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LE SERVICE DE SANTE DANS LA BATAILLE DE SARREBOURG (18-20 août 1914).

29 Décembre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

LE SERVICE DE SANTE DANS LA BATAILLE DE SARREBOURG (18-20 août 1914).

LE SERVICE DE SANTE DANS LA BATAILLE DE SARREBOURG (18-20 août 1914).

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Je vous présente aujourd’hui, dans la lignée de ce que je vous propose depuis des mois, un nouvel épisode de la bataille des frontières – vu comme à chaque fois – au travers des témoignages de médecins militaires français prisonniers de guerre. Cette bataille de Sarrebourg de trois jours (18-20 août 1914), fut, relativement aux effectifs engagés, l’une des plus meurtrières de la campagne de Lorraine de 1914. Vous trouverez ci-après ces témoignages exceptionnels de médecins des 85e et 95e régiments d’infanterie, appartenant à la 31e brigade (Reibell), de la 16e division d’infanterie (de Maud’huy) du 8e corps d’armée (de Castelli), restés au plus près des bataillons engagés. L’on recherchera vainement les ambulances divisionnaires affectées à la 16e DI et aux éléments non endivisionnés du 8e CA ; elles ne furent pas déployées car elles auraient été immanquablement sacrifiées. Tout le poids du soutien sanitaire retomba sur les régiments et les autorités civiles locales (soins et logistique) de Lorraine occupée restées à leur poste. Pour illustrer ces journées mémorables, toutes à la gloire des médecins civils et militaires ainsi que des dames du « Vaterländische Frauen-Verein » de Sarrebourg, je propose quelques éléments d’organisation extraits du journal inédit d’Elisabeth François (1864-1953) présenté par Philippe Tomassetti, hébergé sur le remarquable blog du mosellan Pierre Brasme.

Voir la situation des armées engagées, le mardi 18 août 1914, sur le site carto1418.fr

Situation des formations sanitaires de campagne du 8e CA (directeur du service de santé, médecin principal de 1ère classe Vogelin) autour de Sarrebourg (18-20 août 1914) : Le 18 août 1914, les ambulances 4/8 et 6/8 à la disposition de la 16e DI (directeur du service de santé, médecin principal de 2e classe Launois) sont stationnées respectivement à Imling et Heming en position d’attente. Les évacuations sanitaires de la division (150 blessés, le 18) sont effectuées, par voitures de réquisition, sur l’ambulance 3/8 installée au château de Domèvre. Durant l’attaque de Sarrebourg une section du Groupe de brancardiers du 8e CA (GBC 8) vient renforcer, à Bühl, le groupe de brancardiers de la 16e DI (GBD 16, médecin-major Larrieu) débordés par les opérations de relève et de transports des blessés. L’ensemble du poids des évacuations de la 16e DI repose sur l’ambulance 3/8 qui évacue 638 blessés, les 21 et 22 août, sur les hôpitaux temporaires de Baccarat à l’aide de voitures de réquisition. Au retour offensif des Bavarois, la 16e DI doit se replier de Sarrebourg en abandonnant ses blessés confiés aux services régimentaires des 85e et 95e régiments d’infanterie faits prisonniers au complet. Dès le rétablissement de la 16e DI sur la frontière, les 22-24 août 1914, deux nouveaux services régimentaires « à titre temporaire » sont constitués aux 85e et 95e par les soins du GBD 16 : Médecin aide-major Meyer au 95e avec 2 médecins auxiliaires, 1 voiture médicale et 20 brancardiers et autant au 85e RI sous la conduite du médecin aide-major Dioclès.

Situation des moyens civils fonctionnant à Sarrebourg, sous la conduite du médecin d’arrondissement, le docteur Meyer – Hôpital militaire, docteur Mely – Hôpital civil, docteur Muller – Ambulance des Magasins réunis et bazar, docteur Ott – Ambulance du Collège (écoles communales ?), docteur Schwarzkopf – autres ambulances : Maison Meyer, Grand’Rue ; Pensionnat Sainte-Marie des sœurs de la Doctrine Chrétienne, 12 rue Luppin.

A leur arrivée les services de santé régimentaires français s’installent aux Halles (appelées aussi « salle des fêtes » ou « théâtre), aux hôpitaux (lazarette) militaire et civil, au Pensionnat de Sainte-Marie, dans des fermes alentours où des postes de secours de bataillon sont installés de manière rudimentaires…

Au poste de secours de la ferme du Mouckenhof, près de Bühl.

(Témoignage du médecin aide-major de 2e classe (sous-lieutenant) Edouard Lévy, du 95e régiment d’infanterie)

(…) « Les péripéties du combat, qui a précédé l’entrée dans Sarrebourg de la brigade à laquelle j’appartenais, m’ont séparé, vers le milieu de la journée du 18 août ; de mes camarades du 95e d’infanterie et de mon chef de service Monsieur le médecin major de 1ère classe Mangenot. Ce dernier, averti de la présence de nombreux blessés dans une ferme [de Mouckenhof] située en avant de nous, à 3 ou 4 kilomètres au sud-ouest de la ville m’y envoya après avoir essayé en vain de s’y porter avec le personnel et le matériel médical du régiment [page 2] : les plus petits rassemblements et surtout les voitures étant furieusement canonnées. Il réussit à me faire rejoindre par une douzaine de brancardiers qui se glissèrent un à un jusqu’à l’habitation où plusieurs dizaines de fantassins et de cavaliers français s’abritaient.

J’organisai immédiatement un poste de secours dans les salles du rez-de-chaussée. Nous devions y passer soixante-six heures. La ferme, abandonnée des maîtres et des domestiques était gardée par deux adolescents que je jugeai prudent de renvoyer avant la nuit avec un détachement qui passait. Dès le lendemain je pus évacuer sur des voitures de la Croix-Rouge locale dirigées vers nous de Sarrebourg par les soins de Monsieur le Médecin major Mangenot, la moitié environ de mes blessés sous la conduite du caporal-brancardier Bailly. Ces voitures, dont j’escomptai le retour pour achever le transport des hommes restants, ne purent s’aventurer une seconde fois sur une route arrosée d’obus. La canonnade d’accentua et, dans la journée du 20, rendit intenables les abords immédiats de la ferme. Les shrapnells démolirent la toiture, brisèrent les meubles, tuèrent une partie du bétail dans la cour et dans les étables. J’eus à peine le temps aidé des sept brancardiers que j’avais gardés, de transporter dans une cave les blessés étendus dans les diverses pièces de la maison.

L’immeuble fut à partir de ce moment, quoique désigné par deux pavillons de la Croix-Rouge, criblé de projectiles et finalement le matin du 21, incendié par un obus – quelques minutes avant l’irruption dans les cours d’un groupe de fantassins bavarois. Ceux-ci, à qui je me présentai d’abord seul et sans armes, permirent à tous mes hommes de sortir, sans les maltraiter. Je devais bientôt me convaincre que tous nos blessés n’avaient pas été [page 3] ainsi ménagés. En effet, après avoir placé mes premiers compagnons de captivité dans des véhicules réquisitionnés, que les Lorrains avaient conduits (malgré les obus que continuaient à envoyer nos 75 en retraite) jusqu’au voisinage de mon poste de secours, je procédai, sous escorte, au relèvement des soldats tombés la veille sur les pentes au bas desquelles est construit le village de Bühl.

Les Bavarois avaient relevé les leurs dans la matinée. Il restait une centaine de cadavres et quelques blessés immobiles, contrefaisant les morts. L’un d’eux, la face contre terre ne consentit à donner signe de vie qu’en entendant les appels criés en Français à travers ce champ lugubre, par mes brancardiers harassés par 48 heures de veille : le soir tombait et, pour aller d’un corps inerte au suivant les espaces étaient souvent assez longs. – Ce malheureux, le thorax transpercé de part en part, me dit : « Je n’avais qu’une blessure au pied, je m’étais trainé jusqu’à ce fossé où j’ai passé la nuit. Ce matin des colonnes allemandes ont défilé : les soldats ouvraient les sacs des morts ; deux d’entre eux, des jeunes, s’étaient approchés de moi pour fouiller dans des musettes ; en s’éloignant l’un des deux me désigna avec son fusil en riant, l’autre lui répondit en haussant les épaules : alors il tira… L’infortuné dut expirer le soir même dans l’église de Bull où l’on me fit déposer les blessés recueillis, avant de me conduire à Sarrebourg.

