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Vincent Viet, La santé en guerre, 1914-1918...

18 Juin 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia

Vincent Viet, La santé en guerre, 1914-1918...
Un livre attendu : Vincent Viet, La santé en guerre, 1914-1918. Une politique pionnière en univers incertain, Paris, Presses de Sciences Po, 2015, 662 p.

Enfin !

Voici enfin, même si l’auteur s’en défend, une biographie – une belle cryptobiographie – du radical-socaliste Justin Godart (1871-1956), le premier sous-secrétaire d’Etat au service de santé militaire de la Grande Guerre (juillet 1915-février 1918), parlementaire, avocat, ami de Jaurès, pacifiste militant et « Esculape des Poilus de la Guerre »...

J’attendais cette biographie avec impatience depuis de nombreuses années ; depuis l’époque où j’avais assisté au Val-de-Grâce, à une conférence très documentée de M. François Billange sur son grand-père. J’attendais sa biographie de Godart. Cela ne s’est pas fait. Il revenait à M. Vincent Viet de reprendre la cognée et d’utiliser les fonds documentaires collectés par M. Billange, propagandiste inlassable, hagiographe familial passionné de Justin Godart.

M. Viet, universitaire patenté HDR qui se positionne volontiers au cœur des controverses mémorielles contemporaines, éloigné de tout « ethnocentrisme médico-militaire » - c’est le moins que l’on puisse dire - revisite, « décrypte » pour nous, en douze chapitres passionnants, l’Histoire du service de santé militaire et ses « usages discutables ». Cet ouvrage délicieusement irrévérencieux, parfois outrancier, toujours précis, saura se faire apprécier des passionnés de 14-18… civils et militaires. Enfin du neuf ! Une somme qui va devenir un classique. Enfin… et merci !

Présentation de l’éditeur :

« La première guerre mondiale va provoquer une hécatombe. En quatre ans, elle occasionnera en France près de 1,4 million de morts, 4 millions de blessés hospitalisés, 5 millions de malades et quelque 400 000 victimes de la grippe espagnole.

Dès les premiers jours du conflit, la situation réclame des décisions cruciales : reconstituer le capital humain pour renvoyer les soldats au front est la priorité. Dans cet univers imprévisible, tributaire d'armes nouvelles et exposé aux germes pathogènes, le Service de santé militaire met en place des procédures d’évacuation, de soin, de veille, d’alerte, d’accréditation, de contrôle et de régulation par l’État.

À travers des hôpitaux, des formations sanitaires mobiles et une logistique, tout un système de santé s’instaure, voué à l’urgence médicale, à la protection réciproque des populations civiles comme militaires contre les épidémies et à la réadaptation des mutilés et des traumatisés mentaux. De fait, la période constitue un moment de vérité pour le « gouvernement des risques », puisque le pronostic vital de centaines de milliers de citoyens est engagé, et un cas d’école, puisque pour la première fois les pouvoirs publics ont pleine autorité sur le corps médical.

C’est l’histoire de cette grande politique de santé publique et de cette « médecine d’urgence », pilotées par Justin Godart - futur résistant et juste parmi les Nations -, que cette vaste fresque vient tirer de l’oubli, tout en décryptant les usages discutables de la santé en temps de guerre. »

Sommaire sur le site de l’éditeur

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EXPOSITION - "1915-1919 UN CAMP CANADIEN A SAINT-CLOUD"

10 Juin 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia, #les hopitaux

EXPOSITION - "1915-1919 UN CAMP CANADIEN A SAINT-CLOUD"
BREVE ACTU :

DERNIER MOIS ! – Exposition jusqu’au 12 juillet 1915 au Musée des Avelines à Saint-Cloud

Il reste encore un mois pour découvrir cette très belle exposition inédite sur le service de santé militaire franco-canadien présentée dans le cadre magnifique du musée d’art et d’histoire de Saint-Cloud.

Extrait du dossier de presse :

« A partir d’une très riche collection de cartes postales, objets et films d’époque et du War Diary or Intelligence Summary, journal de guerre tenu par les commandants successifs de l’ hôpital, l’exposition retrace l’histoire du Camp canadien de Saint-Cloud, constitué d’ une équipe médicale francophone, à l’origine québécoise, qui avait pour vocation de soigner les soldats blessés venant du front.

