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Surréalisme et Hôpitaux militaires (1914-1918) : Jacques Vaché à Nantes (22 nov. 1915-25 fév. 1916)

Rédigé par FO Publié dans #les hommes, #Bretagne 1914-1918

Surréalisme et Hôpitaux militaires (1914-1918) : Jacques Vaché à Nantes (22 nov. 1915-25 fév. 1916)
Des documents inédits...

En 1985, j’ai travaillé au reclassement des archives de la direction régionale du service de santé de la 3e région militaire, alors située au quartier Margueritte de Rennes et en particulier de son fonds de la Guerre 1914-1918 stocké dans le sous-sol de la direction (plus de 2000 mètres linéaires…). A cette occasion j’ai pu consulter les archives médicales des hôpitaux militaires de Nantes ; j’étais alors « à la recherche des surréalistes ». Mon but était de tirer de cette documentation quelques éléments biographiques susceptibles d’être utilisés pour le bulletin de liaison du service de santé des armées « SAN3 » du Grand-Ouest.

Le temps est passé. Celui de la mutation est arrivé. Le dossier constitué alors s’est perdu sous une pile d’autres dossiers…. La direction de Rennes a été supprimée et ses archives médicales ont migré sous d’autres cieux. Aujourd’hui il est temps d’exhumer ces notes et de proposer ces éléments qui devraient intéresser le plus grand nombre et « éclairer », par des documents inédits, le parcours nantais de Jacques Vaché. Les experts « ès-dada » devraient apprécier cette petite contribution.

En guise d’introduction : La « Guerre » de Jacques Vaché (résumé).

Jacques Vaché (1895-1919), écrivain et dessinateur, ami d’André Breton et précurseur mythique du surréalisme est incorporé au 19e régiment d’infanterie de Brest (15 décembre 1914) puis versé au 64e régiment d’infanterie d’Ancenis (16 juin 1915). Avec son régiment, lors de la 2e offensive de Champagne, il est blessé à la jambe gauche, le 25 septembre 1915, à proximité de Tahure. Il est hospitalisé, du 26 septembre au 29 octobre 1915 à Nevers. A l’issue de sa convalescence il est envoyé à Ancenis au dépôt du 64e et présenté au conseil spécial de réforme, classé « service auxiliaire » pour myopie… (CSR d’Ancenis, du 17 novembre 1915). Sa blessure du 25 septembre 1915 lui a cependant laissé des séquelles qui nécessitent une nouvelle hospitalisation. Le 22 novembre 1915 il est admis à l’hôpital bénévole (HB) n° 103bis de Nantes, dont il sort le 25 février 1916 après avoir été opéré. A sa sortie, il rejoint l’hôpital dépôt de convalescents (HDC) n°1 de Nantes et voit confirmer par la commission spéciale de réforme d’Ancenis son affectation au « service auxiliaire ». Il rejoint, le 18 mai 1916, le 81e régiment d’infanterie territoriale (RIT) en qualité d’interprète en langue anglaise. Il est versé – probablement pour administration – au 19e escadron du Train des équipages militaires (19 juin 1916), puis au 14e escadron (30 août 1918). Libéré des obligations militaires, il décède, par accident ou suicide ?, à Nantes le 6 janvier 1919.

http://www.everyoneweb.fr/jackdenantes/

Jacques Vaché, le « dandy aux tranchées » : sa blessure (éléments d’analyse)

Affecté au 64e d’Infanterie, dans une lettre à sa tante, Madame Guibal, datée du 30 septembre 1915, le soldat Vaché précise : « un sac de grenade qui éclate à côté de moi, les miennes qui s’en mettent, voila toute l’affaire. Mais ce que je ne pourrai jamais dire, c’est la chance que j’ai eu : Quand je pense que plus de trente grenades explosives ont éclatés à mes pieds (alors qu’une seule avait blessé 19 boches sous mes yeux) – et que je portais de quoi asphyxier un régiment (…) » [orthographe respectée].[argusdubibliophile]

Pour moi, ce type de lettre est un classique du genre combattant, destiné à rassurer les proches, à minorer une participation active à l’action. Après en avoir lu plusieurs centaines du même genre, j’ai toujours le même réflexe : me reporter au Journal des marches et opérations (JMO) de l’unité au sein de laquelle servait le soldat. Celui du 64e auquel appartenait le soldat Vaché, pour septembre 1915, m’a paru édifiant.