Au lazaret de Sarrebourg, la nuit tombée, je retrouvai tous mes confrères de la brigade, prisonniers depuis la veille, occupés à panser et à opérer. Ils avaient été isolés de leurs formations dans l’après-midi du 20 août au moment où les Allemands, au prix d’un combat livré dans les rues, [page 4] réoccupèrent la ville.

Pendant ces journées, je n’ai reçu aucun ordre et aucun renseignement susceptible de me faire comprendre que notre corps d’armée battait en retraite. Je me suis demandé par la suite, en voyant se prolonger pendant onze mois une captivité que je croyais ne devoir durer que quelques jours, si je n’aurais pas mieux fait de regagner Lorquin d’où mon régiment était parti le 18 à l’attaque de Sarrebourg et où il avait cantonné le premier soir de la retraite. Aujourd’hui, édifié sur la conception que se font nos ennemis de la Convention de Genève, il m’apparaît que le médecin, absolument dépourvu des moyens d’évacuer les blessés auxquels il a donné les premiers soins et exposé à être pris, devrait se croire autorisé à les abandonner à la garde d’un ou deux infirmiers. C’est ainsi, semble-t-il, que procèdent les Allemands, qui ont laissé à Lorquin un grand nombre de leurs blessés sans un seul médecin. Il faut reconnaître pourtant que les circonstances seront bien rares où le médecin, jugera que ses malades sont en suffisante sécurité et en état de se passer de ses soins. Je me suis rendu compte de la nécessité d’une direction et d’une autorité au milieu d’un groupe d’hommes affaiblis et désemparés – aussi bien que de l’utilité d’un personnel infirmier courageux et dévoué.

Les sept brancardiers m’ont été d’un précieux secours. Ils ont pendant trois jours de bombardement procédé au transport des soldats tombés aux alentours du poste de secours et assuré leur entretien. L’alimentation du poste n’a pas été, en effet, le moindre de nos soucis : un carré de pommes de pommes de terre et les volailles qu’il fut possible d’attraper permirent de nourrir tout notre monde jusqu’au moment où la pluie de shrapnells eut rendu intenable le séjour hors des caves. Il fallait cependant sortir pour accueillir [page 5] les nouveaux blessés et pour dégager l’issue des débris de tuiles et de pierres dont l’amoncellement nous eut emmurés. Mes infirmiers s’employèrent avec industrie et avec sang-froid à la sauvegarde de leurs camarades. Je dois signaler leur parfaite tenue, voici leurs noms :

Clusel (de Marigny, Allier)** ; Deschames A. (de Bourbon l’Archambault) ; Devineau André (de Dun le Poeber, Indre) ; Darnault Maurice (de Levroux, Indre) ; Mouragnon** (de Bourges) ; Salmon Henri (de Moulins Lesroux, Indre), infirmiers ou brancardiers régimentaires au 95e d’Infanterie. »

** Alphonse Pierre Clusel (1890-1914)

et François Gilbert Mouragnon (1889-1915)

décédèrent au camp de Grafenwöhr [Bavière].

[Service sanitaire sur les routes de Lorraine : Hadigny, Hablainville, Lorquin…]

(Rapport du médecin aide-major de 1ère classe Paul Séchan, du 95e régiment d’infanterie).

«(…) Médecin aide-major de 1ère classe de l’armée active, je suis parti de Bourges le 6 août 1914, en qualité de médecin du 1er bataillon du 95ème d’infanterie. Mon médecin [page 2] chef de service était Monsieur le médecin-major de 1ère classe Mangenot, sous les ordres de qui je servais déjà depuis deux ans. Fait prisonnier le 20 août 1914 à Sarrebourg j'ai été, le 23 août, séparé de Monsieur le médecin-major Mangenot et interné au camp de Grafenwöhr où j'ai eu succes­sivement comme médecins chefs de service : 1° - jusqu’au huit décembre 1914 : Monsieur le Médecin-major de 1ère classe Védrines, du 85° d’infanterie; 2°- depuis cette date et jus­qu'à la fin de ma captivité, c’est-à-dire, jusqu'au 17 juillet 1915 ; M. le médecin-major de 2ème classe Lacaze du 37° Rgt d’artillerie. Déjà, dès les premiers jours de la campagne qui pré­cédèrent notre entrée en Lorraine annexée, le service médical régimentaire fut, en maintes circonstances, fort difficile à assurer. Les marches longues sous un soleil souvent torride éprouvaient de nombreux soldats et parmi eux surtout ceux qui, arrachés brusquement à des occupations sédentaires n’é­taient plus entraînés à de telles fatigues. Malgré toutes les recommandations, la chaleur portait fatalement les hommes à boire de l’eau qui déterminait souvent chez eux des coliques telles qu’il fallait quelquefois les évacuer. Les cas d’inso­lation furent fréquents dans la journée du 10 août où le régi­ment fournit une marche très longue sous un soleil brûlant. Partis d'Hadigny le dimanche 9 août à 23 heures, nous n’arri­vâmes à Hablainville que le lendemain à 20 heures. Au canton­nement, nous nous trouvions fréquemment dans la nécessité de faire des évacuations et la difficulté, du moins tant que nous fûmes en France, ne tenait pas tant au fait d'être obligés de [page 2bis] de trouver des moyens d’évacuation qu’à celui de savoir où nous pouvions bien faire des évacuations. L’emplacement de l’ambulance nous était le plus souvent même inconnu, de même que celui du dépôt d’éclopés. Nous devions alors évacuer sur des localités voisines et cela un peu à l'aveuglette, et les malades ou blessés étaient obligés de ce fait de faire un chemin qui aurait été moins long et moins fatigant pour eux si nous avions été régulièrement informés de l’emplace­ment et de l’ambulance et du dépôt d’éclopés. Ainsi donc, dès le début, nous avons été maintes fois gênés par le manque de liaison entre les différentes formations médicales.

[Service de santé à la Halle de Sarrebourg… avec le 95e régiment d’infanterie]

Cet état de choses n'a d’ailleurs fait que s’accentuer pendant les journées des 18, 19 et 20 août qui furent celles de la bataille de Sarrebourg. Partis de Lorquin le mardi 18 Août à 7 heures, nous entrâmes le soir à Sarrebourg vers 22 heures. Les pertes étaient déjà assez, élevées, et à notre arrivée en ville, nous nous installâmes à la Halle avec le médecin-chef de service et le médecin du 3° bataillon. La journée du 19 août fut relativement peu meurtrière, mais au cours de celle du lendemain le nombre des blessés augmenta dans de très grandes proportions. L'hôpital où était instal­lé le service médical du 85ème d’infanterie et la Halle où nous étions nous-mêmes contenaient un grand nombre de blessés qui ne fit que s'accroître sans cesse au cours de la journée du 20 août. Dès le matin, le colonel Reibell [Emile Reibell, 1866-1950] commandant par intérim la brigade, demandait qu’une ambulance au moins soit envoyée à Sarrebourg où nous nous trouvions débordés. Beau­coup de blessés furent hospitalisés dans des maisons particu­lières de la ville et cela faute de place à la Halle, à l’hôpital [page 3] et dans les écoles de la ville où l'on avait également installé des lits. L’ambulance ne put venir ; le groupe de brancardiers envoya seulement quelques voitures dans la nuit du 19 au 20 qui permirent de faire quelques évacuations Pour nous, médecins régimentaires, nous nous trou­vions avec un poste de secours où arrivaient sans cesse des blessés ; de plus, nous nous trouvions dans une ville qui venait d’être évacuée par les Allemands, et évacuée de telle sorte qu'il ne restait pas le moindre mode de transport. Ni chevaux, ni voitures, ni rien qui puisse nous permettre d’évacuer pendant toute cette journée du 20 août.

Dans le courant de cette journée, qui fut celle où nous fûmes faits prisonniers, nous nous trouvâmes donc

I°- débordés par l'afflux des blessés ;

2°- dans l’impossibilité de faire les évacuations nécessaires par suite de l’absence de tout moyen de transport à Sarrebourg et aussi par le fait que ni l'ambulance ni les brancardiers divisionnaires ne purent venir à notre aide ce jour-là.

Notre situation était encore d'autant plus critique que nous étions dans une ignorance à peu près complète des événements militaires qui se déroulaient. Les Blessés que nous recevions étaient les seuls à nous donner quelques nou­velles. Le matin, vers 11 heures, le colonel fit mettre les musiciens à notre disposition, mais à aucun moment de la journée nous n'avons reçu de qui que ce soit l'ordre de nous replier.