L’ exposition apporte de précieux renseignements sur l’histoire et la vie de cet hôpital militaire et le contexte dans lequel il s’inscrit. Elle retrace les étapes de sa création, son installation sur l’hippodrome, la vie quotidienne des soignants et des patients, les soins apportés aux blessés, les activités proposées pour distraire les poilus en convalescence (jeux de cartes, matchs de baseball, concerts et spectacles), les visites officielles et les remises de décorations (…) »

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AMBULANCE DE L’ ASSOCIATION DES DAMES FRANCAISES (ADF) DE BRUXELLES (13 AOUT-15 OCTOBRE 1914)

9 Juin 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

AMBULANCE DE L’ ASSOCIATION DES DAMES FRANCAISES (ADF) DE BRUXELLES (13 AOUT-15 OCTOBRE 1914)

Une ambulance française à Bruxelles dans la Guerre 1914-1918.

Extrait du bulletin de l’Association :

« L’ambulance de la section des Dames Françaises [Association des Dames Françaises (ADF)] de Bruxelles fut organisée dès le début des hostilités dans les appartements de la Société française de Banque et de Dépôts, mis gracieusement à sa disposition. Le service médical et un service de radiographie furent rapidement installés et deux infirmières diplômées, très au courant de leur profession, organisèrent la salle d’opérations et en assurèrent le service. Un groupe de messieurs remplirent les fonctions de brancardiers, et le ser­vice des salles de malades, de la lingerie et de la cuisine fut confié à des religieuses et à des dames et jeunes filles.

Le 13 août 1914, l’ambulance reçut ses premiers blessés : deux soldats belges, et le 16 août un autre groupe de blessés belges fut amené.

Le 20 août, l’arrivée des troupes allemandes étant signalée, tous les blessés qui se trouvaient à l’ambulance furent évacués par les soins de celle-ci, à l’exception d’un carabinier belge qui n’était pas transportable. Tous les blessés purent éviter ainsi d'être faits prisonniers. A ce moment, une grave résolution dut être prise : l'ambulance devait-elle rester ouverte pendant l'occupation par l'ennemi? Il fut décidé que, conformément aux traditions de la Croix-Rouge, il ne pouvait être fait de distinction entre les nationalités des blessés à soigner et que le devoir imposé à l'Association des Dames Françaises était d'apporter ses soins au soulagement des blessés, quels qu’ils fussent. Au début de l’occupation, certaines ambulances furent utilisées par les Allemands, et celle de l'Association des Dames Françaises fut du nombre, mais, à l’exception d’un de leurs chirurgiens qui vint au début y opérer, le service continua d’y être assuré par le personnel habituel. A cette époque, le Crédit Liégeois ayant gracieusement offert de servir d’annexe à l’ambulance au cas où elle serait débordée, on y envoya une partie des nombreux blessés reçus le 27 août [1914].

Jusqu'au 27 septembre [1914], l'autorité occupante envoya des blessés à l'ambulance, mais, deux jours après, le gouvernement allemand signifia la défense de recevoir de nouveaux hospitalisés ; puis, peu après, ordonna la fermeture.

Il restait alors deux blessés belges et un certain nombre de blessés allemands. L’autorité occupante les laissa ; mais, malgré les protestations du chef de l'ambu­lance et des soldats allemands, elle fit enlever le drapeau de la Croix-Rouge. Le 15 octobre, les derniers blessés allemands furent enlevés et il ne resta plus que les deux soldats belges qui, peu après, parvinrent à s’enfuir au moment où l’on transformait les locaux en bureaux. Quand l’ambulance fut fermée, le matériel fut placé dans les caves de la Société française de Banque et de Dépôts et le linge fut reporté à l’Ouvroir de l’Association des Dames Françaises. »

Le matériel sanitaire ainsi sauvegardé fut employé, de 1916 à 1918, au profit des blessés militaires, tuberculeux et réfugiés (Œuvre des Orphelins français) soignés dans les hôpitaux de Bruxelles et de Charleroi.

Source : Musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce à Paris, cart. n° 252, dos. 1 - Bulletin de l’Association des Dames Françaises, n° 4-9, avril-sept. 1919, p. 46-47.

AMBULANCE DE L’ ASSOCIATION DES DAMES FRANCAISES (ADF) DE BRUXELLES (13 AOUT-15 OCTOBRE 1914)
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LE SERVICE DE SANTE DANS LA BATAILLE DE L’AISNE : NOYON (SEPTEMBRE 1914)

2 Juin 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

LE SERVICE DE SANTE DANS LA BATAILLE DE L’AISNE : NOYON (SEPTEMBRE 1914)

Après Cuts, Carlepont, voici le fonctionnement sanitaire dans l’église de Pontoise-lès-Noyon (Oise), à la ferme du Mériquin, etc.

