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BAPAUME 1914 – HOPITAUX DU PAS-DE-CALAIS DANS LES COMBATS (3/3)

24 Avril 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

BAPAUME 3e partie

Rapport du médecin aide-major de 1ère classe Raymond Français (A)

(…) « j’appartenais à l’ambulance de la 1ère division de cavalerie et c’est le 28 septembre 1914 qu’en relevant des blessés tombés dans sous le feu des mitrailleuses allemandes devant Courcelles-le-Comte (P.D.C.) j’ai été capturé avec le Docteur Page et le Docteur Bailly-Salin, aides-major de 1ère classe de réserve. En même temps que nos deux aumôniers militaires Mg Mayol de Lupé (B) de la 1ère Division de cavalerie et l’abbé Soury-Lavergue de la division Baudemoulin (C), 15 infirmiers, 6 voitures légères et nos chevaux de selle, ont été pris.

Les blessés que nous relevions ont été également amenés dans les lignes allemandes.

C’est un détachement composé d’une douzaine de fantassins conduits par un sous-officier qui nous a entourés et capturés. Nous avons fait observer au sous-officier que nous étions médecins, munis de brassards, que nos blessés étaient déjà placés dans des voitures sur lesquelles flottaient le fanion de la Croix de Genève ; il parut un instant ébranlé par nos protestations et envoya un de ses hommes demander des instructions.

La réponse revint quelques minutes après ; l’ordre était [page 1] d’amener les blessés et les médecins immédiatement et de tirer sur quiconque résisterait. Toutefois ajouta-t’on, le général fait dire que les médecins ne seront pas prisonniers (nicht gefangen).

L’ennemi à ce moment évacuait précipitamment Courcelles-le-Comte que le tir de notre artillerie rendait intenable.

Conduits au village de Béhagnies nous avons installé les 15 blessés dans une petite maison appartenant à Madame Théry. Les allemands nous y ont laissés pendant 3 jours sous la garde de soldats armés, sans nous procurer aucun secours en matériel de pansement et de la teinture d’iode. Madame Théry nous a donné du lait et des pommes de terre grâce à quoi nous avons pu alimenter nos blessés.

Quatre d’entre eux ont succombé. Nous les avons inhumés sur le talus de la route Arras-Bapaume en face de la maison Théry. Le 1er octobre les Allemands nous ont invités à signer un billet de réquisition pour transporter nos blessés à Bapaume dans une voiture appartenant à un propriétaire du village. Nous les avons installés dans une fourragère et sous l’escorte de soldats allemands on nous a dirigés sur le collège St-Jean-Baptiste à Bapaume (D).

Cet établissement était transformé en hôpital et ne contenait que des blessés français, appartenant pour la plupart à des régiments territoriaux.

Nous y avons installé nos propres blessés.

Avec le concours du Supérieur l’Abbé Grégoire Ledoux et de plusieurs dames nous avons pu les soigner sans tout d’abord recourir aux Allemands.

Vers le 8 octobre le manque de vivres obligea le Supérieur à s’adresser à eux. Ils fournirent immédiatement les rations de pain et de viande nécessaires. Le 10 octobre tout un personnel médical, accompagné de très nombreux infirmiers et de diaconesses, veut prendre possession de l’hôpital. Le médecin chef de cette formation, Docteur Schwerer nous informa que nous allions être « conformément à la Convention de Genève » renvoyés en France par la Suisse. »

Ils sont envoyés au camp de Parchim (Mecklembourg) où ils séjournent du 14 octobre au 23 novembre 1914. Le docteur Français sera libéré le 17 décembre 1914.

(A) - Jean-Pierre Victor Raymond Français (1875-1952). Chirurgien militaire. Chevalier de la Légion d’honneur (20 juillet 1916). Soldat (1896). Médecin auxiliaire de réserve (1898). Médecin aide-major de 2e classe (16 octobre 1907). Médecin aide-major de 1ère classe (4 février 1910). Ambulance de la 1ère division de cavalerie (2 août 1914). Fait prisonnier au combat de Courcelles-le-Comte (28 septembre au 17 décembre 1914). Hôpital militaire de Châlons (20 décembre 1914). Médecin major de 2e classe (12 février 1917). Affecté à l’ambulance chirurgicale automobile (Autochir) n°8 (14 avril 1917). Médecin chef de l’ambulance chirurgicale automobile n° 19 (16 juillet 1917).

(B) - Jean de Mayol de Lupé (1873-1955). Prélat catholique. Aumônier militaire (active) de la 1ère division de cavalerie. Prisonnier de guerre (1914). Libéré (1916). Blessé (1918), plusieurs citations. Anticommuniste, collaborateur notoire, aumônier de la Légion des Volontaires Français (1941), division SS Charlemagne (1944). Condamné à la Libération, emprisonné, libéré (1951).

(C) - Beaudemoulin Antoine (1857-1927). Général de division. Inspecteur général de la cavalerie du camp retranché de Paris (9 août – 11 octobre 1914).

(D) - Voir 1ère partie, « Bapaume 1914 »

Rapport de captivité du médecin aide-major de 1ère classe Page, de la 1ère division de cavalerie.

« Je faisais partie de l’ambulance divisionnaire de la 1ère division de cavalerie avec Raymond François [Français] (de Paris) fait prisonnier avec moi à Courcelles-le-Comte (Pas-de-Calais) sous les ordres du docteur Couillaud, médecin de l’active. Nous quittâmes Paris le 4 août et fîmes toute la campagne de Belgique : prenant contact avec l’ennemi le 9 à Bois Borsu au sud de Liège, nous ne l’avons plus quitté jusqu’à Mantes (S. et O.), ayant chaque jour un combat. Nous avons assisté aux batailles de Dinant, de Charleroi, de Bapaume, de Péronne. Après deux jours de repos au sud de Versailles nous reprenions le combat à Gonesse, Dammartin, Nanteuil (Bataille de la Marne) ; nous assistâmes ensuite à la 2e bataille de Péronne et aux combats autour de Bapaume. C’est dire qu’en peu de temps nous avons pu voir et juger pas mal de choses.

Le rôle de l’ambulance divisionnaire, du moins tel que nous l’avons vu fonctionner, consistait surtout à évacuer les blessés et les rares malades que nous avions en temps ordinaire ; à nous installer dans une ferme ou une croix rouge que nous transformions.

