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« ARCHIVES ET DOCUMENTS DE GUERRE » AU VAL-DE-GRACE (1916)

11 Septembre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #recherche archives documentation

Cet article se propose de présenter les « origines » du musée du service de santé des armées, au Val-de-Grâce à Paris, dont les collections « administratives » uniques, bien connues des chercheurs, illustrent l’oeuvre du service de santé militaire durant la Grande Guerre.

« La Guerre qui détruit tout a cependant fait naître quelques œuvres utiles, et amélioré des institutions qui méritent d’être conservées. » (Jean Bonnerot, La bibliothèque centrale et les archives du service de santé au Musée du Val-de-Grâce, 1918).

Une création de la Guerre

Le 5 mai 1916, moins de trois mois après le début de l’offensive allemande devant Verdun, naissait au Val-de-Grâce à Paris, le « service » dénommé « Archives et documents de la Guerre » (circ. n° 78-Ci/7 du 5 mai 1916) destiné « à réunir et conserver tous les objets et documents qui, à un titre quelconque, touchent à l’organisation et au fonctionnement du service de santé ». L’ensemble ainsi défini qui dépassait le cadre exclusivement documentaire avait été inauguré le 2 juillet 1916 par Justin Godart (1871-1956), sous-secrétaire d’Etat au service de santé militaire qui était à l’origine de la pérennisation d’un projet né sur le front de Verdun. Justin Godart s’était inspiré du travail pionnier effectué par le médecin inspecteur général Alfred Mignon (1854-1936), chef du service de santé de la IIIe armée, ancien directeur de l’école du Val-de-Grâce (1912-1914) qui avait constitué en 1915 à Bar-le-Duc, à des fins pédagogiques, un petit « musée » anatomo-clinique conçu par les docteurs Henri Billet et Léon Henri Henri-Martin (1864-1936) le célèbre anthropologiste et préhistorien qui poursuivit après Bar-le-Duc son activité au Val-de-Grâce.

Les « Archives et Documents de la Guerre », devenus plus universellement - par la perte de son article - « Archives et Documents de Guerre » étaient organisés en quatre sections : musée anatomo-clinique ; galerie des matériels ; musée historique et la section « Archives-bibliothèque » qui est toujours présente en 2013 sur le site du Val-de-Grâce (Musée du service de santé des armées et bibliothèque centrale du service de santé des armées). Nous allons orienter notre article sur cette dernière section qui est à l’origine du fonds de l’actuel centre de documentation du musée du service de santé des armées.

Dès la création, l’on trouvait aux « Archives et Documents de Guerre » :

- deux bibliothécaires de la Sorbonne : Jean Bonnerot (1882-1964) et Edmond-Maurice Lévy (1878-1971) le « chapelain hébraïque » de Charles Péguy furent chargés de la bibliothèque et des archives ainsi que de l’élaboration de la bibliographie du service de santé militaire pendant la guerre ;

- un rédacteur de l’agence Havas, M. Léon Deffoux (1881-1944) qui reprit le dépouillement des coupures de presse, initié dès 1914 par le médecin major de 1ère classe Jean-André Lamoureux (1872- ?) à la 7e direction du ministère. Ce monsieur Deffoux dont le journal l’Aurore précisait, en 1944, dans sa notice nécrologique que ce « modeste » accusé de collaboration était un « bénédictin de la littérature (…) un érudit sans prétention » ;

- un docteur en médecine, « philanthrope et auteur dramatique », M. Henri de Rothschild (1872-1947) fut chargé des travaux photographiques. Sa philanthropie paraît s’être également étendue, de 1916 à 1918, aux aménagements des collections dont il prit à sa charge la plus grande partie des frais d’installation et de restructuration ; ce qui explique, en partie, la rapidité de l’aménagement du nouveau musée alors que nous sommes en pleine guerre.

Cette équipe réduite d’idoines fut placée sous la direction du médecin principal de 1ère classe - devenu inspecteur en 1917 – Octave Jacob (1867-1928).