Faits prisonniers le 20 août, vers 16h.30 nous restâmes dans notre poste de secours de Sarrebourg jusqu'au 23. De là, je fus, avec un convoi de blessés et quelques autres médecins [page 4], dirigés sur le camp de Grafenwôhr. Ce que furent ces trois journées où les allemands nous gardèrent à Sarrebourg et ces deux jours de voyage à travers l'Allemagne, ont dû être relatés avec détail par les médecins chefs de service dans leur propre rapport. J'insisterai seulement sur la façon brutale dont les médecins et les blessés ont été traités. Dès l'entrée des Allemands à Sarrebourg, nous avons été dépouillés de la plus grande partie de notre matériel; c'est à peine si l'on nous a laissé quelques paniers à pansements. Dans la cour de l'hôpital, nous avons été dépouillés de notre selle et de nos armes ainsi que de notre trousse médicale. Au cours des deux journées de voyage, les blessés sont restés sans aucun soin, et quand nous sommes arrivés au camp de Grafenwôhr où nous trouvâmes déjà, de nombreux blessés, rien n'était installé pour les recevoir (…) » - signé: Dr Paul Séchan.

Le dossier de Légion d’honneur de Paul Séchan (1886-1962)

(Rapport de monsieur le médecin major de 1ère classe Mangenot, du 95e régiment d’infanterie (extraits)).

« 21 Août - 350 blessés sont pansés par nos propres mo­yens. Un médecin civil, Dr Ott, est venu nous voir, avec une arrogance aussi déplacée qu’inaccoutumée. Ne croyant être vu, il emplit ses poches de comprimés.

Le Lieutenant de garde (Régiment des Gardes du Corps du Roi de Bavière) me vole mon sabre et mon revolver, avec promes­se de me les rendre. Je ne les ai jamais revus. Vers 4 heures M. l’Aumônier Rameau nous apprend que 150 blessés sont sans soins à l’Hôpital civil. Je m'y rends avec un médecin du 85eme qui nous a rejoints. Un chargement de voiture médicale du 29eme Régiment est trouvé au Pensionnat et nous rend les plus grands services.

Le Médecin Aide-major [page 2] Lévy est de retour, étant resté trois jours dans les caves de la ferme de Mouckhenhof avec des bles­sés, sans pouvoir en sortir. De nouveaux blessés sont apportés et nous pansons Français et Allemands. Les brancardiers et voitures sont parait-il insuffisants pour un relèvement rapide. Il est cer­tain que de nombreux hommes succombèrent à l'inanition sur le ter­rain. Le spectacle qui nous est donné dans les salles est d'une indescriptible atrocité. A onze heures du soir, nous nous préparons à sortir de l'hôpital pour retourner aux halles, n'ayant rien mangé depuis midi ; lorsqu'apparaît la masse imposante et ventrue d'un médecin allemand, à qui j’explique notre cas. "Un moment, Monsieur, s'écrie-t-il, où sont mes blessés allemands ?"- Exclamation, indiquant suffisamment ce que cette brute aurait fait, s'il se fut trouvé en présence de blessés français à panser comme nous l'avions fait pour les siens. Il réapparut quel­que temps après et sortit, en disant qu'il allait nous faire accom­pagner. A Minuit, irruption d'un lieutenant, revolver au poing, suivi d'hommes baïonnette au canon, criant : "Où sont les médecins qui veulent se sauver?.." - Les voici lui dis-je, mais ils ne dé­sirent que manger et dormir après avoir soigné les vôtres!

On nous entraîne vers l'hôpital militaire pour prendre des instructions. En route tout s'explique et cet officier, plus civilisé, après nous avoir offert à la cuisine roulante de sa com­pagnie, du pain et du café nous ramène à notre gîte.[page 3] 23 Août - Envoi précipité des médecins et du personnel sanitaire au lazaret, où, sous la menace d'un révolver, en l'absence, je dois le dire, de tout officier, nous nommes fouillés et dépouillés de nos objets personnels, comme de simples malfaiteurs. Sur ma réclamation à un médecin, nous sommes autorisés à reprendre quelques menus objets indispensables. Toute la journée se passe dans l'attente, parqués sur une pelouse du jardin. A 7 heures du soir, l'estomac creux, nous sommes conduits à la gare et embarqués à 23 heures pour Zweibrücken (Palatinat), où nous arrivons à 4 heures du matin.

Trois boites d'instruments régimentaires (2 au 95ème une du 29ème) qui, des différents postes de secours avaient été emportées, sur mon ordre, au Lazaret, y ont également été retenues Dès notre arrivée à Zweibrücken j'adressai au Commandement une ré­clamation, au sujet des faits précités, contraires à la convention de Genève et demandai notre renvoi par la Suisse. Cette réclamation était accompagnée d'une liste indi­viduelle de tous les objets personnels qui nous avaient été pris. Sur la mienne se trouvaient comprises les 3 boîtes d'instruments réglementaires. Aucune réponse.

24 Août - Six d'entre nous, (Mangenot 95eme, Faveret, 95eme, Lesbre, 29eme, Guillemin 85eme, Proust 85eme) descendus du train sont conduits à la prison civile. (Landsgericht gefängnis). Nous restons sans nouvelles des autres qui ont sans doute été maintenus dans le train avec le personnel. 96 blessés français sont hospitalisés au 1er étage de la prison où nous sommes chargés de les soigner sans pouvoir sortir ? L'état d'esprit de la population nous en eut d'ailleurs empêchés. »

[Le service au lazaret de Sarrebourg… avec le 85e régiment d’infanterie]

(Témoignage du médecin-auxiliaire Lantier du 85° régiment d'infanterie)

« Je suis tombé au pouvoir des Allemands le 20 Août vers 5 heures du soir à Sarrebourg-en-Lorraine.- Le Régiment était entré dans la ville le 19 au matin, une bataille très violente avait eu lieu toute la journée et le service de santé du 85ème avait travaillé sans relâche jusqu'à 1 heure du matin pour arriver à relever et à panser les blessés déjà très nombreux. - Le 20, au matin, nous étions prêts à partir, attendant les ordres qu'avait été chercher le Médecin-Major Védrines, quand arriva le cycliste du Colonel nous donnant Bühl comme lieu de destination. Une demi-heure environ s'écoula et nous vîmes apparaître notre médecin-chef et organisa aussitôt le convoi et déjà nous étions en route quand éclata une violente canonnade ; les obus arrivaient exactement sur la route que nous devions suivre, un éclat effleura même le médecin-major. Celui-ci nous ordonna alors de descendre vers la partie basse de la ville pour essayer de nous rendre à Bühl par un autre chemin ; mais après avoir interrogé plusieurs personnes de la ville, nous acquîmes la conviction que [page 2] c'était là, chose impossible ; le convoi fit alors demi-tour pour regagner la route abandonnée ; les premières voitures y étaient déjà engagées quand survint le Colo­nel Reibell, commandant la brigade qui nous donna l’or­dre de rentrer à l'hôpital et d’y installer les postes de secours.

Les blessés ne tardèrent pas d’ailleurs à arriver en très grand nombre, tout l’hôpital fut bientôt plein, les couloirs étaient occupés. Les blessés nous ren­seignaient un peu sur la marche de la bataille, nous savions que le Régiment reculait, bientôt la fusillade éclata dans les rues et quelques instants après les Allemands entraient à l'Hôpital.- Un officier allemand pénétra dans la salle où je travaillais avec quelques camarades et dit simple­ment : vous êtes médecins, continuez Messieurs - Il revint un instant après nous demander nos armes sans se départir de sa correction.

