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AMBULANCE DE BELLEFONTAINE (22-30 août 1914) - 4e partie

21 Novembre 2014 , Rédigé par François OLIER

4e partie - CARNET DE BLESSES A BELLEFONTAINE, 22-30 août 1914

Suite de la 3e partie : Ambulance franco-allemande à Marbehan (août-septembre 1914)

Les hasards de la recherche permettent parfois de découvrir, redécouvrir, signaler ou compléter des documents « remarquables ». Aujourd’hui je vous en propose un : la transcription d’un carnet de notes de médecin militaire donnant une liste de 176 blessés français et allemands entrés à l’ambulance militaire française de Bellefontaine (Belgique). Cette formation improvisée agrégat de granges, d’écoles, à l’origine postes de secours régimentaires, fut confié à une équipe médicale réduite laissée sur place au lendemain des engagements de la journée du 22 août 1914 et faite prisonnière. Ces militaires, vite débordés, furent activement secondés par une population belge héroïque. Cette transcription peu courante est annexée (7 pages) au rapport de captivité du médecin aide-major de 1ère classe Jean Dournay, d’Amiens (1882-1950) qui fut en charge du fonctionnement de cette « ambulance ».

Appel aux généalogistes !

Cette liste de soldats blessés, parfois signalés comme décédés sur certaines situations régimentaires intéressera les généalogistes qui ont beaucoup travaillé sur les « pertes totales » (décédés, blessés et disparus) et les sépultures des morts de la bataille des Frontières et sur cette terrible journée du 22 août 1914 donnée comme le jour le plus meurtrier de l’Histoire de l’armée française… Le lecteur trouvera matière à des propositions de rectification dans le cadre de l’indexation collaborative du site Mémoiredeshommes du service historique de la Défense. Ces rectifications potentielles (Les deux Mousset, Pigache, etc.) sont indiquées entre crochets au fil de la transcription. Je laisse aux généalogistes experts le soin de poursuivre…
« Liste des blessés français et allemands soignés à l’ambulance de Bellefontaine (Belgique), du 22 au 30 août 1914.

Liste des blessés – Pour faciliter plus tard la tâche des pouvoirs publics, au cas où l’on voudrait remercier les habitants qui ont fourni des soins à nos blessés, je copie intégralement la liste ci-jointe, où les blessés sont rangés selon leur répartition dans le village.

Chez M. jacques Goffinet. [à Bellefontaine (Belgique)]- (grange), 13 blessés : 4 français, 9 allemands : Moscand, 120e régiment d’infanterie (120e RI), 4e compagnie (cie) – Frank, 120e d’infanterie, 8e cie – Tenaerts, 120e d’infanterie, 8e cie – Ducrocq, 120e d’infanterie, 8e cie – y sont également 9 soldats allemands, dont je n’ai pu avoir ni les noms ni le régiment.

A l’école communale des garçons [à Bellefontaine (Belgique)]- . (soignés par l’instituteur et sa famille), 26 français : Dutoit Lucas, 120e, 11e cie – Pamboucq, 140e, 12e cie – Hiver, 120e, 11e – Legros, 147e, 12e cie – Bethefer, 120e, 11e cie – Renard, 120e, 6e cie – Duclerq, 120e, 6e cie – Mouillesaux, 120e, 10e cie – Bourbion, 120e, 10e cie – Teissier Georges, 147e, 12e cie – Mousset [André Auguste, 1893-1914, décédé le 22 août 1914], 120e, 8e cie, décédé le 23 août [1914] – Douchet, 120e, 2e cie – Maillaux, 120e, 8e cie – Calais, 120e, 11e cie – Lallement, sergent, 120e, 2e cie – Miège, 120e, 2e cie – Caboche, 120e, 8e cie – Lefèvre Lucien, 120e, 2e cie – Osmont, 120e, 2e cie – Pierron, 120e, 10e cie – Woitier, 120e, 10e cie – Barthélémy, 120e, 4e cie – Amory, sergent, 120e, 11e cie – Mancolin, 18e Chasseurs à pied [BCP], 4e cie – Chaumont, 120e, 8e cie – de Villepoix, 120e, 4e cie.

Chez Monsieur Marcelin Goffinet [à Bellefontaine (Belgique)]-. (grange), 13 français : Brunet, 120e, 5e cie – Van Debruck, 9 [BCP], 4e cie – Floury Jules, 120e, 3e cie – Maison, sergent, 120e, 5e cie – Lefevre, 120e, 6e cie – Paris, 120e, 5e cie – Legardet, 147e, 10e cie – Lesueur, 120e, 6e cie – Braulet, 147e, 6e cie – Gradel, 120e, 6e cie – Bloudiaux, 147e, 11e cie – Caffiet, 147e, 11e cie – Colas, 147e, 11e cie.

Au Patronage [à Bellefontaine (Belgique)]-. (soignés par des femmes et des jeunes filles du pays), 29 français : Leune, Jules, 120e, 8e cie – Dagney, 120e, 8e cie – Loizel Louis, 120e, 1ère cie – Martin Marcel, 120e, 8e cie – Duquent Charles, 120e, 8e cie – Hermant Alfred, Avesnes 1969 (1212) – Delvaux Joseph, 120e, 8e cie – Garnier Emile, 9e [BCP], 4e cie – Larue Emile, 120e, 2e cie – Mardonnier, 120e, 2e cie – Paris, 120e, 6e cie – Ranbourg, 120e, 4e cie – Perrot, 120e, 11e cie – Tatton, 120e, 6e cie – Dupant, 120e, 11e cie – Marchal, 120e, 7e cie – Greuet, 120e, 11e cie – Fernet, 120e, 11e cie – Simon, 120e, 7e cie – Hagard, 120e, 11e cie – Delepine, 120e, 8e cie – Aubin, 120e – Maurice François, 147e, 9e cie – Lafevre Julien, 120e, 2e cie, probablement décédé le 26 août [1914]Conier Raymond, 120e, 7e cie – Lourdel François, 120e, 10e cie - Dumoulin Charles, 120e, 10e cie – Henin Henri, 120e, 7e cie – Comet [lire : Cornet, Léon-Edmond, 120e, 1886-1914] Léon, 1966 Mézières 1427, décédé le 29 août [1914]. Il y avait en plus, 5 allemands : Honisch, 10e Regiment Grenadier, 9e Kie – Orzol, 10e Regiment Grenadier, 9e Kie – Welenzek, 38e Reg. Inf., 12e Kie – Wolny Johann, 10e Regiment Grenadier, décédé le 27 août [1914] – Wosnitzka Karl, 10e Regiment Grenadier, 10e Kie.

Chez Madame Martilly [à Bellefontaine (Belgique)]-. (grange), 4 français, 3 allemands : [Français] Brea Louis, 120e, 10e cie – Camus, 120e, 10e cie – Gros Charles, 7e Colonial, 2e cie – Beysse Marcel, 7e Colonial, 2e cie – [Allemands] Künast, 38e Reg, 1ère Kie – Wolff, 38e Reg, 7e cie – Barton, 38e Reg, 7e cie, décédé le 25 août [1914].

Chez Monsieur Steinlet [à Bellefontaine (Belgique)]-. (Grange), 5 français : Letrauge, 18e [BCP], 2e cie – Debligue, 9e [BCP], 5e cie – Blauvaut, 9e [BCP], 1ère cie – Renaux, 9e [BCP], 5e cie – Colle, sergent, 120e, 4e cie.

Chez Monsieur Mace [à Bellefontaine (Belgique)]-. (Grange), 6 français : Laurent, 120e, 10e cie – Carton, 120e, 10e cie – Guibaut, 7e Colonial, 7e cie – Verdière Albéric, 147e, 9e cie – Marie, 120e, 10e cie – Martinet, 120e, 10e cie.

Ecole des filles [à Bellefontaine (Belgique)]-. (soignés par les sœurs de l’école), 35 français et 20 allemands : [Français] Pigache [Pierre, 1893-1914], lieutenant, 147e, [décédé le 31 août 1914] plaie de poitrine – Lecercle, 120e – Durin, 7e Colonial, 7e cie – Teboul [Aaron Sidney, 2e classe, 1891-1914], 147e, 10e cie, décédé le 29 août, fracture à la colonne vertébrale – Bernaux, 120e, 3e cie – Martin, 1er Colonial, 1ère cie – Delagoutte, 3e Colonial, 7e cie – Laout, 120e, 7e cie – Moiraud, 120e, 5e cie – Thuillier, 120e, 7e cie – Mousset [lire Mousset Louis, 1892-1914, décédé le 8 septembre 1914 à l’ambulance d’étape allemande de Marbehan], 120e, 1ère cie, décédé le 26 août [1914] – Nivoix, 120e, 4e cie – Degrosillier, 120e, 11e cie – Rousselle, 7e Colonial, 11e cie – Legrand, adjudant, 120e, 7e cie – Leroux, 120e, 12e cie – Lalou, 120e, 8e cie – Bœuf, 120e, 7e cie – Joyer, 120e, 5e cie – Baccuvier, 120e, 5e cie – Régnier, 120e, 5e cie, décédé le 29 août [1914], fracture du crâne – Aubay, 120e, 7e cie – Leclercq, 147e, 11e cie – Chemy Daniel, 147e, 9e cie – Charles, sergent, 120e, 6e cie – Osselin, 147e, 10e cie – Courquin, 147e, 10e cie – Lecul, 120e, 5e cie – Millet René, 120e, 5e cie – Marciau Eugène, 120e, 11e cie – Duquenne, 120e, 5e cie - Docq, 120e, 5e cie – Schmitt, 120e, 7e cie – Body, 120e, 5e cie - Harnay, 120e, 5e cie. – [Allemands] Neuwoleck, 38e inf. – Nuwak, 36e inf. – Urban, 10e – Jahn, 10e – Mislear, 6e inf., 6e Kie – Gorcol, 38e inf. – Juraschek, 38e inf., 9e Kie – HoppeBarfsuh, 10e Reg., 9e Kie – Reinfold Tagel, 51e inf., 3e Kie – Schmander, 38e Reg., 11e cie – Shendziclar Gestreiter des Rgt Stanislaüs – X…, 10e Reg., 8e Kie – Wassan, 38e Reg. – Klysta, 10e Reg. – Rzesnitzek, 10e Reg. – X…, 10e Reg., 8e Kie – Meumann Franz, 8/10 [10e Reg., 8e Kie] – Nawrath Théodor, 10e Reg., 10e Kie – Bartsch

Chez Monsieur le curé [à Bellefontaine (Belgique)]-. (dans des chambres), 2 français, 2 allemands : [français] Emile, 120e, 3e cie – Vinchon, 120e, 3e cie – [allemands] Huvzidem, 10e Reg, 9e Kie – Lejaryk, 10e Reg., 9e Kie.

