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UN CHIRURGIEN MILITAIRE FRANCAIS PRISONNIER A MUNICH, EN 1916, TEMOIGNE...

29 Juin 2017 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux, #les hommes

Le docteur Louis Langlet de Reims, prisonnier au Réserve Lazarett B (Kriegschule) à Munich (mai-octobre 1916).

Témoignage inédit du docteur Jean-Louis Langlet rencontré sur ce blog dans un billet sur les combats de Xivry-Circourt en août 1914 avec l'ambulance n° 5 du 6e corps d'armée. Il atteignit Ingolstadt le 31 août 1914. Dans cette ville Il fut dans un premier temps enfermé au "fort IX" qui était un camp d'officiers qu'il quitta peu de temps après pour prendre son service au "Fort Prinz-Karl" qui était réservé à la troupe. En mars 1915 il fut attaché au camp de Lechfeld où il combattit une épidémie de typhus avant d'être de nouveau transféré au camp de prisonniers russes d'Ismaning, près de la capitale bavaroise. Gravement malade, il fut évacué sur le "Reserve Lazarett B" de Munich qu'il eut tout le loisir d'étudier...

"[p. 23] Un hôpital allemand - En arrivant au "Reserve Lazarett B" à Munich, je retrouvai deux de mes confrères que j'avais connus au camp de Lechfeld, les Drs Blin et Juif, désignés pour être internés en Suisse pour cause de maladie. Ils partirent en effet six jours après mon arrivée (1er mai) et j'appris un peu plus tard qu'à Constance ils avaient faits demi-tour et qu'on les avait renvoyés au camp de Lechfeld.

Le Reserve Lazarett B est installé dans les locaux de la "Kriegschule" qui se trouve être à Munich l'équivalent de notre école de Saint-Cyr. Le grand bâtiment, admirablement installé, est occupé par les Allemands qui couchent par chambres de deux ou de quatre. Les blessés ou malades français occupent une ancienne salle de gymnastique, longue de 80 m environ, qui prend joue par de grandes baies, mais est plus aérée ; ces baies n'ouvrant qu'en partie. Elle est bien chauffée l'hiver par des radiateurs à vapeur et éclairée le soir par quatre grosses lampes à arc. Là sont déposés surtout les malades venant des camps de la région, et les blessés légers. Une seconde salle (ex-salle d'escrime) un peu moins grande que la première, est réservée aux Russes ; et une troisième, installée dans une baraque en bois et ne contenant que 30 lits est utilisée pour les seuls grands blessés ou les opérés. Comme il n'y a pas de chambre pour les officiers, ceux-ci sont logés dans cette 3ème salle. Il y a en tout environ 200 lits, presque tous occupés en tout temps.

Les lits utilisés sont du type militaire ancien, avec deux paillasses assez bonnes ; les malades graves ont un matelas. Chacun a deux couvertures installées à l'allemande dans un sac, un drap, et un traversin plat. Une petite table à côté de chaque lit. Comme linge, on donne au malade une chemise, un pantalon et un paletot de toile, et une serviette.

 

[p. 24] Le personnel se compose :

1) d'un chirurgien en chef, Dr Krecke, homme jouissant à Munich d'une grosse réputation (hofrat*), opérateur adroit mais lent. Il est très allemand, mais tient à ce que son service fonctionne. Il vient plusieurs fois par jour se rendre compte si tout marche bien.

2) d'un oberarzt (aide-major) Dr Pitzner, homme très dévoué aux Français, ayant presque toujours vécu en Italie et ne cachant pas ses préférences pour la culture latine. Il est spécialement chargé de la direction des salles françaises et des soins à donner aux grands blessés, ce dont il s'acquitte avec conscience. Il opère soigneusement et comme tout allemand avec lenteur.

3) d'un médecin auxiliaire, Von Miller, correct pour les Français, parlant bien notre langue et ayant déjà rendu, par les grosses relations qu'il a à Munich, quelques services aux prisonniers. Très allemand, malgré tout.

4) d'un second médecin auxiliaire, Baretz : un imbécile ne sachant rien. Il ne s'occupe que des Russes.

5) Quelques infirmiers allemands se trouvent là, pour la forme seulement. En effet, la guerre ayant nécessité le départ au front de nombreux sanitaires, le Prof. Heine qui dirigeait le service avant mon arrivée, remplaça les Allemands par des Français. Changement très heureux, dont ne peuvent que se féliciter les malades et les blessés, qui sont tout joyeux en arrivant du front, de trouver là des Français qui les accueillent gaiement, les réconfortent, et les soignent de tout leur cœur.

 

Je considère comme un devoir de signaler aux Autorités le dévouement tout spécial de quelques-uns de ces infirmiers improvisés, et de les proposer si possible pour des récompenses qu'ils ont largement méritées.

I - Voiry (Maurice) étudiant en pharmacie, sergent d'un régiment ou Toul ou de Nancy, atteint de trois blessures dont une très [p. 25] grave, resté à l'hôpital pour y soigner ses compatriotes. C'est lui qui fait tous les pansements, avec un jugement médical curieux chez un profane, et qui s'occupe de la stérilisation des instruments. Il donne de sa personne jour et nuit près des opérés et des grands blessés, au point que j'ai dû à plusieurs reprises lui ordonner de se reposer. Il a su s'imposer aux médecins allemands et grâce à son autorité servir heureusement de tampon entre les malades et le personnel allemand.

II - Gérouff, tapissier, originaire de Nancy et appartenant à un régiment de cette ville, chargé plus spécialement des soins à doner aux malades de la grande salle, et s'en acquittant parfaitement.

III - Castellas (Hippolyte-Marino) d'un régiment de Toulon (112e de ligne) je crois, qui dans plusieurs occasions s'est révélé comme un infirmier parfait. Au début de sa captivité en Allemagne, s'est lui-même désigné comme infirmier volontaire au cours d'une épidémie de typhoïde et est tombé malade. A voulu revenir en France comme infirmier, mais n'ayant pas de papiers, ne put obtenir cette faveur**.

Je ne cite que les plus méritants.

 

Un aumônier allemand est attaché à l'établissement, Dr Glas. Je ne sais de quelle région de l'Allemagne il vient, ni qui il est, mais il parle français absolument sans accent et connaît admirablement beaucoup de petites communes situées non loin du front. Il parle avec volubilité, entraine dans la conversation les soldats, et très habilement les questionne. Il fait les courses en ville. J'ai mis tous les nôtres en garde cotre cet homme si poli et toujours si serviable.

Un autre personnage, bien plus louche, c'est le censeur de la correspondance, nommé Aufsesser, commerçant à Munich. Il a son bureau à l'hôpital et censure avec une régularité qui ne dépend que de son bon plaisir toutes les lettres adressées aux prisonniers en traitement. Il essaie surtout de faire recommander par ceux chez lesquels il soupçonne de hautes [p. 26] relations, des prisonniers allemands en France, plus ou moins méritants. Je me souviens qu'il a fait un jour recommander le fameux Geissler, de l'hôtel Astoria. Heureusement les parents du prisonnier qui dût écrire cette lettre éventèrent la supercherie. Si on n'accède pas à ses désirs, la correspondance comme par enchantement n'arrive plus. Je ne fais que signaler le fait, afin que l'autorité ne tienne jamais aucun compte de recommandations venus par la correspondance des prisonniers. Toutefois les prisonniers français en traitement à l'hôpital de Munich le supportent avec patience, car c'est encore un des meilleurs. Il ne limite pas le nombre des lettres à écrire, ce qui est incontestablement appréciable. La limitation de la correspondance est une des choses dont le prisonnier souffre le plus.

Une autre chose désole les prisonniers : c'est la retenue que fait l'Allemagne sur la valeur qu'un mandat français prend en Suisse. Exemple : un mandat de 10 francs, passant par la Suisse, arrive en Allemagne avec une valeur de 10 mark 75 (approximativement). L'autorité allemande ne paiera là-dessus au prisonnier que 8 mark 10, comme en temps de paix. Elle empoche la différence.

L'hôpital est dirigé par un vieux généralarzt sans autorité, mais qui n'est pas un méchant homme.

Les prisonniers reçoivent de temps en temps la visite de nobles étrangers. L'es reine de Naples leur apporte fréquemment des livres, des images. Un envoyé de la Croix-Rouge de Berne, M. Schneeli, qui a pu obtenir de l'autorité allemande des promenades en ville pour les blessés et malades convalescents "à la condition, nous fut-il dit, que le gouvernement français agisse de même." M. Schneeli, quoique de tendances nettement germanophiles s'occupe beaucoup des malades, et particulièrement des blessés graves et des tuberculeux. Grâce à lui, beaucoup de ces derniers ont pu passer en Suisse. La commission suisse qui parcourt les camps et les hôpitaux [p. 27] accepte très difficilement les malades qui lui sont présentés. J'ai vu des malades très atteints, présentés par les médecins allemands, être refusés par la commission suisse, avec une explication de ce genre : "Vous vous plaignez d'être malade ? Estimez-vous donc heureux de n'être pas mort". Il faudrait que la Suisse n'envoyât pas dans les camps allemands que des médecins germanisants. J'en reviens aux promenades : ces promenades ont lieu par groupes de 10 à 12 soldats, ou 2 ou 3 officiers, qui visitent les jardins, les musées, avec grand intérêt, e qui surtout trouvent ces changements d'air agréables et profitables. Ne pouvant marcher, je ne suis sorti qu'une fois dans les rues de Munich pendant mon séjour à l'hôpital. La ville est encore animée, mais je n'y ai plus vu autant de soldats que quand j'y étais venu, quelques mois auparavant, pour y consulter un dentiste. C'est tout ce qu'on y peut remarquer. La population n'est pas hostile ; elle est plutôt curieuse. Mais elle ne reconnait pas toujours le soldat français qui pour elle doit avoir un pantalon rouge. Elle le prend le plus avec son uniforme bleu, pour un autrichien.

L'alimentation est simple. Matin : café au lait ou soi-disant tel. Midi : soupe, viande, légume. La viande est souvent remplacée par du poisson ou par du pain frit (3 fois par semaine au moins). Le légume consiste en pommes de terre à l'acide acétique mêlées à de la salade. Le soir : fromage ou saucisse. Comme ces diverses choses, données en quantité faible, sont le plus souvent indigestes. Ces français se nourrissent avec les colis que leur envoient leurs familles, et avec les biscuits de la Fédération nationale, qui leur sont distribués par un comité dont je me suis beaucoup occupé là-bas.

Tel est dans son ensemble le Reserve-lazarett B de Munich. Les différents services ont l'air d'y marcher avec régularité, quoiqu'en général les médecins allemands de l'intérieur soient paresseux ou noceurs, et [p. 28] trouvent peu de temps pour faire leur service. Comme il m'était formellement interdit de m'occuper des malades, je ne les voyais que le soir, quand tout le personnel était parti. Cependant mon titre de chirurgien des hôpitaux me valut d'être invité à assister à quelques opérations, et même (exceptionnellement) à donner mon avis.

Le service de radiographie est bien installé, sans luxe, mais pratique.

Les salles d'opérations sont bien aménagés (une septique - et une aseptique).

De la Technique opératoire, peu de choses à dire. Les chirurgiens allemands emploient tous la même instrumentation, beaucoup moins pratique que la nôtre. Ils n'emploient jamais l'aiguille de Reverdin, et perdent aussi beaucoup de temps. Leur pince kleme [klemme] grossière et dure, ne vaut pas la pince de Kocher dont nous nous servons. Les ciseaux, pointus, ne sont pas pratiques. Pour la chirurgie des os, ils ignorent le davier de Farabeuf. Pour les fractures ils emploient des appareils d'un autre âge. Bref, ils ont voulu ignorer la chirurgie française. Tant pis pour eux.