Le 20 [août], jusqu'à minuit - Le 21 - le 22 nous con­tinuâmes à panser les blessés qui étaient immédiatement évacués - Des formations allemandes étaient arrivées - le médecin-chef de l'Ambulance allemande (feldlazarett) nous traite durement disant au personnel de ne nous donner de quoi manger et de ne nous laisser reposer que quand tout le travail serait complètement terminé. - Nous fûmes nourris grâce à l’obli­geance des Dames de la ville, mais beaucoup d’entre nous furent obligés de coucher dans la salle de pansements.- Le 23 [un officier allemand] qui avait, je crois, le grade de Général nous fit appeler et nous dit de cesser immédiatement notre travail et nous remercia du dévouement dont nous avions fait preuve depuis notre prise ajoutant que le soir même nous partirions par la Suisse. - A ce moment [page 3] des sous-officiers nous emmenèrent dans le jardin de l’hôpital pour procéder à une fouille - Chacun de nous dût s’avancer à son tour entre 2 hommes révolver au poing pendant qu'un sous-officier [revêtait ?] consciencieuse­ment ses bottes enlevant les couteaux et même la corres­pondance - A midi, deux médecins allemandes nous condui­saient dans un restaurant de la ville pour y prendre un re­pas et le soir à 9 heures munis d'un passeport pour Zweibrücken nous prîmes le train à la gare de Sarrebourg. - Quand nous voulûmes des­cendre à Zweibrücken les portes étaient fermées et malgré nos protestations le train continua sa route jusqu’à Grafenwôhr où il arriva après 40 heures de trajet.- Le long du par­cours comme régime - pain, eau et une vague soupe au riz. (…) »

(Témoignage du médecin major de 1ère classe Védrines, médecin chef du 85e régiment d’infanterie.)

"J'ai été fait prisonnier à Sarrebourg, le 20 Août, avec tout mon personnel médical. Le 19 Août, j’avais installé mon poste de secours à l’hôpital de Sarrebourg, et là, jusqu’à minuit, les bran­cardiers et médecins auxiliaires ont battu le champ de bataille [page 2]- s'étendant du Petit-Sick à Bühl. Jusqu’à minuit, avec les médecins sous mes ordres, j’ai opéré, pansé, ligaturé les blessés qui m’étaient amenés par centaines. De plus, le 19, sur la demande de mon chef de Corps, j’ai fait installer vers midi, un poste de secours au village de Bühl. Le médecin chargé de ce poste a ramené à l’hôpital de Sarrebourg tous ses blessés, le 19 vers dix heures du soir.

Le 20 [août] au matin, à six heures, constatant que l'hôpital de Sarrebourg était bondé de blessés, je suis allé trouver M. le Colonel Reibell,- commandant la brigade, pour demander des moyens d’évacuations pour ces blessés. M. le Colo­nel Reibell a envoyé une note à la Division, réclamant instamment une ambulance. A mon retour à l'hôpital, j’ai trouvé une note de M. le Colonel Rabier, commandant le 85ème, note dans laquelle il me faisait connaître qu’il se trouvait à Bühl. J'ai aussitôt rassemblé mon matériel et réuni mon personnel, et me suis mis en route pour Bühl au milieu des obus qui pleuvaient sur la ville, notamment au voisinage de l'hôpital, car des batteries d’artillerie et des mitrail­leuses françaises étaient installées tout contre ce bâtiment. A peine avions-nous fait quelques pas hors d:e l’hô pital que j’ai reçu une blessure insignifiante (éclat d'obus) a la pommette gauche, et qu’une maison s'écroulait de­vant nous, nous barrant ainsi la route. Au cours d'un dé­tour que nous faisions pour continuer notre chemin nous avons rencontré M le Colonel Reibell qui nous a interdit de nous rendre à Bühl déclarant qu’il était absolument im­possible de passer. Cet officier supérieur m'a donné l'ordre de m'installer [page 3] à nouveau à l'hôpital de Sarrebourg. Là, j’ai continué à recevoir des blessés qui arrivaient de plus en plus nombreux : blessés du 85ème, du 95ème, du 29ème.

Pendant que nous nous occupions très activement de tous ces blessés, le bombardement devenait de plus en plus violent et l’on commençait à entendre la fusillade. Beau­coup de blessés, ont été blessés à nouveau ou tués dans leur lit d'hôpital.

Les Allemands sont entrés dans l'hôpital entre 16 et 17 Heures. Ils ont mis la main sur tout le personnel et le matériel médical. M. le Médecin major de 1ère Clas­se Mangenot, chef de Service au 95ème, a été pris, avec tout son personnel, dans les Halles de la ville, où il avait installé un autre poste de secours.

Les 21 et 22 [août], nous avons continué à donner nos soins aux blessés présents à l'hôpital et à tous ceux qu’on nous amenait encore du champ de bataille. Le 23, est ar­rivé à Sarrebourg un hôpital de campagne allemand. Le Médecin-chef de cette formation nous a remer­ciés et a déclaré que nous allions être dirigés sur la Suisse. Le soir du 23, on nous, mettait dans un train dans la direction de Zweibrucken, où nous devions descendre. Là, un certain nombre d’entre nous M. Mangenot, du 95ème et M. Lesbre, du 29ème, et Protet, du 85ème, Guillemier et Justin ; du 85ème, Faverot [Faveret du 95e], médecin-auxi­liaire du 29ème et une cinquantaine de brancardiers, ont pu descendre (...)."

Pour en savoir plus :

Parmi les « incontournables », sur la bataille des frontières :

http://chtimiste.com/batailles1418/morhange2.htm

http://www.sambre-marne-yser.be/article.php3?id_article=99

Didier J., Des moissons tachées de sang. Lorraine 1914. Metz : éditions Serpenoise, 2010, 168 p. Sur la bataille de Sarrebourg, p. 107-128, ill. avec cartes. Jacques Didier, une référence sur "les" batailles de Lorraine présente le « point de vue » français puis allemand. Son blog : http://jadier.canalblog.com/

Sources : Archives du musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce, Paris. Cartons 636 (Lévy), 637 (Lantier), 638 (Mangenot), 640 (Séchan), 641 (Védrines).

Archives du service historique de la défense, Vincennes [en ligne, Mémoiredeshommes] 26N 130/1 (DSS 8 CA) et 26N 297/11 (GBD 16).

http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/article.php?larub=2&titre=journaux-des-marches-et-operations-1914-1918

Illustration : les halles de Sarrebourg (détail d'une carte postale).

A VENIR : Quelques témoignages inédits de médecins militaires français sur le « chemin de croix » des prisonniers blessés, dans les camps d’Allemagne, après la bataille des frontières : 1 - Grafenwöhr (août 1914).
Lire la suite

UN GRAND RABBIN DANS LA GRANDE GUERRE, Abraham Bloch...

21 Décembre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes

UN GRAND RABBIN DANS LA GRANDE GUERRE, Abraham Bloch...
SORTIE : 15 novembre 2013

En cette fin d’année un ouvrage sur un "sanitaire" dont il reste à signaler, avec retard, la sortie : la biographie de l’aumônier militaire israélite Abraham Bloch (1859-1914), de la 14e section d’infirmiers militaires de Lyon, « tué à l’ennemi ». Je ne peux le « conseiller », ne l’ayant pas encore lu…

Cette fin d’année est vraiment difficile pour les passionnés de 14-18 qui ne savent où donner de la tête devant les étalages des libraires… Aussi pour ceux dont la « cagnotte 14-18 » est encore rebondie, cette présentation de l’éditeur vous est destinée ; quant à moi j'attendrai des jours meilleurs...

UN GRAND RABBIN DANS LA GRANDE GUERRE

Abraham Bloch, mort pour la France, symbole de l’Union Sacrée.

par Paul Netter

Editions Italiques, Broché 14 x 21 cm ; 144 pages ; 75 illustrations ; ISBN : 978-2-35617-012-5.

Présentation de l’éditeur :

Cette première biographie d’Abraham Bloch, écrite par son arrière-petit-fils, nous fait découvrir sa vie, son parcours et sa mort par le texte et par l’image : lettres et archives personnelles, carnet de guerre, articles de journaux, poèmes, extraits de livres, cartes postales…

Le 29 août 1914, au col d'Anozel, sur le front des Vosges, le Grand Rabbin Abraham Bloch, aumônier israélite et infirmier-brancardier volontaire, est tué par un éclat d'obus en portant un crucifix à un soldat catholique mourant qui l'a pris pour un prêtre. Cet acte héroïque et cette mort exemplaire vont faire de lui un symbole de l'Union Sacrée de tous les Français face à la menace allemande. Issu d'une famille alsacienne qui a opté pour la France en 1870, Abraham Bloch, diplômé du Séminaire Israélite de Paris, est d'abord rabbin à Remiremont en 1883. Grand Rabbin d'Alger en 1897, à une époque où les journaux et les ligues anti-juives se déchaînent, il est confronté à la violence politique et à des drames personnels, et il est même victime d'une tentative d'assassinat. De retour en métropole, il est nommé en 1908 Grand Rabbin de Lyon. En 1913, malgré son âge - 53 ans ! -, Abraham Bloch se porte volontaire comme aumônier israélite aux Armées. La déclaration de guerre le ramène dans les Vosges et l'entraîne vers le destin hors du commun qui le mène au sacrifice suprême et à la gloire. Le récit de sa mort, annoncée à sa veuve par un Père jésuite, est repris par les journaux français et étrangers, puis par des poètes et écrivains comme Maurice Barrès qui célèbrent le rabbin patriote et héroïque. Très vite, l'histoire d'Abraham Bloch devient légende, puis mythe avec des célébrations officielles, des inaugurations de monuments, des hommages publics qui se succèdent tout au long du XXe siècle à Paris, à Lyon, à Alger... Cette première biographie d'Abraham Bloch, écrite par son arrière-petit-fils, nous fait découvrir sa vie, son parcours et sa mort par le texte et par l'image : lettres et archives personnelles, carnet de guerre, articles de journaux, poèmes, extraits de livres, cartes postales...