Nous étions partis, le Docteur Français et moi, accompagnés du Docteur Bailly-Salins [Salin] du 6e dragons, rencontré sur le chemin [page 2] des aumôniers Mayol de Lufi [Lupé] et Soury-Lavergne, qui avaient tenus à venir aussi, pour relever les blessés d’un combat qui avait été assez malheureux, en avant du village de Courcelles-le-Comte. Nous trouvons là un sous-officier allemand (combattant) qui avec elle de cinq ou six de ses hommes, empilait nos compatriotes blessés sur une voiture de paysan. Je l’interpelle en allemand petit nègre, lui disant que ces blessés sont à moi, médecin militaire français et non à lui. Il ne veut pas les lâcher. Nous insistons et commençons à les mettre sur les voitures de notre ambulance. J’avais avec moi 15 infirmiers et un brigadier. Il envoie, soit disant un de ses hommes chercher des ordres, et il revient en disant : « ordre du général, vous devez amener vos blessés jusqu’au prochain village – à 500 mètres – et là l’ambulance sera libre ». Nous lui faisons répéter – « oui, oui, nicht gefangener ». Et il ajoute me mettant sa carabine sur la poitrine. « Si vous ne venez pas, je tire ». Nos voitures étaient pleines, bien à contre cœur nous les suivons. On nous fit faire 6 kilomètres à travers champs, sans qu’il nous fût permis de panser, de soulager nos blessés qui hurlaient, d’arrêter les hémorragies qui fusaient. On ne nous arrêta qu’au village de Hihagnier, sur la grand’ route de Bapaume à Arras. Là nous étions au milieu de 4 ou 500 Allemands. En clin d’œil nos chevaux ont disparu [souligné dans le texte], nos sacoches sont vidées et leur contenu fait la joie des lâches qui nous entourent, nos manteaux, nos trousses professionnelles nous sont enlevées ; un officier m’arrache mon révolver et mon porte cartes, un sous-officier m’arrache mon bracelet montre ; On nous donne l’ordre de descendre nos blessés ; à mesure qu’elles sont vides nos voitures sont enlevées vidées de leur contenu (objets de pansement, paniers de chirurgie.) les fanions sont brisés, les coffres mis au pillage. [page 3] Une 1/2 heure après, nous nous trouvons 15 blessés, (un mort en cours de route, faute de soins) 16 infirmiers et 3 médecins dans les trois pièces exigües de la chaumière de Mme Théry. Nos aumôniers ont été emmenés vers Bapaume ; des hommes à baïonnette sont à toutes les issues de la chaumière ; la foule hurlante des soldats vient nous insulter à travers les vitres. Nous avons installé nos blessés sur de la paille, sur les matelas de la maison ; nous avons pu sauver du pillage [1112 ?] paniers de pansement, nous commençons notre office et faisons de notre mieux. Les blessures étaient presque toutes graves : un capitaine avait reçu 4 balles dont une dans le poumon (hémopthysie), un brigadier avait 6 balles dont une dans la vessie, un maréchal des logis avait 2 fractures du crâne, un homme avait 3 balles dans la tête, et une fracture de jambes, etc. Nous retrouvons dans nos poches de la morphine et une seringue ; - ce qu’à été notre vie pendant 3 jours et 3 nuits dans cette chaumière exigüe, sans autre nourriture qu’un peu de lait que notre vieille hôtesse Mme Théry allait chercher le soir au risque des coups de fusil et que des pommes de terre qu’elle retrouva dans sa cave. Car les Allemands nous laissèrent 3 fois 24 heures sans nous donner à manger pour nos blessés et pour nous. Trois de nos blessés sont morts et nous les avons enterrés sur le bord de la route, sous nos fenêtres. Le 4e jour enfin, on nous offrit à manger dans un baquet en bois une ratatouille infâme, que bien peu purent toucher malgré leur appétit, et on nous évacua, nos blessés et nous, sur Bapaume. Notre triste cortège fut abreuvé d’injures et de moqueries pendant le trajet.

A Bapaume on nous installa dans un collège ecclésiastique St-Jean-Baptiste, transformé en hôpital ; là au [page 4] moins nous avons pu soigner convenablement et installer confortablement nos blessés. Nous avions pris chacun un grand dortoir, divisé nos infirmiers par salle ; nous avions même arrangé une salle d’opérations ; les Allemands nous envoyait les blessés qu’ils recueillaient dans les champs de bataille des environs ; rapidement nous eûmes chacun le Docteur Français, le Docteur Bailly-Salines [Salin] et moi une trentaine de blessés que nous pouvions vraiment bien soigner. Nous étions d’ailleurs aidés par des femmes admirables du pays dont les maris étaient à l’armée ; dont les maisons avaient été pillées, qui devaient encore loger des garnisaires allemands et qui nous donnaient encore en plus de quelques douceurs pour nos malades, leur dévouement et leurs soins délicats. Nous avons fait deux énucléations d’œil, une amputation pour gangrène, des extractions de balles et d’éclats d’obus, etc.

Le 8e jour, arrivèrent les médecins et le nombreux personnel d’un feld lazaret allemand qui venait s’installer à notre place. Leur outillage était très complet, leur personnel bien stylé, leurs objets de pansement en abondance. Les infirmiers sont des professionnels soldats et des Johannistes : ceux-ci sont des volontaires « freiwillig » embrigadés dès le temps de paix ; les infirmiers qu’ils appellent « schwests » [schwester] ne sont pas des religieuses mais des infirmières des grands hôpitaux de l’Empire. Celles-ci des hôpitaux de Düsseldorf. – Le docteur Schwerer (de Baden-Werler [Weiler]) réserviste, médecin chef, a été avec nous et nos blessés corrects, courtois, même aimable. Il fit tout son possible pour nous faire relâcher et quand il nous embarqua le 10 octobre à la gare de Bapaume, il nous dit que nous rentrions en France par l’Allemagne et la Suisse. – il paraissait sincère. (…) »

Dans les faits, ils seront conduits au camp de Parchim (Mecklembourg).

(FIN)

Bapaume (1ère partie) - Bapaume (2e partie)

Pour en savoir plus :

Le service de santé de l'armée allemande (1914-1918)

Sources : Arch. Musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce à Paris, carton n° 636 (Français), carton n° 639 (Page).

Mis à jour : 13 janvier 2014.

Avec l'aimable autorisation de M. Thierry Liégeois - Dessins au crayon, datés de novembre 1914, des docteurs Raymond Français et Page, réalisés au camp de Parchim (Mecklembourg) par un dessinateur resté anonyme. M. Thierry Liégeois - thierry_9@hotmail.fr - recherche l'auteur de ces dessins.

Avec l'aimable autorisation de M. Thierry Liégeois - Dessins au crayon, datés de novembre 1914, des docteurs Raymond Français et Page, réalisés au camp de Parchim (Mecklembourg) par un dessinateur resté anonyme. M. Thierry Liégeois - thierry_9@hotmail.fr - recherche l'auteur de ces dessins.

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LES ARCHIVES MEDICALES DE LA MARINE DU PORT DE BREST (1914-1918)

21 Avril 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #recherche archives documentation, #Bretagne 1914-1918

LES ARCHIVES MEDICALES DE LA MARINE DU PORT DE BREST (1914-1918)

Le dépôt d’archives médicales et hospitalières relevant du ministère de la Défense le plus connu, le SAMHA de Limoges (A) n’est pas le seul organisme détenteur de ce type de documents. La Marine Nationale possède ses propres dépôts dans les ports de Brest, Toulon, Cherbourg, Lorient, Rochefort dans lesquels sont conservés dans la série F (service de santé) certaines archives médicales et hospitalières.

Ces documents médicaux sont communicables dans un délai de 120 ans (-18 ans) à compter de la date la plus récente reportée sur le registre. Des dérogations pour la communication sont possibles (Loi n° 2008-696 du 15 juillet 2008).