Le nouveau service s’employa dès le mois de mai 1916 à rassembler les pièces d’archives significatives de l’œuvre du service de santé durant la guerre (Circ. n° 78-Ci/7 du 6 mai 1916 et n° 104-Ci/7 du 20 mai 1916). Il commença par les « documents officiels, instructions et circulaires » dont les 1612 circulaires produites, du 4 août 1914 au 31 décembre 1917, par l’administration centrale (7e direction et sous-secrétariat d’Etat) puis il poursuivit sa collecte par l’ensemble des rapports techniques provenant des régions militaires qui furent classés par spécialités médicales. Enfin il amorça en 1917 le classement des notices historiques des hôpitaux fermés rédigées par les bureaux d’archives des directions régionales (circ. n° 454-Ci/7 du 15 mars 1917), services régionaux d’archives dont Jean Bonnerot impute par révérence la paternité à M. Alexandre Vidier (1874-1927) inspecteur des bibliothèques détaché auprès de Justin Godart et que, pour ma part, j’attribue à l’adjudant André Lesort (1876-1960), archiviste-paléographe affecté à la direction régionale du service de santé de la 10e région militaire de Rennes. Cet ensemble documentaire s’enrichira ultérieurement d’autres versements : « rapports des missions médicales françaises en Serbie et au Caucase ; les rapports des médecins rentrés de captivité – dont je publie depuis plusieurs mois de larges extraits dans ce blog – les journaux de marches et opérations » (Bonnerot, p. 77). A la même époque, M. Justin Godart fit également verser au Val-de-Grâce (circ. n° 467-Ci/7 du 20 mars 1917) la documentation administrative de la mission Levasseur, du nom d’Arthur Levasseur (1875-1955) député de Paris, chargé de réunir « les documents concernant les méthodes administratives et financières du service de santé et notamment ceux relatifs aux réalisations [non médicales] d’ordre d’industriel et commercial ». Cette masse de rapports, de statistiques et de graphiques était susceptible de servir à écrire une « histoire économique de la France » d’après-guerre (Bonnerot, p. 84).

D’une manière générale les versements s’opéraient «au fil de l’eau ». Nous étions en guerre et la préoccupation des chefs du service de santé des armées engagées n’était pas au versement des archives mais, en 1916, à l’évolution du conflit à Verdun puis sur la Somme.

Hormis ces archives produites par la Grande Guerre, Justin Godart fit également reverser, dès le 16 mai 1916, les anciennes archives et manuscrits appartenant à la bibliothèque du Comité technique de Santé dispersées dans les locaux de l’administration centrale « santé », dont les pièces les plus anciennes (1777) remontaient aux origines du Comité. Les archivistes, plutôt désœuvrés sur la partie contemporaine de leur mission, s’attelèrent d’emblée à en réaliser l’inventaire détaillé et à regrouper les fonds documentaires éparpillés ou laissés « sans soins » au contact quotidien des usagers des bureaux ; l’inventaire signé Bonnerot ne comprenait pas moins de 147 cartons.

Le musée du Val-de-Grâce : « Encore un repaire d’embusqués ! (…)»

L’appellation « Archives et Documents de Guerre » au Val-de-Grâce recouvrait, nous l’avons vu, quatre entités distinctes et autonomes, installées dans les locaux de l’école d’application du service de santé. Dans un but de simplification, le 29 avril 1918, le nouveau sous-secrétaire d’Etat M. Louis Mourier (1873-1960) faisait publier un nouveau décret « qui consacrait l’œuvre naissante et déjà prospère » (Bonnerot) en fusionnant, sous le nom de « Musée du Val-de-Grâce » les différents services existants… ou « à venir ».

Autant l’arrêté de 1916 était passé inaperçu, autant le décret de 1918, œuvre d’un « bureaucrate exalté », fut commenté, parfois vertement (ex : Le Temps du 31 mai 1918, n° 20782). Pouvait-il en être autrement ? Les Allemands en pleine offensive étaient à Noyon et Clémenceau avait toute autre chose à faire qu’à se préoccuper de musées. L’opinion, soumise à la censure, pouvait à juste titre s’émouvoir du maintien de nos « archivistes militaires », fussent-ils du service auxiliaire, tenus éloignés des tranchées, dans des sinécures qui fleuraient bon l’embusquage.

En illustration de ce courant critique de l'opinion, l’extrait du pamphlet féroce de Henry de Golen, dans Scandales médicaux pendant la guerre (d’Hartoy, 1933, p. 97-98) consacré en totalité à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce [1916-1918], qui fait dire à l’un de ses protagonistes : « [le musée de l’Armée (sic)] – Encore un repaire d’embusqués ! La dernière trouvaille du service de santé ! Une entreprise de poudre aux yeux ! Une sinécure pour profiteurs ignares ! Un asile pour les foireux, galonnés ou non, qui craignent pour leur peau ! Une usine de confection de hauts appointements, de passe-droits, d’avancements en grades ! Une fabrique de décorations imméritées. Le musée de l’Armée emploie un personnel indéfini dont le quart serait amplement suffisant ! » (…)

Il n’en demeure pas moins que ce « musée du Val-de-Grâce », musée de circonstance, né du conflit mondial, poursuit aujourd’hui encore ses activités à la veille du Centenaire de la Grande Guerre. Il met à la disposition du plus grand nombre, des collections uniques qui se sont enrichies depuis 1916.

