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NOUVEAU BLOG "DAMES ECOSSAISES DE CHANTELOUP" 1915-2015

27 Mars 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia

NOUVEAU BLOG "DAMES ECOSSAISES DE CHANTELOUP" 1915-2015

L’Institut Chanteloup de Sainte-Savine (Aube) annonce la naissance du blog du centenaire de l'hôpital des Dames écossaises de Chanteloup.


http://chanteloup-centenaire1915-2015.over-blog.com/

Après le bouquin présenté sur ce blog de l’hôpital bénévole n° 301 de Sainte-Savine, autrement dit sur le « Scottish Women’s Hospital » de 1915, voici le blog :

"Blog dont presque tous les articles seront rédigés par les enfants de l'Institut ;
Blog qui va raconter l'histoire du « 301 »
;

Blog qui va présenter la Semaine du centenaire de juin 2015 ;
Blog où petits et grands pourront publier l'histoire de leurs aïeuls, dans la rubrique appelée La Grande Collecte de Chanteloup
".

Bonne route à ce nouveau blog.

Cet hôpital de 250 lits entièrement organisé par des suffragettes écossaises a trouvé son historien en la personne de M. Francis Tailleur qui nous propose dans son ouvrage une rétrospective illustrée et complète de l’action de ces femmes exceptionnelles dans le conflit mondial en général et dans l’Aube en particulier.
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MALADES SIMULATEURS ET HOPITAUX DISCIPLINAIRES… TOULOUSE, 1915.

23 Mars 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia

En réponse aux difficultés à apporter au traitement dans les centres neurologiques des soldats « hystériques rebelles » et autres « embusqués du cerveau », le professeur Raymond Cestan (1872-1933) de Toulouse, proposait, après avoir combattu l’expédient, de renvoyer les malades dans leurs foyers, de les démobiliser afin d’éviter « des effets de contagion » susceptibles d’affecter un plus grand nombre de soldats fragilisés. On retrouvera les détails de ce vaste débat sur les simulateurs dans les Soldats de la Honte, de Jean-Yves Le Naour (Perrin, 2011). Je propose aux lecteurs les conclusions d’un rapport d’inspection établi par un médecin d’active en charge de la « chasse » aux hospitalisations indues dans le ressort de la direction du service de santé de Toulouse qui ne ménage pas son propos. Ce document extrait des archives du musée du service de santé des armées est apostillé : « inadmissible » par le médecin inspecteur, chef du bureau des hospitalisations de l’administration centrale…

Le médecin major de 1ère classe D., inspecteur technique adjoint du service de santé de la 17e région militaire, au secrétariat d’Etat au service de santé militaire.

« Toulouse, le 20 décembre 1915

J'ai l'honneur de vous rendre compte qu’il y a en traitement à Toulouse à l'hôpital militaire dans le service de neurologie de M. le Professeur Cestan un groupe de malades fortement soupçonnés de simulation, ni les raisonnements ni les menaces n'ont pu les faire changer d’attitude.

Certains médecins ont proposé de grouper ces malades dans des hôpitaux spéciaux où ils espèrent les réduire par la privation de liberté, de viande, de vin de tabac.

Les hôpitaux disciplinaires seront des lieux de délices pour ces gens là qui y attendront patiemment la fin de la guerre.

Pour briser leur mauvaise volonté et pour éviter la contagion de leur mauvais exemple une solution s'impo­se : les envoyer dans les tranchées de première ligne et leur en confier la propreté, travail compatible avec leur état de santé."

Autre conclusion d’un rapport du même, en date du 1er octobre 1916.

« Au cours de mes tournées d’inspection, il m’arrive quelquefois de retrouver dans un Hôpital, soit en traitement, soit même proposés pour la Réforme, des malades ou blessés dont l'état de santé ne comporte ni séjour à l'hôpital, ni proposition d'aucune sorte, pour les distraire du Service Armé. Des hommes ont été longuement examinés et observés, même par des spécialistes qui ont conclu à leur aptitude à faire tout leur service.

Energiquement résolus à ne rien faire, ces réfractaires finissent par trouver un médecin timoré qui leur fait recommen­cer un nouveau cycle d'observation.