Grange Klaynes, 4 français : Hubert, sergent, 120e, 4e cie – Bourdon Michel, 120e, 4e cie - Lefevre Henri, 120e, 4e cie - Lefevre Eugène, 120e, 4e cie.

Total – Français : 137, Allemands : 39 – [total] 176

Résumé : Sur ces 176 blessés il y eut 8 décès à Bellefontaine. Les autres furent évacués vers l’Allemagne. Tous ces noms sont reproduits d’après un carnet fait à la hâte. La liste que j’avais faite là-bas m’a été prise. Aussi il est possible que des erreurs se soient glissées dans les noms. J’ignore ce que sont devenus ces blessés par la suite. Quelques-uns sont à Alten-Grabow.

Le médecin aide-major de 2e classe : D. Dournay. »

1ère partie, les ambulances de Lahage.

2e Partie – Les ambulances de Lahage puis de Bellefontaine (Belgique). 22-30 août 1914.

3e partie - Ambulance franco-allemande à Marbehan (août-septembre 1914).

Sources :

Musée du Service de santé des armées, Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 635, dos. 59 (Dournay).

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AMBULANCE 13 ET… ACAPSA ORLEANS

10 Novembre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia

AMBULANCE 13 ET… ACAPSA ORLEANS

Le volume 5 (cycle III, 1/2) Les Plumes de fer… est sorti. L’ACAPSA monte au front.

Il n’est plus nécessaire de faire découvrir Louis-Charles Bouteloup, dont les aventures sont suivies par les passionnés de bandes dessinées de la Grande Guerre. La suite de la saga proposée par Ordas et Mounier, intitulée Les Plumes de Fer, aux éditions Grand Angle est disponible dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre. Ce nouvel album nous permettra de découvrir l’année 1917 en Alsace, le front, les Américains, les Peaux-Rouges, les « parias de l’armée », les Corps Francs, etc. Un souffle à la Vercel. Il y a du Capitaine Conan dans cette épopée… Vivement que Bouteloup soit affecté au front d’Orient. Il n’est pas trop tard !

Mon petit propos pour signaler l’ACAPSA qui a réalisé, en lien avec le Val-de-Grâce, le dossier hors-texte qui accompagne le tome 5, sur : Le développement technique du Service de Santé des Armées à travers ses Ateliers Généraux. L’élaboration de ce dossier très intéressant, constitué par les soins de l’Association du Conservatoire des approvisionnements en produits de santé des armées d’Orléans-Chanteau, textes de Blandine Lauverjat et Michel Farouault, marque le centenaire de la naissance de l’établissement central des matériels sanitaires du service de santé des armées organisé à Paris en 1915.

Cette jeune association « ACAPSA » a collaboré cette année, dans le cadre du Centenaire, à plusieurs expositions sur le service de santé militaire : à Bourges, Chartres, Vitry-le-François, etc. en mettant en avant son expertise, le savoir-faire de ses membres et en sélectionnant parmi les milliers d’objets de ses réserves, nombre d’objets patrimoniaux de l’univers sanitaire de la Grande Guerre.

Une véritable « mine » encore trop peu connue des associations en recherche d’objets pour leurs expositions :

ACAPSA – site d’Orléans-Chanteau, route de Saint-Lyé-la-Forêt, 45400 FLEURY-LES-AUBRAIS
Plaquette de présentation de l'ACAPSA d'Orléans-Chanteau (2014)
Plaquette de présentation de l'ACAPSA d'Orléans-Chanteau (2014)

Plaquette de présentation de l'ACAPSA d'Orléans-Chanteau (2014)

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CATALOGUE DE L’EXPOSITION « DU FRONT VERS LA CORREZE… », 1914-1918.

5 Novembre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #Centenaire, #varia

CATALOGUE DE L’EXPOSITION « DU FRONT VERS LA CORREZE… », 1914-1918.

CATALOGUE DE L’EXPOSITION « DU FRONT VERS LA CORREZE… », 1914-1918.

Le 8 octobre dernier j’ai publié un article sur l’inauguration de l’exposition « Hôpitaux et blessés de guerre, 1914-1918, Du front vers la Corrèze. » organisée par les archives départementales de la Corrèze. A l’avant-veille du départ en grande « itinérance » de cette remarquable exposition : Tulle, Uzerche, Objat, Brive, Argentat, Ussel (2014-2015), il est important de claironner que cette exposition est encore visible au siège des archives départementales à Tulle jusqu’au 21 novembre 2014.

Pour les non-corréziens - dont je suis - un coup d’éclairage s’impose sur le très beau catalogue à petit tirage (300 exemplaires) de cette exposition pionnière, qui est un petit bijou d’édition, une mine d’inspiration, un modèle pour les expositions à venir sur les thématiques sanitaires de la Grande Guerre. Un catalogue illustré qui fera date. Il est inutile d’en dire plus, vous en trouverez quelques illustrations in fine.

Archives départementales de la Corrèze. Sous la direction de Justine Berlière, par Julien Mendès, avec la collaboration de Jean-Marc Nicita. Catalogue d’exposition : Hôpitaux et blessés de guerre, 1914-1918, du front vers la Corrèze. Brive : éd. Lachaise, 2014, 95 p. – prix : 15€ + 1.5€ de frais d’envoi.
Pour commander le catalogue : s’adresser au secrétariat des archives départementales : 05.55.20.11.91.

http://www.archives.cg19.fr/boutique/

CATALOGUE DE L’EXPOSITION « DU FRONT VERS LA CORREZE… », 1914-1918.CATALOGUE DE L’EXPOSITION « DU FRONT VERS LA CORREZE… », 1914-1918.
CATALOGUE DE L’EXPOSITION « DU FRONT VERS LA CORREZE… », 1914-1918.CATALOGUE DE L’EXPOSITION « DU FRONT VERS LA CORREZE… », 1914-1918.CATALOGUE DE L’EXPOSITION « DU FRONT VERS LA CORREZE… », 1914-1918.
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Exposition à Nogent-sur-Marne : Le Paradis des blessés (1914-1919)

2 Novembre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia, #Centenaire

1er avril 1916 - Mr Poincaré président de la République visite l'hôpital Champion Smith, à Nogent-sur-Marne. Agence Rol.
1er avril 1916 - Mr Poincaré président de la République visite l'hôpital Champion Smith, à Nogent-sur-Marne. Agence Rol.

L’hôpital auxiliaire n° 73, Champion-Smith à Nogent-sur-Marne (1914-1919).

Madeleine Smith-Champion (1864-1940) et Jeanne Smith (1857-1943) organisèrent, à leur frais, à Nogent-sur Marne, dans l’actuelle Maison Nationale des Artistes [1945], sous les auspices de la société de secours aux blessés militaires, un hôpital auxiliaire d’une capacité de 35 à 65 lits.

Cet hôpital ouvert le 29 août 1914, fut immatriculé par le Gouvernement militaire de Paris (GMP) sous le n°73. Il fut fermé le 10 avril 1919.

les soldats qui y furent hébergés lui donnèrent le nom de « Paradis des blessés » ; titre qui fut attribué au journal de guerre édité par les blessés, l’équipe de bénévoles et les sœurs Smith.

On trouvera une description de cet hôpital dans l’opuscule de 8 pages du docteur H. Rinuy : L’hôpital auxiliaire 73, Champion-Smith à Nogent-sur-Marne. Saint-Cloud : imp. Giraud, 8 p.

MANIFESTATIONS CENTENAIRE 2014 :

A La Maison nationale des artistes, 16 rue Charles VII, à Nogent-sur-Marne :

Exposition du 12 septembre au 16 novembre 2014. Tous les jours de 9h à 12h et de 14h à 18h. Entrée libre.

A la Médiathèque municipale, 70 bis rue Alexandre Ledru-Rollin, au Perreux-sur-Marne

Lecture, Samedi 8 novembre à 16h : Extraits de la pièce « Hôpital Auxiliaire n°73 » par les huit comédiens de la Compagnie Philippe Eretzian. « Cette création originale évoque la vie de la demeure des Smith-Champion, actuelle Maison Nationale des Artistes à Nogent, pendant la Première Guerre mondiale. A partir des archives, des carnets, des correspondances et des articles de presse de l’époque, l’auteur et metteur en scène Philippe Eretzian dépeint la vie de l’hôpital auxiliaire 73 » et l’émouvant parcours des sœurs Smith.

