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PAUL HARDOUIN (1874-1956) ET LE SERVICE DE SANTE ALLEMAND

21 Septembre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes, #organisation, #Bretagne 1914-1918

PAUL HARDOUIN (1874-1956) ET LE SERVICE DE SANTE ALLEMAND

Suite [page 8] du rapport de captivité du chirurgien rennais Paul Hardoüin (1874-1956) consacré à sa découverte du service de santé de l’armée allemande.

« II) - Le service de santé allemand sur le front [Beaurieux et Saint-Gilles, mai-juillet 1918]

Je me suis trouvé pendant six semaines sur le front en contact étroit avec le service de santé allemand, et cela a été un de mes grands étonnements, de l’autre côté de la barricade, de voir combien il était défectueux et mal organisé : relève tardive des blessés, traitement d’urgence presque jamais appliqué, pénurie complète d’objets de pansements, d’instruments, de moyen de transport. Jointe à cela, une ignorance absolue par la presque totalité des médecins que j’ai vus, de la chirurgie de guerre actuelle, ablation rare des projectiles et toujours secondaire, débridement incomplet, pas une seule opération d’exérèse des tissus contusionnés, pas une tentative de suture primitive. Plus grave encore, aucune immobilisation des fractures de cuisse [page 9] comme nous l’avons dit plus haut. Enfin aucune notion de procédés de désinfection des plaies par le Dakin [antiseptique à base d’eau de Javel mis au point par Henry Drysdale Dakin (1880-1952)] ou par la méthode de Delbet [utilisation, dès 1915, du chlorure de magnésium comme antiseptique, par Pierre Delbet (1861-1957)]. La suppuration très abondante existait partout. Je dois d’ailleurs dire de suite, que je n’ai pas noté de différence de traitement par les allemands, de nos blessés ou des leurs. Les faits que je leur reproche, me paraissent relever exclusivement d’ignorance, d’un manque complet d’organisation, et non d’un mauvais vouloir pour leurs adversaires. Voici quelques détails intéressants qui permettront de préciser notre jugement sur le Service de Santé Allemand à l’avant. Il ne possédait, à proximité des lignes, aucune organisation importante pour recevoir les blessés. Ceux-ci étaient transportés très loin à l’arrière jusqu’à Laon, soit par camions automobiles à roues non caoutchoutées [cf. in fine, Pour en savoir plus], soit par brancards, soit dans des toiles de tente, soit enfin à dos d’hommes (rapport verbal du commandant Chevalier du 64e Infanterie, blessé le 27 mai, d’une plaie de poitrine et transporté à Laon). Heureusement pour les blessés, l’ennemi a trouvé nos magnifiques installations du front, les postes chirurgicaux avancés et les H.o.E. [cf. 1ère Partie]

A Beaurieux, les blessés ont commencé à arriver le 27 [mai] vers midi. Dans la soirée et la nuit, il en est entré environ 200, tout d’abord des allemands, puis des français et des anglais. Leur nombre, je l’ai dit, n’a pas tardé à atteindre 350. Le premier jour, un seul médecin allemand non chirurgien, assurait le service. J’ai soigné des allemands jusqu’à l’arrivée des blessés français, ensuite je me suis occupé de ceux-ci exclusivement. J’ai demandé au médecin allemand si il ne viendrait pas d’autres des ses collègues pour l’aider, il m’a répondu « pas avant demain, et il est très heureux que vous soyez resté, car vous pouvez vous en rendre compte, pas un seul de nos blessés n’aurait pu être soigné ». Pendant ce temps les blessés s’accumulaient, tous les lits étaient [page 10] occupés, tous les couloirs remplis de brancards se touchant et bientôt dans la cour elle-même une soixantaine de blessés se trouvaient rangés. J’ai réussi à mettre à l’abri tous les Français en utilisant jusqu’aux écuries. Mais j’ai vu des allemands avec des blessures de toute nature, et munis d’un pansement provisoire placé sur le champ de bataille, rester ainsi deux jours et au moins une nuit dehors, sans aucune espèce de soin.

Le 28 [mai] est arrivé un jeune chirurgien de Berlin remplissant les fonctions de consultant d’armée ou de corps d’armée. Je lui ai désigné, sur sa demande, deux blessés allemands atteints de plaie abdominale par balle, blessure de date récente et justifiant une laparotomie immédiate. J’ai assisté à l’opération. Elle m’a montré une très mauvaise technique et un manque complet d’asepsie. Ce chirurgien entre autres choses, après s’être servi d’un instrument, le déposait en dehors des champs opératoires sur le drap non stérilisé, et le reprenait ensuite pour opérer. Il a fait à la paroi abdominale une incision extrêmement étroite de 7 à 8 centimètres à travers laquelle il recherchait l’anse intestinale lésée. Dans l’un des deux cas où je l’ai vu opérer, il n’a trouvé aucune perforation, ce qui ne saurait étonner, et malgré la présence évidente de gaz sortant de l’abdomen, il a refermé le ventre sans rien faire de plus. Au bout de quatre jours seulement un véritable chirurgien est venu ; c’est le seul que j’ai rencontré au front.

