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MEDECINS MILITAIRES FRANÇAIS EN CAMP DE PRISONNIERS DE GUERRE (1914)

3 Janvier 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

MEDECINS MILITAIRES FRANÇAIS EN CAMP DE PRISONNIERS DE GUERRE (1914)

De Sarrebourg au camp de prisonniers de guerre de Grafenwöhr 1914

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Ces quelques lignes, suite d’un rapport du médecin major de 1ère classe (commandant) Védrines, médecin-chef du 85e régiment d’infanterie sur la bataille de Sarrebourg (18 au 20 août 1914), présentent l’arrivée des médecins et blessés français détenus au camp de Grafenwöhr (Bavière) dans un environnement sanitaire inexistant où plusieurs dizaines de blessés alliés laissèrent la vie.

« [page 3] Les Allemands sont entrés dans l'hôpital [civil de Sarrebourg] entre 16 et 17 Heures. Ils ont mis la main sur tout le personnel et le matériel médical. M. le Médecin major de 1ère Clas­se Mangenot, chef de Service au 95e [régiment d’infanterie], a été pris, avec tout son personnel, dans les Halles de la ville, où il avait installé un autre poste de secours. Les 21 et 22, nous avons continué à donner nos soins aux blessés présents à l’hôpital et à tous ceux qu’on nous amenait encore du champ de bataille. Le 23, est ar­rivé à Sarrebourg un hôpital de campagne allemand.

Le Médecin-chef de cette formation nous a remer­ciés et a déclaré que nous allions être dirigés sur la Suisse. Le soir du 23, on nous, mettait dans un train dans la direction de [Zweibrücken], où nous devions descendre. Là, un certain nombre d’entre nous M. Mangenot, du 95e et M. Lesbre, du 29e, et Proust, du 85e Guillemier et Gustin du 85e, Faverot, médecin-auxi­liaire, du 29e et une cinquantaine de brancardiers, ont pu descendre. Quant aux autres, nous étions enfermés dans le wagon et, malgré nos protestations, nous n’avons pu [page 4] descendre. On nous a emmenés ainsi jusqu’à Grafenwöhr, malgré les réclamations que nous faisions à toutes les gares. Nous avons constaté, en cours de route, que dans le même train, se trouvaient d’autres médecins venus de di­rections différentes. Quoiqu'il en soit, voici les noms des médecins retenus à Grafenwöhr :

Védrines médecin-major de 1ère Classe, 85e RI - Ribes, médecin aide-major de réserve, 85e RI - Morlot, médecin auxiliaire, 85e RI - Lantier, médecin auxiliaire, 85e RI - Segrette, médecin auxiliaire, 85e RI - Séchan, médecin Aide major, 95e RI - Eschbach, médecin aide-major de réserve, 95e RI - Lévy, médecin aide-major de réserve, 95e RI - Apard, médecin auxiliaire, 95e RI - Moineau, médecin auxiliaire, 95e RI - Gavot, médecin auxiliaire, 29e RI - Gaillard, médecin auxiliaire, 29e RI - Lacaze, médecin aide major, 37e RA – L’hommelle, médecin aide-major de réserve, 161e RI - Dumolt, médecin aide-major de réserve, 323e RI - Fournier, médecin auxiliaire, 323e RI - Brisson, médecin auxiliaire, 150 RI - Peltier, médecin auxiliaire, 165 RI - Ballan, médecin auxiliaire, 206e RI - Bovier, médecin auxiliaire, 4e Génie

D’autre part encore sont retenus à Grafenwöhr [page 5] MM, Progent officier d’administration des ambulances du 6e corps - Vaillant, officier d’administra­tion du Groupe de brancardiers de la 40ème division.

Il est à signaler aussi que trente-cinq médecins mili­taires sont également retenus à Ingolstadt, parmi lesquels je puis citer : MM. Proust, du 85e, Lesbre du 29e, Guillemier, du 85e, Faverot, du 29e.

On peut affirmer tout d’abord que les trente-cinq médecins retenus à Ingolstadt sont loin d'y être indispensa­bles, il n'y a à Ingolstadt que sept mille prisonniers dont la plupart non blessés. « J'ai reçu, étant à Grafenwöhr, une lettre de M. Proust qui me dit : "Nous sommes 35 médecins militaires prisonniers à Ingolstadt ». Il ne fait nullement mention des occupations médicales qu’ils pourraient avoir.

Quant aux médecins de Grafenwöhr, voici leur histoire : Nous nous sommes trouvés en arrivant en présence de huit mille prisonniers dont environ six mille blessés, par­mi lesquels quinze cents blessés très graves. Les blessés graves étaient traités dans quatre grands pavillons, les blessés légers dans des écuries et des baraques en bois.

Nous avons dû organiser tout le service avec des moyens de fortune et une instrumentation chirurgicale des plus primitives. Néanmoins, nous avons pratiqué toutes les in­terventions chirurgicales nécessaires en nous montrant extrêmement conservateurs. Nous n'avons pratiqué d'amputa­tions que lorsque nous avons eu la main forcée. Pendant que jour et nuit, avec des moyens rudimentaires, nous soignions nos blessés, arrivaient à Grafenwöhr des médecins mili­taires [page 6] allemands, des instruments, des étuves, et, au bout de quinze jours, nous avons été informés par des af­fiches placardées aux portes des pavillons que désormais – 1) l’accès de ces pavillons était interdit aux médecins militaires français qui n'auraient plus à s’occuper désormais que des blessés logés dans les écuries ou les baraques. Les blessés graves des pavillons seraient traités par les médecins allemands. J’ai écrit aussitôt au général commandant le Camp pour lui demander notre renvoi immédiat en France notre concours ne pouvant plus être considéré comme indispensable. 2) a été répondu que nous étions toujours indispensables, car il devait arriver encore de nouveaux blessés et que d’ailleurs on nous gardait en prévision d’épidémies pos­sibles.

Du 25 août à la fin septembre, il est arrivé au camp encore quatre mille militaires, la plupart non blessés plus deux mille civils. A la fin septembre la plupart des blessés traités dans les écuries étaient guéris et notre rôle consistait à faire la visite journalière, à exempter de corvée les hommes et à envoyer les malades se faire soi­gner à l’hôpital par les médecins allemands. Trois ou quatre médecins auraient suffi large­ment à assurer ce service. A plusieurs reprises, j'ai adressé des réclamations au Général Commandant le camp, m'ap­puyant sur les textes de la Convention de Genève, il m'a toujours été répondu par une fin de non-recevoir.

A peine les médecins allemands avaient-ils pris la direction des pavillons de blessés qu'ils se mettaient à amputer avec rage, tout membre fracturé qui suppurait était aussitôt sacrifié. Ces interventions, d’ailleurs, étaient pratiquées dans des conditions déplorables, comme [page 7] par des praticiens ignorant les règles les plus élémentaires de la médecine opératoire. Nous avons trouvé dans les écuries des blessés assez gravement atteints pour être hospitalisés, mais dans la crainte de les voir amputer nous préférions les soigner dans les écuries avec les moyens dont nous disposions.

Pour moi, dès la mi-octobre, je me suis senti profondément atteint par un mal qui depuis n’a fait qu’empirer. Le général Commandant le camp, après m’avoir fait examiner par un médecin allemand, a consenti à me laisser retourner dans mon pays. J’ai quitté Grafenwöhr le 8 décembre [1914] et suis arrivé à Cosne le 14 décembre. Monsieur le Colonel commandant la Place a décidé que je prendrais les fonctions de médecin chef de la Place, dès que mon état de santé me le permettrait, mais, pour le moment, je me sens absolument incapable d’assurer un ser­vice quel qu’il soit. D’ailleurs, si je parviens à me rétablir, je demande­rai à être renvoyé sur le front – Signé : Védrines »

Une description du camp de Grafenwöhr, en décembre 1914, parue dans le journal La Croix, du 26 décembre 1914 - « Au camp de Grafenwöhr (…) Voici quelques détails sur les prisonniers de guerre en Allemagne. Si vous avez une carte de Bavière, cherchez Grafenwöhr, entre Nuremberg et la frontière d’Autriche ; c’est que nous sommes gardés, dans un camp d’artillerie.

La plupart des bâtiments, casernes, pavillons d’officiers, magasin, etc., rappellent un peu les chalets suisses où le bois encadre la brique et le ciment armé. Les prisonniers sont logés, partie dans les écuries, partie dans des baraquements en planches, tous couverts de carton goudronné. Nous tâchons d’y vivre le plus proprement possible ; on a eu la bienveillance de mettre à notre disposition une machine à désinfecter les habits, de façon que lorsque les poux ou n’importe quels microbes sont signalés dans une « baracke » on peut leur faire bonne chasse.

Nous avons eu de la chance d’être envoyés en Bavière, où les gens sont bons catholiques.

Un Bavarois, en dehors du combat, est le meilleur des hommes, mais il n’en est pas de même de ceux qui ont sur leurs écussons l’aigle à deux têtes.

Tous les jours, sauf le dimanche, on nous emploie à des travaux qui ne sont pas très pénibles, du moins quand la neige ou le vent glacial de la forêt ne s’en mêlent pas. Nous partons le matin en colonne par quatre, chacun portant un pic ou une pelle. De vieux territoriaux bavarois nous encadrent, baïonnette au canon, mais se déclarant plus embêtés que nous de cette guerre et nous expliquant à force de gestes qu’ils ont chacun trois ou cinq enfants à la maison. Quand paraît un officier, on fait passer le mot d’alarme : « vingt-deux », que tous répètent à leurs voisins, et tant qu’on aperçoit sa raide silhouette, on fait semblant de s’acharner au travail.

Les blessés, les malades, ainsi que ceux à qui l’insuffisance de vêtements ne permet pas d’affronter le froid de la forêt, restent aux baraquements. Là sont mêlés l’artilleur au bras amputé, le colonial, le dragon. Là un chasseur alpin panse ses blessures tout en écoutant un pioupiou lui conter ses aventures. Ici, un caporal a remplacé son képi par une casquette bavaroise. Nous avons même un nègre de la Guadeloupe. Tous les uniformes sont mêlés, car à l’hôpital ou au sortir de la mêlée on s’est débrouillé comme on a pu. (…) – extraits. Signé : L.B. »

C’est dans ce camp de Grafenwöhr, pendant son internement que le sculpteur Frédy Stoll (1869-1949), suisse de naissance engagé au 347e Régiment d’infanterie, réalisa la sculpture monumentale du « Géant enchaîné » qui fut déplacée en 1928 du cimetière bavarois à la nécropole nationale des prisonniers de guerre de Sarrebourg inaugurée en 1922. Nouveau clin d’œil de l’Histoire et lien entre Sarrebourg et Grafenwöhr… Sur l’aventure du monument l’on consultera le blog de Michèle Baugillot

Source : Archives du musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 641 (Védrines).

Description du camp de Grafenwöhr, en septembre 1914 : Un camp bavarois, par Edouard Trapp, paru dans le Neue Zürcher Zeitung, extrait de La Guerre Mondiale [de Genève, Suisse], n°12, 14 septembre 1914, p. 91. Autre description du camp de Grafenwöhr, en décembre 1914, parue dans le journal La Croix, du 26 décembre 1914, signée : L.B., extraite de Montvert J, Captivité ! La vie que nous y menons. Paris : Payot, 1915, p. 60-63.

" Là sont mêlés l’artilleur au bras amputé, le colonial, le dragon. Là un chasseur alpin panse ses blessures tout en écoutant un pioupiou lui conter ses aventures. Ici, un caporal a remplacé son képi par une casquette bavaroise. Nous avons même un nègre de la Guadeloupe. Tous les uniformes sont mêlés..."
" Là sont mêlés l’artilleur au bras amputé, le colonial, le dragon. Là un chasseur alpin panse ses blessures tout en écoutant un pioupiou lui conter ses aventures. Ici, un caporal a remplacé son képi par une casquette bavaroise. Nous avons même un nègre de la Guadeloupe. Tous les uniformes sont mêlés..."

" Là sont mêlés l’artilleur au bras amputé, le colonial, le dragon. Là un chasseur alpin panse ses blessures tout en écoutant un pioupiou lui conter ses aventures. Ici, un caporal a remplacé son képi par une casquette bavaroise. Nous avons même un nègre de la Guadeloupe. Tous les uniformes sont mêlés..."

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LE SERVICE DE SANTE DANS LA BATAILLE DE SARREBOURG (18-20 août 1914).

29 Décembre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

LE SERVICE DE SANTE DANS LA BATAILLE DE SARREBOURG (18-20 août 1914).

LE SERVICE DE SANTE DANS LA BATAILLE DE SARREBOURG (18-20 août 1914).

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Je vous présente aujourd’hui, dans la lignée de ce que je vous propose depuis des mois, un nouvel épisode de la bataille des frontières – vu comme à chaque fois – au travers des témoignages de médecins militaires français prisonniers de guerre. Cette bataille de Sarrebourg de trois jours (18-20 août 1914), fut, relativement aux effectifs engagés, l’une des plus meurtrières de la campagne de Lorraine de 1914. Vous trouverez ci-après ces témoignages exceptionnels de médecins des 85e et 95e régiments d’infanterie, appartenant à la 31e brigade (Reibell), de la 16e division d’infanterie (de Maud’huy) du 8e corps d’armée (de Castelli), restés au plus près des bataillons engagés. L’on recherchera vainement les ambulances divisionnaires affectées à la 16e DI et aux éléments non endivisionnés du 8e CA ; elles ne furent pas déployées car elles auraient été immanquablement sacrifiées. Tout le poids du soutien sanitaire retomba sur les régiments et les autorités civiles locales (soins et logistique) de Lorraine occupée restées à leur poste. Pour illustrer ces journées mémorables, toutes à la gloire des médecins civils et militaires ainsi que des dames du « Vaterländische Frauen-Verein » de Sarrebourg, je propose quelques éléments d’organisation extraits du journal inédit d’Elisabeth François (1864-1953) présenté par Philippe Tomassetti, hébergé sur le remarquable blog du mosellan Pierre Brasme.