La pièce sera jouée le samedi 13 décembre à 20h30 à l’Auditorium de la médiathèque

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CHEZ LES TOUBIBS

21 Octobre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia

Gus Bofa est de retour...
Gus Bofa est de retour...

Chez les Toubibs, de Gus Bofa, présentation d’Emmanuel Pollaud-Dulian, Paris : éd. Cornelius, 2014.

Un grand merci aux éditions Cornélius de nous permettre de redécouvrir – en fait, découvrir – « une édition nouvelle, revue et corrigée, augmentée de crayonnés des dessins interdits par la censure » de Gustave Blanchot (1883-1968) : Chez les Toubibs. Seuls les amateurs de BD et de caricatures connaissent la fameuse édition du journal La Baïonnette* de Charles Malexis et son numéro spécial de mars 1917 intitulé… « Chez les Toubibs ». Ce que nous proposent les éditions Cornélius c’est un ouvrage qui quitte le rayon des périodiques rares – lire : oubliés – pour être porté à la connaissance du grand public au travers d’une très belle édition reliée pleine toile.

Toutefois « cette mise à disposition » ne peut se faire qu’avec moult précautions et avertissements. Emmanuel Pollaud-Dulian, biographe de Gus Bofa** nous y aide. Il nous brosse en XXIII pages illustrées, une petite monographie érudite de la caricature sanitaire pendant la « Grande Farce », laquelle nous prépare, à petits traits, au choc cruellement drolatique des dessins de Bofa et du texte des « petites monographies » de Pierre Mac Orlan.

Mais ne nous égarons pas amis et héritiers des damnés de la Grande Guerre ; que l’on ne s’y trompe pas, les dessins de Bofa, ne sont pas que le réquisitoire d’un antimilitariste, pacifiste, fils de colonel, c’est avant tout l’œuvre d’un « artiste combattant » reconnu par ses pairs, du pur modèle « Norton-Cru », un médaillé militaire, croix de guerre, invalide de guerre… un héros commun, un vrai poilu !

Ne vous en déplaise, amis « Croix-Rouge » et « suppôts patentés de la santé militaire », l’expérience « Bofa chez les toubibs » est une histoire vécue, une histoire au long cours (Hôpitaux auxiliaires de Toul, 1915-1916) : « j’étais couché. Je faisais de la fièvre et des dessins sur les hôpitaux militaires », celle d’un être vulnérable, soumis au terrorisme médico-infirmier toulois.

Ne boudons pas notre plaisir et découvrons ce monument tendrement irrévérencieux, tout à la gloire du service de santé militaire français, l’œuvre d’un « antimilitariste combattant » dont la page de gloire assumée fut d’avoir sauvé sa « patte » des mains expertes des chirurgiens militaires.

Un livre rare, à mettre dans toutes les bonnes mains de la « Médico Fanfare » pour Noël. Qu’on se le dise ! Qu’on le claironne ! Gus Bofa est de retour.

* La Baïonnette, n°87, 1er mars 1917, n° spécial, par Gus Bofa et Jean Villemot, texte de Mac Orlan.

** Emmanuel Pollaud-Dulian. Gus Bofa, L'enchanteur désenchanté, éd. Cornelius, 2013, 550 p.

(c) cliché édition Cornelius

(c) cliché édition Cornelius

Grièvement touché aux jambes le 7 décembre 1914, lors d’une patrouille dans le secteur du Bois-le-Prêtre, Bofa refuse de se laisser amputer. Trimballé d’une ville l’autre, d’un traitement l’autre, il endure la promiscuité de l’hôpital jusqu’à sa démobilisation en novembre 1915...

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LES AMBULANCES « OUBLIEES » DE BELGIQUE (Août-Septembre 1914) – En marge des combats de Virton, Rossignol, Bellefontaine, etc. – 2e partie

12 Octobre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

LES AMBULANCES « OUBLIEES » DE BELGIQUE (Août-Septembre 1914) – En marge des combats de Virton, Rossignol, Bellefontaine, etc. – 2e partie

2e Partie – Les ambulances de Lahage puis de Bellefontaine (Belgique). 22-30 août 1914.

Suite de la 1ère partie: Les ambulances de Lahage.

« Du 2 août 1914 au 22 août 1914, j'ai été attaché au 9e bataillon de chasseurs à pied. Le 22 août 1914 vers minuit, j'étais à Lahage (Belgique), avec mon bataillon ; lorsque je reçus de M. le médecin principal Janot [médecin divisionnaire de la 4e division d’infanterie], assisté de mon médecin major (médecin major de 2e classe Thurel du 9e Chasseurs) l'ordre verbal, de rester avec quelques médecins auxiliaires et des infirmiers dans le village qu'on allait évacuer, d'y attendre avec les blessés l'arrivée des allemands, de me placer sous la protection de la Croix-Rouge, et de remettre mes blessés aux ambulances allemandes. Le même ordre fut donné quelques instants après, au moment où nos troupes partaient au docteur Barral, médecin-major de 2e classe du 120e d'Infanterie, et je fus placé sous ses ordres.

Le personnel médical ainsi laissé se composait du docteur Barral, [dr] Dournay, des médecins auxiliaires : Julien du 42e d'Artillerie, Piettre du 120e, Natan du 9e Chasseurs et d'un élève de l'école de Lyon, dont le nom m'échappe. Etaient adjoints un certain nombre de brancardiers et infirmiers du 120e.

Le matériel laissé à notre disposition se composait de deux paniers pris dans des voitures régimentaires, et quelques brancards.

La nuit se passe sans incident. Monsieur Barral avait de suite réparti le service, et chacun donna les soins aux malades qui lui étaient confiés.

Le matin, au petit jour, les allemands ne venant pas, [page 2] je fus chargé de former un convoi d'évacuation de blessés pouvant marcher. Environ 150 parmi lesquels 3 officiers partirent accompagnés du médecin auxiliaire Natan, et d'un caporal infirmier.

J'eus ensuite la douloureuse mission de faire enterrer les officiers tués dont les noms suivent : capitaine Maréchal Eugène, né à Cherbourg le 26 juin 1876 ; lieutenant Levé, du 9e Chasseurs à pied ; sous-lieutenant Rolland, du 9e Chasseurs à pied, et de plus, l'adjudant Carrion du 9e Chasseurs à pied ; le soldat Perinet Etienne (Mézières, 1901-632).

Les trois officiers furent enterrés près du cimetière chacun dans une tombe séparée, l'adjudant et les hommes furent mis dans une fosse commune creusée à côté de celle des officiers. Le curé de Lahage pourra au besoin donner des renseignements précis aux familles.

Arrivée des allemands - Au moment où j'accomplissais cette douloureuse mission (il était environ 9h 1/2 du matin), j'entendis sur la route des pas de chevaux. Comme il avait été convenu avec le docteur Barral, que le premier de nous deux qui entendrait venir les allemands irait au-devant d'eux les prévenir que le village était occupé uniquement par des ambulances, je me dirigeai du côté des allemands.

Je fus accueilli par des coups de fusil tirés par des hommes à pied, cachés à 200 m. environ de moi, et protégeant leurs cavaliers. J'étais placé en pleine lumière, néanmoins il est possible qu'ils n'aient pas vu mon brassard. En tous cas je pus atteindre et agiter un pavillon de la Croix de Genève qui se trouvait non loin de là. Le tir cessa, et je pus aller leur causer. Leur attitude fut très correcte.

Ces soldats représentaient l'avant-garde d'un escadron de chasseurs à cheval qui traversa le village sans s'y arrêter, et revint quelques heures après en nous laissant quelques blessés (Dans la nuit avaient déjà été emmenés [page 3] quelques blessés allemands à l'ambulance.)

Le lendemain, nous avons appris par une patrouille de cavaliers allemands, qu'un certain nombre de blessés se trouvaient à Bellefontaine (que nous croyions occupé par les allemands), sans personne pour les soigner. Je reçus du docteur Barral l'ordre d'y aller, et à partir de ce moment Je rentrai à Bellefontaine où je fus chef de service. Ambulance de Bellefontaine - Les blessés au nombre de 176 se trouvaient répartis dans des granges, des écoles, un patronage (voir la liste)

Les allemands étaient venus le soir du 22 Août, après le départ des troupes françaises, et une ambulance s'était installée. Nos blessés et les blessés allemands avaient été pansés, sans qu’on sache pourquoi, les allemands étaient brusquement repartis, emmenant avec eux tout leur personnel médical.

Dans l'intervalle du temps qui s'écoula entre le départ des allemands, et leur arrivée, les blessés reçurent les soins du docteur Lepyre, médecin civil de Bellefontaine assisté de femmes, de jeunes filles du pays, et de l'instituteur. Il nous aida par la suite dans toute la mesure de son pouvoir. Il faut louer d'ailleurs l'attitude de la population, (en particulier l'Instituteur, les religieuses) qui n'a cessé prodiguer à nos blessés les soins les plus assidus et les plus touchants.

J'annexe à ce rapport les noms des blessés, parmi lesquels sont 39 allemands. Le personnel médical était représenté par le docteur Dournay ; le médecin auxiliaire Piettre, et deux infirmiers, les nommés Delacroix et Beauchamp, tous deux soldats du 120e, qui m'ont assisté avec un zèle et une activité dignes d'éloge. La tâche fut pourtant rude, en raison de notre manque de matériel, car tous les pansements que nous avons trouvé ; avaient besoin [page 4] d'être refaits. Ils le furent très soigneusement et avec intelligence par mes infirmiers, et cela sauva certainement la vie de nombreux blessés, car les conditions où nous les avons trouvés étaient très favorables au développement du tétanos, dont nous n'avons eu que deux cas, (chez de très grands traumatisés).