Le Commandement semble désarmé devant ces individus [.C]e ne sont pas des punitions de prison qui briseraient ces mau­vaises volontés. Seul l'envoi au front pourrait être efficace.

En l'absence de grosse lésion anatomique: paralysie, atrophie musculaire, raideur articulaire, cal vicieux, large cicatrice adhérente, etc. Tout individu claudicant, refusant de se servir d'une main, d'un avant-bras, d'une épaule, les plicaturés, les muets eux-mêmes qui n'attendent que la fin de la guerre pour recouvrer l'usage de la parole, et l'intégrité de tous leurs membres, devraient être employés à des services du front, en première ligne. On y verrait des cures merveilleu­ses qu'on ne verra jamais dans les meilleurs centres de physio­thérapie, de neurologie, ou même dans les établissements thermaux »

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Exposition : 1915-1919, Un hôpital militaire canadien à Saint-Cloud

18 Mars 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia, #les hopitaux

Exposition : 1915-1919, Un hôpital militaire canadien à Saint-Cloud

Exposition du 16 avril au 12 juillet 2015 au Musée des Avelines à Saint-Cloud

Texte du communiqué de presse :
"Commémorations du centenaire de la Grande Guerre, le musée des Avelines présente une exposition inédite consacrée à l’hôpital militaire canadien installé sur le champ de courses de Saint-Cloud de 1915 à 1919.

A partir d’une très riche collection de cartes postales, objets et films d’époque et du War Diary or Intelligence Summary, journal de guerre tenu par les commandants successifs de l’hôpital, l'exposition retrace l’histoire du Camp canadien de Saint-Cloud, constitué d’une équipe médicale francophone, à l’origine québécoise, qui avait pour vocation de soigner les soldats blessés venant du front.

L’ exposition apporte de précieux renseignements sur l’histoire et la vie de cet hôpital militaire et le contexte dans lequel il s’inscrit. Elle retrace les étapes de sa création, son installation sur l’hippodrome, la vie quotidienne des soignants et des patients, les soins apportés aux blessés, les activités proposées pour distraire les poilus en convalescence (jeux de cartes, matchs de baseball, concerts et spectacles), les visites officielles et les remises de décorations.

L’ exposition met l’accent sur les progrès dans les domaines de la médecine et de la chirurgie pendant la Première Guerre mondiale, tout particulièrement sur l’apparition de nouvelles techniques médicales comme la radiologie ou la transfusion sanguine, qui participent fortement à l’amélioration des soins auprès des blessés.

Nombreux sont les médecins, infirmiers et infirmières qui oeuvrent dans cet hôpital militaire. Le Camp canadien dispose d’une salle de chirurgie et d’un service de chirurgie maxillo-faciale pour les « gueules cassées », d’une salle de radiographie et d’un département dentaire, équipement également accessible aux civils.

La présence d’un hôpital canadien-français sur le sol clodoaldien, et plus précisément sur son champ de courses, est un événement peu connu de l’histoire de la commune. Il témoigne d’un élan de solidarité remarquable de Canadiens francophones alors que leur pays est engagé dans ce conflit mondial en tant que dominion autonome britannique.

Le musée souhaite à son tour rendre hommage à ces hommes et ces femmes, venus du Canada, pour leur implication auprès des soldats français et de la population locale."

INFORMATIONS PRATIQUES : Musée des Avelines - Musée d’art et d’histoire de Saint-Cloud 60, rue Gounod - 92210 Saint-Cloud - 01 46 02 67 18 Du mercredi au samedi de 12h à 18h - Dimanche de 14h à 18h / Entrée libre

Exposition 1915-1919, Un Camp canadien à Saint-Cloud, du 16 avril au 12 juillet 2015

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LE SERVICE DES TRAINS SANITAIRES ALLEMANDS (MAUBEUGE, 1914).

12 Mars 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia

LE SERVICE DES TRAINS SANITAIRES ALLEMANDS (MAUBEUGE, 1914).

Des médecins militaires français, prisonniers de guerre en gare de Maubeuge témoignent (septembre-octobre 1914)...