Les archives du service de santé de la Marine à Brest (cote F)

A Brest, les archives conservées sous la cote F (service de santé) constituent un fonds important pour la période de 1855 à 1972. Ces archives sont diverses : administratives (1F), médico-hospitalières (3F), matriculaires du personnel sanitaire (4F) :

Sous-série 1F – Direction du service de santé de la 2e région maritime (1914-1969), hôpital maritime de Brest (1930-1969) et hôpital Bel Air de Landerneau (1944-1952)

Sous-série 3F – Service de santé de la 2e région maritime, hôpital maritime (1886-1972)

Sous-série 4F – Service de santé de la 2e région maritime. Personnel (1855-1962)

La sous-série 3F (1200 articles en 148 cartons) nous intéresse aujourd’hui, car c’est elle qui contient les pièces médico-chirurgicales se limitant, presque exclusivement, à des registres et cahiers d’enregistrements (statistique médicale, passage au conseil de santé, enregistrement journalier des entrées, enregistrement mensuel des entrées, décès, autopsies, examens, analyses de laboratoire, incurabilité, causes de décès, etc.). On notera dans ce fonds l’absence de dossiers individuels et de pièces isolées, hormis pour les feuilles d’observations, par exemple.

Les formations hospitalières à Brest, en 1914-1918

Elles relèvent tant des départements de la Guerre que de la Marine et sont placées durant la guerre sous la direction du directeur du service de santé de la 2e région maritime (circ. N° 8758-2/7 du 1er octobre 1914). Les archives médicales des hôpitaux relevant de la Guerre sont conservées au SAMHA de Limoges ; ces hôpitaux possèdent une numérotation particulière à Brest et sont classés de 1 à 13 pour les hôpitaux complémentaires. La place de Brest dispose également de deux hôpitaux auxiliaires, numérotés 5 et 104, classés parmi les formations sanitaires de la 11e région militaire de Nantes, dont dépend le département du Finistère. Il n’existe à Brest aucun hôpital bénévole et très peu de filiales ou annexes à ces hôpitaux temporaires.

Nota : Il est à noter que les hôpitaux de la Marine (cf. infra) ont accueilli des milliers de soldats durant la guerre ; ils sont enregistrés dans des registres marqués « Guerre » ou, à la suite, en fin de registre « Marine ». Les généalogistes doivent en tenir compte car un soldat de l'armée de terre peut avoir été accueilli à l'hôpital maritime (archives à Brest) puis évacué sur un hôpital temporaire de l'armée de terre de Brest ou un hôpital dépôt de convalescents (attente de réforme), dépôt de la Marine de Kervallon, par exemple, dont les archives sont à Limoges...

Les formations sanitaires relevant de la Marine sont organisées autour de l’hôpital maritime, appelé aussi hôpital principal de la Marine (1445/1780 lits) ; elles comprennent trois hôpitaux principaux : l’hôpital temporaire des Mécaniciens (650 lits), l’hôpital temporaire de l’Arsenal, dit aussi du Bagne (660/930 lits), l’hôpital du lazaret de Trébéron (200 lits). Le port de Brest possède également un réseau d’infirmeries du port, appelées « ambulances ».

Recherche dans les fonds documentaires : information pour les généalogistes

La recherche documentaire dans la sous-série 3F est particulièrement délicate et fera reculer de nombreux généalogistes pressés. En effet, les registres qui constituent la majeure partie de la documentation sont tenus par « salle » (traduire « service » dans la Marine). Ce qui donne, à titre d’exemple, pour le seul hôpital principal jusqu’à 27 séries de registres avec des enregistrements journaliers ou mensuels, parfois particuliers pour les militaires (Guerre), les marins (Marine), les officiers, les agents civils, etc., répartis dans des cartons différents dont le remplissage a été optimisé au préjudice de la cohérence.

A titre d’exemple, le détail du carton n°42 : Pièce 3F360. Enregistrement journalier des malades, salle 17-19, Marine, août-décembre 1939 – 3F361, ibid., déc. 1939-août 1940 – 3F362, Enregistrement journalier des malades, salle 18, Marine, août 1912-déc. 1920 – 3F363, ibid., jan-déc 1913 – 3F364, ibid., Marine, nov. 1914-juin 1915 et Guerre, nov. 1914-juin 1915 – 3F365, ibid., Guerre, oct. 1916-mars 1917 – 3F366, ibid., Guerre, avril-déc. 1917 – 3F 367, ibid., Guerre, jan-sept. 1918.

En conclusion : Il est préférable de s’en remettre aux archivistes experts de la Marine à Brest… ou de disposer de beaucoup de temps que vous passerez dans un dépôt à l’accueil agréable et au service rapide et de qualité.

(A) – Service des archives médicales et hospitalières des armées, 23 rue de Châteauroux, BP 21105 - 87052 Limoges Cedex 2

Contact : Service Historique de la Défense-Marine, CC 46, 29240 Brest-cedex 9.

Pour en savoir plus sur Brest et/ou la recherche documentaire dans les archives de la Marine : Jacques Vaché, à Brest et Tréberon

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BAPAUME 1914 – MEDECINS FRANÇAIS PRISONNIERS DANS LES FELDLAZARETTE ALLEMANDS (2/3)

17 Avril 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

BAPAUME 1914 – MEDECINS FRANÇAIS PRISONNIERS DANS LES FELDLAZARETTE ALLEMANDS  (2/3)

 

Cet article est le 2e volet de « Bapaume 1914 » faisant suite aux témoignages des docteurs Petel et Samain (voir article du 13 avril 2013). Il est consacré aux médecins français prisonniers qui poursuivirent leurs activités au profit des blessés français regroupés dans les hôpitaux de campagne du IIe corps d’armée de la Ière armée allemande au lendemain des combats de Beugny et de Sailly-Saillisel (25-28 août 1914).

 

Au feldlazarett n°4 de Moislains (Somme) après la bataille.

Extrait du rapport du médecin aide-major de 2e classe Lusseau, évadé des lignes allemandes le 16 septembre 1914, sur les circonstances qui ont accompagné sa captivité et les remarques d’ordre médical qu’il a faites.

« Etant médecin auxiliaire à la compagnie 12/13 du 6e Génie (62e division de réserve), j’ai été fait prisonnier dans la matinée du 28 août 1914, au cours du combat de Moislains (Somme).

J’ai été emmené d’abord dans le village de Manaucourt, puis le 30 août dans celui de Moislains, ainsi que le Docteur Papin, médecin auxiliaire au 5e bataillon du 308e régiment d’infanterie.

A Moislains était installé, dans l’usine de tissage Schwoob, le feld lazaret n°4 du IIe corps d’armée allemand, comprenant 5 médecins, une cinquantaine d’infirmiers ou brancardiers et une garde de police.

En outre de plusieurs centaines de blessés allemands, il s’y trouvait 337 blessés français, dont nous avons dès lors assuré les soins.

Le Feld Lazaret a quitté Moislains le 9 septembre et a été remplacé le même jour par le Kriegs-lazaret correspondant qui y a séjourné jusqu’au 14 septembre. Des 337 blessés français, 263 ont été évacués par l’ambulance allemande : 85 le 1er septembre ; 57 le 7 septembre ; 94 le 8 septembre ; 23 le 10 septembre ; 4 le 14 septembre. D’autre [page 2] part, 24 sont décédés, dont 7 par tétanos.

Je dois dire que les médecin[s] et infirmiers allemands se sont montrés corrects vis-à-vis de nous tous. [souligné dans le texte].

Le kriegs-lazaret a quitté Moislains le 14 septembre avant midi, emmenant son personnel, son matériel, et les blessés allemands, nous abandonnant, les 2 médecins, 10 infirmiers et 50 blessés français, dans le village.

Les 14 et 15 septembre, j’ai pourvu par moi-même à l’alimentation des blessés et du personnel. Puis j’ai réquisitionné 22 voitures ou chariots attelés, et j’ai transporté les blessés à Bapaume, que j’avais lieu de croire inoccupée par l’armée allemande.

