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RAPATRIEMENT DES PRISONNIERS DE GUERRE (DECEMBRE 1918-FEVRIER 1919) - 3e PARTIE

11 Novembre 2018 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia, #les hommes

 

 

 

Retour vers la 2e PARTIE

Personnel sanitaire de la Mission - Répartition du personnel médical - Médicaments - Commissions de contrôle des P.G. des frontières - Commissions maritimes (pp. 3-12).

 

 

 

JOURNAL DU SERVICE DE SANTE  - 3e PARTIE

Mission militaire française à Berlin, rapport du médecin-major de 1ère classe REHM (suite)

Malades hospitalisés dans les lazaretts des camps et dans les hôpitaux - Trains sanitaires - Autos sanitaires - Navires-hôpitaux.

 

" [p. 12, suite] 7° - Malades hospitalisés dans les lazaretts des camps et dans les hôpitaux.

Il est de toute justice de reconnaître avant toute chose, que dans la majorité des cas, nos hospitalisés ont reçus des médecins allemands tous les soins désirables.

Certaines formations sanitaires sont assez bien aménagées, quelques-unes laissent vraiment à désirer, mais l'ensemble n'est pas mal [p. 13]. La nourriture est partout insuffisante, mais des dons de petits vivres venus de France ont généralement suffi à assurer l'alimentation des hospitalisés. Les chiffres des malades français communiqués par le service de santé du Kriegsministerium sont des chiffres absolument fantaisistes. Au 20 octobre, ils donnaient les totaux suivants : pour les français 9000 malades, 2400 blessés, 200 tuberculeux. Il est possible qu'il y ait eu parmi ces malades beaucoup de grippés qui aient guéri depuis.

Bien des malades au début sont montés dans des trains de valides pour rentrer plus vite de sorte que la statistique est impossible à établir.

On peut estimer que le chiffre approximatif d'hospitalisés français vers le 20 décembre était de 6000 au plus.

Il a été dans beaucoup de camps, possible aux médecins français de soigner les malades dans les lazaretts. Par contre, le contrôle dans les hôpitaux a été impossible. C'est pour cette raison que j'ai profité du passage à Berlin, fin décembre, de 3 médecins de la Croix-Rouge de Genève pour les prier de faire une enquête sur les hôpitaux de Magdebourg qui m'avaient été signalés comme particulièrement défectueux. Leur enquête a établi que l'un de ces hôpitaux était bien, et que les conditions de fonctionnement de l'autre étaient acceptables. A Berlin, j'ai visité l'hôpital auxiliaire (Alexandrinenstrasse) qui laissait une impression franchement médiocre.

Les malades alliés en ont été évacués fin décembre par un train sanitaire anglais. Le Tempelhof Baracken Lazareth que j'ai visité également et qui contenait 340 malades alliés était bien. Les malades ont quitté cette formation le 23 janvier par train sanitaire.

 

8° - Trains sanitaires [p. 14]

Jusqu'au 25 décembre, j'ai conservé l'espoir devant les promesses toujours renouvelées des allemands, d'obtenir d'eux l'application au moins partielle des conditions auxquelles ils s'étaient engagés dans l'annexe de l'armistice du 28 novembre concernant l'évacuation des malades et blessés alliés.

A ce moment j'ai jugé qu'il valait mieux, quelque soient la grandeur de l'effort à accomplir et les difficultés extrêmes que nous allions rencontrer, rapatrier nous-mêmes les hospitalisés alliés.

La grande difficulté a consisté à obtenir le chauffage des trains sanitaires. Le raccordement de la tuyauterie de  la locomotive allemande avec celle des wagons français a été presque toujours impossible et il a fallu employer des moyens de fortune qui ont donné un chauffage insuffisant. La température a été heureusement assez clémente pendant la période où les trains ont fonctionné.

Des 80 trains sanitaires que les Allemands se vantaient de pouvoir mettre à notre disposition, 5 ou 6 seulement étaient capables de rendre quelques services. Ils ont [été] utilisés comme le montre la carte. Presque tous les autres trains étaient inutilisables, le personnel sanitaire les ayant abandonnés, en emportant le matériel.

Le temps pressait, les évacuations de P.G. valides battaient leur plein : tous les trains disponibles roulaient vers l'Ouest le flot humain joyeux qui retournait dans la Patrie. L'hiver clément jusque-là, menaçait de causer des perturbations dans les transports par voies ferrées ; le mouvement révolutionnaire grandissant chaque jour risquait [p. 15] d'aggraver la situation. Les malades inquiets, lançaient les premiers appels au secours. Il n'y avait plus à hésiter, ni à compter sur d'autres. Le 24 décembre des trains et des autos sanitaires sont demandés à Spa comme indispensables.

Le 27 décembre des précisions sont données sur les points où il conviendra d'envoyer 6 trains sanitaires français. Le 1er janvier, 3 autres trains sont demandés.

Le 4 janvier, 18 trains sanitaires français concentrés à Mayence, sont prêts à partir pour l'Allemagne.

S'il était possible à ceux qui en France ou dans un autre pays allié ont souffert de l'attente et trouvé long, dans leur impatience bien excusable, le retour des chers êtres vaincus par la blessure ou par la maladie, de mesurer l'effort formidable accompli par ces trains sanitaires français qui ont roulé dans des conditions inimaginables jusqu'au fond de l'Allemagne, entre le 6 et le 18 janvier, en plein hiver, en pleine révolution, presque sans contrôle des autorités allemandes étonnées souvent de leur venue, aiguillés par erreur où ils ne devaient pas aller, dirigés sur des centres ou les malades avaient été enlevés la veille de leur arrivée, par le caprice d'une autorité locale allemande, s'ils avaient pu voir passer un train pareil, filant parfois durant 15 jours dans les plaines grises et désolées, pour chercher et ramener leur enfant à leurs soins et à leur tendresse, s'ils avaient pu sentir l'émotion d'un tel spectacle, il n'en est pas un qui trouverait que tout le possible n'a pas été fait.

Quelques malades sont morts dans ces trains.

Des médecins des C.A. ou des camps, la veille du passage du train sanitaire, m'ont fait par le téléphone, part de leur hésitation à charger le lendemain des malades qui presque mourants voulaient partir. De loin on juge mal de ces choses. Je leur ai répondu d'abord qu'il fallait [p. 16] raisonner les malades et les laisser sur place puisqu'ils étaient intransportables. Quelques autres médecins ont satisfait au désir exprimé par les malades.

Le 21 janvier visitant moi-même les 340 malades alliés qui attendaient pour le lendemain au Tempelhof Lazareth à Berlin la venue du train sanitaire français 24bis PLM, j'y ai trouvé 3 malades tuberculeux couchés, dont la température était élevée. L'un était français, un autre italien, le troisième arabe. J'ai fait tout pour les convaincre qu'il fallait rester, leur promettant même que je viendrais souvent les voir. Des larmes coulaient sur leurs joues amaigries et de toute leur voix ils me criaient qu'ils voulaient mourir dans le train français, en France… Le lendemain, au moment de l'appel du départ, ils étaient au pied de leur lit dans l'espoir que je ne les reconnaitrais pas. Je les ai laissés partir pour ne pas les tuer de chagrin.

On a songé tout d'abord à enlever les malades par nationalité mais le procédé n'était pas pratique à cause de la lenteur des concentrations qu'il aurait fallu effectuer et de l'impression fâcheuse produite par le départ de leurs camarades sur les malades restants. C'est cette raison qui explique que quelques petits groupes de Serbes et de Roumains aient été emmenés par les trains sanitaires.

Et puis les évènements se sont précipités, faisant craindre avec des troubles plus sérieux, la grève générale des chemins de fer.

On avait songé aussi à laisser sur place tous les grippés qui n'étaient pas convalescents. Il a fallu modifier cette conception et enlever les grippés transportables. J'ai demandé, en prévision de leur arrivée dans les HoE qu'il soit installé des salles d'isolement pour les recevoir.

 

20 trains sanitaires français partis de Mayence et de Bâle sont venus en Allemagne. Le dernier train de ramassage quitte aujourd'hui Mayence pour enlever les 125 derniers malades transportables [p. 17] réunis par les autos sanitaires françaises et anglaises à Chemnitz, Dresde, Wittemberg, Magdebourg, Erfurt et Cassel. Les 19 trains sanitaires ont enlevé 5000 malades et blessés alliés dont 3465 français, 1095 italiens, 230 anglais, 55 belges, 100 serbes, 50 roumains, 5 portugais et 2 grecs. Avec le 20e train, plus de 5100 malades seront partis.

Les 8 trains sanitaires anglais ont enlevé environ 1750 malades dont 675 français environ.

Les 4 trains sanitaires allemands allant à grande distance ont enlevé environ 1100 malades alliés dont 500 français environ.

Les trains sanitaires belges, hollandais, suisses et américains à petit rayon, ont enlevé environ 2500 malades alliés dont 800 français environ.

Les 3 trains sanitaires italiens ont enlevé 750 italiens environ et 60 malades français.

 

On pourra remarquer que les 25 trains sanitaires alliés et neutres ont enlevé environ 5000 malades, mais si l'on regarde la carte on verra par comparaison avec le rayon de pénétration des 20 trains sanitaires français qui ont enlevé plus de 5000 malades combien l'effort fourni par la France est considérable. Les 25 trains sanitaires alliés et neutres ont fait en Allemagne environ 12 000 kil. Les 10 trains sanitaires allemands à grande et à courte distance ont fait 6 500 kil. Les 20 trains sanitaires français ont fait plus de 16 000 kil.

Ceux qui sont allés jusque dans l'Est de l'Allemagne sont restés 2 semaines en route. Pour le train de Posen, ville occupée par les autorités polonaises, il a fallu faire des démarches auprès de ces autorités pour obtenir le passage du train. Le Service de santé du Kriegsministerium m'a affirmé, lorsque je lui ai parlé de mon intention d'envoyer un train à Posen que la chose serait impossible [p. 18] Il trouvait déjà bien extraordinaire que je puisse télégraphier et recevoir des télégrammes des 2 médecins français que j'avais envoyé à Posen, malgré l'occupation de cette ville par les Polonais et malgré l'existence d'un front de bataille à l'ouest de cette localité.

Il a été possible d'obtenir des renseignements sur 30 blessés français signalés à Kalisch (*), évacués ensuite sur Prague d'où ils ont gagné la France dans un train tchécoslovaque amenant à la Conférence de la Paix les représentants de la République tchécoslovaque.

 

9° - Autos sanitaires

Pour assurer le ramassage de tous les malades isolés devenus transportables et leur concentration dans des hôpitaux placés sur le passage des trains sanitaires, il a fallu songer à utiliser des automobiles sanitaires. Les Allemands étant incapables de nous en fournir, j'ai demandé à Spa le 24 décembre que 30 automobiles sanitaires françaises soient mises à ma disposition pour être répartis dans divers corps d'armée en Allemagne. Après entente avec le colonel médecin Pollock de la mission britannique pour le rapatriement des P.G. Il fut décidé que les Anglais assureraient le service par autos sanitaires dans les 2/3 des corps d'armée avec 50 voitures. Je me réservai 1/3 des corps d'armée pour le service par autos sanitaires. Depuis, les Anglais ont envoyé 5 voitures par CA soit 90 au total. L'effort était vraiment bien grand pour l'œuvre à accomplir, mais ils ont fouillé très scrupuleusement tous les C.A. après les avoir divisés en secteurs. Nos autos françaises réunies le 7 janvier à Rastadt ont été employées de la façon suivante :

- 1 a fait la région de Stuttgard ;

- 1 la région de Wurzbourg ;

- 5 sont allées par route à Nuremberg pour drainer les malades de la Bavière. Elles y opèrent encore en ce moment [p. 19] et j'ai prescrit au médecin-major de 2e classe Montane d'en garder deux avec lui pour visiter tous les intransportables de Bavière et de Wurtemberg.

- 2 ont été employées à faire la navette sur Giessen.

- 5 sont arrivées sur wagons à Berlin, le 19 janvier.

L'une d'elle a été envoyée à Stettin pour visiter le 2ème CA, une deuxième a été envoyée à Magdebourg pour drainer le 4ème CA. La troisième et la quatrième ont été envoyées sur wagons à Hambourg. Elles y recherchent en ce moment les intransportables signalés dans le Schlesvig et la partie est du 9ème CA. La cinquième, visite le 3ème CA. Elle est allée à Spandau, Brandenbourg, Döberits et va aller à Perleberg.

- 3 ont été envoyées à Hanovre où elles ont visité tout le Xe CA. Deux d'entre elles, avec le docteur Saint Mathieu sont parties hier pour voir quelques malades dans la région de Munster.

- 2 ont été dirigées sur Cassel

- 1 sur Erfurt

- 3 à Leipzig d'où elles sont utilisées pour Dresde et la Saxe.

Les régions de Posen, Danzig, Allenstein, Königsberg et Breslau étant parcourues en ce moment par 23 autos sanitaires anglaises, j'ai jugé inutile d'y envoyer des autos françaises.

J'estime que toutes les autos sanitaires françaises pourront être ramenées en France vers le 5 février. Elles auront rendu les plus grands services. Chaque voiture avait une réserve d'essence pour 1400 kilomètres [p. 20].

 

10° - Navires hôpitaux

Les malades qui se trouvaient hospitalisés dans les 1er, 20ème, 17ème, 2ème et 9ème CA ont été pour la plus grande part, emmenés par navires hôpitaux anglais ou par bateaux suédois, danois et allemands aménagés.

Des trains sanitaires allemands, complets ou réduits à quelques wagons ont assuré le transport des malades des centres hospitaliers des CA aux hôpitaux des ports. Cette organisation a été concertée entre les Généraux Kommandos et les médecins français qui leur avaient été attachés. L'exécution en a été parfaite.

- 60 malades alliés sont partis de Hambourg

- 87 de Warmemünde

- 473 de Stettin

- 725 de Dantzig

- 75 de Königsberg

1420 au total. Sur ce chiffre, on peut compter 500 français environ.

Les navires hôpitaux anglais allaient directement en Angleterre. Les petits bateaux aménagés emportaient les malades à Copenhague où il reste actuellement 350 malades alliés qui attendent pour leur rapatriement, la venue du navire hôpital anglais "Formose" annoncé comme parti de Southampton le 27 janvier [1919].

 

A SUIVRE - Les malades et blessés français intransportables laissés en Allemagne, avec leur identité et leur localisation - Conclusion.

 

 

 

NOTES :

(*) Auj. Kalisz (Pologne)

Lire la suite

RAPATRIEMENT DES PRISONNIERS DE GUERRE (DECEMBRE 1918-FEVRIER 1919) - 2e PARTIE

9 Novembre 2018 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes, #varia

Retour des prisonniers à Cherbourg sur le "Batavia"

 

 

 

Retour vers la 1ère PARTIE - Présentation du service de santé de la Mission militaire française de Berlin (pp. 1-3)

 

 

 

 

 

 

JOURNAL DU SERVICE DE SANTE  - 2e PARTIE

Mission militaire française à Berlin, rapport du médecin-major de 1ère classe REHM (suite)

Personnel sanitaire de la Mission - Répartition du personnel médical - Médicaments - Commissions de contrôle des P.G. des frontières - Commissions maritimes.

 

" [p. 3, suite] 1° - Personnel sanitaire de la Mission

Du 9 au 19 décembre, il m'a été possible de rendre compte au Sous-secrétariat d'Etat du service de santé [SSESS] à Paris, par des résumés succincts, des évènements qui me semblaient devoir être signalés. Dès le 11 [décembre], prévoyant que je ne pourrais suffire à mener à bien , la tâche qui allait m'incomber. J'ai demandé au général Dupont l'adjonction d'un médecin. Le kriegsministerium a été invité à faire venir auprès de moi à Berlin, le médecin-major de 2e classe Mauran, prisonnier au camp de Graudenz. M. Mauran rejoint Berlin le 17 [décembre].