La nourriture des blessés fut assurée au début par la population qui s'en occupe charitablement, et sans rien demander. Mais comme les vivres devenaient rares, je pris sur moi de signer des bons de réquisition, que je donnai au bourgmestre. Je ne sais s'ils furent très réglementaires, mais je n'avais pas d'autres moyens d'alimenter ces 176 blessés. C'est ainsi que je réquisitionnai :

Le 26 Août, 20 kg de viande de mouton, 50 Kg de pommes de terre ;

Le 28 Août, 20 Kg de viande de porc, 50 kg de pommes de terre.

Le 29 Août, 5 Kg de porc et 20 kg de pommes de terre auxquels il faut ajouter 25 Kg d'avoine, pour le cheval du médecin auxiliaire Piettre.

Ces qualités de matières alimentaires furent complétées par des boites de viande de conserve ou de biscuits trouvés dans les sacs sur le champ de bataille. J'ajoute que j'ai cru bien faire en remboursant de ma poche au médecin du pays, les médicaments qu'il avait personnellement employés ou m'avait fournis pour soigner nos blessés, J'en tiens un reçu à la disposition du Service de Santé (52, 35).

Notre départ pour Marbehan. Le docteur Barral a dû, dans son rapport indiquer tous ses efforts infructueux pour organiser des convois vers la France ; aussi n'en parlerai-je pas ici.

A Bellefontaine, nous eûmes le 25 Août la visite du médecin en chef de l'hôpital allemand d'Etalle, et du [page 5] docteur Hillebreak, oberartz, de l'ambulance de Tintigny. Ces messieurs furent corrects, visitèrent notre ambulance, et nous prièrent de rester là pour soigner les blessés français et allemands. Leurs ambulances d'Etalle et Tintigny étaient pleines. Ils ne pouvaient nous porter secours, et s'offrirent seulement à nous procurer du matériel ou des instruments en cas de besoin (...) Le 27 août le docteur professeur Hannes (de Breslau) stabartz, vint avec un convoi d'automobiles et de voitures, prendre les blessés allemands, et les plus graves parmi les Français. Il nous expliqua que nous nous trouvions à l'arrière de l'armée allemande, qu'il était impossible de nous rendre par les avant-postes, et que nous serions renvoyés par la Suisse.

Le lendemain et jours suivants des voitures automobiles vinrent chercher successivement nos blessés, en commençant par les plus graves. Ces voitures bien installées étaient servies par des infirmiers allemands qui se montrèrent pour nos blessés, aussi soigneux et aussi prévenants que pour les leurs.

C'est dans ces conditions, que je reçus le 30 août au matin, d'un médecin allemand (de grade élevé), l'ordre de transporter nos derniers malades (une vingtaine) dans des voitures de réquisition, à Rossignol. Je fus rejoint par le docteur Barral, accompagné de ses médecins auxiliaires, de ses infirmiers, brancardiers, et de ses derniers blessés, venant de Lahage, où il avait reçu le même ordre.

Nous fîmes sans escorte le trajet de Bellefontaine à Marbehan, où nous rencontrâmes peu de monde, quelque landwehr et landstrum. Il ne semblait pas y avoir beaucoup de troupes dans cette région à ce moment-là (30 août) ».

A suivre : 3e partie - MARBEHAN (BELGIQUE) : Ambulance chirurgicale française improvisée sur la ligne allemande des étapes (août-septembre 1914)

Source :

Musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 635, dos. (NC) Dournay, n° 59. Extraits du rapport du docteur Dournay Jean, aide-major de 2e classe, du 9e Chasseurs à pied, rapatrié d'Allemagne.

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HOPITAUX ET BLESSES DE GUERRE, 1914-1918. DU FRONT VERS LA CORREZE.

8 Octobre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #Centenaire, #varia

HOPITAUX ET BLESSES DE GUERRE, 1914-1918. DU FRONT VERS LA CORREZE.

Dans le cadre du centenaire de la Grande Guerre, les Archives départementales de la Corrèze inaugurent à Tulle, le 18 octobre 2014, une exposition itinérante (2014-2015) consacrée à l'action du service de santé militaire et aux moyens sanitaires tant civils que militaires déployés durant la Grande Guerre dans le département. Une approche originale qui associe les Corréziens à la Grande Histoire de la Grande Guerre.

Présentation des archives départementales de la Corrèze :

« Cette exposition présente les grandes étapes logistiques de prise en charge et de transport des soldats blessés du front vers la Corrèze. Chaîne d'évacuation des blessés et malades, constitution des hôpitaux temporaires dans notre département et, surtout, formidable mobilisation de la population corrézienne y sont tour à tour dévoilées. »

Trois thèmes sont déclinés en 18 panneaux : les formations sanitaires de l’avant ; les formations sanitaires de l’intérieur ; le soutien aux blessés. Des panneaux-focus sont consacrés à trois praticiens corréziens : les docteurs Bussy, Parrical de Chammard et Buteau.

« L'exposition est basée sur l'exploitation d'archives et de documents iconographiques. Des fonds privés de particuliers et des fonds de partenaires institutionnels (Musée du service de santé des armées. Paris / Service des archives médicales hospitalières des armées. Limoges) ont été rassemblés à cette occasion.

Partie intégrante de l'exposition, deux tablettes numériques permettent aux visiteurs de découvrir, via une carte interactive, le paysage sanitaire de la Corrèze de 1914 à 1918. En liaison avec chacune des structures hospitalières présentées sont rassemblés photographies, articles de presses et documents d'archives inédits. »

Entrée libre

Archives départementales de la Corrèze Le Touron – 19000 Tulle Horaires d'ouverture au public : du lundi au jeudi : 8h30-17h ; vendredi de 8h30-16h30.

Catalogue de l’exposition : 15 €
Programme d’itinérance (2014-2015) : Tulle, Uzerche, Objat, Brive, Argentat, Ussel. (Pour les dates exactes, consulter le programme en PDF, in fine)

Dossier de presse de l'exposition "Hôpitaux et blessés de guerre, 1914-1918. Du front vers la Corrèze".

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« L’Arlington breton » 1914-1918

2 Octobre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #Bretagne 1914-1918

Le Mémorial aux Bretons de la Guerre 1914-1918
Le Mémorial aux Bretons de la Guerre 1914-1918

Visite au Mémorial aux Bretons morts pour la Patrie, en 1914-1918, de Sainte-Anne-d’Auray.

Au retour d’une conférence à Vannes sur le Service de santé de la XIe région militaire pendant la Grande Guerre, il est naturel – presque obligatoire – de faire étape au Mémorial des Bretons de Sainte-Anne-d’Auray, placé à main droite de la Basilique.

« La Bretagne à ses enfants – Breiz d’he bugale karet »

A chaque visite, je reste écrasé par la grandeur sobre de ce monument inauguré en 1932 symbolisant – encore et toujours – entre Armor et Argoat, la seule identification régionale majeure de la commémoration de la Grande Guerre.

Je me fais, à chaque visite, le devoir de faire le tour de son mur d’enceinte de 450 mètres de long, construit entre 1934 et 1935, où sont gravés, par paroisses, les noms de 8500 catholiques anciens combattants parmi les 110 à 140 000 bretons « morts pour la France ». Ce mur, improprement désigné comme « l’Arlington breton » est en fait le précurseur du « Vietnam War Memorial » de Washington D.C., lequel ne fait que 150 mètres… mais est bien plus fourni en noms de vétérans killed in action du Vietnam (plus de 58 000!).

Cette poussée de chauvinisme mise à part, je souhaitais vous faire partager – ou découvrir – quelques photos d’un lieu d’exception, propice à la méditation et largement déserté aujourd’hui – et par les fidèles et - par les anciens combattants (125 000 pèlerins à son inauguration en 1932). Tout un symbole en cette année de centenaire.

« L’Arlington breton » 1914-1918
« L’Arlington breton » 1914-1918
« L’Arlington breton » 1914-1918
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LES AMBULANCES « OUBLIEES » DE BELGIQUE (Août-Septembre 1914) – En marge des combats de Virton, Rossignol, Bellefontaine, etc.

23 Septembre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

LES AMBULANCES « OUBLIEES » DE BELGIQUE (Août-Septembre 1914) – En marge des combats de Virton, Rossignol, Bellefontaine, etc.

1ère partie - L’ambulance de Lahage (Belgique, 22-30 août 1914)

Au fil des livraisons nous accompagnons le service de santé militaire dans les différents engagements de la bataille des Frontières (août 1914). Aujourd’hui je propose une série de quatre articles sur le soutien sanitaire du 2e corps d’armée français au lendemain des combats de Virton et de Rossignol et plus particulièrement sur le service sanitaire de la 4e division d’infanterie les 22 et 23 août 1914.

Avant de commencer à dérouler le fil des témoignages de médecins régimentaires – sur plusieurs livraisons - je présente une situation des moyens sanitaires de la 4e DI et du 2e CA. Ces grandes unités qui devaient se déplacer sur des axes logistiques encombrés étaient totalement intriquées dans les trains de combat. Ils ne pouvaient, pour ces raisons, se déployer rapidement et soulager les corps de troupe dont les postes de secours de bataillons étaient encombrés de blessés.

Les services sanitaires régimentaires mentionnés dans les articles sur les « ambulances oubliées », aventurées au nord-ouest de Virton (Belgique), appartenaient pour l’essentiel, à la 87e brigade (général Cordonnier), de la 4e division d’infanterie (général Rabier), du 2e corps d’armée (Général Gérard), de la 4e armée (De Langle de Cary).