Rapport de captivité du médecin auxiliaire Baron [117e régiment d’infanterie, 3e bataillon]. « J'ai l'honneur de vous rendre compte des faits que j'ai pu observer durant les dix mois pendant lesquels j'ai été retenu par les Allemands.

J'ai été pris le 15 septembre, à Pontoise près de Noyon, avec un médecin auxiliaire, Mr Dayras, la voiture médicale du bataillon et son conducteur. Nous sommes restés 4 jours à Pontoise pour soigner les blessés français des combats déroulés dans la région. De là, nous fûmes emmenés à l'hospice civil de Noyon où pendant un mois et demi nous avons eu à nous occuper des blessés français qu'on y avait réunis. Nous avons été ensuite conduits en Allemagne, et après un court séjour dans un camp d'officiers prisonniers, à Crefeld, on me dirigea sur Munster, au camp III des soldats prisonniers, le 12 novembre 1914, j'y restai jusqu'au 20 mai 1915. Du 20 mai au 19 Juillet, je fus envoyé au camp de Senne, près de Paderborn, où l'on concentrait les médecins français du 7e [page 2] corps pour leur départ définitif.

Les renseignements que je puis fournir concernent donc : A) La manière dont j’ai vu traiter les blessés ; B) La vie des prisonniers du camp III de Munster [non transcrit]; C) Les faits personnels relatifs à ma pseudo-captivité [transcrit partiellement].

A. Traitement des Blessés

1) Relève des blessés sur le champ de bataille - Elle a été faite par des soldats français prisonniers et par des infirmiers allemands. Quelques blessés se sont plaints d'avoir été dévalisés ; d'autres m'ont dit avoir été bien soignés. J'ai seulement constaté que la plupart arrivaient avec des pansements sommaires assez bien faits par les sanitaires allemands.

2) L'Ambulance - La plupart des blessés français, une centaine environ, furent réunis dans l’église de Pontoise. Ils étaient couchés sur de la paille, préservés du froid par quelques couvertures et des ornements d'église pris à la sacristie par les Allemands. Les matelas, le linge des habitants avaient été en très grande partie pris ou requis par les allemands pour leurs propres blessés. Aucune Croix-Rouge ne fut mise sur l'église dont le clocher servait à des observateurs ennemis.

Soins.- Pendant les deux premiers jours [15-16 septembre], avec mon collègue Dayras, le conducteur de notre voiture médicale et quelques prisonniers, nous avons tant bien que mal donné nos soins à nos malheureux compatriotes. Les objets de pansements et les médicaments provenaient de notre [page 3] voiture médicale ; les allemands d'ailleurs s'étaient emparés de la plus grande partie de son contenu, nous laissant à peine le nécessaire. Nous manquions notamment de morphine et de teinture d'iode. Le 3e jour [17 septembre], une ambulance allemande (*) composée de médecins courtois vint à notre aide, améliora un peu le sort de nos blessés et le nôtre et commença l'évacuation. Malgré tout, nos blessés étaient très mal. L'incommodité des lieux, la pénurie de matériel, l'absence d'aides nous empêchèrent de leur donner les soins désirables. De nombreux pansements se trouvèrent souillés de vers. Nous ne pouvions ni prendre les précautions nécessaires pour les faire, ni les renouveler assez souvent.

Alimentation.- Au début fournie par les corps de troupes qui occupaient Pontoise elle se composait d'un peu de café, 1/4 de soupe le matin, 1/4 le soir. Le 3e jour, le maire fut chargé de pourvoir à l'alimentation des blessés ; ce fut un peu mieux ; les habitants malgré leur propre dénuement apportèrent en outre quelques oeufs, du lait, des fruits que les autorités allemandes ordonnaient de partager avec leurs blessés.

Décès - Les morts furent assez nombreux, une dizaine environ de très grands blessés, surtout des plaies de l'abdomen. Ils furent enterrés au cimetière de Pontoise après que j'eus relevé leur identité. J'ai fourni à I'économe de l'hospice de Noyon tous les renseignements nécessaires qu'il m'était difficile de garder sur moi, ainsi que l'emplacement des tombes avec le nom des morts qui y sont ensevelis. Le curé de Pontoise et l'aumônier du 115e régiment d'infanterie, le Père Doncoeur (*), pris presque en même temps que nous à la ferme du Méricain [Mériquin] purent leur donner [page 4] les derniers secours de la religion. Pour les autres français morts dans les combats du 16 et 17 septembre dans la région de Pontoise et restés en mains ennemies, ils furent enterrés, sur l'ordre des autorités allemandes par les habitants de Pontoise qui nous ont dit que la plupart des cadavres avaient été auparavant détroussés par les allemands. Je ne sais si le maire du village a pris les plaques d'identité.

