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RAPATRIEMENT DES PRISONNIERS DE GUERRE (DECEMBRE 1918-FEVRIER 1919) - 1ère PARTIE

6 Novembre 2018 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia, #les hommes

 

RAPATRIEMENT DES PRISONNIERS DE GUERRE (DECEMBRE 1918-FEVRIER 1919) 

 

 

 

 

 JOURNAL DU SERVICE DE SANTE  - 1ère PARTIE

 

Bientôt l'Armistice ! Ce premier billet va me permettre de partager une série de documents sur le rapatriement des prisonniers de guerre d'Allemagne, du point de vue du Service de santé, du 10 décembre 1918 au 8 février 1919. Ces notes et rapports proviennent du musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce à Paris et de collections privées.

Cette documentation inédite intéresse la Mission militaire française en Allemagne du général Dupont chargée du rapatriement de plus de 500 000 prisonniers de guerre (PG) français ; lesquels au terme de l'article X de la Convention d'armistice devaient être rapatriés "immédiatement".

Cette série documentaire, en plusieurs livraisons, détaillera :

  •  les activités du Service de santé français placé sous la direction du médecin major de 1ère classe Rehm ; ce dernier reçut la mission de récupérer près de 6000 blessés français malades et blessés dispersés sur le territoire allemand alors en but au chaos, aux tensions révolutionnaires et aux difficultés de ravitaillement ;
  • Les activités des organismes de Croix-Rouge (danoise, polonaise) au profit des PG français, etc.

Au départ de la mission médicale militaire de Berlin, il restait en Allemagne, le 25 janvier 1919 : 77 malades et blessés français intransportables ; le 27 janvier, ils étaient 65. A la même époque, les centres de triage et de rapatriement des prisonniers, positionnés aux frontières terrestres et maritimes de l'Hexagone avaient vu passer : 620 813 individus, dont 16 851 furent hospitalisés.

 

 

"Mission Française à Berlin pour le Rapatriement des Prisonniers de Guerre

n° 1591/annexe 3

Rapport du médecin-major de 1ère classe Rehm sur le fonctionnement du Service de santé au cours des rapatriements des prisonniers de guerre.

La Mission militaire française pour le rapatriement des prisonniers de guerre, a commencé ses travaux le 10 décembre 1918.

Dès les premiers jours, de tous les endroits les plus éloignés d'Allemagne, sont arrivés en foule des délégations envoyées par les camps, pour chercher, conseils, assistance et protection.

Des renseignements qu'apportent les prisonniers, il apparaît que la tâche sera lourde pour remettre de l'ordre dans le désarroi qui règne. Dégagés de tout travail, débarrassés souvent de toute surveillance les prisonniers quittent en masse les kommandos et refluent dans les camps principaux qu'ils encombrent. La nourriture est plus insuffisante que jamais, les envois en vivres, les colis particuliers pillés en cours de route, arrivent considérablement réduits ou n'arrivent plus. Les mesures d'hygiène, garantie de la santé dans les camps, se relâchent : les soins ne sont plus assurés ou le sont mal ; les médecins allemands quittent l'armée et retournent à leur clientèle.

L'épidémie de grippe qui était en voie de décroissance notable en octobre et en novembre, prend de cet ensemble de circonstances favorables à son développement un nouvel essor. Les camps restés indemnes jusqu'à l'armistice, sont contaminés par des isolés qui arrivent des kommandos. [p. 2] Dans certaines agglomérations, la situation est sérieuse, dans quelques autres elle apparaît tragique.

Pour enrayer le mal, des mesures s'imposent qu'il va falloir prendre de toute urgence. Pour les appliquer, on va se trouver face à face tout de suite avec des difficultés sans nom. L'anarchie, le désordre, la désorganisation règnent partout.

La direction des camps a passé des officiers aux conseils de soldats. Quelques-uns d'entre eux gardent un semblant de discipline, d'autres encouragent la dispersion de nos prisonniers, essayant de semer les idées bolchevistes, favorisant les départs individuels vers les lignes des alliés, en procurant contre de l'argent, des wagons accrochés à des trains commerciaux, à nos captifs hantés par l'idée de regagner la France coûte que coûte.

L'exode des affamés se poursuit vers le Rhin, à pied, en voiture, en chemin de fer. Les plus affaiblis meurent près du but.

Le ministère de la Guerre, ou plutôt l'image qui en reste, (tant le contraste est impressionnant, entre ces officiers tous en vêtements civils et les maîtres incontestés de jadis) fait des efforts désespérés pour maintenir son prestige dans le chaos sans nom et assurer la direction des choses militaires.

Il a la prétention [Ministère de la Guerre/kriegsministerium) de s'occuper de tout, de donner des ordres aux régions qui ne l'écoutent plus. Il s'emploie, de toute la bonne volonté qu'il peut déployer, à nous aider dans notre tâche qu'il retarde et contrarie par le temps précieux qu'il nous fait perdre.

Rien n'est prêt des renseignements qu'il était tenu de nous fournir de par les conditions contenues dans l'annexe de l'armistice. Le service de santé du Kriegsministerium désemparé, nous promet tout, sans pouvoir tenir quoi que ce soit. Quand l'insistance se fait plus pressante ; on nous assure que le renseignement demandé sera communiqué "Morgen frün" ["demain matin"] [p. 3] En attendant on nous affirme que la répartition dans les camps des médecins français demandée pour parer à la situation angoissante de nos prisonniers est chose faite, que les médicaments ne manquent pas, que 80 trains sanitaires allemands sont prêts à emmener en France tous les hospitalisés alliés, qu'ils n'attendent qu'un ordre du Maréchal Foch et la garantie qu'il ne sera pas porté atteinte au personnel sanitaire allemand des convois.

Une longue semaine se passe désespérante, toute d'efforts qui paraissent stériles et cependant la situation déjà s'améliore.

Des officiers français prisonniers commencent à venir dans les camps pour en prendre la direction, des médecins français découverts en nombre assez élevé dans une agglomération (*) sont envoyés d'urgence dans les points les plus menacés.

Quelques médicaments et pansements sont remis aux délégués qui viennent à Berlin. Les hommes soutenus par l'idée que l'on s'occupe d'eux reprennent confiance ; la discipline renaît et le moral remonte."

 

A SUIVRE

 

Notes :

(*) Il s'agit de Graudenz (auj. Grudziądz en Pologne), Dupont, p. 156.

 

Bibliographie en ligne

Général Dupont, "Une mission en Allemagne - Le rapatriement des prisonniers", Revue des Deux Mondes, 57, 1920, pp. 114-166.

 Olivier Lahaie, « Face à l’Allemagne vaincue, les services de renseignement français (novembre 1918-avril 1919)  », Revue historique des armées, 251 | 2008, 61-71.

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