Vaché précise – dans sa lettre du 30 septembre (cf. supra) – qu’il fut blessé « le matin d’une journée intéressante », bien avant la mêlée. Le JMO n’est pas de cet avis puisque son colonel précise que le régiment rejoignit ses positions dès la veille à 23h00. Il était donc à poste pour le départ de l’attaque, le 25 septembre à six heures. Appartenant à la 2e compagnie du régiment [affectation précisée sur le dossier médical] il dût faire partie de la 3e vague d’assaut sous le commandement du capitaine Chenard.

Voici quelques extraits du Journal des marches et opérations (SHD-Terre, Vincennes, 26N 657/2, du 13 janvier au 19 octobre 1915, journée du 25 septembre 1915) qui illustrent l’action du régiment et l’utilisation des grenades ce jour-là :

« Le lieutenant-colonel rend compte que le régiment est parti à l’attaque d’une manière enragée (…) ». Il signale des corps à corps dans les tranchées allemandes. – « Tous les hommes qui reviennent témoignent que les Allemands ont criblé de grenades ceux de nos blessés qui donnaient le moindre signe de vie. (…) Toute la nuit du 25 au 26 et du 26 au 27 des patrouilleurs et des groupes de brancardiers cherchèrent à ramener les blessés malgré le feu violent des mitrailleuses ennemies et les fusées éclairantes qui se succédaient sans interruption. » Plus loin, dans le texte, cette information concernant le capitaine Chénard qui nous ramène « à la valse des grenades » : « Le capitaine Chénard de la 2e cie et le lieutenant Lhermite de la 1ère cie furent rapportés. Les blessés rapportés étaient tous dans un état très grave à cause du jet de grenades. Le capitaine Chénard est mort de ses blessures dans la nuit du 25 au 26. »

Il est possible que le soldat Vaché se soit blessé lui-même mais j’en doute. Ne serait-ce que par sa mention des 19 boches blessés par une grenade « sous ses yeux ». Je ne sais si son récit a rassuré ses parents et amis, mais un Jacques Vaché, pacifiste, qui « se créait de nombreux personnages qui étaient autant de cuirasses » ne pouvait être identifié à un héros, ou – pour le moins - à un poilu combattant.

Jacques Vaché et les hôpitaux militaires.

Blessé le 25 septembre 1915, le soldat Vaché suivit les vicissitudes des blessés du 64e. L’on peut s’en faire une petite idée en dépouillant les JMO du service de santé des 21e division d’infanterie dont dépendait le 64e (26N 303/7), puis du 11e corps d’armée dont dépendait la 21e DI (26N 335/8).

Nous savons qu’il fut hospitalisé à Nevers (8e région militaire), transporté par train sanitaire, probablement via l’hôpital d’évacuation (HOE) n° 33 de Troyes qui accueillit, du 26 septembre au 10 octobre, 85 451 blessés de la 2e offensive de Champagne.

A Nevers il fut hospitalisé, le 26 septembre 1915, à l’hôpital complémentaire n°25, couvent Sainte-Marie, 36 rue Sainte-Marie, 160 lits (ouvert du 2 août 1914 au 30 septembre 1919). Sainte-Marie était un hôpital spécialisé pour blessés dans lequel Il subit une opération chirurgicale aux jambes. Il sortit le 29 octobre 1915.