Dès le 20 décembre, absorbés entièrement tous deux par des appels téléphoniques ou des télégrammes nécessités par l'organisation du Service [p. 4], il nous est impossible d'adresser le moindre rapport au SSESS. Quelques télégrammes résumant les mesures prises pour assurer le bon fonctionnement du Service, sont adressés à Paris. La Commission d'armistice de Spa transmet au SSESS tous les télégrammes qui lui sont adressés avec la note "Aviser S.S. Santé Paris".

Me rendant compte dès les premiers jours qu'aucune des conditions prévues par l'Armistice ne pourra être remplie par les Allemands en ce qui concerne le convoiement des trains, les soins dans les camps, le transport des hospitalisés par trains sanitaires allemands, l'utilisation des voies fluviales et des transports maritimes, me rendant compte qu'il ne faudrait compter que sur nous-même pour sortir à tout prix d'Allemagne, nos malades et nos blessés, je décide d'organiser mon service d'après le plan suivant :

  • Répartition immédiate des médecins français dans les camps ; Convoiement des trains sanitaires et bateaux par ces médecins ; Distribution des médicaments dans les camps et lazarets ; Fonctionnement des Commissions des frontières ; Commissions maritimes ; création d'un organe médical dans chaque Corps d'Armée ; Hospitalisation des Prisonniers de guerre (PG) ; trains sanitaires ; autos sanitaires ; navires-hôpitaux ; Question des intransportables.

 

2° - Répartition du personnel médical

Le 16 janvier 1919, l'oberstabartz Becker du Kriegsministerium me remet enfin une liste de répartition du personnel médical français. [p. 5]  Près de 150 médecins sont rassemblés à Graudenz, Strasbourg, Prusse Orientale, et Kl. Wittenberg, inemployés. Une vingtaine seulement sont occupés dans les camps. Dès 220 signalés sur la liste, ces 170 seuls ont pu être utilisés. Les autres ont échappé à mon contrôle. La plupart d'entre eux se trouvant à la signature de l'armistice, dans la région Ouest de l'Allemagne, d'où ils ont gagné les lignes alliées.

La protestation énergique adressée au Kriegsministerium, au sujet de l'inutilisation de ces médecins qui ne demandaient qu'à secourir nos prisonniers délaissés par les médecins allemands a permis d'obtenir dans des limites de temps assez rapides, l'exécution de toutes les mesures que j'ai exigées.

J'ai pu me rendre compte, non sans émotion, de l'impression produite sur nos hommes par notre venue dans les camps. Mettant à profit les quelques heures dont j'ai disposé durant les premiers jours de mon arrivée à Berlin, je suis allé visiter les camps de Döberitz et de Zossen, ainsi que l'hôpital de l'Alexandrinenstrasse à Berlin. Je me suis rendu dans plusieurs baraques et me suis entretenu avec les hommes. Ils ne m'ont demandé que des choses très raisonnables : aucun n'a fait preuve de mauvais esprit, tous avaient la plus belle attitude militaire. Ils ont été très profondément touchés de ce que nous faisions pour eux et ils m'ont témoigné la gratitude qu'ils nous gardaient.

Quand on a visité un camp d'Allemagne, on a une idée d'ensemble de ce que peuvent être les autres. Ayant été fait deux fois prisonnier au cours de la campagne, j'en ai vu quelques-uns. Tout a été sacrifié au coup d'œil, à l'impression qu'en garderaient les neutres chargés de les visiter. Vastes baraques séparées les unes des autres par de grands espaces. Terrain sablonneux, généralement bien choisi, sur un lieu un peu élevé [p. 6] ; douches, feuillées. L'aspect général d'une monotonie désolante évidemment, ne manque pas cependant de laisser une impression de bonne organisation et presque de propreté.

La nourriture est partout notoirement insuffisante malgré le décompte scrupuleux des calories ingérées sous forme d'aliments que la nécessité seule vous permet d'absorber. Les colis et les dons venus de France ont heureusement, en grande partie, paré à cette insuffisance et sauvé la vie à nos soldats. Le travail a été particulièrement pénible dans certains kommandos où beaucoup de prisonniers, mal nourris, mal traités, sont morts. Si le prisonnier à souffert dans son corps, il a souffert davantage dans son âme, mais la rétine d'un délégué neutre enquêtant dans les camps ne pouvait fixer les vexations et les mauvais traitements infligés à nos prisonniers.

J'ai organisé le service sanitaire, de telle sorte qu'un ou plusieurs médecins se trouvent dans chaque camp de troupe.

Quelques-uns de ces praticiens ont rempli les fonctions de médecins traitants dans les lazarets de ces camps. D'autres se sont occupés exclusivement de la visite des P.G., et de l'amélioration des conditions d'hygiène.

Il leur a été recommandé tout particulièrement, de veiller au moment de l'évacuation des P.G., à ce qu'il soit procédé avant l'embarquement, au douchage, et à l'épouillage des hommes. Les premiers trains de valides ont été accompagnés par des infirmiers munis de médicaments et du matériel de pansements nécessaires en cas d'accidents. Cette manière d'opérer a permis d'assurer jusqu'au bout l'assistance médicale aux prisonniers restés dans les camps. Les médecins ont reçu l'ordre de n'accompagner que les derniers convois de valides dans chaque camp, en raison d'un médecin par train. Des médecins sont restés auprès des malades dans les lazarets des camps lorsque le nombre [p. 7] de ces malades était assez élevé ou lorsque les soins n'y étaient pas convenablement assurés par les médecins allemands.

Les médecins convoyeurs ont été invités à veiller à ce que des hommes trop fatigués, des grippés, des malades aigus et des intransportables ne cherchant à se glisser dans le train des valides au moment de l'embarquement. La ruée vers les trains a été si âpre qu'avant le fonctionnement de cette organisation, des accidents se sont produits. On comprendra facilement toute la difficulté du rôle du médecin chargé de dépister des malades, qui s'efforcent de ne point le paraître, dans l'espoir de rentrer dans leur Patrie.

Ces médecins ont été invités à signaler à l'arrivée à destination aux médecins des commissions de P.G. les malades apparus suspects de maladies contagieuses en cours de route. Ils avaient ordre de prévoir dans chaque train, 1 ou 2 compartiments d'isolement. Ils devaient laisser les malades graves dans une gare qui en assurerait l'hospitalisation et les signaler aux médecins de la commission de P.G.

Ils avaient ordre d'adresser un rapport sur leur mission au sous secrétariat d'Etat au service de santé, en rentrant en France […]

 

3° - Médicaments

A chaque délégation de prisonniers venus des camps auprès du général Dupont, et qui en fait de [la] demande, il a été remis dès le 12 décembre un paquet de médicaments et de pansements, prélevés sur ceux emportés de Paris, par la mission française et sur des dons reçus du comité de la Croix-Rouge Danoise, Suisse, et du département sanitaire de la mission anglaise [p. 8] Fin décembre 25 paniers n° 2 et 10 paniers n°1bis débarqués de l'El Kantara venant de France à Hambourg ont été reçus à Berlin et immédiatement répartis en Saxe, Bavière, 3ème et 4ème corps [d'armée].

Les paniers restés à Hambourg ont été sur mon ordre distribués dans les 10ème et 9ème C.A.

Les 2ème, 1er, 17ème et 20ème C.A. ont été ravitaillés en médicaments par les commissions de Stettin et de Dantzig.

Des représentants du Comité International de la Croix-Rouge de Genève nous ont remis fin décembre, des bidons d'huile camphrée, des ampoules auto-injectables, des tablettes de Digalène, des thermomètres, des verrres à ventouses et du Cognac. Distribution en a été faite aussitôt dans quelques camps où sévissait la grippe.

Les caisses de médicaments envoyées de Paris, par les soins du Service de santé ont été réparties dans les camps et les lazareths dès réception du premier envoi. Un deuxième envoi n'a été que partiellement utilisé, pour les besoins des malades restants, et pour venir en aide aux prisonniers italiens, roumains, serbes et russes de Lamsdorf atteints de maladie n° 22 (*).

Le colonel de la mission roumaine, un officier de la mission yougo-slave, un délégué de la mission géorgienne ayant fait appel à notre assistance, quelques paquets de médicaments, pansements et fortifiants leur ont été remis par nos soins.

Le 20 janvier, j'ai reçu 70 caisses de médicaments de la Croix-Rouge Française, six (6) d'entre elles ont été utilisées.

 

4° - Commission de contrôle des P.G. des frontières

  1. - Front germano-hollandais. Cette question a complétement échappé [p. 9] au contrôle de la Mission de Berlin. Le fonctionnement de cette commission a été réglé à la Haye par le général Boucabeille (**).

Des médecins et des infirmiers détachés de la commission médicale de Hambourg, ont été envoyés au général Boucareille, sur sa demande, pour renforcer son personnel médical.

  1. - Ligne du Rhin - Le Conrôle des P.G. rentrant par cette voie nous a complétement échappé aussi. Seul le médecin Baille de Rastatt, m'a envoyé quelques télégrammes, signalant le passage de P.G. ; valides ou le retour de trains sanitaires français.
  2. - Front germano-suisse - Le médecin-major Lesterlin m'a tenu très régulièrement et d'une façon parfaite au courant de tous les passages de P.G. valides ou malades par Constance.

La commission de Léopoldshöhe réduite à sa plus simple expression, ne nous a fourni aucun renseignement.

Les docteurs Chevillot et Tirel envoyés de France au moment où il était question de constituer à Lechfeld et Puchheim des camps de rassemblement ont été utilisés à Augsbourg.

 

5° - Commissions maritimes

Ces commissions sont arrivées dans les ports maritimes entre les 24 et 28 décembre.

Le rapatriement des P.G. par voies ferrées ayant acquis assez rapidement un développement intense, et imprévu par la Commission d'armistice, il en est résulté que le rôle des commissions maritimes s'est trouvé diminué. Les sous-commissions des ports fluviaux n'ont pas eu à fonctionner, aucun transport n'ayant été fait par bateaux fluviaux.

Le port de Brême n'a été utilisé que pour 2 embarquements. Deux médecins de la commission de Hambourg y ont été détachés quelques jours pour [p. 10] assurer ce service.

Copenhague devenant un centre de rassemblement de P.G. valides et malades amenés par des petits bateaux suédois et danois des ports allemands de la Baltique, une commission maritime y a été envoyée. Trois médecins y ont été adjoints, venant de Stettin et de Warnemünde.

Hambourg, Warnemünde, Stettin, Dantzig et Köenigsberg ont fonctionné, donnant un rendement réduit par rapport aux prévisions.

Au moment où j'ai procédé à la répartition des médecins français prisonniers dans les camps, j'ai désigné en même temps des médecins et des infirmiers pour assurer le contrôle médical des prisonniers dans les ports où quelques navires opéraient déjà.

Ces commissions médicales provisoires ont passé le service aux commissions médicales venues de France et les médecins qui les constituaient ont été utilisés pour le convoiement des navires de commerce allemands réquisitionnés, sur lesquels le service médical n'était pas assuré. D'autres médecins prisonniers ayant convoyé jusqu'aux bateaux, les P.G. venant des camps, ont constitué une réserve qui a servi au convoiement des navires. Une instruction a été remise aux médecins convoyeurs les invitant à s'assurer de l'observation des règles de l'hygiène à bord, à veiller à ce que le bien-être des hommes soit aussi complet que possible (couvertures, boissons chaudes, etc.), à s'assurer qu'il n'y avait pas de soldats trop fatigués avant le départ du paquebot et à passer 2 visites quotidiennes pendant le voyage.

Ils disposaient d'une infirmerie avec des couchettes en nombre suffisant, et de 2 ou 3 cabines d'isolement pour les suspects ? Ils étaient invités à adresser en débarquant, un rapport au sous-secrétariat d'Etat Service de santé Paris.

 

6 - Médecins français chargés dans les C.A. allemands de la Direction générale du service sanitaire français. [p. 11]

Les commissions médicales appelées à fonctionner auprès des commissions maritimes comprenant, du fait de la réduction du nombre des P.G. rapatriés par voie de mer, une quantité beaucoup plus élevée de médecins, il en est résulté qu'une R.P.S. a été disponible. Dix-huit (18) médecins seulement ont été affectés aux commissions des ports. Les autres m'ont servi à créer l'organisation très importante d'un service médical français fonctionnant dans chaque C.A.

Mes instructions ou mes demandes de renseignements aux médecins de certains camps parvenant mal à cause de la difficulté et de la lenteur des communications, j'ai employé des médecins attachés aux Généraux Kommandos comme organe de liaison avec ces camps.

Toutefois leur rôle le plus important a consisté à obtenir des autorités allemandes tous les renseignements utiles sur les malades devenus intransportables des C.A., à rassembler dans des centres les malades devenus transportables, à faire des tournées de contrôle dans des autos fournies par les Généraux Kommandos, à surveiller le passage des trains sanitaires français dans la traversée de leur corps d'armée ; à signaler sur mon indication aux médecins-chefs de ces trains les modifications à apporter à l'itinéraire de leur train, à diriger enfin les autos sanitaires venues de France, mises à leur disposition et à visiter tous les malades français intransportables restés dans leurs C.A.

J'ai été appelé, en raison des difficultés résultat d'un éparpillement très grand des médecins des camps, à constituer ce premier échelon de centralisation. Cela n'a pas suffi en raison de l'autonomie sinon proclamée, du moins existante de certaines régions de l'Allemagne et j'ai dû faire un groupement plus réduit comme les pointillés [p. 12] au crayon bleu l'indiquent sur la carte.

Le médecin-major de 2e classe Granier (prisonnier de guerre) a eu à s'occuper de la Bavière et du Wurtemberg. Il a été remplacé ensuite dans son service par le médecin-major de 2e classe Constant, primitivement affecté à la commission médicale de Brême, a assuré la direction de la Saxe et de la moitié sud du 5e C.A.

Un médecin de Dantzig s'est occupé des 1er, 17ème, 20ème, C.A. Un médecin de Stettin a fait le 2e C.A. Deux médecins ont été envoyés à Posen auprès des autorités polonaises et deux autres à Breslau.

Les 3ème, 4ème, 7ème, 10ème et 11ème C.A. étaient centralisés à Berlin.

Hambourg et Warnemünde se partageaient le 9ème C.A.

Tous ces médecins de C.A. avaient pour mission de me renseigner sur tous les mouvements de malades alliés par télégramme ou par téléphone, tous les 2 jours. C'est cette organisation qui nous a permis de sortir nos malades d'Allemagne, dans des conditions de rapidité qu'on n'osait espérer. Elle s'est opposée chaque fois que cela a été nécessaire, sur mon ordre, aux déplacements des malades alliés que les Allemands ordonnaient parfois sans rime ni raison, provoquant ainsi des perturbations dans la marche de nos trains sanitaires, dont il fallait sans cesse modifier l'itinéraire."

 

A SUIVRE

 

Notes :

(*) - Maladie n° 22 : typhus.

(**) - Général de brigade Bernard Boucareille (1872-1949). En 1918-1919, il est affecté à la Mission temporaire à La Haye, où il est membre de la légation de la république française en Hollande depuis le 13 juin 1916. Rayé des contrôles de l'armée d'active le 1er janvier 1919.

Lire la suite

RAPATRIEMENT DES PRISONNIERS DE GUERRE (DECEMBRE 1918-FEVRIER 1919) - 1ère PARTIE

6 Novembre 2018 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia, #les hommes

 

RAPATRIEMENT DES PRISONNIERS DE GUERRE (DECEMBRE 1918-FEVRIER 1919) 

 

 

 

 

 JOURNAL DU SERVICE DE SANTE  - 1ère PARTIE

 

Bientôt l'Armistice ! Ce premier billet va me permettre de partager une série de documents sur le rapatriement des prisonniers de guerre d'Allemagne, du point de vue du Service de santé, du 10 décembre 1918 au 8 février 1919. Ces notes et rapports proviennent du musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce à Paris et de collections privées.

Cette documentation inédite intéresse la Mission militaire française en Allemagne du général Dupont chargée du rapatriement de plus de 500 000 prisonniers de guerre (PG) français ; lesquels au terme de l'article X de la Convention d'armistice devaient être rapatriés "immédiatement".