Je présente aujourd’hui trois extraits de témoignages de médecins militaires français faits prisonniers par les Allemands, le 7 septembre 1914, lors de la reddition de la place-forte de Maubeuge. Ces médecins furent des observateurs privilégiés du repli allemand après la Marne. L’on savait que les évacuations sanitaires françaises par voie ferrée avaient été, dès août, calamiteuses ; d’après les notes de nos médecins prisonniers, nous savons dorénavant qu’il en fut de même en septembre-octobre pour les Allemands dans leur Course à la Mer. Le service médical en gare de Maubeuge, nœud ferroviaire fonctionnant au profit de quatre armées allemandes en opérations, permit à nos praticiens d’observer les mêmes scènes d’horreur sur l’état des blessés français transportés que celles décrites, par le médecin de marine Averous à l’arrivée à Brest, le 27 septembre 1914, d’un convoi de 230 blessés allemands : « La plupart des pansements n’avaient pas été renouvelés depuis plusieurs jours, tous étaient traversés par le pus et sentaient le sphacèle ; les blessés graves de la colonne vertébrale ou des membres inférieurs avaient leurs vêtements imprégnés d’urine ou de matières fécales. »

Témoignage du médecin major de 2e classe (capitaine) Delbreil, affecté au noyau central de la défense de la place, puis à l’hôpital civil de Maubeuge (après la reddition, 7 septembre 1914).

« (…) [page 1] Quand les Allemands eurent reconstitué leur ligne de chemin de fer et qu'ils purent évacuer leurs blessés et prison­niers vers leur pays, en empruntant la ligne Paris-Cologne, leurs médecins furent bientôt surchargés de besogne ; ils deman­dèrent alors deux médecins français qui durent prendre la garde à la gare de Maubeuge. Je fus chargé de ce service et désignai six aide-majors qui, à tour de rôle, en trois équipes, et par deux prirent la garde ; ceux de nuit qui devaient demeurer douze heures étaient logés dans un wagon de 3e classe. Les médecins allemands avec lesquels nous étions en rapports constants se montraient en général assez courtois, mais pourtant quelques-uns conservaient toute leur morgue et affec­taient de ne pas nous connaître. Il nous a été donné, sur les deux mois que dura ce service, d'en voir une douzaine environ car ils ne demeuraient que peu de temps. Les dames de la Croix-Rouge étaient en général assez aimables, et leurs soins allaient presqu'indifféremment aux blessés français ou aux allemands ; toutefois, un jour que, dépourvus de pansements (nous les apportions à l’hôpital militaire) j'en demandais à une d'entre elles, elle me répon­dit [page 2] : « Je ne donne rien aux français ».

Dans la première quinzaine d'octobre [1914], les trains se succédaient presque sans interruption ; il en est passé jusqu'à 12 de 50 à 60 wagons et même plus, ce qui nous permis, un jour d'évaluer approximativement à 8000 le nombre de blessés pas­sés en gare.

Ces trains étaient formés au début exclusivement de wagons à bestiaux recouverts de paille fort souillée et contenaient chacun une vingtaine d'hommes ; la proportion de Français n'atteignait pas 5%. Ceux-ci vivaient en bon rapport avec les Allemands et se plaisaient à dire qu'ils étaient bien traités. Ce qui était réconfortant pour nous, exilés dans notre pays, c'était la confiance de nos soldats dans le succès final et tous, avant même de parler de leurs blessures, nous disaient : "Ca va bien, M. le Major, cette fois-ci nous les aurons".

Notre rôle consistait à monter dans les wagons voir les blessés qui souffraient de leurs appareils et y remédier et aussi à renouveler les pansements trop anciens (certains n'avaient pas été changés depuis 8 jours). Quand la situation devenait critique, nous demandions au médecin allemand l'auto­risation de faire descendre ceux qui ne paraissaient pas pou­voir continuer leur route et nous les faisions, transporter à l'hôpital militaire. Cette autorisation n'était pas toujours accordée et malgré, souvent, des situations très graves, on nous répondait que l'étape n'était plus longue et les malheu­reux devaient continuer leur chemin. Nous sommes parvenus à en faire descendre un grand nombre dont quelques tétaniques qui presque tous moururent, l'affection était déjà ancienne et grave.

