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ZILLISHEIM 1914 – UN EPHEMERE HOPITAL MILITAIRE FRANÇAIS EN ALSACE ANNEXEE

Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

ZILLISHEIM 1914 – UN EPHEMERE HOPITAL MILITAIRE FRANÇAIS EN ALSACE ANNEXEE

ZILLISHEIM 1914 – UN EPHEMERE HOPITAL MILITAIRE FRANÇAIS EN ALSACE ANNEXEE

La bataille qui se déroula, du 7 au 10 août 1914 entre la Ière armée française et la VIIe allemande fut le premier engagement prévu par le plan XVII qui prévoyait une offensive en Haute-Alsace dès avant la fin de la concentration des troupes. Dans la matinée du 7 août l’armée française s’empara de la ville d’Altkirch puis de Mulhouse (8 août) sans bataille, suite à un repli des Allemands. Dès le 9 août les Allemands montaient une contre-attaque à Cernay. Le 10 août, le général Bonneau, en l’absence de réserves, décidait l’évacuation de Mulhouse et la retraite vers Belfort. Une seconde tentative fut faite par une « nouvelle » armée d’Alsace formée le 11 août. Le 19 août, le 7e corps d’armée français pénétrait de nouveau dans Mulhouse. Le 21, le général Pau ordonnait l’arrêt des troupes. Le 25 août, l’armée d’Alsace commençait son repli et évacuait une seconde fois Mulhouse. Le 28 août, l’armée d’Alsace était dissoute.

« Journal [du médecin major de 2e classe Marius Antoine Perriol (A)], du 23 août au 2 septembre 1914 – [Médecin-chef de l’] Hôpital de Zillisheim (près Mulhouse)

Le [dimanche] 23 août 1914, monsieur le médecin inspecteur général Nimier (B) m’emmenait en automobile, depuis les faubourgs de Belfort jusqu’à Zillisheim (à 5kms de Mulhouse) pour y prendre les fonctions de médecin-chef du Petit séminaire [actuel collège épiscopal], immense établissement où se trouvaient les brancardiers divisionnaires de la 66e division et trois ambulances. Il me prévenait que je serais fait prisonnier, et me recommandait le secret vis-à-vis de mes camarades de l’ambulance 3/44.Une rapide poignée de mains à mes collègues, avec lesquels je venais de travailler après la bataille de Flaxlanden Illfurth, soit à Altkirch, soit à Dannemarie. Quelques secondes pour charger ma cantine, et je partais avec le médecin de l’armée d’Alsace.

Le Petit séminaire de Zillisheim est très vaste et avait pu hospitaliser un millier de blessés ; il en restait environ six cents. Une visite rapide me permet de classer les évacuables. Quelques grandes gouttières mises solidement m’autorisent à joindre à cette catégorie de blessés, les trois quarts de mes 84 fractures de cuisse – et j’ai la satisfaction, grâce à l’envoi de convois automobiles de voir partir vers notre armée tous [page 2] les blessés sauf 86, dont 36 allemands. Je puis même faire évacuer 2 officiers ayant des plaies de poitrine au quatrième jour, et j’ai su plus tard qu’ils avaient guéri.

Lundi 24 août

Après 24 heures de besogne écrasante : évacuations, confection de gouttières et plâtres, débridements urgents, pansements avec la collaboration de 5 infirmiers et un médecin dentiste (Dr. Vieu) et un étudiant en médecine (Ch. Durand) chargés des fonctions de médecin auxiliaire ; notre petit groupe restait seul dans l’hôpital ; à 6 heures du soir le médecin major des brancardiers de la 66e division et moi nous étions serrés tristement la main, émus jusqu’aux larmes, à la pensée que si la retraite s’imposait pour notre armée d’Alsace victorieuse, de graves évènements avaient dû se passer dans le Nord – Voitures d’ambulance même et voitures de brancardiers emmenaient le maximum de blessés ou d’éclopés  sur un ordre de moi, donné au nom du médecin d’armée, ordre que je prenais , bien entendu, sous ma responsabilité. Et nous rentrions à notre hôtel.