Cette série documentaire, en plusieurs livraisons, détaillera :

  •  les activités du Service de santé français placé sous la direction du médecin major de 1ère classe Rehm ; ce dernier reçut la mission de récupérer près de 6000 blessés français malades et blessés dispersés sur le territoire allemand alors en but au chaos, aux tensions révolutionnaires et aux difficultés de ravitaillement ;
  • Les activités des organismes de Croix-Rouge (danoise, polonaise) au profit des PG français, etc.

Au départ de la mission médicale militaire de Berlin, il restait en Allemagne, le 25 janvier 1919 : 77 malades et blessés français intransportables ; le 27 janvier, ils étaient 65. A la même époque, les centres de triage et de rapatriement des prisonniers, positionnés aux frontières terrestres et maritimes de l'Hexagone avaient vu passer : 620 813 individus, dont 16 851 furent hospitalisés.

 

 

"Mission Française à Berlin pour le Rapatriement des Prisonniers de Guerre

n° 1591/annexe 3

Rapport du médecin-major de 1ère classe Rehm sur le fonctionnement du Service de santé au cours des rapatriements des prisonniers de guerre.

La Mission militaire française pour le rapatriement des prisonniers de guerre, a commencé ses travaux le 10 décembre 1918.

Dès les premiers jours, de tous les endroits les plus éloignés d'Allemagne, sont arrivés en foule des délégations envoyées par les camps, pour chercher, conseils, assistance et protection.

Des renseignements qu'apportent les prisonniers, il apparaît que la tâche sera lourde pour remettre de l'ordre dans le désarroi qui règne. Dégagés de tout travail, débarrassés souvent de toute surveillance les prisonniers quittent en masse les kommandos et refluent dans les camps principaux qu'ils encombrent. La nourriture est plus insuffisante que jamais, les envois en vivres, les colis particuliers pillés en cours de route, arrivent considérablement réduits ou n'arrivent plus. Les mesures d'hygiène, garantie de la santé dans les camps, se relâchent : les soins ne sont plus assurés ou le sont mal ; les médecins allemands quittent l'armée et retournent à leur clientèle.

L'épidémie de grippe qui était en voie de décroissance notable en octobre et en novembre, prend de cet ensemble de circonstances favorables à son développement un nouvel essor. Les camps restés indemnes jusqu'à l'armistice, sont contaminés par des isolés qui arrivent des kommandos. [p. 2] Dans certaines agglomérations, la situation est sérieuse, dans quelques autres elle apparaît tragique.

Pour enrayer le mal, des mesures s'imposent qu'il va falloir prendre de toute urgence. Pour les appliquer, on va se trouver face à face tout de suite avec des difficultés sans nom. L'anarchie, le désordre, la désorganisation règnent partout.

La direction des camps a passé des officiers aux conseils de soldats. Quelques-uns d'entre eux gardent un semblant de discipline, d'autres encouragent la dispersion de nos prisonniers, essayant de semer les idées bolchevistes, favorisant les départs individuels vers les lignes des alliés, en procurant contre de l'argent, des wagons accrochés à des trains commerciaux, à nos captifs hantés par l'idée de regagner la France coûte que coûte.

L'exode des affamés se poursuit vers le Rhin, à pied, en voiture, en chemin de fer. Les plus affaiblis meurent près du but.

Le ministère de la Guerre, ou plutôt l'image qui en reste, (tant le contraste est impressionnant, entre ces officiers tous en vêtements civils et les maîtres incontestés de jadis) fait des efforts désespérés pour maintenir son prestige dans le chaos sans nom et assurer la direction des choses militaires.

Il a la prétention [Ministère de la Guerre/kriegsministerium) de s'occuper de tout, de donner des ordres aux régions qui ne l'écoutent plus. Il s'emploie, de toute la bonne volonté qu'il peut déployer, à nous aider dans notre tâche qu'il retarde et contrarie par le temps précieux qu'il nous fait perdre.

Rien n'est prêt des renseignements qu'il était tenu de nous fournir de par les conditions contenues dans l'annexe de l'armistice. Le service de santé du Kriegsministerium désemparé, nous promet tout, sans pouvoir tenir quoi que ce soit. Quand l'insistance se fait plus pressante ; on nous assure que le renseignement demandé sera communiqué "Morgen frün" ["demain matin"] [p. 3] En attendant on nous affirme que la répartition dans les camps des médecins français demandée pour parer à la situation angoissante de nos prisonniers est chose faite, que les médicaments ne manquent pas, que 80 trains sanitaires allemands sont prêts à emmener en France tous les hospitalisés alliés, qu'ils n'attendent qu'un ordre du Maréchal Foch et la garantie qu'il ne sera pas porté atteinte au personnel sanitaire allemand des convois.

Une longue semaine se passe désespérante, toute d'efforts qui paraissent stériles et cependant la situation déjà s'améliore.

Des officiers français prisonniers commencent à venir dans les camps pour en prendre la direction, des médecins français découverts en nombre assez élevé dans une agglomération (*) sont envoyés d'urgence dans les points les plus menacés.

Quelques médicaments et pansements sont remis aux délégués qui viennent à Berlin. Les hommes soutenus par l'idée que l'on s'occupe d'eux reprennent confiance ; la discipline renaît et le moral remonte."

 

A SUIVRE

 

Notes :

(*) Il s'agit de Graudenz (auj. Grudziądz en Pologne), Dupont, p. 156.

 

Bibliographie en ligne

Général Dupont, "Une mission en Allemagne - Le rapatriement des prisonniers", Revue des Deux Mondes, 57, 1920, pp. 114-166.

 Olivier Lahaie, « Face à l’Allemagne vaincue, les services de renseignement français (novembre 1918-avril 1919)  », Revue historique des armées, 251 | 2008, 61-71.

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LES CORRESPONDANCES OUBLIEES DE POILUS TONNEINQUAIS, 1914-1918

30 Juillet 2018 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes

 

LES CORRESPONDANCES OUBLIEES DE POILUS TONNEINQUAIS, 1914-1918

A PARAITRE :

 

M. Alain Glayroux nous propose après ses « Portraits de Poilus du Tonneinquais, 1914-1918 » (Mémoires du Fleuve, 2006), « Les correspondances oubliées de Poilus tonneinquais, 1914-1918 ». Un fort ouvrage de 544 pages, publié par les éditions « La Mémoire du Fleuve », bulletin d’étude et de recherche sur l’histoire de Tonneins et du Tonneinquais dont ce second opus de M. Glayroux constitue un hors-série.

Les 360 premières pages des correspondances tonneinquaises écrites par 37 correspondants recèlent en matière d’Histoire du Service de santé militaire, hormis de nombreuses mentions d’hospitalisations et de descriptions du quotidien des blessés, quelques pépites qu’il me paraît important de signaler.

La première est la correspondance d’Abel Bonnaval (p. 39-41) relevant de la 17e section d’infirmiers militaires de Toulouse qui nous a laissé un témoignage poignant de la mort de son aumônier à Douaumont (mai 1916). La suivante, concerne Jean-Laurent-Raymond Dèche (p. 85-99) un médecin de bataillon attaché comme chirurgien aide-major, au début de la guerre, au 14e bataillon de chasseurs alpins qu’il quitte pour le service sanitaire du 93e régiment d’infanterie (1916), puis pour le 22e RI (1918). Une quinzaine de belles photographies provenant des archives départementales du Lot-et-Garonne (171J, fonds Odin-Deche) illustrent le quotidien de ce praticien. Plusieurs illustrations sont à signaler dont plusieurs intérieurs de cagnas de médecins, le rare cliché d’une ambulance hippomobile sur ski, etc.

Comme je l’ai dit les mentions intéressant le service sanitaire sont très nombreuses, riches de détails et sont à découvrir au fil des pages proposées par A. Glayroux : celui d’Abel Grand (p. 187, 199, 212, etc.). Parmi les correspondances, celle de Pierre-Jean-Roger Labé (p. 231-269) sort véritablement du lot ; c’est celle d’un blessé qui échappe de peu à la mort, est traité et soigné par les Allemands avant d’être envoyé en captivité. Un témoignage exceptionnel qui illustre le cheminement d’un blessé français prisonnier, soigné durant de longs mois, sur les arrières du front à l’ex-hôpital auxiliaire n°207 de Briey (août 1914-mars 1915) devenu lazaret allemand. La seconde partie de la relation de PJR Labé traite de son périple à travers la France occupée (Montmédy, Thionville) jusqu’à Giessen puis au camp de prisonniers de guerre de Gottingen. Son témoignage se termine le 3 novembre 1916.

M. Alain Glayroux a réservé son chapitre II à la description des « Hôpitaux militaires et bénévoles de Tonneins, 1914-1918 » (p. 363-400). Cette partie actualisée et illustrée décrit dans le détail, après une introduction du docteur Heib, les hôpitaux temporaires tonneinquais.

Alain Glayroux a montré le chemin. Souhaitons que ce collecteur inlassable fasse école et déclenche des vagues de publications similaires dans le reste de l’Hexagone. Il reste tant de correspondances « oubliées » à exhumer des archives familiales. Bonne découverte des « Correspondances oubliées de Poilus tonneinquais, 1914-1918 ».

A PARAITRE

A RESERVER : La Mémoire du fleuve, 71 rue Gambetta, 47400 Tonneins. Prix dès parution : 25€

 

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AMBROISE CLUZAN JOURNAL DE ROUTE (1914 -1917)...EST PARU

28 Avril 2018 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes

 

AMBROISE CLUZAN JOURNAL DE ROUTE  (1914 -1917).

UN MEDECIN PENDANT LA  GRANDE GUERRE.

 

NOTES ET ANNEXES DE JEAN PIERRE CHALOT

INFOGRAPHIE, NUMERISATION, MISE EN PAGE: NICOLAS HENRY

L'OUVRAGE VIENT DE PARAITRE

 

C’est toujours avec un grand plaisir que je me fais le relai de la « sortie » d’un ouvrage sur le Service de santé militaire en 1914-1918. Celui de Jean-Pierre Chalot, lecteur attentif de mon blog ne fait pas exception. Ces témoignages directs de médecins de l’avant sont suffisamment rares pour être signalés. J'attends avec impatience de dévorer ce Journal de route, 1914-1916, d'Ambroise Cluzan, (1885-1971) modeste médecin du sud-ouest affecté à l’ambulance n° 5/18, dont je vous annonce la parution aujourd'hui.

Un fort ouvrage de 468 pages, à la mise en page limpide, doté d'un gros appareil de notes et de la transcription du JMO de l'ambulance 5/18 provenant du centre de documentation du musée du service de santé des armées... Les JMO du Val-de-Grâce ne figurent pas sur @Mémoiredeshommes. C'est en quelque sorte Une Première ! En fin d'ouvrage, une vingtaine de pages intéressent le séjour de A. Cluzan à Madagascar (1917-1920) ont été ajoutées par J.-P. Chalot.

TEXTE DE JEAN-PIERRE CHALOT  - Contact: cluzan.ambroise@gmail.com

« Le hasard d’une brocante, il y a une quinzaine d'années, m'a mis entre les mains un véritable trésor, comme nous rêvons tous d'en découvrir: le manuscrit du Journal de Route d’un médecin de campagne, mobilisé dans une ambulance, au début de la Grande Guerre; des notes précises, un quotidien finement observé, la vision d’un homme cultivé, lucide, sensible et critique. J’eus  bientôt le sentiment étrange  qu’il m’avait  confié ses écrits au travers du temps, par les voies du hasard et de la providence et que je lui devais de les faire connaître... C'est plus tard que j'entrepris de me soumettre à cette sourde injonction et de remplir ce devoir de mémoire. Fin 2013, je décidai d’en préparer une édition; pour ce faire, je devais annoter le Journal, et tout  d'abord en rechercher l’auteur. En effet, je ne disposais pour l’identifier que de son nom de famille, Cluzan, écrit une seule fois dans les cahiers, et du nom du village où habitait sa mère, Pondaurat. Au plaisir du trésor trouvé, allait s'ajouter celui de l'enquête, où il s'agirait de découvrir, de reconstituer le parcours de vie de cet homme et de renseigner non seulement sa biographie, mais aussi celle de tous ceux qu'il avait  côtoyés et qu'il citait. De le suivre sur les routes, découvrir les villages et les villes où il passe, comprendre (et faire comprendre à mon lecteur) tous les éléments de vocabulaire spécifiques qu'il emploie, de resituer les événements militaires dont il parle ou dont il est le témoin,  plus ou moins direct. J'entrepris alors de suivre l'ensemble des pistes que le texte proposait, de suivre, jusqu'au bout,  tous ces fils d'Ariane... »

Imprimerie Copymedia- Bordeaux. Format B5, couverture souple, 466 pages,  20 illustrations hors-texte (photos, cartes, documents divers)  Parution prévue: juin 2018. (ISBN 979-10-699-2159-7)

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INFIRMIERS ET INFIRMIERES MILITAIRES (1708-2008)

24 Avril 2018 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes, #varia, #recherche archives documentation

 

 

 

 

 

 

 

Le billet que je vous propose aujourd’hui est l’actualisation d’un article publié pour la première fois il y a dix ans dans la Revue Médecine et Armées, n° spécial « Tricentenaire du Service de santé des armées », t. XXXVI, n°5, déc. 2008, p. 497-505, ill.

Sous le titre : « Paramédicaux dans les armées. Trois siècles pour parvenir au statut des Militaires infirmiers techniciens des hôpitaux des armées (1708-2008) »

 

Au travers de mon blog je suis régulièrement contacté par des correspondants, curieux d’en savoir plus sur les infirmiers et infirmières militaires dans les armées. Ce premier article, généraliste, devrait leur apporter quelques éléments de réponse.

 

 

Je remercie bien vivement la rédaction de Médecine et Armées de nous autoriser à le publier sur notre blog.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Infirmiers et infirmières militaires (1708-2008).

Approche d’une Histoire des paramédicaux aux armées.

 

 

par François OLIER

 
 
Il serait présomptueux de faire remonter la présence de l’infirmier dans les armées, ancêtre du moderne « paramédical » à l’édit de janvier 1708 donné comme l’acte de naissance du service de santé militaire. Vous n’en trouverez pas trace dans cet acte régalien. A cette époque il appartient à un univers parallèle du travail qu’il est inutile de codifier ; celui des goujats, servants et autres domestiques laïcs qui n’ont d’existence dans la société qu’au travers de leurs maîtres barbiers puis chirurgiens. Le champ d’investigation de notre sujet est vaste ; aussi nous nous limiterons à accompagner cet auxiliaire, ce paramédical - du grec para, « à côté de» - dans son long cheminement tant « statutaire » que professionnel aux côtés des praticiens aux armées.

 

          Aux Origines (1708-1845)

 

          Au XVIIIe siècle, des hôpitaux militaires permanents s’implantèrent dans les places de guerre au sein desquels s’organisèrent des embryons de services sanitaires autour d’un médecin, d’un chirurgien major et de leurs aides appointés par le Roi. Le service subalterne des soins du corps était alors confié à des élèves chirurgiens, plus apprentis qu’infirmiers et bien souvent parents des titulaires des charges, tant au service de terre qu’à celui de la marine. Il ne restait à nos « servants domestiques » que les corvées de propreté, de vide-pots et le portage de la nourriture. Il fallut attendre les ordonnances du milieu du XVIIIe siècle (règlement du 1er janvier 1747) pour que les bureaux de la Guerre tentent d’attacher au service des hôpitaux militaires cette population domestique, ces « infirmiers » dont l’encadrement fut confié à des congrégations religieuses hospitalières jugées plus aptes, selon les mœurs du temps, à régenter cette population dont on se méfiait. Ce n’est que tardivement dans un siècle dont les lumières vacillaient que l’ordonnance du 2 mai 1781 attribua aux infirmiers quelques menus avantages en échange « de longs services » dont le plus significatif fut l’octroi d’une pension de retraite (1). Cette mesure ne touchait qu’une « élite » de sujets sédentarisés, fixés dans des ressorts géographiques bien limités (Alsace, Hainaut, Trois Evêchés) ou totalement isolés (places fortes des Pyrénées, des Alpes ou de Bretagne).