Nous vîmes passer aussi quantité de prisonniers civils de tous âges de 15 à 60 ans ; à ceux-là, il ne nous était pas permis de rien remettre, chocolat ou cigarettes, les Alle­mands s’y opposaient.

Par la suite, les trains passant en gare contenaient aussi des wagons de voyageurs, dans lesquels, du reste, nous ne vîmes jamais de français. Puis, vinrent les trains sani­taires composés de wagons de 4e classe créés certainement en vue de la guerre, à cause de la facilité avec laquelle ils sont transformés en wagon hôpital. [page 3] Chaque wagon, formé par deux compartiments, est meublé seulement d'une banquette qui court tout le tour et est facilement démontable ; les parois sont aménagées pour recevoir rapidement quatre brancards (quel­ques-uns à crémaillère) de chaque côté ; donc : huit par comparti­ment et seize par wagon avec un couloir central qui donne un accès facile à chaque blessé.

Nous eûmes aussi l'occasion de voir des trains sanitai­res très confortables, ceux-là, faits de longs wagons à couloir qui portaient en grosses lettres le nom de la fameuse marque "Bayer" (A) et créés probablement avec les bénéfices faits en France par ces produits (…) ».

Rapport du sergent infirmier Langlait du 4e [régiment] Territorial sur les renseignements qu’il a pu recueillir durant sa captivité au camp de Salzwedel (Saxe).

« [page 3] (…) Dès leur entrée à Maubeuge [7 septembre], les Allemands organisèrent immédiatement un service médical à la gare, prenant le buffet comme salle d'opération et réserve de médicaments et pansements. Vers le 20 septembre je reçus l'ordre de fournir un infirmier de planton chaque jour à la gare. Service se prenant le matin à onze heures au lendemain même heure. De son côté l'hôpital militaire, portion centrale, devait fournir 4 infirmiers.

Deux médecins-majors pris à tour de rôle dans les hôpitaux temporaires devaient se tenir en gare afin de prodiguer leurs soins aux blessés français, prisonniers venant du front et évacués sur l'Allemagne. Les hommes dont les blessures présentaient une certai­ne gravité étaient descendus et dirigés sur l'hôpital militaire, portion centrale. Quant aux blessés allemands, ils recevaient les soins des médecins majors, dames de la Croix-Rouge et infirmiers allemands, les plus grièvement atteints étaient évacués sur l'hôpital militaire où malgré la clause de la Convention de Genève exi­geaient d'avoir leurs armes près d'eux.

Durant le mois d'octobre les infirmiers de planton purent constater le passage en gare de Maubeuge d’une moyenne de 2.000 blessés allemands chaque jour venant du front ce qui nous donne le chif­fre de 60.000 à fin de ce mois. (…) ».

Témoignage du docteur Leclercq

[page 7] « A partir d'octobre [1914], étant sans occupations, je fus dési­gné pour un service de garde à la gare de Maubeuge. Ce service très noble dans une de ses parties, était, dans une autre très humiliant pour nous. Il consistait à rechercher, dans les trains de blessés qui passaient en gare, les wagons contenant des blessés français et à les panser, d'autre part, nous étions responsables de la propreté de la gare, des latrines, etc. Nous avions, pour assurer ce service 4 infirmiers militaires français. - J'ai conservé à Hautmont, le texte des consignes que nous avions à observer.

[page 8] Voici ce que j'ai pu observer. J'ai vu, pendant mes gardes, 15 trains improvisés en 60 heures - Chaque train était constitué par environ 40 à 50 voitures, avec 30 blessés par wagon soit 12 à 1500 blessés. Une ou deux voitures contenaient les blessés français (10 ou 15 parfois, seulement le plus grand nombre a été de 31) - les bles­sés que j'ai vus (blessés français) étaient d'anciens blessés provenant des hôpitaux de Laon, Chauny, St Quentin, Roye, etc. - ou recueillis, au début de septembre, sur les champs de batail­le. Les blessés étaient toujours dans des wagons à, bestiaux sur un peu de paille.

Les trains restaient en gare de 45 minutes à 1 heu­re - tous les blessés pouvaient marcher, sauf quelques Français qui n'avaient pas droit au confortable de trains sanitaires.