Voir la situation des armées engagées, le mardi 18 août 1914, sur le site carto1418.fr

Situation des formations sanitaires de campagne du 8e CA (directeur du service de santé, médecin principal de 1ère classe Vogelin) autour de Sarrebourg (18-20 août 1914) : Le 18 août 1914, les ambulances 4/8 et 6/8 à la disposition de la 16e DI (directeur du service de santé, médecin principal de 2e classe Launois) sont stationnées respectivement à Imling et Heming en position d’attente. Les évacuations sanitaires de la division (150 blessés, le 18) sont effectuées, par voitures de réquisition, sur l’ambulance 3/8 installée au château de Domèvre. Durant l’attaque de Sarrebourg une section du Groupe de brancardiers du 8e CA (GBC 8) vient renforcer, à Bühl, le groupe de brancardiers de la 16e DI (GBD 16, médecin-major Larrieu) débordés par les opérations de relève et de transports des blessés. L’ensemble du poids des évacuations de la 16e DI repose sur l’ambulance 3/8 qui évacue 638 blessés, les 21 et 22 août, sur les hôpitaux temporaires de Baccarat à l’aide de voitures de réquisition. Au retour offensif des Bavarois, la 16e DI doit se replier de Sarrebourg en abandonnant ses blessés confiés aux services régimentaires des 85e et 95e régiments d’infanterie faits prisonniers au complet. Dès le rétablissement de la 16e DI sur la frontière, les 22-24 août 1914, deux nouveaux services régimentaires « à titre temporaire » sont constitués aux 85e et 95e par les soins du GBD 16 : Médecin aide-major Meyer au 95e avec 2 médecins auxiliaires, 1 voiture médicale et 20 brancardiers et autant au 85e RI sous la conduite du médecin aide-major Dioclès.

Situation des moyens civils fonctionnant à Sarrebourg, sous la conduite du médecin d’arrondissement, le docteur Meyer – Hôpital militaire, docteur Mely – Hôpital civil, docteur Muller – Ambulance des Magasins réunis et bazar, docteur Ott – Ambulance du Collège (écoles communales ?), docteur Schwarzkopf – autres ambulances : Maison Meyer, Grand’Rue ; Pensionnat Sainte-Marie des sœurs de la Doctrine Chrétienne, 12 rue Luppin.

A leur arrivée les services de santé régimentaires français s’installent aux Halles (appelées aussi « salle des fêtes » ou « théâtre), aux hôpitaux (lazarette) militaire et civil, au Pensionnat de Sainte-Marie, dans des fermes alentours où des postes de secours de bataillon sont installés de manière rudimentaires…

Au poste de secours de la ferme du Mouckenhof, près de Bühl.

(Témoignage du médecin aide-major de 2e classe (sous-lieutenant) Edouard Lévy, du 95e régiment d’infanterie)

(…) « Les péripéties du combat, qui a précédé l’entrée dans Sarrebourg de la brigade à laquelle j’appartenais, m’ont séparé, vers le milieu de la journée du 18 août ; de mes camarades du 95e d’infanterie et de mon chef de service Monsieur le médecin major de 1ère classe Mangenot. Ce dernier, averti de la présence de nombreux blessés dans une ferme [de Mouckenhof] située en avant de nous, à 3 ou 4 kilomètres au sud-ouest de la ville m’y envoya après avoir essayé en vain de s’y porter avec le personnel et le matériel médical du régiment [page 2] : les plus petits rassemblements et surtout les voitures étant furieusement canonnées. Il réussit à me faire rejoindre par une douzaine de brancardiers qui se glissèrent un à un jusqu’à l’habitation où plusieurs dizaines de fantassins et de cavaliers français s’abritaient.

J’organisai immédiatement un poste de secours dans les salles du rez-de-chaussée. Nous devions y passer soixante-six heures. La ferme, abandonnée des maîtres et des domestiques était gardée par deux adolescents que je jugeai prudent de renvoyer avant la nuit avec un détachement qui passait. Dès le lendemain je pus évacuer sur des voitures de la Croix-Rouge locale dirigées vers nous de Sarrebourg par les soins de Monsieur le Médecin major Mangenot, la moitié environ de mes blessés sous la conduite du caporal-brancardier Bailly. Ces voitures, dont j’escomptai le retour pour achever le transport des hommes restants, ne purent s’aventurer une seconde fois sur une route arrosée d’obus. La canonnade d’accentua et, dans la journée du 20, rendit intenables les abords immédiats de la ferme. Les shrapnells démolirent la toiture, brisèrent les meubles, tuèrent une partie du bétail dans la cour et dans les étables. J’eus à peine le temps aidé des sept brancardiers que j’avais gardés, de transporter dans une cave les blessés étendus dans les diverses pièces de la maison.

L’immeuble fut à partir de ce moment, quoique désigné par deux pavillons de la Croix-Rouge, criblé de projectiles et finalement le matin du 21, incendié par un obus – quelques minutes avant l’irruption dans les cours d’un groupe de fantassins bavarois. Ceux-ci, à qui je me présentai d’abord seul et sans armes, permirent à tous mes hommes de sortir, sans les maltraiter. Je devais bientôt me convaincre que tous nos blessés n’avaient pas été [page 3] ainsi ménagés. En effet, après avoir placé mes premiers compagnons de captivité dans des véhicules réquisitionnés, que les Lorrains avaient conduits (malgré les obus que continuaient à envoyer nos 75 en retraite) jusqu’au voisinage de mon poste de secours, je procédai, sous escorte, au relèvement des soldats tombés la veille sur les pentes au bas desquelles est construit le village de Bühl.

Les Bavarois avaient relevé les leurs dans la matinée. Il restait une centaine de cadavres et quelques blessés immobiles, contrefaisant les morts. L’un d’eux, la face contre terre ne consentit à donner signe de vie qu’en entendant les appels criés en Français à travers ce champ lugubre, par mes brancardiers harassés par 48 heures de veille : le soir tombait et, pour aller d’un corps inerte au suivant les espaces étaient souvent assez longs. – Ce malheureux, le thorax transpercé de part en part, me dit : « Je n’avais qu’une blessure au pied, je m’étais trainé jusqu’à ce fossé où j’ai passé la nuit. Ce matin des colonnes allemandes ont défilé : les soldats ouvraient les sacs des morts ; deux d’entre eux, des jeunes, s’étaient approchés de moi pour fouiller dans des musettes ; en s’éloignant l’un des deux me désigna avec son fusil en riant, l’autre lui répondit en haussant les épaules : alors il tira… L’infortuné dut expirer le soir même dans l’église de Bull où l’on me fit déposer les blessés recueillis, avant de me conduire à Sarrebourg.

Au lazaret de Sarrebourg, la nuit tombée, je retrouvai tous mes confrères de la brigade, prisonniers depuis la veille, occupés à panser et à opérer. Ils avaient été isolés de leurs formations dans l’après-midi du 20 août au moment où les Allemands, au prix d’un combat livré dans les rues, [page 4] réoccupèrent la ville.

Pendant ces journées, je n’ai reçu aucun ordre et aucun renseignement susceptible de me faire comprendre que notre corps d’armée battait en retraite. Je me suis demandé par la suite, en voyant se prolonger pendant onze mois une captivité que je croyais ne devoir durer que quelques jours, si je n’aurais pas mieux fait de regagner Lorquin d’où mon régiment était parti le 18 à l’attaque de Sarrebourg et où il avait cantonné le premier soir de la retraite. Aujourd’hui, édifié sur la conception que se font nos ennemis de la Convention de Genève, il m’apparaît que le médecin, absolument dépourvu des moyens d’évacuer les blessés auxquels il a donné les premiers soins et exposé à être pris, devrait se croire autorisé à les abandonner à la garde d’un ou deux infirmiers. C’est ainsi, semble-t-il, que procèdent les Allemands, qui ont laissé à Lorquin un grand nombre de leurs blessés sans un seul médecin. Il faut reconnaître pourtant que les circonstances seront bien rares où le médecin, jugera que ses malades sont en suffisante sécurité et en état de se passer de ses soins. Je me suis rendu compte de la nécessité d’une direction et d’une autorité au milieu d’un groupe d’hommes affaiblis et désemparés – aussi bien que de l’utilité d’un personnel infirmier courageux et dévoué.

Les sept brancardiers m’ont été d’un précieux secours. Ils ont pendant trois jours de bombardement procédé au transport des soldats tombés aux alentours du poste de secours et assuré leur entretien. L’alimentation du poste n’a pas été, en effet, le moindre de nos soucis : un carré de pommes de pommes de terre et les volailles qu’il fut possible d’attraper permirent de nourrir tout notre monde jusqu’au moment où la pluie de shrapnells eut rendu intenable le séjour hors des caves. Il fallait cependant sortir pour accueillir [page 5] les nouveaux blessés et pour dégager l’issue des débris de tuiles et de pierres dont l’amoncellement nous eut emmurés. Mes infirmiers s’employèrent avec industrie et avec sang-froid à la sauvegarde de leurs camarades. Je dois signaler leur parfaite tenue, voici leurs noms :

Clusel (de Marigny, Allier)** ; Deschames A. (de Bourbon l’Archambault) ; Devineau André (de Dun le Poeber, Indre) ; Darnault Maurice (de Levroux, Indre) ; Mouragnon** (de Bourges) ; Salmon Henri (de Moulins Lesroux, Indre), infirmiers ou brancardiers régimentaires au 95e d’Infanterie. »

** Alphonse Pierre Clusel (1890-1914)

et François Gilbert Mouragnon (1889-1915)

décédèrent au camp de Grafenwöhr [Bavière].

[Service sanitaire sur les routes de Lorraine : Hadigny, Hablainville, Lorquin…]

(Rapport du médecin aide-major de 1ère classe Paul Séchan, du 95e régiment d’infanterie).

«(…) Médecin aide-major de 1ère classe de l’armée active, je suis parti de Bourges le 6 août 1914, en qualité de médecin du 1er bataillon du 95ème d’infanterie. Mon médecin [page 2] chef de service était Monsieur le médecin-major de 1ère classe Mangenot, sous les ordres de qui je servais déjà depuis deux ans. Fait prisonnier le 20 août 1914 à Sarrebourg j'ai été, le 23 août, séparé de Monsieur le médecin-major Mangenot et interné au camp de Grafenwöhr où j'ai eu succes­sivement comme médecins chefs de service : 1° - jusqu’au huit décembre 1914 : Monsieur le Médecin-major de 1ère classe Védrines, du 85° d’infanterie; 2°- depuis cette date et jus­qu'à la fin de ma captivité, c’est-à-dire, jusqu'au 17 juillet 1915 ; M. le médecin-major de 2ème classe Lacaze du 37° Rgt d’artillerie. Déjà, dès les premiers jours de la campagne qui pré­cédèrent notre entrée en Lorraine annexée, le service médical régimentaire fut, en maintes circonstances, fort difficile à assurer. Les marches longues sous un soleil souvent torride éprouvaient de nombreux soldats et parmi eux surtout ceux qui, arrachés brusquement à des occupations sédentaires n’é­taient plus entraînés à de telles fatigues. Malgré toutes les recommandations, la chaleur portait fatalement les hommes à boire de l’eau qui déterminait souvent chez eux des coliques telles qu’il fallait quelquefois les évacuer. Les cas d’inso­lation furent fréquents dans la journée du 10 août où le régi­ment fournit une marche très longue sous un soleil brûlant. Partis d'Hadigny le dimanche 9 août à 23 heures, nous n’arri­vâmes à Hablainville que le lendemain à 20 heures. Au canton­nement, nous nous trouvions fréquemment dans la nécessité de faire des évacuations et la difficulté, du moins tant que nous fûmes en France, ne tenait pas tant au fait d'être obligés de [page 2bis] de trouver des moyens d’évacuation qu’à celui de savoir où nous pouvions bien faire des évacuations. L’emplacement de l’ambulance nous était le plus souvent même inconnu, de même que celui du dépôt d’éclopés. Nous devions alors évacuer sur des localités voisines et cela un peu à l'aveuglette, et les malades ou blessés étaient obligés de ce fait de faire un chemin qui aurait été moins long et moins fatigant pour eux si nous avions été régulièrement informés de l’emplace­ment et de l’ambulance et du dépôt d’éclopés. Ainsi donc, dès le début, nous avons été maintes fois gênés par le manque de liaison entre les différentes formations médicales.

[Service de santé à la Halle de Sarrebourg… avec le 95e régiment d’infanterie]

Cet état de choses n'a d’ailleurs fait que s’accentuer pendant les journées des 18, 19 et 20 août qui furent celles de la bataille de Sarrebourg. Partis de Lorquin le mardi 18 Août à 7 heures, nous entrâmes le soir à Sarrebourg vers 22 heures. Les pertes étaient déjà assez, élevées, et à notre arrivée en ville, nous nous installâmes à la Halle avec le médecin-chef de service et le médecin du 3° bataillon. La journée du 19 août fut relativement peu meurtrière, mais au cours de celle du lendemain le nombre des blessés augmenta dans de très grandes proportions. L'hôpital où était instal­lé le service médical du 85ème d’infanterie et la Halle où nous étions nous-mêmes contenaient un grand nombre de blessés qui ne fit que s'accroître sans cesse au cours de la journée du 20 août. Dès le matin, le colonel Reibell [Emile Reibell, 1866-1950] commandant par intérim la brigade, demandait qu’une ambulance au moins soit envoyée à Sarrebourg où nous nous trouvions débordés. Beau­coup de blessés furent hospitalisés dans des maisons particu­lières de la ville et cela faute de place à la Halle, à l’hôpital [page 3] et dans les écoles de la ville où l'on avait également installé des lits. L’ambulance ne put venir ; le groupe de brancardiers envoya seulement quelques voitures dans la nuit du 19 au 20 qui permirent de faire quelques évacuations Pour nous, médecins régimentaires, nous nous trou­vions avec un poste de secours où arrivaient sans cesse des blessés ; de plus, nous nous trouvions dans une ville qui venait d’être évacuée par les Allemands, et évacuée de telle sorte qu'il ne restait pas le moindre mode de transport. Ni chevaux, ni voitures, ni rien qui puisse nous permettre d’évacuer pendant toute cette journée du 20 août.

Dans le courant de cette journée, qui fut celle où nous fûmes faits prisonniers, nous nous trouvâmes donc

I°- débordés par l'afflux des blessés ;

2°- dans l’impossibilité de faire les évacuations nécessaires par suite de l’absence de tout moyen de transport à Sarrebourg et aussi par le fait que ni l'ambulance ni les brancardiers divisionnaires ne purent venir à notre aide ce jour-là.