Devant cette retraite de nos troupes, les Allemands deviennent immédiatement insolents. Notre repas nous est servi d’une façon un peu humiliante et lorsque je demande à parler aux abbés, directeur ou économe (Badois) un prêtre me dit qu’ils n’ont pas le temps et ne peuvent se déranger. Je leur envoie l’ordre de se présenter à moi, le lendemain 8 heures du matin et vais continuer à m’occuper des blessés. [page 3]

Mardi 25 août

Grande scène amusante avec le Supérieur et l’Econome du Séminaire. Je parle raide et j’ordonne sévèrement « au nom de l’armée française ». Promesse formelle m’est faite que nous serons traités bien, couchés convenablement et obéis à la lettre. L’attitude humble et déférente de tous ces Allemands rassemblés me prouve que c’est la manière forte qui doit être employés. Et je foudroie du regard un malheureux professeur qui essayant de me regarder en face avait osé dire : « je crois, cette fois, que les Français sont partis définitivement. » Une verte semonce le remet dans le rang. Il a dû depuis,  se contenter d’adresser à la commandanture de Mulhouse, un rapport secret sur mes faits et gestes.

L’arrière-garde de notre armée doit passer à midi. Je fais charger sur des voitures de maraîchers, tout l’équipement considérable resté à l’hôpital (au moins 600 fusils), vêtements, sacs, cuirs, etc. J’ai la satisfaction de le faire emmener après visite, au général, que je trouve dans le village de Zillisheim.

Mercredi 26 août

La besogne est grande, mais nous travaillons de toute notre âme, pour calmer notre esprit anxieux, en pensant que cela ne va pas bien pour notre armée et que l’offensive est arrêtée. Les premières  patrouilles allemandes traversent très prudemment [page 4] le village, mais ne pénètrent pas dans l’hôpital.

Jeudi 27 août

Le maire de Zillisheim m’envoie dire qu’il refuse de continuer de s’occuper des funérailles des soldats français décédés dans notre hôpital. Je fais mander le garde champêtre « au nom de l’autorité française » et je fais porter un ordre écrit au maire, de faire sous sa responsabilité personnelle, creuser des fosses pour nos décédés, organiser un convoi convenable avec un prêtre et inhumer avec honneur, tous les morts français ou allemands. Je garde un reçu détaillé de mes prescriptions.

J’organise pour le soir, l’évasion de deux de nos éclopés guéris : le caporal Delorme du 159e et le soldat Pariot du 280e régiment. Je leur donne un repas froid, de l’argent et leur explique longuement, comment ils se guideront sur le canal du Rhin, la voie ferrée, la grande route ; il y aura clair de lune. Nos hommes partiront avec leurs fusils, des cartouches. Ce sont deux braves garçons, capables de se tirer d’affaire. Mais le soir arrive, le village est envahi par les Allemands. L’évasion devient impossible.

Vendredi 28 août

Un médecin de Berne, suisse allemand, vient par ordre de l’autorité allemande prendre 24 blessés pour Badenweiller ; [page 5] je lui donne exclusivement des allemands, espérant toujours que nos troupes pourraient revenir à Mulhouse. Apparition des infirmiers de la Croix-Rouge allemande qui arrivent dans les automobiles, que nous avons hélas oubliés d’emmener de Mulhouse au moment de la retraite ! Elles auraient si bien pu enlever tous nos blessés et quelques otages même [en.] ces Messieurs de la Croix-Rouge sont superbes de dignité et de ridicule [ :] costume vert bouteille avec la casquette plate allemande, révolver, gourde, jumelles de Zeiss, gibernes à médicaments et bandes, haches battant sur le côté, pattes d’épaules, couteau. Ils se présentent avec correction, talons joints, la taille redressée avec une raideur militaire. – échange de compliments protocolaires. Nos blessés sont conduits par eux à Mulhouse, aimablement d’ailleurs, après distribution de cigarettes. Je continue à parler et à allocutionner « au Nom de l’Armée Française qui s’est retirée momentanément ».

Samedi 29 août

Je fais démonter trois fusils qui nous restent. Vis, culasses, canons, sont glissés par nous dans le canal du Rhin, avec beaucoup de cartouches, qui sont éparses dans l’hôpital. Il y a des troupes d’infanterie tout autour de nous, et nous ne tardons pas à être en contact. En effet, arrive une patrouille automobile composée de : un officier de réserve, trois soldats ayant les aiguillettes de [page 6] bons tireurs. Avec eux, deux sous-officiers, dont l’un est alsacien. L’abordage est froid. Je suis averti que nous sommes moi et mes hommes consignés dans l’hôpital, et que si nous faisons un pas au dehors, nous serons fusillés. – Salut. –

De nombreuses sentinelles sont placées. Visite minutieuse par un détachement, de tout l’établissement. On recherche les fusils, les cartouches et les « Mauser » que l’on sait avoir été au nombre de plus de 400 dans le Petit Séminaire. Où sont ces fusils, et où sont les armes françaises ? Les caves et greniers, les placards sont examinés pendant plus de trois heures. Mais je suis bien certain, qu’il n’y a plus rien. Tout ce que je n’ai pas livré à notre arrière garde, est dans le ruisseau affluent de l’Ill, ou dans le canal du Rhin. La déception de nos ennemis est sérieuse ; ils n’emportent qu’une baïonnette égarée en un coin.