3) Evacuation vers le lazarett de campagne (*) - Elle commença lorsque tous les blessés allemands eurent été évacués. Les blessés légers sont partis à pied vers Noyon et Chauny et de là en Allemagne, par le train. Les blessés plus graves furent transportés sur des voitures à munition, de retour de la ligne de feu, dans les différentes formations sanitaires de Noyon ; quelques officiers français furent transportés dans une voiture d'ambulance allemande. Les blessés les plus graves furent abandonnés aux soins de la municipalité. Les médecins de l'ambulance allemande, dont nous devons citer l'humanité à l'égard des blessés français, la correction envers nous, se chargèrent de leurs pansements. Nous fûmes nous-mêmes évacués sur Noyon.

4) L'Hôpital de campagne - Dans Noyon étaient installés plusieurs hôpitaux de campagne. On nous affecta à l'un d'eux, l'hospice civil où l'on avait groupé un certain nombre de blessés français dans une, puis deux salles. Beaucoup d'autres blessés français étaient répartis dans l'hôpital [page 5] l'hôpital de la Croix-Rouge (**) et ses annexes.

Soins.- Dans l'hospice de Noyon, nos compatriotes étaient entièrement confiés aux médecins, infirmiers et soeurs françaises, ce qui n'avait lieu pour aucun autre lazarett de Noyon notamment l'hôpital de la Croix-Rouge. Les médecins français étaient sous les ordres des médecins allemands dont ils n'étaient considérés que comme les aides. Les médecins allemands ne pénétraient presque jamais dans nos salles qu'appelés par nous ou pour compter nos blessés. De temps en temps, ils demandaient une liste d'évacuation qu'ils venaient parfois contrôler. Ils furent en général courtois à notre égard. Nous étions cinq médecins français, un médecin civil de Noyon. Le docteur Véroudart, deux médecins aide-majors de réserve, le Dr Molimar [Molinard] du 5e Zouaves (***), le Dr Petit d'une ambulance du 4e Corps (****), le médecin auxiliaire Dayras et moi. Les trois premiers les Drs Molimar [Molinard], Petit et Dayras furent rapatriés le 25 novembre 1914 et ont dû déjà fournir des renseignements sur cette étape de notre séjour dans les lignes ennemies. Des infirmiers militaires et civils nous aidaient ainsi que les soeurs de l'hospice qui faisaient leur devoir avec un dévouement et une bonne humeur réconfortante pour tous. Les objets de pansements, les médicaments étaient la plupart fournis par l'hospice; ce qui manquait, par le Lazarett allemand. Nous avons pu ainsi soigner nos compatriotes dans des conditions matérielles et morales satisfaisantes. Nous n'eûmes à déplorer que quelques décès inévitables parmi de graves blessés et quelques cas de tétanos. Les malades [page 6] français et allemands atteints de tétanos furent soignés sur la demande des médecins allemands, par notre camarade Dayras.

Alimentation.- Au début, les blessés furent très bien nourris par l'hospice. Mais les Allemands qui nourrissaient eux-mêmes leurs blessés, et mal d'ailleurs, exigèrent bientôt que les Français fussent au même régime, ce qui fut atténué par les soeurs qui, en cachette, continuèrent à gâter le plus possible nos blessés.

Correspondance.- Les soldats blessés tant qu’ils furent en France dans les lignes allemandes, n'eurent pas la possibilité de faire savoir leur situation à leurs familles. Quelques officiers seulement et nous-mêmes l'avons pu, grâce à la complaisance d’un officier bavarois soigné à l’hospice qui voulut bien se charger de lettres qu’il mit à la poste en Allemagne.

Décès - A l’hospice de Noyon tous les décès ont été enregistrés et les actes dressés régulièrement. On pourra retrouver là tout ce qui est nécessaire à ce sujet, de même que la trace du passage de tous les blessés français qui y ont été soignés et dont on prenait la fiche signalétique avec les dates d’entrée et de sortie.

