dans un lazaret de Sarreguemines d’où je fus transféré le 16 dans l’après-midi pour être dirigé sur Stuttgart au lazaret de réserve à la BergKaserne […] ».

Sources : Arch. Musée du Service de santé des armées, au Val-de-Grâce à Paris, carton n° 641 (dos. Veuve).

Pour en savoir plus sur Badonviller 1914 : http://badonpierre.free.fr/guerre/jpcuny2.html

Sur le service de santé de l’armée allemande :

Sur les atrocités allemandes en Meurthe-et-Moselle : John Horne et Alan Kramer. 1914 - Les atrocités allemandes.La vérité sur les crimes de guerre en France et en Belgique. Coll. Texto. Paris : Tallandier, 2011, 674 p.

Sur le service de santé dans la bataille de Lorraine :

Damvillers : Dieuze : Morhange (1) : Morhange (2)

A Paraître en octobre 2013 : Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, France sud-est

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