          Les campagnes de la Révolution et de l’Empire conduisirent à une nouvelle définition de « l’infirmier ». Alors qu’au fil du XVIIIe siècle on le trouvait attaché dans les hôpitaux à des emplois ancillaires ; à la fin du siècle apparut un nouveau modèle d’infirmier : le « soldat d’ambulance » (2), appartenant aux troupes d’administration assujetties à l’Intendance militaire. Ce soldat d’ambulance était né de la volonté des chirurgiens en chef Dominique Larrey (1766-1842) et François Percy (1754-1825) d’avoir « à leur main » les auxiliaires pour le service de leurs ambulances volantes qui suivaient « au plus près » les armées républicaines puis impériales. Associés aux soldats du train des équipages, organisés en compagnies, ils s’occupaient plus de brancardage, de garde et de la protection des convois d’évacuation que des soins qui restaient l’apanage exclusif des chirurgiens en sous-ordre. Les compagnies d’ambulance de l’Empire furent une réalité militaire assez bien comprise de leurs contemporains mais un réel fiasco concernant le service infirmier qui fut jugé notoirement calamiteux.

          Cette longue période de guerre posa irrémédiablement, en France, pour le XIXe siècle le problème de la dualité de l’exercice infirmier aux armées, partagé entre service militaire et service de soins. Le premier conduisait à renouveler l’organisation des compagnies d’infirmiers de l’Empire intégrées dans un bataillon d’ouvriers d’administration, accessoires de la logistique sanitaire des expéditions militaires de la Restauration (Espagne, 1823) et de la Monarchie de Juillet (Algérie, 1830) ; le second admettait au service un corps d’infirmiers dits « entretenus » dédié au service hospitalier. L’expédition d’Alger et les besoins de la Colonisation (1830-1870) imposèrent dans les hôpitaux des effectifs considérables d’infirmiers. A compter du 1er juillet 1834 ces derniers furent enlevés des cadres du bataillon d’ouvriers d’administration et répartis en détachements autonomes dans les hôpitaux militaires de France et d’Algérie. Jusqu’au Second Empire ces soldats infirmiers totalement inféodés à l’Intendance militaire transformèrent les hôpitaux en de véritables casernes  où l’exercice militaire confié à des officiers d’administration des hôpitaux primait sur le service des soins. (3)

B - Le Paramédical dans les Armées

 

1) - Militaires et « infirmiers d’élite » (1845-1908)

 

  1. Entre infirmiers et galériens (1845-1853)

          Les membres du Conseil de santé constataient lors de leurs missions d’inspection médicale en métropole et en Algérie l’étendue du déficit d’instruction hospitalière des infirmiers. Les prescriptions paramédicales – telles que nous les comprenons aujourd’hui – se limitaient, en 1840, aux lotions, frictions, embrocations. L’essentiel des actes simples étaient exclus de ce service, y compris les pansements, confiés aux chirurgiens sous-aides. En ce milieu de siècle le service hospitalier des infirmiers restait dévalorisé, par opposition à celui des bureaux, plus susceptible d’avancement et de reconnaissance. La diffusion, en 1845, d’un Manuel de l’infirmier militaire ne régla pas le problème du déficit d’instruction hospitalière, d’autant – et les inspections médicales ultérieures (1842-1850) le confirmèrent – que les officiers d’administration, commandants les infirmiers dans les hôpitaux, ignoraient volontairement les directives techniques du Conseil de santé et continuaient d’affecter au service des soins le rebut des détachements. Une réforme en profondeur s’imposait.

          A la veille de la Guerre de Crimée, la Marine, elle-aussi se trouvait confrontée à la réforme de son service infirmier et cherchait à s’affranchir de la tutelle du Commissariat. Cette situation impose un retour en arrière : Depuis le XVIIe siècle les congrégations religieuses servaient dans les hôpitaux de la Marine. A la Révolution les congrégations furent chassées des hôpitaux ; les religieuses qui le souhaitaient, pouvaient cependant continuer d’y servir sous l’habit laïc, concurremment  avec des « hommes libres » recrutés dans les « dernières couches de la société ». Toutefois, depuis le milieu du XVIIIe siècle, la Marine profitait d’une ressource qui lui était propre, celle des bagnards employés au service des salles comme infirmiers. Cette population mieux reconnue paradoxalement que celle des hommes libres, sous les aspects « de la moralité (sic), de l’esprit d’ordre, de la conduite et de la tempérance » et du point de vue économique détenait l’exclusivité du service infirmier dans les hôpitaux de la Marine. La transportation des bagnards en Guyane, à compter du 23 mars 1852, tarit cette main d’oeuvre quasi-gratuite. De l’ancien système il ne subsista bientôt que les congrégations chargées de l’économie intérieure des établissements. L’insuffisance numérique des religieuses et le coût contractuel du prix de journée qui ne pouvait qu’évoluer vers un tarif prohibitif depuis le départ des bagnards, obligea la Marine à se constituer, le 19 mars 1853, un corps d’infirmiers, calqué sur le modèle de celui des troupes d’administration de l’armée de terre. Ce corps (quatre infirmiers-chefs (maîtres), 58 infirmiers-majors (pour moitié de seconds-maîtres et par moitié de quartiers-maîtres), plus 250 infirmiers ordinaires (matelots)), engagés par contrat de sept ans allait s’imposer tant au service à la mer qu’à celui de terre. La qualité de leur recrutement, leur professionnalisme dans les salles allait servir de modèle pour l’élaboration de l’instruction technique hospitalière que l’armée de terre adoptera en 1860.(4)

 

  1. Un auxiliaire reconnu : l’infirmier « d’élite » (1853-1860)

          A l’instar de la Marine, la création d’un nouveau corps d’infirmiers éduqués est à rattacher à la disparition d’une ressource en personnel dans l’armée de terre, celle des chirurgiens sous-aides, officiers subalternes, « auxiliaires modestes, gens de dévouement et sans ambition » requis pour la durée de la guerre ou en période de crise d’effectifs et licenciés à la Paix. Cette population besogneuse bloquée dans ce grade  avait été à la pointe des mouvements insurrectionnels survenus, en 1848, à Paris et au Val-de-Grâce (rébellion,  séquestration de membres du Conseil de santé, etc.) A la chute de la IIe République survînt l’heure des comptes : la suppression de ce grade et la mise en extinction progressive des emplois de sous-aides (23 août 1852) jugés trop frondeurs, trop républicains.

          Le deuxième facteur qui conduisit à l’émergence d’infirmiers professionnels fut le retour d’expérience des campagnes militaires du Second Empire. Des applications heureuses avaient été réalisées lors de la campagne de Crimée (1854-1856) pour compenser les lourdes pertes en personnels sous-aides. Ainsi l’on avait constitué sur le théâtre d’opérations un corps provisoire d’infirmiers « spécialisés », les « soldats panseurs » en charge de la « tenue des cahiers de visite et du renouvellement des pansements simples (...) ». Le médecin inspecteur Lucien Baudens (1804-1857) qui avait, en Crimée, apprécié leurs services, leur prédisait un grand avenir dans le remplacement des sous-aides, « ces auxiliaires médiocres du corps de santé militaire » qui l’avaient copieusement hué pendant les évènements de 1848.(5) Parallèlement à ces recherches d’auxiliaires qualifiés il faut noter l’expérience britannique en Crimée d’emploi dans les hôpitaux de « dames infirmières » conduites par Florence Nightingale (1820-1910) dont Baudens se fit l’écho et la prise de conscience d’Henri Dunant (1828-1910) fondateur de la Croix-Rouge, face à la situation désastreuse des blessés franco-piémontais et autrichiens abandonnés sans soins lors de la guerre d’Italie (1859).

Il reviendra à Michel Lévy (1809-1872), directeur de l’école du Val-de-Grâce d’effectuer la synthèse de ces expériences. Le développement d’un concept infirmier avait fait son chemin : créer un corps d’infirmiers militaires susceptible d’effectuer des besognes secondaires en vue d’alléger le travail d’officiers de santé, docteurs en médecine. A cette fin, il organisa, au Val-de-Grâce, un stage de deux mois, dont un de théorie, où furent accueillis 50 infirmiers (sous-officiers et soldats) choisis parmi les plus « lettrés ». Une formation théorique et pratique devait conduire à former des infirmiers, appelés « d’élite » puis de « visite », aptes à la rédaction des relevés journaliers de prescriptions, à la réalisation des pansements et au « détail » de petite chirurgie. A la sortie du Val-de-Grâce ces infirmiers étaient répartis entre les hôpitaux à raison de trois infirmiers de visite par médecin traitant. La réussite de ce stage ne devait plus se démentir et les sujets « dressés » furent réclamés à grands cris par tous les médecins-chefs d’hôpitaux. Cette initiative limitée fut rapidement réglementée et fit l’objet d’une instruction ministérielle du 3 janvier 1860. Pour les distinguer et reconnaître leur fonction ils recevaient une haute-paie journalière dès leur affectation en milieu hospitalier ; ils étaient exempts de corvées, de travaux de force et de propreté ; recevaient en alimentation la portion entière des malades et non l’ordinaire. Et, suprême distinction, à l’instar des anciens sous-aides ils portaient le caducée sur le collet en velours de leur uniforme et se voyaient doter à titre personnel d’une trousse réglementaire et personnelle en mouton maroquiné. Cette « révolution » ne se fit pas sans une certaine réticence du milieu médical qui voyait dans les infirmiers de visite « une pépinière de quasi-médicastres destinés à infecter tôt ou tard la société civile et à répandre dans nos campagnes une nouvelle catégorie de charlatans. » (6)

 

  1. De la « bonne sœur » à la « bonne dame » (1860-1908)

          Nous avons laissé nos infirmiers en 1834, encasernés dans les hôpitaux militaires de métropole et d’Algérie. A compter du 17 septembre 1863 les détachements autonomes des hôpitaux furent regroupés en sections d’infirmiers militaires (S.I.M.). Cette transformation allait entretenir jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale l’appellation générique « d’infirmier militaire » qui regroupait quantité de professions tant administratives, techniques que paramédicales. Le nouveau corps se composait de trois classes : les infirmiers aux écritures, les infirmiers de visite (de 1860), les infirmiers d’exploitation du service général. Seuls, ceux de visite, comme nous l’avons vu, recevaient une formation professionnelle au lit des malades. Cette formation initiée au Val de Grâce fut étendue, dès 1867, aux autres hôpitaux militaires. Ainsi l’opportunité d’ouvrir une « école » spécialisée, unité de lieu et d’enseignement s’évaporait dans la chute de l’Empire. Sous la IIIe République l’ensemble du corpus réglementaire concernant les infirmiers fut maintenu. Seules des modifications de détail sur le recrutement furent apportées essentiellement liées aux modalités de recrutement de la nouvelle armée républicaine (service militaire de trois, de deux puis d’un an). Ce système induisait un important renouvellement des infirmiers de visite du contingent dont l’éducation hospitalière ne pouvait avoir la valeur des infirmiers de 1860, soldats susceptibles de servir de trois à sept années. La qualité cédait le pas à la quantité.

Alors que le Service de santé militaire laissait se déliter son corps d’infirmiers spécialisés, la société civile voyait, quant à elle, se développer le concept moderne de « garde-malade » formé sur les principes hérités du « système Nightingale » dans des écoles de formation (Croix-Rouge, Assistance Publique) dédiées à ce modèle anglo-saxon de « nursing », acquises aux pratiques modernes de l’asepsie et de l’antisepsie. Par ailleurs, les lois sur la laïcité de 1905 avaient chassé des hôpitaux militaires et maritimes les congrégations religieuses confortées sous le Second Empire. Un fort courant d’opinion travaillé par la presse poussait dans le sens de l’introduction de « dames infirmières » bénévoles dans les armées ; ces dames pourraient fort bien se substituer aux religieuses et apporter dans les hôpitaux « toute leur féminité bienveillante » et la valeur de leur formation acquise au sein d’écoles d’infirmières.(7)

2) – Militaires et « soignants civils » (1909-1946)

 

  1. De la « religieuse laïque » au maître infirmier (1909-1914)

          En ce début de XXe siècle les infirmiers de visite formaient l’ossature des services cliniques des hôpitaux militaires. Ces infirmiers incorporés pour deux ans par des prélèvements annuels (loi de 1906 sur le recrutement) ne pouvaient durant ce laps de temps se former en véritables professionnels alors que dans le même temps les écoles d’infirmiers ne délivraient un diplôme à leurs élèves qu’après deux ans de cours et stages. A défaut de pouvoir se constituer un véritable corps de sous-officiers infirmiers rengagés, le Service de santé devait absolument recruter des personnels qualifiés.

Pour la communauté médico-militaire, l’introduction des infirmières dans les hôpitaux militaires ne serait une réussite que si ces femmes instruites étaient « dans la main des médecins traitants » (8) à l’instar des religieuses et à l’image d’une maîtresse de maison modèle « parfaitement docile et respectueuse à l’égard du maître ». (7) A la suite d’un débat assez contrasté, le recrutement de 60 infirmières fut inscrit au budget 1908 de la Guerre. (9) Par une note du 20 décembre 1907, le médecin chef du Val-de-Grâce lança un appel à candidatures pour le recrutement sur concours, à compter du 1er février 1908, d’infirmières laïques assimilées au personnel civil d’exploitation. Les postulantes devaient avoir entre vingt et un et vingt-cinq ans ; être diplômées de l’Assistance publique ou d’écoles d’infirmières. En dépit d’une publicité limitée, 103 candidates se présentèrent et 82 d’entre elles furent reconnues aptes à l’emploi. (9) D’une manière générale le Corps de santé militaire applaudissait ce recrutement d’autant que leur subordination était clairement définie : « le service des infirmières consiste à donner des soins aux malades et blessés sous l’autorité immédiate des médecins traitants ». Hormis quelques articles critiques de la part de la presse infirmière touchant à la « sauvegarde morale » de jeunes filles abandonnées au milieu d’une jeunesse masculine débridée et appelant de ses vœux un encadrement de femmes plus âgées sur le modèle des « matrones » britanniques (11) ; la société civile accueillait favorablement cette entrée des femmes dans les hôpitaux. En 1909, 51 infirmières laïques avaient rejoint les hôpitaux militaires. En 1910, s’ajoutèrent quinze nouvelles recrues ; tandis que 34 infirmières des sociétés d’assistance de la Croix-Rouge effectuaient bénévolement des « stages » qualifiants dans les hôpitaux (10).

          L’introduction des infirmières rémunérées restait propre à l’armée de terre. La Marine opta pour le renforcement du décret de 1853 et la professionnalisation de ses personnels infirmiers : appartenance aux équipages de la flotte, reconnaissance d’une spécialité et d’un brevet d’infirmier (1883).(12) L’armée de terre qui n’avait pas réglé son problème récurrent du déficit professionnel de ses infirmiers en dépit de l’arrivée des infirmières laïques devait, à l’instar de la Marine et des troupes coloniales, se constituer un corps de rengagés et non plus dépendre de soldats issus du contingent (étudiants en médecine). Ces personnels « exclusivement chargés de donner des soins aux malades [ne devaient être] sous aucun prétexte distraits de leurs fonctions ». Mais ce n’était encore que cautère sur jambe de bois en regard des réformes qui s’avéraient nécessaires.

 

  1. Le Paramédical aux armées : un pas en avant, deux pas en arrière (1914-1929)

          Le 2 août 1914, l’effectif des infirmiers fut porté de 8870 à 108 870 personnels, comprenant les hommes de l’active, de la réserve, de la territoriale et de sa réserve. An 1914, l’on était à cent lieues des discours alambiqués sur l’emploi de l’infirmier de visite, habilité, du bout des doigts, à faire les pansements. L’infirmier de la Grande Guerre, les pieds dans la boue, les mains dans la chair et le sang, allait s’affranchir de toutes ces « défenses ».