Les Allemands ont beaucoup admiré l’appareil d’Ombredanne [appareil d’anesthésie à l’éther conçu (1908) par Louis Ombrédanne (1871-1956)] qu’ils ne connaissaient pas, mais dont ils se sont ensuite servis constamment. Ils donnaient auparavant de l’éther au goutte à goutte, ce qui dépensait une grande quantité de narcotique, difficile à doser et provoquant en général une anesthésie très irrégulière.

[page 11] A St-Gilles au moment où nous sommes arrivés le 13 juin, il y avait environ deux mille deux cents blessés, soit 2000 allemands et 200 alliés dont une vingtaine d’américains et d’anglais. Pendant le courant de juin et jusqu’au 8 juillet, il est passé à peu près 4000 allemands dans l’H.o.E. Le personnel médical comprenait en tout deux ambulances et un G.B.D [(Groupe de brancardiers divisionnaires), équivalent de la Sanitätskompanie allemande]. Ce dernier un peu différent du notre [car probablement associé à un Feldlazaret], comprenait 7 à 10 médecins ; sur ce nombre il y avait parait-il 2 à 3 chirurgiens dont le principal était malade et n’opérait pas. Je ne sais ce que valaient les deux autres, ne les ayant pas vus à l’œuvre. De toute façon il y avait insuffisance absolue de personnel compétent et cela explique le manque de soins qui étaient donnés aux blessés. J’ai dit plus haut dans quel état de saleté et de suppuration ils se trouvaient. En outre ces ambulances ne possédaient pas de matériel chirurgical, ou du moins à peine ce qui aurait été nécessaire pour un tout petit hôpital de blessés légers. Le médecin chef allemand à différentes reprises, a réclamé des instruments de Beaurieux, mais il ne lui jamais été transmis. Lorsque j’avais une intervention à faire, j’étais obligé de prévenir à l’avance la salle d’opération de l’ambulance à laquelle j’étais rattaché. On me prêtait quelques mauvais instruments et je devais les rendre aussitôt après m’en être servi. Si les Allemands n’avaient pas trouvé nos organisations du front, je ne sais comment ils auraient pu arriver à faire même de simples pansements à tous leurs blessés. Nos H.o.E. d’ailleurs ont provoqué chez eux une admiration qu’ils n’essayaient pas de dissimuler, malgré le dépit visible de n’avoir rien de pareil à nous opposer. Notre richesse en matériel de pansements les impressionnait beaucoup et certains qui croyaient la France épuisée, n’ont pu [page 12] s’empêcher d’en faire la réflexion. J’ai eu l’occasion de parler plusieurs fois de l’organisation du Service de Santé ALLEMAND avec le médecin chef. Il m’a demandé comment fonctionnaient nos H.o.E. et comment nous aurions fait dans des circonstances analogues en pays ennemi. Je lui ai alors parlé de nos équipes chirurgicales, de leur fonctionnement, de leur rôle et de la possibilité que nous aurions eue en 48 heures de réunir le nombre de chirurgiens nécessaires au bon fonctionnement normal d’un gros centre de blessés. Il a paru très intéressé et fort étonné.

Leur ignorance en chirurgie de guerre était complète, j’ai déjà signalé plus haut la lenteur des évacuations, l’absence de sutures primitives, la suppuration profuse qui me rappelait les plus mauvais jours de 1914, mais encore, ils ne connaissaient rien de nos procédés si remarquables de désinfection des plaies. L’ablation des projectiles n’a rien de systématique chez eux et les médecins allemands ont été particulièrement surpris de notre luxe d’installation radiographique. Parmi leurs résultats déplorables que je pourrais citer en grand nombre, je signale en passant le cas du lieutenant d’Artoli. Cet officier atteint au genou d’une plaie par balle n’ayant pas intéressé les os, a subi l’ouverture large de l’articulation avec section du tendon rotulien. La plaie opératoire est restée largement ouverte, le genou maintenu en demi-flexion par une gouttière métallique. Je l’ai vu 13 jours après une infection extrêmement grave, fusées purulentes remontant haut à la partie postérieure de la cuisse, état général des plus alarmants. J’ai du faire dans l’urgence une amputation basse du fémur.