Je n’ai laissé à Moislains que 8 blessés, que le docteur Papin et moi considérions comme intransportables. Ils ont été remis aux soins de la municipalité et du médecin civil de l’endroit, Monsieur le docteur Pouret.

Le 16 septembre à midi, tous les blessés étaient remis à l’hospice civil de Bapaume, entre les mains des 2 médecins de la localité.

Considérant dès lors notre tâche comme terminée, nous avons rejoint les lignes françaises et la Place de Paris, qui nous a dirigés sur nos dépôts. – A Angers, le 14 mars 1915. Dr Lusseau. »

 

Au Feldlazarett n°2 de Sailly-Saillissel (Somme)… après la bataille.

« Extraits du rapport du médecin aide-major de 1ère classe Decherf, de l’hôpital auxiliaire n°15 à Besançon sur sa captivité en Allemagne (août 1914-juillet 1915).

A – Violation de la Convention de Genève. – A Sailly-Saillissel nos blessés restent sans soins pendant plusieurs jours jusqu’à l’arrivée du médecin Decherf ; les médecins allemands s’occupent exclusivement de leurs blessés. Plusieurs des nôtres ont des plaies infectées dans lesquelles se trouvent même des vers. Ils ne sont nourris que de pain. Il a été défendu aux habitants de leur porter des vivres, on s’est également opposé à ce qu’on les porte dans les locaux vides. Ils sont parqués dans une cour d’école. (…)

I – Séjour dans les lignes allemandes, du 1er au 5 septembre 1914, à Sailly-Saillissel.

Attaché à l’hôpital militaire de Lille au lendemain de la mobilisation, j’obtins dès le 24 août 1914, l’autorisation de rechercher les blessés sur les différents champs de bataille des environs de cette ville. Je pus ramener ainsi un assez grand nombre de blessés de Wannehain, Cysoing, des environs de Tournai, d’Arras, de Bapaume, de Morval, de Guichy, etc. Le 1er septembre, chargé d’évacuer sur Lille tous les blessés de l’hôpital de Bapaume et des villages environnants, l’adjoint au maire de Bertincourt, commune située au sud de Bapaume, m’apprit que 300 à 400 blessés français (A) se trouvaient sans soins, sans nourriture et sans abri, à Sailly-Saillisel, village situé à quelques kilomètres de là. Nos compatriotes avaient été faits prisonniers par les allemands, faisant partie de l’arrière-garde de la colonne Von Kluck. Je m’y rendis le jour même avec des infirmiers et trois autos chargées de matériel de pansement.

Mon arrivée à 6h du soir, donna lieu, de la part du feldwebel allemand de garde à quelques brutalités à mon égard. Conduit auprès de l’officier du poste, je lui dis avoir reçu l’ordre d’apporter le matériel nécessaire pour donner mes soins aux blessés français dont il avait la garde. Il me demanda des pièces justificatives. Je lui montrai mon ordre de mobilisation. Il me fit loger dans une chambre où se trouvaient déjà cinq officiers français blessés assez grièvement à la bataille de Bapaume le 28 août précédent. (Je retrouvai l’un d’entre eux plus tard à la citadelle de Mayence).

Dès le lendemain matin, je me mis à la besogne avec mes infirmiers et toute la journée fut consacrée à faire des pansements à nos malheureux blessés, délaissés par les allemands. Une partie d’entre eux, les moins gravement atteints étaient parqués dans la cour de l’école, sans avoir l’autorisation de se réfugier la nuit dans les différents locaux. Les autres, les plus atteints, étaient couchés pèle mêle, sur de la paille, dans l’église du village. Comme nourriture, ils n’avaient reçu qu’un peu de pain [n.p., page suivante] et de l’eau. Défense était faite aux habitants de leur apporter des aliments. Aussi, grande fut leur joie de voir arriver notre petite expédition. La population fut autorisée à leur donner des vivres, et dès le lendemain de notre arrivée, tous nos blessés passaient la nuit, dans les différentes salles de l’école, converties en dortoirs improvisés.

Les 2 médecins allemands du poste s’occupaient activement à soigner les blessés allemands, délaissant les nôtres. C’est ainsi que je pus voir plusieurs plaies infectées renfermant des vers.

Tous les blessés furent pansés une ou deux fois, suivant les besoins et toutes les fractures de jambe ou de cuisse reçurent un des nombreux appareils que nous possédions. Je dois rendre cette justice aux 2 médecins allemands du poste, que toute latitude me fut donnée pour panser nos blessés, ils se réservaient les opérations chirurgicales auxquelles nous ne pouvions assister. Un certain nombre de nos blessés présentèrent des signes de tétanos au début, les médecins allemands n’injectaient pas de sérum antitétanique, ils ne croyaient pas, disaient-ils à l’efficacité de ce produit et lui préféraient l’ancien traitement par le ch.. (?) et la morphine. En réalité, par cette façon de faire, ils cherchaient à dissimuler tout simplement leur manque de sérum. Chaque soir à 6h 1/2, un convoi d’autos arrivait dans le village et emmenait à l’hôpital d’évacuation de Cambrai un certain nombre de blessés ; tous les blessés allemands furent évacués avant les nôtres. Je vis partir ainsi 3 tétaniques. Le 5e jour, quand tous nos blessés eurent été évacués, la colonne allemande se remit en marche sur Paris, on me rendit mes infirmiers, mes autos et ma liberté.

A Sailly-Saillissel existait une fabrique de soieries ; le 1er acte des allemands en arrivant dans le village fut d’y mettre le feu.

Je n’avais aucun rapport avec les médecins allemands du poste, toutefois chaque jour vers 5 heures, je les rencontrais dans le village et ils me mettaient au courant des nouvelles de la guerre. (…).

En terminant, je tiens à rendre hommage à toute la population de Sailly-Saillissel qui rivalisa de zèle et de dévouement pour soulager nos blessés. »

 

Le docteur Decherf reprit son service à l’hôpital militaire Scrive de Lille, du 13 octobre 1914 au 7 mars 1915 puis il fut envoyé comme prisonnier de guerre à la citadelle de Mayence, puis au camp de Langensalza, du 7 mars au 17 juillet 1915.

 

A – 880 blessés dont 470 français seront pris en charge au Feldlazarett 2 du IIe corps d’armée allemand à Sailly-Saillisel.

(A Suivre)

 

Sources : Arch. musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce, Paris, cartons n°634 (Decherf) et 637 (Lusseau)

Photo : Carte postale représentant l’usine Schwoob de Moislains (Somme), où s'implanta le Feldlazarett n°4 du IIe corps d'armée allemand.

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BAPAUME 1914 – HOPITAUX DU PAS-DE-CALAIS AU CŒUR DES COMBATS… (1/3)

13 Avril 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

BAPAUME 1914 – HOPITAUX DU PAS-DE-CALAIS AU CŒUR DES COMBATS… (1/3)

Les hôpitaux de Bapaume reçoivent les blessés des combats de Beugny, de Moislains et de Sailly-Saillisel (août 1914).

