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Articles récents

CONFERENCE : HOPITAUX D’AVALLON 1914-1919

19 Octobre 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia

CONFERENCE : HOPITAUX D’AVALLON 1914-1919

HOPITAUX D’AVALLON 1914-1919

Conférence le 11 novembre 2015 à 16h à la mairie de Quarré-les-Tombes (Yonne), de Madame Nicole Roy-Gillot sur les hôpitaux civils et militaires d’Avallon dans la Grande Guerre.

invitée par l’Association Mémoire Vivante du Canton de Quarré-les-Tombes dans le cadre de son exposition 1914-1918, Madame Roy-Gillot présentera un diaporama illustré de nombreux extraits et agrandissements de photos, cartes postales anciennes sur les hôpitaux permanents et temporaires d’Avallon.

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EXPOSITION « LA GUERRE DES GAZ » A VITRY-LE-FRANCOIS

13 Octobre 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia

Exposition du 10 octobre au 11 novembre 2015
Exposition du 10 octobre au 11 novembre 2015

EXPOSITION « LA GUERRE DES GAZ » A VITRY-LE-FRANCOIS, du 10 octobre au 11 novembre 2015

La mise en oeuvre de cette magnifique exposition, placée sous la houlette de la mairie de Vitry-le-François, réalisée à base de « tableaux vivants » a fait un large appel à de nombreuses expertises sur la Grande Guerre - dont celle de l’association « Autour du conservatoire des produits de santé des armées » de Chanteau dans le Loiret (ACAPSA) dont j'ai présenté les activités dans un précédent billet.

« C’est l’événement du mois : l’exposition de la « Guerre des Gaz » à la salle du Manège de Vitry-le-François fait déjà la une de la presse.
Un spectacle impressionnant de réalisme attend les visiteurs. Vous vous retrouverez ainsi au cœur même de la bataille, dans une tranchée reconstituée, soumis à une attaque (heureusement fictive) de gaz de combat. Un cheval équipé d’un masque à gaz et son cavalier lui aussi en tenue de protection anti-gaz. En tout, 13 scènes différentes vous ramènent juste 100 ans en arrière, pendant la Première Guerre Mondiale, comme si vous y étiez. Une première en France, une exposition placée sous le Haut Patronage du Président de la République. Les « tableaux vivants » proviennent de l’exposition « Liège Expo 14-18 » qui a attiré 500 000 visiteurs à Liège, en Belgique, cet été.

L’entrée est de 1 € pour les enfants, de 3 € pour les adultes, et des visites guidées et commentées par des spécialistes sont également prévues (5 €).

L’exposition est ouverte en semaine de 08h45 à 11h30 (sauf périodes scolaire où cette plage horaire est réservée aux visites des classes) et 13h30-18h30. Samedi, dimanche et jours fériés : 11h-19h du 10 octobre au 11 novembre 2015. »

Source : Ville de Vitry-le-François
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L’HOPITAL AUXILIAIRE N°6 DE SAINT-ETIENNE (LOIRE) AUX ARCHIVES DEPARTEMENTALES…

12 Octobre 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

L’HOPITAL AUXILIAIRE N°6 DE SAINT-ETIENNE (LOIRE) AUX ARCHIVES DEPARTEMENTALES…

Un album complet de photographies sur le service de santé dans la zone de l’intérieur (13e région militaire, Loire, Saint-Etienne)

Je tiens à débuter ce billet en présentant mes chaleureux remerciements à Mme Maria Xypolopoulou, étudiante en master à l’université Capodistrienne d’Athènes pour m’avoir signalé ce magnifique album détenu par les archives départementales de la Loire (Saint-Etienne), conservé sous la cote 2NUM_1F173, qu’il m’a été donné de consulter en ligne, en septembre 2015, durant un court laps de temps, avant son retrait ?. Mme Xypolopoulou prépare actuellement un mémoire sur la « Photographie en France pendant la Grande Guerre » ; « dénicheuse » de trésors, elle possède des connaissances très étendues sur les fonds documentaires de l’Hexagone en 1914-1918.

Cet album est véritablement un petit trésor dont peut s’enorgueillir le département de la Loire, tant à travers la thématique, la cohérence du propos (service de santé de la croix-rouge locale (SSBM)), le nombre de documents (plusieurs dizaines) et la qualité de cette « photographie d’amateur ». Par ailleurs, dans la thématique présentée, qui reste classique dans ses descriptions animées ou non et ses traditionnelles photographies de groupes civils et militaires, quelques perles peuvent être repérées qui traitent du mois d’août 1914 et de l’arrivée des premiers blessés à l'hôpital auxiliaire n°6 ou à l'infirmerie de gare de Saint-Etienne. Ces photographies deviendront ensuite très rares – voire interdites – par pudeur, par souci de ne pas alarmer les populations. N’oublions pas aussi, que dès sept.-oct. 1914, les périodiques de la presse régionale s’autocensureront ou seront censurés en ce qui concerne la publication de longues listes de blessés accueillis dans les hôpitaux permanents et temporaires de province.

Présentation succincte de l’album, à ce jour :

[page 1] Dispensaire-école de la Croix-Rouge de Saint-Etienne [août 1914].

[pages 2, 3, 4, 5] Infirmerie de gare (SSBM) de Saint-Etienne : arrivée des blessés militaires [23 août 1914] – description des locaux – Présentation du personnel infirmier, infirmières [1914-1915].

[page 6] Les services militaires et sanitaires de la gare de Saint-Etienne : photographies de groupes [ca1914].

[pages 7, 8, 9, 10, 11, 12] Hôpital des Houillières, annexe du Soleil dite « ambulance du Soleil », Hospice Sainte-Barbe de Saint-Etienne – description des locaux. Présentation du personnel soignant civil (infirmières et d’exploitation). Quelques blessés et malades. Quelques infirmiers de la 13e section d’infirmiers militaires (SIM), etc. [1914-1915].

[pages 13, 14, 15, 16] Ambulance du « Palais de Justice », hôpital auxiliaire n°6, rue du Palais-de- Justice – description des locaux. Présentation du personnel soignant civil (infirmière et d’exploitation, lingères). Quelques blessés et malades, des visiteurs, etc. [1914-1916].

[page 17] Maison de convalescence de la Barollière [1914-1916]

[page 18] Hôpital de l’hôtel des ingénieurs [ca1915]

[page 19] Maison de convalescence Le Monteil, hôpital des ingénieurs, Bouthéon, Feurs [ca1914-1915]

Etc.

Nota : le lien vers cet album en ligne ne serait plus opérationnel à ce jour… Les chercheurs intéressés peuvent toujours le consulter auprès des archives départementales de la Loire à Saint-Etienne et m'adresser leurs compléments que je publierai sur ce blog.

Vous pouvez aussi consulter les monographies hospitalières et marcophiles de l’hôpital auxiliaire n°6 de Saint-Etienne dans notre tome 4 des Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918 (Ysec, 2014, p. 123-124) ou les monographies du bulletin de la société de secours aux blessés militaires, n° 12, janvier 1919, 13e région militaire, p. 334-357.

Si vous avez connaissance d'autres perles d'archives sur le service de santé militaire et civil hospitalier, en 1914-1918 susceptibles d'être présentées sur ce blog ou déjà traitées en ligne dans des périodiques, journaux, revues numériques, etc. n'hésitez pas à m'envoyer un lien vers ces documents. A bientôt !

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AMBULANCE 13 – GUEULE DE GUERRE

2 Octobre 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia

AMBULANCE 13 – GUEULE DE GUERRE

Une suite attendue - Le tome 6 est paru le 30 Septembre 2015 - Scénariste : Patrice Ordas – Dessinateur : Alain Mounier – édition Grand Angle, 2015, 48 p.+ encart illustré 8 p. D’après une histoire de Patrick Cothias et Patrice Ordas.

La saga de Louis Bouteloup se poursuit avec ce tome 6 qui clôture le cycle III… Cet album auquel j’apporte quelques miettes de « conseils avisés » avec d’autres (Xavier Tabbagh et Philippe Lafargue), devrait être – comme ses devanciers – un grand succès de librairie. Ce 6e volume est accompagné d’un encart illustré (n.p.) de dix pages élaboré par l’Association des Amis du service de santé des armées et intitulé : La chaîne d’évacuation des blessés pendant la Grande Guerre. Un autre gage de succès pour cette association dynamique, organisatrice au Val-de-Grâce à Paris les 4 et 5 février 2015 du colloque : "le service de santé aux armées durant la Grande Guerre", dont le Petit Journal en forme d’annales (Panorama médical) est sur le site de l’association. Ici.

Loin des tranchées, un médecin défiguré fait face à un autre visage.