Rapports entre les autorités allemandes et l’hospice. Malgré l’attitude correcte des médecins et des gestionnaires du Lazarett, les rapports entre l’autorité allemande et l’hospice étaient difficiles. Les allemands cherchaient à accaparer le plus possible tout matériel, emplacement, personnel. Ce fut surtout sensible, lorsque le lazarett de campagne (*5) fut transformé en Lazarett de guerre (*6), formation sanitaire plus fixe et plus importante, comprenant, outre le personnel habituel, des infirmières allemandes, schwesters ou diaconesses [page 7]. C'est grâce à la fermeté de la Supérieure, aux protestations énergiques du Maire de Noyon, Mr le Sénateur Noël (*7), dont nous avons tous admiré la belle attitude dans ces moments pénibles, que l'hospice put conserver les salles et le matériel à peu près suffisant aux soins des malades civils, et rendre plus agréable la situation de nos blessés. Partout ailleurs, à l'hôpital de la Croix-Rouge, notamment, les Allemands avaient mis la main sur tous les services, qu'ils dirigeaient avec leur dureté coutumière. A la fin d'octobre, l'hospice de Noyon fut consacré aux maladies épidémiques, notamment aux typhiques qui paraissaient assez nombreux dans l'armée ennemie à ce moment. Les blessés français furent évacués sur les formations sanitaires voisines ou en Allemagne. Nous-mêmes nous fûmes expédiés à Créfeld.

5) Evacuation des blessés en Allemagne. - Deux fois par semaine environ nous désignions sur la demande des allemands, des blessés qui devaient être évacués. Le plus souvent c'étaient des blessés guéris ou presque. Quelquefois, sur l'assurance des médecins allemands qu'ils seraient mieux dans un grand hôpital de réserve (*8) en Allemagne, nous avons évacué de grands blessés, que nous ne pouvions facilement soigner. Depuis nous avons appris que ces évacuations ont été parfois très pénibles pour les blessés, mis dans des wagons à bestiaux sur de la paille et laissés sans soins pendant les deux ou cinq jours et plus que durait le voyage. Des confrères qui assistaient au passage de ces trains d'évacuation à la gare de Maubeuge nous ont certifié ces faits.

C. Faits personnels relatifs à ma pseudo-captivité [page 35]

Je suis resté aux mains de l’ennemi dans les circonstances suivantes ; faisant fonction de médecin-aide-major au 3e bataillon du 117e régiment d’infanterie en attendant l’avis officiel de ma nomination pour laquelle j'avais fait deux demandes appuyées favorablement par mes chefs je reçus l’ordre de monsieur le colonel Julien de me rendre, avec le médecin auxiliaire Dayras, qui m'était adjoint, et la voiture médicale du bataillon à la ferme du Méricain [Mériquin] en suivant la route qui va de Carlepont à Pontoise et celle de Pontoise à Cuts. En arrivant à la hauteur d’un petit hameau près de Pontoise nous nous sommes trouvés derrière une ligne de tirailleurs du 104e et nous avons appris que Pontoise était en mains allemandes. Nous avons installé dans ce hameau un petit poste de secours pour soigner les blessés du combat qui se déroulait là, en attendant que Pontoise fut repris par les Français pour continuer notre route. Le combat était dur, l’attaque ennemie énergique, le 104e se replia. Nous sommes restés dans notre poste de secours où nous avons fait des pansements à quelques blessés légers que nous avons pu évacuer de suite, et où nous avions un lieutenant du 104e gravement atteint d’une balle dans la poitrine avec hémothorax abondant. Nous étions alors dans les avant-postes du 115e régiment d’infanterie. Nous étions toujours confiants dans la marche en avant qui progressait depuis quelques jours, nous savions que de nombreux blessés se trouvaient à proximité, que nous ne pouvions relever à cause de la nuit et du manque de personnel, mais que le lendemain nous espérions secourir au plus tôt; nous n’avions aucun moyen [page 36] d’évacuer notre blessé, nous sommes donc restés. Mais dans la nuit les avant-postes français se retirèrent, et le lendemain au petit jour nous étions entourés par les allemands qui nous cueillirent. Le premier contact fut favorable. Nous espérions un moment être renvoyés dans nos lignes le soir même, suivant la Convention de Genève. Mais à Pontoise où l'on nous conduisit, nous fûmes malmenés, fouillés, et sur notre protestation, on nous dit que les Croix-Rouge étaient prisonniers comme les autres.