Notre situation était encore d'autant plus critique que nous étions dans une ignorance à peu près complète des événements militaires qui se déroulaient. Les Blessés que nous recevions étaient les seuls à nous donner quelques nou­velles. Le matin, vers 11 heures, le colonel fit mettre les musiciens à notre disposition, mais à aucun moment de la journée nous n'avons reçu de qui que ce soit l'ordre de nous replier.

Faits prisonniers le 20 août, vers 16h.30 nous restâmes dans notre poste de secours de Sarrebourg jusqu'au 23. De là, je fus, avec un convoi de blessés et quelques autres médecins [page 4], dirigés sur le camp de Grafenwôhr. Ce que furent ces trois journées où les allemands nous gardèrent à Sarrebourg et ces deux jours de voyage à travers l'Allemagne, ont dû être relatés avec détail par les médecins chefs de service dans leur propre rapport. J'insisterai seulement sur la façon brutale dont les médecins et les blessés ont été traités. Dès l'entrée des Allemands à Sarrebourg, nous avons été dépouillés de la plus grande partie de notre matériel; c'est à peine si l'on nous a laissé quelques paniers à pansements. Dans la cour de l'hôpital, nous avons été dépouillés de notre selle et de nos armes ainsi que de notre trousse médicale. Au cours des deux journées de voyage, les blessés sont restés sans aucun soin, et quand nous sommes arrivés au camp de Grafenwôhr où nous trouvâmes déjà, de nombreux blessés, rien n'était installé pour les recevoir (…) » - signé: Dr Paul Séchan.

Le dossier de Légion d’honneur de Paul Séchan (1886-1962)

(Rapport de monsieur le médecin major de 1ère classe Mangenot, du 95e régiment d’infanterie (extraits)).

« 21 Août - 350 blessés sont pansés par nos propres mo­yens. Un médecin civil, Dr Ott, est venu nous voir, avec une arrogance aussi déplacée qu’inaccoutumée. Ne croyant être vu, il emplit ses poches de comprimés.

Le Lieutenant de garde (Régiment des Gardes du Corps du Roi de Bavière) me vole mon sabre et mon revolver, avec promes­se de me les rendre. Je ne les ai jamais revus. Vers 4 heures M. l’Aumônier Rameau nous apprend que 150 blessés sont sans soins à l’Hôpital civil. Je m'y rends avec un médecin du 85eme qui nous a rejoints. Un chargement de voiture médicale du 29eme Régiment est trouvé au Pensionnat et nous rend les plus grands services.

Le Médecin Aide-major [page 2] Lévy est de retour, étant resté trois jours dans les caves de la ferme de Mouckhenhof avec des bles­sés, sans pouvoir en sortir. De nouveaux blessés sont apportés et nous pansons Français et Allemands. Les brancardiers et voitures sont parait-il insuffisants pour un relèvement rapide. Il est cer­tain que de nombreux hommes succombèrent à l'inanition sur le ter­rain. Le spectacle qui nous est donné dans les salles est d'une indescriptible atrocité. A onze heures du soir, nous nous préparons à sortir de l'hôpital pour retourner aux halles, n'ayant rien mangé depuis midi ; lorsqu'apparaît la masse imposante et ventrue d'un médecin allemand, à qui j’explique notre cas. "Un moment, Monsieur, s'écrie-t-il, où sont mes blessés allemands ?"- Exclamation, indiquant suffisamment ce que cette brute aurait fait, s'il se fut trouvé en présence de blessés français à panser comme nous l'avions fait pour les siens. Il réapparut quel­que temps après et sortit, en disant qu'il allait nous faire accom­pagner. A Minuit, irruption d'un lieutenant, revolver au poing, suivi d'hommes baïonnette au canon, criant : "Où sont les médecins qui veulent se sauver?.." - Les voici lui dis-je, mais ils ne dé­sirent que manger et dormir après avoir soigné les vôtres!

On nous entraîne vers l'hôpital militaire pour prendre des instructions. En route tout s'explique et cet officier, plus civilisé, après nous avoir offert à la cuisine roulante de sa com­pagnie, du pain et du café nous ramène à notre gîte.[page 3] 23 Août - Envoi précipité des médecins et du personnel sanitaire au lazaret, où, sous la menace d'un révolver, en l'absence, je dois le dire, de tout officier, nous nommes fouillés et dépouillés de nos objets personnels, comme de simples malfaiteurs. Sur ma réclamation à un médecin, nous sommes autorisés à reprendre quelques menus objets indispensables. Toute la journée se passe dans l'attente, parqués sur une pelouse du jardin. A 7 heures du soir, l'estomac creux, nous sommes conduits à la gare et embarqués à 23 heures pour Zweibrücken (Palatinat), où nous arrivons à 4 heures du matin.

Trois boites d'instruments régimentaires (2 au 95ème une du 29ème) qui, des différents postes de secours avaient été emportées, sur mon ordre, au Lazaret, y ont également été retenues Dès notre arrivée à Zweibrücken j'adressai au Commandement une ré­clamation, au sujet des faits précités, contraires à la convention de Genève et demandai notre renvoi par la Suisse. Cette réclamation était accompagnée d'une liste indi­viduelle de tous les objets personnels qui nous avaient été pris. Sur la mienne se trouvaient comprises les 3 boîtes d'instruments réglementaires. Aucune réponse.

24 Août - Six d'entre nous, (Mangenot 95eme, Faveret, 95eme, Lesbre, 29eme, Guillemin 85eme, Proust 85eme) descendus du train sont conduits à la prison civile. (Landsgericht gefängnis). Nous restons sans nouvelles des autres qui ont sans doute été maintenus dans le train avec le personnel. 96 blessés français sont hospitalisés au 1er étage de la prison où nous sommes chargés de les soigner sans pouvoir sortir ? L'état d'esprit de la population nous en eut d'ailleurs empêchés. »

[Le service au lazaret de Sarrebourg… avec le 85e régiment d’infanterie]

(Témoignage du médecin-auxiliaire Lantier du 85° régiment d'infanterie)

« Je suis tombé au pouvoir des Allemands le 20 Août vers 5 heures du soir à Sarrebourg-en-Lorraine.- Le Régiment était entré dans la ville le 19 au matin, une bataille très violente avait eu lieu toute la journée et le service de santé du 85ème avait travaillé sans relâche jusqu'à 1 heure du matin pour arriver à relever et à panser les blessés déjà très nombreux. - Le 20, au matin, nous étions prêts à partir, attendant les ordres qu'avait été chercher le Médecin-Major Védrines, quand arriva le cycliste du Colonel nous donnant Bühl comme lieu de destination. Une demi-heure environ s'écoula et nous vîmes apparaître notre médecin-chef et organisa aussitôt le convoi et déjà nous étions en route quand éclata une violente canonnade ; les obus arrivaient exactement sur la route que nous devions suivre, un éclat effleura même le médecin-major. Celui-ci nous ordonna alors de descendre vers la partie basse de la ville pour essayer de nous rendre à Bühl par un autre chemin ; mais après avoir interrogé plusieurs personnes de la ville, nous acquîmes la conviction que [page 2] c'était là, chose impossible ; le convoi fit alors demi-tour pour regagner la route abandonnée ; les premières voitures y étaient déjà engagées quand survint le Colo­nel Reibell, commandant la brigade qui nous donna l’or­dre de rentrer à l'hôpital et d’y installer les postes de secours.

Les blessés ne tardèrent pas d’ailleurs à arriver en très grand nombre, tout l’hôpital fut bientôt plein, les couloirs étaient occupés. Les blessés nous ren­seignaient un peu sur la marche de la bataille, nous savions que le Régiment reculait, bientôt la fusillade éclata dans les rues et quelques instants après les Allemands entraient à l'Hôpital.- Un officier allemand pénétra dans la salle où je travaillais avec quelques camarades et dit simple­ment : vous êtes médecins, continuez Messieurs - Il revint un instant après nous demander nos armes sans se départir de sa correction.

Le 20 [août], jusqu'à minuit - Le 21 - le 22 nous con­tinuâmes à panser les blessés qui étaient immédiatement évacués - Des formations allemandes étaient arrivées - le médecin-chef de l'Ambulance allemande (feldlazarett) nous traite durement disant au personnel de ne nous donner de quoi manger et de ne nous laisser reposer que quand tout le travail serait complètement terminé. - Nous fûmes nourris grâce à l’obli­geance des Dames de la ville, mais beaucoup d’entre nous furent obligés de coucher dans la salle de pansements.- Le 23 [un officier allemand] qui avait, je crois, le grade de Général nous fit appeler et nous dit de cesser immédiatement notre travail et nous remercia du dévouement dont nous avions fait preuve depuis notre prise ajoutant que le soir même nous partirions par la Suisse. - A ce moment [page 3] des sous-officiers nous emmenèrent dans le jardin de l’hôpital pour procéder à une fouille - Chacun de nous dût s’avancer à son tour entre 2 hommes révolver au poing pendant qu'un sous-officier [revêtait ?] consciencieuse­ment ses bottes enlevant les couteaux et même la corres­pondance - A midi, deux médecins allemandes nous condui­saient dans un restaurant de la ville pour y prendre un re­pas et le soir à 9 heures munis d'un passeport pour Zweibrücken nous prîmes le train à la gare de Sarrebourg. - Quand nous voulûmes des­cendre à Zweibrücken les portes étaient fermées et malgré nos protestations le train continua sa route jusqu’à Grafenwôhr où il arriva après 40 heures de trajet.- Le long du par­cours comme régime - pain, eau et une vague soupe au riz. (…) »

(Témoignage du médecin major de 1ère classe Védrines, médecin chef du 85e régiment d’infanterie.)

"J'ai été fait prisonnier à Sarrebourg, le 20 Août, avec tout mon personnel médical. Le 19 Août, j’avais installé mon poste de secours à l’hôpital de Sarrebourg, et là, jusqu’à minuit, les bran­cardiers et médecins auxiliaires ont battu le champ de bataille [page 2]- s'étendant du Petit-Sick à Bühl. Jusqu’à minuit, avec les médecins sous mes ordres, j’ai opéré, pansé, ligaturé les blessés qui m’étaient amenés par centaines. De plus, le 19, sur la demande de mon chef de Corps, j’ai fait installer vers midi, un poste de secours au village de Bühl. Le médecin chargé de ce poste a ramené à l’hôpital de Sarrebourg tous ses blessés, le 19 vers dix heures du soir.

Le 20 [août] au matin, à six heures, constatant que l'hôpital de Sarrebourg était bondé de blessés, je suis allé trouver M. le Colonel Reibell,- commandant la brigade, pour demander des moyens d’évacuations pour ces blessés. M. le Colo­nel Reibell a envoyé une note à la Division, réclamant instamment une ambulance. A mon retour à l'hôpital, j’ai trouvé une note de M. le Colonel Rabier, commandant le 85ème, note dans laquelle il me faisait connaître qu’il se trouvait à Bühl. J'ai aussitôt rassemblé mon matériel et réuni mon personnel, et me suis mis en route pour Bühl au milieu des obus qui pleuvaient sur la ville, notamment au voisinage de l'hôpital, car des batteries d’artillerie et des mitrail­leuses françaises étaient installées tout contre ce bâtiment. A peine avions-nous fait quelques pas hors d:e l’hô pital que j’ai reçu une blessure insignifiante (éclat d'obus) a la pommette gauche, et qu’une maison s'écroulait de­vant nous, nous barrant ainsi la route. Au cours d'un dé­tour que nous faisions pour continuer notre chemin nous avons rencontré M le Colonel Reibell qui nous a interdit de nous rendre à Bühl déclarant qu’il était absolument im­possible de passer. Cet officier supérieur m'a donné l'ordre de m'installer [page 3] à nouveau à l'hôpital de Sarrebourg. Là, j’ai continué à recevoir des blessés qui arrivaient de plus en plus nombreux : blessés du 85ème, du 95ème, du 29ème.

Pendant que nous nous occupions très activement de tous ces blessés, le bombardement devenait de plus en plus violent et l’on commençait à entendre la fusillade. Beau­coup de blessés, ont été blessés à nouveau ou tués dans leur lit d'hôpital.

Les Allemands sont entrés dans l'hôpital entre 16 et 17 Heures. Ils ont mis la main sur tout le personnel et le matériel médical. M. le Médecin major de 1ère Clas­se Mangenot, chef de Service au 95ème, a été pris, avec tout son personnel, dans les Halles de la ville, où il avait installé un autre poste de secours.

Les 21 et 22 [août], nous avons continué à donner nos soins aux blessés présents à l'hôpital et à tous ceux qu’on nous amenait encore du champ de bataille. Le 23, est ar­rivé à Sarrebourg un hôpital de campagne allemand. Le Médecin-chef de cette formation nous a remer­ciés et a déclaré que nous allions être dirigés sur la Suisse. Le soir du 23, on nous, mettait dans un train dans la direction de Zweibrucken, où nous devions descendre. Là, un certain nombre d’entre nous M. Mangenot, du 95ème et M. Lesbre, du 29ème, et Protet, du 85ème, Guillemier et Justin ; du 85ème, Faverot [Faveret du 95e], médecin-auxi­liaire du 29ème et une cinquantaine de brancardiers, ont pu descendre (...)."

Pour en savoir plus :

Parmi les « incontournables », sur la bataille des frontières :

http://chtimiste.com/batailles1418/morhange2.htm

http://www.sambre-marne-yser.be/article.php3?id_article=99

Didier J., Des moissons tachées de sang. Lorraine 1914. Metz : éditions Serpenoise, 2010, 168 p. Sur la bataille de Sarrebourg, p. 107-128, ill. avec cartes. Jacques Didier, une référence sur "les" batailles de Lorraine présente le « point de vue » français puis allemand. Son blog : http://jadier.canalblog.com/

Sources : Archives du musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce, Paris. Cartons 636 (Lévy), 637 (Lantier), 638 (Mangenot), 640 (Séchan), 641 (Védrines).

Archives du service historique de la défense, Vincennes [en ligne, Mémoiredeshommes] 26N 130/1 (DSS 8 CA) et 26N 297/11 (GBD 16).

http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/article.php?larub=2&titre=journaux-des-marches-et-operations-1914-1918

Illustration : les halles de Sarrebourg (détail d'une carte postale).