Je vous propose aujourd’hui le premier d'une série de trois articles sur « Bapaume 1914 » qui traite des hôpitaux de Bapaume à travers les témoignages inédits des docteurs Pétel et Samain. Un second article présentera le service sanitaire des champs de bataille, occupés par les Allemands, de Moislains et de Sailly-Saillisel et de ses blessés abandonnés par centaines durant plusieurs jours ; le troisième, complétera les précédents et signalera deux figures d’aumôniers, celle de l’abbé Soury-Lavergne et celle beaucoup plus controversée – qui se fera un « nom » durant la Seconde guerre mondiale – de Mgr Mayol de Lupé, l’aumônier de la division SS Charlemagne.

A la fin des trois premières semaines de la guerre, les armées alliées retraitaient, pressées par les Allemands. Dans le nord, le groupe de divisions du général d’Amade livrait des combats retardateurs contre l’aile gauche de la Ière armée allemande qui descendait en direction de Paris. Le front était mouvant. Les engagements étaient nombreux et souvent de peu d’importance, le fait de troupes allemandes d’avant-garde qui tâtaient les défenses de villes souvent abandonnées par les troupes françaises. Ainsi Arras était occupée du 6 au 8 septembre avant d’être abandonnée ; Maubeuge et Lille restaient toujours entre les mains des Français. Ces premières semaines furent faites d’indécisions, sans front continu. Les évacuations sanitaires s’effectuaient dans toutes les directions, jusqu’à Amiens, Calais ou Lille. Dans la dernière semaine d’août, des combats meurtriers furent engagés par la 62e division de réserve qui fut pratiquement anéantie aux combats de Beugny (25-26 août), de Sailly-Saillisel (27 août). Les blessés français de ces engagements étaient en partie évacués sur la ville de Bapaume, occupée par les Allemands dès le 28 août 1914.

Ce premier témoignage est celui du docteur Jean Charles Louis Petel (1880-1949) qui exerçait à Calais. Médecin auxiliaire au 33e régiment d’infanterie, détaché auprès du docteur Famechon, médecin chef des salles militaires de l’hospice mixte d’Arras. Le docteur Petel était un chirurgien, ancien interne des hôpitaux de Paris. Le 29 août 1914, Famechon, répondant à un appel au secours du maire de Bapaume dont l’hôpital était débordé de blessés, lui expédie Petel : « 29 août 1914 – (...) A 2 heures, le maire de Bapaume me demandant du secours, je lui envoie en auto le médecin auxiliaire Petel, qui part emmenant sa femme comme infirmière et emportant tout ce que je puis lui donner comme objets de pansement, je sais, en effet, par le maire que de nombreux blessés attendant à Bapaume d’être pansés et transportés (...) »(A)

Témoignage du docteur Petel (B), en date du 28 juillet 1915 [copie d’une lettre adressée au docteur Famechon, médecin-chef des salles militaires de l’hospice mixte d’Arras]

« Monsieur le Médecin principal, Pendant notre premier séjour à Bapaume où il m’est passé 1 200 blessés environ, tous ou presque tous ont pu être évacués sur l’intérieur, malgré la présence des Allemands grâce au concours dévoué des Croix-Rouge de Lille, Roubaix, Nœuds-les-Mines, Douai et Arras.

Les pansements que vous nous avez envoyés et ceux que nous ont apporté les différentes Croix-Rouge, ont été utilisés pour Bapaume, je reçus un mot du curé de Sailly-Saillisel disant qu’il y avait 200 blessés français à Sailly et 480 à Moislains qui manquaient de pansements et de nourriture.

Les dames de Bapaume allèrent porter des vivres et des pansements ; car j’étais trop occupé. – Le lendemain, demandant un sauf-conduit à la Kommandantur, je pus sans trop de difficultés, aller à Sailly-Saillisel où je fus gardé à vue pendant que des religieuses de Bapaume et ma femme (C) distribuaient leurs vivres et leurs pansements.

Quelques jours plus tard, j’obtins un nouveau sauf-conduit et allai jusqu’à Moislains où nous avons trouvé deux médecins auxiliaires (D) soignant 480 blessés et démunis de pansements ; les médecins allemands s’occupaient des blessés allemands et des français qu’il fallait opérer. Je donnai un coup de main à mes deux confrères. Je retournai encore deux fois à Moislains. Mais ce fut tout ; car on me fit comprendre que ma présence n’était pas nécessaire.

Vers le 10 septembre, tous les blessés militaires français étaient partis. Je demandai à un médecin allemand un sauf-conduit pour regagner Arras. On voulait bien me laisser partir, mais en civil [souligné dans le texte]. Je refusai nettement et obtins un sauf-conduit en bonne et due forme.

Le lendemain, quand je partis à Arras, plus d’Allemands. De temps en temps, des patrouilles allemandes circulaient dans les rues… signé : Docteur Petel. Sous copie conforme (…) »

Témoignage du docteur D. Samain, médecin aide-major de 1ère classe, de la 81e division territoriale

Fait prisonnier à Puisieux (Pas-de-Calais) [ca. 4-7 oct. 1914].

« [Extraits, page 5] (…) Transférés à Bapaume avec trois de nos infirmiers nous fûmes placés à l’hospice des Vieillards, des Sœurs de la Charité, qui avait été transformé en partie en hôpital français, et où n’étaient soignés alors que des blessés français. Le médecin chirurgien était le docteur Petel de Calais. La direction du traitement des blessés était laissée aux médecins français mais nous ne pouvions sortir de la Maison à la porte de laquelle était une sentinelle en permanence.

Par suite du grand nombre de combats autour de Bapaume, le nombre des blessés allemands augmentant de plus en plus, ils remplacèrent les blessés français que les allemands évacuaient sur l’Allemagne quelquefois dans des conditions très pénibles. Les médecins allemands s’établissaient dans l’hôpital avec leur personnel d’infirmiers et d’infirmières et au bout de 6 ou 8 jours, ces Messieurs [page 6] nous déclaraient qu’on allait nous renvoyer en Allemagne pour de là être dirigés sur la France par la Suisse. A Bapaume notre nourriture avait été à la charge de l’économe de l’Hospice et des Sœurs de Charité grâce auxquels nous avons connu un Bien être auquel nous n’étions plus habitués. Nous étions restés assez longtemps à Bapaume pour voir expulser de l’hospice, les pauvres vieillards remplacés par les blessés allemands.

Dans une autre formation hospitalière de Bapaume, étaient trois autres médecins militaires français prisonniers (E), auxquels nous fûmes réunis pour être dirigés sur l’Allemagne. Nous faisions partie d’un convoi de blessés transportés dans les wagons ordinaires (32 H – 8 ch.) aménagés avec de la paille. En plus de blessés, ce train se grossit en cours de route d’un certain nombre de prisonniers. (…)»

Ils partent, le 10 octobre 1914, pour le camp de Parchim (Mecklembourg, All.).

(A) Rapport du médecin principal de 2e classe Famechon (Arch. Musée du service de santé des armées, carton n°636) qui fera l'objet d'un article "Arras 1914".