Texte de l’éditeur : « Chirurgien militaire, Louis Bouteloup est désormais entre les mains de ses pairs. Grièvement blessé et défiguré sur le front alsacien, il peut cependant compter sur les talents de sculpteur d’Émilie pour retrouver un visage. Mis hors du cadre de l’armée, Louis est confronté aux peurs de l’arrière, aux monstrueux canons bombardant la capitale. Il découvre aussi le sentiment profond qu’il éprouve pour Émilie. Sera-t-il trop tard pour reconstruire leur vie ? (…)

  • Que dites-vous ? Vraiment ? c’est le fils Bouteloup, vous êtes sûre ?
  • Messieurs, il apparaît que ce garçon est l’un des nôtres, alors je compte sur vous, n’est-ce pas ?
  • Je n’attends pas un miracle mais, au moins, qu’un enfant puisse le regarder sans se mettre à hurler.
  • Je sais que vous êtes des novices. Etudiez bien les méthodes de Pont. On l’opère dans deux jours. »

Bonne lecture en compagnie de Louis Bouteloup.

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LE SERVICE DE SANTE DE LA 35e DI A CORBENY (AISNE) EN SEPTEMBRE 1914 (2e Partie).

18 Septembre 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

Eglise de Corbeny (ca. 1914)
Eglise de Corbeny (ca. 1914)

Le service médical du 57e RI à Corbény (13-17 septembre 1914).

Vers la 1ère partie : 144e RI

Sur la situation médico-militaire et le déploiement des formations sanitaires de campagne du 18e corps d’armée autour de Corbeny, l’on se référera à l’introduction de la 1ère partie de l’article sur le service de santé de la 35e DI.

Le 57e Régiment d’infanterie dispose – ce qui est relativement exceptionnel – d’un journal des marches et opérations particulier pour son service médical. Celui-ci a été ouvert le 7 avril 1915 par le médecin aide-major de 1ère classe Tronyo, de retour de captivité, ancien médecin de bataillon qui venait d’être nommé médecin-chef du régiment. Tronyo a renseigné rétrospectivement le JMO pour les combats de Lobbes (22/08), Guise (28/08) et Corbeny qui nous intéresse aujourd’hui. A son départ du 57e (25 décembre 1916) le « JMO sanitaire » a été tenu avec soin par ses successeurs : les docteurs Ferron et Martinet, ce qui nous donne une masse documentaire de première importance sur l’organisation et le fonctionnement du service de santé d’un corps de troupe d’active, du 2 août 1914 au 12 septembre 1919.

Etat d’encadrement du service de santé du 57e RI (08-09/1914)

Médecin chef : Médecin major (MM) de 1ère classe Sonrier (Active), du 05/08/14-14/09/14), prisonnier (14/09) ; MM2 des troupes coloniales Le Boucher, du 22/09/14 au 04/03/15. Le MaM1 Tronyo, du 1er bataillon, à son retour de captivité (18/02/15), est nommé médecin chef (07/04/15).

– 1er bataillon : Médecin aide-major (MaM) de 1ère classe Tronyo (Active), Maux. Neveu.

– 2e bataillon : MaM Guignon (évacué pour épuisement, ca. 28/08/14), Maux. Planque.

– 3e bataillon : MaM1 Bonnefon, Maux. X (évacué pour épuisement, ca. 28/08/14).

Extrait du journal des marches et opérations du 57e régiment d’infanterie (13-17 septembre 1914)

[p. 43] 13 septembre 1914 – « Combat de Corbeny. Itinéraire Courlandon, Romain, Ventelay, Roucy, Pontavert. L’ennemi est signalé vers Craonne et Chevreux, Corbeny. Le régiment venant de Pontavert est arrivé en vue de Craonne au bas de la colline, à la lisière du bois qui s’étend à l’est aux pieds des hauteurs [p. 44]de Craonne et Chevreux, à midi. L’artillerie a commencé le combat vers 13 heures ; mais l’intensité maxima du feu de l’artillerie a eu lieu vers trois heures. Le 1er bataillon est à cheval sur la route de Pontavert à Corbeny à environ 2000 mètres de ce dernier village. Ce 1er bataillon est en tête de l’attaque. Le deuxième bataillon fait face au nord-ouest et utilise les couverts (bois) [p. 45] qui sont abondants en ces lieux aux pieds du plateau de Craonne. Le 3e bataillon est en réserve, plus en arrière. Le groupe sanitaire du 1er bataillon se trouve immédiatement en arrière des compagnies 1, 2, 4 et à gauche de la troisième compagnie placée de flanc à l’est. Le groupe sanitaire du 2e bataillon se trouve en arrière de son bataillon, c’est-à-dire à la lisière sud du bois de Chevreux. [p. 46]Le groupesanitaire du 3e bataillon est très en arrière. Le médecin chef de service qui était à la ferme du Temple, quitte cette ferme et se porte à 600 mètres en avant d’elle derrière une meule de paille. A 16 heures pendant le feu intense de l’artillerie française quelques blessés légers par balle arrivent aux groupes sanitaires des bataillons et sont dirigés en arrière vers [p. 47] la ferme du Temple. A 17 heures le premier bataillon se porte en avant et marche en tête pour l’attaque du village. Sa gauche s’appuie sur la lisière est du bois de Chevreux ; sa droite arrimé à la route de Pontavert à Corbeny. La fusillade est vive, quelques blessés sont ramenés en arrière. Le deuxième bataillon appuie l’attaque du premier [p. 48] A 18 heures l’attaque du village par le 1er bataillon est menée vivement. Quelques blessés tombent à la lisière sud du bois de Chevreux, blessures par balle ; l’artillerie allemande ne donne pas dans cette journée. Dans la plaine située au sud de Corbény, on voit la ligne de tirailleurs du 1er bataillon s’avancer par bonds. Le médecin aide-major du 1er bataillon et le médecin [p. 49] du 2e bataillon (Dr Planque) ont établi un petit poste de secours à côté de la corne sud-est du bois de Chevreux. Quelques blessés sont emmenés et pansés. A 18h 1/2 le premier bataillon rentre dans Corbény et s’en empare. La nuit est presque tombée. Le médecin du 1er bataillon fait avertir le médecin chef que le village est pris et lui demande du matériel et les [p. 50] musiciens. Le régiment (1er et 2e bataillons) cantonne à Corbény. En route, en […] au village, musiciens et brancardiers portent les blessés sur la route. Tout le personnel médical avec blessés se rend à Corbény. Il est 19h1/2 environ. Dans le village nous trouvons derrière l’église quatre morts et une douzaine de blessés du 1er bataillon. Tout le mal a été fait [p. 51] par un obus français tombé dans le village au moment de l’attaque à la baïonnette de Corbény par le 1er bataillon. On décide de former le poste de secours à l’église où se trouve le matériel de couchage nécessaire (matelas), car la deuxième section de l’ambulance de la garde impériale allemande s’était installée à l’église et à la mairie de [p. 52] Corbény avant nous. Les blessés sont portés à l’église. La plus grande partie des morts et des blessés de la journée [p. 53] appartiennent au 1er bataillon ; au total nous comptons une trentaine de blessés et 8 morts, à la mairie (*) nous trouvons une vingtaine de blessés allemands gravement atteints avec cinq infirmiers et un médecin de réserve (stabartz). Le personnel médical allemand et les blessés allemands sont traités avec tous les égards possibles [p. 54] Vers minuit le groupe divisionnaire de brancardiers [Groupe de brancardiers divisionnaires n° 35] arrive et emporte nos blessés vers l’arrière.