De retour à son dépôt d’Ancenis, le 6 novembre, il cherche à se faire réopérer des séquelles qu’il a conservées de sa blessure du 25 septembre et à quitter Ancenis où il peut être hospitalisé et opéré pour Nantes et sa famille… Dans son dossier médical consulté en 1985, j’ai retrouvé la trace d’une demande du médecin-chef du dépôt du 64e d’Ancenis adressée à la direction du service de santé de la 11e région militaire de Nantes, suite à l’intervention du père de Jacques Vaché, pour son hospitalisation à Nantes.

« [sur papier à en-tête :] 1er Corps d’Armée / 64e Régiment d’Infanterie - Le médecin-chef de service, 64e régiment d’infanterie, à Monsieur le Directeur du Service de Santé de la XIe Région.

Objet : Demande d’hospitalisation du soldat Vaché Jacques du 64e à l’hôpital municipal 2 bis.

J’ai l’honneur de vous rendre compte que le soldat Vaché Jacques, du 64e régt d’infanterie, arrivé au dépôt le 6 novembre 1915 a été radiographié le 10 novembre à Ancenis. Il a : 1°) un éclat d’obus situé dans l’espace interosseux de la jambe gauche à sa partie [] supérieure. 2°) un éclat d’obus dans le mollet gauche situé dans la masse des jumeaux. Il doit être hospitalisé pour extraction de ces projectiles. Son père, Mr le lieutenant-colonel Vaché du 101e d’artillerie lourde [f. verso] à Angoulême désirerait que son fils fût hospitalisé à l’hôpital municipal 2bis, rue du Boccage à Nantes où Madame Guibal tante de ce dernier et belle-sœur du lt Colonel est infirmière.

J’ai donc l’honneur de vous demander si vous voulez bien autoriser cette évacuation.

Ancenis 15 novembre 1915 [– signé : illisible].

[autre écriture, en bas de page] Municipal 2bis / Dr Chevrier – Nantes le 16 novembre 1915. [signé : illisible] P[ar] O[rdre] [Timbre officiel, « république assise » de la Direction du service de santé de Nantes], n° 13927T. »

L’on observera qu’il n’est plus question dans cette lettre d’extraits de grenades mais d’obus ; dans d’autres citations du dossier médical il est mentionné des « projectiles »…

Le 22 novembre 1915 le soldat Vaché est hospitalisé à l’hôpital bénévole n°103bis (ex-ambulance municipale n°2bis ou hôpital municipal n°2bis ou hôpital bénévole n°2bis), au 2 rue du Bocage, dans les locaux du lycée de jeunes filles Gabriel Guist’hau (en fonctionnement du 26 septembre 1914 au 31 janvier 1919). Vaché est placé salle n°9, dans le service du docteur Chevrier qui l’opérera « sous écran » le 9 décembre 1915 (noté dans le cahier d’observations du docteur Chevrier). Le 25 février 1916, il sort de l’hôpital et rejoint l’hôpital dépôt de convalescents (HDC) n°1 (Salle Mauduit, 10 rue A. Leloup), avant de retourner à son dépôt à Ancenis où il est de nouveau présenté à la commission de réforme du lieu, le 22 mars 1916.

Confirmé « service auxiliaire », classé « bon pour le service », il rejoint le 18 mai 1916 sa nouvelle affectation, le 81e Territorial de Nantes, dans lequel ce jeune dandy « myope », à canne de jonc, devait plus que « dénoter » au milieu des « pépères » qui devaient le considérer comme un « embusqué », en dépit de ses blessures de guerre.

Photo : Page du registre des entrées (15 octobre 1915-21 juillet 1916) de l'hôpital bénévole n° 103bis de Nantes

Sur les hôpitaux militaires (1914-1918), l'on peut se référerà nos ouvrages : Hôpitaux militaires de Nantes, tome 1, p. 262-270 et Hôpitaux militaires de Nevers, t. 2, p. 291-294 ainsi qu'au dossier thématique sur les évacuations sanitaires par voie ferrée, t. 2, p. 32.

Sur Jacques Vaché... Tout sur Jack de Nantes, le site incontournable
mis à jour : 11 septembre 2016

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