(B) Jean Charles Louis Petel (1880-1949). Engagé volontaire militaire, soldat de 2e classe (9 novembre 1899). Médecin auxiliaire (25 août 1906). Chirurgien. Interne des hôpitaux de Paris. Médecin aide-major de 2e classe (10 mai 1915). Médecin aide-major de 1ère classe (6 mai 1917). Cité à l’ordre du corps d’armée le 10 novembre 1916 : « Chirurgien d’élite dont toute la valeur technique est vraiment remarquable et mise en relief par une énergie à toute épreuve. S’est distingué au début de la campagne en se dévouant au péril de ses jours pour les blessés d’une région envahie, les soignant, en opérant un grand nombre et les évacuant dans les lignes françaises. N’a pas cessé depuis 2 ans de diriger une des équipes chirurgicales du 1er CA dans une ambulance de première ligne toujours exposée. » - Chirurgien de l’hôpital civil de Calais (1926-1943) - médecin capitaine (29 décembre 1926). Radié des cadres de la réserve (18 mars 1938). Croix de guerre 1914-1918 et 1939-1940. Chevalier de la Légion d’honneur (13 juillet 1934). Officier de la Légion d’honneur (22 mars 1944). Sources : Arch. Nat., Base LéonorePhotographie du docteur Petel.

(C) Madeleine Pollet mariée le 2 juillet 1912 à Douai.

(D) Il s’agit des médecins auxiliaires Lusseau du 6e régiment de Génie et Papin du 5e bataillon du 308e régiment d’infanterie (voir deuxième partie).

(E) Il s’agit des docteurs Page, Français et Bailly-Salins (voir troisième partie)

(A suivre) - Bapaume 1914 - Médecins français dans les Feldlazarette allemands

Pour en savoir plus :

Sur le service de santé de l'armée allemande (1914-1918)

Photo : Le collège Saint-Jean-Baptiste accueillit les blessés des combats autour de Bapaume.

Sources : Arch.Musée du service de santé des armées, carton n° 636 (Petel, Famechon et Français), carton n° 639 (Page), carton n° 640 (Samain).

Les monographies des hôpitaux militaires des régions occupées du nord-est, en 1914-1918, seront présentées dans le tome 5 des Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, à paraître aux éditions Ysec de Louviers.

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VALENCIENNES 1914 – HOPITAUX MILITAIRES DU NORD A L’HEURE ALLEMANDE

6 Avril 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

VALENCIENNES 1914 – HOPITAUX MILITAIRES DU NORD A L’HEURE ALLEMANDE

Témoignages inédits sur les « hôpitaux militaires » de Valenciennes occupés par les Allemands (1914-1915).

Valenciennes possédait depuis 1831 un hôpital militaire installé dans l’une des ailes de l’hospice général de la ville. Cet hôpital militaire de 500 lits (1831) allait voir sa capacité réduite au fil des années, à 106 lits (1881), puis à 50 en 1889. Il fut transformé, le 1er janvier 1889, en hôpital mixte dont le fonctionnement releva d’une convention en date du 21 juin 1904. A la Mobilisation de 1914, la Société de secours aux blessés militaires (S.S.B.M.) mettait sur pied de guerre deux hôpitaux auxiliaires (H.A.), les HA n°2 et n°2bis, respectivement dans les locaux du collège Notre-Dame et au lycée de jeunes filles. Le service médical des ces hôpitaux temporaires était confié aux docteurs Mariage, Delarra, Bonneil, Petit, Wacquiez et Cohen assistés des pharmaciens Beck, Chesnel, Hédot et Membré. Le comité S.S.B.M. de Valenciennes pris à sa charge, en 1914-1915, 716 blessés dont 40 décédèrent. Dès novembre 1915, les forces allemandes occupèrent toutes les infrastructures sanitaires de la ville qui fonctionnèrent (Kriegslazarett Valenciennes), jusqu’au 2 novembre 1918, autour d’un noyau central implanté au lycée Henry Wallon (1200 lits, en 1915).

Je propose aujourd’hui quatre témoignages sur « Valenciennes 1914 » et ses hôpitaux, dont le dernier – Widiez – est extrait d’un rapport de la section allemande du service de renseignements français conservé au service historique de la défense de Vincennes.

Rapport du pharmacien aide-major de 1ère classe Ribouillot, affecté à l’hôpital auxiliaire n°2 de Valenciennes.

« Fait prisonnier à Valenciennes à l’hôpital auxiliaire n°2 (où j’avais été affecté le 19 août 1914) (A) lors de l’arrivée des troupes allemandes le 25 août 1914, j’ai continué mon service sous le contrôle des médecins allemands jusqu’au 13 juin 1915.

Après m’avoir fait remettre mon révolver, j’ai été autorisé, [ms. : « au bout de quelques jours »], par le commandant de place Kindzel, au bout de quinze jours à circuler en ville en civil en portant le brassard réglementaire.

Le 13 juin 1915 le docteur Reitnitz m’a prévenu de mon départ pour l’Allemagne le lendemain matin ainsi que celui des infirmiers militaires qui se trouvaient avec moi et des blessés transportables (…). »

Ribouillot est transféré au camp de prisonniers de Wesel en Allemagne.

Rapport du médecin aide-major Barbaux du 27e régiment territorial

« (…) [page 3] A Valenciennes vers 4 heures du matin l’ordre nous est donné de nous replier sur Cambrai en passant par le village de Pamars. C’est là que les premiers coups de feu furent échangés avec le gros de l’armée allemande, j’eus à soigner un adjudant blessé par une bombe d’aéroplane qui tomba à trente mètres de moi. Toujours battant en retraite nous nous dirigions dans la direction du village de Saint-Martin lorsque, arrivés au lieu dit « la fosse aux loups » nous fûmes absolument arrosés d’une pluie d’obus. A ce moment ma voiture médicale était entourée par une centaine d’hommes environ ; c’est peut-être pour cette raison que les allemands tiraient dessus, à un certain moment, un obus ayant éclaté au-dessus de nous je fus couché à terre et j’y demeurai quelques instants sans connaissance ; quand je me relevai je n’aperçus autour de moi que des morts et des blessés. Je pansai avec leurs paquets individuels ceux qui étaient à côté de moi et les aidai à gagner une ferme abandonnée qui se trouvait à proximité. N’ayant pas assez de pansements et cette ferme n’étant pas habitée, je résolus, avec ces blessés et deux brancardiers qui m’accompagnaient de gagner un estaminet situé à cent mètres environ. Pour sortir de la ferme et du réduit où nous nous trouvions il fallait traverser une cour dans laquelle éclataient les obus et enfoncer une porte ; c’est un de mes brancardiers le nommé Boulay du 27e Territorial qui nous facilita cette tâche en allant enfoncer la porte sous la mitraille. Nous sortîmes à grand peine de cette ferme et nous trouvâmes les blessés à plat ventre jusqu’à l’estaminet où [page 4] j’installai un poste de secours provisoire dans la salle du Café avec les pansements des hommes valides qui s’étaient réfugiés là. Je pus panser tous mes blessés et je courais au village proche chercher des voitures pour les évacuer. Deux heures après, sous le feu des allemands qui malgré les fanions à croix rouge que j’avais fabriqués, tiraient sur nous, nous arrivâmes au village de Bermerain où les femmes du pays avaient préparé des lits et de la paille dans la maison d’école ? Pendant 2 jours je restai au village, je changeai les pansements et fus aidé par quelques hommes du pays dont je n’ai eu qu’à me louer. C’est alors que je me demandai ce que je devais faire : devrais-je rester, devrais-je essayer de rejoindre le régiment ? D’abord je résolus de partir, mais m’étant approché des allemands je fus reçu à coups de fusil. Je pensai que déguisé j’aurais des chances de passer et j’empruntais des habits au curé du pays ; vêtu en prêtre, j’allais essayer de passer les lignes lorsque l’idée me vint qu’il m’était impossible de quitter mes blessés avant leur évacuation sur une formation sanitaire régulière. Je repris ma tenue militaire et ayant réquisitionné à grand peine cette fois des voitures dans le village, avec l’aide de quelques soldats valides j’embarquai mes blessés pour Valenciennes où j’arrivai le 27 août et où je fus très bien reçu à l’ambulance de la Croix-Rouge du collège de jeunes filles (B) par Monsieur le docteur Mariage et les Dames infirmières. Je ramenai 29 Français, un civil belge et un dragon anglais.