14 septembre (capture du personnel médical et du matériel sanitaire) – (Deuxième journée du combat de Corbeny). Au matin, dès 7 heures, le combat reprend. Les Allemands attaquent en force et cette fois avec l’artillerie et l’infanterie à la fois. Le premier bataillon est au nord du village (la 3e compagnie dans le village même). Le deuxième bataillon au [p. 55]nord-ouest de Corbény ; le 3e bataillon au N.-E. Médecins auxiliaires et brancardiers fonctionnent et transportent les blessés au poste de secours, c’est-à-dire à l’église. Notre poste de secours unique fonctionne normalement. Les voitures médicales des 3 bataillons sont rassemblées sur la place de l’église. Vers 8 heures arrivent les brancardiers divisionnaires qui emportent les blessés allemands et quelques-uns de nos blessés. [p. 56] Le combat devient de plus en plus vif. Le cdt Picot du 1er bataillon et le lieutenant-colonel Debeugny cdt le régiment retiennent en permanence près de l’église leur poste de commandement. Nous recevons des blessés que nous rangeons au fur et à mesure sur les matelas dans l’église après soins et pansement. Le général de brigade Pierron, le colonel cdt le 57 se tiennent près de l’église ; le médecin chef de service [p. 57] s’entretient avec eux. La situation paraît délicate ; mais aucun ordre, ne nous est donné soit par le médecin-chef soit par le colonel. Confiants nous continuons notre travail. Vers 11 heures arrive porté par les brancardiers le capitaine Pougnet mortellement blessé d’une balle au ventre (région épigastrique). Vers midi, le lt-colonel Debeugny vient voir le capitaine [p. 58] Pougnet. Un instant après le général Pierron vient aussi. Vers 13 heures, la 3e compagnie de garde au village s’en va. Sentant que la retraite se fait de plus en plus probable, nous dressons une liste du personnel médical qui devra rester avec les blessés. Nous donnons l’ordre à une partie des brancardiers et à plusieurs blessés qui peuvent marcher de se retirer au sud-est de [p. 59] Corbeny dans la direction de la Ville-aux-Bois. Parmi eux partent le sous-lieutenant Tratour et l’adjudant Peublecourt. Mais beaucoup de ces brancardiers et éclopés nous reviennent un instant après ; pendant que nous faisions nos préparatifs de départ, et nous déclarent que toutes les issues du village sont balayées par l’infanterie et l’artillerie allemandes. [p. 60] Encombrés par tout notre matériel (les 3 voitures médicales du régiment) notre possibilité de retraite devient de plus aléatoire. Nous avons en ce moment une cinquantaine de blessés. Le capitaine Pougnet va de plus en plus mal : faciès péritonéal, pâleur du visage, pouls très rapide et faible. Le capitaine est mort à 15h30. Nous ne croyons pas cependant à l’occupation du village par les Allemands. [p. 61] Malheureusement cela devait arriver et à 14h30 environ le village ou du moins la Grand rue du village est envahie par les Allemands. Nous voyons par la porte de l’église une troupe allemande d’une trentaine d’hommes s’avancer prudemment de l’extrémité de la Grand rue, face à l’église. Bientôt ils ne sont plus qu’à une trentaine de mètres de l’église. [p. 62] Pour éviter tout accident ou méprise malheureuse pour les blessés couchés à l’intérieur de l’église, le médecin aide-major Tronyo sort de l’église et s’avance au-devant des Allemands. Ceux-ci sont corrects et pénètrent dans l’église. Nous étions prisonniers. Ainsi tout le personnel médical et tout le matériel médical du 57e tomba entre les mains des Allemands.[p. 63]Comment sommes-nous tombés entre les mains de l’ennemi ? Nous croyons pouvoir invoquer les raisons suivantes : le régiment poursuivait l’ennemi après la bataille de la Marne, le service médical s’est tenu trop au contact des bataillons. Tout au moins, s’il n’y a pas d’inconvénients (ou plutôt des avantages) à ce que les médecins des bataillons suivent leurs bataillons respectifs en liaison étroite, le matériel [p. 64] médical régimentaire c’est-à-dire les trois voitures médicales, doit suivre à distance respectable pour ne pas être englobé dans les péripéties de la lutte. C’est ce matériel qui nous a attachés à notre poste de secours à Corbeny et voyant que nous ne pouvions sauver ce matériel, nous avons couru l’ultime chance de la reprise du village par les Français et attendu la dernière minute.[p. 65] Le matin vers 9h quand déjà l’on sentait et l’on […] que la retraite était inévitable, il eût fallu transporter le matériel, toutes les voitures au sud de Corbeny vers la direction de la Ferme du Temple et de la Ville-aux-Bois. Les médecins, infirmiers, brancardiers transportant la majeure partie des blessés auraient pu se replier, non sans danger, vers midi et tout était sauvé. [manque p. 66-67 de la relation sur le JMO en ligne]

[…] [p. 68] il a soigné des blessés allemands transportés en grand nombre au poste de secours tout en continuant à donner des soins aux blessés français. Le soir même du 14 septembre, les médecins du 144e regt d’infanterie tombés comme nous entre les mains des Allemands avec leur matériel viennent se joindre à nous et nous ne formons plus qu’un seul poste de secours. Parmi eux, le médecin major de 1ère classe [p. 69] Rambaud, chef de service, et le médecin aide-major de 1ère classe Sieur. Nous fûmes obligés pour nourrir nos blessés et même les blessés allemands d’acheter au village des moutons et des pommes de terre (**). Le 17 [septembre] au soir le personnel médical français (médecins, infirmiers et brancardiers) étaient dirigés sur Laon d’où le lendemain ils s’embarquaient pour Cassel et Erfurt. » (…)

Le régiment quant à lui se replia, le 14 septembre vers midi, sur la Ville-aux-Bois où se déroulèrent de sérieux combats toute la journée du 15.

FIN

Notes :

(*) le MM2 Sonrier précise dans son rapport (cf. sources) que les blessés allemands se trouvaient dans une salle d’école derrière la mairie.

(**) Sonrier précise aussi que les morts trouvés le 13, furent enterrés dans le jardin du presbytère ; que les couchages et autres matelas de l’église avaient été fournis par la population et qu’en matière d’alimentation, outre les deux moutons et les pommes de terre achetées et payées par le docteur Rambaud (médecin chef du 144e RI), les Allemands fournirent « quelques maigres soupes » ; il signale aussi l’empathie d’un médecin allemand (docteur Ahreiner) d’origine alsacienne qui fit servir un déjeuner…

Sources : Service historique de la défense, Vincennes, 26N 646/10, JMO service médical 57e RI, tome 1, du 02/08/14 au 31/07/15 (relation Tronyo) [lien @].

Cette relation du JMO est à rapprocher du rapport du docteur Jean Tronyo conservé dans les archives du musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce à Paris, carton 641, dossier 17 – autres rapports : ceux du médecin chef du régiment, le docteur Sonrier (carton 640, dossier 52), du docteur Bonnefon (carton 634, dossier 11).

Vous pourrez découvrir en détail l’épopée du 57e RI (1914-1918) en consultant le blog incontournable de M. Bernard Labarbe.

Se référer à la carte de situation :

http://www.carto1418.fr/target/19140913.html

Mémoire des Hommes, extrait du JMO du 57e RI (service de santé) 26N646/10, t. 1, p. 52.

Mémoire des Hommes, extrait du JMO du 57e RI (service de santé) 26N646/10, t. 1, p. 52.

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HOPITAUX MILITAIRES DU BAZADAIS PENDANT LA GUERRE 1914-1918

15 Septembre 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia

HOPITAUX MILITAIRES DU BAZADAIS PENDANT LA GUERRE 1914-1918
HOPITAUX MILITAIRES DU BAZADAIS PENDANT LA GUERRE 1914-1918

Le n° 188 des Cahiers du Bazadais publié par les Amis du Bazadais (mars 2015, 88 p.) est sorti récemment. Un petit éclairage sur cette revue bien ancrée dans un large sud-ouest qui vient de nous livrer un numéro thématique superbement illustré sur l’histoire des hôpitaux dans le Bazadais à l’époque contemporaine introduit magistralement par M. Yannick Marec :

Dominique Barraud et François Olier. Les hôpitaux militaires du Bazadais pendant la guerre 1914-1918 (p. 11-54).

Michel Bénézech. L’histoire de l’hôpital de Cadillac et de ses particularités (p. 55-76).

Il est difficile pour moi de ne pas vous dire tout le bien que je pense de ce numéro auquel j’ai activement collaboré sous la férule bienveillante de Dominique Barraud. Notre article placé aux confluences de l’Histoire du conflit mondial et du quotidien du Bazadais devrait servir de modèle à nombre de sociétés savantes de France et de Navarre... en recherche de thématiques pour illustrer le poids d’une conflagration mondiale qui mobilisa jusqu’aux plus petits terroirs de nos antiques provinces.

Commande : Les Amis du Bazadais. Espace Mauvezin, 49-50, place de la Cathédrale. 33430 Bazas – 15 € + 3€ (frais de port).

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LE SERVICE DE SANTE DE LA 35e DI A CORBENY (AISNE) EN SEPTEMBRE 1914 (1ère Partie).

7 Septembre 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

La gendarmerie de Corbény où était installé le poste de secours du 144e régiment d'infanterie (14 septembre 1914).
La gendarmerie de Corbény où était installé le poste de secours du 144e régiment d'infanterie (14 septembre 1914).

Le service médical du 144e RI à Corbény (14-17 septembre 1914).

Je vous propose aujourd’hui de suivre la 35e DI dans sa poursuite des Allemands après la Marne ; cette poursuite se termina pour la « 35e » dans le secteur de Craonne où se déroulèrent des combats d’une grande intensité. Cet article est le quatrième sur le service de santé dans les combats entre Aisne et Oise, après ceux intéressant Carlepont, Cuts et Noyon.