Ils opèrent lentement, avec un soin minutieux. Jamais ils ne touchent avec les doigts (il est vrai qu'ils ne peuvent plus avoir de gants de caoutchouc). Ils disséquèrent tout entre deux pinces, lentement, lentement, comme pour une préparation anatomique. Pour une hernie, ils passent une heure et demie ; pour une appendicite sans adhérences, une heure. Ils sont un peu plus rapide pour les amputations, et semblent bien connaître leur médecine opératoire. Je parle là, bien entendu, des chirurgiens de carrière, dont les noms sont connus à Munich.

Pour l'anesthésie, Krecke emploie l'éther, qu'il fait donner avec le petit masque à chloroforme. On arrive ainsi à dépenser facilement de 5 à 600 gr. d'éther pour une opération ! Les vapeurs se répandent dans la ville et incommodent les aides et l'opérateur.

[p. 29] Voilà, très largement esquissé, l'hôpital et son fonctionnement. J'ai pris là-bas des notes, qu'il eût été intéressant de rapporter. Je n'ai pu leur faire passer la frontière. Mais je reçois au dernier moment des parents d'un prisonnier resté là-bas, la nouvelle que l'hôpital va être transporté dans une petite localité à quelques kilomètres de Munich, probablement avec tout son personnel.

Le 1er octobre 1916 je quittai le Réserve Lazarett B pour être - enfin - rapatrié. (…)".

 

Il mit une quinzaine de jours pour rentrer en France, dont une semaine passée au camp de Puccheim, le "hunger lager"*** de sinistre mémoire. Il a laissé de sa traversée de la Confédération un texte émouvant sur l'accueil des populations helvétiques : « Du voyage je ne dirai qu’une chose : la Suisse (même la Suisse allemande) nous fit un accueil grandiose. A Lausanne, à 3 heures du matin, une foule compacte s’était massée sur les quais pour nous  acclamer. A Genève, à  4 heures, les enfants des écoles entonnaient la Marseillaise. L’émotion qui nous étreignait connut son maximum à Bellegarde puis à Lyon, où enfin nous foulions le sol de France, oubliant tous nos maux passés, ne songeant plus qu’à l’Avenir. »

 

Notes :

* conseiller.

** Plusieurs milliers d'autres prisonniers de guerre, devenus pas Devoir "infirmiers de circonstance", n'auront pas le même sens du dévouement, ni le même sens de l'honneur que Castellas, en falsifiant leurs papiers militaires et en s'attribuant - avec la complicité du gouvernement français - la protection des conventions internationales sur les personnels sanitaires. Le subterfuge, connu des Allemands, de ces militaires appelés "infirmiers usurpés" compliquera l'échange via la Suisse des véritables sanitaires. On pourra lire bientôt sur ce thème : Scandales Médicaux d'Henry de Golen (éd. Giovanangeli, 2017).

*** camp de la faim.

Sources :

Arch. Musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce, Paris, cart. 637, dos. 13. Rapport ms. Langlet, 31 p., transmis le 16 nov. 1916 par le directeur du service de santé de la 6e région militaire au sous-secrétariat d'Etat au service de santé militaire.

 

Sur les combats de Xivry-Circourt d'août 1914 et l'organisation du service de santé de l'armée allemande en 1914-1918, sur ce blog :

 

UN CHIRURGIEN MILITAIRE FRANCAIS PRISONNIER A MUNICH, EN 1916, TEMOIGNE...
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SCANDALES MEDICAUX, PAR HENRY DE GOLEN

18 Mai 2017 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux, #les hommes, #varia

En 1933, les éditions Maurice d'Hartoy publient un livre d'Henry de Golen : "Scandales médicaux, pendant la guerre". Le cadre de son action se déroule en 1917-1918, à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris. Dans cette immense structure sanitaire réputée, aux trente annexes, qui traita dans les meilleures conditions d'exercice plusieurs dizaines de milliers de combattants, Henry de Golen, affecté à un poste subalterne, soulève un coin du voile de cette immense machinerie hospitalière et nous fait partager "sa guerre" à l'ombre du dôme du Val-de-Grâce. Ce livre polémique de l'après-guerre, tantôt catalogué comme "pamphlet" ou comme oeuvre romanesque, ne peut plus être considéré aujourd'hui - après enquête - comme une fiction totale...

Les éditions Giovanangéli lancent jusqu'au 17 juillet 2017 une souscription pour acquérir ce livre à prix de lancement.

 

UNE EDITION 1933 DEVENUE INTROUVABLE

 

UN AUTEUR MYSTERIEUX

 

La guerre de 1914-1918 à Paris, bien éloignée du front...

 

SCANDALES MEDICAUX pendant la Guerre

Par Henry de Golen

« Mémoires d’un infirmier usurpé, Val-de-grâce, 1917-1918 ».

Robert Dalsenne, prisonnier de guerre, libéré comme « infirmier usurpé » d’un camp de représailles allemand en Russie Blanche, se retrouve « embusqué » à la 22e section d’infirmiers militaires du fort de Vanves, avec comme objectif de ne pas repartir au front. Il déniche, après maintes interventions, la fine planque au « service des décès » de l’hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris, où cet observateur de l’âme humaine trouve matière à se documenter. Au Val-de-Grâce, à son niveau subalterne plus ou moins informé, rien ne lui échappe : entre les luttes de pouvoirs de chefs de services, la fabrication de fausses mentions d’état civil, les erreurs de diagnostic, les « essais thérapeutiques », le camouflage au long cours d’embusqués, l’assistance aux familles dans la détresse, la « panique » des évacuations sanitaires de 1918 et l’impéritie du commandement, etc. Le quotidien du dépôt mortuaire de l’hôpital militaire du Val-de-Grâce, en 1917-1918, vécue par Robert Dalsenne, est bien éloignée de ce que l’on peut lire par ailleurs sur cette période, où chacun, à sa place, fit son devoir…

L’auteur, Henry de Golen est le nom de plume d’Henri Commenge (1882-1944) un homme de lettres parisien qui s’essaya, entre-deux-guerres, au théâtre, au cinéma, au journalisme… Mais ce fut dans le «roman populaire» que ce véritable «touche-à-tout» se révéla, comme un « petit maître » de l’intrigue sentimentale et policière, auteur de dizaines de romans « à cinq sous». Inconnu, encore aujourd’hui, Henry de Golen s’afficha volontiers, tout au long de son existence, comme un homme de l’ombre, un activiste politique au profil insaisissable. Membre de l’Association des écrivains combattants, il était viscéralement attaché à un « héritage » combattant, dont il défendit les intérêts comme journaliste.

Edition (préface, postface et notes) présentée par François Olier, major (er) du service de santé de l’armée de terre, membre sociétaire de l’Association des écrivains combattants qui se passionne depuis près de quarante ans par l’Histoire du service de santé militaire. Il est l’auteur, avec Jean-Luc Quénec’hdu, des Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, en cinq volumes (Ysec éditions, 2008-2016).

SOUSCRIPTION jusqu’au 17 juillet 2017au prix de 17,00€, frais de port inclus, au-delà du 17/07/2017 : 20,00€.

règlement à adresser : Editions Bernard Giovanangéli, 22 rue Carducci, 75019 PARIS.

2008-2016 - aux EDITIONS YSEC www.ysec.fr - LA référence sur les Hôpitaux militaires en 1914-1918.

2008-2016 - aux EDITIONS YSEC www.ysec.fr - LA référence sur les Hôpitaux militaires en 1914-1918.

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LES AMBULANCES DE LA 40e D.I. A XIVRY-CIRCOURT (22 AOUT 1914) – 2e Partie

16 Mai 2017 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes

 

Partie 1

 

La première partie des « ambulances de la 40e D.I. à Xivry-Circourt » pose dans son introduction la situation de la 40e DI dans la bataille et traite des formations sanitaires constitutives de cette grande unité du 6e corps d’armée. Elle s’appuie ensuite sur le rapport du docteur Langlet pour suivre les vicissitudes de l’ambulance n° 5/6.

 

Cette deuxième partie présente le rapport de retour de captivité du médecin major (active) Paul Corbel (1882-1961), médecin chef de l’ambulance n°5/6. Il complète celui du docteur Langlet (1ère partie) jusqu’à leur arrivée au camp de prisonniers d’Ingolstadt. A son retour de captivité le docteur Corbel fut envoyé à Salonique, à l’armée d’Orient (1915-1918), pour y prendre le commandement de « l’ambulance nouvelle du corps de Serbie » qui fut engagée dans les opérations offensives d’octobre-novembre 1915 sur le Vardar. Nommé médecin major de 1ère classe (commandant, active) il fut attaché comme « médecin adjoint » - chef de cabinet – au médecin inspecteur Ruotte, chef supérieur du service de santé de l’armée d’Orient, à Salonique. Paul Corbel termina sa carrière au lendemain de la Seconde guerre mondiale comme médecin général.

 

L’ambulance 5/6, de la mobilisation au 22 août

"Parti le 2 août 1914 à 6 heures 20 du 5e régiment d'artillerie à pied (Verdun) porteur d'un ordre de mobilisation individuel me nommant médecin chef de l'ambulance n° 5 du VIe corps. j'ai rejoint par voie ferrée avec mon cheval et mon ordonnance le camp de Chalons à 13 heures.

Du 2 au 4 août j'ai reçu le personnel et le matériel de mon ambulance :

Personnel :

Corbel - Médecin major 2e classe d'active

Chazal - aide-médecin major Ière classe de la territoriale

Martz - Médecin aide major 2e classe de réserve

Chopinet - Médecin aide major 2e classe de réserve

Langlet - Médecin aide major 2e classe de réserve

Dogny - Médecin aide major 2e classe de réserve

Vagnante - Pharmacien Aide major 2e classe de réserve

Wiclet - Officier d'Administration 2e classe de réserve, gestionnaire

Cassille - Officier de 3e classe de réserve d'approvisionnement

[p. 2] 2 sous-officiers ; 46 Infirmiers (deux qui devaient rejoindre n'ont jamais rejoint).

Matériel : réglementaire à l'exception d'un fourgon S[ervice]. S[anté]. remplacé par une lourde voiture de réquisition.

Départ de Mourmelon, le 4 août 1914 à 3 heures et demi par voie ferrée - Arrivée à Saint-Mihiel à 11 heures, l'ambulance rejoint, par la route Beaumont par Apremond.

A Beaumont, elle est cantonnée avec l'ambulance n° 2 (Médecin major de 1ère classe Dettling et le groupe de brancardiers divisionnaire n° 40 (Médecin major de 1ère classe Ferrand qui, plus ancien, devient chef du groupe sanitaire de la division).

Du 4 août au 22 août, concentration et marches d'approche, l'ambulance n'a [pas] eu l'ordre de s'installer. Dans les cantonnements, les exercices réglementaires d'instruction du personnel ont été répétés de nombreuses fois (montage de tente Tortoise, arrimage des voitures, exploration des paniers , distribution du service, etc.).

Le 21 août au soir, le commandement prévient que les avants postes de la division ont eu un engagement et que la bataille peut être imminente, néanmoins on ne bivouaque pas (cantonnement d'alerte et Amermont de 22 heures à 3 heures du matin).

 

[L’ambulance 5/6 en position d’attente, « sur roues », à Xivry-Circourt]

Le 22 août, après une matinée d'attente en réserve et alors que le bruit continue et proche du canon nous annonce un engagement important, nous atteignons Xivry-Circourt [Meurthe-et-Moselle] vers 11 heures avec l'ordre de rester sur roues ; le groupe sanitaire est au complet - A deux heures la canonnade est bien plus proche ; quelques chasseurs à pied couverts de poussière et de sang arrivèrent au village [p. 3] : le combat est très meurtrier pour nous et les allemands avancent

- Vers 15 heures le médecin-major de 1ère classe Ferrand chef de groupe, fait dire au médecin major Dettling (qui me transmet) qu'il reçoit l'ordre du médecin divisionnaire de partir à la recherche des blessés sur le terrain avec son groupe de brancardiers ; que l'ambulance n° 2 doit s'installer à Xivry ; que l'ambulance n° 6 doit attendre d'autres ordres ; qu'il faut envoyer l'agent de liaison prévu pour le médecin divisionnaire de la côte 360, en avant du village de Joppécourt. J'envoie le brigadier du Train.