J’oubliais de dire que pendant notre séjour à Bermerain 70 soldats, un capitaine et un lieutenant non blessés s’étaient [page 5] réfugiés au poste de secours. Pendant leur séjour je réussis à leur procurer la nourriture nécessaire que les habitants leur refusaient ayant peur des représailles. J’ai appris depuis que ces hommes et le capitaine Bellegamba et le lieutenant Crapez du 27e Territ. purent sous un déguisement passer les lignes et rejoindre le régiment. Je tiens encore à dire que j’ai vu combattre ces deux officiers avec leur compagnie pendant une partie de cette triste journée.

Ci-joint un certificat de M. le docteur Mariage qui indique le genre de service que je faisais à l’ambulance. Le lendemain de mon arrivée à Valenciennes, le commandant allemand qui gouvernait déjà la Place vint me voir et me donna les ordres suivants : - « Vous devez rester ici, soigner nos blessés et les vôtres et surtout vous mettre en tenue civile. » Lui ayant fait observer que j’étais médecin et que je désirais rejoindre les lignes françaises il me répondit que je partirais quand bon lui semblerait et que je n’avais qu’à me taire ! J’allais néanmoins tous les 8 jours à la Kommandantur pour réclamer ma liberté. Enfin, au bout de 4 mois, le 2 janvier 1915, on nous promit de nous renvoyer en France par la Suisse ? Trois camarades du 26e Territorial et moi nous partîmes accompagnés de nos infirmiers et deux jours après nous arrivions à Meschede où le commandant du camp nous apprit à notre grande stupéfaction que nous étions prisonniers de guerre. »

Rapport du médecin auxiliaire Buineau du 2e bataillon du 26e Territorial

« J’étais affecté comme médecin auxiliaire au 2e bataillon du 26e Territorial avec comme chef de service le docteur Allée, médecin aide major de 2e classe.

Le 24 août, le 2e bataillon du 26e, défendit contre les Allemands le village de Crespin, sur la frontière belge. J’avais été chargé d’établir un poste de secours [page 2] au-delà de Vicq, sur la route de Crespin et ce jour là, je pus expédier une trentaine de blessés sur les ambulances de Valenciennes, tandis qu’environ 40 autres furent transportés aux ambulances de Blanc-Misseron. C’est à ce combat que fut tué le chef de bataillon, le commandant O’Reilly. Après avoir soigné et évacué nos blessés, nous nous trouvâmes presque seuls au village de Vicq, le Dr Allée, une dizaine de brancardiers et moi. Selon l’ordre reçu, nous cherchâmes à regagner Valenciennes par la route de Fresnes-Auzin mais en arrivant à Fresnes le pont de l’Escaut était occupé par l’ennemi ; nous longeâmes alors la rive droite de l’Escaut pour éviter de tomber entre les mains des Uhlans, mais à peine avions nous fait 500 mètres que nous fûmes assaillis par une vive fusillade dirigée contre nous par les ennemis établis sur l’autre rive. Nous nous réfugiâmes alors dans le ravin et les marais pour nous mettre à l’abri des balles. Nous gagnâmes ainsi le pont de Thiers ; mais là encore nous nous heurtâmes à l’ennemi. C’est là que nous avons assisté à la belle défense du convoi de munitions par une trentaine de Français contre des centaines d’allemands cachés dans les champs derrière les gerbes. La retraite nous étant coupée, nous nous réfugiâmes dans une petite maison située près du pont de Thiers et nous attendîmes la nuit. Vers minuit, conduits par un guide du pays, nous regagnâmes Valenciennes par des sentiers détournés le long du canal de l’Escaut. Nous arrivâmes dans cette ville vers 2 heures du matin le 25 août et nous pûmes rejoindre les débris de notre bataillon réuni au lycée Wallon. Nous repartîmes aussitôt, battant en retraite [page 3] dans la direction d’Aulnay et Famars

A Famars, l’ordre de direction fut modifié parce que l’ennemi occupait avec de l’artillerie la route de Solesmes. Nous revînmes sur nos pas pour gagner Cambrai par Maing et Mouchaux. Nous traversâmes ces deux villages en tiraillant avec l’ennemi, mais sans engagement sérieux. En arrivant à Haspres, nous aperçûmes l’auto de la division ; le lieutenant d’état-major Brau était tué, le capitaine Laurent (je crois) qui était avec lui, gravement blessé. (Il fut dans la suite soigné à Valenciennes et est sans doute actuellement prisonnier en Allemagne). Nous traversâmes le village d’Haspres et c’est à la sortie d’Haspres sur la route de Villers-en-Cauchie que s’engagea le combat vers midi. Nos troupes soutinrent sans fléchir le choc des Allemands tant qu’il n’y eut que la fusillade mais vers 1 H 1/2-2 heures quand le canon se mit de la partie il y eut aussitôt un fléchissement et un mouvement de retraite vers le village, malgré une tentative d’une section de la 5e Cie pour enlever les canons à la baïonnette. A partir de 2 heures, la lutte continua dans le village et ne prit fin que vers 3H 1/2 à 4 heures. Au début du combat nous avions installé un poste de secours à la sortie d’Haspres, au carrefour des routes de Villers et de Saulzoir. Notre poste de secours nous permit de recueillir 35 à 40 blessés. Vers 4H 1/2 nous vîmes les premiers allemands et nous pûmes obtenir de l’officier qui commandait le détachement l’autorisation de transporter le soir même nos blessés à Cambrai ; nous ne pûmes y parvenir car il nous fut impossible de trouver [à] Haspres les véhicules nécessaires. [page 4] Ce retard nous permit de recueillir encore quelques blessés que nous entendions crier dans les champs de betteraves. Nous avions décidé de partir le lendemain matin pour Cambrai, mais le commandant allemand d’Haspres s’y opposa et nous ordonna d’attendre ses ordres. Nous ne pûmes obtenir de partir le 26 août, ce ne fut que le 27 août qu’un médecin major allemand voulut bien s’occuper de nous. Il envoya un express à Valenciennes et dans la soirée des automobiles et des voitures de la Croix-Rouge de Valenciennes vinrent nous chercher. Avant de partir, nous avions fait recueillir les cadavres de nos soldats et nous les fîmes enterrer au cimetière d’Haspres. Parmi eux se trouve le capitaine Debeaux du 26e ; le lieutenant Brau de l’état-major de la division, l’adjudant Glatron du 26e et une trentaine de soldats des 26e, 27e et 127e.