Cet article se présente en deux parties et intéressera les 144e (1ère partie) et 57e RI (2e partie) de la 70e brigade, 35e division, 18e corps d’armée, 5e armée.

Parmi les témoignages à ma disposition (voir les sources) j’ai préféré utiliser celui du médecin aide-major de 1ère classe de l’armée active Pierre-Marie-Marcel Sieur (1888-1974) qui n'est pas pour moi un inconnu. Le docteur Sieur est le fils du médecin inspecteur général Célestin Sieur (1860-1955), en 1914, directeur du service de santé du 20e CA et qui sera en 1918 conseiller « santé » du général Foch. Il existe sur Célestin Sieur – qui n’est pas mon sujet - une riche bibliographie à laquelle je renvoie le lecteur. L’on connaît beaucoup moins son fils Marcel Sieur qui fut un éminent radiologue (non officier général, bien que "fils à papa") et qui s'est fait un nom (et nombre d’ennemis) Entre-les-deux-guerres dans son combat pour le dépistage systématique des tuberculeux militaires et civils – des collectivités, en général -, notamment en Bretagne (hôpital militaire Ambroise Paré de Rennes).

Situation des formations sanitaires de la 35e DI autour de Corbény (13-19 septembre 1914) - sur l’axe marchant de la division : Roucy, Pontavert, Ferme-du-Temple - Lors de la poursuite, les formations sanitaires de la 35e DI ne dépassèrent pas Ferme-du-Temple qu’elles atteignirent le 13 septembre : amb. n° 2/18 et 5/18. Sous la pression des combats, elles se replièrent sur Pontavert où elles fonctionnèrent tout en procédant à l’évacuation systématique de leurs blessés sur Fismes (100, le 13 et 220 le 14) par les soins des GBC 18 et GBD 35. Le 15 septembre, elles poursuivirent leur repli sur Roucy en raison du bombardement de Pontavert : 680 blessés furent accueillis. A Roucy le médecin principal de 2e classe Octave Félix Bich (né en 1858), médecin divisionnaire, souhaita s’installer au château qui fut en définitive occupé par le QG de la 35e DI ; il se rabattit alors sur « le couvent des sœurs » autrement appelé « orphelinat ». Le 16 septembre, les amb. n° 2/18 et 5/18 étaient en fonctionnement (300 blessés) ; ils étaient 200 à 300 le 17 et le personnel y était signalé comme épuisé. Déjà, le 15, le médecin inspecteur Pauzat (DSS 18e CA) avait pu constater lui aussi l’épuisement complet des personnels et des animaux du GBC 18 sollicité pour les évacuations sanitaires des ambulances de l’avant vers Fismes et avait donné l’ordre formel d’un repos de 24 heures. Toujours le 17 septembre, le docteur Bich obtînt l’envoi en renfort à Roucy de l’amb. n° 8/18. Le 18 septembre 1914, les trois ambulances (2/18, 5/18 et 8/18) étaient en fonctionnement à Roucy (350 blessés) tandis que les évacuations sanitaires s’accélérèrent sur la gare de Fismes où s’était installée l’amb. n° 1/38 qui faisait fonction d’hôpital d'évacuation (HoE) depuis le 14 septembre. Le 19 septembre le 18e CA fut relevé par le 1er CA dont les formations sanitaires devaient se substituer à celles du 18e CA. Les amb. n° 2/18 et 8/18 se libérèrent tandis que l’amb. n° 5/18 installait ses 60 blessés intransportables à l’orphelinat de Roucy en lieu et place du château que l’état-major du 1er CA se réserva.

Etat d’encadrement du service de santé du 144e RI (5/08/1914)

Médecin chef : Médecin major de 1ère classe Louis Rambaud – 1er bataillon : Médecin aide-major de 1ère classe (MaM1) Sieur ; médecin auxiliaire (Maux.) Dubourg – 2e bataillon : MaM1 Plantier ; Maux. Darrieux – 3e bataillon : MaM1 Monteilh ; Maux. Germain.

A la prise de Corbény sont également signalés au 144e RI les médecins auxiliaires Fouassier (Foissier) et Proux.

Témoignage du médecin aide-major de 1ère classe Sieur, médecin du 1er bataillon

« Prise et Séjour à Corbeny (Aisne) du poste de secours du 144e d'Infanterie – 14-17 septembre [1914]

[page 2] (…)

1)-Les circonstances de la prise

Le 13 à midi le 144e franchissait l'Aisne à Pontavert et prenait ses positions de combat en face des villages de Craonnette et Craonne au pied du plateau de même nom. Dans l'après-midi, deux postes de secours étaient ins­tallés, le premier par les soins du [2e] bataillon en avant de Pontavert, le second par le personnel du 1er Bataillon et le médecin chef de service à Pontavert même. A 2 heures du matin l'évacuation de l'un sur l'autre était achevée grâce à une petite automobile. Ce soir là le 3e Bataillon et ses médecins [page 3] bivouaquaient au village de Corbény (3K au Nord) qui venait d'être enlevé à la baïonnette. Le 14 [septembre] - nous gagnions Corbény. Vers midi le convoi médical régimentaire nous rejoignait sans encombre bien qu'ayant été canonné. Le personnel du 2e Bataillon avec une voiture médicale restait à Pontavert. A ce moment la situation était donc la suivante : le 57e d'Infanterie, la moitié de notre régiment [144e RI] sous les ordres du colonel et l'état major de la 70e brigade tenaient Corbény. A l'extrémité Sud du village le poste de secours du 144e s'installait dans la gendarmerie. A l'autre bout du village celui du 57e occu­pait depuis la veille l'église, édifice moderne assez vaste. Au centre la mairie et l'école restaient libres après le départ dans la matinée d'un ”Feld Lazareth" évacué sur l'arrière, avec ses malades au nombre de dix environ, ses 5 infirmiers et son médecin, tous appartenaient à un régiment de hussards. Aux environs de 2 heures le bombardement allemand devenait plus violent et la brigade se repliait. Les premiers blessés arrivaient à notre poste de secours. Peu après les shrapnells français se croisaient sur nos têtes avec les obus allemands puis remplaçaient ceux-ci jusqu'au soir.

2)-Les conditions de notre prise

Vers 3 heures le premier casque à pointe se montrait à la porte de la gendarmerie. Les deux postes de secours étaient faits prisonniers avec 11 médecins, 71 infirmiers ou brancardiers, 3 voitures médi­cales (dont une fut incendiée par un obus) une petite auto­mobile à deux places et 5 voitures de réquisition. Le poste de secours [page 4] du 144e abritait une douzaine de blessés et M. le capitaine Bisset atteint à l'épaule droite, deux d'entre eux succombèrent dans la nuit.

A-Attitude des allemands envers les officiers - Le sergent major commandant la patrouille qui nous prit fut correct. Deux brutes armées de révolvers nous crièrent de rendre nos armes mais personne ne fut molesté ou même menacé. Dans la soirée, à notre insu, on vint prendre nos chevaux et selles. Toutefois on me remit scrupuleusement tout ce que contenaient les fontes, à part une montre en or et l'on me rendit mon épée ainsi qu'à M. le médecin major Rambaud en remerciement des soins qu'avait reçus un lieutenant allemand.

B-Attitude des Allemands envers la troupe - La patrouille reconnut nos blessés. Aucun de nos soldats ne fut fouillé mais ils durent rendre leurs armes et même leurs couteaux. Les combattants valides furent emmenés immédiatement sous escorte. Plusieurs avaient pu s'échapper avant l'arrivée des Allemands mais il en restait encore une vingtaine (conducteurs auxiliaires, cyclistes, éclopés) Ceci fait, trois sentinelles furent placées dans la gendarmerie.

C-Attitude des Allemands envers le matériel - Toutes les armes furent immédiatement mises hors d'usage, les fusils brisés, les baïonnettes tordues. Le matériel sanitaire fut momentanément respecté, mais une voiture de réquisition où se trouvaient les vivres de nos infirmiers et éclopés fut rapidement vidée. Depuis trois jours en effet nos adversaires devaient se contenter de leurs vivres de réserve ; petits biscuits ou conserves. Le pays précédemment pillé ne pouvait plus les faire vivre. [page 5]

D-Attitude des Allemands dans le village - Je pus me rendre à deux reprises sans être inquiété au poste de secours du 57e, une fois entre autres pour accompagner le capitaine Bisset. Nous vîmes ainsi les Allemands divisés en patrouilles en ordre et en silence visiter les maisons ; méthodiquement ils brisaient à coups de hache les portes fermées et les fenêtres closes, et coupaient les fils télégraphiques. Je ne fus le témoin ou n'entendis parler d'aucun acte de brutalité commis sur les habitants restés en petit nombre dans le village. En somme nous ne fûmes ni molestés ni insultés mais insuffisamment protégés. C’est que d'une part le village n'avait pas été pris d'assaut et que d'autre part le bataillon qui nous fit prisonniers appartenait à un régiment alsacien (n° 39 - Colmar).