Il revient vers 4 heures 1/2 sur une monture fatiguée me prévenir qu'il n'a pu rejoindre malgré ses efforts, le médecin divisionnaire ; un officier d'état-major, lui a enjoint de faire demi-tour avant la cote 360 d'où, disait-il, le médecin divisionnaire était certainement déjà parti, sans qu'il puisse indiquer la situation actuelle de notre chef.

La bataille avance sur nous ; des obus tombent à notre hauteur. L'ambulance 2 reçoit ses blessés dont le nombre croît très vite, si bien que le médecin major Dettling me donne l'ordre d'aller reconnaître un emplacement favorable à mon installation qui lui paraît devoir être [à bref] nécessaire. A mon retour Je lui fais part de mes inquiétudes au sujet de l'évolution du combat, du sort des formations et des blessés, d'après les renseignements de soldats en retraite et de paysans, il est également très perplexe, n'ose me donner l'ordre de m'installer ; mais ne me laisse pas partir. Il semble même d'après ce que me répétèrent des infirmiers dignes de foi, que J'aie à ce moment insisté et discuté avec assez de ténacité [p. 4] pour que notre conversation ait été entendue, sans que je le sache par des tiers. Quoiqu'il en soit, vers 6 heures, Monsieur le médecin-major Dettling fait plier bagages à sa formation, aidé par notre personnel, qui charge quelques blessés sur nos propres voitures - Des blessés qui arrivent alors nous préviennent que nos hommes [nous sommes] entourés. Vers 6 heures 1/2 soir, arrive l'ordre du médecin divisionnaire de nous replier. Comme toujours jusqu'alors j'ai reçu communication de cet ordre (sans le voir toutefois) par le médecin major Dettling. On m'a dit depuis (Abbé Bouche, infirmier ambulance 5) qu'il était daté de 4 heures et que le porteur, un cycliste, était resté tapi dans un bois au moins 2 heures. Ce cycliste nous dit alors que nous étions cernés et fut d'ailleurs fait prisonnier. Mais un officier de chasseurs à cheval arrivant, avec une patrouille dans le village, nous affirma que la route de Réchincourt était libre. Le médecin-major Dettling et l'ambulance n° 2 démarrèrent les [premiers] et mon ambulance suivit. J'étais resté à l'arrière pour m'assurer que le colonel du 161e, blessé, avait bien été placé dans une voiture et non laissé dans une maison. Je m'apprêtais à rejoindre ma monture, tenue en mains, à la tête de la formation, lorsqu'une fusillade très voisine éclata en arrière de nous et sur la droite - désordre immédiat dans les attelages dont quelques-uns doivent être atteints. Je cours en avant pour rejoindre mon cheval et essayer de remettre de l'ordre, mais plusieurs fourgons de l'ambulance n° 2 emballés reviennent sur nous ; un attelage s'abat en travers de la rue à l'extrémité du village. J'essaie de monter sur un fourgon mais l'attelage nous projette contre un mur et à ce moment il semble bien que l'on tire de tous côtés, l'obscurité ajoute à l'affolement des quelques conducteurs [p. 5] qui d'ailleurs ne tiennent aucun compte des ordres que je crie à leur passage ; il est à remarquer que la rue s'est vidée presque instantanément et en très peu de minutes. Je me trouve seul sur la chaussée avec l'aide-major de 2e classe Langlet de mon ambulance ; à droite, à gauche et en avant des fourgons renversés et l'on tire encore, mais probablement plus sur nous, puisque nous pûmes faire à découvert quelques mètres sans être atteints vers les maisons où se trouvait l'ambulance n° 2.

 

[Prisonniers à Xivry-Circourt]

En atteignant un fourgon renversé près de l'entrée du village (côté Landres) nous vîmes surgir du côté opposé des casques à pointe qui après quelques menaces de baïonnette comprirent mes quelques explications en allemand : les mains hautes on nous fouilla et alors au milieu des cris des blessés, ce qui nous fit penser que quelques-uns furent tués et à la lueur de l'incendie d'une grange, nous vîmes surgir de partout des soldats allemands poussant vers nous des infirmiers, des blessés, des civils sortant de toutes les maisons. Poussé moi-même dans une grange, j'obtins très rapidement d'un officier allemand dont j'avais demandé la venue, la cessation de la fusillade qui semblait continuer ça et là sur les maisons.

Il me demanda d'affirmer qu'il n'y avait dans le village que des sanitaires et des blessés, prétendit sans trop Insister qu'on avait cependant tiré d'une maison et m'autorisa à rejoindre les deux maisons ou se trouvaient des blessés. On m'y amena des camarades découverts dans les maisons du village. La nuit se passa en pansements, Je pus obtenir de circuler à la recherche de mon matériel : [p. 6] Les voitures étaient en partie pillées, mais un haut officier (colonel ou général) auquel j’expliquai dans la rue ce qu'étaient les voitures, mis des factionnaires avec une consigne qui m'apparut de nature à sauvegarder mon matériel. J'obtins également du café pour les blessés au petit jour, néanmoins, parqués dans deux maisons, nos blessés dont le nombre dépassait deux cents, furent très malheureux jusqu'à l'arrivée de l'ambulance allemande dont la venue me fut annoncée par le generalarzt du XVIe corps allemand qui nous visita avec beaucoup de correction le 23 à 8 heures et me fit restituer des infirmiers, enfermés la nuit dans une grange. Malheureusement il arriva trop tard pour empêcher le départ, survenu à 7 heures des deux officiers d'administration de l'ambulance n° 2 et d'un certain nombre d'infirmiers avec des soldats et des officiers légèrement blessés. Il me promit de faire son possible pour me renvoyer le personnel nécessaire.

La matinée se passe à rechercher des blessés : le médecin aide-major Chopinet, parti explorer le secteur, village de Preutin, me ramène deux de nos infirmiers grièvement blessés et rapporte que des fourgons éventrés gisent sur la route à un kilomètre du village. J'obtiens également d'un officier qu'on ramène devant l'ambulance les voitures éparses dans l'après-midi arrive le feldlazarett n° 5 du XVIe corps allemand et aussitôt l'aspect de notre ambulance change, l'officier allemand qui, pour des motifs de surveillance avait, malgré mes protestations parqué mes blessés dans deux petites maisons, est délogé de son propre domicile et l'ambulance allemande s'installe convenablement. On lui trouve la paille qu'on m'avait impitoyablement refusée, nous concourrons de notre mieux à l'installation et nous recevons en partage [p. 7] quelques maisons où nous travaillons entre nous et avec notre matériel, à assurer à nos blessés les soins les plus urgents.

Le lendemain matin 24 août je présente au Chefarzt allemand (oberstabarzt : médecin major de 1ère classe) le personnel qu'il m'avait prié de rassembler :

Officiers :

Corbel - Médecin major 2e classe active, ambulance n° 5.

Kahn - Médecin aide major 1ère classe de réserve, ambulance n° 2

Legler - Médecin aide major 2e classe, active, groupe de brancardiers 40e division d'infanterie

Massoneau - Médecin aide-major 2e classe, active, 154e régt d'infanterie

Chopinet - Médecin aide major 2e classe, réserve, ambulance n° 5

Langlet - Médecin aide major 2e classe, réserve, ambulance n° 5

Martz - Médecin aide major 2e classe réserve, ambulance n° 5

Turchetty - Médecin auxiliaire réserve, 6e régt Génie, Cie attachée à la 40e Don

Wurtz - Médecin auxiliaire active, 161e régt d'infanterie

2 sous-officiers de l'ambulance n° 5 et 34 infirmiers des formations sanitaires ou des régiments de la 40e Don.

Le 24, 25, 26 août, nous continuons à panser les blessés prisonniers qui arrivent sans interruption (combat du 23, 24, 25 sur l'Othain) entre temps. J'ai fait surveiller par le médecin aide-major Chopin [et] la reconstitution du matériel : il résulte de son travail très méthodiquement exécuté, que nous pouvons mettre sur roues une ambulance, sauf les vivres et quelques paniers de pansements déjà utilisés ; j'attachais à cette reconstitution un très grand prix car le Generalarzt directeur allemand du S.L. du XVIe corps que je voyais [p. 8] presque tous les jours , me faisait espérer mon retour avec mon matériel à travers les lignes de feu. On m'avait même rendu quelques chevaux.

Le 27 et 28 août , évacuations des blessés en automobile, ce jour-là le Generalazrt m’annonce que les Français ont retenu des formations sanitaires automobiles et que sans doute nous devrons laisser notre matériel et le 29 au matin il me signifie que, nos évacuations devant être terminées à midi, nous serons transportés dans l'après-midi en Allemagne vers un point non déterminé et que, de là, nous serons dirigés en France, vraisemblablement par la Suisse. Il écoute complaisamment mes protestations au sujet du matériel, consent même à certifier que j'avais encore mon ambulance et donne l'ordre au médecin chef du Feldlazarett de m'en donner décharge écrite pour que j’aie une garantie (ci-joint le texte) mais me déclare qu'il obéit à des "ordres supérieurs" et qu'il ne peut me donner aucune précision sur la durée du séjour en Allemagne, qu'il croit cependant devoir être courte .

 

[Départ de Xivry-Circourt]

[29 août] Evacués à 15 heures en automobile sur Fontoy, nous gagnons par voie ferrée successivement Thionville, Hombourg, Worms , Spire , Germersheim qu'on m'avait indiqué comme point de bifurcation, vers la Suisse, pour le personnel sanitaire. On nous expédie sur Bruchsal et c'est là, malgré toutes mes explications et protestations, que j'apprends qu'en vertu "d'ordres supérieurs " nous sommes considérés comme prisonniers de guerre et transportés à Ingolstadt, ainsi que le convoi de blessés que nous escortons depuis Thionville.

Arrivés à Ingolstadt le 31 Août à 18 heures (…) ».

 

A SUIVRELES AMBULANCES DE LA 40e D.I. A XIVRY-CIRCOURT (22 AOUT 1914) – 3e partie.

Nous retrouverons dans le prochain billet le docteur Langlet, en captivité au « Reservelazarett B » (Kriegsschulle) de Munich (Bavière).

 

Notes :

Sources :

Archives nationales, Base Léonore, dossier Langlet, 19800035/1190/37675 [en ligne].

Arch. musée du service de santé des armées, cart. 637, dos. 13 (Langlet).

SHD Terre, Vincennes, 26N 123/12, JMO, DSS 6e CA, 23 août 1914.

Alfred Mignon, Le service de santé pendant la guerre 1914-1918, Masson, Paris, 1926, t. 1, p. 81-85.

Sur le déroulement de la bataille autour de Xivry-Circourt.

 

 

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LE LINGE (1915) ET LA NUMERATION DES PERTES

13 Mai 2017 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes, #varia

 

M. Eric Mansuy, membre de la société d’émulation du département des Vosges, propose dans le dernier bulletin des annales de l’est (n°1-2016) un article consacré à la problématique du chiffrage des pertes, à propos d’un cas : «Le Linge, un siècle après 1915 : la numération des pertes ». Cet article exigeant, solidement étayé par des sources nombreuses et variées, fera date dans l’historiographie de la Grande Guerre, comme un modèle à suivre.

Les contemporains, militaires d’active et de réserve, qui sont passés dans les états-majors des forces et se sont essayés à produire des états de pertes fictifs à la fin de manoeuvres, apprécieront – comme les historiens – cet exercice difficile décliné par M. Mansuy qui n’a été tranché dans l’armée française qu’après la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui en version de guerre classique cette catégorisation s’articule en « pertes totales » (tués, disparus, prisonniers, blessés et pertes humaines hors combat) et « pertes santé » (somme des évacuations à partir des postes de secours ou centres de triage). En 1914-1918, la discipline des chiffres ne s’imposait pas aux états-majors français et fut l’objet d’erreurs d’analyse dans l’après-guerre. Comme nous l’explique M. Mansuy : « La problématique du chiffrage des pertes, et en particulier la proportion des tués dans leur bilan global, n’a cessé de troubler l’historien, et de faire fantasmer le profane, depuis le moment même où les événements se sont produits. »

Ainsi la réalité des « pertes » était devenue synonyme de « tués ». Eric Mansuy, tout au long de son article foisonnant va nous démontrer qu’il n’en est rien et battre en brèche la version officielle sur les pertes du Linge communément admise depuis un siècle.