Il me reste trois blessés graves, et en plus de mon personnel, Pariot du 280e. Je lui ai fait remplacer ses écussons par d’autres, le classant dans la 16e section. Je le nomme infirmier, et l’orne d’un brassard de la Croix-Rouge, que j’ai fait confectionner en secret, par une jeune fille alsacienne qui a fait serment de n’en jamais parler. J’estampille le brassard à la plume, du cachet du Ministre de la Guerre, et me suis décidé à tenter de l’emmener si on me relâche. Notre travail médical étant très restreint, j’occupe mes loisirs, à surveiller du haut de la maison, avec ma jumelle, les mouvements des troupes qui construisent des tranchées, perpendiculairement à la route de Mulhouse. – Sur le flanc du coteau qui [page 7] monte vers Flaxlanden, deux bataillons font des retranchements. Je repère sur la carte d’état-major, et me tiens prêt à faire un rapport si je suis relâché. Je cause avec les soldats qui me gardent, et j’apprends les numéros des régiments qui sont dans la région. Avec quelques cigarettes, je deviens très documenté. Pendant ce temps, mes six hommes se mettent en tenue très soignée, astiquée. – Je tiens à ce qu’ils soient irréprochables devant nos ennemis, se tiennent la tête haute et les regardant droit.

Pour moi, je suis très surveillé. Le médecin allemand a fait un rapport où il prétend que je l’ai reçu avec insolence. Il s’est présenté à moi, hier, accompagné d’hommes en armes, baïonnette au canon, dans une salle de blessés. Je l’ai salué avec raideur, mais poliment, attendant qu’il se présente àmoi.

  • Aide-major X…
  • Oberartz  Professor  Perriol
  • Je désire voir les blessés
  • Très volontiers.

Et nous commençons la visite. Au troisième lit, voyant que ces douze fusiliers continuent à nous suivre et m’encadrer étroitement, je m’arrête.

  • Vous seriez bien aimable de laisser votre escorte à la porte des salles de blessés. J’ai des blessés graves et le mieux est de les laisser reposer.
  • Jamais de la vie, mes hommes me suivront. [page 8]
  • Dans ce cas, vous m’excuserez. Je me retire. D’ailleurs, j’ai une opération urgente à faire.

Je salue et m’en vais sans me retourner.

Deux heures après, mon confrère à la joue ornée de balafres, revenait avec une vingtaine d’hommes en armes et baïonnette au canon, accompagné d’un capitaine, revolver à la main. Ce capitaine vient droit sur moi. J’étais en sarrau, faisant un pansement. – Je salue.

Il marche à pas comptés, arrive jusqu’à moi, et me braque sur la poitrine son énorme revolver Mauser, sans rien dire. – Rien de mieux à faire qu’à le regarder, comme s’il désirait m’inviter à déjeuner, sourire aimablement, en lui disant à vos ordres.

  • Herr Hauptmann. Je suis l’Oberartz français.
  • Combien avez-vous eu de soldats allemands blessés ?
  • Combien de morts ?
  • Qu’avez-vous fait de l’argent trouvé sur eux ?

Et la conversation s’engage ainsi. Du moment qu’il ne tirait pas, il fallait bien qu’après un certain temps, il abaissa son révolver. Le temps paraît un peu long en pareil cas ; enfin il se décide et remise son mauser ! Ce hauptmann était fort excité. Il termine notre entretien en me criant :

  • Nous avons détruit hier un des forts de Belfort. Nous avons amené des canons de 42 centimètres et dans [page 9] deux jours, Belfort  sera pris.

Je ne bronche pas et réponds:  - « Je n’ai pas compris, ce que vous venez de me dire. »

Il recommence son discours, nouvelle protestation de ma part : -« Je comprends mal l’allemand, vous parlez trop vite pour moi. » et devant mon impassibilité, le bouillant hauptmann s’en va, l’air furieux en grommelant. Mais je ne sais pas ce que je vais devenir. Serais-Je libéré ?