3)-Séjour à Corbény

A 8 heures du soir nous recevions l'ordre de transférer notre poste de secours dans l' église pour qu'on put enfermer des prisonniers dans la gendarmerie. Réunis dès lors au 57e nous devions subir un sort commun. Pendant 4 jours le bombardement français ne cessa pas ; un drapeau de la Croix Rouge était hissé au clocher et de fait l'église demeura indemne, mais le mardi matin (15) une salve d'obus explosifs l'encadra brisant les vitraux, écornant la porte, fauchant devant elle deux infirmiers allemands.

A-Nombre des blessés - A la date du 16 les blessés des deux régiments étaient les suivants :

Intransportables : 57e, Gaudin, Vilaine ;

Transportables couchés : 144e, cap. Bisset, soldats Castaguère, Daudieu ; [page 6] - Entron, Laporte, Porchet, Tiriet ; 57e Bougues, Coudein, Hilaret, Hospital, Sure, Talon.

Transportables assis : 144e, Benay, Castera, Fazempat, Guirle, Lafitte, Pelot, Philippot ; 57e, Charou, Chevalier, Dardezou, Dieu-Xyssies, Florentin, Girard, Subrou, Sudre, Videau.

Marchant : 144e, Logei;

soit en tout 32 hommes. PIusieurs étaient partis la veille ou l’avant-veille, deux seulement furent découverts sur le champ de bataille du 14. Jusqu'au mardi matin les nôtres dominaient, mais la bataille de l'Aisne se poursuivant, les blessés allemands affluèrent. L'église à notre départ en contenait près de cent.

B-Répartition des blessés - La nef de l'église fut réservée aux blessés ; quatre rangées de matelas et de litières, de la paille garnissaient dans sa largeur. Les blessés étaient mélangés sans distinction de nationalité et sans que la gravité de la blessure entrât en jeu.

C-Alimentation des blessés - Notre poste de secours ne fut ravitaillé pendant notre séjour ni en pain ni en vivres pas plus d'ailleurs que la population civile. Les troupiers allemands continuèrent à vivre sur leurs réserves.

Dans la nuit du 15 au 16 une cuisine roulante put distribuer un quart de soupe à quelques blessés. La nuit suivante il en fût de même. 0n ne fut que le jeudi matin qu'une cuisine put fournir à chaque malade et à chaque infirmier une soupe aux pâtes et un petit morceau de viande. Grâce à l'initiative de M. le médecin major Rambaud des boites de conserves sauvées du pillage, furent partagées [page 7] entre les blessés et les infirmiers à raison de 1 pour 3 têtes. Le mercredi 16 cette ressource n'existant plus, on put encore acheter deux moutons et distribuer ainsi à chaque homme une mince tranche de viande accompagnés d'une pomme de terre bouillie. On put également préparer un peu de café. Un fait me frappa durant le séjour à Corbény comme durant notre voyage ; les hommes de garde et les hommes valides en général, se servaient copieusement les premiers sans songer aux blessés ou aux prisonniers.

D-Pansement des blessés - Chaque jour les pansements de tous les blessés français et allemands étaient renouvelés par nos soins. On confectionna également quelques appareils d'immobilisation. Certaines voitures médicales ayant été pillées, tous les paniers furent descendus dès le mardi soir et transportés dans l'église. Ni les pansements ni la teinture d'iode ne firent défaut mais la provision de morphine fut insuffisante. Les allemands nous empruntèrent des gouttières et des pansements car ils paraissaient à juste titre apprécier notre matériel.

E-Evacuation des malades - Elle s'opéra sans ordre au petit bonheur. Tous les jours quelques blessés plus ou moins ingambes étaient emmenés à pied par petits groupes jusqu'à Laon (22 Km). Le mercredi soir nous aperçûmes quelques "Sanitatsbute" assimilables à nos brancardiers divisionnaires. Ils emmenèrent dans une voiture de réquisition une demi-douzaine d'allemands. Enfin le jeudi matin trois automobiles arrivèrent. Elles appartenaient à une clinique chirurgicale de Marburg ; très confortables elles pouvaient charger trois blessés couchés. Quand nous quittions l'église le 17 au soir nous y laissions encore tous nos blessés [page 8] dont M. le capitaine Bisset.

F-Part du personnel médical - M. le médecin major Rambaud réserva le choeur et les bas-côtés à nos infirmiers et brancardiers. Nous mêmes couchions au hasard qui sur des bancs qui entre des stalles. Les fonts baptismaux constituaient notre buffet. Nous vivions comme nos infirmiers et nos malades, bien heureux de faire cueillir quelques poires vertes pour améliorer notre ordinaire. Nous étions en effet strictement cantonnés dans l'église. Le sergent du poste, alsacien d'origine s'employa du mieux qu’il put avec quelques autres de ses compatriotes à atténuer les rigueurs de notre sort.

G-Rapports avec le personnel médical - Dans la soirée du 15 un médecin d'artillerie parut sur le porche de l'église. Il se contenta de me demander ma carte d'état-major de prendre la liste de nos noms et de nous parler avec véhémence des balles dum-dum. En outre il donna l'ordre au sergent de garde de rendre compte au général qu'un étui de signaleur avait été trouvé près d'une voiture médicale et ce faisant il soupçonnait mes infirmiers ou moi-même de s'en être servi. Le 16 au matin deux médecins d'infanterie lui succèdent. Nous leur offrions nos services, Ils nous ignorent et disparaissent comme le premier après avoir fait le pansement d'un des leurs. Le soir les premiers brancardiers faisaient leur apparition et dans la nuit une ambulance s'installait au voisinage. Le 17 un médecin allemand se permet en passant de critiquer un de nos camarades qui pansait [page 9] un blessé allemand mais il refuse l'offre de lui succéder dans sa besogne.

Enfin apparut un médecin alsacien le docteur Threiner, d'éducation et de mentalité françaises. Bien que simple "unterarzt" il fut appelé à opérer aussitôt dans le presbytère. Il trépane aussitôt un de nos soldats, pratique chez un autre une trachéotomie, achève enfin cette séance opératoire par une désarticulation de l'épaule, trop tardive pour empêcher une gangrène gazeuse de se développer chez un allemand. Bien plus il nous procure quelque nourriture ainsi qu'à nos infirmiers ; enfin il nous apprend notre départ pour Laon.

Voyage d'Aller - Corbény-Erfurt, 17-23 septembre

1-De Corbény à Laon - Le Jeudi soir nous partions quatre par quatre pour Laon (26 Km) encadrés par un piquet, baïonnette au canon, commandé par un sergent. M. le médecin major Rambaud dut abandonner ses bagages et nous ne pûmes rien sauver du matériel. Je pris dans ma trousse tous les instruments de la boîte n°23 et distribuai des médicaments aux blessés. Le temps était affreux, la boue épaisse, mais tout cela n'était rien en regard des insultes des convoyeurs que nous croisions. En cours de route le Généralarzt du 15e Corps se contenta de nous contrôler. Nous n'aperçûmes aucune formation [page 10] sanitaire ; à plusieurs reprises nous avons rencontré des automobiles du service de santé mais en petit nombre. A 9 heures du soir nous arrivions à destination devant la préfecture de l'Aisne transformée en Kommandatur. Après un quart d'heure d'attente notre personnel subalterne fut dirigé sur la caserne d’artillerie où il devait être [fusillé ( ?)] Nous mêmes solidement encadrés nous gagnions le Palais de Justice. On nous chambra dans la salle des témoins où l'on nous servit une maigre soupe. Nous dûmes pour reposer nous contenter d'un sommier de 5 fauteuils, de 2 banquettes et du plancher. Cependant le lendemain on nous permit de faire venir de la ville quelques objets des victuailles on nous distribua des paillasses et l'on nous permit de sortir une heure dans la cour du Palais. Pour nous distraire nous contemplions la cathédrale toute proche et ses tours dans lesquelles les officiers allemands ne se gênaient point pour monter.

2-De Laon à Erfurt

A-Transport du personnel - Le samedi 29 septembre nous étions dirigés sur la gare de Laon où nous retrouvions deux officiers français non blessés MM. le commandant Communal du 34e d'Infanterie, le sous-lieutenant Fayolle du 18e Chasseurs à cheval. Sous la garde d'un sous-officier et de deux soldats rapatriés en Allemagne nous partagions tout d'abord de Laon à St Quentin le wagon mortuaire du colonel Mathis du 136e d'Infanterie de Strasbourg tué à Corbény le 17 septembre.