« Un glissement sémantique devenu glissement historique et mémoriel ».

 

Eric Mansuy, «Le Linge, un siècle après 1915 : la numération des pertes », dans les annales de l’est, n° 2016-1

Pour commander les annales de l'est, contacter par mail : camille.crunchant@univ-lorraine.fr

Autre article d’Eric Mansuy dans les annales de l’est (2014-2) : « Une « zone » de mort : Mattexey, le 25 août 1914 ».

Mise à jour : 7 juillet 2017

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LES AMBULANCES DE LA 40e D.I. A XIVRY-CIRCOURT (22 AOUT 1914) – 1ère Partie

5 Avril 2017 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes

LES AMBULANCES DE LA 40e D.I. A XIVRY-CIRCOURT (22 AOUT 1914) – 1ère Partie

d'après le témoignage du docteur Jean Louis Langlet, le fils du "héros rémois".

Je vais me servir pour rédiger ce premier article sur le soutien sanitaire des combats de Xivry-Circourt du 22 août 1914, du témoignage inédit du docteur Jean louis Langlet (1883-1973), le fils du docteur Jean-Baptiste Nicaise Langlet (1841-1927), le « héros rémois », connu pour être resté à Reims, à la tête de son conseil municipal, durant les combats de la Grande Guerre.

Le docteur Jean-Louis Langlet était un médecin réserviste, docteur en médecine de la faculté de Paris (1911), chirurgien des hôpitaux de Reims (1913) qui rejoignit le 6e corps d’armée en qualité de médecin aide-major de 2e classe (sous-lieutenant) pour servir en qualité de chirurgien de carrière à l’ambulance n°5 du 6e corps (amb. n°5/6) dont le médecin chef était le médecin major de 2e classe (capitaine) Paul Corbel (1882-1961).

La 40e division d’infanterie (général Hache) ainsi que les 12e et 42e DI appartenaient au 6e corps d’armée (général Sarrail) qui relevait lui-même de la IIIe armée (général Ruffey). Le service de santé de la 40e DI confié au médecin principal (act.) Baptiste Pailloz (1858-1953) relevait quant à lui de la direction du service de santé du 6e CA (médecin inspecteur Georges Salle).

Formations sanitaires de la 40e DI :

Groupe de brancardiers divisionnaires n°40 (GBD n°40) – médecin major de 2e classe Ferrand (1ère section), médecin aide-major de 1ère classe Legler (2e section).

Ambulance n° 2/6 – médecin major de 1ère classe Dettling.

Ambulance n° 5/6 – médecin major de 2e classe (act.) Corbel.

Unités de la 40e DI (services sanitaires régimentaires) - 79e brigade d’infanterie : 154e RI, 155e RI, 26e bataillon de chasseurs à pied (BCP) ; 80e brigade d’infanterie : 150e RI, 161e RI, 25e BCP, 29e BCP – 3 gr. de 75 (40e régiment d’art. de campagne), compagnie de génie 6/12 (9e régiment du Génie), Groupe d’exploitation de l’Intendance (GE n° 40).

Ordre d’opérations :

Bataille des Ardennes - La 40e DI se porta le 22 août, en flanc-garde du 5e CA, dans la région de Fillières-Mercy-le-Haut, prête à contre-attaquer l’ennemi débouchant de Fentsch. Le 22, le Kronprinz lançait dans son secteur trois divisions du XVI Armee Korp (AK). La 40e DI était fortement engagée.

Le fil conducteur des évènements du 22 août 1914 à Xivry-Circourt du point de vue du service de santé est assuré par le témoignage du docteur Langlet. Des compléments et des précisions seront apportés par les rapports des docteurs Corbel et Kahn (de l’amb. n° 2/6).

L’ambulance 5/6 à Xivry-Circourt

« I - Sur le front - [22 août 1914] L'ambulance 5 du 6e corps d'armée dont je faisais partie comme médecin aide-major avait quitté Amermont [Meurthe-et-Moselle] de très bonne heure en même temps que l'ambulance 2, avec laquelle elle marchait de conserve ; elle était arrivée vers 11 heures du matin à Xivry-Circourt, que les Allemands avaient évacué peu de temps auparavant. La bataille se déroulait déjà depuis plusieurs heures (…)

Cependant vers une heure de l'après-midi, l'ambulance 2 recevait l'ordre de s'installer : des blessés commençaient à arriver, amenés par le groupe de brancardiers divisionnaires. Des lits de paille furent provisoirement aménagés par les soins du personnel de l'ambulance 2. Comme le nombre de blessés devenait de plus en plus important, nous nous sommes mis à l'ouvrage à côté de nos camarades (…). Les voitures arrivaient régulièrement, le ramassage des blessés se faisait sans grandes difficultés malgré la canonnade. Les brouettes brancards rendirent de signalés services. Aussitôt après leur arrivée, les blessés étaient pansés, couchés s'il le fallait.

Tout marchait pour le mieux malgré le bruit du canon et des obus que l'on devinait de plus en plus proches. Une division de cavalerie [7e Division de cavalerie (DC) française] que nous avions vu passer quelques instants auparavant repassait [p. 2] la côte qui domine le village de Xivry et s'éloigna, sans nous donner la moindre indication. Des chasseurs à pied [25e et 29e BCP], engagés depuis le matin dans la bataille, dispersés par le feu d'une artillerie puissante, arrivèrent au village un peu découragés, quelques-uns pour se faire panser, puis ils retournèrent au feu. Les avions ennemis survolaient toute la région.

Vers 4 heures de l'après-midi, nous pouvions entendre la canonnade de trois côtés du village. Un paysan nous dit :

  • "Vous êtes tournés ; je viens de monter dans le clocher de l'église. Si vous voulez leur échapper, il n'est que temps. Peut-être pourrez-vous gagner Spincourt".

Je regarde alors notre médecin chef, le médecin major de 2e classe Corbel. Il n'a pas d'ordre et vient d'envoyer au médecin principal divisionnaire un agent de liaison. Nous continuons à travailler comme si rien ne se passait. Après tout, il y a des blessés ; il est impossible de bouger. L'ambulance 2 fonctionne, il est vrai, mais pour le moment il y a de l'ouvrage. Nous donnons le conseil à ceux qui peuvent marcher de partir par la seule route qui reste libre. Seuls des marcheurs isolés peuvent tenter d'échapper aux balles : un convoi serait repéré trop facilement. Les obus commencent à tomber autour de nous, dans les jardins du village et particulièrement dans celui de la maison du notaire, à quelques mètres de celle que nous occupions. Les habitants de Xivry, affolés, tentent de fuir par la route de Spincourt ; leurs voitures obstruent l'entrée du village, il leur est impossible de déboucher, la route est coupée par l'artillerie et les mitrailleuses ennemies qui ne cessent de la battre. Quelques-uns de nos infirmiers désirant sans doute échapper à une capture possible, prennent la même route. Nous avons retrouvé plus tard leurs cadavres. Quelques collègues, les médecins auxiliaires Wurtz et Turquety, qui avaient jusque-là parcouru inlassablement le champ de bataille, et qui n'avaient reculé qu'avec les éléments de leur régiment, se joignent à nous pour panser les blessés toujours plus nombreux.

[p. 3] Il est environ six heures du soir ; les obus éclatent au-dessus des toits. Alors arrive, je ne sais comment, le cycliste du médecin divisionnaire. Il apporte l'ordre de partir. Comment faire maintenant ? L'ambulance 2, qui a rapidement remballé son matériel, charge tous les blessés qu'elle peut emmener sur ses voitures, et le départ commence. Un sous-officier de chasseurs à cheval a paraît-il, assuré que la traverse qui passe au pied de l'église est encore libre, quoique quelques projectiles y soient déjà tombés. Il est environ sept heures moins un quart. Dans nos voitures, nous chargeons encore des blessés qui s'y entassent sans se plaindre : il vaut mieux mourir en route que d'être fait prisonnier. Un de nous, le plus jeune, demeura s'il le faut avec ce qui restera de blessés si nous ne pouvons charger tout notre monde. Il faut surtout faire vite.

Tout d'un coup, au moment où mes camarades me pressaient de partir avec eux, au moment aussi où j'aidais un lieutenant au bras cassé à grimper dans une de nos voitures, je me retourne pour voir si quelque blessé ne demeure pas près de moi. L'obscurité est venue, presque complète. Tout d'un coup la fusillade éclate en même temps à l'entrée du village (route de Spincourt) et dans les jardins tout autour. Nous sommes cernés. Les balles sifflent près de moi ; une d'elles traverse mon pantalon près du genou. Je monte les marches d'un perron, instinctivement, pour chercher un abri dans le couloir voisin. Mais je me souviens que dans la maison sise en haut du village il y a sans doute encore des blessés, et que ceux-ci sont exposés aux violences possibles de l'ennemi. Au milieu de la fusillade, on entend déjà les coups de crosse dans les portes et les volets des maisons. Dans la nuit noire, je redescends le perron, juste pour reconnaître le médecin major Corbel mon médecin-chef, qui avait eu la même pensée que moi : "Nos voitures ont dû être mitraillées ; allons vers [p. 4] nos blessés." La fusillade continue, un peu moins nourrie cependant. Nous remontons la rue principale du village sous la pétarade. Des soldats allemands sont installés sur la place devant la maison que nous voulons atteindre. Ils tirent, tranquillement, sur les voitures renversées au bas de la rue, d'autant plus tranquillement que personne ne leur répond : il n'y a là que des blessés, des infirmiers et des médecins. "Arzte !" crie le médecin-major Corbel ; et nous montrons nos brassards. Alors un officier allemand fit cesser le feu et nous ordonne de lever les bras en l'air. On fouille nos poches et on nous demande nos armes. Comme je n'en ai pas sur moi, ils me prennent mes ciseaux et une sonde cannelée que j'avais encore à la main. Je me suis toujours demandé comment nous avions pu parvenir jusque-là.

Subitement une grande flamme surgit d'une maison à notre gauche. C'est l'incendie qui commence. C'est sinistre.

  • "Vous avez tiré sur nous" dit l'officier (qui appartenait à un régiment de Metz).

Le médecin-major Corbel, qui parle allemand, nie avec énergie. Je fais remarquer à l'officier que j'avais moi-même pris la précaution de faire réunir toutes les armes sur le perron d'une des maisons servant d'ambulance et qu'il peut les y retrouver. Je lui affirme qu'il n'y en a pas une dans les maisons. Les armes ont été préalablement déchargées.

  • "On a tiré par les fenêtres !" dit l'officier "Vous n'êtes pas des médecins ; vous êtes des espions. Vous serez fusillés."

Pendant ce temps, des scènes analogues se passent dans les maisons où se trouvent quelques-uns de nos collègues qui, croyant comme nous être restés seuls, n'ont pas voulu abandonner les blessés. On me mène dans une grange où je retrouve les médecins aide-major Martz et Chopinet, qui se sont réfugiés là avec quelques infirmiers et blessés.

Pendant quelques minutes nous restons là, nous demandant ce que nous allons devenir, si l'on va nous fusiller ou si nous allons griller avec la maison que le feu peut atteindre facilement d'un moment à l'autre.