Les blessés français les plus graves provenaient de Roye et Noyon. Une cruauté sans nom faisait que les allemands préféraient emporter des moribonds plutôt que de les voir repren­dre par les français.

J'ai vu des malheureux ayant les 2 jambes brisées, sans pansements depuis 5 jours, macérés dans leurs excréments. J'ai vu des amputés de la cuisse gauche ne pouvant se mouvoir, et qui leur [plaie ?] dans leurs déjections. J'ai pu à force de démarches réussir à en transporter 2 à l'hôpital de Maubeuge.

Quand nous avions fini avec les blessés français, nous devions aider les Allemands dans leurs pansements. Les blessés allemands provenaient de combats plus récents. Tous étaient sé­rieusement blessés, au point que le major allemand de la gare de Maubeuge m'a dit un jour que la balle Lebel était une "dum-dum", et que le 75 devrait être interdit par les lois de la guerre, comme une arme inhumaine.

Parmi nos blessés faits prisonniers, il n'y avait que des fantassins, pas d'artilleurs. Mais j'ai vu passer en septem­bre et octobre, des trains très nombreux de civils faits prison­niers et emmenés en Allemagne.

J'ai vu passer également 7 ou 8 trains sanitaires al­lemands — le toit des wagons est munis de grandes croix rouges sur fond blanc - Nous n'avions pas l'entrée de ces wagons. Il m'a paru y avoir 12 couchettes par wagon ordinaire et 24 par grand wagon, genre sleeping - car - Un wagon servait de cuisine. Une salle d'opérations, une pharmacie, une lingerie, et un wagon de re­pos pour le personnel. Tous ces trains sont à couloir central et se composaient de 40 wagons, en moyenne, non compris les wa­gons accessoires. Ces trains qui ne s'arrêtaient que 10 à 15 minutes en gare semblaient contenir 5 à 600 blessés couchés - tous les pansements étaient faits dans les trains, qui contenaient un personnel masculin et féminin.

On dit que les blessés allemands tombent comme des mou­ches, en arrivant en Allemagne. Cela ne m'étonne pas. Voici aussi succinctement que possible, et très exactement, ce qu'est fait (ex­plication de M. le médecin allemand Bréchoff). Le blessé applique un pansement individuel sur le champ de bataille - il en possède deux, plus petit que le pansement français

[page 9] A l'ambulance, on lui applique un pansement qui restera sur place. Jusqu'à ce que le blessé ait regagné l'Allemagne (5-6-7-8 jours). Dans les gares, on se contente d'enlever les bandes souillées d'arroser quelquefois le pansement primitif avec un peu d’alcool, ou d'acétate d'alunnice liquide, et de remettre une bande propre? Par ce procédé, les plaies restent en contact avec le pus, et les pansements, comme l'intérieur des wagons, prennent une odeur infecte de pourriture d'hôpital. Le transport niteux, immédiat et lointain donne l'impression que les Allemands ne veulent pas encombrer de bles­sés le voisinage de la ligne de feu.

Les blessés recevaient, à leur passage à Maubeuge une soupe et du café. Nous avons pu obtenir que nos blessés français soient traités sur le même pied, (ils n'avaient en effet que du café), en faisant participer les blessés allemands aux distri­butions, malheureusement modestes, de chocolat et de tabac que nous faisions à nos blessés. Sur le conseil du Dr Delbreil, nous avions fait une petite caisse dans laquelle nous puisons pour faire ces distributions.

Les médecins allemands à Maubeuge et Hautmont gares ont toujours été corrects, et ne faisaient rien - pour nous dé­plaire et pour nous être désagréables. Toutefois, nous étions étroitement surveillés dans nos rapports avec nos blessés français par un personnel mi civil et mi militaire […] »

Note :

[A] Il s’agit plus vraisemblablement de trains sanitaires bavarois : « Bayer.[ische] vereins-lazarettzüge ».

Sources :

Musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 635, dossier 32 ; cart. n° 637, dossier 12 ; cart. n° 637, dos. 36.

Averous. Le navire-hôpital Duguay-Trouin à Brest et Dunkerque, dans les Arch. Med. Pha. Navales, 1920, n° 109, 330-331.