A St Quentin nous fûmes transférés dans un grand wagon (…) »

Le docteur Sieur enfermé au camp de prisonniers de guerre d'Erfurt fut libéré via la Suisse et rejoignit la France le 9 novembre 1914.

A SUIVRE : LE SERVICE DE SANTE DE LA 35e DI A CORBENY (AISNE) EN SEPTEMBRE 1914 (2e Partie). Cette deuxième partie sera consacrée au service médical du 57e RI.

Carte de situation : http://www.carto1418.fr/target/19140913.html

Historique du 144e RI

Sources : Service Historique de la Défense, journal des marches et opérations, 144e RI, 26N 694/7, 5/08/14-21/05/15, état d’encadrement du régiment à la date du 5/08/1914 ; service de santé de la 35e DI, 26N 327/10 ; service de santé du 18e CA, 26N 192/9.

Musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce, à Paris, carton 640, dossier 46 (Sieur) ; carton 640, dossier 3 (Rambaud) ; carton 638, dossier 24 (Monteilh).

Base Léonore : Célestin Sieur (1860-1955).

Le dossier de Pierre-Marie-Marcel Sieur (1888-1974) ne figure pas dans la base Léonore en dépit de son grade d'officier de la Légion d'honneur (1940).
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HISTOIRE DES MEDECINS DE LANGENSALZA VICTIMES DU TYPHUS (JANVIER-MAI 1915)

25 Août 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes, #Bretagne 1914-1918

HISTOIRE DES MEDECINS DE LANGENSALZA VICTIMES DU TYPHUS (JANVIER-MAI 1915)

Médecins prisonniers de guerre au camp de Langensalza (1914-1915)

J’apporte aujourd’hui quelques éléments complémentaires sur le décès dans le camp de prisonniers n°4 de Langensalza du docteur Rigollot-Simonnot (1876-1915), ancien interne en chirurgie de Paris (1903) et plus généralement sur les médecins militaires français, victimes du typhus à Langensalza en Thuringe.

La biographie du docteur Rigollot-Simonnot a fait l’objet d’un article très fouillé sur le site belge « Médecins de la Grande Guerre », en relation avec l’Association Bretagne 14-18, et je n’ai que peu d’éléments à y ajouter (cf. infra, témoignage Poinsot).

Camp de Langensalza. Témoignage du docteur Poinsot sur les conditions de remise du courrier par les autorités du camp – « Notre regretté confrère, le docteur Rigollot-Simonne[o]t apprend la mort de son père par une lettre de quatre pages ; on lui remet seulement les deux premières pages. Le docteur réclame; on lui promet une enquête, et de celle-ci il ressort, d'après le colonel allemand commandant le camp que c'est la censure française qui aurait fait la coupure. Inutile de dire que M. Rigollot n'en a pas cru un mot, bien qu'il fut au désespoir de ne pouvoir connaître les dernières volontés de son père » [Rapport du médecin aide-major de 1ère classe Poinsot, du 228e régiment d’infanterie, médecin en service au camp de prisonniers de guerre de Gustrow, puis à Langensalza (janvier 1915), p. 4].

Parmi les nombreux témoignages de médecins militaires français sur les épidémies, à Langensalza, puis à Cassel-Niederzwehren, j’ai choisi l’extrait suivant qui rythme magistralement la progression de l’épidémie de typhus, de janvier à mai 1915. Nos amis belges connaissent l’auteur de ce témoignage exceptionnel, le docteur Dournay, qui fut pris à Bellefontaine en Belgique et dont le long rapport de fin de captivité constitué de notes préservées au péril de sa liberté, m’a déjà permis de rédiger plusieurs articles sur ce blog.

Mais avant de passer au témoignage du docteur Dournay proprement dit, quelques mots sur le camp de Langensalza et son service de santé (1914-1915) : Langensalza est une ville d’eau de Thuringe. Le camp était situé à environ 3 kms de la ville, dans le fond d’une cuvette argileuse environnée de collines. En décembre 1914, le camp compte dix baraques en bois avec assise partielle sur pilotis. Ce sont des baraques pour mille lits divisées par des cloisons en 4 groupes de 250 hommes. Les PG de différentes nationalités sont mélangés (février 1915). Les prisonniers couchent sur des bas flancs superposés.

Lazarett/hôpital - A l’origine (1914) le service de santé dispose de deux grandes baraques à la distribution exemplaire, appelés lazarette 1 et 2 . Chaque baraque comprend deux salles de 80 lits, quatre salles de 4 à 6 lits et de locaux annexes (pharmacie, tisannerie, salle de soins, salle de bains, etc.). Lors de l’épidémie (décembre 1914-mai 1915) une baraque entière, la n° 10, est réservée aux typhiques légers, tandis que le lazarett 1 accueille les malades graves et le lazarett 2 les autres maladies, dont des diphtériques. En raison de l’afflux de typhiques, jusqu’à 1200 malades en traitement, les blessés sont disposés jusque dans les couloirs et entre les lits. Les typhiques ne peuvent être descendus et urinent sur les malades des couchettes basses, etc.

Pour les médecins militaires français détenus avant l’éclosion de l’épidémie ou arrivés en renfort, l’épidémie s’expliquerait par une faute de commandement qui aurait imposé le mélange des prisonniers russes et français, négligé les mesures de quarantaine pour les cas suspects voire avérés… Il faut attendre que la garnison de Langensalza soit touchée pour que Berlin prenne des mesures efficaces, dont l’envoi du docteur allemand Rehberg [Roehberg, Roberg ?] de Berlin dont l’action prophylactique a été décisive et unanimement louée par ses confrères français ; ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Ce médecin fut ensuite envoyé, comme d’autres médecins français prisonniers, combattre l’épidémie encore plus virulente du camp de Niederzwehren près de Cassel (1200/1500 décès - 3500 typhiques sont traités au 15 mai 1915) où deux autres médecins militaires décédèrent du typhus (Charles-Jean Dumas (1891-1915) du 57e régiment d’infanterie et Louis Joseph Perier (1887-1915) du 6e régiment de Tirailleurs.

Extrait du rapport du médecin aide-major Dournay, du 9e bataillon de chasseurs à pied sur sa captivité à Langensalza.

« Le service fut assuré au début par les médecins français seuls. Plus tard des médecins russes soignèrent leurs compa­triotes (Baraque 1). Chaque médecin avait en principe le ser­vice suivant : visite d'une Mannschafbarake, une salle de typhiques (ou service du Lazarett 1). Deux médecins français furent attachés aux salles du Lazarett 1 (non contagieux) comme assistants des médecins allemands. Il y avait de plus un service de garde de nuit, par rou­lement.

Logement - Les médecins sont logés à l'extrémité d'une baraque des hommes, à raison de 4 à 5 par chambre. Ils ont un lit, une cuvette chacun. Des tables, des chaises.

L'alimentation est largement suffisante,

Promenade - Mais nous ne pouvons sortir du camp. L’autorisation que nous en demandons nous est refusée. Ce n'est qu'après la maladie (et la mort) de la plupart d'entre nous que l'on nous autorise à nous promener de 14 à 16 heures dans un parc voisin du camp, et sous une surveil­lance étroite.

Les W.C. - méritent d'être signalés, Nous ne disposons que de quelques seaux de toilette, mis à notre disposition dans une chambre du Lazarett 1. Il faut s'y rendre au besoin la nuit.

Les médecins malades - En dehors de l'un d'eux, le médecin auxiliaire Dautrey [Hôpital militaire de Lens ?] qui fut soigné en ville (*), tous les médecins [page 2] malades furent soignés dans le camp par nous, dans une chambre de l'isolier-Baracke, où on peut leur donner des bains. Cette chambre n'était pas aménagée lors de la maladie et la mort de Lassalas [26e régiment d’infanterie territoriale]. On se rendra compte des mauvais moments passés dans ces conditions, par l’examen du tableau suivant (en bleu les cas de typhus, en rouge les décès [sur l’original]).

En janvier : arrivée du médecin auxiliaire Héritier [64e bataillon de chasseurs] que nous trouvons en convalescence de typhus.

21 février - arrivée à Langensalza des médecins Thorel, Dautrey, Pelte, Tersen [hôpital militaire de Douai].

22 février - Arrivée de MM. Bahier [17e bataillon de chasseurs], Goudard [50e régiment d’infanterie], Deupes [20e régiment d’infanterie], Esquirol [20e régiment d’infanterie], Dournay et Lassalas.

9 mars - Dautrey tombe malade

10 mars - arrivée de Meuilles, Nectoux [groupe de brancardiers divisionnaires n°37] et deux médecins russes.

12 mars - arrivée de MM. Faucheux et Nattier [4e régiment d’infanterie territoriale].

