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LE PINARD SANITAIRE (suite)

12 Mars 2013 , Rédigé par FO Publié dans #varia

LE PINARD SANITAIRE (suite)

Après le pinard cocardier,

Après le pinard sénatorial,

Vient le temps du pinard sanitaire… dans la guerre 1914-1918.

« (…) Le service de santé, dans la zone de l’intérieur tout au moins, s’est affranchi de l’Intendance en ce qui concerne la nourriture des blessés et des malades. Le « régime » du patient est naturellement au premier rang des préoccupations du médecin. Il est logique que le médecin militaire revendiquât le soin de choisir, de conserver, de préparer l’aliment dont l’assimilation va rendre au blessé le sang qu’il a perdu. C’est ainsi que depuis 1889 chaque hôpital militaire était devenu maître de sa « dépense ». Maître de sa bourse, d’abord, la législation financière d’avant-guerre l’affirme et il faut bien le croire : l’hôpital militaire est un « établissement régi par économie ».Le fait est qu’il reçoit des avances de l’ordonnateur, et, comme la parfaite cuisinière, il fait lui-même son marché. Après le marché, les comptes ; et il justifie, à la fin, ses achats.

Telle est l’organisation du temps de paix. Elle peut convenir à une hospitalisation restreinte, à des ressources multiples, à des prix assez bas. L’idée qu’on se faisait en temps de paix d’une guerre courte l’avait fait maintenir, sur le papier, pour la guerre. La préoccupation de parer au plus pressé, de faire face aux nécessités d’ordre plus directement médical ou chirurgical, l’a fait conserver effectivement pendant la première partie de la campagne. Petit à petit, cependant, les denrées sont devenues plus rares, leur qualité plus irrégulière, les prix plus élevés. Dans chaque place un peu importante, les hôpitaux militaires étaient arrivés à se faire concurrence. Partout ils étaient à la merci des intermédiaires ; nulle part, ils n’avaient la moindre garantie du lendemain. Régime de blocus. On n’en peut sortir que par une centralisation rationnelle. Le service de santé l’a entreprise et l’a conduite, jusqu’ici, à son entière satisfaction.

Il a tenté son premier essai sur le vin. Chaque hôpital l’achetait, sinon au litre ou au tonneau, du moins à courte échéance. Et à chaque renouvellement de marché, les prix étaient plus élevés. Crise de quantité, crise des transports ; surtout spéculation.

En plein pays de l’Hérault, à Béziers, patrie d’Ajalbert, un chai assez moderne, a été réquisitionné. L’outillage du chai perfectionné et développé jusqu’à, tripler le rendement, pourrait débiter aujourd’hui jusqu’à 50 000 hectolitres par mois. Les besoins mensuels du service de santé ne dépassent pas 20 à 30 000. Ils sont donc largement assurés. Ils le sont aussi à meilleur compte et avec du meilleur vin. C’est la réquisition qui le fournit. Des wagons-réservoirs qui l’amènent de la propriété sont vidés, sans avoir quittés la gare de Béziers, au moyen d’une tuyauterie de cuivre qui le conduit dans les cuves de verre du chai. Le laboratoire s’en saisit, l’échantillonne, l’analyse ; et, d’après sa teneur, ses caractéristiques, ses vertus essentielles, décide son coupage. Des pompes électriques l’aspirent et le montent au sommet de l’édifice. Il en redescend en se filtrant et va se marier dans une autre cuve au cru qui a été choisi pour corriger son degré ou son acidité. Le voici prêt et déjà les pompes l’ont repris et le refoulent par une deuxième tuyauterie souterraine, en pleine gare de Béziers, sur le quai d’embarquement du commerce, où six robinets permettent de charger six wagons-réservoirs à la fois. Dans chaque région militaire, un ou plusieurs entrepôts ont été installés qui l’attendent. Il y séjournera un mois environ, en demi-muids, avant d’être livré en tonneaux à la cave de l’hôpital. L’hôpital a les tonneaux ; l’entrepôt régional les demi-muids ; le chai de Béziers les wagons-réservoirs. Tout ce matériel circule, est entretenu ; toutes ces opérations sont conduites parles soins, sous la surveillance d’un personnel technique éprouvé, qui n’a donné lieu, depuis l’origine, qu’à des éloges. Tous frais largement comptés, l’économie réalisée est d’environ sept millions de francs par an. Jamais, surtout, nos poilus n’ont bu pareil pinard… »

Olivier JALLU. Denrées d’alimentation et objets de consommation, dans Science et Dévouement, Paris : éd. Quillet, 1918, p. 67-69.

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