[p. 5] Enfin - je ne sais à quelle heure - on vient nous chercher et on nous reconduit dans la maison où ont été réunis les blessés. Machinalement je me suis remis à panser ceux-ci, pendant toute la nuit. La pensée d'avoir perdu la liberté, le souvenir d'avoir vu périr tant de pauvres blessés, mitraillés dans les voitures, m'écrasaient. Tous ces évènements, la bataille autour du village, l'encerclement, le bombardement, la fusillade dans les rues, l'incendie, la tuerie des blessés, s'étaient passés avec une telle rapidité que nous ne comprenions plus. Nous ne songions qu'à soulager nos malheureux soldats. Nous pensions aussi à nos camarades que nous ne retrouvions pas, et qui avait dû périr. (Nous ignorions qu'ils avaient heureusement pu s'échapper. De quelle façon ? Je ne l'ai jamais su. Ils ont dû ramper pour éviter la fusillade, car toutes les voitures où se trouvaient les blessés ont été retrouvées criblées de balles, renversées dans les fossés, et pillées par les soldats allemands).

Le lendemain de ce jour, dont le souvenir est resté pour moi plein d'horreur et où les allemands ont si bien montré qu'ils avaient reçu l'ordre de se montrer impitoyables, nous avons pu voir fusiller deux enfants, appartenant je crois à la famille du maire de Xivry-Circourt**. Qu'avaient-ils fait ? Rien. Ils étaient jeunes. Cela suffisait "pour qu'on fit un exemple".

Le surlendemain, une ambulance allemande est arrivée*, dont les médecins, pleins de superbe, ont visité nos blessés, sans d'ailleurs y toucher. Ils se sont montrés prévenants pour nous, occupés surtout de faire un geste noble et théâtral. Le docteur Corbel était pris tout le jour par les allemands pour faire des rapports dans fin pour visiter le champ de bataille et ramasser les restes épars de notre matériel pillé par la soldatesque barbare, je pris, comme chirurgien professionnel, la direction des opérations, et je ne quittai plus le tablier. Aidé par nos [p. 6] camarades très dévoués. Je n'ai plus cessé d'opérer pendant les sept jours où il nous fut permis - sous la surveillance allemande - de soigner nos blessés. Ceux-ci nous arrivaient toujours plus nombreux avec des mutilations horribles. J'aurais voulu, j'aurais rêvé faire de la chirurgie véritable. J'ai dû faire de la bonne chirurgie de guerre tout simplement. Notre matériel avait disparu presque complètement ; il me fallut mendier près des médecins allemands l'indispensable : scies, bistouris, etc. Je n'avais même pas de bande d'Esmarch. J'ai fait peu d'amputations, d'ailleurs. J'étais conduit par le désir de conserver, le plus possible. Et j'ai bien fait. Les amputations que j'ai faites étaient indispensables (gangrène ou arrachements de membres, de vastes blessures irréparables). J'ai dû tout improviser. Dans une cuisine propre, que j'ai fait désinfecter de mon mieux, j'avais installé la salle d'opérations. J'ai retrouvé la table de notre ambulance, en même temps que celle de l'ambulance 2. Elles nous furent fort utiles. Un étudiant en médecine, nommé Laloux, fut pour moi l'aide de salle, chargé de la stérilisation, le plus précieux et le plus actif. Nous avions installé notre stérilisation le mieux que nous le pouvions, et je crois que nous avons opéré avec une sécurité relativement parfaite. Des personnes dévouées du village nous avaient donné du linge en assez grande quantité. Heureusement une voiture chargée de paniers de pansements avait été retrouvée par le Dr Corbel. Elle nous fut d'un grand secours. Les médecins allemands admirèrent nos paquets de pansements, éminemment pratiques. Nous étions d'ailleurs, en dépit de la simplicité de notre matériel, presque aussi bien organisés qu'eux. Et surtout nous savons appliquer nos pansements et désinfecter les plaies avec plus de jugement. J'ai vu des médecins de l'ambulance allemande (qui savaient que nous employions l'iode comme antiseptique). Tremper un gros tampon de gaze dans la teinture [p. 7] d'iode, le placer dans une plaie, l'y laisser consciencieusement et terminer le pansement par-dessus, sans se soucier des brûlures graves dont ils étaient la cause. Heureusement ils agissaient ainsi sur leurs propres soldats seulement. Au début de la guerre le médecin allemand, le praticien envoyé au front, ne savait pas ce que c'est que la chirurgie. J'ai connu, mais beaucoup plus tard, à Munich, quelques bons chirurgiens allemands : aucun d'eux n'a cependant le brio de nos opérateurs français. Avec les premiers, j'ai dû me disputer énergiquement, en refusant d'amputer certains blessés qui, je l'espère, se seront bien trouvés d'avoir conservé leur membre blessé.

C'est ainsi que je passai sept jours, opérant jour et nuit avec mes camarades. Nous étions harassés de fatigue ; nous n'avions pas mangé. Les allemands nous avaient donné une soupe, du café, du beurre - de temps à autre - ; un peu de pain noir très indigeste, mais aucun aliment qui pût nous aider à supporter nos fatigues. La veille de notre départ seulement, nous avons pu faire un repas convenable grâce à des françaises dévouées chez qui nous avions installé nos officiers blessés. Deux familles de Xivry-Circourt, au risque de s'exposer à des "représailles" nous ont aidé avec courage : les familles Rodrigue et Legendre, de Xivry. D'autres personnes également ont fait preuve de dévouement. J'ai oublié leur nom.

Il faut admirer l'activité dépensée par le Dr Corbel, médecin chef de notre ambulance 5, qui servit de tampon entre les blessés français et les allemands, et put assurer aux premiers et aux habitants du village un peu de nourriture. Sans lui, je ne sais comment les blessés auraient survécu jusqu'à leur évacuation. Je dois avouer cependant que l'organisation des allemands était convenable. Ils s'étaient mis à l'aise d'ailleurs ; vidant les maisons de leurs meubles, éparpillant dans les jardins, les dossiers du notaire et des objets d'art, pour faire [p. 8] de la place, sans se soucier de trouver le moindre abri à tout ce mobilier. Nous leur sommes surtout reconnaissants de nous avoir permis de soigner nous-mêmes la grande majorité de nos blessés. Il est vrai qu'ils avaient tant à faire près des leurs, beaucoup plus nombreux que les nôtres, qu'ils désiraient peu s'occuper de ces derniers. Le médecin-chef de l'ambulance allemande me disait le 24 août 1914 :

  • "Monsieur, cette guerre doit cesser. Nous avons déjà plus de morts et de blessés que pendant toute la guerre de 1870. C'est horrible."

Mais cette horreur trouble si peu leurs princes, et leur orgueil est tellement grand !

Les évacuations de nos blessés se firent normalement. Des camions automobiles, aménagés à la hâte, vinrent chercher les plus atteints. Je ne sais ce qu'ils devinrent par la suite. Le colonel [Brosset-Heckel] du 151e [lire : 161e RI] d'infanterie fut même évacué dans une voiture automobile mise à sa disposition par le général Von Haeseler [feldmarschall Graf Gottlieb Von Haeseler]. Ce dernier, vieille poupée haineuse et simiesque, habitait une maison voisine de l'ambulance allemande. Si bien qu'il couchait sous la protection du drapeau de la Croix-Rouge de Genève. Il y a de ces curieux hasards.(…)

Le 29 août nous quittâmes Xivry-Circuit, avec une lettre du général arzt du 16e corps d'armée qui devait nous servir de sauf-conduit vers la Suisse. Nous traversâmes les villages consumés qui comme Landres ne sont plus que des tas de pierres : Audun-le-Roman, ville florissante, n'existe plus. Tout a été brûlé, méthodiquement. A Thionville, nous retrouvâmes d'autres médecins : nous étions douze. Médecin major Corbel, médecin aide-major Chopinet, Martz, Langlet, Legler, Kahn, Massonnaud ; pharmacien aide-major Ronvel ; médecins auxiliaires Wurtz, Turquety, Blin, Gallot-Lavallée. Nous avons eu là un délire d'espoir : nous allions enfin rentrer en France !

On nous avait indignement trompés.

Par Kaiserlautern, Worms, Mannheim, Spire, Gemersheim, tout pavoisés et hurlant la victoire, où les populations nous montraient le poing et nous crachaient au visage, par Goettingen et Ulm on nous amena jusqu'à Ingolstadt sur le Danube. (…)" Le docteur Langlet arrive à Ingolstadt le 31 août 1914.

A SUIVRELES AMBULANCES DE LA 40e D.I. A XIVRY-CIRCOURT (22 AOUT 1914) – 2e partie.

Nous retrouverons dans un prochain billet le docteur Langlet, en captivité au « Reservelazarett B » (Kriegsschulle) de Munich (Bavière).

Notes :

(*) Il s’agit du feldlazarett n°15 du 16e armeekorps de Metz.

(**) Famille du maire, M. Paquin [Pasquin].

Sources :

Archives nationales, Base Léonore, dossier 19800035/1190/37675 [en ligne].

Arch. musée du service de santé des armées, cart. 637, dos. 13 (Langlet).

SHD Terre, Vincennes, 26N 123/12, JMO, DSS 6e CA, 23 août 1914 [en ligne].

Alfred Mignon, Le service de santé pendant la guerre 1914-1918, Masson, Paris, 1926, t. 1, p. 81-85.

 

LES AMBULANCES DE LA 40e D.I. A XIVRY-CIRCOURT (22 AOUT 1914) – 1ère Partie
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GENEVIEVE HENNET DE GOUTEL, ECRITS DE GUERRE ET D'AMOUR

19 Mars 2017 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes

 

A LIRE :

Geneviève Hennet de Goutel, Ecrits de guerre et d’amour, édition établie et présentée par Roxana Eminescu, L’Harmattan, Paris, 2017, 272 p.

ISBN 978-2-343-11523-8 - EAN 9782343115238

Présentation de l’éditeur :

« Par train et en bateau, de Paris en France à Iasi en Roumanie, en passant par Boulogne-sur-Mer, Folkestone, Londres, Bergen, Oslo, Tornio, Haparanda, Saint-Pétersbourg, Kiev et Bucarest, Geneviève Hennet de Goutel, 31 ans en 1916, nous entraîne dans son voyage sans retour.

Sur les champs de bataille des blouses blanches françaises et roumaines, elle dépeint de sa belle écriture l’écume des mers du Nord et les forêts enneigées de l’Est de l’Europe, elle dessine avec tendresse ou révolte, humour ou désolation, les portraits des femmes et des hommes dont elle croise le chemin et parmi lesquels les lecteurs découvriront peut-être un ou une ancêtre. Poilus et princesses, soignants et malades, croyants, mécréants, célèbres ou anonymes, hauts responsables politiques de la Grande Guerre ressuscitent sous sa plume, en laissant parfois entrevoir quelques dessous des cartes. " - L’édition est établie et présentée par Roxana Eminescu, chercheure en littérature et histoire, retraitée de l'enseignement supérieur.

Sur Geneviève Hennet de Goutel (1885-1917) et les « sanitaires » français victimes de la Guerre, de 1916-1918, en Roumanie, un article sur mon blog : ici.

MA RECLAME : Les monographies sommaires de tous les hôpitaux militaires et centres hospitaliers des armées françaises du front d'Orient (dont l'armée du Danube et la Roumanie) :

dans : F. Olier et J.L. Quenec'hdu, Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, tome 5, éditions Ysec, Louviers, 2016.

 

 

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BRANCARDIERS ! DES SOLDATS DE LA GRANDE GUERRE

26 Décembre 2016 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes

BRANCARDIERS ! DES SOLDATS DE LA GRANDE GUERRE, par Benoît Boucard.