Bayer.[ische] vereins-lazarettzüge

Bayer.[ische] vereins-lazarettzüge

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GASTON RIOU (1883-1958), PRISONNIER DES ALLEMANDS...

7 Mars 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes

La gare de Dieuze d'où embarqua Gaston Riou...
La gare de Dieuze d'où embarqua Gaston Riou...

Gaston Riou. Journal d'un simple soldat, Guerre-Captivité, 1914-1915. Paris : Hachette, 1916, 251 p. [en ligne]

Je propose en marge du fonctionnement du service de santé militaire dans les combats de Lorraine en août 1914, le témoignage de "l’homme de lettres" Gaston Riou qui a servi à Kerprich au sein de l’ambulance n° 5/15. Je ne trancherai pas sur la formation d’affectation de Riou dans un débat levé par le CRID 1418 en 2008. Personnel sanitaire il a probablement appartenu à l’ambulance n° 5/15 et était certainement l’une des "ordonnances" des officiers de santé faits prisonniers et enfermés à Ingolstadt ; bien qu’il soit avéré qu’officiers et infirmiers aient été séparés dès août, dans des forts séparés (forts d’Orff et fort IX). Son témoignage peut d’ailleurs être rapproché du rapport de captivité, que j’ai proposé dans ce blog, du médecin-major de 2e classe Berge [ou Bergé], médecin-chef de l’ambulance n° 5/15. De plus Riou est rentré de captivité, en juillet 1915, avec un groupe d’officiers du service de santé et d’aumôniers français (sanitaires non officiers) prisonniers à Ingolstadt, dont ceux de l’ambulance n° 5/15.

Pour la présentation du service de santé du 15e corps d’armée et de ses diverses ambulances on se reportera à un précédent article sur Kerprich 1914 à travers le témoignage d’officiers prisonniers.

Kerprich, 20 août 1914.

« (…) [p. 26] Notre division était sacrifiée d'avance [A]. Chargée, je crois, de protéger la retraite, elle avait tenu. Comment ? Combien de temps ? Un simple soldat, dans la guerre moderne, ne sait rien. Toujours est-il qu'elle était détruite. Le combat émigra. La canonnade s'éloigna. Il fit soudain un grand calme. De la lutte féroce dont mes oreilles tintaient encore, il ne restait que l'effroyable puanteur des morts en train de pourrir dans les guérets et les vignes du côté de la forêt de la Bride, et, montant par intervalles du fond des vallons déserts, les longues clameurs lamentables des nids de blessés à l'abandon. C'est là, dans le district de Dieuze, exactement à Kerprich, en Lorraine annexée, que j'ai passé mes huit premiers jours de captivité. Quelle semaine ! Parmi les arrières de l'armée allemande qui s'épanchait comme un fleuve, défaillant de sommeil et de fatigue, dix fois mis en joue par les patrouilles, jour et nuit, j'ai charrié de la chair humaine : des morts, encore des morts, des morts de toute espèce, combattants tués nets dans le feu de l'action, blessés saignés à blanc, blessés achevés par les éclaireurs d'un coup de fusil à bout portant comme ils demandaient à boire ou essayaient de se sustenter avec de la luzerne ; et puis, les demi-morts, crânes percés d'une balle, torses lardés de mitraille, aines défoncées par un boulet.

De voir ces pauvres ballots défigurés et gémissants, [p. 27] il me semblait qu'on me râpait les nerfs. Le reste des blessés s'amenait sans aide, courait, clopinait, se traînait sur deux, sur trois, sur quatre pieds. C'était un spectacle stupéfiant. J'ai vu un fantassin dont la balle avait transpercé la poitrine devant derrière, et qui avait marché au drapeau blanc, tout seul, l'espace d'une lieue. Il avait perdu presque tout son sang. Je ne sais par quel miracle de volonté il s'était mis en chemin. Devant la grille de l'ambulance : « J'ai attendu quatre jours qu'on vienne, dit-il. J'ai soif. Ça va mieux ; mais j'ai soif ! » Il souriait. Il était beau, cet adolescent, comme un saint Sébastien de cire. Puis, sans un mot, il s'affaisse; il est mort.