A notre arrivée à Valenciennes nous installâmes nos blessés aux ambulances de la Croix-Rouge qui occupaient le Collège Notre-Dame (A) et le lycée de jeunes filles (B). Le lendemain nous fîmes connaître notre présence au gouverneur allemand de Valenciennes qui nous ordonna de rester là jusqu’à ce que nos blessés soient guéris. (Le service médical de la Croix-Rouge se trouvait à ce moment désorganisé par le départ de plusieurs médecins qui devaient l’assurer ;) Le docteur Allée et moi fûmes chargés du service de l’ambulance Notre-Dame qui comprenait environ 100 lits répartis en 4 salles ; il y avait environ 60 blessés français, 20 anglais et 25 allemands. Un major allemand venait tous les jours visiter l’hôpital et chercher le rapport que nous devions journellement fournir. Jusqu’au 25 septembre nous soignâmes donc blessés allemands et français ; mais à cette date, les allemands ayant évacué 54 de nos blessés guéris [page 5], nous jugeâmes notre mission terminée et nous demandâmes à regagner les lignes françaises. On nous répondit qu’on avait encore besoin de nous et qu’on nous enverrait de nouveaux blessés à soigner. En effet, au moment de la bataille du Nord, vers le 15 octobre, notre ambulance se trouva à nouveau remplie, mais la proportion était de 50 allemands et de 50 français.

A partir de la mi-novembre, notre ambulance se vida peu à peu et vers le 8 ou 10 décembre, nous n’avions plus un allemand et seulement 35 français en voie de guérison. Ceci s’expliquait : les allemands avaient installé au lycée Wallon un Christ-lazaret (sic) [Kriegslazarett] de 1200 lits et ils n’avaient plus besoin de notre ambulance. Par l’intermédiaire du médecin-major allemand, nous demandâmes si nous ne pourrions pas regagner la France. La réponse fut négative : « Vous n’êtes pas prisonniers, nous répondit-on, vous pouvez aller et venir dans la ville ; mais vous ne devez pas aller en France, ni en Belgique, vous devez rester ici ». Le 17 décembre, le médecin allemand vient nous dire : « Le gouverneur de Valenciennes a télégraphié au Ministère de la Guerre et vous pouvez retourner en France par la Suisse ; vous n’avez qu’à dresser une liste de médecins et infirmiers qui désirent partir ». La liste fut remise le jour même à la Kommandantur de Valenciennes. Nous attendions toujours notre départ, mais on répondait à nos demandes que la dépêche attendue n’arrivait pas. Enfin le 1er janvier à 10 heures, on vint nous dire de nous tenir prêts et que nous devions nous rendre le lendemain à 2 heures à la gare de Valenciennes. Nous partîmes donc le 2 janvier 1915, librement sans escorte au nombre de 27 : le docteur Poirier, médecin major de 2e classe du 26e, le docteur Barbaux, médecin aide-major au 27e ; le Dr Allée, médecin aide-major du 26e ; le docteur Buineau, médecin auxiliaire [page 6] et 23 infirmiers et brancardiers du 26e, 27e et 1er Territorial. Jusqu’à Cologne nous pensions bien rentrer en France ; mais là, on nous fit changer de train et au lieu de prendre la direction du Sud, nous prîmes la direction du Nord-Est. Le 3 janvier au soir nous arrivâmes à la gare de Meschede en Westphalie. (…) »

Témoignage du soldat Widiez, ancien infirmier volontaire civil

« Déclarations faites par le soldat Widiez attaché volontaire à la Croix-Rouge de Valenciennes, en qualité d’étudiant en médecine ayant 12 inscriptions, échappé de la dite ville, et arrivé à Guéret le 3 juillet 1915 au dépôt du 127e, via la Belgique, la Hollande et l’Angleterre.

[Extraits] - Hôpitaux. Les Allemands ont, depuis longtemps déjà, organisé le lycée de garçons Henry Wallon en hôpital réservé exclusivement aux blessés allemands (C) et où ils n’emploient qu’un personnel allemand. Ils y ont installé une salle d’opération munie des instruments de chirurgie les plus modernes et une vaste salle de radiographie. Le service se fait par civières depuis la gare jusqu’à l’hôpital et donne lieu, les jours de grandes hécatombes, à un service d’ordre extrêmement rigoureux sur la place de la Gare et dans les rues adjacentes.

On signalait au moment de l’offensive d’Arras vers le mois de Mai [1915], des convois de 15, 20 et même 25 trains de blessés par jour, passant à Valenciennes et se dirigeant vers la Belgique. Les pertes allemandes à ce moment durent être énormes, d’après les dires mêmes d’officiers allemands.

Des trains de cadavres passent fréquemment pendant la nuit, recouverts de plusieurs lits de betteraves pour ne pas attirer l’attention ou bien alors, on les place dans des fourgons entassés debout les uns contre les autres et retenus par des fils de fer. Tous ces cadavres sont conduits vers Maubeuge, Hautmont, Sous-le-Bois, Jeumont pour y être incinérés.

Les Allemands devant l’affluence de blessés se sont emparés de l’hôpital militaire sans toucher à l’hôpital général qui forme l’aile droite du bâtiment.

Vers le milieu du mois de Mai [1915], ils ont confisqué également l’hôpital auxiliaire n°2 [bis] (lycée de jeunes filles) et ont remplacé tout le personnel français qui s’y trouvait (médecins, infirmiers, ambulancières sœurs, économe et concierge) par un personnel allemand. Cette décision brusquée fut vraisemblablement motivée par la crainte de mettre les civils français en rapport avec des blessés français, anglais revenant récemment du front, ayant été blessés le jour même. Il nous était en effet facile de recueillir des renseignements intéressants sur les lignes ennemies.

Lorsque j’ai quitté Valenciennes, c’est-à-dire le 13 juin [1915], il n’existait plus qu’un seul hôpital français, le collège Notre-Dame (A). Encore le service y était-il considérablement réduit. Seuls deux médecins militaires français, le Dr Mariage, chirurgien en chef et 9 infirmières avaient le droit de s’approcher des malades et devaient porter le brassard marqué du sceau de la Kommandantur. Tous les autres brassards étaient supprimés.

Nous n’avions généralement pas à nous plaindre des soins donnés aux blessés alliés, bien que toutefois, dès le début de l’occupation allemande au lycée de jeunes filles, l’organisation fit défaut par suite de la brusquerie du changement et les blessés durent rester deux jours sans pansement. »

(A) Hôpital auxiliaire n°2, de la Société de secours aux blessés militaires (S.S.B.M.), Collège Notre-Dame.

(B) Hôpital auxiliaire n°2bis, de la S.S.B.M., lycée de jeunes filles.

(C) Kriegslazarett Valenciennes.

Sources :Témoignage Widiez : Arch. SHD-Terre, Vincennes, 9NN 7/195. Transmission de l’EMA (2e bureau), section allemande du 31 juillet 1915 adressée à la 7e direction (service de santé) du ministère de la guerre – Arch. Musée du service de santé des armées, au Val-de-Grâce à Paris, rapport Ribouillot, cart. n° 640 ; rapports Barbaux et Buineau, cart. n°634 - Gabriel Piérard, La Croix-Rouge Française dans l’arrondissement de Valenciennes, de 1870 à nos jours, Valenciennes : Comité de la Croix-Rouge, 1963, 180 p.

lien vers le blog d'Olivier Legrand : le 26e régiment d'infanterie territoriale à Haspres.

Photo : L’hôpital militaire de Valenciennes installé dans les locaux de l’hospice général.

Pour en savoir plus :Le service de santé de l'armée allemande (1914-1918)

Les monographies des hôpitaux militaires des régions occupées du nord-est, en 1914-1918, pour la période d'avant l'occupation, seront présentées dans le tome 5 des Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, à paraître aux éditions Ysec de Louviers.

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