          A la suite des opérations meurtrières du début des hostilités (bataille des frontières, course à la mer, etc.) les pertes sanitaires devenant considérables il fallut recourir à la loi pour imposer une meilleure utilisation de la ressource disponible. En juillet 1915, la loi Dalbiez prescrivit l’envoi au front des hommes de l’active et de la réserve sous-utilisés ; ce fut l’ouverture de ce que le poilu appela : « la chasse aux embusqués ». En 1915-1916, les formations hospitalières de l’arrière furent vidées de toutes leurs classes jeunes, des ecclésiastiques, des infirmiers « valides » qui furent poussés vers l’avant voire directement versés dans les unités combattantes. Le front était avide de nouveaux renforts sanitaires et il fallait compenser les lourdes pertes par une chasse permanente aux effectifs tout en maintenant auprès des médecins militaires un noyau inamovible de « spécialistes assistants de médecins » composé d’étudiants en médecine et de détenteurs du « caducée » dressés à de nouveaux métiers (panseurs, stérilisateurs, manipulateurs en électroradiologie, aide-anesthésiste) et comme tels, protégés des versements d’office dans les troupes combattantes Vers la fin de la guerre devant les déficits aggravés le commandement fit appel à la ressource de l’Empire (malgaches et annamites) et envisagea la mobilisation générale féminine pour le service aux hôpitaux. (13)

          La Grande Guerre apporta à la femme européenne une manière de consécration professionnelle, en particulier dans les professions de santé. « L’archétype de l’infirmière, c’est l’infirmière Croix-Rouge dont la silhouette familière surgit dès que l’on évoque la femme en 1914-1918 ». (7) Le 8 mars 1916, le Service de santé saigné par la loi Dalbiez décida la création d’un corps d’infirmières temporaires civiles « pour la durée de la guerre, plus six mois ». Ce corps salarié qui atteignit 5 160 recrues en novembre 1918 s’opposait aux 500 000 « professionnelles bénévoles » de la Croix-Rouge. A l’Armistice, le Service de santé décida se puiser dans le corps des « temporaires » en vue de renforcer son corps de « permanentes », le faisant passer de 108 à 620 spécialistes. Un fort noyau de professionnelles, équivalent à l’ensemble des infirmiers de visite d’active de 1914, formait l’ossature des services cliniques des hôpitaux militaires de l’Après-guerre. Toutefois les déficits en infirmiers restaient abyssaux et il fallait puiser en permanence dans le tout venant des corps de troupes et des effectifs coloniaux (2500 pour 3000 français en 1924). (14) En conclusion à une étude datée de 1929 un rédacteur anonyme insistait sur la nécessité de recruter 1 650 infirmiers sous le statut de carrière ; à défaut, il proposait, non sans une certaine ironie, un « remède héroïque » : rappeler les sœurs hospitalières ! (15)

 

  1. D’une constance réglementaire à un « capharnaüm » législatif (1929-1946)

          La situation du recrutement restait difficile tant dans la Santé Publique que dans les armées et cela en dépit d’une vague de reconnaissance nationale dont le cœur fut la promulgation par l’Assemblée nationale du décret du 27 juin 1922 portant création du brevet de capacité professionnelle d’infirmière. Dans le Service de santé militaire le dépoussiérage du statut de 1909 s’imposait compte tenu des avancées du décret de 1922. Il fit l’objet du décret du 6 août 1926. Mais cela ne suffisait toujours pas. Le recrutement se tarissait et il fallait sans tarder trouver des remèdes à cette crise durable des effectifs. La 7e direction (service de santé) proposa au ministre de s’inspirer une nouvelle fois de l’organisation du service infirmier dans la Marine pour structurer un corps de sous-officiers infirmiers de carrière articulé entre un cadre d’infirmiers (brevet élémentaire) et de maîtres infirmiers (brevet supérieur). Cette proposition fut acceptée et fit l’objet de l’instruction du 21 octobre 1929. Les maîtres infirmiers après une période minimale de formation de quatre années de cours et stages, furent autorisés, par décret du 24 juin 1930, à porter le titre d’infirmier hospitalier de l’Etat français. Cette reconnaissance tardive ne touchait annuellement que quinze brevetés supérieurs. Il est vrai que psychologiquement détenir le diplôme d’Etat pour un infirmier des armées de cette époque était presque une incongruité, pour le moins une originalité, tendant à se démarquer de son appartenance à la « famille » militaire ; être soupçonné d’avoir déjà un pied dans ce monde infirmier civil dominé par la gent féminine. A titre d’exemple, la liste d’ancienneté des sous-officiers de carrière de 1938 totalisant 1 277 sous-officiers ne mentionnait que 84 maîtres infirmiers dont 33 diplômés d’Etat pour l’ensemble du Service de santé militaire…

          L’évolution statutaire la plus intéressante et la plus complexe des années 1940 est sans contestation possible celle de l’infirmière aux armées. Nous avons laissé cette dernière, en 1926, dans le cadre étriqué des infirmières des hôpitaux militaires. C’est avec un petit noyau de 550 personnels infirmières que le Service de santé militaire aborda le conflit mondial renforcé par plus de 6 500 infirmières bénévoles de la Croix-Rouge engagées pour le temps de guerre. La défaite de 1940 sans véritablement mettre à bas cette organisation dans la France occupée devait permettre l’essaimage des infirmières engagées dans la poursuite de la lutte armée de la France sur tous les théâtres, sous toutes les dénominations, sous tous les statuts, rassemblées cependant autour d’un diplôme d’Etat commun et de fonctions techniques identiques. Durant la Seconde Guerre mondiale l’on trouvait dans les forces françaises combattantes : les infirmières du cadre des hôpitaux militaires de 1926 (statut civil, métropole et Afrique du Nord) ; les infirmières bénévoles de la Croix-Rouge (statut civil, tous théâtres) ; les infirmières du corps des volontaires françaises de Londres (statut militaire avec grades) ; les infirmières des forces françaises libres ralliées au Levant (statut civil) ; les infirmières de la Croix-Rouge de l’Afrique du Nord servant sous le régime de l’instruction du 26 juin 1943 (corps civil de droit commun… à caractère militaire). Tous ces corps furent fusionnés par décret du 11 janvier 1944 en trois ensembles à statut civil, un par armée : infirmières du corps militaire des auxiliaires féminines de l’armée de terre (A.F.A.T.) ; des forces féminines de l’Air (F.F.A.) ; des sections féminines de la flotte (S.F.F.). C’est avec ce fouillis de dispositions législatives et réglementaires que le Service de santé déjà engagé en Indochine, se retrouva, en métropole, dans une situation chaotique, tiraillé dans un compromis bancal entre filières militaires de Londres et filières civiles d’Alger. L’ensemble était ingérable et totalement injuste en regard des droits à retraite et à rémunération. (16)

3 – Professionnels de santé et militaires (1946-2008)

 

  1. Infirmier aux armées (1946-1980) : un parcours semé d’embûches.

          L’infirmier des armées (Terre-Air-Marine) sortait de la Seconde Guerre mondiale comme il y était entré : peu qualifié. Il n’en était pas de même dans le secteur civil qui s’empressa, dès 1946, de mener à bien la réforme amorcée dès 1938, en rendant obligatoire pour exercer la possession du diplôme d’Etat d’infirmier. Le 11 juillet 1948 une porte s’entrouvrit néanmoins pour l’infirmier des armées ; le décret n°48-1108 portant classement hiérarchique des grades et emplois tant des personnels civils et militaires en matière de régime de retraite nécessitait la mise à plat de l’architecture d’avant-guerre. Les services de  santé des différentes armées (autonomes jusqu’en 1968) furent contraints de redéfinir le cadre d’emploi de l’ensemble de leurs paramédicaux qui se trouvèrent classés en non certifiés, certifiés, brevetés élémentaires et supérieurs. Avec obligation, dès le brevet élémentaire de détenir le diplôme d’Etat : « l’obtention du brevet élémentaire (B.E.) d’infirmier militaire est subordonné à la possession du D.E.I. hospitalier délivré par le ministère de la Santé publique » ou encore : « Tous les gradés candidats pour l’obtention d’un brevet supérieur de la branche technique (masseurs, manipulateurs en électroradiologie) doivent préalablement à leur admission au stage de formation être possesseur du D.E.I. ». Un diplôme d’expertise de maître infirmier était attribué aux titulaires du B.E./D.E.I. détenteurs de certificats de réanimateur-transfuseur et d’aide-anesthésiste. Ces D.E.I. devaient être préparés dans un centre de formation du service de santé militaire agréé par le ministère de la Santé publique aux mêmes conditions que pour les écoles civiles, avec préparation sur deux ans, présentation aux mêmes examens et passage devant les mêmes jurys. Ce décret cinquante ans après sa promulgation étonne par sa modernité. Malheureusement, comme bon nombre de textes réglementaires bousculés par l’actualité, il resta au niveau d’un vœu pieux. Les armées subissaient une grave crise de recrutement et au-delà des mers, la guerre d’Indochine drainait vers l’Extrême-Orient tout ce que les services de santé comptaient de « paramédicaux spécialistes ». Il n’était plus temps de former à grands frais sur deux ans des diplômés d’Etat, alors que les effectifs « santé » sur les théâtres d’opérations extérieurs étaient gravement déficitaires. L’on revînt alors à des notions plus classiques de formation – a minima – tant pour les appelés du contingent que pour les engagés et rengagés pour l’Indochine : « caducée » puis certificats d’aptitude technique des 1er et 2e degrés. Les besoins en infirmiers qualifiés D.E. bien que toujours criants (Indochine, Algérie) s’effaçaient pour de nombreuses années devant les nécessités opérationnelles à court terme des états-majors.

          Cette situation perdura jusqu’à un passé récent, s’enfonçant dans un statu quo confortable mais ténu. Les armées conservaient les formations spécifiques (B.E., B.S., 1er et 2e degrés) dans des écoles particulières à chacune d’entre elles : Brest puis Toulon pour la Marine ; Wildbad, Mourmelon, Chanteau-la-Foulonnerie (près d’Orléans), Dinan et Metz pour l’armée de terre ; Toulouse, Nîmes, Mérignac pour l’armée de l’Air. Il n’était plus d’actualité dans les années 1970 de refondre un système qui fonctionnait à la satisfaction générale des états-majors :

- en limitant l’ « évasion » vers le civil, de personnels attachés à l’institution par un certificat, brevet ou diplôme sous-valorisé par la Santé Publique par rapport à leur exercice en milieu militaire (mesures dérogatoires à la loi de 1946 : infirmier polyvalent autorisé ou avec activité limité ; infirmier auxiliaire polyvalent, etc.) ;

- par l’apport de plus en plus massif d’infirmiers masculins D.E.I. du contingent (1962 à 1995) ;

- par le développement des recrutements en personnels civils D.E.I. et aides-soignants à partir de 1960 ;

- par un recrutement de personnels féminins à gestion propre au service de santé des armées.

 

  1. L’infirmière aux armées (1946-1980) : une exception professionnelle.

          Nous avons laissé l’infirmière en 1945 tiraillée entre plusieurs cadres civils et militaires. La Direction centrale des services de santé des armées soucieuse de cet état de fait proposa l’élaboration d’un statut militaire uniforme applicable aux personnels paramédicaux féminins des trois armées. Cette proposition fut suivie d’effet et aboutit à la parution du décret du 15 octobre 1951 « portant statut général des personnels des cadres militaires féminins ». (17) (18) L’ensemble des paramédicaux féminins de l’armée française fut ainsi ramené à deux cadres :

- le cadre des infirmières des hôpitaux militaires (civiles, décret de 1926), auquel se substitua à compter du 1er janvier 1949, le « corps des infirmières civiles des hôpitaux militaires » refondu par décret du 18 mars 1953 ;

- le cadre du personnel féminin du service de santé, organisé par le décret du 15 octobre 1951 (texte interarmées) qui prévoyait le recrutement de personnels sous contrats ou commissionnés qui détenaient une hiérarchie purement conventionnelle sans aucune assimilation ni grades, excepté sous le rapport à la solde (caporal-chef à commandant).

          En raison de la pénurie de la ressource en personnels soignants qualifiés dans le milieu hospitalo-militaire, en particulier parisien..., la D.C.S.S.A. créa, à partir de 1961 des centres d’instruction des infirmières militaires (jusqu’à onze C.I.I.M. furent mis sur pied dans les hôpitaux militaires) en vue de conduire ses personnels d’exploitation au brevet militaire supérieur d’infirmier. Après les évènements de 1968, la situation du recrutement ne cessant de se dégrader, un décret du 11 décembre 1969 portant statut du personnel militaire féminin du service de santé des armées (P.M.F.S.S.A) dissocia le sort du personnel féminin du service de santé des autres personnels des armées. Le statut des P.M.F.S.S.A. s’inspirait des règles applicables à leurs homologues civils en matière de grades et de rémunérations. Les C.I.I.M. quant à eux, agréés par la Santé publique conduisirent au D.E.I. (exemple : C.I.I.M. de l’hôpital d’instruction des armées Bégin de Saint-Mandé, 19 promotions de 20 à 30 élèves, de 1966 à 1991) (19). En parallèle, la pression de la société civile, l'action syndicale, imposèrent une nouvelle définition de l’infirmière (loi du 31 mai 1978), lui concédant pour la première fois une fonction indépendante, « un rôle propre » dans une nouvelle pratique des soins infirmiers dont la filière de formation fut refondue en 1979. Une succession de textes novateurs obligea le service de santé des armées à réaliser l’unification de ses statuts pour ne pas se laisser distancer, par la Santé Publique, en termes d’attrait au recrutement. Par décret du 24 juillet 1980, le corps des infirmières et spécialistes d’exploitation (décret de 1969) et les secrétaires issues du décret du 23 mars 1973 furent regroupées sous le statut des militaires infirmiers et techniciens des hôpitaux des armées (M.I.T.H.A.) ; « statut très original » s’appuyant sur une hiérarchie sans assimilation, mais militaire et soumise à ce titre aux lois et règlements applicables aux officiers et sous-officiers. Par sa réactivité le Service marquait sa volonté de fixer ce nouveau statut dans le sillage de celui « homologue » de la Santé Publique. Il chassait par la même occasion le spectre des difficultés de recrutement, en se constituant – à grands frais – un vivier restreint de professionnels qualifiés réclamés par les praticiens soucieux de maintenir un haut niveau de qualité de soins en milieu hospitalier militaire.

 

  1. Infirmier militaire et militaire infirmier (1980-2008) : une inéluctable osmose.

          Arrivés au terme de notre cheminement historique, au-delà des vicissitudes statutaires et nombreuses polémiques qui ont animé ces trois dernières décennies ; il est un fait, presque miraculeux en regard du chemin parcouru : A l’aube du tricentenaire de sa « fondation » le service de santé des armées est parvenu à réaliser l’intégration sous le statut M.I.T.H.A., de 96% (2008) des sous-officiers, officiers mariniers paramédicaux des trois armées et de la gendarmerie. (20) Cette affirmation liminaire faite, au-delà d’effets faciles, il permet au contemporain  qui souhaite retracer succinctement l’évolution du Paramédical aux Armées durant ces dernières années, la présenter – à rebours – avec plus de sérénité, tant vis-à-vis des personnels concernés que de l’institution militaire.