L'on m'avait octroyé la tente où s'entassaient les blessés les plus graves. Ils étaient une quarantaine, posés sur une mince couche de paille, à même le sol. C'était plein de mouches. Cela puait les déjections et le cadavre. Aux heures de soleil, ils étouffaient. Le soir venu, ils claquaient des dents. Il y avait là des gars du 20e corps, de l'active, tous Parisiens, d'un courage gentil et simple; ils trouvaient moyen de s'intéresser à leurs voisins de paillis. Des Provençaux, à qui la douleur arrachait des larmes, me confiaient leurs amours, comme à une soeur. Quand le mal les mordait plus fort, tous appelaient : « Maman ! » C'était un concert à fendre l'âme. Je pansais. Mille fois le jour, mille fois la nuit, je tendais le bassin et l'urinal. Il y en avait deux pour sept cent vingt blessés. Une douille d'obus m'en fournit un troisième. J'assistais les agonisants ; je consolais ; j'enterrais. Toujours flanqué de deux soldats Poméraniens, j'allais par le village mendier du bouillon pour les pauvres gars. Les habitants étaient complètement terrorisés. Quelques femmes, dont une boiteuse et une petite fille de douze ans, m'étonnèrent par leur charité tenace. Sous l’oeil de l'Allemand, leur ardeur, simplement chrétienne, était de l'héroïsme. Pourtant, je devais suppléer parfois à la ration manquante par un discours [p.28] bien gaillard, tout ruisselant d'espérance. Sans cesse, il fallait refaire l’oreiller de paille sous la tête des blessés, arranger leur couchage, les aider à se déplacer. C'était toujours, sous la toile basse, le même orchestre de cris, de souffles caverneux, de râles et de plaintes. Quelquefois, au milieu de la longue nuit froide, n'ayant pas la force de porter plus loin sur le pré des fosses le camarade qui venait de trépasser, je tombais comme une masse et m'endormais à côté de lui.

Le 20, — l’ambulance était à peu près installée, — passa un capitaine prussien avec sa compagnie. Il s'arrête, réquisitionne le cheval de notre médecin-chef. M. Berge ; il l'enfourche aussitôt. Puis, dans un français râpeux et sonore. « Ne craignez rien, blessés ! Ah! l’on dit dans vos journaux — je les lis vos journaux, je lis le Figaro, le Temps — que nous sommes des Barbares ! Nous ne sommes pas des Barbares ! Moi, je porte un nom de chez vous ; je descends de réfugiés français; je m'appelle Charles de Beaulieu. Je vous le jure, vous serez bien soignés en Allemagne. L'Allemagne respecte la Croix-Rouge. »

Le 28, à midi, ayant expédié évacuables et inévacuables, coupé un dernier bras, enterré le restant des morts, nous partîmes, le ventre vide. Pour où ? Les naïfs, dont j'étais, ne doutaient point qu'on ne nous rapatriât en France par la Suisse. Les autres, qui avaient vu achever des blessés, — surtout des blessés galonnés — rétorquaient : « L'autorité militaire allemande est implacable, si le soldat est assez bon « zigue ». C'est sur ordre, c'est par obéissance stricte, que les patrouilleurs ont achevé des officiers et quelques sergents-majors. Si c'eût été malice personnelle, offriraient-ils, comme ils le font souvent, du café et de l'eau-de-vie aux blessés ? S'arrêteraient-ils pour les panser ? Non, c'est le haut commandement qui est responsable de cette pratique ignoble. Lui qui fait si bon marché de la vie des blessés, respecterait-il la Croix-Rouge ? » Ainsi, tout en gagnant Dieuze sous bonne escorte, [p. 29] notre petite troupe débattait la question : « Sommes nous retenus ou prisonniers ? » A Dieuze, L’on nous fit faire le tour de ville. Ce n’était pas nécessaire pour atteindre la gare ; et notre prise ne nous semblait point un motif de triomphe. L'on tint quand même à nous exhiber à la population qui ne souffla mot.