A VENIR : Quelques témoignages inédits de médecins militaires français sur le « chemin de croix » des prisonniers blessés, dans les camps d’Allemagne, après la bataille des frontières : 1 - Grafenwöhr (août 1914).
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UN GRAND RABBIN DANS LA GRANDE GUERRE, Abraham Bloch...

21 Décembre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes

UN GRAND RABBIN DANS LA GRANDE GUERRE, Abraham Bloch...
SORTIE : 15 novembre 2013

En cette fin d’année un ouvrage sur un "sanitaire" dont il reste à signaler, avec retard, la sortie : la biographie de l’aumônier militaire israélite Abraham Bloch (1859-1914), de la 14e section d’infirmiers militaires de Lyon, « tué à l’ennemi ». Je ne peux le « conseiller », ne l’ayant pas encore lu…

Cette fin d’année est vraiment difficile pour les passionnés de 14-18 qui ne savent où donner de la tête devant les étalages des libraires… Aussi pour ceux dont la « cagnotte 14-18 » est encore rebondie, cette présentation de l’éditeur vous est destinée ; quant à moi j'attendrai des jours meilleurs...

UN GRAND RABBIN DANS LA GRANDE GUERRE

Abraham Bloch, mort pour la France, symbole de l’Union Sacrée.

par Paul Netter

Editions Italiques, Broché 14 x 21 cm ; 144 pages ; 75 illustrations ; ISBN : 978-2-35617-012-5.

Présentation de l’éditeur :

Cette première biographie d’Abraham Bloch, écrite par son arrière-petit-fils, nous fait découvrir sa vie, son parcours et sa mort par le texte et par l’image : lettres et archives personnelles, carnet de guerre, articles de journaux, poèmes, extraits de livres, cartes postales…

Le 29 août 1914, au col d'Anozel, sur le front des Vosges, le Grand Rabbin Abraham Bloch, aumônier israélite et infirmier-brancardier volontaire, est tué par un éclat d'obus en portant un crucifix à un soldat catholique mourant qui l'a pris pour un prêtre. Cet acte héroïque et cette mort exemplaire vont faire de lui un symbole de l'Union Sacrée de tous les Français face à la menace allemande. Issu d'une famille alsacienne qui a opté pour la France en 1870, Abraham Bloch, diplômé du Séminaire Israélite de Paris, est d'abord rabbin à Remiremont en 1883. Grand Rabbin d'Alger en 1897, à une époque où les journaux et les ligues anti-juives se déchaînent, il est confronté à la violence politique et à des drames personnels, et il est même victime d'une tentative d'assassinat. De retour en métropole, il est nommé en 1908 Grand Rabbin de Lyon. En 1913, malgré son âge - 53 ans ! -, Abraham Bloch se porte volontaire comme aumônier israélite aux Armées. La déclaration de guerre le ramène dans les Vosges et l'entraîne vers le destin hors du commun qui le mène au sacrifice suprême et à la gloire. Le récit de sa mort, annoncée à sa veuve par un Père jésuite, est repris par les journaux français et étrangers, puis par des poètes et écrivains comme Maurice Barrès qui célèbrent le rabbin patriote et héroïque. Très vite, l'histoire d'Abraham Bloch devient légende, puis mythe avec des célébrations officielles, des inaugurations de monuments, des hommages publics qui se succèdent tout au long du XXe siècle à Paris, à Lyon, à Alger... Cette première biographie d'Abraham Bloch, écrite par son arrière-petit-fils, nous fait découvrir sa vie, son parcours et sa mort par le texte et par l'image : lettres et archives personnelles, carnet de guerre, articles de journaux, poèmes, extraits de livres, cartes postales...

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LES J.M.O. DES AMBULANCES (1914-1918), AU VAL-DE-GRACE (6e au 10e CA)

14 Décembre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #recherche archives documentation

LES J.M.O. DES AMBULANCES (1914-1918), AU VAL-DE-GRACE (6e au 10e CA)

ambulances (Groupes 1 à 5)

PRESENTATION - CLASSIFICATION DES AMBULANCES DE LA GUERRE (1914-1918).

Ambulances du 6e corps d’armée (1914), devenues ambulances du 6e groupe (1914-1918) :

Ambulance 1/6 – Manque avant le 10/10/15 ; 1 vol. (10/10/15-31/12/16) ; manque après le 1/01/17.

Note : JMO détruit dans l’incendie de l’ambulance le 20/09/15 ; le JMO restant est précédé d’un résumé des opérations du 1/08/14 au 10/10/15.

Ambulance 2/6 – JMO manquant.

Ambulance 3/6 – 1 vol. (1/08/14-25/02/19).

Note : Pièces annexes au JMO : rapport relatif à l’élément d’ambulance de Vienne-le-Château (2/02/15-11/05/15) ; rapports et état nominatif de blessés relatifs à l’élément léger d’ambulance de la Harazée (1/02/15-31/05/15).

Ambulance 4/6 – 1 vol. (2/08/14-7/04/18) ; 1 vol. (7/04/18-20/03/19).

Ambulance 5/6 – JMO manquant.

Ambulance 6/6 – 1 vol. (2/08/14-16/03/19).

Ambulance 7/6 – 1 vol. (6/08/14-16/07/19).

Ambulance 8/6 – JMO manquant.

Ambulance 9/6 – JMO manquant.

Ambulance 10/6 – 1 vol. (2/08/14-31/07/19).

Ambulance 11/6 – JMO manquant.

Ambulance 12/6 – 1 vol. (2/08/14-25/02/19).

Ambulance 13/6 – 1 vol. (2/08/14-24/11/18).

Ambulance 14/6 – 1 vol. (3/08/14-18/02/19).

Note : Pièce annexe. Journal de marche du détachement d’infirmiers de l’ambulance 14/6, 1 vol. (4/08/14-27/09/14) ; copie abrégée du journal de marche de l’ambulance 14/6 (23/08/14-27/09/14).

Ambulance 15/6 – JMO manquant.

Note : L’auteur a servi dans cette ambulance – Voivenel Paul, Avec la 67e Division de Réserve. Paris : Librairie des Champs-Elysées, 4 vol., 1933-1938, [1256 p.].

Ambulance 16/6 – 1 vol. (3/08/14-26/03/19).

Ambulance 17/6 – 1 vol. (9/08/14-1/02/19).

Ambulance 18/6 – 1 vol. (3/08/14-25/02/19).

Ambulance 19/6 – JMO manquant.

Ambulance 20/6 – Manque avant le 24/08/14 ; 1 vol. (24/08/14-28/02/16) ; 1 vol. (17/02/16-31/12/16) ; 1 vol. (21/01/17-7/07/18).

A consulter : www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

Les JMO du Service de santé du 6e Corps d’armée : Direction (1/08/14-1/03/19), 26N 123/12 à 26N 123/14.

Ambulances du 7e corps d’armée (1914), devenues ambulances du 7e groupe (1914-1918) :

Ambulance 1/7 – JMO manquant.

Mentions : A Senlis (Oise) [1/06/18-31/08/18] ; passe en subsistance à l’HCA 44 [01/09/18].

Ambulance 2/7 – 1 vol. (2/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-30/11/18).

Note : un cahier d’observations chirurgicales, sans date.

Ambulance 3/7 – 1 vol. (4/08/14-10/12/18).

Ambulance 4/7 – 1 vol. (2/08/14-1/02/19)

Ambulance 5/7 – 1 vol. (6/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/18).

Ambulance 6/7 – 1 vol. (1/08/14-9/09/14) ; manque après le 10/09/14.

Ambulance 7/7 – Manque avant le 2/02/16 ; 1 vol. (2/02/16-5/01/19).

Note : Une copie d’un journal de marche en forme de rapport (08/08/14-1/02/16).

Ambulance 8/7 – 1 vol. (2/08/14-21/02/16) ; manque depuis le 22/02/16.

Ambulance 9/7 – Manque avant le 26/07/15 ; 1 vol. (26/07/15-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) ; manque après le 1/01/18.

Note : fait fonction d’hôpital d’évacuation (HoE) de Bussang.

Ambulance 10/7 – Manque avant le 12/11/14 ; 1 vol. (13/11/14-4/01/17) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) ; manque après le 1/01/18.

Ambulance 11/7 – 1 vol. (12/08/14-11/04/19).

Ambulance 12/7 – 1 vol. (10/08/14-13/09/16) ; 1 vol. (14/09/16-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-1/03/19).

Ambulance 13/7 – 1 vol. (4/08/14-1/01/19).

Ambulance 14/7 – 1 vol. (12/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-1/01/19).

Ambulance 15/7 – 1 vol. (6/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) ; manque après le 1/01/18.

Ambulance 16/7 – 1 vol. (12/08/14-10/03/19).

A consulter : www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

Les JMO du Service de santé du 7e Corps d’armée : Direction (1/08/14-11/02/19), 26N 126/5 à 26N 126/7 – Groupe de brancardiers de corps (4/08/14-16/01/19), 26N 126/8 à 26N 126/9 – Groupe de brancardiers de corps, détachements fractionnés de la portion principale : Oissery, Fosse-Martin (7/09-13/09/14) ; Vic-sur-Aisne (21/09/14-11/10/14) ; Ambleny (25/10/14-19/11/14) ; Vic-sur-Aisne (14/12/14-29/06/15) ; Boyau-Friand (23/09/14-13/10/15), 26N 126/10.

Ambulances du 8e corps d’armée (1914), devenues ambulances du 8e groupe (1914-1918) :

Ambulance 1/8 – Manque avant le 15/08/15 ; 1 vol. (15/08/15-31/01/19).

Ambulance 2/8 – JMO manquant.

Ambulance 3/8 – 1 vol. (8/08/14-1/03/19).

Ambulance 4/8 – 1 vol. (4/08/14-24/12/18).

Note : pièce annexée, journal de marche du gestionnaire (8/08/14-9/02/16).

Ambulance 5/8 – JMO manquant.

Ambulance 6/8 – JMO manquant.

Ambulance 7/8 – 1 vol. (8/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-25/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-16/02/19).

Ambulance 8/8 – Manque avant le 29/08/14 ; 1 vol. (29/08/14-1/09/16) ; manque après le 01/09/16.

Ambulance 9/8 – 1 vol. (4/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (01/01/17-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-28/02/19).

Ambulance 10/8 – 1 vol. (15/08/14-9/01/17) ; manque depuis le 10/01/17.

Ambulance 11/8 – 1 vol. (4/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-22/03/19).

Ambulance 12/8 – Manque avant le 8/06/16 ; 1 vol. (8/06/16-20/11/18).

Ambulance 13/8 – 1 vol. (15/08/14-15/01/19).

Ambulance 14/8 – 1 vol. (9/08/14-25/01/19) ;

Ambulance 15/8 – 1 vol. (3/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-25/02/19).

Ambulance 16/8 – 1 vol. (3/08/14-20/02/17) ; manque du 21/02/17 au 15/12/17 ; 1 vol. (16/12/17-1/01/19).

A consulter : www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

Les JMO du Service de santé du 8e Corps d’armée : Direction (1/08/14-19/03/19), 26N 130/1 à 130/9 – Groupe de brancardiers de corps (2/08/14-26/01/19), 26N 130/10 – Groupe des sections d’hospitalisation (8/08/14-10/08/17), 26N 130/11.

Ambulances du 9e corps d’armée (1914), devenues ambulances du 9e groupe (1914-1918) :

Ambulance 1/9 – 1 vol. (4/08/14-1/05/18) ; 1 vol. (3/05/18-27/12/18).

Ambulance 2/9 – 1 vol. (8/08/14-3/01/17) ; 1 vol. (1/01/17-6/01/18) ; 1 vol. (1/01/18-8/03/19).

Ambulance 3/9 – JMO manquant.

Ambulance 4/9 – 1 vol. (4/08/14-8/02/19).

Ambulance 5/9 – 1 vol. (3/08/14-28/02/19)

Ambulance 6/9 – 1 vol. (2/08/14-10/03/19).

Ambulance 7/9 – Manque avant le 13/11/16 ; 1 vol. (13/11/16-15/06/18) ; manque après le 16/06/18.

Ambulance 8/9 – JMO manquant.

L'auteur a servi dans cette ambulance : Tulasne, Vingt mois à l'ambulance 8/9. Paris : Jouve, 1917, 64 p.

Ambulance 9/9 – 1 vol. (4/08/14-21/02/19).

Ambulance 10/9 – 1 vol. (12/08/14-25/09/17) ; 1 vol. (25/09/17-25/01/19).

Ambulance 11/9 – 1 vol. (3/08/14-1/03/19).

Ambulance 12/9 – 1 vol. (13/08/14-16/04/19).

Ambulance 13/9 – 1 vol. (4/08/14-1/03/19).

Ambulance 14/9 – JMO manquant.

Ambulance 15/9 – 1 vol. (5/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (2/01/17-12/02/19).

Ambulance 16/9 – 1 vol. (4/08/14-10/12/18).

A consulter : www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

Les JMO du Service de santé du 9e Corps d’armée : Direction (3/08/14-27/03/18), 26N 132/36.

Ambulances du 10e corps d’armée (1914), devenues ambulances du 10e groupe (1914-1918) :

Ambulance 1/10 – 1 vol. (4/08/14-11/06/15) ; 1 vol. (12/06/15-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-1/03/19).

Note : L’auteur a servi dans cette ambulance 1/10 – Maufrais Louis, J’étais médecin dans les tranchées. Paris : Robert Laffont, 2008, 331 p.

Voir pour cette ambulance les "carnets" de l'officier d'administration Ernest Vidal sur le blog : http://ernestvidal.blogspot.fr/

Ambulance 2/10 – JMO manquant

Note : Voir pour cette ambulance détachée à la 19e D.I. - "Poirier André, Le Service de santé d’un corps d’armée dans la bataille. Le 10e C.A. à Charleroi (août 1914)", dans la Revue du service de santé militaire, CVII, 2e semestre 1937, p. 817-846.

Ambulance 3/10 – JMO manquant

Note : Voir pour cette ambulance détachée à la 19e D.I. - "Poirier André, Le Service de santé d’un corps d’armée dans la bataille. Le 10e C.A. à Charleroi (août 1914)", dans la Revue du service de santé militaire, CVII, 2e semestre 1937, p. 817-846.

Ambulance 4/10 – 1 vol. (10/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-3/12/17) ; 1 vol. (4/12/17-15/02/19).

Ambulance 5/10 – 1 vol. (10/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-10/05/19).

