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ANTONIN ARTAUD DANS LA GUERRE, par Florence de Mèredieu.

1 Décembre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes

ANTONIN ARTAUD DANS LA GUERRE, par Florence de Mèredieu.

Sortie : 20 Novembre 2013

A propos d’un cas… Antonin Artaud (1896-1948), « soldat d’infanterie, ajourné puis trois fois réformé (1914-1918) ».

Florence de Mèredieu après une magistrale biographie d’Antonin Artaud (« C’était Antonin Artaud », Fayard, 2006, 1087 p.) nous propose aujourd’hui : « La Guerre d’Antonin Artaud », période de 1914-1918 qui avait été à peine abordée dans sa biographie citée précédemment. Son ouvrage est découpé en six parties, dont la première (p. 15-126) et les documents annexés (p. 317-343) intéressent la « Grande » Guerre d’A. Artaud qui paraît s’être limitée aux seuls murs de l’infirmerie du 3e régiment d’infanterie de Digne. L’amorce de son combat contre ce que l’on appelait alors la « neurasthénie » laquelle proliféra, s’aggrava et l’accompagna au fil de sa vie de maisons de santé en asiles, nous est présentée par l’auteur à la façon d’un entomologiste. Florence de Mèredieu, dans un livre très dense, introduit en marge le cas Artaud dans le creuset explosif des « mécanique(s) asilaire et guerrière », pour mettre douloureusement en évidence les traitements coercitifs contre les « embusqués du cerveau » mis en œuvre par la médecine civilo-militaire. Ce nouveau « réquisitoire » après ceux de Sophie Delaporte et de Jean-Yves Le Naour présente l’un des aspects les plus controversés de l’historiographie médico-militaire 1914-1918.

L’ouvrage se poursuit (p. 127-317), en six parties sur la « Guerre continuée » (1919-1939) ; « exilé dans son propre pays » (1939-1946), « La période de Rodez, résistances et machines de guerre », « stratégies de guerre et manières d’écrire », « l’après-guerre, le retour, l’ère atomique » (1946-1948). Ces monuments d’esthétismes littéraires m’éloignent de ma thématique 14-18… encore que loin de l’esthétisme, il y a un petit quelque chose de « surréaliste », de baroque, en un mot de rafraîchissant à découvrir – parmi tant d’autres informations passionnantes - la filmographie d’Antonin Artaud dans son rôle du soldat Vieublé, l’ouvrier parigot fin saoul, le « crisard » des Croix de Bois de Dorgelès, dans le film éponyme (1932) de Raymond Bernard. [Ici c’est moi qui cite l’extrait avec jubilation, puisé aux meilleures sources – Je souhaite que Florence de Mèredieu ne m’en tienne pas rigueur de l’associer à son ouvrage -, en souvenir du « soldat d’infanterie, ajourné puis trois fois réformé» qui n’a probablement jamais vu les tranchées :]

  • « Et moi, Vieublé, soldat de deuxième par protection, médaillé militaire et croix de guerre. Si les boches n’aiment pas la lumière, je les em… !».
Présentation de l'éditeur :
Mr Mutilé, Mr tronçonné, Mr amputé, Mr décapité dans les barbelés et les guillotines du pouvoir discrétionnaire de la guerre. (Antonin Artaud).

1914-1918 : une génération d'artistes et d'écrivains (Artaud, Breton, Masson, Céline...) est projetée dans la Grande Guerre, ses tranchées, ses champs de bataille (Verdun), ses morts et ses blessés psychiques. Des Centres de neuropsychiatrie sont créés pour traiter au plus vite les malades sans blessures apparentes, et les renvoyer au front.


Cette guerre de 14-18, Antonin Artaud (1896-1948) ne cessera de la revivre. Comme acteur de cinéma, dans Verdun, Vision d'histoire et Les Croix de bois. Comme écrivain, auteur et acteur de théâtre. Les textes et dessins de ses derniers cahiers sont l'expression de la guerre littéraire et graphique qu'il mène à l'encontre d'une société qui a fait de lui : un mutilé, un amputé, un déporté de l'être.


Entre les deux conflits (de 1918 à 1939), se mettent en place un processus de guerre continue (Michel Foucault), une société de plus en plus technicisée et médicalisée, une brutalisation de masse (George Mosse) de la société civile et la montée d'une forme d'hygiène mentale et sociale dont le dévoiement aboutira, en Allemagne, au fascisme hitlérien. 1939-1945 : Hitler (soigné lui aussi, durant la Première Guerre, dans un centre psychiatrique) entraîne l'Europe et le monde dans une guerre d'extermination.


Artaud connaît alors les asiles psychiatriques, la faim, les électrochocs. Ce livre plonge au coeur même de ce qui fit l'essentiel de l'histoire politique et culturelle du XXe siècle. La grande histoire s'écrit au rythme de la littérature et des arts de la première moitié du siècle. On y croise ces psychiatres (et psychanalystes) qui ont nom Charcot, Freud, Babinski, Toulouse, Grasset, Tausk, Allendy, etc.


Ce qu'Edouard Toulouse nommait la biocratie marque, aujourd'hui encore, l'ensemble de notre société.

Florence de Mèredieu : écrivain et universitaire (Paris I-Panthéon/Sorbonne-Philosophie. Esthétique et sciences de l'art). Auteur d'ouvrages sur Picasso, Duchamp, Masson, le Gutai, Van Gogh... Et d'un ensemble d'études sur l'oeuvre et la vie d'Antonin Artaud: C'était Antonin Artaud, biographie, Fayard, 2006. Antonin Artaud, Portraits et Gris-gris, 1984-2008 ; Sur l'électrochoc, le Cas Antonin Artaud, 1996 ; La Chine/Le Japon d'Antonin Artaud, 2006, Blusson. L'Affaire Artaud, Fayard, 2009, etc.

http://www.editions-blusson.com/

A lire dans le Journal Ethnographique en ligne, du 1er mai 2015, l'interview de Florence de Mèredieu par Jean Joseph Goux : Artaud. Guerre, Pouvoir et Psychiatrie.

MISE A JOUR : 9 janvier 2016

A lire ou à écouter sur France-Culture, sur des sujets connexes et difficiles qui me sont chers sur l’hygiène mentale, les mutilations volontaires et le « torpillage » à la façon médico-militaire, durant la guerre 1914-1918 :

L’ouvrage devenu « classique » de Sophie Delaporte, Les médecins dans la Grande Guerre, 1914-1918. Paris : Bayard ; 2003, 224 p.

Jean-Yves Le Naour, Les soldats de la honte. Paris : Perrin ; 2011, 280 p. – Paris : Perrin (Tempus poche) ; 2013, 222 p.

Nicolas Offenstadt, Les fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999). Paris : O. Jacob ; 1999, « Mutilations volontaires », p. 38-41 et aussi André Bach (général), Fusillés pour l’exemple, 1914-1915. Paris : Tallandier ; 2003, 617 p. dont le chap. X (p. 321-373) n’est pas à la gloire du service de santé militaire : « La mort pour les lâches qui se mutilent ! ».

L’ouvrage le plus récent sur le sujet est une très belle étude régionale (France Ouest) ; un modèle qu’il serait possible de multiplier à l’échelle nationale : Stéphane Tison et Hervé Guillemain, Du front à l’asile, 1914-1918. Paris : Alma ; 2013, 416 p. Lire une analyse (20 janvier 2014) de l'ouvrage par Fabrice Boyer : Le “4e fiévreux” ou la folie en bleu horizon (1) dans le Carnet BCU 1914-1918 de l'université de Clermont-Ferrand.

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