15 mars - Lassalas tombe malade. Le lendemain, Tersen s’alite.

17 mars - Arrivée de 8 médecins et 2 officiers d’administration russes.

24 mars - Les deux médecins russes arrivés le 10, tombent malades.

26 mars - Nattier tombe malade.

27 mars - Mort de [M. le médecin aide-major Ferdinand Jean Laurent Lassalas (1874-1915)], MM. Bahier, Nectoux s’alitent. Tersen est dans le coma. Le docteur allemand, médecin auxiliaire, Dhale, a le typhus.

28 mars - Enterrement de Lassalas. Esquirol s’alite. L’aumônier allemand de même.

29 mars - M. Faucheux s’alite.

1er avril - Un médecin russe s’alite.

4 avril - Arrivée de MM. Rigollot [amb. n° 9/10], Poinsot [228e régiment d’infanterie], Léonetti [228e régiment d’infanterie], Dhalluin, Fontaine et du médecin anglais Garlaud [Garland ?] et 4 médecins russes.

6 avril - mort de [M. le médecin aide-major Léon Alphonse Natier (1879-1915)].

7 avril - un officier d’administration russe malade.

12 avril - un médecin russe malade.

20 avril - Rigollot tombe à son tour. Poinsot est malade mais non du typhus.

24 avril - mort de l’officier d’administration russe.

1er mai - mort d’un médecin russe.

3 mai - Mort de [M. le médecin aide-major Louis Pierre Rigollot-Simonnot (1876-1915)].

16 mai - Mort d’un médecin russe.

Personnellement j’ai été chargé de la Mannschafbaracken 8, d’une salle de typhiques du lazarett II[2], que j’ai gardée jusqu’à l’arrivée du docteur Rigollot, du service de dyphtérie (du 1er avril-26 avril). J’ai soigné les docteurs Lassalas, Bahier, Nectoux, Esquirol.

J’ai quitté le camp de Langensalza le 26 avril avec MM Thorel, Pelte, Esquirol, Faucheux, Tersen, Dautrey, Neuilles, Deupes, Goudard et 8 russes. Nous sommes envoyés au Réserve Lazarett de la ville pour y faire une quarantaine, car on nous promet soit notre prochain rapatriement, soit notre envoi dans un camp de repos (…). Le 7 mai, après 10 jours de quarantaine et de désinfection, on nous envoyait à Cassel, où régnait une autre épidémie de typhus. (…) Je sais qu’après notre départ, le sort des hommes et des médecins a été amélioré. Mais il est trop tard. Environ 8000 hommes en effet sur 10 000 ont eu le typhus et 900 environ sont morts. Les Allemands nous ont toujours empêchés d’avoir des chiffres précis (…). »

En guise de conclusion : Citation du docteur Louis Rigollot-Simonnot mise en exergue de la thèse du docteur François Léonetti : « Au milieu de tant de misères, notre devoir n’est plus de songer à nous réclamer de nos droits, mais de travailler ».

Note : (*) Le docteur Dautrey n’en donne pas la raison dans son rapport de captivité.

Source : Musée du service de santé des armées au val-de-Grâce, à Paris, carton n° 635, dos. 59 (Dournay) ; carton n° 639, dossier 23 (Poinsot).

Léonetti François. Souvenirs de Captivité. Les épidémies dans les camps de prisonniers d’Allemagne. Gustrow, Langensalza, Cassel. Thèse de médecine, Paris, n°8-1915. Paris : Jouve, 1915, 121 p.

Carte des camps de PG en Allemagne

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ACCUEIL EN SUISSE DE MEDECINS FRANÇAIS LIBERES (novembre 1914)

14 Août 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes, #varia

ACCUEIL EN SUISSE DE MEDECINS FRANÇAIS LIBERES (novembre 1914)

Témoignage du médecin aide-major de 1ère classe Monteilh, médecin du 3e bataillon du 144e régiment d’infanterie (Bordeaux) sur les conditions de son rapatriement via la Suisse.

J’ai choisi aujourd’hui de vous présenter le long témoignage d’un médecin militaire français libéré du camp d’Erfurt (Thuringe) - fait prisonnier à Corbeny et détenu à Erfurt de septembre à novembre 1914 - qui décrit par le menu son rapatriement et l’accueil mémorable dont il a bénéficié, tant des autorités que des populations helvêtiques. Ce type de témoignage contrariant en 1914 une certaine neutralité affichée reste relativement rare. Les rapports français de rapatriement à travers la Suisse sont assez peu détaillés.

"(…) [Erfurt, 6 novembre 1914] Nous allâmes reprendre notre service au camp, mais à 10 heures on nous fit appeler de nouveau Chez le Général pour nous dire que nous devions "être à midi à la gare". Nous télé­phonâmes alors immédiatement à des autos de venir nous prendre et après avoir déjeuné au camp nous partîmes en auto accompagnés d'un sous-officier allemand et passant Rudolf Casern prendre nos bagages nous nous rendons à la gare où on nous fait entrer dans [page 22] un salon particulier et ou un capitaine et un interprète passent soigneusement l'inspection de tous nos bagages. Puis on nous fait monter dans un wagon couloir de 1ère, 2e et 3e Classe où nous trouvons 20 infirmiers et brancardiers de la 16e Sec­tion [d’infirmiers militaires] qui rentrent en France avec nous. Nous sommes donc 10 médecins et 20 hommes. Le voyage s'accomplit sans incident. Nous arrivons a Stuttgart vers 20 heures et on nous permet de descendre du train nous et nos hommes pour aller prendre notre repas dans une installation de la Croix-Rouge mais ser­vi par le buffet de la gare et à nos frais.

Puis on nous fait remonter dans notre wagon qui mis sur une voie de garage nous sert d'hôtel et nous y passons la nuit. Le lendemain matin notre wagon est ramené sous le hall de la gare et on nous apporte notre petit déjeuner à nos frais mais on ne nous permet pas de descendre. Enfin nous repartons, en route pour Constance.

Nous arrivons à Constance vers 14 heures et sommes reçus courtoisement par un officier de troupe allemande, un capitaine qui est en congé de convalescence pour une blessure. Il est vraiment fort aimable et nous conduit à la frontière suisse, là nous sommes reçus d'une façon plus qu'aimable. On nous offre des cigarettes et des cigares et surtout des journaux. Un officier de l'armée suisse vient nous prendre et nous accompagne dans un hôtel ou nous commandons un repas pour nous, et Monsieur le médecin major de 1ère classe Rambaud [médecin chef du 144e régiment d’infanterie] offre un repas à tous les hommes, voulant leur dit-il leur offrir le 1er repas pris sur [un] terrain ami.

Nous quittons "Kreutzlingen" à 18 heures pour Saint-Gall. Sur tout le parcours de l'hôtel à la gare ce sont des ovations. A la gare aussi au moment du départ du train des cris de "Vive la France" qui vont au coeur.

Nous arrivons à Saint-Gall vers 20 Heures et là aussi nous sommes reçus par des officiers qui nous traitent en [page 23] camarades. Les soldats nous rendent les hon­neurs et on nous amène chez le Colonel qui a son bureau dans la gare même et qui nous reçoit d'une façon cordiale, nous demande des détails sur notre séjour, sur la façon dont nous avons été traités, et sur la partie de la campagne à laquelle nous avions assisté avant notre captivité. Nous lui soumettons aussi, les manquements à la convention de Genève que nous croyons avoir été commis à notre égard et surtout le non relâchement de nos infirmiers régimentaires et des étudiants en médecine infirmiers que nous avons dû laisser en Allemagne. De là il nous fait accompagner dans un hôtel superbe près de la gare ou des chambres nous ont été rete­nues et où un dîner succulent nous est servi à une table couverte de fleurs et attention délicate, sous chacune de nos serviettes nous trouvons un paquet de cigarette française. Après le dîner nous passons à l'Estaminet et là de jeunes suisses viennent se joindre à nous et nous font une réception très touchante. Peu après 2 messieurs anglais et un américain demandent la permission de venir se join­dre à nous. Un de ces messieurs anglais ne parlant pas fran­çais cause avec moi un moment puis me prie d'accepter un billet de 50 frs pour envoyer en Allemagne aux prisonniers que nous venons de quitter. Puis l'Américain pour nous remercier, ne sachant pas assez bien le français se lève et nous siffle la Marseillaise que tous les assistants écou­tent debout tête nue.

Le lendemain matin avant le départ, déjeuner au chocolat ou au café au lait au choix et lorsque nous de­mandons la note on nous répond que tout a été porté au compte du comité fédéral.