Ambulance 6/10 – 1 vol. (9/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-1/01/19).

Ambulance 7/10 – 1 vol. (10/08/14-15/04/18) ; 1 vol. (15/04/18-1/01/19).

Ambulance 8/10 – JMO manquant

Ambulance 9/10 – JMO manquant

Ambulance 10/10 – JMO manquant

Ambulance 11/10 – 1 vol. (4/08/14-19/05/16) ; 1 vol. (20/05/16-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-1/01/19).

Cette ambulance possédait un journal : "Le bistouri" affiché par ses rédacteurs comme un "organe frontal, littéraire, périodique (...) bulletin hebdomadaire, littéraire, scientifique et caustique". Donné par la BNF avec les dates suivantes : [1915-1917]. Le n° du 1er janvier 1917 [n°34, 3e année] est disponible en ligne sur Gallica.fr.

Ambulance 12/10 – 1 vol. (13/08/14-15/08/15) ; manque du 16/08/15 au 14/10/15 ; 1 vol. (15/10/15-29/11/16) ; manque du 30/11/16 au 30/04/17 ; 1 vol. (30/04/17-décembre 18).

Ambulance 13/10 – 1 vol. (5/08/14-7/03/19).

Ambulance 14/10 – 1 vol. (12/08/14-19/01/19).

Ambulance 15/10 – 1 vol. (13/08/14-16/01/19).

Ambulance 16/10 – JMO manquant.

A consulter : www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

Les JMO du Service de santé du 10e Corps d’armée : Direction (01/01/17-25/02/19), 26N 133/11 – Groupe de brancardiers de corps (26/09/15-16/01/19), 26N 133/12.

Sur le GBC n° 10, voir les Mémoires de l'abbé Auguste Lemasson, aumônier au GBC n°10, dans Hubert Néant, "Un aumônier militaire en Artois (1914-1915)", le Pays de Dinan, t. XXVIII, 2008. Cité par Xavier Boniface. Histoire religieuse de la Grande Guerre. Paris : Fayard, 2014, 494 p.

Note : En raison des nombreux JMO manquants au 10e C.A. l’on se reportera pour ces ambulances à : Poirier André, "Le Service de santé d’un corps d’armée dans la bataille. Le 10e C.A. à Charleroi (août 1914)", dans la Revue du service de santé militaire, CVII, 2e semestre 1937, p. 817-846.

NOUVEAUTE 2015 : Les 107 volumes des AFGG

A suivre : ambulances (Groupes 11 à 15)

Mises à jour : 13 décembre 2015, 28 février 2016
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SANITAIRES AU FORT DE MANONVILLER 1914

6 Décembre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

SANITAIRES AU FORT DE MANONVILLER 1914

Un médecin militaire témoigne…

« Rapport de captivité fourni par le docteur Blusson, médecin aide-major de 1ère classe de réserve, médecin au fort de Manonviller (Meuthe-et-Moselle), rentré le 7 septembre [1914] de captivité à Constance où il avait été emmené prisonnier avec ses blessés après la reddition du fort, médecin civil à Bénaménil, chargé en temps de paix du service du fort de Manonviller.

Je me suis rendu au fort de Manonviller le 31 juillet 1914 à 18h 30 sur réquisition de M. le chef de bataillon Rocolle, commandant d’armes. Afin de pouvoir rejoindre mon poste le plus rapidement possible, craignant une attaque brusquée, je pris ma voiture automobile, cette voiture qui se trouvait par conséquent au fort au moment de la reddition a été prise par l’ennemi sans qu’aucun bon ne m’ait été fourni.

Durant les premiers jours de la mobilisation et avant que nos troupes aient pris l’offensive, le fort avec ses tourelles, Nord, Sud, Br, fit de l’excellent travail en tirant sur de nombreuses patrouilles de cavalerie qui se montraient sous le feu de nos canons. Nous pouvions voir aussi défiler sur la route de Igney à Amenoncourt des troupes allemandes, artillerie, cyclistes, infanterie contre lesquelles malheureusement, étant donnée la distance, nous ne pouvions rien.

[page 2] Lors de l’offensive de nos troupes, nos canons détruisirent ou endommagèrent sérieusement des batteries allemandes placées sur la cote de St. Martin et des escadrons ou pelotons de cavaliers ennemis aperçus aux environs de la ferme de Grand Seille, des Amienbois, dans la direction de Xousse et Leintrey. La position des troupes ennemies nous était fréquemment signalée par l’instituteur de Leintrey et cela malgré la présence dans ce village de cavaliers allemands – et communication faites par voies téléphoniques.

Nos troupes s’étant portées en avant sur la ligne Blamont, Avricourt, Maizières, le rôle du fort fut nécessairement réduit à celui de spectateur. Puis nos troupes se replièrent (21 août) et nous n’aperçumes que peu de troupes allemandes durant cette retraite, l’ennemi semblait éviter le fort et passer sur la lisière Nord de la forêt de Parroy (Benamenil – Crion – Sionviller) ou sur la lisière de la forêt de Mondon (Hablainville – Azerailles).

Le 24 août, vers 5 heures du soir, un aéroplane allemand est venu survoler le fort à faible hauteur, faisant deux fois le tour de l’ouvrage, ce qui nous a permis de penser qu’il le photographiait.

Le 25 août à 9h 20 du matin est tombé sur le fort le premier obus allemand (- coup long –) passant exactement au-dessus d’un groupe d’officiers en observation sur le parapet. Immédiatement le pont-levis est levé et le blindage de toutes les ouvertures effectué, soit à l’aide de rails, soit à l’aide de nombreux sacs à terre préparés à l’avance. Du 25 août à 9h 20 du matin et durant 53 heures consécutives sans aucune interruption (si ce n’est une interruption [page 3] de 3/4 d’heures environ dans la nuit du 26 au 27) le fort fut bombardé à raison de 180 à 230 obus par heure. Les constations qui ont pu être faites, débris de projectiles, ogives trouvées, ont permis de penser que l’on avait à faire à des obus de 280 voire même 305 et de calibres inférieurs. Après une heure 1/2 de bombardement, la tourelle Sud (fonte dure) était déjà sérieusement endommagée, quelques heures après le bombardement une gaine circulaire s’effondre rendant le passage impossible, les observatoires d’artillerie ne signalaient aucune troupe importante en avant de nous, quelques patrouilles de deux ou trois cavaliers. Un ballon captif allemand était aperçu du côté d’Amenoncourt, il fut tiré sur lui sans résultat. Impossibilité de pouvoir situer la position des batteries allemandes.

Dès le premier jour, les gaines, les casemates, les tourelles étaient envahies par une fumée noirâtre et jaunâtre particulièrement asphyxiante dégagée par l’explosion des projectiles. Dans la nuit du 25 au 26 j’ai dû donner mes soins à près de 150 hommes atteints d’un début d’asphyxie. Devant cet état de choses, je priai le capitaine du génie de bien vouloir mettre à ma disposition les tubes d’oxygène destinés à la télégraphie optique dont le poste venait d’être démoli. Grâce à ces tubes aussitôt que m’était signalé un endroit où les vapeurs asphyxiantes étaient particulièrement intenses, immédiatement les brancardiers se rendaient à l’emplacement indiqué, avec un tube dont le dégagement gazeux permettait de créer une atmosphère un peu plus respirable.

[page 4] Les 25 et 26, le bombardement continua sans relâche morale des hommes et de toute la garnison [excellent.] Plusieurs blessés dont les premiers l’ont été de la façon suivante : un officier et plusieurs hommes allant porter des sacs à terre devant la porte d’entrée, un obus perfore cette porte projetant de nombreux éclats qui atteignirent l’officier (lieutenant Fora) et trois hommes dont l’un mourut dans la nuit, de fracture du crâne. Plusieurs casemates, en particulier celle des officiers de la 10e cie étaient sérieusement atteintes, c’est miracle qu’aucun d’eux n’ait été blessé. Un d’entre eux qui portait sa jumelle en sautoir a vu cette jumelle écrasée sans que lui n’ait subi aucun dommage. Des fissures sont constatées dans de nombreux endroits, les gaines et casemates sont envahies par les gaz. La tourelle nord, autant que je puis me rappeler était indisponible dès ce moment, l’approvisionnement en projectiles de ces tourelles fut évacué dans la crainte qu’un nouvel obus ne les fit sauter.

Le 27 au matin, le bombardement redouble et l’on sent très bien (ébranlement sérieux du fort, plus grande intensité des détonations) que les obus lancés sont d’un plus gros calibre. Vers midi, un obus tombé sur l’ambulance fit fléchir nettement sous mes yeux, la voûte de celle-ci qui après, se réfléchissant, repris sa forme primitive sans autre détérioration qu’une fêlure.

Trouvant que dans ce local la sécurité était plus que relative, après avis du commandant d’armes et du capitaine du génie, je me mis en devoir de transporter ma table d’opération dans une gaine voisine de la casemate du gouverneur. Là, se trouvaient 25 à 30 hommes que je fis reculer un peu plus loin pour établir mon installation. A peine venais-je [page 5] de donner cet ordre que la voûte s’effondrait, blessant grièvement deux hommes (l’un fracture du crâne, l’autre fracture de la clavicule). Moi-même je reçus sur la tête un énorme débris de maçonnerie qui ne me causa que peu de mal grâce à l’idée que j’avais eue de placer dans mon képi, trois ou quatre mouchoirs de poche.

La situation devenait critique, une casemate dans laquelle heureusement ne restaient que quelques hommes s’effondre en en ensevelissant un sous les décombres et en en blessant deux autres (l’homme enseveli a pu être retiré dans la nuit du 27,il a été retrouvé courbé en deux, la colonne vertébrale brisée, la tête aplatie d’arrière en avant). A ce moment se trouvaient à l’infirmerie une vingtaine de blessés, dont huit ou neuf (dont 2 officiers) ne pouvaient marcher.

Vers deux heures du soir, le 27, la situation devient intenable, le fort est ébranlé de toutes parts, les gaines sont envahies de plus en plus parles gaz délétères et les hommes cherchent de tous côtés, un endroit où ils puissent respirer. Les gros obus dont il sera parlé tout à l’heure éclatent exactement sur le fort, chaque chute de l’un d’entre eux, nous avons nettement l’impression, le moral étant toujours parfait, que nous sommes sous la menace imminente ou d’une asphyxie complète, ou d’un ensevelissement total.

Le Conseil de défense se réunit pour envisager la situation dans une première réunion dont je n’ai pas connu le résultat. Vers 15 heures (autant que mes services soient exacts) nouvelle réunion du Conseil de défense qui envisage la possibilité d’une sortie reconnue impossible (En effet les fossés sont à moitié comblés, les parapets n’existent plus, les abords du fort sont impraticables, la grille d’avancée sérieusement [page 6] endommagée semblait présenter un obstacle des plus sérieux). Devant cet état de choses, le Conseil de Défense considère que résister plus longtemps vouerait à une mort certaine et sous peu de temps (asphyxie ou ensevelissement) la garnison toute entière, et cela sans aucun profit pour les opérations, la défense ou le pays. Il décide, à regret, les larmes aux yeux, d’abandonner le fort dont les tourelles, les canons-révolvers sont inutilisables.

La garnison sort avec les honneurs de la guerre et, le colonel ou général allemand félicite la garnison en la personne de son Commandant sur sa bravoure et sa ténacité. Nous apprenons par les allemands que nous étions bombardés par des batteries installées sur voie ferrée, à la gare de Deutsch-Avricourt, ils s’étonnent que nous n’ayons pas eu connaissance de l’emplacement de leurs batteries.

Un capitaine de pionniers, parlant très bien le français nous a montré le plan du fort qu’il possédait, il nous apprend que les obus lancés sur nous dans la dernière journée sont du diamètre de 42,5 mesurent 1m30 de haut contenant 100 kgs. d’explosifs, un ou deux culots de ces obus ont été vus sur le fort après le bombardement. Les pièces tirant des obus étaient installées sur voie, à la gare de Deutsch, sur un raccordement de la ligne Avricourt-Strasbourg ou Avricourt-Dieuze.

Les affuts, d’un poids très lourd, ne peuvent guère être amenés que par voie ferrée, ils rouleraient sur rails, la portée maxima de ces canons est parait-il de 15 kilomètres, le maniement de ces pièces était effectué par des ingénieurs ou ouvriers de l’usine Krupp. [page 7] J’ai quitté le fort de Manonviller le 29 août au matin, avec mon personnel (A) et mes blessés pour me rendre à la gare de Blamont, là, nous fûmes embarqués dans un train contenant des blessés allemands en grande quantité, nous fûmes dirigés par Strasbourg sur Appenweis et Offenburg, et après deux jours et deux nuits de voyage, nous fûmes enfermés à Constance où j’étais en compagnie du sous-lieutenant Villard du 19e Dragons et du lieutenant Claudel, blessé au fort de Manonviller. L’attitude des officiers allemands à notre égard, fut bienveillante.

Après 5 jours de captivité, le personnel sanitaire et moi fûmes reconduits à la frontière suisse à Kreuzlingen, d’où un officier suisse nous accompagna jusqu’à Berne. – A Berne, l’Etat-major suisse nous fit diriger sur la gare frontière des Verrières.

Je suis allé me présenter à la Place de Pontarlier où j’ai pris le train pour Besançon, me mettant dans cette ville immédiatement à la disposition de M. le général commandant la 7e région. Je me permettrai de signaler l’accueil particulièrement bienveillant et chaleureux des officiers suisses qui, durant toute la traversée de leur pays, ne permirent pas que mes hommes et moi eussent à dépenser quoi que ce soit pour leur nourriture ou leur voyage. Signé : Blusson. »

  1. Garnison de Manonviller : 803 personnels, dont 23 officiers et 56 sous-officiers – Personnel du service de santé : médecin aide-major Blusson, médecin auxiliaire Servet, huit infirmiers (Demoyen, Lacoste, Louis, Pelingre, Verrier, Richard, Pereb, Declerc).

Source : Arch. Musée du service de santé des armées, au Val-de-Grâce à Paris, cart. n° 634 (dos. Blusson).

Pour en savoir plus :

Site officiel du fort de Manonviller

Sur les autres hôpitaux militaires de siège traités dans ce blog : Givet, Montmédy, Longwy, etc.

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ANTONIN ARTAUD DANS LA GUERRE, par Florence de Mèredieu.