Ordre de bataille et état d’encadrement sommaire du service de santé de la 4e division d’infanterie (août 1914)

Commandant : Général Rabier - Médecin divisionnaire : médecin principal de 2e classe Albert Eugène Janot ;

7e brigade : Général Lejaille – pas de chef de service de santé, au niveau brigade ;

91 RI : Colonel Blondin;

147e RI : Colonel Remond.

87e brigade : Général Cordonnier – pas de chef de service de santé, au niveau brigade ;

120e RI : Colonel Mangin – Médecin, chef de service : médecin major de 1ère classe Hochwelker ;

9e BCP : Colonel Guedeney – Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Thurel ;

18e BCP : Colonel Girard - Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Arnould ;

42e RAC :

Formations sanitaires de campagne de la 4e DI :

Groupe de brancardiers divisionnaires (GBD n°4) - Médecin major de 1ère classe Dor, chef de service ;

Ambulance divisionnaire n°3 du 2e CA, affectée à la 4e DI (Amb. n°3/2) : Médecin major de 2e classe Mathieu de Fossey, chef de service ;

Ambulance divisionnaire n°4 du 2e CA, affectée à la 4e DI (Amb. n°4/2) : Médecin major de 2e classe Lapointe, chef de service ;

Section d’hospitalisation n°1 – pas de chef de service mais un officier d’administration de 3e classe pour le groupe des sections d’hospitalisation du corps d’armée.

Ordre de bataille et état d’encadrement sommaire du service de santé du 2e corps d’armée (20 août-23 août 1914)

Directeur du service de santé : Médecin inspecteur Collin (2-5/08/14), accidenté dès le 1er août 1914 puis médecin principal de 1ère classe Dommartin (5-25/08/2014) qui passe au retour du titulaire à la 3e DI.

Ambulance divisionnaire n°1 du 2e CA : EOCA, attaché au train de combat du corps d’armée – Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Meyer.

Ambulance divisionnaire n°2 du 2e CA : EOCA, attaché au train de combat du corps d’armée – Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Pauchet.

Ambulance divisionnaire n°3 du 2e CA : affecté à la 4e DI - Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Mathieu de Fossey.

Ambulance divisionnaire n°4 du 2e CA : Affecté à la 4e DI - Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Lapointe.

Ambulance divisionnaire n°5 du 2e CA : Affecté à la 3e DI - Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Domage.

Ambulance divisionnaire n°6 du 2e CA : Affecté à la 3e DI.

Ambulance divisionnaire n°7 du 2e CA : EOCA, attaché aux parcs du corps d’armée - Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Poutrin.

Ambulance divisionnaire n°8 du 2e CA : EOCA, attaché aux parcs du corps d’armée.

Groupe de brancardiers de corps (GBC n°2) - Médecin, chef de service : médecin major de 1ère classe Pichon.

Hôpital d’évacuation (HoE n°2), stationné sur voie ferrée, en position d’attente à Reims.

Section sanitaire automobile du 2e corps d’armée (SSA), a rejoint le 20 août 1914.

Nota : Le 2e CA ainsi que les 52e et 60e divisions de réserve ne possédaient pas en août 1914 d’ambulances en réserve d’armée (numérotées de 9 à 16), à la différence des autres CA de la 4e armée (11e, 12e, 17e, 22e).
Notes pour servir à l’Histoire du service de santé dans le secteur d’opérations de la 4e DI (Bellefontaine, Lahage, Belgique, 21-23 août 1914)

21 août 1914 – Mouvement général de la 4e armée (De Langle de Cary). Le 2e CA marchait en une seule colonne en direction de la Belgique par la route Montmédy, Grand-Verneuil, Petit-Verneuil, Thonne-la-Long, Sommethonne, Meix-devant-Virton, Bellefontaine. Le directeur du service de santé du 2e CA était à Montmédy (205 lits d’hospitalisation) où se positionnait l’amb. n°8/2 qui devait servir de dépôt d’éclopés (600 places). Ordre de route du service de santé du 2e CA : en tête, 4e DI (ambulances n° 3/2 et 4/2) ; 3e DI (amb. n°5/2 et 6/2) ; trains de combat du CA (amb. n°1/2 et 2/2) ; en fin de colonne, les parcs de CA avec les amb. n°7/2 et 8/2 (à Montmédy). En soirée : cantonnement de la division et des éléments de tête à Sommethonne. Note : Il est intéressant de noter que le 2e CA ne disposait que de huit ambulances, dont quatre endivisionnées, dont la mobilisation s’opéra du 5 au 10 août 1914.

22 août 191404h00, brouillard intense – Mouvement sur Villiers-la-Loué, Meix-devant-Virton. 08h00, éléments de tête à Bellefontaine. 09h00, début du combat. La colonne de tête comprenant la 87e brigade avec quatre batteries d’artillerie débouchait au nord de la forêt de Virton tandis que le gros du 147e RI avec deux batteries d’artillerie s’avançait sur la route près de Lahage : Service régimentaire – 120e RI à Bellefontaine, barricadé dans le village. Les postes de secours furent regroupés plus en arrière à Lahage dans des habitations de rencontre (postes de secours des 120e RI, 147e RI, 9e BCP, 18e BCP). Service des formations sanitaires - A Villers-la-Loue (amb. n°4/2), à Meix-devant-Virton (GBD n°4 et amb. n°3/2). A Bellefontaine, la Croix-Rouge belge avait installé une ambulance des Sœurs de la Doctrine Chrétienne (docteurs civils Lepyrck et Dauby). Combats très vifs. Au sud du dispositif de la 4e DI une autre série de combats s’engageait à Meix-devant-Virton et à Villers-la-Loué. A cette occasion l’amb. n°4/2 recevait des obus ; elle était disloquée et son personnel se repliait dans la précipitation en abandonnant une partie de son matériel. L’amb. n°3/2 allait fonctionner à Meix-devant-Virton (église). 16h00, une section du GBD n°4 parvenait à monter à Bellefontaine, y chargeait des blessés et les évacuait sur l’amb. n°3/4 de Meix. A 17h00, bombardement du village de Meix. Mouvement de repli de l’amb. n°3/2 et évacuation des blessés sur Sommethonne.

A Bellefontaine, en raison du repli du corps colonial (ouest) et du 4e CA (est), et bien qu’elle conserve le terrain face à la 21e brigade silésienne, les éléments engagés de la 4e DI reçoivent l’ordre de se retirer à Gérouville.

Quelques "enseignements" sur le fonctionnement du service de santé en campagne lors des combats du 22 août à Bellefontaine peuvent être proposés :

  • Les liaisons entre les directeurs des services de santé DI et CA furent inexistantes et ne permirent pas de mettre en œuvre dans de bonnes conditions les fonctions « traitement » et « évacuations » ;
  • Les évacuations sanitaires furent limitées à l’emploi des moyens d’évacuation divisionnaires. Le GBC n°2 et ses moyens de renforcement en véhicules sanitaires et brancardiers ne furent pas engagés en renforcement à l’avant (axe routier encombré). Le 22, à 19h00, le GBC n°2, maintenu dans le périmètre du CA, recevait l’ordre de se rendre à Petit Verneuil pour y organiser un poste de recueil des blessés à destination de Montmédy où étaient mis en place les trains sanitaires d’évacuation.
  • La fonction « traitement » fut absente. Aucune ambulance ne put fonctionner au profit de la 87e brigade et des troupes engagées au nord de la forêt de Virton : l’amb. n°3/2 dut se replier et l’amb. n°4/2 fut annihilée par l’artillerie lourde ennemie dès la phase de progression.
Pertes totales (tués, blessés, disparus)  de la 4e DI aux combats de Lahage-Bellefontaine : 120e RI (901), 147e (181), 9e BCP (71), 18e BCP (17).

23 août 1914 – Repli général au sud de la forêt de Virton des éléments de la 4e DI aventurés au nord ; la direction générale était Gérouville. Les GBD4 et l’amb. 3/2 se repliaient à Sommethonne. L’amb. n°4/2 n’existait plus. Elle fut remplacée par l’amb. n°1/2 (Meyer) provenant des EOCA du 2e CA. La section sanitaire automobile du 2e CA évacuait les blessés sur Montmédy où fonctionnait un point d’embarquement par voie ferrée. Regroupement des éléments du 2e CA dans la région de Gérouville puis départ pour Breux en début d’après-midi.

Le 22 août 1914 au soir, à Bellefontaine-Lahage, la 4e division laissait en arrière cinq médecins et des personnels infirmiers et brancardiers régimentaires pour assurer le service médical des blessés qui n’avaient pu être évacués et qui avaient été recueillis dans des granges transformées en ambulances de fortune. Je propose aux lecteurs du blog de suivre les vicissitudes de ces personnels et de leurs blessés en quatre livraisons à suivre...

Extraits du rapport du médecin aide-major [de 1ère classe] Barral, du 120e régiment d’infanterie, [1er bataillon] :

« J'ai l'honneur de vous rendre compte des faits qui se sont passés depuis le 22 août 1914, au moment où je reçus l'ordre de rester avec des blessés à l'ambulance de Lahage (Belgique) jusqu'à ma rentrée en France le 16 juillet 1915. Installation et fonctionnement de l'ambulance de Lahage-Bellefontaine. Le 22 août, un combat très violent se livre entre Lahage et Bellefontaine (Belgique), auquel prit part la 4e division et surtout le 120e d'infanterie dont les pertes furent de 1200 hommes et 30 officiers environ. A 9 heures du soir, je reçus du médecin divisionnaire l'ordre d'aller [page 2] à Bellefontaine pour évacuer sur Lahage le plus grand nombre de blessés possible. Pendant que je prenais des chevaux dans les écuries et formais mon convoi d'évacuation, l'ordre est donné aux compagnies du 9e Chasseurs occupant Bellefontaine, d'évacuer immédiatement le village. - Resté seul, je charge 60 blessés sur les 6 voitures difficilement trouvées, je mets en route le convoi, qui n'était plus protégé, et arrive à minuit à Lahage.