SORTIE 2015

 

Les ouvrages sur les personnels militaires relevant du service de santé dans la Grande Guerre sont peu nombreux. Bien sûr un assez grand nombre de ces soldats ont laissé des journaux de route, mais ce sont en général des carnets de médecins, dont certains sont aujourd’hui donnés comme « classiques » (Laby, Maufrais, etc.). Chez Benoît Boucard vous ne trouverez pas les énièmes souvenirs d’un praticien mais une première étude sur les brancardiers de la Grande Guerre. Le sujet n’a encore jamais été traité dans sa globalité. Et bien Benoît Boucard relève le gant et consacre son ouvrage à ces méconnus de la Guerre 1914-1918. Malheureusement, en dépit des qualités du livre, vous ne disposerez pas d’une monographie sur ce sujet quasi inépuisable mais plutôt de la première anthologie sur la « geste brancardière » 14-18…

Benoît Boucard ne fait pas mystère de son choix initial et précise dans son introduction qu’il n’a pas « abordé ce groupe sous la forme d’un historique de son organisation et de ses missions » (p. 6). Pour ma part je crois que cette thématique aurait mérité une « introduction historique » en quelques pages, ne serait-ce que pour bien présenter ces « brancardiers fréquentant les tranchées » positionnés dans un monde sanitaire 1914-1918 largement méconnu et dont la complexité rebute. Paradoxalement Benoît Boucard réussit parfaitement, grâce au plan de son ouvrage et à la qualité des textes sélectionnés, à nous faire toucher du doigt en moins de deux cents pages toute l’étendue du sujet. Le détail du « sommaire » de son livre nous en dit plus sur son objet que je ne pourrais le souligner pour vous décider à le lire :

LES BRANCARDIERS AU FRONT - Leur place dans les unités et en ligne - Les corps d'armée - Les divisions - Du régiment à l'escouade - Un échelonnement de l'avant vers l'arrière - Des hommes au coeur des combats - L'arrivée des renforts de brancardiers : signe d'un mauvais présage - Le creusement des postes de secours - DES ORIGINES DIVERSES - Des affectations liées aux activités d'avant-guerre - Les musiciens - Les prêtres - Des origines les plus diverses - Des qualités physiques et morales indispensables - LES AIDES EXTERIEURES - Les renforts de brancardiers: un apport lié aux circonstances - L'apport des musiciens - Des aides variées - ENTRAINEMENT ET MATERIELS - L'entraînement - Le matériel - Le brassard - Dans le sac du brancardier - Le pansement individuel - Du matériel peu adapté aux effets du gaz - Le matériel de transport des blessés - Le brancard - Brouettes porte-brancard, brancards à roues, poussettes - La toile de tente et la couverture - Le corps des brancardiers - LE RELÈVEMENT DES BLESSES ET SES DIFFICULTÉS - Protection et traîtrise de la nuit - Premiers soins et manipulation des blessés - Transporter les blessés - Quand les intempéries et la physionomie du champ de bataille s'en mêlent. - La boue - Circuler dans les tranchées - la mitraille n'épargne personne - Des trêves à but humanitaire - BRANCARDIER : UNE MISSION AUX INNOMBRABLES RISQUES - Les brancardiers pris pour cibles - Blessures et mort des brancardiers - APRES LES SIENS, SECOURIR L'ENNEMI - LA GESTION DES MORTS - Ramassage et transport - L'inhumation - L'identification - DES ARMES ET DES BRANCARDIERS - Des attitudes paradoxales - Les brancardiers font le coup de feu - LES BRANCARDIERS VUS PAR LES AUTRES SOLDATS - Une vision négative - Brancardiers = embusqués - L'embusque: une échappatoire aux dangers? - L'embusqué ou la « belle vie » - Les souffrances incomprises des combattants - L'attente des brancardiers - Pour ne pas affronter seul la souffrance et la mort - Les réceptacles des frustrations et de la colère des combattants - Changement de vision - Devenir soi-même un embusqué - Etre brancardier par intérim - Leur devoir, la vie sauve - RECONNAISSANCE ET HONNEURS - L'intégration au groupe des combattants - les décorations : la preuve officielle de leurs actions – ABRÉVIATIONS – BIBLIOGRAPHIE - LIENS INTERNET

Benoît Boucard met à notre disposition des dizaines d’extraits de la littérature combattante intéressant les brancardiers : quelques mots, quelques phrases, parfois quelques lignes. Un véritable trésor soigneusement assemblé qui permet de mettre en perspective ces « Brancardiers ! Des soldats – Des combattants – de la Grande Guerre » qu’ils appartiennent aux corps de troupe ou aux sections d’infirmiers militaires (S.I.M.) relevant du service de santé.

TEXTE DE L’AUTEUR :

« Pourquoi traiter des brancardiers et de leur fonction ? La réponse trouve son origine dans la réalisation d'un de mes ouvrages antérieurs. En étudiant le fonds photographique du médecin Max Lumière, mon regard a été attiré par un groupe d'hommes, les brancardiers, parfois présent sur ses clichés. Mes recherches m'ayant amené à consulter les écrits de plusieurs médecins du front afin de connaître les conditions de vie et de travail de Max Lumière, j'ai noté qu'ils les évoquent régulièrement et en font parfois l'éloge. Intrigué, j'ai voulu en savoir plus sur ces soldats dont je pressentais l'ampleur du rôle joué dans le conflit, rôle que je n'avais jusque-là fait qu'effleurer. Concentrant mon attention sur eux, j'ai pu être surpris du nombre de mentions rapportant leur existence au sein des écrits des combattants. Qu'ils soient détestés ou enviés, rabaissés ou honorés, que ce soit en quelques pages, quelques lignes, quelques mots, leur présence plus ou moins discrète reste régulière. Les tragédies journalières du conflit rendant leurs tâches indispensables, ils font partie de la vie quotidienne du front et leur fréquentation devient presque banale pour les hommes des tranchées. J'ai fait le choix de me consacrer essentiellement aux brancardiers fréquentant les tranchées, ceux que les soldats présents en ligne croisent quotidiennement. Cet ouvrage est illustré de 80 photographies d'époque. »

Boucard, Benoît (1981-...). Brancardiers ! [Texte imprimé] : Des soldats de la Grande guerre / Benoît Boucard - Louviers : Ysec éditions, 1 vol. (199 p.) : ill. : 24 cm. - ISBN 978-2-84673-200-0 (br) - EAN 9782846732000
Brancardiers -- France -- 1900-1945
Guerre mondiale (1914-1918) -- Soins médicaux -- France -- Récits personnels français
Guerre -- Secours aux malades et blessés -- 1900-1945 -- Récits personnels


 

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HISTOIRE DES MEDECINS DE LANGENSALZA VICTIMES DU TYPHUS (JANVIER-MAI 1915)

25 Août 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes, #Bretagne 1914-1918

HISTOIRE DES MEDECINS DE LANGENSALZA VICTIMES DU TYPHUS (JANVIER-MAI 1915)

Médecins prisonniers de guerre au camp de Langensalza (1914-1915)

J’apporte aujourd’hui quelques éléments complémentaires sur le décès dans le camp de prisonniers n°4 de Langensalza du docteur Rigollot-Simonnot (1876-1915), ancien interne en chirurgie de Paris (1903) et plus généralement sur les médecins militaires français, victimes du typhus à Langensalza en Thuringe.

La biographie du docteur Rigollot-Simonnot a fait l’objet d’un article très fouillé sur le site belge « Médecins de la Grande Guerre », en relation avec l’Association Bretagne 14-18, et je n’ai que peu d’éléments à y ajouter (cf. infra, témoignage Poinsot).

Camp de Langensalza. Témoignage du docteur Poinsot sur les conditions de remise du courrier par les autorités du camp – « Notre regretté confrère, le docteur Rigollot-Simonne[o]t apprend la mort de son père par une lettre de quatre pages ; on lui remet seulement les deux premières pages. Le docteur réclame; on lui promet une enquête, et de celle-ci il ressort, d'après le colonel allemand commandant le camp que c'est la censure française qui aurait fait la coupure. Inutile de dire que M. Rigollot n'en a pas cru un mot, bien qu'il fut au désespoir de ne pouvoir connaître les dernières volontés de son père » [Rapport du médecin aide-major de 1ère classe Poinsot, du 228e régiment d’infanterie, médecin en service au camp de prisonniers de guerre de Gustrow, puis à Langensalza (janvier 1915), p. 4].

Parmi les nombreux témoignages de médecins militaires français sur les épidémies, à Langensalza, puis à Cassel-Niederzwehren, j’ai choisi l’extrait suivant qui rythme magistralement la progression de l’épidémie de typhus, de janvier à mai 1915. Nos amis belges connaissent l’auteur de ce témoignage exceptionnel, le docteur Dournay, qui fut pris à Bellefontaine en Belgique et dont le long rapport de fin de captivité constitué de notes préservées au péril de sa liberté, m’a déjà permis de rédiger plusieurs articles sur ce blog.

Mais avant de passer au témoignage du docteur Dournay proprement dit, quelques mots sur le camp de Langensalza et son service de santé (1914-1915) : Langensalza est une ville d’eau de Thuringe. Le camp était situé à environ 3 kms de la ville, dans le fond d’une cuvette argileuse environnée de collines. En décembre 1914, le camp compte dix baraques en bois avec assise partielle sur pilotis. Ce sont des baraques pour mille lits divisées par des cloisons en 4 groupes de 250 hommes. Les PG de différentes nationalités sont mélangés (février 1915). Les prisonniers couchent sur des bas flancs superposés.

Lazarett/hôpital - A l’origine (1914) le service de santé dispose de deux grandes baraques à la distribution exemplaire, appelés lazarette 1 et 2 . Chaque baraque comprend deux salles de 80 lits, quatre salles de 4 à 6 lits et de locaux annexes (pharmacie, tisannerie, salle de soins, salle de bains, etc.). Lors de l’épidémie (décembre 1914-mai 1915) une baraque entière, la n° 10, est réservée aux typhiques légers, tandis que le lazarett 1 accueille les malades graves et le lazarett 2 les autres maladies, dont des diphtériques. En raison de l’afflux de typhiques, jusqu’à 1200 malades en traitement, les blessés sont disposés jusque dans les couloirs et entre les lits. Les typhiques ne peuvent être descendus et urinent sur les malades des couchettes basses, etc.

Pour les médecins militaires français détenus avant l’éclosion de l’épidémie ou arrivés en renfort, l’épidémie s’expliquerait par une faute de commandement qui aurait imposé le mélange des prisonniers russes et français, négligé les mesures de quarantaine pour les cas suspects voire avérés… Il faut attendre que la garnison de Langensalza soit touchée pour que Berlin prenne des mesures efficaces, dont l’envoi du docteur allemand Rehberg [Roehberg, Roberg ?] de Berlin dont l’action prophylactique a été décisive et unanimement louée par ses confrères français ; ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Ce médecin fut ensuite envoyé, comme d’autres médecins français prisonniers, combattre l’épidémie encore plus virulente du camp de Niederzwehren près de Cassel (1200/1500 décès - 3500 typhiques sont traités au 15 mai 1915) où deux autres médecins militaires décédèrent du typhus (Charles-Jean Dumas (1891-1915) du 57e régiment d’infanterie et Louis Joseph Perier (1887-1915) du 6e régiment de Tirailleurs.

Extrait du rapport du médecin aide-major Dournay, du 9e bataillon de chasseurs à pied sur sa captivité à Langensalza.

« Le service fut assuré au début par les médecins français seuls. Plus tard des médecins russes soignèrent leurs compa­triotes (Baraque 1). Chaque médecin avait en principe le ser­vice suivant : visite d'une Mannschafbarake, une salle de typhiques (ou service du Lazarett 1). Deux médecins français furent attachés aux salles du Lazarett 1 (non contagieux) comme assistants des médecins allemands. Il y avait de plus un service de garde de nuit, par rou­lement.

Logement - Les médecins sont logés à l'extrémité d'une baraque des hommes, à raison de 4 à 5 par chambre. Ils ont un lit, une cuvette chacun. Des tables, des chaises.

L'alimentation est largement suffisante,

Promenade - Mais nous ne pouvons sortir du camp. L’autorisation que nous en demandons nous est refusée. Ce n'est qu'après la maladie (et la mort) de la plupart d'entre nous que l'on nous autorise à nous promener de 14 à 16 heures dans un parc voisin du camp, et sous une surveil­lance étroite.