1 Décembre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes

ANTONIN ARTAUD DANS LA GUERRE, par Florence de Mèredieu.

Sortie : 20 Novembre 2013

A propos d’un cas… Antonin Artaud (1896-1948), « soldat d’infanterie, ajourné puis trois fois réformé (1914-1918) ».

Florence de Mèredieu après une magistrale biographie d’Antonin Artaud (« C’était Antonin Artaud », Fayard, 2006, 1087 p.) nous propose aujourd’hui : « La Guerre d’Antonin Artaud », période de 1914-1918 qui avait été à peine abordée dans sa biographie citée précédemment. Son ouvrage est découpé en six parties, dont la première (p. 15-126) et les documents annexés (p. 317-343) intéressent la « Grande » Guerre d’A. Artaud qui paraît s’être limitée aux seuls murs de l’infirmerie du 3e régiment d’infanterie de Digne. L’amorce de son combat contre ce que l’on appelait alors la « neurasthénie » laquelle proliféra, s’aggrava et l’accompagna au fil de sa vie de maisons de santé en asiles, nous est présentée par l’auteur à la façon d’un entomologiste. Florence de Mèredieu, dans un livre très dense, introduit en marge le cas Artaud dans le creuset explosif des « mécanique(s) asilaire et guerrière », pour mettre douloureusement en évidence les traitements coercitifs contre les « embusqués du cerveau » mis en œuvre par la médecine civilo-militaire. Ce nouveau « réquisitoire » après ceux de Sophie Delaporte et de Jean-Yves Le Naour présente l’un des aspects les plus controversés de l’historiographie médico-militaire 1914-1918.

L’ouvrage se poursuit (p. 127-317), en six parties sur la « Guerre continuée » (1919-1939) ; « exilé dans son propre pays » (1939-1946), « La période de Rodez, résistances et machines de guerre », « stratégies de guerre et manières d’écrire », « l’après-guerre, le retour, l’ère atomique » (1946-1948). Ces monuments d’esthétismes littéraires m’éloignent de ma thématique 14-18… encore que loin de l’esthétisme, il y a un petit quelque chose de « surréaliste », de baroque, en un mot de rafraîchissant à découvrir – parmi tant d’autres informations passionnantes - la filmographie d’Antonin Artaud dans son rôle du soldat Vieublé, l’ouvrier parigot fin saoul, le « crisard » des Croix de Bois de Dorgelès, dans le film éponyme (1932) de Raymond Bernard. [Ici c’est moi qui cite l’extrait avec jubilation, puisé aux meilleures sources – Je souhaite que Florence de Mèredieu ne m’en tienne pas rigueur de l’associer à son ouvrage -, en souvenir du « soldat d’infanterie, ajourné puis trois fois réformé» qui n’a probablement jamais vu les tranchées :]

  • « Et moi, Vieublé, soldat de deuxième par protection, médaillé militaire et croix de guerre. Si les boches n’aiment pas la lumière, je les em… !».
Présentation de l'éditeur :
Mr Mutilé, Mr tronçonné, Mr amputé, Mr décapité dans les barbelés et les guillotines du pouvoir discrétionnaire de la guerre. (Antonin Artaud).

1914-1918 : une génération d'artistes et d'écrivains (Artaud, Breton, Masson, Céline...) est projetée dans la Grande Guerre, ses tranchées, ses champs de bataille (Verdun), ses morts et ses blessés psychiques. Des Centres de neuropsychiatrie sont créés pour traiter au plus vite les malades sans blessures apparentes, et les renvoyer au front.


Cette guerre de 14-18, Antonin Artaud (1896-1948) ne cessera de la revivre. Comme acteur de cinéma, dans Verdun, Vision d'histoire et Les Croix de bois. Comme écrivain, auteur et acteur de théâtre. Les textes et dessins de ses derniers cahiers sont l'expression de la guerre littéraire et graphique qu'il mène à l'encontre d'une société qui a fait de lui : un mutilé, un amputé, un déporté de l'être.


Entre les deux conflits (de 1918 à 1939), se mettent en place un processus de guerre continue (Michel Foucault), une société de plus en plus technicisée et médicalisée, une brutalisation de masse (George Mosse) de la société civile et la montée d'une forme d'hygiène mentale et sociale dont le dévoiement aboutira, en Allemagne, au fascisme hitlérien. 1939-1945 : Hitler (soigné lui aussi, durant la Première Guerre, dans un centre psychiatrique) entraîne l'Europe et le monde dans une guerre d'extermination.


Artaud connaît alors les asiles psychiatriques, la faim, les électrochocs. Ce livre plonge au coeur même de ce qui fit l'essentiel de l'histoire politique et culturelle du XXe siècle. La grande histoire s'écrit au rythme de la littérature et des arts de la première moitié du siècle. On y croise ces psychiatres (et psychanalystes) qui ont nom Charcot, Freud, Babinski, Toulouse, Grasset, Tausk, Allendy, etc.


Ce qu'Edouard Toulouse nommait la biocratie marque, aujourd'hui encore, l'ensemble de notre société.

Florence de Mèredieu : écrivain et universitaire (Paris I-Panthéon/Sorbonne-Philosophie. Esthétique et sciences de l'art). Auteur d'ouvrages sur Picasso, Duchamp, Masson, le Gutai, Van Gogh... Et d'un ensemble d'études sur l'oeuvre et la vie d'Antonin Artaud: C'était Antonin Artaud, biographie, Fayard, 2006. Antonin Artaud, Portraits et Gris-gris, 1984-2008 ; Sur l'électrochoc, le Cas Antonin Artaud, 1996 ; La Chine/Le Japon d'Antonin Artaud, 2006, Blusson. L'Affaire Artaud, Fayard, 2009, etc.

http://www.editions-blusson.com/

A lire dans le Journal Ethnographique en ligne, du 1er mai 2015, l'interview de Florence de Mèredieu par Jean Joseph Goux : Artaud. Guerre, Pouvoir et Psychiatrie.

MISE A JOUR : 9 janvier 2016

A lire ou à écouter sur France-Culture, sur des sujets connexes et difficiles qui me sont chers sur l’hygiène mentale, les mutilations volontaires et le « torpillage » à la façon médico-militaire, durant la guerre 1914-1918 :

L’ouvrage devenu « classique » de Sophie Delaporte, Les médecins dans la Grande Guerre, 1914-1918. Paris : Bayard ; 2003, 224 p.

Jean-Yves Le Naour, Les soldats de la honte. Paris : Perrin ; 2011, 280 p. – Paris : Perrin (Tempus poche) ; 2013, 222 p.

Nicolas Offenstadt, Les fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999). Paris : O. Jacob ; 1999, « Mutilations volontaires », p. 38-41 et aussi André Bach (général), Fusillés pour l’exemple, 1914-1915. Paris : Tallandier ; 2003, 617 p. dont le chap. X (p. 321-373) n’est pas à la gloire du service de santé militaire : « La mort pour les lâches qui se mutilent ! ».

L’ouvrage le plus récent sur le sujet est une très belle étude régionale (France Ouest) ; un modèle qu’il serait possible de multiplier à l’échelle nationale : Stéphane Tison et Hervé Guillemain, Du front à l’asile, 1914-1918. Paris : Alma ; 2013, 416 p. Lire une analyse (20 janvier 2014) de l'ouvrage par Fabrice Boyer : Le “4e fiévreux” ou la folie en bleu horizon (1) dans le Carnet BCU 1914-1918 de l'université de Clermont-Ferrand.

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LES J.M.O. DES AMBULANCES (1914-1918), AU VAL-DE-GRACE (1er au 5e CA)

25 Novembre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #recherche archives documentation

LES J.M.O. DES AMBULANCES (1914-1918), AU VAL-DE-GRACE (1er au 5e CA)

Je propose au lecteur, dans les livraisons à venir, des notes relevées dans les années 1995 au musée du service de santé des armées, lesquelles précisent les journaux des marches et opérations conservés dans leurs fonds. Ces informations peuvent avoir – encore - un grand intérêt pour le chercheur à la recherche d’éléments sur ces formations sanitaires dont les JMO ne sont pas encore numérisés par le ministère de la Défense...

Ces JMO peuvent être consultés, sur place à Paris et sur rendez-vous : au Musée du service de santé des armées, 1 place Alphonse Laveran, 75230 Paris-cedex 05.

Classification des ambulances de la Guerre 1914-1918 :

« Les ambulances furent affectées à leur mise sur pied, à raison théoriquement d’une par division de cavalerie ; deux, par division d’infanterie ; seize, par corps d’armée…

On identifiait ces ambulances par une fraction dont le numérateur représentait un numéro d’ordre, et le dénominateur, le n° de la grande unité de rattachement. Exemple : 1/137, ambulance n°1 de la 137e DI ; 5/5, ambulance n°5 du 5e CA.

Toutefois cette belle architecture ne prévalait que pour le jour de la mobilisation, de la mise sur pied et pour les quelques jours et semaines qui suivirent. Rapidement, lors de la « bataille des frontières » et d’une manière générale lors des mouvements de la « Course à la mer », le rattachement mécanique aux grandes unités (GU) fut bouleversé. Aussi est-il illusoire – comme on peut le lire encore trop souvent – de vouloir rattacher une ambulance quelconque – à de rares exceptions – à l’épopée d’une grande unité durant la Grande Guerre. L’histoire de chaque ambulance doit être singularisée et c’est ce qui fait toute la difficulté du suivi de leurs pérégrinations sur les théâtres de guerre.

Ce rattachement évolua rapidement. Il suffit de consulter quelques journaux de marches et opérations (JMO) pour s’en convaincre. Dans un premier temps l’on individualisa l’ambulance en tant que formation sanitaire sans jamais la rattacher à un CA organique qui pouvait se situer à des centaines de kilomètres de l’ambulance déployée au sein d’un nouveau CA. L’on choisit alors de l’identifier par l’appellation générique de « groupe » en lieu et place de CA. Exemple : 10/12, ambulance n°10 du 12e groupe [initialement, en 1914, 12e CA] » (Olier F, Quénec’hdu JL, Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, III, 20-21).

Ambulances du 1er corps d’armée (1914), devenues ambulances du 1er groupe (1914-1918) :

Ambulance 1/1 – 1 vol. JMO du 3/08/14-1915.

Ambulance 2/1 – 1 vol. (3/08/14-1916).

Ambulance 3/1 – 1 vol. (22/03/16-1/11/19).

Ambulance 4/1 – 1 vol. (12/11/16-31/12/16) ; 1 vol. (01/01/17-28/07/18) ; 1 vol. (29/07/18-1/01/19).

Ambulance 5/1 – 1 vol. (3/08/14-13/03/16) ; 1 vol. (14/03/16-9/02/18) ; 1 vol. (10/02/18-7/05/19).

Ambulance 6/1 – 1 vol. (4/08/14-14/07/17) ; 1 vol. (15/07/17-16/01/19) – reg. en double (04/12/17-mars 18).

Ambulance 7/1 – 1 vol. (4/08/14- 31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/18).

Ambulance 8/1 – JMO manquant.

Ambulance 9/1 – JMO manque avant le 5/05/16 ; 1 vol. (5/05/16-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-27/01/18) ; (27/05/18-01/03/19).

Ambulance 10/1 – JMO manquant.

Ambulance 11/1 – 1 vol. (6/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/19-7/01/19).

Ambulance 12/1 – 1 vol. (3/08/14-29/04/18).

Ambulance 13/1 – JMO manquant avant le 22/04/15 ; 1 vol. (22/04/15-31/01/19).

Ambulance 14/1 – JMO manquant.

Ambulance 15/1 – 1 vol. (6/08/14-29/12/16) ; (17/01/17-31/12/17) ; JMO manque après le 1/01/18.

Ambulance 16/1 – 1 vol. (5/08/14-20/03/19).

A consulter : www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/ :
Les JMO du Service de santé du 1er Corps d’armée : Direction (1/08/14-25/02/19), 26N 101/16 à 26N 101/19.

Ambulances du 2e corps d’armée (1914), devenues ambulances du 2e groupe (1914-1918) :

Ambulance 1/2 – 1 vol. (2/08/14-31/12/18) ; double (2/08/14-22/09/14).

Note : On retrouve des éléments du « JMO » de l’ambulance 1/2 dans le JMO du service de santé de la 4e DI (26N 267/16 [en ligne]) cahier ms. du médecin major de 1ère classe Meyer, médecin-chef de l’hôpital de Laon, comprenant des notes sur a) l’ambulance 1/2 (2/08/14-1/10/15) ; à partir du 23/09/14, GBC 2 ; à partir du 22/05/15, journal du médecin divisionnaire de la 4e DI.

Ambulance 2/2 – 1 vol. (01/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (01/01/17-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-31/12/18).

Ambulance 3/2 – 1 vol. (1/08/14-12/05/15) ; 1 vol. (14/05/15-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-26/01/19).

Ambulance 4/2 – JMO manquant.

Ambulance 5/2 – 1 vol. (2/08/14-15/03/19).

Ambulance 6/2 – JMO manquant avant le 20/09/14 ; 1 vol. (20/09/14-15/04/15) ; 1 vol. (16/04/15-16/11/16) ; 1 vol. (16/11/16-28/02/19).

Ambulance 7/2 – 1 vol. (3/08/14-18/07/16) ; 1 vol. (19/07/16-17/08/18) ; JMO manquant après le 17/08/18.

Ambulance 8/2 – 1 vol. (2/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-29/12/18) ; JMO manquant après le 30/12/18.

Ambulance 9/2 – 1 vol. (8/08/14-29/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-8/01/19).

Ambulance 10/2 – 1 vol. (3/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-25/01/19).

Ambulance 11/2 – 1 vol. (5/08/14-10/03/19).

Ambulance 12/2 – JMO manquant avant le 3 février 1915 ; 1 vol. (3/02/15-15/11/18) ; Manque après le 16/11/18.

Ambulance 13/2 – 1 vol. (9/08/16-31/12/16) ; 1 vol. (21/08/17-8/02/19).

Ambulance 14/2 – JMO manquant.

Ambulance 15/2 – 1 vol. (3/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-28/02/19) ; 1 double (3/08/14-31/12/17).

Ambulance 16/2 – 1 vol. (9/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-25/12/18).