 

          L’infirmier des armées de 1980, à la différence du M.I.T.H.A. se sentait en marge de la communauté infirmière civile qui se réformait activement à coups de décrets. (21) La loi du 31 mai 1978 (décret d’application du 12 mai 1981) définissait un véritable métier poussant vers une professionnalisation sans cesse accrue. L’infirmier n’était plus un simple exécutant mais un véritable professionnel apte à instaurer des relations de partenariat avec les autres acteurs de la santé. Cette mise à plat ne se fit pas sans difficultés et combats retardateurs du corps médical qui s’employa à freiner cette évolution à coups de recours devant le Conseil d’Etat. Cette lutte d’arrière-garde parvînt cependant à faire abroger nombre de textes et induisit de nombreuses modifications et adaptations statutaires et d’exercice professionnel (mai 1984, juillet 1984, mars 1993, février 2002). Toute cette activité législative obligea la Défense, par corollaire, à une modification analogue du statut MITHA (1980, 1984, 1994, 2002) afin de coller à l’actualité jurisprudentielle et à l’évolution des corps « homologues » de la Santé Publique. Toutefois si cette évolution peut paraître désordonnée, il n’en demeure pas moins qu’elle assura, à chaque étape, des avancées significatives en termes statutaires, de rémunérations, de définition de l’exercice infirmier, de description des actes professionnels, de formation initiale ou continue pour des spécialistes militaires non syndiqués. Au fur et à mesure de ces apports, l’image du statut M.I.T.H.A. se renforçait, mettant en évidence – a contrario – le peu d’attrait des filières paramédicales issues des armées. L’infirmier des forces eut durant cette période charnière l’impression douloureuse de voir passer le train de la modernité, exclu d’une prise en compte par ses hiérarchies de tutelle de ses légitimes aspirations professionnelles ; dont la principale était la capacité à se former dans un cadre validant, à accéder au sésame de la reconnaissance : au diplôme d’Etat d’infirmier.

En 1990, le Service de santé des armées décidait de franchir le pas et de regrouper à Toulon en une Ecole du personnel paramédical des armées (E.P.P.A) les différentes écoles et centres de formation du personnel infirmier des armées. (22) L’objectif était novateur : permettre l’acquisition dans une structure interarmées, des diplômes nationaux requis pour l’exercice professionnel tout en respectant les exigences (cadre, durée des études) de la Santé Publique. Mais le challenge ne s’arrêtait pas là. Il était hors de question de laisser sur le carreau des centaines d’infirmiers titulaires d’un 1er ou 2e degré, n’ayant que le statut d’aide-soignant ou « d’infirmier autorisé polyvalent », pur produit des mesures dérogatoires de l’art. L477 de la Santé Publique et comme tel « exception à la règle du diplôme d’Etat, diplôme de référence aux plans national et européen ». (23) A compter de septembre 1992, à Toulon, un centre de perfectionnement par correspondance (C.P.C) fut chargé d’amener aux épreuves terminales du diplôme d’Etat des centaines d’infirmiers des forces volontaires et très motivés pour cette opportune requalification technique ; d’autant que la fin du service national (à compter de 1995) et l’ouverture des hôpitaux des armées au secteur public hospitalier nécessitaient une importante mobilisation de l’ensemble des paramédicaux exerçant dans les armées.

 

 

En guise de conclusion

Le décret n° 2005-562 du 27 mai 2005 portant intégration des sous-officiers, officiers mariniers paramédicaux des armées de Terre, de l’Air, de la Marine et de la Gendarmerie dans le corps des M.I.T.H.A. marque en point d’orgue, à la veille du tricentenaire du Service de santé des armées, l’unicité du statut des paramédicaux des armées. Ces derniers pourront dorénavant relever – à chances égales – les défis annoncés du XXIe siècle et apporter sans complexes toute leur riche expérience forgée au service des forces. C’est un véritable challenge qui reste à relever et qui s’inscrit logiquement pour les années à venir dans l’évolution orchestrée par la société civile : développement d’un code de déontologie infirmier, d’un ordre national infirmier, transfert de tâches et de compétences médicales (vers un infirmier praticien des armées?), migration des instituts de formation vers l’Université avec création d’un 3e cycle européen d’études infirmières (cycle L-M-D), etc. Aujourd’hui, en 2008, le M.I.T.H.A attend peu de choses de sa «condition militaire », héritage centenaire d’une filiation équivoque ; mais, en revanche, il attend tout de l’évolution irréversible de l’exercice professionnel des soins infirmiers en milieu civil conduite par une communauté infirmière avide de reconnaissance et de nouveaux pouvoirs.

Résumé :

Cet article présente le cheminement, à travers trois siècles, tant au niveau statutaire que professionnel, du paramédical, « auxiliaire » du praticien militaire. De simple domestique au XVIIIe siècle, il acquiert une réelle identité militaire sous l’Empire pour ne plus s’en départir jusqu’à une date récente. Au XIXe siècle, ce caractère particulier, cette appartenance aux troupes d’administration, la multiplicité de ses fonctions à l’hôpital qui l’éloigne du chevet des malades et l’indigence de sa formation dans le domaine des soins, l’empêchent de participer pleinement aux évolutions scientifiques de la société médico-militaire. Au début du XIXe siècle, un nouveau protagoniste, « dressé » sur mesure par la société civile et le corps médical : l’infirmière diplômée, apparaît au sein des structures hospitalières des armées et remplace « l’infirmier militaire » en termes de qualité des soins et de référence professionnelle. Cette étude présente le long parcours de ces personnels pour modifier une image peu valorisée par l’Institution militaire qui a conduit, à la veille du tricentenaire de la création du Service de santé militaire, à leur complète intégration au sein d’un statut unique, celui des Militaires infirmiers techniciens des hôpitaux des armées (M.I.T.H.A.).

 

Mots-clés : Histoire du Service de santé – Infirmier militaire – Paramédical des armées.

 

Abstract :

Army Paramedic (1708-2008)

This article shows the progress, through three centuries, as much in the statutory than in the professional level, of paramedic, military practitioner’s “auxiliary”. From ordinary servant in the XVIIIth century, he gained a true military identity under the Empire and did not lose until recently. In the XIXth century his specific feature, his belonging to administration’s troop, the multiplicity of his duties in medical care which takes him away from patients’ bed-side but also a weakness formation, prevent him to fully take part in the scientific evolution of the medico military society. In the early XIXth century, a new protagonist, especially created by the civilian society and medical corps: the registered nurse appears within hospital structure and replaces the military nurse, in terms of care quality and professional reference. This study lays out those staff long advance to improve a picture depreciated by the military institution which just on the day before the tercentenary of the creation of the military health service, led to their complete integration within a sole status, the “Militaires Infirmiers Techniciens des Hôpitaux des Armées” (M.I.T.H.A.).

 

Keywords : health service history – military nurse – army paramedic

Notes :

(1)-F. Olier, « Infirmier militaire de l’armée de terre (1708-1940) », dans Médecine et Armées, 1994 ; 22 (7) : 567-580.

(2)-F. Olier, « Compagnies de soldats d’ambulance du Premier Empire (1809-1815) », dans Médecine et Armées, 1997 ; 25 (7) : 551-558.

(3)-F. Olier, « Infirmiers de l’armée de terre en Algérie (1830-1870) », dans Médecine et Armées, 1997 ; 25 (7) : 569-581.

(4)-A. Lefèvre, « Histoire du service de santé de la marine et des écoles de médecine navale étudiée plus particulièrement au port de Rochefort », dans Archives de Médecine Navale, 1867 ; VII-7 : 119-121.

(5)-L. Baudens, La guerre de Crimée, Paris, Michel Lévy frères, 1858, p. 412.

(6)-Musée du service de santé des armées, cart. n°144, correspondance des médecins chefs de l’école de perfectionnement de médecine militaire du Val-de-Grâce, lettre n°474, 1er mai 1859.

(7)-Y. Knibiehler (dir.), Cornettes et blouses blanches – Les infirmières dans la société française (1880-1980), Paris, Hachette littératures, 1984, p. 366.

(8)-Le Caducée, 18 janvier 1908 ; n°2, p. 24-25.

(9)-M. Gervais, Rapport de la commission du budget chargée d’examiner le projet de loi portant fixation du budget général de l’exercice 1909, rapport n°2018, Chambre des députés, Paris, imp. Nat., 1908, p. 438-439.

(10)-M. Clémentel, Rapport de la commission du budget chargée d’examiner le projet de loi portant fixation du budget général de l’exercice 1911, rapport n°366, Chambre des députés, Paris, imp. Nat., 1910, p. 195-197 et p. 386-387.

(11)-Le Caducée, 15 février 1908, n°4, p. 53-54.

(12)-L. Landru, « L’infirmier de marine », dans Cols Bleus, n°1819 (6 octobre 1984), p. 8-15.

(13)-Etat-major, Service de santé, Organisation du Service de santé au Grand Quartier Général des armées du Nord et du Nord-Est ; note n°2071/S du 1er mai 1919, p. 44.

(14)-Toubert, Le Service de santé militaire au Grand Quartier Général français (1918-1919), Paris, Lavauzelle, 1934, p. 142-143.

(15)-Musée du Service de santé des armées, fonds non classé ; Anonyme : Enseignements à tirer des évènements de Rhénanie, analyse suite à intervention parlementaire du 15 mars 1929, [1929], p. 7.

(16)-R. CaireLa femme militaire, des origines à nos jours, Paris, Lavauzelle, 1981, 361 p.

(17)-Graverol. « Le personnel militaire féminin du Service de santé de l’armée de terre. Le rôle des infirmières dans les hôpitaux militaires du corps de bataille et de l’infrastructure », dans la Revue du corps de santé militaire, 1955, XI (3), p. 382-395.

(18)-Graverol. La profession d’infirmière en France et à l’étranger, dans la Revue du corps de santé militaire, 1957, XIII (4), p. 516-521.

(19)-H.I.A. Bégin, Saint-Mandé, Exposition du 150ème anniversaire ; dossier « C.I.I.M. », 15 mai 2008, n.p.

(20)-Actu Santé, mai-juin 2008, n°105, p. 6

(21)-C. Duboys-Fresney, Le métier d’infirmière en France, Paris, Presses Universitaires de France, coll. Que-sais-Je ?, n° 3052, 2007, 128 p.

(22)-J. Le Vot, « Ecole du Personnel Paramédical des Armées (E.P.P.A.) », dans Médecine et Armées, 1997, 25 (4), p. 277-279.

(23)-P. Berciaud, D. Agosta, G. Verdier, « Centre de perfectionnement par correspondance de l’Ecole du Personnel Paramédical des Armées », dans Médecine et Armées, 1997, 25 (4), p. 319-322.

 

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INFIRMIER MILITAIRE « USURPE » 1914-1918

6 Novembre 2017 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes, #recherche archives documentation, #varia

Qu’est-ce qu’un « infirmier militaire usurpé » en 1914-1918 ?

Je me suis posé cette question quand je me suis attelé à la présentation de la réédition de l’ouvrage « Scandales Médicaux » d’Henry de Golen (1933). J’avais bien relevé dans les rapports de médecins prisonniers de guerre en Allemagne, conservés au musée du service de santé des armées, la présence « d’infirmiers  à croix rouge authentique » ce qui sous-tendait, en bonne logique, que d’autres infirmiers n’avaient pas cette légitimité, mais je n’en savais guère plus. La lecture du livre de Georges Cahen-Salvador (1929) sur les Prisonniers de guerre (1914-1919) m’a permis d’affiner une définition :

L’infirmier militaire « usurpé » en 1914-1918 est un prisonnier de guerre qui invoque la convention de Genève en falsifiant ses « pièces militaires » pour acquérir le droit à sa protection (convention de Genève de 1906, ch. III).

Cette usurpation de la qualité de sanitaire est juridiquement précisée à l’article 28 (ch. VIII) de la convention du 6 juillet 1906, en fonctionnement durant le conflit :

« […] Les Gouvernements signataires s'engagent […] pour punir, comme usurpation d'insignes militaires, l'usage abusif du drapeau et du brassard de la Croix-Rouge par des militaires ou des particuliers non protégés par la présente Convention. »

Ceci étant dit, les véritables cas d’usurpation ne concernaient pas les sanitaires ayant perdu dans les aléas des combats leurs brassards de neutralité, livrets militaires ou « attestation » diverses. Il s’agissait bien de subterfuges qui pouvaient s'assimiler à des actes accessoires d’évasion ou à des actes individuels d’opportunité pour se faire rapatrier dans les meilleurs délais.

Cet acte d’usurpation était cependant lourd de conséquences car il s'appuyait sur l’état juridique de « sanitaire » des individus en cause. Les différentes catégories qui bénéficiaient théoriquement de cette protection comprenaient les médecins, pharmaciens, infirmiers, brancardiers, aumôniers, officiers d’administration du service de santé, personnels des sociétés de secours reconnues et autorisées, ordonnances de médecins, soldats du train, conducteurs auxiliaires des voitures hippomobiles et automobiles.

Leur rapatriement à titre de sanitaire, qui devait s’opérer suivant la convention de Genève dans les meilleurs délais, impliquait la certification par la France de leur statut militaire protégé. A défaut et dans le cas des « usurpés » si le ministère de la Guerre français ne les reconnaissait pas ils étaient retirés par l'Allemagne des listes de rapatriement et pouvaient subir en retour de sévères représailles. A contrario, après leur rapatriement en France se posait la question de leur réaffectation, car il ne pouvait plus être question de les renvoyer dans leurs unités combattantes d’origine dans lesquelles ils étaient susceptibles d’être, derechef, faits prisonniers de guerre en qualité de combattants. La France ne manquerait pas alors de se faire questionner sur une usurpation qu’elle avait avalisée et qui ressemblait à une tromperie organisée ; laquelle tromperie pouvait la desservir dans le cadre de nouveaux pourparlers d’échange de sanitaires.

En conclusion - les "infirmiers usurpés" furent affectés à leur retour en France dans les sections d'infirmiers militaires (S.I.M.) et le plus grand nombre fut dirigé vers les services sanitaires de l'armée d'Orient.

A titre d’exemple : dans l’ouvrage « Scandales Médicaux » d’Henry de Golen, le « héros », Robert Dalsenne, caporal au 103e d'infanterie, est rapatrié d’un camp de représailles de Russie Blanche comme "infirmier usurpé". A son retour d’Allemagne l’administration militaire - qui avait avalisé son usurpation pour le rapatrier - affecte ce fantassin à la 22e section d’infirmiers militaires (S.I.M.) de Paris pour servir à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce, théâtre du livre.

Mise à jour : 28 novembre 2017

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UN CHIRURGIEN MILITAIRE FRANCAIS PRISONNIER A MUNICH, EN 1916, TEMOIGNE...

29 Juin 2017 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux, #les hommes

Le docteur Louis Langlet de Reims, prisonnier au Réserve Lazarett B (Kriegschule) à Munich (mai-octobre 1916).

Témoignage inédit du docteur Jean-Louis Langlet rencontré sur ce blog dans un billet sur les combats de Xivry-Circourt en août 1914 avec l'ambulance n° 5 du 6e corps d'armée. Il atteignit Ingolstadt le 31 août 1914. Dans cette ville Il fut dans un premier temps enfermé au "fort IX" qui était un camp d'officiers qu'il quitta peu de temps après pour prendre son service au "Fort Prinz-Karl" qui était réservé à la troupe. En mars 1915 il fut attaché au camp de Lechfeld où il combattit une épidémie de typhus avant d'être de nouveau transféré au camp de prisonniers russes d'Ismaning, près de la capitale bavaroise. Gravement malade, il fut évacué sur le "Reserve Lazarett B" de Munich qu'il eut tout le loisir d'étudier...

"[p. 23] Un hôpital allemand - En arrivant au "Reserve Lazarett B" à Munich, je retrouvai deux de mes confrères que j'avais connus au camp de Lechfeld, les Drs Blin et Juif, désignés pour être internés en Suisse pour cause de maladie. Ils partirent en effet six jours après mon arrivée (1er mai) et j'appris un peu plus tard qu'à Constance ils avaient faits demi-tour et qu'on les avait renvoyés au camp de Lechfeld.

Le Reserve Lazarett B est installé dans les locaux de la "Kriegschule" qui se trouve être à Munich l'équivalent de notre école de Saint-Cyr. Le grand bâtiment, admirablement installé, est occupé par les Allemands qui couchent par chambres de deux ou de quatre. Les blessés ou malades français occupent une ancienne salle de gymnastique, longue de 80 m environ, qui prend joue par de grandes baies, mais est plus aérée ; ces baies n'ouvrant qu'en partie. Elle est bien chauffée l'hiver par des radiateurs à vapeur et éclairée le soir par quatre grosses lampes à arc. Là sont déposés surtout les malades venant des camps de la région, et les blessés légers. Une seconde salle (ex-salle d'escrime) un peu moins grande que la première, est réservée aux Russes ; et une troisième, installée dans une baraque en bois et ne contenant que 30 lits est utilisée pour les seuls grands blessés ou les opérés. Comme il n'y a pas de chambre pour les officiers, ceux-ci sont logés dans cette 3ème salle. Il y a en tout environ 200 lits, presque tous occupés en tout temps.