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LES J.M.O. DES AMBULANCES (1914-1918), AU VAL-DE-GRACE (6e au 10e CA)

14 Décembre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #recherche archives documentation

LES J.M.O. DES AMBULANCES (1914-1918), AU VAL-DE-GRACE (6e au 10e CA)

ambulances (Groupes 1 à 5)

PRESENTATION - CLASSIFICATION DES AMBULANCES DE LA GUERRE (1914-1918).

Ambulances du 6e corps d’armée (1914), devenues ambulances du 6e groupe (1914-1918) :

Ambulance 1/6 – Manque avant le 10/10/15 ; 1 vol. (10/10/15-31/12/16) ; manque après le 1/01/17.

Note : JMO détruit dans l’incendie de l’ambulance le 20/09/15 ; le JMO restant est précédé d’un résumé des opérations du 1/08/14 au 10/10/15.

Ambulance 2/6 – JMO manquant.

Ambulance 3/6 – 1 vol. (1/08/14-25/02/19).

Note : Pièces annexes au JMO : rapport relatif à l’élément d’ambulance de Vienne-le-Château (2/02/15-11/05/15) ; rapports et état nominatif de blessés relatifs à l’élément léger d’ambulance de la Harazée (1/02/15-31/05/15).

Ambulance 4/6 – 1 vol. (2/08/14-7/04/18) ; 1 vol. (7/04/18-20/03/19).

Ambulance 5/6 – JMO manquant.

Ambulance 6/6 – 1 vol. (2/08/14-16/03/19).

Ambulance 7/6 – 1 vol. (6/08/14-16/07/19).

Ambulance 8/6 – JMO manquant.

Ambulance 9/6 – JMO manquant.

Ambulance 10/6 – 1 vol. (2/08/14-31/07/19).

Ambulance 11/6 – JMO manquant.

Ambulance 12/6 – 1 vol. (2/08/14-25/02/19).

Ambulance 13/6 – 1 vol. (2/08/14-24/11/18).

Ambulance 14/6 – 1 vol. (3/08/14-18/02/19).

Note : Pièce annexe. Journal de marche du détachement d’infirmiers de l’ambulance 14/6, 1 vol. (4/08/14-27/09/14) ; copie abrégée du journal de marche de l’ambulance 14/6 (23/08/14-27/09/14).

Ambulance 15/6 – JMO manquant.

Note : L’auteur a servi dans cette ambulance – Voivenel Paul, Avec la 67e Division de Réserve. Paris : Librairie des Champs-Elysées, 4 vol., 1933-1938, [1256 p.].

Ambulance 16/6 – 1 vol. (3/08/14-26/03/19).

Ambulance 17/6 – 1 vol. (9/08/14-1/02/19).

Ambulance 18/6 – 1 vol. (3/08/14-25/02/19).

Ambulance 19/6 – JMO manquant.

Ambulance 20/6 – Manque avant le 24/08/14 ; 1 vol. (24/08/14-28/02/16) ; 1 vol. (17/02/16-31/12/16) ; 1 vol. (21/01/17-7/07/18).

A consulter : www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

Les JMO du Service de santé du 6e Corps d’armée : Direction (1/08/14-1/03/19), 26N 123/12 à 26N 123/14.

Ambulances du 7e corps d’armée (1914), devenues ambulances du 7e groupe (1914-1918) :

Ambulance 1/7 – JMO manquant.

Mentions : A Senlis (Oise) [1/06/18-31/08/18] ; passe en subsistance à l’HCA 44 [01/09/18].

Ambulance 2/7 – 1 vol. (2/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-30/11/18).

Note : un cahier d’observations chirurgicales, sans date.

Ambulance 3/7 – 1 vol. (4/08/14-10/12/18).

Ambulance 4/7 – 1 vol. (2/08/14-1/02/19)

Ambulance 5/7 – 1 vol. (6/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/18).

Ambulance 6/7 – 1 vol. (1/08/14-9/09/14) ; manque après le 10/09/14.

Ambulance 7/7 – Manque avant le 2/02/16 ; 1 vol. (2/02/16-5/01/19).

Note : Une copie d’un journal de marche en forme de rapport (08/08/14-1/02/16).

Ambulance 8/7 – 1 vol. (2/08/14-21/02/16) ; manque depuis le 22/02/16.

Ambulance 9/7 – Manque avant le 26/07/15 ; 1 vol. (26/07/15-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) ; manque après le 1/01/18.

Note : fait fonction d’hôpital d’évacuation (HoE) de Bussang.

Ambulance 10/7 – Manque avant le 12/11/14 ; 1 vol. (13/11/14-4/01/17) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) ; manque après le 1/01/18.

Ambulance 11/7 – 1 vol. (12/08/14-11/04/19).

Ambulance 12/7 – 1 vol. (10/08/14-13/09/16) ; 1 vol. (14/09/16-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-1/03/19).

Ambulance 13/7 – 1 vol. (4/08/14-1/01/19).

Ambulance 14/7 – 1 vol. (12/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-1/01/19).

Ambulance 15/7 – 1 vol. (6/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) ; manque après le 1/01/18.

Ambulance 16/7 – 1 vol. (12/08/14-10/03/19).

A consulter : www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

Les JMO du Service de santé du 7e Corps d’armée : Direction (1/08/14-11/02/19), 26N 126/5 à 26N 126/7 – Groupe de brancardiers de corps (4/08/14-16/01/19), 26N 126/8 à 26N 126/9 – Groupe de brancardiers de corps, détachements fractionnés de la portion principale : Oissery, Fosse-Martin (7/09-13/09/14) ; Vic-sur-Aisne (21/09/14-11/10/14) ; Ambleny (25/10/14-19/11/14) ; Vic-sur-Aisne (14/12/14-29/06/15) ; Boyau-Friand (23/09/14-13/10/15), 26N 126/10.

Ambulances du 8e corps d’armée (1914), devenues ambulances du 8e groupe (1914-1918) :

Ambulance 1/8 – Manque avant le 15/08/15 ; 1 vol. (15/08/15-31/01/19).

Ambulance 2/8 – JMO manquant.

Ambulance 3/8 – 1 vol. (8/08/14-1/03/19).

Ambulance 4/8 – 1 vol. (4/08/14-24/12/18).

Note : pièce annexée, journal de marche du gestionnaire (8/08/14-9/02/16).

Ambulance 5/8 – JMO manquant.

Ambulance 6/8 – JMO manquant.

Ambulance 7/8 – 1 vol. (8/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-25/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-16/02/19).

Ambulance 8/8 – Manque avant le 29/08/14 ; 1 vol. (29/08/14-1/09/16) ; manque après le 01/09/16.

Ambulance 9/8 – 1 vol. (4/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (01/01/17-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-28/02/19).

Ambulance 10/8 – 1 vol. (15/08/14-9/01/17) ; manque depuis le 10/01/17.

Ambulance 11/8 – 1 vol. (4/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-22/03/19).

Ambulance 12/8 – Manque avant le 8/06/16 ; 1 vol. (8/06/16-20/11/18).

Ambulance 13/8 – 1 vol. (15/08/14-15/01/19).

Ambulance 14/8 – 1 vol. (9/08/14-25/01/19) ;

Ambulance 15/8 – 1 vol. (3/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-25/02/19).

Ambulance 16/8 – 1 vol. (3/08/14-20/02/17) ; manque du 21/02/17 au 15/12/17 ; 1 vol. (16/12/17-1/01/19).

A consulter : www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

Les JMO du Service de santé du 8e Corps d’armée : Direction (1/08/14-19/03/19), 26N 130/1 à 130/9 – Groupe de brancardiers de corps (2/08/14-26/01/19), 26N 130/10 – Groupe des sections d’hospitalisation (8/08/14-10/08/17), 26N 130/11.