A consulter : www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/ :
Les JMO du Service de santé du 2e Corps d’armée : Direction (1/08/14-04/03/19), 26N 105/1 à 26N 105/10 - Groupe de brancardiers de Corps (GBC) (3/08/14-16/01/19), 26N 105/11 à 26N 105/12 – Groupe des sections d’hospitalisation non affectées (7/08/14-31/12/17), 26N 105/13 à 26N 105/14.

Ambulances du 3e corps d’armée (1914), devenues ambulances du 3e groupe (1914-1918) :

Ambulance 1/3 – 1vol. (2/08/14-21/12/18).

Ambulance 2/3 – 1 vol. (1/08/14-15/02/19).

Ambulance 3/3 – 1 vol. (3/08/14-1/09/18) ; 1 vol. (1/09/18-28/02/19).

Ambulance 4/3 – 1 vol. (7/08/14-5/07/15) ; 1 vol. (5/07/15-28/06/16) ; 1 vol. (30/06/16-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-15/02/19).

Ambulance 5/3 – JMO manquant.

Ambulance 6/3 – 1 vol. (8/08/14-11/01/19).

Ambulance 7/3 – 1 vol. (8/08/14-30/11/17) ; 1 vol. (1/12/17-28/02/19).

Ambulance 8/3 – JMO manquant.

Ambulance 9/3 – 1 vol. (9/08/14-16/02/15) ; 1 vol. (17/02/15-7/12/15) ; 1 vol. (8/12/15-9/05/16) ; 1 vol. (10/05/16-2/02/18) ; 1 vol. (3/02/18-14/04/19).

Note : Georges Duhamel (1884-1966) dans Vie des martyrs. Paris : Mercure de France, 1917, 229 p. témoigne de son vécu de chirurgien à l'ambulance 9/3 ;
et de nombreuses mentions dans sa correspondance (juin 1915-octobre 1916) : Georges et Blanche Duhamel, Correspondance de guerre 1914-1919, t.1, août 1914-décembre 1916. Coll. Bibliothèque des correspondances, mémoires et journaux, 32, Genève : H. Champion, 2007, 1422 p.

Albert Martin a été médecin-chef de cette ambulance : Un énergique et enthousiaste "Homme de coeur" rouennais : Albert Martin (1866-1948). Souvenirs d'un chirurgien de la Grande Guerre. Luneray : Bertout, Coll. La Mémoire normande, 1996, 239 p.

Ambulance 10/3 – JMO manquant.

Ambulance 11/3 – 1 vol. (4/08/14-30/04/17) ; 1 vol. (1/05/17-15/01/19).

Ambulance 12/3 – Manque avant le 04/09/15 – 1 vol. (04/09/15-31/01/16) – manque entre le 1/02/16 et le 26/05/18 - 1 vol. (27/05/18-3/12/18).

Ambulance 13/3 – 1 vol. (12/08/14-23/01/18) - Manque depuis le 24/01/18.

Ambulance 14/3 – 1 vol. (5/08/14-9/10/17) – Manque depuis le 10/10/17.

Ambulance 15/3 – JMO manquant.

Ambulance 16/3 – 1 vol. (5/08/14-30/08/16) ; 1 vol. (31/08/16-19/01/17) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-1/03/19).

A consulter : www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/ :
Les JMO du Service de santé du 3e Corps d’armée : Direction (5/08/14-3/08/19), 26N 108/6 à 26N 108/10 - Groupe de brancardiers de Corps (GBC) (9/08/14-16/01/19), 26N 108/11.

Ambulances du 4e corps d’armée (1914), devenues ambulances du 4e groupe (1914-1918) :

Ambulance 1/4 – JMO manquant.

Ambulance 2/4 – 1 vol. (6/08/14-31/08/15) ; 1 vol. (1/09/15-29/06/17) – Manque depuis le 30/06/17.

Ambulance 3/4 – 1 vol. (7/08/14-10/02/19) – 1 double (2/08/14-25/09/15).

Ambulance 4/4 – 1 vol. (3/08/14-26/12/15) ; 1 vol. (27/12/15-mai 1918) – Manque depuis mai 1918.

Ambulance 5/4 – 1 vol. (3/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-14/11/18).

Ambulance 6/4 – 1 vol. (2/08/14-31/12/16) – Manque depuis le 01/01/17.

Ambulance 7/4 – 1 vol. (8/08/14-7/01/19).

Ambulance 8/4 – 1 vol. (3/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) - Manque depuis le 1/01/18.

Ambulance 9/4 – 1 vol. (2/08/14-30/03/18) ; 1 vol. (2/04/18-4/01/19).

Ambulance 10/4 – 1 vol. (15/08/14-01/01/19).

Ambulance 11/4 – 1 vol. avec pièces annexes (16/08/14-23/02/19).

Ambulance 12/4 – 1 vol. (16/08/14-6/03/18) ; double (16/08/14-6/04/18) - Manque après le 6/04/18.

Ambulance 13/4 – 1 vol. (16/08/14-30/01/18) ; 1 vol. (1/01/18-19/09/18) – Manque après le 20/09/18.

Ambulance 14/4 – 1 vol. (4/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17).

Ambulance 15/4 – 1 vol. (4/08/14-1/03/19).

Ambulance 16/4 – 1 vol. (4/08/14-10/06/18) ; 1 vol. (11/06/18-10/03/19).

A consulter : www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/ :
Les JMO du Service de santé du 4e Corps d’armée : Direction (7/08/14-10/03/19), 26N 113/1 à 26N 113/12 - Groupe de brancardiers de Corps (GBC) (2/08/14-16/01/19), 26N 113/13 à 26N 113/16 – Groupe des sections d’hospitalisation non affectées (6/08/14-9/08/17), 26N 113/17.

Ambulances du 5e corps d’armée (1914), devenues ambulances du 5e groupe (1914-1918) :

Ambulance 1/5 – 1 vol. (2/08/14-31/12/18).

Ambulance 2/5 – 1 vol. (18/08/14-19/01/17) ; 1 vol. (20/01/17-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-31/12/18).

Ambulance 3/5 – 1 vol. (7/08/14-15/12/18).

Ambulance 4/5 – 1 vol. (3/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-28/02/19).

Ambulance 5/5 – 1 vol. (2/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-27/02/19).

Ambulance 6/5 – 1 vol. (6/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-6/07/18).

Ambulance 7/5 – 1 vol. (2/08/14-1/01/17) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-25/11/18).

Ambulance 8/5 – Manque avant le 1/02/16 – 1 vol. (1/02/16-25/01/19).

Ambulance 9/5 – 1 vol. (14/08/14-6/07/15) ; 1 vol. (7/07/15-14/10/15) ; 1 vol. (15/10/15-30/06/16) ; 1 vol. (1/07/16-10/01/19).

Ambulance 10/5 – 1 vol. (14/08/14-31/12/15) – Manque depuis le 1/01/16.

Ambulance 11/5 – JMO manquant

Ambulance 12/5 – 1 vol. (3/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-31/01/19).

Ambulance 13/5 – 1 vol. (14/08/14-4/01/19)

Ambulance 14/5 – 1 vol. (13/08/14-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-15/11/18).

Note : L'auteur a servi dans cette ambulance 14/5 - Journal de guerre de Jacques Le Petit : 1914-1919, Un médecin à l'épreuve de la Grande Guerre. Parçay-sur-Vienne : Anovi, 2009, 127 p.

Ambulance 15/5 – Manque avant le 7/10/16 – 1 vol. (7/10/16-9/01/19).

Note : L'auteur a servi dans cette ambulance 15/5, en Lorraine [1918] - Deschamps Paul, Mémoires de n'importe qui (1914-1919). Plessala : Association Bretagne 14-18, 1999, 52 p.

Ambulance 16/5 – 1 vol. (2/08/14-31/12/16) ; 1 vol. (1/01/17-31/12/17) ; 1 vol. (1/01/18-7/12/18) ; 1 vol. (4/01/19-28/04/19).

A consulter : www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/ :
Les JMO du Service de santé du 5e Corps d’armée : Direction (5/08/14-24/02/19), 26N 117/12 à 26N 117/17 - Groupe de brancardiers de Corps (GBC) (4/08/14-16/01/19), 26N 117/18 à 26N 117/22 – Groupe des sections d’hospitalisation non affectées (2/08/14-25/09/16), 26N 117/23.
NOUVEAUTE 2015 : Les 107 volumes des AFGG en ligne...

A SUIVRE : ambulances (Groupes 6 à 10).

Mise à jour : 13 décembre 2015
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LE SERVICE DE SANTE 1914-1918

23 Novembre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #Centenaire

LE SERVICE DE SANTE 1914-1918
Sortie : FEVRIER 2014

Le Service de santé 1914-1918, de Marc Morillon et Jean-François Falabrègues

aux éditions Bernard Giovanangeli, de Paris

" Ce livre, bien au-delà de l’histoire du Service de santé militaire, évoque toutes les professions de santé mobilisées au cours de la Grande Guerre. Avec plus de quatre cents images dont la plupart sont inédites, l’ouvrage illustre la guerre des médecins, pharmaciens, dentistes, officiers d’administration, brancardiers, infirmières et aumôniers, tous dévoués au secours des blessés. Il permet de suivre et de comprendre le parcours des soldats depuis leur relèvement sur le champ de bataille jusqu’aux hôpitaux de l’arrière. Il sera utile à tous ceux qui, amateurs de la grande histoire ou simplement curieux de leur histoire familiale, voudront décoder les photographies et documents laissés par un aïeul, que celui-ci ait été soignant ou blessé…"

Bon de souscription

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CENTENAIRE 1914 – Les Carnets de l’aspirant Laby… Grand format et couleur !

10 Novembre 2013 , Rédigé par François OLIER et Gérard Publié dans #Centenaire

CENTENAIRE 1914 – Les Carnets de l’aspirant Laby… Grand format et couleur !

Mon coup de cœur pour ce 11 novembre

Vous connaissez certainement l’ouvrage Les Carnets de l’aspirant Laby, médecin dans les tranchées (28 juillet 1914-14 juillet 1919) qui a été décliné depuis 2001 en de nombreuses éditions y compris de poche (Hachette, coll. Pluriel, 2003). Je ne vous propose pas aujourd’hui une énième analyse, vous trouverez ci-après une fiche bibliographique du CRID présentant, analysant et « commentant » le livre.

En cette fin d’année 2013, je vous invite à casser votre tirelire pour acquérir la nouvelle édition Illustrée parue le 3 octobre 2013 aux éditions Bayard.

Cette édition est une petite merveille d’édition, à lire, à parcourir, à déguster. Les Carnets sont reproduits en grand format et en couleur : magnifiques dessins de Lucien Laby (1892-1982) qui vont « de la caricature au croquis fait à la hâte avant une attaque, de la bande dessinée aux lavis plus sombres » (éditions Bayard). C’est vraiment une belle édition « façonnée » avec goût. [voir le lien vers la vidéo en fin d'article]

Et puisque j’écris ce petit papier un 10 novembre, je cède la place au carabin Lucien Laby - « Dimanche 10 novembre [1918]. Je suis de garde à l’hôpital. A 21h30, j’entends crier dans les couloirs que « l’Armistice est signé ! » Nous courons, Richard et moi, comme des fous, au téléphone. La nouvelle vient d’arriver, officieuse encore, de la direction du SS. [Service de santé] – L’Armistice est signé avec des conditions écrasantes pour les Boches. C’est la « Victoire ! » Enfin !! Nous bondissons, avec Richard, jusqu’à la popote et nous hurlons, de la rue, tant nous sommes essoufflés : « Ohé ! la Popote !! L’Armistice, elle est signée !!! [sic] ». Ils ouvrent leurs fenêtres (la popote est au premier étage) et pour toute réponse nous vident les carafes sur la tête en disant que c’est une mauvaise plaisanterie. Nous sortons en bande et poussons des hurlements dans les rues. Toutes les fenêtres s’ouvrent ! – Bombe toute la nuit. On réveille le père Robillard, médecin de l’endroit. On veut sonner les cloches, mais l’église est bien fermée et le curé fait la sourde oreille. On va à l’épicerie faire une nouba épouvantable. On réveille « Vallerot-Rady » [surnom de Vallery-Radot] à seaux d’eau. On frète une auto avec Ferrier, Meugé, Lorneau, etc. et on va à Morvillars réveiller Gouverneur et Auvigne. Je me couche à 5 heures du matin, complètement noir. Mais avant, nous allons, bras dessus bras dessous, hurler une aubade dans la chambre de Fer-(di)-nand Dubourdieu et sous les fenêtres de Richard ».

Les carnets de l’aspirant Laby, médecin dans les tranchées (28 juillet 1914-14 juillet 1919), Paris, Bayard, 2013, 351 p.
– ISBN : 978-2-227-48685-0 – Préface de Stéphane Audoin-Rouzeau. Texte préparé et annoté par Sophie Delaporte. Bonne lecture !

Un grand merci à mon compère Gérard.

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SAINT-MIHIEL 1914 – MEDECIN PRISONNIER AU CAMP DES ROMAINS (SEPTEMBRE 1914)

9 Novembre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux, #les hommes

SAINT-MIHIEL 1914 – MEDECIN PRISONNIER AU CAMP DES ROMAINS (SEPTEMBRE 1914)

Le fort du Camp des Romains construit, de 1875 à 1878, au-dessus de Saint-Mihiel surveillait les approches des Hauts-de-Meuse. Cet ensemble fortifié possédait une garnison de près de 850 officiers et soldats pour un hôpital de siège de 50 lits. En septembre 1914 le fort était défendu par la 13e compagnie du 166e régiment d’infanterie et armé par la 5e batterie du 5e régiment d’artillerie à pied. Le gouverneur de la place, le lieutenant-colonel David-Grignot était secondé par le médecin aide-major de 1ère classe René Florentin (1869-1938) praticien à Robert-Espagne (Meuse).

Vers le 19 septembre 1914, les Allemands sous le commandement du général Von Strantz se jetaient dans la trouée de Saint-Mihiel, tentant de couper nos liaisons et d’isoler Verdun qui gênait les communications allemandes entre Metz et la Champagne. Le bombardement du fort débuta le 23 septembre et se poursuivit sans interruption jusqu’au 25 septembre, jour de sa reddition. Dès le premier jour, l’hôpital de siège avait été rendu inutilisable. L’article qui suit, à travers le témoignage du docteur Florentin, rapporte la résistance de la place et les difficultés grandissantes du soutien sanitaire de la garnison.