On nous pris jumelles, revolver, couteaux, trousse médicale, on nous laissa toutefois notre argent. On nous emmena à l'église de Pontoise où commençaient à arriver des blessés français du combat de la veille. Pendant ce temps notre voiture médicale était mise au pillage. Mes objets personnels, ainsi que ceux de mon collègue Dayras furent volés. Les paniers de pansement, de médicaments furent pris par les médecins qui nous donnèrent à peine le nécessaire pour soigner nos blessés. Pendant deux jours nous avons été dans de pénibles conditions, couchant parmi les blessés sur de la paille dans les stalles de l’église, mangeant 1/4 de soupe le matin, un autre quart le soir, et ayant un travail considérable et pénible. Au bout du deuxième jour, sur l'intervention des médecins d’une ambulance allemande, nous avons pu aller coucher et manger chez des habitants. Le quatrième jour on nous conduisit en voiture à Noyon. Là, nous avons été aussi bien que possible, malgré un petit incident au début : la Kommandatur prétendait [page 37] une fois notre travail terminé à l’hôpital, nous faire coucher dans une salle de la mairie sur de la paille, et gardé par des sentinelles. Les médecins allemands intervinrent et nous fûmes réintégrés dans l’hospice où nous avons été logés et nourris par l’administration. Nous étions parfaitement, à condition de ne pas sortir et d’éviter le plus possible le contact avec les casques à pointe. Les médecins allemands étaient corrects avec nous, et, nous pouvions à peine nous plaindre de leur manque de délicatesse, en ce qui concernait la guerre notamment, qui parait si normale chez les meilleurs d’entre les Allemands.

Le 26 octobre, on nous envoya en Allemagne. On nous fit voyager dans un wagon de deuxième classe, soigneusement, fermé à clef, pour éviter les indiscrétions de la population, nous disait-on, et gardés par des sentinelles. On oublia de nous ravitailler en vivres, heureusement nous avions prévu le cas. Deux jours après l’arrivée à Créfeld, où on nous logea au camp d’officiers prisonniers. Là, les médecins subissaient un traitement de faveur, liberté plus grande tout au moins, et droit de sortir seul en ville, à condition d'être en civil. Nous étions inoccupés attendant, nous disait-on notre rapatriement, ce qui fut vrai pour la plupart de mes camarades qui revinrent en France le 25 novembre. Le 12 novembre, je reçus l’ordre d’aller au camp de Munster […] ».

Notes :

(*) Père jésuite, Paul Doncoeur (1880-1961). Sur lui : Pierre Mayoux. Paul Boncoeur, aumônier militaire. Paris : Presses d’Ile-de-France, 1966, 243 p. et aussi : De Grandmaison (Léonce), recueil. Impressions de guerre de prêtres soldats. T. 1, Paris : Plon-Nourrit, 1916-1917, 332 p. (p. 170 et suiv.), dans lequel ouvrage le père Doncoeur a laissé une relation : De Noyon à Krefeld. Deux mois et demi dans les lignes allemandes, pp. 160-205 ; sous-titres pour notre sujet : Le Mériquin (p.160-170) et Noyon (p. 170-184).

(**) Hôpital auxiliaire n° 31, Pensionnat Notre-Dame de Saint-Thomas de Villeneuve.

(***) Il s’agit du médecin aide-major de 1ère classe Elie Molinard, du 4e bataillon du 2e Zouaves.

(****) Médecin aide-major de 2e classe P. Petit, de l’ambulance n° 2/4, prisonnière à Carlepont.

(*5) feldlazarett ou hôpital de campagne, équivalent aux ambulances divisionnaires françaises.

(*6) Kriegslazarett ou hôpital de guerre (implanté dans la zone des étapes).

(*7) Charles-Ernest Noël (1847-1930), sénateur-maire de Noyon.

(*8) Reserve-lazarett, hôpital d’infrastructure sur le territoire allemand.

Sur le service hospitalier allemand à Noyon lire la chronique très vivante de Sœur Saint Eleuthère, sœur de Saint-Thomas de Villeneuve (1874-1958) : Occupation allemande de Noyon, 1914-1917. Les carnets de guerre d’une sœur infirmière. Louviers : SHASN-Ysec, 2003, 144 p.

Sources :

Archives du musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 633, dos. 25 (Baron) ; n° 638, dos. 21 (Molinard) ; n° 639, dos. 11 (Petit).

Cf.Historique du 2e régiment de marche de zouaves (37e DI) sur les combats de Cuts, Laigle, Carlepont.

Sur les formations hospitalières de l’Oise et de l’Aisne, dont Noyon : Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, tome 5, à paraître en 2015, aux éditions Ysec.
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