Les W.C. - méritent d'être signalés, Nous ne disposons que de quelques seaux de toilette, mis à notre disposition dans une chambre du Lazarett 1. Il faut s'y rendre au besoin la nuit.

Les médecins malades - En dehors de l'un d'eux, le médecin auxiliaire Dautrey [Hôpital militaire de Lens ?] qui fut soigné en ville (*), tous les médecins [page 2] malades furent soignés dans le camp par nous, dans une chambre de l'isolier-Baracke, où on peut leur donner des bains. Cette chambre n'était pas aménagée lors de la maladie et la mort de Lassalas [26e régiment d’infanterie territoriale]. On se rendra compte des mauvais moments passés dans ces conditions, par l’examen du tableau suivant (en bleu les cas de typhus, en rouge les décès [sur l’original]).

En janvier : arrivée du médecin auxiliaire Héritier [64e bataillon de chasseurs] que nous trouvons en convalescence de typhus.

21 février - arrivée à Langensalza des médecins Thorel, Dautrey, Pelte, Tersen [hôpital militaire de Douai].

22 février - Arrivée de MM. Bahier [17e bataillon de chasseurs], Goudard [50e régiment d’infanterie], Deupes [20e régiment d’infanterie], Esquirol [20e régiment d’infanterie], Dournay et Lassalas.

9 mars - Dautrey tombe malade

10 mars - arrivée de Meuilles, Nectoux [groupe de brancardiers divisionnaires n°37] et deux médecins russes.

12 mars - arrivée de MM. Faucheux et Nattier [4e régiment d’infanterie territoriale].

15 mars - Lassalas tombe malade. Le lendemain, Tersen s’alite.

17 mars - Arrivée de 8 médecins et 2 officiers d’administration russes.

24 mars - Les deux médecins russes arrivés le 10, tombent malades.

26 mars - Nattier tombe malade.

27 mars - Mort de [M. le médecin aide-major Ferdinand Jean Laurent Lassalas (1874-1915)], MM. Bahier, Nectoux s’alitent. Tersen est dans le coma. Le docteur allemand, médecin auxiliaire, Dhale, a le typhus.

28 mars - Enterrement de Lassalas. Esquirol s’alite. L’aumônier allemand de même.

29 mars - M. Faucheux s’alite.

1er avril - Un médecin russe s’alite.

4 avril - Arrivée de MM. Rigollot [amb. n° 9/10], Poinsot [228e régiment d’infanterie], Léonetti [228e régiment d’infanterie], Dhalluin, Fontaine et du médecin anglais Garlaud [Garland ?] et 4 médecins russes.

6 avril - mort de [M. le médecin aide-major Léon Alphonse Natier (1879-1915)].

7 avril - un officier d’administration russe malade.

12 avril - un médecin russe malade.

20 avril - Rigollot tombe à son tour. Poinsot est malade mais non du typhus.

24 avril - mort de l’officier d’administration russe.

1er mai - mort d’un médecin russe.

3 mai - Mort de [M. le médecin aide-major Louis Pierre Rigollot-Simonnot (1876-1915)].

16 mai - Mort d’un médecin russe.

Personnellement j’ai été chargé de la Mannschafbaracken 8, d’une salle de typhiques du lazarett II[2], que j’ai gardée jusqu’à l’arrivée du docteur Rigollot, du service de dyphtérie (du 1er avril-26 avril). J’ai soigné les docteurs Lassalas, Bahier, Nectoux, Esquirol.

J’ai quitté le camp de Langensalza le 26 avril avec MM Thorel, Pelte, Esquirol, Faucheux, Tersen, Dautrey, Neuilles, Deupes, Goudard et 8 russes. Nous sommes envoyés au Réserve Lazarett de la ville pour y faire une quarantaine, car on nous promet soit notre prochain rapatriement, soit notre envoi dans un camp de repos (…). Le 7 mai, après 10 jours de quarantaine et de désinfection, on nous envoyait à Cassel, où régnait une autre épidémie de typhus. (…) Je sais qu’après notre départ, le sort des hommes et des médecins a été amélioré. Mais il est trop tard. Environ 8000 hommes en effet sur 10 000 ont eu le typhus et 900 environ sont morts. Les Allemands nous ont toujours empêchés d’avoir des chiffres précis (…). »

En guise de conclusion : Citation du docteur Louis Rigollot-Simonnot mise en exergue de la thèse du docteur François Léonetti : « Au milieu de tant de misères, notre devoir n’est plus de songer à nous réclamer de nos droits, mais de travailler ».

Note : (*) Le docteur Dautrey n’en donne pas la raison dans son rapport de captivité.

Source : Musée du service de santé des armées au val-de-Grâce, à Paris, carton n° 635, dos. 59 (Dournay) ; carton n° 639, dossier 23 (Poinsot).

Léonetti François. Souvenirs de Captivité. Les épidémies dans les camps de prisonniers d’Allemagne. Gustrow, Langensalza, Cassel. Thèse de médecine, Paris, n°8-1915. Paris : Jouve, 1915, 121 p.

Carte des camps de PG en Allemagne

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ACCUEIL EN SUISSE DE MEDECINS FRANÇAIS LIBERES (novembre 1914)

14 Août 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes, #varia

ACCUEIL EN SUISSE DE MEDECINS FRANÇAIS LIBERES (novembre 1914)

Témoignage du médecin aide-major de 1ère classe Monteilh, médecin du 3e bataillon du 144e régiment d’infanterie (Bordeaux) sur les conditions de son rapatriement via la Suisse.

J’ai choisi aujourd’hui de vous présenter le long témoignage d’un médecin militaire français libéré du camp d’Erfurt (Thuringe) - fait prisonnier à Corbeny et détenu à Erfurt de septembre à novembre 1914 - qui décrit par le menu son rapatriement et l’accueil mémorable dont il a bénéficié, tant des autorités que des populations helvêtiques. Ce type de témoignage contrariant en 1914 une certaine neutralité affichée reste relativement rare. Les rapports français de rapatriement à travers la Suisse sont assez peu détaillés.

"(…) [Erfurt, 6 novembre 1914] Nous allâmes reprendre notre service au camp, mais à 10 heures on nous fit appeler de nouveau Chez le Général pour nous dire que nous devions "être à midi à la gare". Nous télé­phonâmes alors immédiatement à des autos de venir nous prendre et après avoir déjeuné au camp nous partîmes en auto accompagnés d'un sous-officier allemand et passant Rudolf Casern prendre nos bagages nous nous rendons à la gare où on nous fait entrer dans [page 22] un salon particulier et ou un capitaine et un interprète passent soigneusement l'inspection de tous nos bagages. Puis on nous fait monter dans un wagon couloir de 1ère, 2e et 3e Classe où nous trouvons 20 infirmiers et brancardiers de la 16e Sec­tion [d’infirmiers militaires] qui rentrent en France avec nous. Nous sommes donc 10 médecins et 20 hommes. Le voyage s'accomplit sans incident. Nous arrivons a Stuttgart vers 20 heures et on nous permet de descendre du train nous et nos hommes pour aller prendre notre repas dans une installation de la Croix-Rouge mais ser­vi par le buffet de la gare et à nos frais.

Puis on nous fait remonter dans notre wagon qui mis sur une voie de garage nous sert d'hôtel et nous y passons la nuit. Le lendemain matin notre wagon est ramené sous le hall de la gare et on nous apporte notre petit déjeuner à nos frais mais on ne nous permet pas de descendre. Enfin nous repartons, en route pour Constance.

Nous arrivons à Constance vers 14 heures et sommes reçus courtoisement par un officier de troupe allemande, un capitaine qui est en congé de convalescence pour une blessure. Il est vraiment fort aimable et nous conduit à la frontière suisse, là nous sommes reçus d'une façon plus qu'aimable. On nous offre des cigarettes et des cigares et surtout des journaux. Un officier de l'armée suisse vient nous prendre et nous accompagne dans un hôtel ou nous commandons un repas pour nous, et Monsieur le médecin major de 1ère classe Rambaud [médecin chef du 144e régiment d’infanterie] offre un repas à tous les hommes, voulant leur dit-il leur offrir le 1er repas pris sur [un] terrain ami.

Nous quittons "Kreutzlingen" à 18 heures pour Saint-Gall. Sur tout le parcours de l'hôtel à la gare ce sont des ovations. A la gare aussi au moment du départ du train des cris de "Vive la France" qui vont au coeur.

Nous arrivons à Saint-Gall vers 20 Heures et là aussi nous sommes reçus par des officiers qui nous traitent en [page 23] camarades. Les soldats nous rendent les hon­neurs et on nous amène chez le Colonel qui a son bureau dans la gare même et qui nous reçoit d'une façon cordiale, nous demande des détails sur notre séjour, sur la façon dont nous avons été traités, et sur la partie de la campagne à laquelle nous avions assisté avant notre captivité. Nous lui soumettons aussi, les manquements à la convention de Genève que nous croyons avoir été commis à notre égard et surtout le non relâchement de nos infirmiers régimentaires et des étudiants en médecine infirmiers que nous avons dû laisser en Allemagne. De là il nous fait accompagner dans un hôtel superbe près de la gare ou des chambres nous ont été rete­nues et où un dîner succulent nous est servi à une table couverte de fleurs et attention délicate, sous chacune de nos serviettes nous trouvons un paquet de cigarette française. Après le dîner nous passons à l'Estaminet et là de jeunes suisses viennent se joindre à nous et nous font une réception très touchante. Peu après 2 messieurs anglais et un américain demandent la permission de venir se join­dre à nous. Un de ces messieurs anglais ne parlant pas fran­çais cause avec moi un moment puis me prie d'accepter un billet de 50 frs pour envoyer en Allemagne aux prisonniers que nous venons de quitter. Puis l'Américain pour nous remercier, ne sachant pas assez bien le français se lève et nous siffle la Marseillaise que tous les assistants écou­tent debout tête nue.

Le lendemain matin avant le départ, déjeuner au chocolat ou au café au lait au choix et lorsque nous de­mandons la note on nous répond que tout a été porté au compte du comité fédéral.

Nouvelle [page 24] ovation lorsque nous quittons l'Hôtel pour la gare quoique ce soit de grand matin. Nous allons à Berne et sur tout le parcours ce sont des ovations des cris de " Vive la France " poussés par des nuées de soldats qui se précipitent sur le quai de la gare lorsqu'ils nous aperçoivent. A Berne nous sommes reçus princièrement dans une salle de la direction d'un grand hôpital transformée en salle à manger ou un dîner succulent nous est servi. Pendant les deux repas que nous y prenons des soldats suisses viennent nous chanter des chants du Pays de leurs voix superbes et d'une méthode im­peccable. Pendant toute la journée des gens de la ville viennent nous voir et nous félicitent, nous souhaitant la bien­venue dans leur pays et nous apportant un tas de choses, cho­colat, cigares, tabacs, etc.

Nous avions demandé au commandant de dragon qui était chargé de nous accompagner de nous laisser sortir voir la ville. Il nous a répondu qu'il n'osait pas parce que c'était un dimanche et qu'il craignait que les manifestations francophiles dont nous serions l'objet ne soient telles que l'attaché militaire allemand habitant Berne n'en prenne om­brage.

Le soir on nous accompagne à l'Hôtel ou nous sommes très bien installés.

Pendant ce temps nos hommes sont aussi très bien traités, nourris largement et logés dans des salles [à] l'Hôpital ou dans des casernes. Pendant tout le voyage on les comble de tabac, cigares et chocolat, etc.

Le Lundi matin à 6 heures nous quittons Berne et par Neuchâtel nous rentrons en France par Verrière-en-Joux. »

Source : Musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 638, dossier 24 (Monteilh).

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GASTON RIOU (1883-1958), PRISONNIER DES ALLEMANDS...

7 Mars 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes

La gare de Dieuze d'où embarqua Gaston Riou...
La gare de Dieuze d'où embarqua Gaston Riou...