Le traitement des fractures du membre inférieur est chez eux absolument déplorable. Les blessés arrivent du front sans immobilisation, et ils n’ont rien qui ressemble à notre attelle de Thomas [mise en place dès 1916, et généralisée jusque dans les postes de secours régimentaires en 1918], dont je leur ai expliqué l’emploi. Puis le blessé débridé [page 13] et pansé est mis dans son lit sans extension, sans immobilisation véritable, la mauvaise gouttière qu’ils emploient quelquefois ne pouvant en tenir lieu. Aussi leur mortalité est-elle considérable, les amputations presque de règle et les résultats éloignés très mauvais chez ceux qui guérissent.

Le médecin chef allemand venant un jour, par ordre, visiter la salle dans laquelle j’avais réuni une trentaine de fractures dont 23 du fémur est resté stupéfait de voir toutes les fractures de jambe dans un appareil plâtré, et les fractures de cuisse en extension parfaite, grâce à une modification intéressante que j’avais adoptée dans l’application de l’attelle de Thomas, sur un plâtre formant spica au niveau de l’aine. Je lui ai également montré plusieurs de ces fractures complètement réduites par huit ou dix jours de traction forte, parfaitement immobilisées dans un grand appareil plâtré prenant à la fois le bassin et tout le membre inférieur avec fenêtre large pour continuer le pansement. Il m’a demandé alors l’autorisation d’amener ses collègues me voir placer des appareils pour fracture de cuisse et le lendemain matin, j’avais le plaisir de montrer aux 10 médecins allemands présents [qu’en] France on savait traiter les grands blessés autrement que chez eux.

J’ai voulu alors par réciprocité voir leurs blessés mais dans tout le service que j’ai visité il n’y avait pas de fractures du fémur et je crois que dans tout l’H.o.E. j’en aurais rencontré très peu. Ceux qui résistent en effet et qui n’ont pas été amputés sont le plus tôt possible embarqués dans des trains sanitaires, munis ou non d’appareils d’immobilisation de fortune et renvoyés à l’Intérieur.

Je voyais tout récemment à Heidelberg un commandant de cuirassiers rentrant en France. Il avait été atteint d’une fracture de cuisse par balle de révolver devant Lassigny et avait eu la chance de ne pas s’infecter. Pendant un mois il a été trainé d’hôpitaux en [page 14] hôpitaux sans immobilisation et il a actuellement une consolidation vicieuse dans laquelle les deux fragments osseux forment un angle de 60 degrés environ ouvert en dedans. Il est inutile je crois d’insister plus longuement. Je ne veux pas évidemment généraliser. Il y a en Allemagne d’excellents chirurgiens mais ils ne sont pas sur le front. Ceux que j’y ai rencontrés ne sont pas instruits de la chirurgie de guerre, ils sont insuffisamment outillés et trop peu nombreux. En arrivant au camp d’Osnabrück l’officier chargé de fouiller mes bagages constatant par différentes notes que j’étais professeur suppléant à l’Université de Rennes, m’a dit d’un air étonné : « Comment se fait-il étant professeur que vous ayez pu être fait prisonnier ? » - « En France lui ai-je répondu les professeurs vont soigner les blessés là où l’on juge qu’il est le plus utile de le faire ».

Ce qui ressort visiblement pour moi du contact prolongé avec les organisations chirurgicales allemandes de l’avant, c’est que la récupération rapide du petit blessé leur importe par-dessus tout, le reste est sacrifié et ils jugent inutile de faire de grands frais pour sauver quelques membres gravement atteints ou des vies trop compromises. C’est d’ailleurs l’avis de tous ceux de mes collègues qui ont travaillé dans les mêmes conditions que moi à Mont-Notre-Dame et à Vasseny [cf. 1ère Partie]. Comme le disait un médecin allemand à l’un d’eux qui me l’a répété : « l’argent que vous dépensez avec une telle prodigalité pour le traitement de ces blessés, nous l’employons nous, à acheter des canons et des mitrailleuses. » Tout le Boche est résumé là. »

Le 8 juillet 1918 le médecin major de 2e classe quitte St-Gilles pour l’Allemagne, via Fismes (camp de prisonniers anglais), Beaurieux, Laon, Hirson (fort) ; il séjournera aux camps de Rastatt (24 juillet) puis Osnabrück (3 août 1918) avant d’être libéré via la Suisse. Il rentre en France le 7 novembre 1918.

Retour à l’H.o.E. de Saint-Gilles…..

Extraits du rapport manuscrit du médecin aide-major de 1ère classe Boulet, de l’équipe chirurgicale n° A 151, en date du 6 avril 1919 que nous avons quitté le 8 juillet 1918 à l’H.o.E. de Saint-Gilles, au départ du docteur Hardoüin pour la captivité [cf. 1ère partie].