Ambulances du 9e corps d’armée (1914), devenues ambulances du 9e groupe (1914-1918) :

Ambulance 1/9 – 1 vol. (4/08/14-1/05/18) ; 1 vol. (3/05/18-27/12/18).

Ambulance 2/9 – 1 vol. (8/08/14-3/01/17) ; 1 vol. (1/01/17-6/01/18) ; 1 vol. (1/01/18-8/03/19).

Ambulance 3/9 – JMO manquant.

Ambulance 4/9 – 1 vol. (4/08/14-8/02/19).

Ambulance 5/9 – 1 vol. (3/08/14-28/02/19)

Ambulance 6/9 – 1 vol. (2/08/14-10/03/19).

Ambulance 7/9 – Manque avant le 13/11/16 ; 1 vol. (13/11/16-15/06/18) ; manque après le 16/06/18.

Ambulance 8/9 – JMO manquant.

L'auteur a servi dans cette ambulance : Tulasne, Vingt mois à l'ambulance 8/9. Paris : Jouve, 1917, 64 p.

Ambulance 9/9 – 1 vol. (4/08/14-21/02/19).

Ambulance 10/9 – 1 vol. (12/08/14-25/09/17) ; 1 vol. (25/09/17-25/01/19).

Ambulance 11/9 – 1 vol. (3/08/14-1/03/19).

Ambulance 12/9 – 1 vol. (13/08/14-16/04/19).

Ambulance 13/9 – 1 vol. (4/08/14-1/03/19).

Ambulance 14/9 – JMO manquant.

Ambulance 15/9 – 1 vol. (5/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (2/01/17-12/02/19).

Ambulance 16/9 – 1 vol. (4/08/14-10/12/18).

A consulter : www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

Les JMO du Service de santé du 9e Corps d’armée : Direction (3/08/14-27/03/18), 26N 132/36.

Ambulances du 10e corps d’armée (1914), devenues ambulances du 10e groupe (1914-1918) :

Ambulance 1/10 – 1 vol. (4/08/14-11/06/15) ; 1 vol. (12/06/15-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-1/03/19).

Note : L’auteur a servi dans cette ambulance 1/10 – Maufrais Louis, J’étais médecin dans les tranchées. Paris : Robert Laffont, 2008, 331 p.

Voir pour cette ambulance les "carnets" de l'officier d'administration Ernest Vidal sur le blog : http://ernestvidal.blogspot.fr/

Ambulance 2/10 – JMO manquant

Note : Voir pour cette ambulance détachée à la 19e D.I. - "Poirier André, Le Service de santé d’un corps d’armée dans la bataille. Le 10e C.A. à Charleroi (août 1914)", dans la Revue du service de santé militaire, CVII, 2e semestre 1937, p. 817-846.

Ambulance 3/10 – JMO manquant

Note : Voir pour cette ambulance détachée à la 19e D.I. - "Poirier André, Le Service de santé d’un corps d’armée dans la bataille. Le 10e C.A. à Charleroi (août 1914)", dans la Revue du service de santé militaire, CVII, 2e semestre 1937, p. 817-846.

Ambulance 4/10 – 1 vol. (10/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-3/12/17) ; 1 vol. (4/12/17-15/02/19).

Ambulance 5/10 – 1 vol. (10/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-10/05/19).

Ambulance 6/10 – 1 vol. (9/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-1/01/19).

Ambulance 7/10 – 1 vol. (10/08/14-15/04/18) ; 1 vol. (15/04/18-1/01/19).

Ambulance 8/10 – JMO manquant

Ambulance 9/10 – JMO manquant

Ambulance 10/10 – JMO manquant

Ambulance 11/10 – 1 vol. (4/08/14-19/05/16) ; 1 vol. (20/05/16-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-1/01/19).

Cette ambulance possédait un journal : "Le bistouri" affiché par ses rédacteurs comme un "organe frontal, littéraire, périodique (...) bulletin hebdomadaire, littéraire, scientifique et caustique". Donné par la BNF avec les dates suivantes : [1915-1917]. Le n° du 1er janvier 1917 [n°34, 3e année] est disponible en ligne sur Gallica.fr.

Ambulance 12/10 – 1 vol. (13/08/14-15/08/15) ; manque du 16/08/15 au 14/10/15 ; 1 vol. (15/10/15-29/11/16) ; manque du 30/11/16 au 30/04/17 ; 1 vol. (30/04/17-décembre 18).

Ambulance 13/10 – 1 vol. (5/08/14-7/03/19).

Ambulance 14/10 – 1 vol. (12/08/14-19/01/19).

Ambulance 15/10 – 1 vol. (13/08/14-16/01/19).

Ambulance 16/10 – JMO manquant.

A consulter : www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

Les JMO du Service de santé du 10e Corps d’armée : Direction (01/01/17-25/02/19), 26N 133/11 – Groupe de brancardiers de corps (26/09/15-16/01/19), 26N 133/12.

Sur le GBC n° 10, voir les Mémoires de l'abbé Auguste Lemasson, aumônier au GBC n°10, dans Hubert Néant, "Un aumônier militaire en Artois (1914-1915)", le Pays de Dinan, t. XXVIII, 2008. Cité par Xavier Boniface. Histoire religieuse de la Grande Guerre. Paris : Fayard, 2014, 494 p.

Note : En raison des nombreux JMO manquants au 10e C.A. l’on se reportera pour ces ambulances à : Poirier André, "Le Service de santé d’un corps d’armée dans la bataille. Le 10e C.A. à Charleroi (août 1914)", dans la Revue du service de santé militaire, CVII, 2e semestre 1937, p. 817-846.

NOUVEAUTE 2015 : Les 107 volumes des AFGG

A suivre : ambulances (Groupes 11 à 15)

Mises à jour : 13 décembre 2015, 28 février 2016
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SANITAIRES AU FORT DE MANONVILLER 1914

6 Décembre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

SANITAIRES AU FORT DE MANONVILLER 1914

Un médecin militaire témoigne…

« Rapport de captivité fourni par le docteur Blusson, médecin aide-major de 1ère classe de réserve, médecin au fort de Manonviller (Meuthe-et-Moselle), rentré le 7 septembre [1914] de captivité à Constance où il avait été emmené prisonnier avec ses blessés après la reddition du fort, médecin civil à Bénaménil, chargé en temps de paix du service du fort de Manonviller.

Je me suis rendu au fort de Manonviller le 31 juillet 1914 à 18h 30 sur réquisition de M. le chef de bataillon Rocolle, commandant d’armes. Afin de pouvoir rejoindre mon poste le plus rapidement possible, craignant une attaque brusquée, je pris ma voiture automobile, cette voiture qui se trouvait par conséquent au fort au moment de la reddition a été prise par l’ennemi sans qu’aucun bon ne m’ait été fourni.

Durant les premiers jours de la mobilisation et avant que nos troupes aient pris l’offensive, le fort avec ses tourelles, Nord, Sud, Br, fit de l’excellent travail en tirant sur de nombreuses patrouilles de cavalerie qui se montraient sous le feu de nos canons. Nous pouvions voir aussi défiler sur la route de Igney à Amenoncourt des troupes allemandes, artillerie, cyclistes, infanterie contre lesquelles malheureusement, étant donnée la distance, nous ne pouvions rien.

[page 2] Lors de l’offensive de nos troupes, nos canons détruisirent ou endommagèrent sérieusement des batteries allemandes placées sur la cote de St. Martin et des escadrons ou pelotons de cavaliers ennemis aperçus aux environs de la ferme de Grand Seille, des Amienbois, dans la direction de Xousse et Leintrey. La position des troupes ennemies nous était fréquemment signalée par l’instituteur de Leintrey et cela malgré la présence dans ce village de cavaliers allemands – et communication faites par voies téléphoniques.

Nos troupes s’étant portées en avant sur la ligne Blamont, Avricourt, Maizières, le rôle du fort fut nécessairement réduit à celui de spectateur. Puis nos troupes se replièrent (21 août) et nous n’aperçumes que peu de troupes allemandes durant cette retraite, l’ennemi semblait éviter le fort et passer sur la lisière Nord de la forêt de Parroy (Benamenil – Crion – Sionviller) ou sur la lisière de la forêt de Mondon (Hablainville – Azerailles).