Dimanche 30 août

Je suis décidé à essayer de tout tenter, pour me faire relâcher, mais je sais que la Commandanture est à Mulheim – Comment faire parvenir une lettre au général de division allemand jusqu’à Mulheim ? Je songe aux membres de la Croix-Rouge de Mulhouse, à ces gens si bien vêtus dans leur accoutrement de brancardiers volontaires. Leur président est un négociant en draps enrichi. Il a une automobile. Son allure est superbe de majesté et de dignité. Là doit être mon moyen de salut. J’écris à Monsieur le Président, une lettre, où je confesse mon admiration  pour l’habileté, le dévouement, la charité, la prévoyance, etc., etc. de la compagnie qu’il dirige si bien.

  • Faire son devoir est bien. Vous, Monsieur le Président vous faites mieux encore.

La lettre relue, mes deux médecins auxiliaires protestent et me déclarent qu’elle est excessive de lourds compliments, et [page 10] que le destinataire croira que j’ai voulu : « galéger » comme disent nos Provençaux. Je maintiens mon style ampoulé et dithyrambique et j’envoie à Mulhouse, à l’aide d’un fort pourboire.

Quelques heures après, Monsieur le Président venait en automobile me remercier tout ému, et me disait qu’il avait de suite fait faire un tirage à part de mon élucubration. L’ORIGINAL figurera dans le LIVRE d’OR de la compagnie.

Quelques minutes de conversation, et nous nous quittions. Au moment de nous séparer, je coupe court aux dernières protestations de reconnaissance en disant : « Voulez-vous me rendre un service ? »

  • Avec plaisir.
  • Porter la lettre que voici à Mulheim au général, commandant.
  • Avec plaisir.

Et voilà comme je pus exposer au général Mathy, ma demande de libération.

Arrivée d’un monsieur très correct, ganté, courtois.

  • Qui êtes-vous en France, Monsieur l’Oberartz ? Etes-vous un homme « considérable » ?

J’hésite une minute. Est-ce pour me libérer,  est-ce pour faire de moi un otage ? Je réponds :

  • Professor Perriol, Vice-Président du Conseil de l’Université de Grenoble.
  • Connaissez-vous beaucoup de généraux français ? [page 11]
  • Beaucoup
  • Tiennent-ils compte de ce que vous leur demandez ? Votre opinion est-elle sollicitée par eux ?
  • J’habite une ville de garnison où résident plusieurs généraux. Je connais beaucoup de généraux dans notre armée et j’ai avec eux d’excellentes relations.
  • Vous pouvez fréquenter chez eux ?
  • Certainement

J’explique que je vais être libéré par le général Mathy auquel, Monsieur le Président de la Croix-Rouge, est allé demander le départ de l’Oberartz, vice-recteur de l’Université de Grenoble, dont la mission à Zillisheim est maintenant sans objet.

  • Mais, me répond le Monsieur correct, je vais de mon côté me rendre de suite à Mulheim, appuyer la demande faite.

Saluts, plongeons, poignées de mains. Mais pourquoi me demande-t-il si je suis un homme considérable ? Quelques heures après, il revient, m’apportant mon sauf-conduit pour moi, pour tout mon personnel, y compris mon brave Pariot, qui va s’évader comme lazarethilfe. Pariot est dans le ravissement. Le Général spécifie, que nous serons dirigés sur Bâle, et officieusement on me demande d’emmener avec moi, Madame Coomans (C), la femme du bourgmestre de Mulhouse, arrêté par notre commandement et incarcérée à Belfort. Cette dame désire aller rejoindre son mari dans un camp de concentration et y être enfermée avec lui. Il m’est expliqué, que je partirai dans une limousine de grande marque, avec cette dame, et que je retrouverai à Bâle, mes hommes. Je refuse de les quitter, me retranche derrière mon rôle de chef et j’obtiens que, puisqu’il n’y a pas moyen de me décider, on cherchera une deuxième voiture pour mes hommes.