« [page 1] (…) Nous restions donc le 8 juillet, 3 médecins français, une infirmière (les deux autres étaient malades), un soldat infirmier pour soigner tous ces blessés. Nous continuâmes les pansements, fîmes quelques nouveaux appareils plâtrés et c’est en excellent état que nos blessés furent successivement évacués du 11 au 13 juillet. Nous restâmes avec trois blessés intransportables. Nous fûmes tous heureux de souffler quelques jours. La nourriture devenait insuffisante et personnellement j’avais la fièvre, de la courbature, explicables par ce surmenage durant depuis plus de six semaines.

Le 15 nous reçûmes dix blessés français ou alliés, puis le 18, une centaine qui nous arrivèrent dans un état épouvantable ; de nombreux blessés des membres inférieurs avaient de la gangrène, d’autres étaient porteurs de myiases de toutes tailles. J’ai le regret d’avoir quelques décès pour gangrène malgré tous les soins et l’amputation. D’autres blessés atteints de gangrène des membres, même de la cuisse et de la région fessière furent sauvés grâce au traitement chirurgical (excisions avec conservation des membres) et à l’injection de 50, 100, 120 cc de sérum de Wassermann [August Von Wassermann (1866-1925)]. Ce sérum m’a paru spécifique dans plusieurs cas, amenant en vingt-quatre heures la chute de la température, faisant se diminuer nettement les tissus gangrénés, des tissus sains et amenant la fonte des tissus suspects. Quant aux blessés porteurs de m[y]iases, les lavages au formol, à la solution [page 2] de Mencière [Louis Mencière (1870- ?)] les en débarrassèrent. Tous ces blessés arrivaient des lignes avec le plus souvent leur pansement individuel parfois recouvert par quelques tours de bande en papier. Beaucoup de fractures étaient sans immobilisation. Aucun pansement sérieux n’avait été fait, à plus forte raison, aucune opération depuis cinq jours qu’ils avaient été blessés. C’est ainsi que je vis un sous-lieutenant français cinq jours après sa blessure, présentant par une plaie au ventre, une hernie d’un mètre cinquante d’intestin verdâtre sur lequel couraient des myiases, cet officier avait eu le courage de rester cinq jours sans boire ni manger. Il était mourant quand on nous l’amena.

Les allemands ne nous avaient plus laissés qu’une salle d’opération et de pansements – ils nous avaient pris celle si bien aménagée par nos dames infirmières. Aussi certains jours fûmes nous obligés de travailler plus de vingt heures, de faire des pansements à la lampe, les allemands éteignant l’électricité de crainte des avions.

Pendant ces journées épouvantables le dévouement de mes collaborateurs fut absolu. Je sais qu’une récompense a été donnée à Madame Legrix, dame de la Croix-Rouge qui fut admirable, j’en demanderai une pour le soldat infirmier Bouligon ? du 408e régiment d’infanterie (déjà quatre fois cité) qui soigna ses camarades jusqu’à l’épuisement.

Le 22 juillet au soir les allemands nous prévinrent que tous les Français valides devaient partir de bonne heure le 23. Tous nos blessés avaient reçus les soins nécessaires, avaient été opérés et étaient en bon état à cette date (…) ».

Le médecin aide-major Boulet quitte à pied l’H.o.E. de Saint-Gilles le 23 juillet 1918 pour Laon via Fismes. Il embarque ensuite en train pour Hirson où il séjourne du 25 au 30 juillet 1918. Il se remet en route pour le camp de prisonniers de Rastatt où il est enfermé du 30 juillet au 4 septembre 1918. A Rastatt il retrouve les médecins faits prisonniers, le 28 mai, à l’H.o.E. de Mont-Notre-Dame lors de l’offensive allemande du 27 mai. Il est ensuite dirigé vers la Prusse Orientale où il est employé au camp de prisonniers de Graudenz (5 septembre-24 décembre 1918) bien au-delà de l’Armistice. Le 24 décembre 1918, avec le médecin major David il est envoyé au camp de Cottbus (Brandebourg) où il soigne les malades français de la « grippe pulmonaire ». Il rentre en France le 7 janvier 1919 via Mannheim ; il se présente à la direction du service de santé de la 1ère région, le 18 janvier 1919.

FIN

Paul Hardouin (1ère partie)

Source : Musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce à Paris, cartons n°634 (dos. Boulet) et n°635 (dos. Hardouin)

Illustration : CPA - Conflans. Embarquement de blessés à proximité de la gare (Coll. particulière, DR)

Pour en savoir plus :

Sur le service de santé allemand (1914-1918)

Sur les erzatz et politiques de remplacement dans l’armée allemande : Laparra Jean-Claude. La Grande Débrouille. Un point de vue iconoclaste sur l’armée allemande 1914-1918. Louviers : Ysec, [2005], 208 p.

A Paraître en octobre 2013, le tome 4 des Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, France sud-est.

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