Le médecin divisionnaire, Mr Janot [Albert-Eugène, médecin principal de 2e classe, né en 1863 ancien médecin-chef de l’hôpital militaire de Sedan], et le médecin major de 1ère classe Hochwelker [Henri François, 1874-1967, ancien médecin du régiment de sapeurs-pompiers de Paris], chef de service au 120e, m'annoncent alors que la division se retire et me donnent l'ordre de rester pour soigner et remettre aux autorités allemandes les nombreux blessés restant dans la région qui n'ont pu être évacués faute de voitures. Ils laissent sous mes ordres cinq autres médecins : MM. Dournay, médecin aide-major de 2e classe au 9e bataillon de chasseurs [BCP] ; Piettre, médecin auxiliaire au 120e [RI]; Julien, médecin auxiliaire au 42e d'artillerie [RAC] ; Prévo[s]t, élève à l'Ecole de santé, de l'ambulance 4 du 2e corps [amb. n°2/4] ; un médecin auxiliaire du 9e Chasseurs [Natan], renvoyé le lendemain avec un convoi de blessés ; 12 infirmiers ; 2 paniers de pansements.

La [4e] division se retire à 1 heure du matin. 300 blessés environ restent dans le village ; jusqu'au matin, je fais des pansements et réunis dans des granges ou à l'église, les blessés légers qui, après quelques heures de repos, pourront être évacués. Les inévacuables sont [page 3] mis à l'école des soeurs, à l'école laïque, dans les maisons du centre du village, ainsi que 15 allemands blessés.

Le 23 [août] à 6 heures du matin, les troupes allemandes n'étant pas encore signalées, je me hâte de chercher les dernières voitures restantes, et forme un convoi sous la conduite d'un médecin auxiliaire [Natan] que je dirige sur Meix-devant-Virton dont la route me semble être libre. Tous les blessés pouvant marcher (80 environ), 3 officiers transportables assis : capitaine Dorut, du 120e (fracture de cuisse) - lieutenant Pré, du 120e (Plaie en séton de l'abdomen), un autre officier, 40 blessés assis partent ainsi. - Le convoi arriva sans trop d'encombre à Meix en prenant un chemin détourné pour éviter la route balayée par les obus, mais les voitures ayant dû continuer jusqu'à Montmédy (30 kilomètres), ne purent rentrer que le surlendemain. Vers 9 heures, des coups de fusil sont tirés à l'entrée du village ; quelques fuyards sortis des bois arrivent poursuivis par des patrouilles de dragons allemands. Je fais rentrer les fusils à l'ambulance et je sors accompagné d'un sous-officier allemand blessé, pour m'avancer au-devant des cavaliers dès que je les verrai. Entre temps, le docteur Dournay était allé avec les infirmiers sur la hauteur derrière l'église enterrer nos morts de la nuit. Les Allemands, apercevant des uniformes français, tirent dessus. Mr le docteur Dournay va, sous la fusillade, décrocher un drapeau de la Croix-Rouge et s'avance vers eux au péril de sa vie. Je m'avance de mon côté par la grand-rue, accompagné [page 4] du sous-officier allemand blessé. Les coups de fusil s'arrêtent et nous nous trouvons en présence de la patrouille. Le sous-officier qui la commande affirme qu'on a tiré sur eux et qu'il y a des francs-tireurs dans le village. A grand peine, j'essaie de persuader le contraire à l'officier allemand survenu lui expliquant que quelques coups isolés ont pu être tirés dans les bois mais qu'il n'y a avec nous que des blessés. Mes dires sont confirmés par le sous-officier allemand blessé, il ajoute qu'il a été bien soigné ainsi que des camarades. L'officier me demande alors si je peux lui promettre qu'aucun coup de fusil ne sera tiré sur eux. Sur mon affirmative, nous traversons sans incident le village qui fut ainsi épargné. Un escadron suit la patrouille et nous laisse, en revenant une heure après, un sous-officier blessé.

Rappelons que les mêmes troupes avaient, dans les environs, commis les pires atrocités : les villages d'Etalle et de Tintigny avaient été entièrement brûlés et plus de 90 civils, femmes et enfants, fusillés dans chacun d'eux. A Ethe, ils avaient mis le feu à l'ambulance française, tué des médecins, fusillés les infirmiers et brûlés vifs les blessés sous prétexte de francs-tireurs (un infirmier du 103e fusillé deux fois et ayant reçu 8 balles se trouvait à Altengrabow ; il est rentré en France comme grand blessé.)

Le 24 [août], j'apprends que les blessés restés à Bellefontaine sont plus nombreux que je ne croyais et que le médecin civil du pays ne peut suffire à les soigner ; je détache Mr Dournay et deux infirmiers.- Cette ambulance avait à elle seule avec les Allemands, plus de 150 blessés. [La transcription de la liste des 176 blessés français et allemands, annexée au rapport Dournay, sera proposée dans la 4e partie des « ambulances oubliées de Belgique »].

II.- Impossibilité d'évacuer sur nos lignes nos blessés graves

La principale préoccupation fut alors d'essayer d'évacuer nos blessés [page 5] du côté français; mais je n'avais aucune indication précise sur la position de nos troupes, et au milieu de la canonnade qui tonnait autour de nous, je n'aurais pu risquer un convoi.

Du reste, les voitures de réquisition me faisaient défaut ; celles parties le jour du combat et le lendemain étant allées jusqu'à Montmédy ne sont revenues que le 25 [août] au soir ; de plus elles auraient été insuffisantes pour le nombre de blessés graves qui restaient.

J'envoie des isolés dans la direction où je suppose être nos troupes, avec mission de rendre compte de notre situation et de demander des voitures.

Le 25 août, des paysans affirment que la route de Meix-devant-Virton n'était plus libre, mais que par contre celle de Gérouville l'était encore ; le médecin auxiliaire Piettre se propose pour aller en reconnaissance et part seul en bicyclette sur cette route dangereuse. Il arrive ainsi, après avoir rencontré quelques allemands qui le laissaient passer, à Gérouville, où se trouve le quartier général de la 87ème brigade. Il voit le général [Emilien Victor] Cordonnier [1858-1936], lui rend compte de notre situation; nous commençons à manquer de vivres, de pansements, et avec des voitures, l'évacuation de nos blessés est encore possible. Le général envoie immédiatement une automobile et me promet un convoi pour 4 heures. - J’évacue dans l'automobile M. le capitaine Wolf, du 9e Chasseurs, gravement blessé à la hanche (fracture ouverte et infectée du col du fémur), et le lieutenant Tourette (fracture du poignet droit et plaie en séton de la région abdominale). [page 6] Je prends des mesures pour l'évacuation rapide des blessés de Lahage et de Bellefontaine. Mais le convoi attendu ne nous arriva jamais pour des raisons inconnues. Du reste à partir de ce jour, la canonnade ne cessa de s'éloigner.

Notre situation devenait difficile par suite du manque d'objet d'alimentation et de pansements. Une voiture de batterie abandonnée à 1 kilomètre de Lahage et dont j'avais immédiatement fait prendre le contenu, nous fournit du sucre, du café, du riz, du potage condensé, qui nous furent des plus utiles pour soigner les blessés.

Du blé se trouvant chez les paysans, je le réquisitionnais et le fit moudre dans un moulin près du village. Enfin la viande nous fut fournie par des boites de conserves trouvées sur les morts et par deux chevaux blessés que j'avais fait abattre.

III – Evacuation vers nos lignes, de tous les hommes pouvant marcher.

Entre temps, je dirigeai sur nos lignes plusieurs groupes appartenant à des régiments différents qui erraient dans les bois depuis la bataille du 22 [août] et qui avaient fini par rallier mon ambulance.

Le 24 [août] à 9 Heures du soir, arrivent ainsi 200 hommes du 103ème et 104ème commandés par deux officiers avec 18 cavaliers du 14e Chasseurs. Ils s'étaient battus le 22 Août près d'Ethe s'étaient perdus, avaient traversé les lignes allemandes en se cachant dans les bois, se dirigeant vers Lahage où on leur avait dit qu'il y avait une ambulance française. Comme ils n'avaient rien pris depuis 3 jours, je leur donnai du sucre, du café [page 7], du potage condensé et les fis conduire dans la forêt où ils bivouaquèrent, le lendemain de bonne heure ils rejoignirent nos lignes. Les chevaux n'ayant pu traverser la ligne de chemin de fer, restèrent dans la forêt, je les fis prendre et les gardais ainsi que 8 autres que j'avais déjà réunis. A mon départ, je les confiai à des paysans avec ordre de les rendre aux autorités françaises quand elles reviendraient.

Le 25 [août] dans la soirée, 60 hommes des 1er et 2e Colonial arrivent dans les mêmes conditions, à demi morts de faim. Une fois ravitaillés, je les fais conduire sur la route de Gérouville. Je fis de même pour les petits groupes isolés qui arrivèrent encore les jours suivants.

Entre temps, je m'étais occupé de l'assainissement du champ de bataille et j'avais demandé au bourgmestre des corvées pour ensevelir les morts, 400 Français et 290 Allemands furent ensevelis sur le territoire de la commune. Les officiers furent enterrés à part. Tous les cadavres avaient du reste été fouillés et dépouillés par des soldats allemands qui rodaient par groupes sur le champ de bataille et n'hésitaient pas à tirer sur les corvées ensevelissant les morts. (A) Je fis dresser une liste complète des décédés et des objets trouvés sur eux qui furent mis dans les porte-monnaie avec les plaques d'identité. Les objets des Français furent laissés au bourgmestre de Bellefontaine, ceux des allemands [page 8] furent remis aux médecins allemands.