Lundi 31 août

A 7 heures 1/2 du matin, deux officiers et cent hommes arrivent. Nos bagages sont descendus ; minutieuse recherche dans nos bagages, visite des sacs des hommes. Nos armes sont confisquées. Nos cartes nous sont enlevées. On nous laisse notre linge et nos vêtements. Le Supérieur et l’Econome qui nous avaient voulu mal recevoir, après le départ de nos troupes et nous témoignaient une antipathie de Badois se présentent aux officiers très humblement et leur font leurs compliments. Comme ils sont Allemands, non Alsaciens, comme ils m’ont la veille chargé de donner leur note pour la France, 140 000 frs. Je prends subitement envie de me venger de leur essai d’indépendance, si hâtive à l’égard des Français. Je m’approche d’eux en souriant et le plus poliment du monde, à voix haute, devant les officiers allemands, je les remercie de leur si grande amabilité à l’égard des Français qui n’oublieront pas leurs prévenances. Je me souviendrai longtemps de leur air consterné et du regard foudroyant de l’hauptmann. Mes deux phrases de compliments ont dû valoir aux abbés une sérieuse réquisition. [page 13] Enfin, nous partons pour Mulhouse, où nous allons prendre Madame Coomans (C).

Retour par Bâle, en regardant avec le plus grand soin, pour en rendre compte, l’état de la voie à Mulhouse, la composition des troupes à Mulhouse, la composition des troupes à Mulheim et sur le reste de notre trajet.

Midi – arrivée à Bâle, où nous sommes reçus très aimablement par les officiers suisses avec une cordialité charmante et un enthousiasme fou s des Suisses, qui nous offrent des fleurs et qui crient : « Vive la France ». Quelle émotion est la nôtre.

En réfléchissant à ces journées passées loin de mon ambulance 3/44 je me félicite d’avoir pu faire enlever tout l’équipement et les fusils de mon hôpital, ramasser assez de documents pour faire à Besançon un rapport jugé intéressant par l’Etat-major qui à ce moment là, ne savait rien de ce qui se passait au-delà de Dannemarie. (On se demandait si cent cinquante mille autrichiens n’arrivaient pas par la Forêt Noire) prévenu tous les colonels des régiments de mes blessés, en donnant les diagnostics et pronostics. Nos blessés ont été évacués à Fribourg-en-Brisgau et Mulhouse (pour les Français) et à Badeweiller (pour les Allemands).

Or le lazaretts inspector professor Jessen de l’université de Strasbourg et le lazarett Sommer director Gustave Krautinger ont publié dans les journaux allemands un article disant que les blessés ont été traités : « Freundlich, gut und human » par le service de santé français au grand lazarett de Zillisheim. Nous leur en témoignons ici, toute notre reconnaissance, et demandons que les blessés français soient bien traités en retour. (Lu dans la Dépêche de Lyon, le 25 décembre 1914).

 – [signé] Docteur Perriol. »

 

Notes :

A – Perriol Marius-Antoine (1866-1927). Docteur en médecine à Grenoble et directeur de l’école de médecine de la ville. Médecin major de 2e classe, affecté à l’ambulance n°3/44 (15 avril 1914). Mobilisé à l’A. 3/44. Médecin-chef de l’hôpital militaire de Zillisheim (22 août 1914).Prisonnier de guerre (23 août 1914). A. 3/44 (3 septembre 1914). Evacué (2 novembre 1914). Médecin-chef de l’hôpital complémentaire du lycée de garçons de Grenoble (21 novembre 1914). Médecin-chef du secteur chirurgical de Grenoble (25 juin 1916). Chirurgien de l’hôpital militaire Desgenettes de Grenoble et adjoint chirurgical de secteur (13 novembre 1916). Affecté comme chirurgien à l’ambulance américaine (Depew) d’Annel près de Compiègne (11 janvier 1917). Médecin major de 1ère classe à titre temporaire (1er mai 1917). Médecin-chef du secteur chirurgical de Chambéry (7 juillet 1917). Congé sans solde, dans ses foyers (20 janvier 1918). Base Léonore LH/2111/58.

B – Nimier Henri Jacques (1857-1938). Médecin inspecteur général du Gouvernement militaire de Lyon et du 14e corps d’armée (24 septembre 1908-2 août 1914). Médecin de l’armée des Alpes (2 août 1914). Médecin de l’armée d’Alsace (15 août 1914). Médecin de la 6e armée (27 août 1914). Médecin d’armée, directeur du service de santé en Afrique du Nord (22 février 1917-31 décembre 1918). Base Léonore AN 19800035/131/16357.

C – Le maire de Mulhouse : Hermann Cossmann (1874- ?), magistrature du 25 avril 1913 au 28 septembre 1914.

Source : Musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 639 (Perriol)

 

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