Le 24 août, vers 5 heures du soir, un aéroplane allemand est venu survoler le fort à faible hauteur, faisant deux fois le tour de l’ouvrage, ce qui nous a permis de penser qu’il le photographiait.

Le 25 août à 9h 20 du matin est tombé sur le fort le premier obus allemand (- coup long –) passant exactement au-dessus d’un groupe d’officiers en observation sur le parapet. Immédiatement le pont-levis est levé et le blindage de toutes les ouvertures effectué, soit à l’aide de rails, soit à l’aide de nombreux sacs à terre préparés à l’avance. Du 25 août à 9h 20 du matin et durant 53 heures consécutives sans aucune interruption (si ce n’est une interruption [page 3] de 3/4 d’heures environ dans la nuit du 26 au 27) le fort fut bombardé à raison de 180 à 230 obus par heure. Les constations qui ont pu être faites, débris de projectiles, ogives trouvées, ont permis de penser que l’on avait à faire à des obus de 280 voire même 305 et de calibres inférieurs. Après une heure 1/2 de bombardement, la tourelle Sud (fonte dure) était déjà sérieusement endommagée, quelques heures après le bombardement une gaine circulaire s’effondre rendant le passage impossible, les observatoires d’artillerie ne signalaient aucune troupe importante en avant de nous, quelques patrouilles de deux ou trois cavaliers. Un ballon captif allemand était aperçu du côté d’Amenoncourt, il fut tiré sur lui sans résultat. Impossibilité de pouvoir situer la position des batteries allemandes.

Dès le premier jour, les gaines, les casemates, les tourelles étaient envahies par une fumée noirâtre et jaunâtre particulièrement asphyxiante dégagée par l’explosion des projectiles. Dans la nuit du 25 au 26 j’ai dû donner mes soins à près de 150 hommes atteints d’un début d’asphyxie. Devant cet état de choses, je priai le capitaine du génie de bien vouloir mettre à ma disposition les tubes d’oxygène destinés à la télégraphie optique dont le poste venait d’être démoli. Grâce à ces tubes aussitôt que m’était signalé un endroit où les vapeurs asphyxiantes étaient particulièrement intenses, immédiatement les brancardiers se rendaient à l’emplacement indiqué, avec un tube dont le dégagement gazeux permettait de créer une atmosphère un peu plus respirable.

[page 4] Les 25 et 26, le bombardement continua sans relâche morale des hommes et de toute la garnison [excellent.] Plusieurs blessés dont les premiers l’ont été de la façon suivante : un officier et plusieurs hommes allant porter des sacs à terre devant la porte d’entrée, un obus perfore cette porte projetant de nombreux éclats qui atteignirent l’officier (lieutenant Fora) et trois hommes dont l’un mourut dans la nuit, de fracture du crâne. Plusieurs casemates, en particulier celle des officiers de la 10e cie étaient sérieusement atteintes, c’est miracle qu’aucun d’eux n’ait été blessé. Un d’entre eux qui portait sa jumelle en sautoir a vu cette jumelle écrasée sans que lui n’ait subi aucun dommage. Des fissures sont constatées dans de nombreux endroits, les gaines et casemates sont envahies par les gaz. La tourelle nord, autant que je puis me rappeler était indisponible dès ce moment, l’approvisionnement en projectiles de ces tourelles fut évacué dans la crainte qu’un nouvel obus ne les fit sauter.

Le 27 au matin, le bombardement redouble et l’on sent très bien (ébranlement sérieux du fort, plus grande intensité des détonations) que les obus lancés sont d’un plus gros calibre. Vers midi, un obus tombé sur l’ambulance fit fléchir nettement sous mes yeux, la voûte de celle-ci qui après, se réfléchissant, repris sa forme primitive sans autre détérioration qu’une fêlure.

Trouvant que dans ce local la sécurité était plus que relative, après avis du commandant d’armes et du capitaine du génie, je me mis en devoir de transporter ma table d’opération dans une gaine voisine de la casemate du gouverneur. Là, se trouvaient 25 à 30 hommes que je fis reculer un peu plus loin pour établir mon installation. A peine venais-je [page 5] de donner cet ordre que la voûte s’effondrait, blessant grièvement deux hommes (l’un fracture du crâne, l’autre fracture de la clavicule). Moi-même je reçus sur la tête un énorme débris de maçonnerie qui ne me causa que peu de mal grâce à l’idée que j’avais eue de placer dans mon képi, trois ou quatre mouchoirs de poche.

La situation devenait critique, une casemate dans laquelle heureusement ne restaient que quelques hommes s’effondre en en ensevelissant un sous les décombres et en en blessant deux autres (l’homme enseveli a pu être retiré dans la nuit du 27,il a été retrouvé courbé en deux, la colonne vertébrale brisée, la tête aplatie d’arrière en avant). A ce moment se trouvaient à l’infirmerie une vingtaine de blessés, dont huit ou neuf (dont 2 officiers) ne pouvaient marcher.

Vers deux heures du soir, le 27, la situation devient intenable, le fort est ébranlé de toutes parts, les gaines sont envahies de plus en plus parles gaz délétères et les hommes cherchent de tous côtés, un endroit où ils puissent respirer. Les gros obus dont il sera parlé tout à l’heure éclatent exactement sur le fort, chaque chute de l’un d’entre eux, nous avons nettement l’impression, le moral étant toujours parfait, que nous sommes sous la menace imminente ou d’une asphyxie complète, ou d’un ensevelissement total.

Le Conseil de défense se réunit pour envisager la situation dans une première réunion dont je n’ai pas connu le résultat. Vers 15 heures (autant que mes services soient exacts) nouvelle réunion du Conseil de défense qui envisage la possibilité d’une sortie reconnue impossible (En effet les fossés sont à moitié comblés, les parapets n’existent plus, les abords du fort sont impraticables, la grille d’avancée sérieusement [page 6] endommagée semblait présenter un obstacle des plus sérieux). Devant cet état de choses, le Conseil de Défense considère que résister plus longtemps vouerait à une mort certaine et sous peu de temps (asphyxie ou ensevelissement) la garnison toute entière, et cela sans aucun profit pour les opérations, la défense ou le pays. Il décide, à regret, les larmes aux yeux, d’abandonner le fort dont les tourelles, les canons-révolvers sont inutilisables.

La garnison sort avec les honneurs de la guerre et, le colonel ou général allemand félicite la garnison en la personne de son Commandant sur sa bravoure et sa ténacité. Nous apprenons par les allemands que nous étions bombardés par des batteries installées sur voie ferrée, à la gare de Deutsch-Avricourt, ils s’étonnent que nous n’ayons pas eu connaissance de l’emplacement de leurs batteries.

Un capitaine de pionniers, parlant très bien le français nous a montré le plan du fort qu’il possédait, il nous apprend que les obus lancés sur nous dans la dernière journée sont du diamètre de 42,5 mesurent 1m30 de haut contenant 100 kgs. d’explosifs, un ou deux culots de ces obus ont été vus sur le fort après le bombardement. Les pièces tirant des obus étaient installées sur voie, à la gare de Deutsch, sur un raccordement de la ligne Avricourt-Strasbourg ou Avricourt-Dieuze.

Les affuts, d’un poids très lourd, ne peuvent guère être amenés que par voie ferrée, ils rouleraient sur rails, la portée maxima de ces canons est parait-il de 15 kilomètres, le maniement de ces pièces était effectué par des ingénieurs ou ouvriers de l’usine Krupp. [page 7] J’ai quitté le fort de Manonviller le 29 août au matin, avec mon personnel (A) et mes blessés pour me rendre à la gare de Blamont, là, nous fûmes embarqués dans un train contenant des blessés allemands en grande quantité, nous fûmes dirigés par Strasbourg sur Appenweis et Offenburg, et après deux jours et deux nuits de voyage, nous fûmes enfermés à Constance où j’étais en compagnie du sous-lieutenant Villard du 19e Dragons et du lieutenant Claudel, blessé au fort de Manonviller. L’attitude des officiers allemands à notre égard, fut bienveillante.

Après 5 jours de captivité, le personnel sanitaire et moi fûmes reconduits à la frontière suisse à Kreuzlingen, d’où un officier suisse nous accompagna jusqu’à Berne. – A Berne, l’Etat-major suisse nous fit diriger sur la gare frontière des Verrières.