J'enterrai également avec tous les honneurs possibles 12 blessés dont 4 officiers qui moururent du 22 au 30 août dans mon ambulance. Toutes les listes que je possédais me furent enlevées par les Allemands ; je pus cependant donner au corps en rentrant, par une copie que j'avais pu conserver, les noms de 410 ensevelis et de 120 prisonniers à Altengrabow. (…) »

A SUIVRE2e partie – Les ambulances de Lahage puis de Bellefontaine, 22-30 août 1914.

Notes :

(A) - presque tous les morts portaient plusieurs blessures, dont les unes, (...) faites à bout portant : ce qui prouve que les Allemands achevaient systématiquement tous ceux tombés sur le champ de bataille. Du reste, des blessés (...) moi, après le combat me confirmèrent cette façon d'agir et n'échappèrent à cette mort que par miracle. Ces listes ne sont pas annexées au rapport en ma possession (F.O.)

Sources :

Musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 633, dos. (NC) Barral, n° 26 - Rapport de captivité du médecin-major Barral du 120e régiment d'infanterie, médecin-chef de l'ambulance de Lahage-Bellefontaine (Belgique) du 22 au 30 août 1914 (...)

Journaux des marches et opérations des unités sur le site mémoiredeshommes : JMO DSS 4A – 26N 33/10; JMO DSS 2CA – 26N 105/1 ; JMO DSS 4DI – 26N 267/8 ; JMO GBC 2CA – 26N 105/11.

Schmitz et Nieuwland. Documents pour servir à l’Histoire de l’invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg, 7e partie, t. VIII, La bataille de la Sémois et de Virton. Bruxelles : Van Oest et Cie, 1924, 432 p.

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LES INTERNES CIVILS FRANÇAIS DE LA CITADELLE DE LAON, EN 1914.

20 Septembre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux, #les hommes

LES INTERNES CIVILS FRANÇAIS DE LA CITADELLE DE LAON,  EN 1914.

Témoignage inédit du docteur R. Peyron, de Montcornet, médecin militaire, sur les conditions inhumaines de détention des internés français à Laon (1914).

[page 2] « De mon séjour à Laon, je dois retenir surtout ce qui s'est passé à la citadelle. La "Citadelle” de Laon servait, avant la guerre, de caserne. Les Allemands y logèrent des troupes ; mais ils l'utilisèrent surtout pour les évacués civils. Ces civils étaient des habitants des villages voisins chassés de leurs foyers par ordre de l'autorité allemande, qui les avait concentrés à Laon. Des Dames de la Croix-Rouge française s'occupaient d'eux et leur fournissaient [page 3] fournissaient quelques secours. De temps en temps un médecin allemand venait passer une visite sanitaire.

Le Maire de Laon, Monsieur le Sénateur Touron [Ermant], qui était resté à son poste malgré l'invasion, inquiet de ce qui se passait à la citadelle, demanda qu'un médecin français fût chargé du service médical des évacués. La commandanture consentit avec d'autant plus d'empressement que les médecins allemands faisaient avec une extrême répugnance ce service. A la prière du maire on m'accorda donc un sauf-conduit, qui me permettait de circuler en ville à toute heure (de 7 h. du matin à 8 h. du soir) et de visiter la citadelle une fois par jour, (En outre je fus chargé du service des évacués civils du Palais de justice et des casernes d'artillerie, dont je parlerai plus loin.) Je fus chargé de ce service vers la fin du mois d'octobre. Et voici ce que je trouvai à la citadelle à cette date. Les constatations que je vais résumer ont fait l'objet d'un rapport détaillé que j'ai remis, sur sa demande entre les mains de Monsieur le Maire de Laon, après une première visite à la citadelle.

Dans les salles du dernier étage (la citadelle en comprend 3 ou 4, et fort élevés), les Allemands avaient entassé toute une population de femmes, d'enfants et de vieillards. Il y avait là des bébés à la mamelle, et des vieux de 90 ans ; des infirmes, des impotents, des paralytiques. Des femmes avalent été transportées là le Jour ou le lendemain de leur accouchement. Tout ce monde était parqué dans des salles grandes et aérées, mais absolument insuffisantes. Des locaux où 60 personnes auraient été serrées en contenaient 100 ; On avait jeté sur le sol une paille sale, étalée en couche mince. Ces malheureux vivaient et couchaient là pêle-mêle, dans un état de promiscuité et de saleté écoeurantes. La vermine apportée par [page 4] quelques-uns, s'était rapidement propagée à tous. La plupart n'avaient pu partir qu'avec le linge et les vêtements qu'ils portaient sur eux. Ils souffraient non seulement de cette saleté où ils vivaient depuis des semaines, mais aussi du froid, surtout la nuit, malgré les poêles allumés, (mais insuffisamment garnis). (Presque tous étaient atteints de bronchite. Des tuberculeux s'aggravaient rapidement.) Ils souffraient aussi de la faim. La nourriture qu'on leur distribuait était peu abondante et de mauvaise qualité. La soupe de midi seule était mangeable. Des vieillards très affaiblis, étaient morts les jours précédents ; d'autres pouvaient à peine remuer sur leur paillasse. Il en mourut encore dans la suite. Des mères qui allaitaient leurs enfants durent cesser l'alimentation au sein. Le lait qu'on leur distribuait, en petite quantité, n'était naturellement pas bouilli. On le coupait avec de l'eau prise à la pompe.

Il s'ensuivit une véritable épidémie de gastro-entérite. Quelques nourrissons, vivant depuis plusieurs jours dans l'humidité de langes non renouvelés et souillés d'évacuations diarrhéiques et de vomissements, étaient dans un état pitoyable. (Beaucoup d'adultes étaient eux-mêmes atteints d'entérite). Je dois ajouter que les latrines mises à la disposition des prisonniers, se trouvaient au fond d'une cour. Il fallait, par tous les temps, descendre et monter tous les étages, et traverser la cour sous la pluie. Pour des malheureux atteints de diarrhée, quelquefois avec fièvre, pour des vieillards débiles, pour des tuberculeux de 3ème degré, pour des femmes enceintes (il y en avait) pareille obligation était particulièrement dure.

Dès ma première visite, Je constatais dans les salles 2 cas de rougeole, et un cas de typhoïdes caractérisés. Le lendemain encore quelques cas de rougeole. Je fis envoyer de suite ces malades à l'hôpital. (Toute évacuation de l'hôpital civil était [page 5] soigneusement contrôlée par l’autorité allemande. Il était bien spécifié que même à l'hôpital les internés de la citadelle devaient être considérés comme prisonniers et que leur disparition engageait la responsabilité personnelle du Directeur. Je fis partir également à l'hôpital quelques femmes nourrices et leurs enfants qui étaient dans un état de misère physiologique justifiant l'hospitalisation. Mais le nombre des lits à l'hôpital était restreint (les Allemands s'étaient emparés d'un très grand nombre), et on devait réserver la place pour les grands malades.

Je m'enquis, de suite, auprès des évacués, des conditions dans lesquelles ils avaient été enlevés de leurs villages. J'ai interrogé des maires, des conseillers municipaux, de vieux instituteurs qui se trouvaient la citadelle ; j'ai interrogé des femmes de divers villages. Les réponses étaient presque toujours identiques : "Nous ne savons pas pourquoi nous sommes ici, ou plutôt nous le savons trop bien. C'est pour permettre aux Allemands de piller nos maisons à leur aise. Quand nous sommes partis de chez nous, toutes les maisons inoccupées étaient déjà pillées, et ils commençaient à s'attaquer aux maisons habitées.

C'était réquisition sur réquisitions. Mais les habitants gênaient. Depuis plusieurs jours tous les hommes valides, en âge de porter les armes étaient gardés comme prisonniers (soit dans l’église, soit dans la mairie). Un jour, brusquement, on a ordonné au reste de la population de se rassembler sur la place. Et on nous a tous emmenés, à pied ou en charrette, vers une destination que nous ne connaissions pas. La plupart d’entre nous n'ont pas eu le temps de prendre, chez eux, même un peu de linge ou quelques vêtements. Il semblait [page 6] que les Allemands voulussent surtout nous empêcher d'emporter avec nous quoi que ce fût. Les prétextes invoqués par les Allemands pour justifier ces évacuations étaient d'ordres divers : Difficulté de ravitailler la commune, attitude hostile de la population, voisinage immédiat de la ligne de feu, etc. Un jour on vit arriver avec quelques hommes une bande lamentable de femmes et de très jeunes enfants : les Allemands les envoyaient à la citadelle pour délit d'espionnage. Ils avaient fait, m'expliqua-t’on, des signaux lumineux. Interrogés par moi, ces gens-là ne savaient même pas ce qu'on leur reprochait. Les soldats allemands commis à la garde de ces prisonniers civils étaient des soldats de landsturm. La plupart se montraient assez humains, et d'une manière générale, leur attitude vis-à-vis de nos compatriotes n'était pas mauvaise.