Les lits utilisés sont du type militaire ancien, avec deux paillasses assez bonnes ; les malades graves ont un matelas. Chacun a deux couvertures installées à l'allemande dans un sac, un drap, et un traversin plat. Une petite table à côté de chaque lit. Comme linge, on donne au malade une chemise, un pantalon et un paletot de toile, et une serviette.

 

[p. 24] Le personnel se compose :

1) d'un chirurgien en chef, Dr Krecke, homme jouissant à Munich d'une grosse réputation (hofrat*), opérateur adroit mais lent. Il est très allemand, mais tient à ce que son service fonctionne. Il vient plusieurs fois par jour se rendre compte si tout marche bien.

2) d'un oberarzt (aide-major) Dr Pitzner, homme très dévoué aux Français, ayant presque toujours vécu en Italie et ne cachant pas ses préférences pour la culture latine. Il est spécialement chargé de la direction des salles françaises et des soins à donner aux grands blessés, ce dont il s'acquitte avec conscience. Il opère soigneusement et comme tout allemand avec lenteur.

3) d'un médecin auxiliaire, Von Miller, correct pour les Français, parlant bien notre langue et ayant déjà rendu, par les grosses relations qu'il a à Munich, quelques services aux prisonniers. Très allemand, malgré tout.

4) d'un second médecin auxiliaire, Baretz : un imbécile ne sachant rien. Il ne s'occupe que des Russes.

5) Quelques infirmiers allemands se trouvent là, pour la forme seulement. En effet, la guerre ayant nécessité le départ au front de nombreux sanitaires, le Prof. Heine qui dirigeait le service avant mon arrivée, remplaça les Allemands par des Français. Changement très heureux, dont ne peuvent que se féliciter les malades et les blessés, qui sont tout joyeux en arrivant du front, de trouver là des Français qui les accueillent gaiement, les réconfortent, et les soignent de tout leur cœur.

 

Je considère comme un devoir de signaler aux Autorités le dévouement tout spécial de quelques-uns de ces infirmiers improvisés, et de les proposer si possible pour des récompenses qu'ils ont largement méritées.

I - Voiry (Maurice) étudiant en pharmacie, sergent d'un régiment ou Toul ou de Nancy, atteint de trois blessures dont une très [p. 25] grave, resté à l'hôpital pour y soigner ses compatriotes. C'est lui qui fait tous les pansements, avec un jugement médical curieux chez un profane, et qui s'occupe de la stérilisation des instruments. Il donne de sa personne jour et nuit près des opérés et des grands blessés, au point que j'ai dû à plusieurs reprises lui ordonner de se reposer. Il a su s'imposer aux médecins allemands et grâce à son autorité servir heureusement de tampon entre les malades et le personnel allemand.

II - Gérouff, tapissier, originaire de Nancy et appartenant à un régiment de cette ville, chargé plus spécialement des soins à doner aux malades de la grande salle, et s'en acquittant parfaitement.

III - Castellas (Hippolyte-Marino) d'un régiment de Toulon (112e de ligne) je crois, qui dans plusieurs occasions s'est révélé comme un infirmier parfait. Au début de sa captivité en Allemagne, s'est lui-même désigné comme infirmier volontaire au cours d'une épidémie de typhoïde et est tombé malade. A voulu revenir en France comme infirmier, mais n'ayant pas de papiers, ne put obtenir cette faveur**.

Je ne cite que les plus méritants.

 

Un aumônier allemand est attaché à l'établissement, Dr Glas. Je ne sais de quelle région de l'Allemagne il vient, ni qui il est, mais il parle français absolument sans accent et connaît admirablement beaucoup de petites communes situées non loin du front. Il parle avec volubilité, entraine dans la conversation les soldats, et très habilement les questionne. Il fait les courses en ville. J'ai mis tous les nôtres en garde cotre cet homme si poli et toujours si serviable.

Un autre personnage, bien plus louche, c'est le censeur de la correspondance, nommé Aufsesser, commerçant à Munich. Il a son bureau à l'hôpital et censure avec une régularité qui ne dépend que de son bon plaisir toutes les lettres adressées aux prisonniers en traitement. Il essaie surtout de faire recommander par ceux chez lesquels il soupçonne de hautes [p. 26] relations, des prisonniers allemands en France, plus ou moins méritants. Je me souviens qu'il a fait un jour recommander le fameux Geissler, de l'hôtel Astoria. Heureusement les parents du prisonnier qui dût écrire cette lettre éventèrent la supercherie. Si on n'accède pas à ses désirs, la correspondance comme par enchantement n'arrive plus. Je ne fais que signaler le fait, afin que l'autorité ne tienne jamais aucun compte de recommandations venus par la correspondance des prisonniers. Toutefois les prisonniers français en traitement à l'hôpital de Munich le supportent avec patience, car c'est encore un des meilleurs. Il ne limite pas le nombre des lettres à écrire, ce qui est incontestablement appréciable. La limitation de la correspondance est une des choses dont le prisonnier souffre le plus.

Une autre chose désole les prisonniers : c'est la retenue que fait l'Allemagne sur la valeur qu'un mandat français prend en Suisse. Exemple : un mandat de 10 francs, passant par la Suisse, arrive en Allemagne avec une valeur de 10 mark 75 (approximativement). L'autorité allemande ne paiera là-dessus au prisonnier que 8 mark 10, comme en temps de paix. Elle empoche la différence.

L'hôpital est dirigé par un vieux généralarzt sans autorité, mais qui n'est pas un méchant homme.

Les prisonniers reçoivent de temps en temps la visite de nobles étrangers. L'es reine de Naples leur apporte fréquemment des livres, des images. Un envoyé de la Croix-Rouge de Berne, M. Schneeli, qui a pu obtenir de l'autorité allemande des promenades en ville pour les blessés et malades convalescents "à la condition, nous fut-il dit, que le gouvernement français agisse de même." M. Schneeli, quoique de tendances nettement germanophiles s'occupe beaucoup des malades, et particulièrement des blessés graves et des tuberculeux. Grâce à lui, beaucoup de ces derniers ont pu passer en Suisse. La commission suisse qui parcourt les camps et les hôpitaux [p. 27] accepte très difficilement les malades qui lui sont présentés. J'ai vu des malades très atteints, présentés par les médecins allemands, être refusés par la commission suisse, avec une explication de ce genre : "Vous vous plaignez d'être malade ? Estimez-vous donc heureux de n'être pas mort". Il faudrait que la Suisse n'envoyât pas dans les camps allemands que des médecins germanisants. J'en reviens aux promenades : ces promenades ont lieu par groupes de 10 à 12 soldats, ou 2 ou 3 officiers, qui visitent les jardins, les musées, avec grand intérêt, e qui surtout trouvent ces changements d'air agréables et profitables. Ne pouvant marcher, je ne suis sorti qu'une fois dans les rues de Munich pendant mon séjour à l'hôpital. La ville est encore animée, mais je n'y ai plus vu autant de soldats que quand j'y étais venu, quelques mois auparavant, pour y consulter un dentiste. C'est tout ce qu'on y peut remarquer. La population n'est pas hostile ; elle est plutôt curieuse. Mais elle ne reconnait pas toujours le soldat français qui pour elle doit avoir un pantalon rouge. Elle le prend le plus avec son uniforme bleu, pour un autrichien.

L'alimentation est simple. Matin : café au lait ou soi-disant tel. Midi : soupe, viande, légume. La viande est souvent remplacée par du poisson ou par du pain frit (3 fois par semaine au moins). Le légume consiste en pommes de terre à l'acide acétique mêlées à de la salade. Le soir : fromage ou saucisse. Comme ces diverses choses, données en quantité faible, sont le plus souvent indigestes. Ces français se nourrissent avec les colis que leur envoient leurs familles, et avec les biscuits de la Fédération nationale, qui leur sont distribués par un comité dont je me suis beaucoup occupé là-bas.

Tel est dans son ensemble le Reserve-lazarett B de Munich. Les différents services ont l'air d'y marcher avec régularité, quoiqu'en général les médecins allemands de l'intérieur soient paresseux ou noceurs, et [p. 28] trouvent peu de temps pour faire leur service. Comme il m'était formellement interdit de m'occuper des malades, je ne les voyais que le soir, quand tout le personnel était parti. Cependant mon titre de chirurgien des hôpitaux me valut d'être invité à assister à quelques opérations, et même (exceptionnellement) à donner mon avis.

Le service de radiographie est bien installé, sans luxe, mais pratique.

Les salles d'opérations sont bien aménagés (une septique - et une aseptique).

De la Technique opératoire, peu de choses à dire. Les chirurgiens allemands emploient tous la même instrumentation, beaucoup moins pratique que la nôtre. Ils n'emploient jamais l'aiguille de Reverdin, et perdent aussi beaucoup de temps. Leur pince kleme [klemme] grossière et dure, ne vaut pas la pince de Kocher dont nous nous servons. Les ciseaux, pointus, ne sont pas pratiques. Pour la chirurgie des os, ils ignorent le davier de Farabeuf. Pour les fractures ils emploient des appareils d'un autre âge. Bref, ils ont voulu ignorer la chirurgie française. Tant pis pour eux.

Ils opèrent lentement, avec un soin minutieux. Jamais ils ne touchent avec les doigts (il est vrai qu'ils ne peuvent plus avoir de gants de caoutchouc). Ils disséquèrent tout entre deux pinces, lentement, lentement, comme pour une préparation anatomique. Pour une hernie, ils passent une heure et demie ; pour une appendicite sans adhérences, une heure. Ils sont un peu plus rapide pour les amputations, et semblent bien connaître leur médecine opératoire. Je parle là, bien entendu, des chirurgiens de carrière, dont les noms sont connus à Munich.

Pour l'anesthésie, Krecke emploie l'éther, qu'il fait donner avec le petit masque à chloroforme. On arrive ainsi à dépenser facilement de 5 à 600 gr. d'éther pour une opération ! Les vapeurs se répandent dans la ville et incommodent les aides et l'opérateur.

[p. 29] Voilà, très largement esquissé, l'hôpital et son fonctionnement. J'ai pris là-bas des notes, qu'il eût été intéressant de rapporter. Je n'ai pu leur faire passer la frontière. Mais je reçois au dernier moment des parents d'un prisonnier resté là-bas, la nouvelle que l'hôpital va être transporté dans une petite localité à quelques kilomètres de Munich, probablement avec tout son personnel.

Le 1er octobre 1916 je quittai le Réserve Lazarett B pour être - enfin - rapatrié. (…)".

 

Il mit une quinzaine de jours pour rentrer en France, dont une semaine passée au camp de Puccheim, le "hunger lager"*** de sinistre mémoire. Il a laissé de sa traversée de la Confédération un texte émouvant sur l'accueil des populations helvétiques : « Du voyage je ne dirai qu’une chose : la Suisse (même la Suisse allemande) nous fit un accueil grandiose. A Lausanne, à 3 heures du matin, une foule compacte s’était massée sur les quais pour nous  acclamer. A Genève, à  4 heures, les enfants des écoles entonnaient la Marseillaise. L’émotion qui nous étreignait connut son maximum à Bellegarde puis à Lyon, où enfin nous foulions le sol de France, oubliant tous nos maux passés, ne songeant plus qu’à l’Avenir. »

 

Notes :

* conseiller.

** Plusieurs milliers d'autres prisonniers de guerre, devenus pas Devoir "infirmiers de circonstance", n'auront pas le même sens du dévouement, ni le même sens de l'honneur que Castellas, en falsifiant leurs papiers militaires et en s'attribuant - avec la complicité du gouvernement français - la protection des conventions internationales sur les personnels sanitaires. Le subterfuge, connu des Allemands, de ces militaires appelés "infirmiers usurpés" compliquera l'échange via la Suisse des véritables sanitaires. On pourra lire bientôt sur ce thème : Scandales Médicaux d'Henry de Golen (éd. Giovanangeli, 2017).

*** camp de la faim.

Sources :

Arch. Musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce, Paris, cart. 637, dos. 13. Rapport ms. Langlet, 31 p., transmis le 16 nov. 1916 par le directeur du service de santé de la 6e région militaire au sous-secrétariat d'Etat au service de santé militaire.

 

Sur les combats de Xivry-Circourt d'août 1914 et l'organisation du service de santé de l'armée allemande en 1914-1918, sur ce blog :

 

UN CHIRURGIEN MILITAIRE FRANCAIS PRISONNIER A MUNICH, EN 1916, TEMOIGNE...
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SCANDALES MEDICAUX, PAR HENRY DE GOLEN

18 Mai 2017 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux, #les hommes, #varia

En 1933, les éditions Maurice d'Hartoy publient un livre d'Henry de Golen : "Scandales médicaux, pendant la guerre". Le cadre de son action se déroule en 1917-1918, à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris. Dans cette immense structure sanitaire réputée, aux trente annexes, qui traita dans les meilleures conditions d'exercice plusieurs dizaines de milliers de combattants, Henry de Golen, affecté à un poste subalterne, soulève un coin du voile de cette immense machinerie hospitalière et nous fait partager "sa guerre" à l'ombre du dôme du Val-de-Grâce. Ce livre polémique de l'après-guerre, tantôt catalogué comme "pamphlet" ou comme oeuvre romanesque, ne peut plus être considéré aujourd'hui - après enquête - comme une fiction totale...

Les éditions Giovanangéli lancent jusqu'au 17 juillet 2017 une souscription pour acquérir ce livre à prix de lancement. CET OUVRAGE EST PARU

 

UNE EDITION 1933 DEVENUE INTROUVABLE

 

UN AUTEUR MYSTERIEUX

 

La guerre de 1914-1918 à Paris, bien éloignée du front...

 

SCANDALES MEDICAUX pendant la Guerre

Par Henry de Golen

« Mémoires d’un infirmier usurpé, Val-de-grâce, 1917-1918 ».

Robert Dalsenne, prisonnier de guerre, libéré comme « infirmier usurpé » d’un camp de représailles allemand en Russie Blanche, se retrouve « embusqué » à la 22e section d’infirmiers militaires du fort de Vanves, avec comme objectif de ne pas repartir au front. Il déniche, après maintes interventions, la fine planque au « service des décès » de l’hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris, où cet observateur de l’âme humaine trouve matière à se documenter. Au Val-de-Grâce, à son niveau subalterne plus ou moins informé, rien ne lui échappe : entre les luttes de pouvoirs de chefs de services, la fabrication de fausses mentions d’état civil, les erreurs de diagnostic, les « essais thérapeutiques », le camouflage au long cours d’embusqués, l’assistance aux familles dans la détresse, la « panique » des évacuations sanitaires de 1918 et l’impéritie du commandement, etc. Le quotidien du dépôt mortuaire de l’hôpital militaire du Val-de-Grâce, en 1917-1918, vécue par Robert Dalsenne, est bien éloignée de ce que l’on peut lire par ailleurs sur cette période, où chacun, à sa place, fit son devoir…

L’auteur, Henry de Golen est le nom de plume d’Henri Commenge (1882-1944) un homme de lettres parisien qui s’essaya, entre-deux-guerres, au théâtre, au cinéma, au journalisme… Mais ce fut dans le «roman populaire» que ce véritable «touche-à-tout» se révéla, comme un « petit maître » de l’intrigue sentimentale et policière, auteur de dizaines de romans « à cinq sous». Inconnu, encore aujourd’hui, Henry de Golen s’afficha volontiers, tout au long de son existence, comme un homme de l’ombre, un activiste politique au profil insaisissable. Membre de l’Association des écrivains combattants, il était viscéralement attaché à un « héritage » combattant, dont il défendit les intérêts comme journaliste.