Rapport du docteur Florentin, [médecin] aide-major de 1ère classe sur sa captivité (25 septembre 1914-17 juillet 1915)

A la mobilisation générale, j’étais affecté au fort du Camp des Romains où je suis arrivé le 2 août 1914 comme seul médecin de la garnison. Sont venus se joindre à moi cinq infirmiers dont l’étudiant en médecine Pucheu (A), qui était en temps de paix chargé du service médical du fort.

Jusqu’au 23 septembre, le service n’a rien eu de bien pénible. J’ai organisé mon infirmerie avec l’abondant matériel de guerre mis à ma disposition. Au début de septembre, lorsque les évènements militaires menacèrent dans la région, le gouverneur du fort m’indiqua, comme infirmerie, en cas de bombardement, une casemate soi-disant à l’épreuve où je fis installer des lits et transporter les médicaments et objets de pansements indispensables.

Le bombardement survint le 23 septembre à 8 heures ½ du matin. L’infirmerie spécialement aménagée, était malheureusement placée dans la direction exacte du tir ennemi, de sorte que les obus venaient éclater à son entrée. Plusieurs blessés qui étaient déjà en traitement, furent transportés à la hâte dans le fond de la casemate pour les préserver de l’atteinte des projectiles. Une immense brèche s’ouvrit bientôt dans le mur d’entrée donnant sur un passage ouvert, lui-même complètement démoli. La situation devenant critique, je chargeai deux ou trois infirmiers, qui sortirent rapidement en enjambant les décombres, d’aller demander qu’on veuille bien pratiquer à coups de massue une ouverture dans le mur formant le fond de la casemate, derrière lequel se trouvait [page 2]. L’ordre fut exécuté et un quart d’heure après nous pouvions, à travers la brèche, ainsi ouverte, faire évacuer nos blessés dans un endroit plus en sécurité, où se trouvaient réunis les officiers du fort. C’était une galerie voutée, d’une quinzaine de mètres de longueur sur 3 de largeur, sur laquelle s’ouvrait un local un peu plus spacieux, sorte de cave, qui paraissait bien protégée. C’est dans ce repaire que les blessés furent recueillis pendant toute la durée du bombardement. On avait amené là quelques matelas et couvertures provenant de casemates encore abordables.

Le bombardement dura du 23 septembre à 8 heures ½ du matin jusqu’au 25 septembre vers 4 heures du matin, d’une façon ininterrompue, si ce n’est une accalmie chaque jour, de 6 heures à 6 heures 1/2 du soir. On profita de ces moments de répit pour enterrer sommairement quelques cadavres dans le fossé du rempart où dans le courant du mois d’août j’avais fait creuser une fosse assez vaste.

A la fin du bombardement, notre galerie était garnie de blessés entassés sur des matelas qui, alignés le long des parois laissaient entre eux un étroit passage. D’autres avaient été installés dans le local adjacent où se trouvaient un petit matériel médical qu’on avait bien difficilement pu sauver de l’infirmerie complètement détruite, quelques boules de pain et un tonneau de vin blanc acheté quelques temps auparavant par les officiers du fort. J’avais pris heureusement sur moi un flacon d’éther, un de morphine et ma trousse personnelle où se trouvait une seringue. Ce bagage sommaire me permit de parer aux premières nécessités.

Pendant l’assaut qui suivit le bombardement et dura 4 heures, de nombreux blessés vinrent envahir notre refuge, notamment une quinzaine d’hommes portant des brûlures importantes du visage, des mains et des avant-bras. Tous ces blessés furent pansés [page 3] immédiatement. Comme on manquait d’eau, même d’eau ordinaire, on se servait pour laver les plaies et faire les pansements du vin blanc qu’on avait sous la main. Ce vin blanc a été à peu près exclusivement la seule ressource alimentaire, pour les blessés et les officiers, pendant ces deux affreuses journées.

Le combat acharné qui se livra à l’intérieur du fort prit fin vers 8 heures. A ce moment, tous nos locaux, qui avaient fort heureusement résistés au fracas des 3500 obus que les pièces des allemands destinèrent au Camp des Romains, étaient totalement envahis ; une soixantaine de blessés étaient là, les uns couchés, les autres assis ou debout, et l’on travaillait dans ce milieu sinistre, éclairé par quelques bougies. On apprit alors, avec consternation, la capitulation du fort. Peu après, plusieurs soldats allemands débouchaient dans notre repaire encore tout échauffé par l’ardeur du combat, croisant la baïonnette et jetant des cris de bêtes fauves. Ce n’est qu’à force d’explications assez pénibles qu’ils commencèrent à se calmer. Un officier allemand qui survint d’ailleurs à ce moment mis fin au conflit en congédiant ses hommes et nous donnant toute liberté d’action.

Je fis sortir delà tous les blessés pouvant marcher pour mettre ensuite un peu d’ordre dans la situation. Puis je me rendis près du capitaine de Lusancay grièvement blessé, auquel je fis quelques piqures d’éther et de caféine et me mis à la recherche des blessés sous les décombres de notre malheureux fort rendu méconnaissable. Ensuite on enterra des morts, notamment le capitaine Cordebar, tué d’une balle à la tête, que nous avons placé dans une sépulture isolée munie d’une croix avec l’indication de son nom. Enfin ; les infirmiers transportèrent, au milieu de grandes difficultés (à cause des amas de décombres obstruant tous les passages), tous les blessés couchés en un endroit [page 4] spécial sur l’avancée, où une voiture d’ambulance vint les prendre dans l’après-midi pour les descendre à Saint-Mihiel.

J’estime à 40 morts et de 60 à 70 blessés les pertes en hommes pendant la défense du Camp des Romains.

Vers midi, un médecin allemand vint m’accoster près des blessés réunis sur l’avancée, et me pria de le suivre à Saint-Mihiel. Il me fit descendre du côté est et me conduisit au lazareth [lazarett] mixte installé dans un immense bâtiment qui servait auparavant de patronage m’a-t-on dit, et où se trouvaient réunis un grand nombre de blessés français et allemands (B). Pendant toute l’après-midi, les Allemands procédèrent à l’évacuation de leurs blessés, avec un certain empressement, faisant supposer qu’ils ne comptaient pas rester longtemps là.

Je demeurai deux jours dans ce lazarett, en contact avec de jeunes médecins allemands fort courtois, qui m’invitèrent à prendre mes repas à leur table. Les opérations chirurgicales étaient faites par un professeur de Leipzig (le Dr Blaser, je crois) qui venait tous les jours en auto du château de Saint-Benoît où il résidait. J’ai pu me rendre compte que les médecins allemands apportaient toute leur attention aux soins qu’ils donnaient, en même temps que moi, aux blessés français.

Dans la journée du lendemain 26 [septembre], arriva au lazarett le docteur Deleuze, du 40e régiment d’infanterie (C), fait prisonnier sur le champ de bataille de Chauvoncourt, alors qu’il ramassait des blessés avec ses brancardiers. Il se joignit à nous. Le 27 [septembre], à midi, on nous annonça brusquement qu’il fallait se tenir prêt à partir dans 5 minutes. On nous dirigeait sur l’Allemagne, mais pour quelques semaines seulement. On devait nous faire rentrer en France par la Suisse. Ce sont les médecins allemands eux-mêmes qui nous dirent cela. Quelques instants après, sans avoir mangé, nous partions à pied, le docteur Deleuze et moi, en tête d’une colonne de 60 blessés environ. On arriva à Saint-Benoît (25 kms) vers 7 heures, tous bien fatigués, après avoir traversés les lignes allemandes et villages dévastés de la Woëvre. On nous enferma [page 5] dans l’église occupée déjà par un grand nombre de prisonniers de l’infanterie coloniale qui avaient combattu sous Chauvoncourt. On nous donna là (aux officiers seulement) un peu de bouillon.

Le lendemain 28 [septembre], trois officiers se joignent à nous et on gagne Chambley où un train, garni de prisonniers ont été dirigés sur une autre direction et nous sommes arrivés à Ingolstadt le 30 septembre à 7 heures du soir. Encore 8 km. à pied et nous faisions tous les 5 notre entrée au fort X où je fus heureux de retrouver les autres officiers du Camp des Romains qui étaient là depuis deux jours. Je ne devais sortir de là que dix mois plus tard.

Pendant le trajet en chemin de fer, nous n’avons pas eu à nous féliciter de la générosité de la Croix-Rouge allemande qui partout nous a refusé à manger, même en payant (Nichts Französe !) Nous avons été pris en pitié par la sentinelle qui nous accompagnait et qui s’est privée pour nous de son pain et de son jambon.

En terminant ce petit compte rendu des choses les plus importantes que j’aie vues de la guerre, je tiens à signaler d’une façon toute particulière la belle conduite du caporal infirmier de la 6e section Georges, qui, au fort et au lazarett, m’a secondé sans marchander ses peines et avec un dévouement absolu. »

Notes :

  1. Les cinq infirmiers : Pucheu, le caporal Georges, les soldats Lacour, Peltier et Millot.
  2. Il s’agit de l’hôpital auxiliaire n° 25 de Saint-Mihiel, mis sur pied par la Société de secours aux blessés militaires (SSBM), 125 lits, 6 août-20 septembre 1914.
  3. En fait il s’agit du 240e régiment d’infanterie.

Remerciements à Jean-Pierre Fraiche qui m’a autorisé à reproduire le portrait du docteur René Florentin.

http://canardespagnol.blogspot.fr/2012_04_01_archive.html

Docteur René Florentin (1869-1938) - Docteur en médecine à Robert-Espagne. Mobilisé le 2 août 1914. Chef du service médical du Fort du Camp des Romains ; fait prisonnier le 25 septembre 1914 et interné à Ingolstadt (Bavière) jusqu’au 20 juillet 1915. Rapatrié et affecté à l’hôpital militaire de Châlons-sur-Marne durant six mois. Désigné ensuite, par la préfecture et l’autorité militaire pour assurer le service médical de la population civile du canton d’Ancerville, jusqu’à sa démobilisation le 25 décembre 1918. Il finit la guerre comme médecin major de 2e classe (capitaine), croix de guerre. Chevalier de la Légion d’honneur (19 janvier 1922).
Le service de santé militaire à Saint-Mihiel (septembre 1914)

En août 1914, le centre hospitalier comprenait 350 lits, « dont 100 dans son vieil hôpital, où l’on faisait de très bonne chirurgie en temps de paix, et 250 dans deux hôpitaux auxiliaires [HA 25 et HA 109] ». Le médecin inspecteur général Mignon directeur du service de santé de la IIIe armée signale dans son ouvrage monumental sur le service de santé de la Grande Guerre, la conduite exemplaire du personnel dans l’organisation, du 22 au 24 septembre 1914, du repli des blessés de Saint-Mihiel devant l’avance allemande : « Nous ne devons pas oublier le rôle du service de santé dans l’évacuation de Saint-Mihiel. La place ne comptait plus que quatre médecins et dix infirmiers. Les médecins appartenaient à l’armée territoriale et étaient aides-majors : c’étaient les docteurs Beuvignon, Chocquet, Morel, Liénard. Les infirmiers étaient des auxiliaires de l’armée territoriale. Ils furent prévenus du danger que la ville courait, le 22 septembre au soir, par une canonnade ininterrompue dirigée sur Saint-Mihiel et les environs. Beuvignon nous demanda alors un train sanitaire que la D.E.S. [Direction des Etapes et des Services] promit d’essayer de lui envoyer. Il projetait le départ de tous les blessés et malades transportables. La situation s’aggrave dans la journée du 23 : une bombe d’aéroplane est jetée sur l’hôpital auxiliaire de la Société de Secours aux blessés ; un obus détruit l’usine électrique, seule ressource d’éclairage de la ville ; car la canalisation du gaz est coupée, depuis la destruction du pont parle génie français. L’hospice mixte est privé d’eau. L’usine élévatoire de Sinarmont ne fonctionne plus. La circulation est impossible sur les routes de Chaillon, Woinville, Apremont et Han. Saint-Mihiel est complètement isolée sur la droite. La ville n’a plus à gauche comme moyens de communication que les passerelles pour piétons jetées sur la Meuse à la place du pont détruit. Dans ces conditions la sécurité des malades et blessés semble à Beuvignon sérieusement compromise. Il prescrit à ses collègues de préparer l’évacuation de tous les hospitalisés, à l’exclusion des intransportables. Un premier lot d’évacués part avec le train ordinaire de 15 h. 25 (23 septembre) ; un second lot part avec le train de 21 h. 25. Le train sanitaire demandé l’avant-veille arrive le 24 à 2 h. 25.On y met les derniers évacuables. Beuvignon sauve ainsi des mains allemandes 122 couchés et 200 assis. Le transport des malades et blessés avait demandé beaucoup de peine. Les formations sanitaires étaient situées dans la ville sur la rive droite de la Meuse et la gare est sur la rive gauche. Les convois ne furent possibles qu’à bras d’hommes. Les passerelles étaient interdites aux voitures. Tout le personnel médical partit avec le train sanitaire à 3 h. 25.Il ne resta derrière lui que 15 malades intransportables, dont une douzaine de typhoïdiques. »

Mignon (A.). Le service de santé pendant la guerre 1914-1918. Tome premier, les années 1914-1915. Paris : Masson, 1926, p. 33 et 187-188.

In Memoriam

Le département de la Meuse, aux populations civiles tant éprouvées lors de la Première Guerre Mondiale le fut également au cours de la Seconde Guerre. Ce rappel mémoriel  « en souvenir » des atrocités allemandes de la 29e division Panzer SS qui affectèrent, le 29 août 1944, les communes de la vallée de la Saulx : Trémont-sur-Saulx, Robert-Espagne (le fief de René Florentin), Beurey-sur-Saulx, Couvonges et Mognéville et firent 87 victimes civiles innocentes, comme aux plus mauvais jours de l’entrée, en Belgique et en France, des troupes allemandes d’août 1914. Pour ne pas oublier, consultez le blog de Jean-Pierre Fraiche et Yves Vinot sur l’Oradour meusien :

A paraître en novembre 2013 : le tome 4 des Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, France sud-est. : http://www.ysec.fr/a-paraitre/les-hopitaux-militaires-iv

SAINT-MIHIEL 1914 – MEDECIN PRISONNIER AU CAMP DES ROMAINS (SEPTEMBRE 1914)
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