Gaston Riou. Journal d'un simple soldat, Guerre-Captivité, 1914-1915. Paris : Hachette, 1916, 251 p. [en ligne]

Je propose en marge du fonctionnement du service de santé militaire dans les combats de Lorraine en août 1914, le témoignage de "l’homme de lettres" Gaston Riou qui a servi à Kerprich au sein de l’ambulance n° 5/15. Je ne trancherai pas sur la formation d’affectation de Riou dans un débat levé par le CRID 1418 en 2008. Personnel sanitaire il a probablement appartenu à l’ambulance n° 5/15 et était certainement l’une des "ordonnances" des officiers de santé faits prisonniers et enfermés à Ingolstadt ; bien qu’il soit avéré qu’officiers et infirmiers aient été séparés dès août, dans des forts séparés (forts d’Orff et fort IX). Son témoignage peut d’ailleurs être rapproché du rapport de captivité, que j’ai proposé dans ce blog, du médecin-major de 2e classe Berge [ou Bergé], médecin-chef de l’ambulance n° 5/15. De plus Riou est rentré de captivité, en juillet 1915, avec un groupe d’officiers du service de santé et d’aumôniers français (sanitaires non officiers) prisonniers à Ingolstadt, dont ceux de l’ambulance n° 5/15.

Pour la présentation du service de santé du 15e corps d’armée et de ses diverses ambulances on se reportera à un précédent article sur Kerprich 1914 à travers le témoignage d’officiers prisonniers.

Kerprich, 20 août 1914.

« (…) [p. 26] Notre division était sacrifiée d'avance [A]. Chargée, je crois, de protéger la retraite, elle avait tenu. Comment ? Combien de temps ? Un simple soldat, dans la guerre moderne, ne sait rien. Toujours est-il qu'elle était détruite. Le combat émigra. La canonnade s'éloigna. Il fit soudain un grand calme. De la lutte féroce dont mes oreilles tintaient encore, il ne restait que l'effroyable puanteur des morts en train de pourrir dans les guérets et les vignes du côté de la forêt de la Bride, et, montant par intervalles du fond des vallons déserts, les longues clameurs lamentables des nids de blessés à l'abandon. C'est là, dans le district de Dieuze, exactement à Kerprich, en Lorraine annexée, que j'ai passé mes huit premiers jours de captivité. Quelle semaine ! Parmi les arrières de l'armée allemande qui s'épanchait comme un fleuve, défaillant de sommeil et de fatigue, dix fois mis en joue par les patrouilles, jour et nuit, j'ai charrié de la chair humaine : des morts, encore des morts, des morts de toute espèce, combattants tués nets dans le feu de l'action, blessés saignés à blanc, blessés achevés par les éclaireurs d'un coup de fusil à bout portant comme ils demandaient à boire ou essayaient de se sustenter avec de la luzerne ; et puis, les demi-morts, crânes percés d'une balle, torses lardés de mitraille, aines défoncées par un boulet.

De voir ces pauvres ballots défigurés et gémissants, [p. 27] il me semblait qu'on me râpait les nerfs. Le reste des blessés s'amenait sans aide, courait, clopinait, se traînait sur deux, sur trois, sur quatre pieds. C'était un spectacle stupéfiant. J'ai vu un fantassin dont la balle avait transpercé la poitrine devant derrière, et qui avait marché au drapeau blanc, tout seul, l'espace d'une lieue. Il avait perdu presque tout son sang. Je ne sais par quel miracle de volonté il s'était mis en chemin. Devant la grille de l'ambulance : « J'ai attendu quatre jours qu'on vienne, dit-il. J'ai soif. Ça va mieux ; mais j'ai soif ! » Il souriait. Il était beau, cet adolescent, comme un saint Sébastien de cire. Puis, sans un mot, il s'affaisse; il est mort.

L'on m'avait octroyé la tente où s'entassaient les blessés les plus graves. Ils étaient une quarantaine, posés sur une mince couche de paille, à même le sol. C'était plein de mouches. Cela puait les déjections et le cadavre. Aux heures de soleil, ils étouffaient. Le soir venu, ils claquaient des dents. Il y avait là des gars du 20e corps, de l'active, tous Parisiens, d'un courage gentil et simple; ils trouvaient moyen de s'intéresser à leurs voisins de paillis. Des Provençaux, à qui la douleur arrachait des larmes, me confiaient leurs amours, comme à une soeur. Quand le mal les mordait plus fort, tous appelaient : « Maman ! » C'était un concert à fendre l'âme. Je pansais. Mille fois le jour, mille fois la nuit, je tendais le bassin et l'urinal. Il y en avait deux pour sept cent vingt blessés. Une douille d'obus m'en fournit un troisième. J'assistais les agonisants ; je consolais ; j'enterrais. Toujours flanqué de deux soldats Poméraniens, j'allais par le village mendier du bouillon pour les pauvres gars. Les habitants étaient complètement terrorisés. Quelques femmes, dont une boiteuse et une petite fille de douze ans, m'étonnèrent par leur charité tenace. Sous l’oeil de l'Allemand, leur ardeur, simplement chrétienne, était de l'héroïsme. Pourtant, je devais suppléer parfois à la ration manquante par un discours [p.28] bien gaillard, tout ruisselant d'espérance. Sans cesse, il fallait refaire l’oreiller de paille sous la tête des blessés, arranger leur couchage, les aider à se déplacer. C'était toujours, sous la toile basse, le même orchestre de cris, de souffles caverneux, de râles et de plaintes. Quelquefois, au milieu de la longue nuit froide, n'ayant pas la force de porter plus loin sur le pré des fosses le camarade qui venait de trépasser, je tombais comme une masse et m'endormais à côté de lui.

Le 20, — l’ambulance était à peu près installée, — passa un capitaine prussien avec sa compagnie. Il s'arrête, réquisitionne le cheval de notre médecin-chef. M. Berge ; il l'enfourche aussitôt. Puis, dans un français râpeux et sonore. « Ne craignez rien, blessés ! Ah! l’on dit dans vos journaux — je les lis vos journaux, je lis le Figaro, le Temps — que nous sommes des Barbares ! Nous ne sommes pas des Barbares ! Moi, je porte un nom de chez vous ; je descends de réfugiés français; je m'appelle Charles de Beaulieu. Je vous le jure, vous serez bien soignés en Allemagne. L'Allemagne respecte la Croix-Rouge. »

Le 28, à midi, ayant expédié évacuables et inévacuables, coupé un dernier bras, enterré le restant des morts, nous partîmes, le ventre vide. Pour où ? Les naïfs, dont j'étais, ne doutaient point qu'on ne nous rapatriât en France par la Suisse. Les autres, qui avaient vu achever des blessés, — surtout des blessés galonnés — rétorquaient : « L'autorité militaire allemande est implacable, si le soldat est assez bon « zigue ». C'est sur ordre, c'est par obéissance stricte, que les patrouilleurs ont achevé des officiers et quelques sergents-majors. Si c'eût été malice personnelle, offriraient-ils, comme ils le font souvent, du café et de l'eau-de-vie aux blessés ? S'arrêteraient-ils pour les panser ? Non, c'est le haut commandement qui est responsable de cette pratique ignoble. Lui qui fait si bon marché de la vie des blessés, respecterait-il la Croix-Rouge ? » Ainsi, tout en gagnant Dieuze sous bonne escorte, [p. 29] notre petite troupe débattait la question : « Sommes nous retenus ou prisonniers ? » A Dieuze, L’on nous fit faire le tour de ville. Ce n’était pas nécessaire pour atteindre la gare ; et notre prise ne nous semblait point un motif de triomphe. L'on tint quand même à nous exhiber à la population qui ne souffla mot.

Huit jours plus tôt, arrivant à Dieuze en vainqueurs, les boutiquiers nous bourraient les poches de chocolat et de bonbons ; les marchands de vin nous restauraient gratis. « Surtout, nous disait-on sans détours, tâchez qu'ils ne remettent plus les pieds ici ! » Ayant envie d'un dictionnaire français-allemand, je priais un bourgeois de m'en procurer un « Je n'use pas de cette denrée, fit-il ; j'ignore l'allemand. » Il appelle sa fille. Elle va me quérir son propre dictionnaire, « Payez-vous ! lui dis-je, lui tendant mon porte-monnaie. — Oh ! Monsieur, faire payer un soldat français ! » Cependant elle couronnait de vin de la Moselle, à mon intention, une espèce de hanap en cristal qui remplissait sa fonction de parade sur l'étagère. C'était, dans toute la petite ville lorraine, un gai remuement de fête votive. L'armée et le peuple s'égayaient fraternellement. Cette joie du revoir paraissait si naturelle ! Le soir tombait. La journée était limpide et doucement tiède. La bataille tonnait sur les coteaux. Les régiments prenaient leurs formations de combat dans les rues même. A cent mètres des maisons, derrière des gerbes, une batterie française canonnait dans la direction de Vargaville. M'étant avancé jusqu'à elle, j'eus la seule vision de beauté de ma campagne. Dans l'air calme, les panaches des shrapnells allemands floconnaient, comme un feu d'artifice. Près de nous, le n* s'avançait parmi les avoines, en éventail, par masses de bataillon. Il avait passé la nuit dans la caserne des chevau-légers. La mine des hommes était dure et farouche. Là-bas, dans les chaumes et les prés verts, sous la pluie des obus, les alpins s'égaillaient en tirailleurs [p. 30]. Ils gravissaient en bon ordre le penchant nord de la riante cuvette qui s'étend entre Dieuze et Vargaville. L'on eût dit d'un tableau de Van der Meulen. Le soleil se couchait. L'air était plein de rayons et de parfums. Après chaque détonation, L’on entendait le chant des oiseaux et le léger crissement des insectes. Puis, les avant-trains amenés, ma batterie partit au grand trot prendre position ailleurs. Le 28, par contre, Dieuze était une ville morte. Personne aux fenêtres. De grands drapeaux allemands célébrant la chute de Manonviller, pendaient aux hampes, hissés sur criée publique. Un silence morne, sans grandeur ; un silence de taverne désertée; le silence de Paris à quatre heures du matin; et, au lieu des tombereaux des maraîchers et des boueux, des monceaux de sacs éventrés, de fusils brisés, de friperies souillées de sang et de glaise, qu'on charroyait du champ de bataille. Nous allions d'un pas vif — le pas français, — ce qui essoufflait nos gardes. Des régiments gris-bleus passaient sans mot dire. Comme nous butions à un embarras de fourragères pleines de blessés, un grand diable de colonel prussien, à cheval, monocle à l’oeil, nous accoste, et, en français, nous dit : « Fous n’afez pas honte, fous, la témocratie française, d'être les alliés des Russes, ces Parpares ! » Pas un de nous ne lui répondit. Nous ne le regardions même pas. Il était là, impassible. Pourtant, lui montrant mon brassard :« Sommes-nous retenus ou prisonniers? lui dis-je.

— prisonniers ! Vous tirez sur nos ambulances !

— Souffrez, monsieur, que je ne le croie point »

Mais nous repartions.

La gare; la longue attente sur la place; l’encombrement des voitures de blessés qu'on évacue ; un chevauléger démonté, la tête dans les bandages, qui s'avance sur nous, l'oeil plein de haine, et nous menace de son revolver; la visite de nos sacs; la remise de nos cartes, couteaux, fourchettes, rasoirs, poinçons, de tout ce qui pique et taille. Puis l'embarquement (…) »

Notes :

[A] Il s’agit de la 29e division d’infanterie, appartenant au 15e corps d’armée.

L'ouvrage de Gaston Riou a fait l’objet d’une édition anglaise : The Diary of a French Private, War-Imprisonment, 1914-1915. London : George Allen & Unwin Ltd., sd, [1916], 315 p.

Sur Kerprich 1914

Sources :

L’auteur a été le sujet d’un dossier « Témoignage » déjà ancien du Collectif de recherche international et de débat sur la guerre 1914-1918, établi par JF. Jagielski (27/02/2007) sur le modèle de Norton Cru.

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