Je suis allé me présenter à la Place de Pontarlier où j’ai pris le train pour Besançon, me mettant dans cette ville immédiatement à la disposition de M. le général commandant la 7e région. Je me permettrai de signaler l’accueil particulièrement bienveillant et chaleureux des officiers suisses qui, durant toute la traversée de leur pays, ne permirent pas que mes hommes et moi eussent à dépenser quoi que ce soit pour leur nourriture ou leur voyage. Signé : Blusson. »

  1. Garnison de Manonviller : 803 personnels, dont 23 officiers et 56 sous-officiers – Personnel du service de santé : médecin aide-major Blusson, médecin auxiliaire Servet, huit infirmiers (Demoyen, Lacoste, Louis, Pelingre, Verrier, Richard, Pereb, Declerc).

Source : Arch. Musée du service de santé des armées, au Val-de-Grâce à Paris, cart. n° 634 (dos. Blusson).

Pour en savoir plus :

Site officiel du fort de Manonviller

Sur les autres hôpitaux militaires de siège traités dans ce blog : Givet, Montmédy, Longwy, etc.

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ANTONIN ARTAUD DANS LA GUERRE, par Florence de Mèredieu.

1 Décembre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes

ANTONIN ARTAUD DANS LA GUERRE, par Florence de Mèredieu.

Sortie : 20 Novembre 2013

A propos d’un cas… Antonin Artaud (1896-1948), « soldat d’infanterie, ajourné puis trois fois réformé (1914-1918) ».

Florence de Mèredieu après une magistrale biographie d’Antonin Artaud (« C’était Antonin Artaud », Fayard, 2006, 1087 p.) nous propose aujourd’hui : « La Guerre d’Antonin Artaud », période de 1914-1918 qui avait été à peine abordée dans sa biographie citée précédemment. Son ouvrage est découpé en six parties, dont la première (p. 15-126) et les documents annexés (p. 317-343) intéressent la « Grande » Guerre d’A. Artaud qui paraît s’être limitée aux seuls murs de l’infirmerie du 3e régiment d’infanterie de Digne. L’amorce de son combat contre ce que l’on appelait alors la « neurasthénie » laquelle proliféra, s’aggrava et l’accompagna au fil de sa vie de maisons de santé en asiles, nous est présentée par l’auteur à la façon d’un entomologiste. Florence de Mèredieu, dans un livre très dense, introduit en marge le cas Artaud dans le creuset explosif des « mécanique(s) asilaire et guerrière », pour mettre douloureusement en évidence les traitements coercitifs contre les « embusqués du cerveau » mis en œuvre par la médecine civilo-militaire. Ce nouveau « réquisitoire » après ceux de Sophie Delaporte et de Jean-Yves Le Naour présente l’un des aspects les plus controversés de l’historiographie médico-militaire 1914-1918.

L’ouvrage se poursuit (p. 127-317), en six parties sur la « Guerre continuée » (1919-1939) ; « exilé dans son propre pays » (1939-1946), « La période de Rodez, résistances et machines de guerre », « stratégies de guerre et manières d’écrire », « l’après-guerre, le retour, l’ère atomique » (1946-1948). Ces monuments d’esthétismes littéraires m’éloignent de ma thématique 14-18… encore que loin de l’esthétisme, il y a un petit quelque chose de « surréaliste », de baroque, en un mot de rafraîchissant à découvrir – parmi tant d’autres informations passionnantes - la filmographie d’Antonin Artaud dans son rôle du soldat Vieublé, l’ouvrier parigot fin saoul, le « crisard » des Croix de Bois de Dorgelès, dans le film éponyme (1932) de Raymond Bernard. [Ici c’est moi qui cite l’extrait avec jubilation, puisé aux meilleures sources – Je souhaite que Florence de Mèredieu ne m’en tienne pas rigueur de l’associer à son ouvrage -, en souvenir du « soldat d’infanterie, ajourné puis trois fois réformé» qui n’a probablement jamais vu les tranchées :]

  • « Et moi, Vieublé, soldat de deuxième par protection, médaillé militaire et croix de guerre. Si les boches n’aiment pas la lumière, je les em… !».
Présentation de l'éditeur :
Mr Mutilé, Mr tronçonné, Mr amputé, Mr décapité dans les barbelés et les guillotines du pouvoir discrétionnaire de la guerre. (Antonin Artaud).

1914-1918 : une génération d'artistes et d'écrivains (Artaud, Breton, Masson, Céline...) est projetée dans la Grande Guerre, ses tranchées, ses champs de bataille (Verdun), ses morts et ses blessés psychiques. Des Centres de neuropsychiatrie sont créés pour traiter au plus vite les malades sans blessures apparentes, et les renvoyer au front.


Cette guerre de 14-18, Antonin Artaud (1896-1948) ne cessera de la revivre. Comme acteur de cinéma, dans Verdun, Vision d'histoire et Les Croix de bois. Comme écrivain, auteur et acteur de théâtre. Les textes et dessins de ses derniers cahiers sont l'expression de la guerre littéraire et graphique qu'il mène à l'encontre d'une société qui a fait de lui : un mutilé, un amputé, un déporté de l'être.


Entre les deux conflits (de 1918 à 1939), se mettent en place un processus de guerre continue (Michel Foucault), une société de plus en plus technicisée et médicalisée, une brutalisation de masse (George Mosse) de la société civile et la montée d'une forme d'hygiène mentale et sociale dont le dévoiement aboutira, en Allemagne, au fascisme hitlérien. 1939-1945 : Hitler (soigné lui aussi, durant la Première Guerre, dans un centre psychiatrique) entraîne l'Europe et le monde dans une guerre d'extermination.


Artaud connaît alors les asiles psychiatriques, la faim, les électrochocs. Ce livre plonge au coeur même de ce qui fit l'essentiel de l'histoire politique et culturelle du XXe siècle. La grande histoire s'écrit au rythme de la littérature et des arts de la première moitié du siècle. On y croise ces psychiatres (et psychanalystes) qui ont nom Charcot, Freud, Babinski, Toulouse, Grasset, Tausk, Allendy, etc.


Ce qu'Edouard Toulouse nommait la biocratie marque, aujourd'hui encore, l'ensemble de notre société.

Florence de Mèredieu : écrivain et universitaire (Paris I-Panthéon/Sorbonne-Philosophie. Esthétique et sciences de l'art). Auteur d'ouvrages sur Picasso, Duchamp, Masson, le Gutai, Van Gogh... Et d'un ensemble d'études sur l'oeuvre et la vie d'Antonin Artaud: C'était Antonin Artaud, biographie, Fayard, 2006. Antonin Artaud, Portraits et Gris-gris, 1984-2008 ; Sur l'électrochoc, le Cas Antonin Artaud, 1996 ; La Chine/Le Japon d'Antonin Artaud, 2006, Blusson. L'Affaire Artaud, Fayard, 2009, etc.

http://www.editions-blusson.com/

A lire dans le Journal Ethnographique en ligne, du 1er mai 2015, l'interview de Florence de Mèredieu par Jean Joseph Goux : Artaud. Guerre, Pouvoir et Psychiatrie.

MISE A JOUR : 9 janvier 2016

A lire ou à écouter sur France-Culture, sur des sujets connexes et difficiles qui me sont chers sur l’hygiène mentale, les mutilations volontaires et le « torpillage » à la façon médico-militaire, durant la guerre 1914-1918 :

L’ouvrage devenu « classique » de Sophie Delaporte, Les médecins dans la Grande Guerre, 1914-1918. Paris : Bayard ; 2003, 224 p.

Jean-Yves Le Naour, Les soldats de la honte. Paris : Perrin ; 2011, 280 p. – Paris : Perrin (Tempus poche) ; 2013, 222 p.

Nicolas Offenstadt, Les fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999). Paris : O. Jacob ; 1999, « Mutilations volontaires », p. 38-41 et aussi André Bach (général), Fusillés pour l’exemple, 1914-1915. Paris : Tallandier ; 2003, 617 p. dont le chap. X (p. 321-373) n’est pas à la gloire du service de santé militaire : « La mort pour les lâches qui se mutilent ! ».

L’ouvrage le plus récent sur le sujet est une très belle étude régionale (France Ouest) ; un modèle qu’il serait possible de multiplier à l’échelle nationale : Stéphane Tison et Hervé Guillemain, Du front à l’asile, 1914-1918. Paris : Alma ; 2013, 416 p. Lire une analyse (20 janvier 2014) de l'ouvrage par Fabrice Boyer : Le “4e fiévreux” ou la folie en bleu horizon (1) dans le Carnet BCU 1914-1918 de l'université de Clermont-Ferrand.

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