Huit jours plus tôt, arrivant à Dieuze en vainqueurs, les boutiquiers nous bourraient les poches de chocolat et de bonbons ; les marchands de vin nous restauraient gratis. « Surtout, nous disait-on sans détours, tâchez qu'ils ne remettent plus les pieds ici ! » Ayant envie d'un dictionnaire français-allemand, je priais un bourgeois de m'en procurer un « Je n'use pas de cette denrée, fit-il ; j'ignore l'allemand. » Il appelle sa fille. Elle va me quérir son propre dictionnaire, « Payez-vous ! lui dis-je, lui tendant mon porte-monnaie. — Oh ! Monsieur, faire payer un soldat français ! » Cependant elle couronnait de vin de la Moselle, à mon intention, une espèce de hanap en cristal qui remplissait sa fonction de parade sur l'étagère. C'était, dans toute la petite ville lorraine, un gai remuement de fête votive. L'armée et le peuple s'égayaient fraternellement. Cette joie du revoir paraissait si naturelle ! Le soir tombait. La journée était limpide et doucement tiède. La bataille tonnait sur les coteaux. Les régiments prenaient leurs formations de combat dans les rues même. A cent mètres des maisons, derrière des gerbes, une batterie française canonnait dans la direction de Vargaville. M'étant avancé jusqu'à elle, j'eus la seule vision de beauté de ma campagne. Dans l'air calme, les panaches des shrapnells allemands floconnaient, comme un feu d'artifice. Près de nous, le n* s'avançait parmi les avoines, en éventail, par masses de bataillon. Il avait passé la nuit dans la caserne des chevau-légers. La mine des hommes était dure et farouche. Là-bas, dans les chaumes et les prés verts, sous la pluie des obus, les alpins s'égaillaient en tirailleurs [p. 30]. Ils gravissaient en bon ordre le penchant nord de la riante cuvette qui s'étend entre Dieuze et Vargaville. L'on eût dit d'un tableau de Van der Meulen. Le soleil se couchait. L'air était plein de rayons et de parfums. Après chaque détonation, L’on entendait le chant des oiseaux et le léger crissement des insectes. Puis, les avant-trains amenés, ma batterie partit au grand trot prendre position ailleurs. Le 28, par contre, Dieuze était une ville morte. Personne aux fenêtres. De grands drapeaux allemands célébrant la chute de Manonviller, pendaient aux hampes, hissés sur criée publique. Un silence morne, sans grandeur ; un silence de taverne désertée; le silence de Paris à quatre heures du matin; et, au lieu des tombereaux des maraîchers et des boueux, des monceaux de sacs éventrés, de fusils brisés, de friperies souillées de sang et de glaise, qu'on charroyait du champ de bataille. Nous allions d'un pas vif — le pas français, — ce qui essoufflait nos gardes. Des régiments gris-bleus passaient sans mot dire. Comme nous butions à un embarras de fourragères pleines de blessés, un grand diable de colonel prussien, à cheval, monocle à l’oeil, nous accoste, et, en français, nous dit : « Fous n’afez pas honte, fous, la témocratie française, d'être les alliés des Russes, ces Parpares ! » Pas un de nous ne lui répondit. Nous ne le regardions même pas. Il était là, impassible. Pourtant, lui montrant mon brassard :« Sommes-nous retenus ou prisonniers? lui dis-je.

— prisonniers ! Vous tirez sur nos ambulances !

— Souffrez, monsieur, que je ne le croie point »

Mais nous repartions.

La gare; la longue attente sur la place; l’encombrement des voitures de blessés qu'on évacue ; un chevauléger démonté, la tête dans les bandages, qui s'avance sur nous, l'oeil plein de haine, et nous menace de son revolver; la visite de nos sacs; la remise de nos cartes, couteaux, fourchettes, rasoirs, poinçons, de tout ce qui pique et taille. Puis l'embarquement (…) »

Notes :

[A] Il s’agit de la 29e division d’infanterie, appartenant au 15e corps d’armée.

L'ouvrage de Gaston Riou a fait l’objet d’une édition anglaise : The Diary of a French Private, War-Imprisonment, 1914-1915. London : George Allen & Unwin Ltd., sd, [1916], 315 p.

Sur Kerprich 1914

Sources :

L’auteur a été le sujet d’un dossier « Témoignage » déjà ancien du Collectif de recherche international et de débat sur la guerre 1914-1918, établi par JF. Jagielski (27/02/2007) sur le modèle de Norton Cru.

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