Nouvelle [page 24] ovation lorsque nous quittons l'Hôtel pour la gare quoique ce soit de grand matin. Nous allons à Berne et sur tout le parcours ce sont des ovations des cris de " Vive la France " poussés par des nuées de soldats qui se précipitent sur le quai de la gare lorsqu'ils nous aperçoivent. A Berne nous sommes reçus princièrement dans une salle de la direction d'un grand hôpital transformée en salle à manger ou un dîner succulent nous est servi. Pendant les deux repas que nous y prenons des soldats suisses viennent nous chanter des chants du Pays de leurs voix superbes et d'une méthode im­peccable. Pendant toute la journée des gens de la ville viennent nous voir et nous félicitent, nous souhaitant la bien­venue dans leur pays et nous apportant un tas de choses, cho­colat, cigares, tabacs, etc.

Nous avions demandé au commandant de dragon qui était chargé de nous accompagner de nous laisser sortir voir la ville. Il nous a répondu qu'il n'osait pas parce que c'était un dimanche et qu'il craignait que les manifestations francophiles dont nous serions l'objet ne soient telles que l'attaché militaire allemand habitant Berne n'en prenne om­brage.

Le soir on nous accompagne à l'Hôtel ou nous sommes très bien installés.

Pendant ce temps nos hommes sont aussi très bien traités, nourris largement et logés dans des salles [à] l'Hôpital ou dans des casernes. Pendant tout le voyage on les comble de tabac, cigares et chocolat, etc.

Le Lundi matin à 6 heures nous quittons Berne et par Neuchâtel nous rentrons en France par Verrière-en-Joux. »

Source : Musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 638, dossier 24 (Monteilh).

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BLESSES FRANCAIS AU CAMP DE GRAFENWOHR (1914-1915)

13 Août 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

Le camp de prisonniers de guerre de Grafenwöhr
Le camp de prisonniers de guerre de Grafenwöhr

AU CAMP DE PRISONNIERS DE GUERRE DE GRAFENWOHR (1914-1915)

J’ai déjà, dans un précédent article, présenté le service hospitalier du camp de Grafenwöhr au travers du rapport du médecin major de 1ère classe Védrines. Aujourd’hui, je vous propose un témoignage complémentaire, celui du médecin auxiliaire [adjudant] Bovier du 4e régiment du Génie, fait prisonnier lors de la bataille de Sarrebourg, qui séjourna à Grafenwöhr du 20 août 1914 au 18 juillet 1915. J’ai choisi ce témoignage parmi d’autres car il me paraît très mesuré dans ses appréciations de sa captivité, en dépit de quelques pointes de chauvinisme. Son appréciation du service chirurgical allemand considéré par lui comme défectueux – interventionniste en matière d’amputations – a été également observé durant toute la guerre par d’autres chirurgiens français prisonniers, résolument abstentionnistes (à l’exemple du chirurgien rennais Paul Hardouin prisonnier en 1918).

[page 2] "(...) 2) Organisation du service médical au camp de Grafenwöhr - Personnel : 20 médecins français, une dizaine de médecins allemands, du 25 août au 15 septembre environ,- 4 pavillons de grands blessés, 2 pour les médecins français. A partir du 15 septembre les médecins français sont chassés de ces pavillons et relégués au service d’écuries transformées en baraquements pour prisonniers et blessés moins graves. Pendant le séjour des médecins français dans ces pavillons, très peu d’interventions mutilantes (3 seulement pour le pavillon où je me trouvais, pour un chiffre approximatif de 300 blessés). Dès l’arrivée des médecins alle­mands, énorme quantité d’amputations [souligné dans le rapport], au point que les blessés graves restant dans les écuries ne voulurent pas être évacués sur les pavillons et que pour ma part je dus en opérer beaucoup dans les écuries [page 3] Nous avons pu constater l'incompétence manifeste d’un mé­decin auxiliaire allemand qui travailla pendant quelque temps dans les mêmes conditions que nous. Beaucoup d’autres médecins auxiliaires sensiblement du même âge que lui étaient aux pavillons et par suite échappaient tota­lement au contrôle médical français. J'affirme avoir vu des malades ou des blessés en assez grand nombre, sortant des services allemands et ayant été manifestement mal soignés. Je crois très fermement qu'il y a eu incompé­tence chirurgicale et de plus, je crois qu’il est per­mis de penser à quelque chose de plus grave quand on rap­proche le nombre considérable des amputations, du fait de rendre inutiles pendant de longs mois un grand nombre de médecins français. Je crois que cela fait partie du plan de conduite générale " Faire à l’ennemi par tous les moyens, le plus de mal possible". Ce fait monstrueux pa­raît acceptable à qui a vu à quel point la discipline al­lemande étouffe personnalité et conscience.

Locaux et Matériels,- Lorsque nous sommes arrivés fin août, à Grafenwöhr avec 3 à 4000 blessés (chiffre qui s’est augmenté par la suite) nous n’avons trouvé aucune installation hospitalière. Ce n'est qu’au bout d’une huitaine de jours que chaque grand blessé put avoir un lit. Aucun triage n’a été fait pour expédier sur Nuremberg ou tout autre centre important les blessés particulièrement graves. Le matériel de pansement a été très Insuffisant pendant les premiers jours. Je crois pouvoir évaluer à 6 ou 7000 le nombre de blessés soignés à Grafenwöhr pen­dant 11[onze] mois. Pas une seule radiographie n’a été faite ni au camp, où le matériel nécessaire manquait, ni dans un centre [page 4] centre voisin où les blessés eussent pû être envoyés. Les médicaments ont été en général livrés d’une façon satisfaisante, sur notre demande. Il n'en a pas été de même des instruments courants de chirurgie, et au cours du mois de juin [1915], les médecins allemands ayant appris que j'opérais dans mon infir­merie, m'ont fait retirer les quelques instruments qui composaient mon misérable arsenal.

3) - Hygiène et prophylaxie

L’état sanitaire du camp a été bon en général. Nous n’a­vons pas eu d’épidémies sérieuses. Quelques cas de typhoïde dont je ne puis fixer le nombre et une quinzaine de méningites cérébro-spinales qui ont pu être traitées par le sérum malgré la difficulté que nous avons eu à l'obtenir.

A l’exception des blessés graves qui, je l’ai dit, étaient dans des pavillons et avaient un lit, les autres blessés et les prisonniers étaient pourvus d'une paillas­se. Jusqu'au mois de février [1915], ces paillasses reposaient sur le béton, ou mieux, sur la boue recouvrant celui-ci, tellement les écuries étaient humides. En février une commission de délégués des nations neutres passa et ordon­na l'exécution d'isolateurs pour les paillasses, ce qui fut fait. La nourriture, mauvaise dès le début, devint très rapidement exécrable et très insuffisante. Heureusement les envois de France purent bientôt arriver et lorsque j'ai quitté le camp, les hommes se nourrissaient presque exclusivement des colis de provisions qu’ils recevaient.

En général, les corvées n'étaient pas très pénibles [page 5] d'ailleurs beaucoup de prisonniers n'y allaient que d’u­ne façon intermittente. Je n’ai eu que très rarement à constater de mauvais traitements, et lorsque cela s'est produit, nos réclamations ne sont jamais restées vaines. Tous les hommes ont été vaccinés par nous contre la fièvre typhoïde et le choléra au moyen de cultures tuées par la chaleur et additionnées d'une petite quantité d'acide phénique (pour la typhoïde, 3 injections sous-cutanées ; 1/2 cc, 1cc, 1cc - pour le choléra, 2 injections : I/2 cc et I cc.) Les allemands n'admettent pas de contre-indications. Tous les prisonniers, blessés et malades ont été vaccinés.

Je n'ai pas constaté de réactions désordonnées. Il semble que ces vaccinations ont eu quelque utilité pour la typhoïde qui est devenue rare. Quant au choléra, nous n’en avons pas eu un seul cas bien caractérisé. Pas de typhus non plus. A noter à côté de l’absence de radiographie, l'installation d'un laboratoire de bactériologie avec étuve électri­que. etc.

J'ajouterai que le moral des prisonniers, malgré des vagues d'ennui inévitables, est bon ; il est entretenu dans cet état par la lecture fréquente de journaux français relati­vement récents arrivés en cachette dans des colis, par le déclin visible des forces allemandes, et surtout par un sentiment de supériorité individuelle dont il est impossible de ne pas s’apercevoir quand on voit un Français à côté d'un Allemand.

Je terminerai en disant que la tuberculose ne m'a pas paru constituer un grand danger, dans le camp. Sans doute, j’ai vu des tuberculeux, dont les lésions évoluaient, d'au­tres constituant plutôt des pré-tuberculeux à qui la captivité sera fatale. Leur nombre m'a paru restreint étant donné les conditions dans lesquelles vivent les prisonniers (…)"

Source : Musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce, à Paris, carton 634, dos. 20 (Bovier).

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