Mon premier soin fut de demander à l'autorité allemande le renvoi des prisonniers dans leurs foyers, ce qui fut refusé. J'invoquai alors des motifs d'hygiène. Me basant sur les cas de rougeole et de typhoïde constatés, je fis ressortir les dangers d’une épidémie, non seulement pour les prisonniers, mais pour les soldats allemands. Un officier de la commandanture m'accompagna à la citadelle et parcourut avec moi les diverses salles. Le spectacle était éloquent, et Je crois qu'il en fut ému.... quoiqu'il en soit, l'évacuation fut décidée. Mais l'autorité allemande refusa formellement de renvoyer nos compatriotes dans leurs communes respectives. Ils devaient être évacués sur l'arrière, disséminés dans l’intérieur de la zone occupée, et logés chez les habitants. J'eus beau faire ressortir tout ce que [page 7] cette mesure comportait de dangereux Inconvénients pour les villages de l’arrière, et pour les évacués eux-mêmes, elle fut appliquée quand même. D'ailleurs pour les évacués, quelles que dussent être leurs nouvelles conditions de vie, elles étaient préférables, somme toute, à leur séjour à la citadelle.

L'évacuation eut lieu peu de jours après ma première visite. Le départ des prisonniers ne s'effectua pas sans protestations. Ils savaient qu’ils ne rentraient pas chez eux ; je dus leur fournir des explications et des encouragements, et m'interposer même, dans quelques cas, pour éviter des scènes regrettables, et obtenir leur départ de bonne grâce vers un nouvel exil... (Fidèle à sa méthode, l'autorité allemande, pour éviter les explications et des difficultés avait fait tout son possible pour tromper les intéressés et leur laisser croire qu'en quittant la citadelle ils allaient revenir chez eux...

Je ne voulus pas me faire le complice de cette fourberie, je crus devoir avertir mes compatriotes, avec tous les ménagements possibles, qu'on les envoyait loin de la ligne de feu, par mesures de prudence...) J'ignore ce que sont devenus ces malheureux (tous, je l'ai dit, femmes, enfants et vieillards). J'ai lieu de craindre que beaucoup d'entre eux, n'aient été, en plein hiver, évacués sur l'Allemagne, dans les camps de concentration. On rencontrait, en effet, en Décembre et Janvier, dans les camps de soldats, des civils très âgés, des femmes et des enfants très jeunes. (La plupart de ces civils furent plus tard, retirés des camps militaires et placés dans des camps spéciaux.)

Le jour même où se fit cette évacuation, on fit passer à la citadelle les prisonniers civils du Palais de Justice [page 8] et des casernes d'artillerie. Ceux-ci provenaient des mêmes régions que les précédents ; mais, c'étaient exclusivement des hommes de 18 à 50 ans, c'est-à-dire en âge de porter les armes. (Il y avait pourtant quelques jeunes gens de 14 à 16 ans.) Beaucoup d'ailleurs étaient des réformés ou des malades. On les plaça dans les locaux abandonnés quelques heures auparavant par les femmes et les enfants. Malgré mes recommandations, on ne fit aucune désinfection. La paille, ce jour-là, ne fut même pas renouvelée. Le régime de ces nouveaux venus fut identique à celui de leurs prédécesseurs - Peu à peu cependant j'obtins quelques améliorations : renouvellement de la paille, litière plus épaisse, distribution de quelques couvertures, nourriture meilleure (en dernier lieu, la soupe de midi constituait un repas très acceptable.) On faisait travailler les prisonniers, soit à la gare, où ils chargeaient et déchargeaient les wagons, soit dans les cours de la citadelle où ils faisaient diverses corvées.

J'avais obtenu 2 salles, où j'avais fait ranger quelques paillasses, et qui me servaient d'infirmerie. Tous les jours les malades se présentaient à la visite. Je gardais à l'infirmerie ceux qui étaient légèrement atteints, et j'envoyais à l'hôpital les malades graves. Les soins que je pouvais donner à l'infirmerie étaient naturellement tout-à-fait sommaires.

Le séjour dans cette salle permettait surtout aux hommes de se reposer. Mais leur régime ne changeait pas. Je dus même à plusieurs reprises, protester contre les façons d'agir des sous-officiers qui venaient, en mon absence, dans l'infirmerie, chercher des malades pour les faire travailler.

J'avais réservé une des 2 salles de l'infirmerie pour quelques vieillards, hommes et femmes, tout-à-fait impotents, dont [page 9] l’état de santé n'avait pas permis l'évacuation. Plusieurs de ces vieilles gens moururent à la citadelle. Je dois mentionner la présence, parmi ces prisonniers civils, de militaires, ignorés des Allemands. Il y avait à la citadelle, à ma connaissance, un officier d'infanterie, deux sous-officiers, et quelques soldats. - Au moment de la retraite de nos troupes, avant la bataille de la Marne, des groupes Isolés de combattants se trouvèrent cernés dans les lignes ennemies. Quelques-uns réussirent à regagner les lignes françaises. Les autres vécurent en se cachant pendant plusieurs jours, ravitaillés plus ou moins bien par les habitants du pays. Ils cherchaient une occasion favorable de fuite. Pour beaucoup d'entre eux cette occasion ne se présenta jamais.

Ils abandonnèrent alors leur uniforme dans un village quelconque où on leur prête des vêtements civils, et constitue un faux état-civil. C'est ainsi qu'ils furent pris par les Allemands dans les rafles dont j'ai parlé plus haut. Ces militaires déguisés ont dû être plus tard évacués sur l'Allemagne, toujours comme civils. Je crois que beaucoup d'entre eux, pour ne pas trahir leur identité, n'ont jamais donné de leurs nouvelles.

Portés comme disparus depuis le début de la campagne, Ils doivent être à l'heure actuelle considérés comme morts par leurs familles. Il y a ainsi un certain nombre de disparus qui reparaîtront après la Guerre.

L'autorité allemande soupçonnait la présence dans ses lignes de ces soldats français. Dans le courant de Novembre une proclamation datée du Grand Quartier Général, et portée à la connaissance des populations par voie d'affiche, menaçait de la peine de mort tout soldat ennemi surpris dans les lignes ou en arrière [page 10] des lignes allemandes, et dissimulant son identité. Les rigueurs de la loi martiale devait être appliquées à tout habitant ayant apporté une aide quelconque à ces soldats ; mieux à tout habitant connaissant leur présence dans un endroit quelconque, et qui n'en ferait pas immédiatement la déclaration aux autorités allemandes !

Pour en terminer avec la citadelle, Je dirai qu'elle était livrée à quelques sous-officiers qui y régnaient en maîtres. Le commandant en chef était un adjudant grossier et brutal, au profit duquel les soldats pillaient et volaient en ville à qui mieux mieux. Il m’est arrivé plusieurs fois de rencontrer à la porte de la citadelle une bande joyeuse de soldats allemands, qui apportaient l'un une pendule, l'autre une paire de candélabres, un guéridon, une pile d'assiettes, etc. A plusieurs étages on avait Installé des pianos. Quant au bureau de l'adjudant commandant, dans lequel je suis entré deux ou trois fois pour raison de service, il contenait plusieurs belles vieilles pendules, et toute une série de petits meubles de style, (secrétaire Louis XVl, bergères, bonheur du jour, etc.). Je fus un peu étonné de cette collection de meubles sélectionnés chez un pareil individu. Je suppose qu'il jouait simplement le rôle de receleur au profit d'officiers connaisseurs, qui avalent fait déposer là leur butin, en attendant une occasion favorable de l'évacuer sur l'Allemagne.

Le 4 décembre à 10 h. du matin, on nous déclara que le jour même nous serions évacués sur l'Allemagne. (...)

La famille du docteur Peyron, prise en otage…

[page 35] Qu'il me soit permis, en terminant, de raconter brièvement l'histoire de mon cas personnel : Au moment de la Guerre, j'habitais Montcornet, dans l'Aisne, avec ma famille, qui resta dans le pays, malgré l'invasion. Après avoir pillé chez moi tout ce qu'ils pouvaient, les Allemands, désireux sans doute d'occuper entièrement ma maison, qui était grande et confortable, enlevèrent, au mois d'avril, ma femme et mes deux enfants (le dernier né en août 1914,) et les transportèrent en Allemagne. Pour justifier cette mesure, ils mirent en avant divers prétextes : on reprocha à ma femme son attitude d'hostilité Intransigeante et on l'accusa [page 36] de complicité d'espionnage avec un vieux prêtre, malade et bien innocent, qui fut également emmené en Allemagne ; (une histoire da téléphone souterrain inventée de toutes pièces.) Quand l'ordre du départ lui arriva, ma femme ayant manifesté des velléités de résistance, la commandanture de [] lui affirma "qu'il s'agissait simplement de l'envoyer à Mayence, où son mari vivait en liberté sur parole ! Elle devait être rapatriée avec lui à très bref délai."

Sur cette assurance, elle partit sans résister, avec ses enfants et sa bonne, accompagnée d'un officier et d'un soldat. On la conduisit à Coblentz. Là elle fut menée immédiatement à la commandantur où on lui annonça : 1° que son mari était prisonnier de guerre, enfermé à la citadelle de Mayence, et qu’elle ne le verrait pas. - 2° qu'elle même était prisonnière, et que par conséquent, elle ne serait pas rapatriée, (son dossier contenant des accusations graves.). Il fut question de son internement dans un camp de concentration, Mais ayant affirmé qu'elle recevrait régulièrement de France de l'argent pour subvenir à ses besoins, elle obtint l'autorisation de loger en ville à ses frais. On l’envoya à Neuvried où elle vivait sous la surveillance très étroite du bureau de police ; (elle devait s‘y présenter deux fois par jour.). Ce n'est que dans les premiers jours de septembre que, sur l'intervention de l'ambassade d’Espagne, sollicitée par notre Ministère des Affaires étrangères, une famille m'a été enfin rendue. »

Lire aussi sur le même sujet : Laon sous la botte allemande 1914

Sources :

Archives du musée du service de santé des armées, au Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 638, dos. 19, Mestrude ; carton n° 639, dos. 13, Peyron.

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