Edition (préface, postface et notes) présentée par François Olier, major (er) du service de santé de l’armée de terre, membre sociétaire de l’Association des écrivains combattants qui se passionne depuis près de quarante ans par l’Histoire du service de santé militaire. Il est l’auteur, avec Jean-Luc Quénec’hdu, des Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, en cinq volumes (Ysec éditions, 2008-2016).

SOUSCRIPTION jusqu’au 17 juillet 2017au prix de 17,00€, frais de port inclus, au-delà du 17/07/2017 : 20,00€. CET OUVRAGE EST PARU

règlement à adresser : Editions Bernard Giovanangéli, 22 rue Carducci, 75019 PARIS.

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LES AMBULANCES DE LA 40e D.I. A XIVRY-CIRCOURT (22 AOUT 1914) – 2e Partie

16 Mai 2017 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes

 

Partie 1

 

La première partie des « ambulances de la 40e D.I. à Xivry-Circourt » pose dans son introduction la situation de la 40e DI dans la bataille et traite des formations sanitaires constitutives de cette grande unité du 6e corps d’armée. Elle s’appuie ensuite sur le rapport du docteur Langlet pour suivre les vicissitudes de l’ambulance n° 5/6.

 

Cette deuxième partie présente le rapport de retour de captivité du médecin major (active) Paul Corbel (1882-1961), médecin chef de l’ambulance n°5/6. Il complète celui du docteur Langlet (1ère partie) jusqu’à leur arrivée au camp de prisonniers d’Ingolstadt. A son retour de captivité le docteur Corbel fut envoyé à Salonique, à l’armée d’Orient (1915-1918), pour y prendre le commandement de « l’ambulance nouvelle du corps de Serbie » qui fut engagée dans les opérations offensives d’octobre-novembre 1915 sur le Vardar. Nommé médecin major de 1ère classe (commandant, active) il fut attaché comme « médecin adjoint » - chef de cabinet – au médecin inspecteur Ruotte, chef supérieur du service de santé de l’armée d’Orient, à Salonique. Paul Corbel termina sa carrière au lendemain de la Seconde guerre mondiale comme médecin général.

 

L’ambulance 5/6, de la mobilisation au 22 août

"Parti le 2 août 1914 à 6 heures 20 du 5e régiment d'artillerie à pied (Verdun) porteur d'un ordre de mobilisation individuel me nommant médecin chef de l'ambulance n° 5 du VIe corps. j'ai rejoint par voie ferrée avec mon cheval et mon ordonnance le camp de Chalons à 13 heures.

Du 2 au 4 août j'ai reçu le personnel et le matériel de mon ambulance :

Personnel :

Corbel - Médecin major 2e classe d'active

Chazal - aide-médecin major Ière classe de la territoriale

Martz - Médecin aide major 2e classe de réserve

Chopinet - Médecin aide major 2e classe de réserve

Langlet - Médecin aide major 2e classe de réserve

Dogny - Médecin aide major 2e classe de réserve

Vagnante - Pharmacien Aide major 2e classe de réserve

Wiclet - Officier d'Administration 2e classe de réserve, gestionnaire

Cassille - Officier de 3e classe de réserve d'approvisionnement

[p. 2] 2 sous-officiers ; 46 Infirmiers (deux qui devaient rejoindre n'ont jamais rejoint).

Matériel : réglementaire à l'exception d'un fourgon S[ervice]. S[anté]. remplacé par une lourde voiture de réquisition.

Départ de Mourmelon, le 4 août 1914 à 3 heures et demi par voie ferrée - Arrivée à Saint-Mihiel à 11 heures, l'ambulance rejoint, par la route Beaumont par Apremond.

A Beaumont, elle est cantonnée avec l'ambulance n° 2 (Médecin major de 1ère classe Dettling et le groupe de brancardiers divisionnaire n° 40 (Médecin major de 1ère classe Ferrand qui, plus ancien, devient chef du groupe sanitaire de la division).

Du 4 août au 22 août, concentration et marches d'approche, l'ambulance n'a [pas] eu l'ordre de s'installer. Dans les cantonnements, les exercices réglementaires d'instruction du personnel ont été répétés de nombreuses fois (montage de tente Tortoise, arrimage des voitures, exploration des paniers , distribution du service, etc.).

Le 21 août au soir, le commandement prévient que les avants postes de la division ont eu un engagement et que la bataille peut être imminente, néanmoins on ne bivouaque pas (cantonnement d'alerte et Amermont de 22 heures à 3 heures du matin).

 

[L’ambulance 5/6 en position d’attente, « sur roues », à Xivry-Circourt]

Le 22 août, après une matinée d'attente en réserve et alors que le bruit continue et proche du canon nous annonce un engagement important, nous atteignons Xivry-Circourt [Meurthe-et-Moselle] vers 11 heures avec l'ordre de rester sur roues ; le groupe sanitaire est au complet - A deux heures la canonnade est bien plus proche ; quelques chasseurs à pied couverts de poussière et de sang arrivèrent au village [p. 3] : le combat est très meurtrier pour nous et les allemands avancent

- Vers 15 heures le médecin-major de 1ère classe Ferrand chef de groupe, fait dire au médecin major Dettling (qui me transmet) qu'il reçoit l'ordre du médecin divisionnaire de partir à la recherche des blessés sur le terrain avec son groupe de brancardiers ; que l'ambulance n° 2 doit s'installer à Xivry ; que l'ambulance n° 6 doit attendre d'autres ordres ; qu'il faut envoyer l'agent de liaison prévu pour le médecin divisionnaire de la côte 360, en avant du village de Joppécourt. J'envoie le brigadier du Train.

Il revient vers 4 heures 1/2 sur une monture fatiguée me prévenir qu'il n'a pu rejoindre malgré ses efforts, le médecin divisionnaire ; un officier d'état-major, lui a enjoint de faire demi-tour avant la cote 360 d'où, disait-il, le médecin divisionnaire était certainement déjà parti, sans qu'il puisse indiquer la situation actuelle de notre chef.

La bataille avance sur nous ; des obus tombent à notre hauteur. L'ambulance 2 reçoit ses blessés dont le nombre croît très vite, si bien que le médecin major Dettling me donne l'ordre d'aller reconnaître un emplacement favorable à mon installation qui lui paraît devoir être [à bref] nécessaire. A mon retour Je lui fais part de mes inquiétudes au sujet de l'évolution du combat, du sort des formations et des blessés, d'après les renseignements de soldats en retraite et de paysans, il est également très perplexe, n'ose me donner l'ordre de m'installer ; mais ne me laisse pas partir. Il semble même d'après ce que me répétèrent des infirmiers dignes de foi, que J'aie à ce moment insisté et discuté avec assez de ténacité [p. 4] pour que notre conversation ait été entendue, sans que je le sache par des tiers. Quoiqu'il en soit, vers 6 heures, Monsieur le médecin-major Dettling fait plier bagages à sa formation, aidé par notre personnel, qui charge quelques blessés sur nos propres voitures - Des blessés qui arrivent alors nous préviennent que nos hommes [nous sommes] entourés. Vers 6 heures 1/2 soir, arrive l'ordre du médecin divisionnaire de nous replier. Comme toujours jusqu'alors j'ai reçu communication de cet ordre (sans le voir toutefois) par le médecin major Dettling. On m'a dit depuis (Abbé Bouche, infirmier ambulance 5) qu'il était daté de 4 heures et que le porteur, un cycliste, était resté tapi dans un bois au moins 2 heures. Ce cycliste nous dit alors que nous étions cernés et fut d'ailleurs fait prisonnier. Mais un officier de chasseurs à cheval arrivant, avec une patrouille dans le village, nous affirma que la route de Réchincourt était libre. Le médecin-major Dettling et l'ambulance n° 2 démarrèrent les [premiers] et mon ambulance suivit. J'étais resté à l'arrière pour m'assurer que le colonel du 161e, blessé, avait bien été placé dans une voiture et non laissé dans une maison. Je m'apprêtais à rejoindre ma monture, tenue en mains, à la tête de la formation, lorsqu'une fusillade très voisine éclata en arrière de nous et sur la droite - désordre immédiat dans les attelages dont quelques-uns doivent être atteints. Je cours en avant pour rejoindre mon cheval et essayer de remettre de l'ordre, mais plusieurs fourgons de l'ambulance n° 2 emballés reviennent sur nous ; un attelage s'abat en travers de la rue à l'extrémité du village. J'essaie de monter sur un fourgon mais l'attelage nous projette contre un mur et à ce moment il semble bien que l'on tire de tous côtés, l'obscurité ajoute à l'affolement des quelques conducteurs [p. 5] qui d'ailleurs ne tiennent aucun compte des ordres que je crie à leur passage ; il est à remarquer que la rue s'est vidée presque instantanément et en très peu de minutes. Je me trouve seul sur la chaussée avec l'aide-major de 2e classe Langlet de mon ambulance ; à droite, à gauche et en avant des fourgons renversés et l'on tire encore, mais probablement plus sur nous, puisque nous pûmes faire à découvert quelques mètres sans être atteints vers les maisons où se trouvait l'ambulance n° 2.

 

[Prisonniers à Xivry-Circourt]

En atteignant un fourgon renversé près de l'entrée du village (côté Landres) nous vîmes surgir du côté opposé des casques à pointe qui après quelques menaces de baïonnette comprirent mes quelques explications en allemand : les mains hautes on nous fouilla et alors au milieu des cris des blessés, ce qui nous fit penser que quelques-uns furent tués et à la lueur de l'incendie d'une grange, nous vîmes surgir de partout des soldats allemands poussant vers nous des infirmiers, des blessés, des civils sortant de toutes les maisons. Poussé moi-même dans une grange, j'obtins très rapidement d'un officier allemand dont j'avais demandé la venue, la cessation de la fusillade qui semblait continuer ça et là sur les maisons.

Il me demanda d'affirmer qu'il n'y avait dans le village que des sanitaires et des blessés, prétendit sans trop Insister qu'on avait cependant tiré d'une maison et m'autorisa à rejoindre les deux maisons ou se trouvaient des blessés. On m'y amena des camarades découverts dans les maisons du village. La nuit se passa en pansements, Je pus obtenir de circuler à la recherche de mon matériel : [p. 6] Les voitures étaient en partie pillées, mais un haut officier (colonel ou général) auquel j’expliquai dans la rue ce qu'étaient les voitures, mis des factionnaires avec une consigne qui m'apparut de nature à sauvegarder mon matériel. J'obtins également du café pour les blessés au petit jour, néanmoins, parqués dans deux maisons, nos blessés dont le nombre dépassait deux cents, furent très malheureux jusqu'à l'arrivée de l'ambulance allemande dont la venue me fut annoncée par le generalarzt du XVIe corps allemand qui nous visita avec beaucoup de correction le 23 à 8 heures et me fit restituer des infirmiers, enfermés la nuit dans une grange. Malheureusement il arriva trop tard pour empêcher le départ, survenu à 7 heures des deux officiers d'administration de l'ambulance n° 2 et d'un certain nombre d'infirmiers avec des soldats et des officiers légèrement blessés. Il me promit de faire son possible pour me renvoyer le personnel nécessaire.

La matinée se passe à rechercher des blessés : le médecin aide-major Chopinet, parti explorer le secteur, village de Preutin, me ramène deux de nos infirmiers grièvement blessés et rapporte que des fourgons éventrés gisent sur la route à un kilomètre du village. J'obtiens également d'un officier qu'on ramène devant l'ambulance les voitures éparses dans l'après-midi arrive le feldlazarett n° 5 du XVIe corps allemand et aussitôt l'aspect de notre ambulance change, l'officier allemand qui, pour des motifs de surveillance avait, malgré mes protestations parqué mes blessés dans deux petites maisons, est délogé de son propre domicile et l'ambulance allemande s'installe convenablement. On lui trouve la paille qu'on m'avait impitoyablement refusée, nous concourrons de notre mieux à l'installation et nous recevons en partage [p. 7] quelques maisons où nous travaillons entre nous et avec notre matériel, à assurer à nos blessés les soins les plus urgents.

Le lendemain matin 24 août je présente au Chefarzt allemand (oberstabarzt : médecin major de 1ère classe) le personnel qu'il m'avait prié de rassembler :

Officiers :

Corbel - Médecin major 2e classe active, ambulance n° 5.

Kahn - Médecin aide major 1ère classe de réserve, ambulance n° 2

Legler - Médecin aide major 2e classe, active, groupe de brancardiers 40e division d'infanterie

Massoneau - Médecin aide-major 2e classe, active, 154e régt d'infanterie

Chopinet - Médecin aide major 2e classe, réserve, ambulance n° 5

Langlet - Médecin aide major 2e classe, réserve, ambulance n° 5

Martz - Médecin aide major 2e classe réserve, ambulance n° 5

Turchetty - Médecin auxiliaire réserve, 6e régt Génie, Cie attachée à la 40e Don

Wurtz - Médecin auxiliaire active, 161e régt d'infanterie

2 sous-officiers de l'ambulance n° 5 et 34 infirmiers des formations sanitaires ou des régiments de la 40e Don.

Le 24, 25, 26 août, nous continuons à panser les blessés prisonniers qui arrivent sans interruption (combat du 23, 24, 25 sur l'Othain) entre temps. J'ai fait surveiller par le médecin aide-major Chopin [et] la reconstitution du matériel : il résulte de son travail très méthodiquement exécuté, que nous pouvons mettre sur roues une ambulance, sauf les vivres et quelques paniers de pansements déjà utilisés ; j'attachais à cette reconstitution un très grand prix car le Generalarzt directeur allemand du S.L. du XVIe corps que je voyais [p. 8] presque tous les jours , me faisait espérer mon retour avec mon matériel à travers les lignes de feu. On m'avait même rendu quelques chevaux.

Le 27 et 28 août , évacuations des blessés en automobile, ce jour-là le Generalazrt m’annonce que les Français ont retenu des formations sanitaires automobiles et que sans doute nous devrons laisser notre matériel et le 29 au matin il me signifie que, nos évacuations devant être terminées à midi, nous serons transportés dans l'après-midi en Allemagne vers un point non déterminé et que, de là, nous serons dirigés en France, vraisemblablement par la Suisse. Il écoute complaisamment mes protestations au sujet du matériel, consent même à certifier que j'avais encore mon ambulance et donne l'ordre au médecin chef du Feldlazarett de m'en donner décharge écrite pour que j’aie une garantie (ci-joint le texte) mais me déclare qu'il obéit à des "ordres supérieurs" et qu'il ne peut me donner aucune précision sur la durée du séjour en Allemagne, qu'il croit cependant devoir être courte .

 

[Départ de Xivry-Circourt]

[29 août] Evacués à 15 heures en automobile sur Fontoy, nous gagnons par voie ferrée successivement Thionville, Hombourg, Worms , Spire , Germersheim qu'on m'avait indiqué comme point de bifurcation, vers la Suisse, pour le personnel sanitaire. On nous expédie sur Bruchsal et c'est là, malgré toutes mes explications et protestations, que j'apprends qu'en vertu "d'ordres supérieurs " nous sommes considérés comme prisonniers de guerre et transportés à Ingolstadt, ainsi que le convoi de blessés que nous escortons depuis Thionville.

Arrivés à Ingolstadt le 31 Août à 18 heures (…) ».

 

A SUIVRELES AMBULANCES DE LA 40e D.I. A XIVRY-CIRCOURT (22 AOUT 1914) – 3e partie.

Nous retrouverons dans le prochain billet le docteur Langlet, en captivité au « Reservelazarett B » (Kriegsschulle) de Munich (Bavière).

 

Notes :

Sources :

Archives nationales, Base Léonore, dossier Langlet, 19800035/1190/37675 [en ligne].

Arch. musée du service de santé des armées, cart. 637, dos. 13 (Langlet).

SHD Terre, Vincennes, 26N 123/12, JMO, DSS 6e CA, 23 août 1914.

Alfred Mignon, Le service de santé pendant la guerre 1914-1918, Masson, Paris, 1926, t. 1, p. 81-85.

Sur le déroulement de la bataille autour de Xivry-Circourt.

 

 

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