Photo : CPA. Musée du Val-de-Grâce (ca1920), collection des moulages - De nos jours, transformé en amphithéâtre de l'Ecole du Val-de-Grâce (amphithéâtre Rouvillois).

Pour en savoir plus (dans ce blog) : 

Sur André Lesort (1876-1960), le "père" des archives médicales 1914-1918

sur René Bonnat, autre archiviste du service de santé (1917-1918):

Sur les Archives médicales du service de santé militaire (1914-1918)

Mise à jour : 6 octobre 2017

 

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René Bonnat (1878-1945), archiviste des « hôpitaux militaires fermés » (1917-1919).

1 Septembre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #recherche archives documentation, #les hommes

J’ai déjà proposé dans ce blog un article de synthèse sur les services d’archives des hôpitaux militaires dans la guerre 1914-1918 organisés, de 1917 à 1919, au sein des directions régionales du service de santé. Je vais poursuivre cette thématique en proposant, au fil des semaines, des « éléments biographiques » de bibliothécaires et d’archivistes-paléographes affectés dans ces services militaires méconnus. La première notice concerne l’archiviste René Bonnat (1878-1945) qui organisa, dès mars 1917, le service d’archives médicales de la 12e région militaire à Limoges et dont le parcours hors du commun mérite d’ouvrir cette galerie de personnalités qui sont à l’origine de la constitution des fonds détenus par l’actuel service des archives médicales et hospitalières des armées(SAMHA) de Limoges, organisme de recherche tout particulièrement sollicité à la veille du Centenaire de 2014.

Eléments biographiques :

René Bonnat est né à Limoges le 20 avril 1878. Il entre à l’Ecole des Chartes en 1897 et en sort diplômé en 1901 ; sa thèse porte sur Nicolas de la Reynie (1667-1697), le lieutenant de police de Louis XIV. A sa sortie des Chartes, en 1901, il est affecté en qualité d’archiviste départemental du Lot-et-Garonne à Agen. C’est dans cette position que le trouve la Grande Guerre.

Je n’ai pas eu accès à son dossier matricule et ne peut préciser l’ensemble de son parcours de 1914 à 1918… Les archives départementales du Lot-et-Garonne détiennent un fonds privé le concernant qui permettrait probablement d’en apprendre plus sur « sa Guerre » (cote 90J, articles 90J1, 90J2 et 90J17).

Les quelques éléments en ma possession sur sa courte carrière d’archiviste au sein du service de santé militaire ont été glanés dans les fonds documentaires du Val-de-Grâce (carton 551) : René Bonnat, classe 1898 – service auxiliaire – soldat en 1917 à la 12e section d’infirmiers militaires de Limoges. Il est mis pour emploi à l’hôpital mixte de Limoges où il sert en qualité « d’infirmier masseur ». Il est signalé à l’Administration centrale du service de santé comme étant susceptible de prendre en charge le service des archives du service de santé de la 12e région militaire, en cours de mise sur pied. Il rejoint son nouveau poste en avril 1917. Dès le 6 avril 1917, son dépôt installé à un kilomètre de la direction, dans les locaux de l’hôpital complémentaire n°49 du Mas Loubier, est signalé comme étant « en voie de complète exécution ». C’est dans ce cadre qu’il classe les archives médicales des hôpitaux militaires fermés avant leur transfert, en novembre 1917, à Limoges au 20 rue Manique. Les locaux du Mas Loubier quant à eux seront cédés au service de santé de l’armée américaine. Il exercera à Limoges jusqu’à sa démobilisation.

A sa prise de fonction, en avril 1917, pour les seuls hôpitaux bénévoles de la 12e région militaire dont 159 sont immatriculés par la direction régionale de Limoges, 111 sont fermés et 48 restent ouverts. Sur les 111 hôpitaux bénévoles fermés : 48 ont versés leurs archives ; 10 n’ont jamais fonctionné ; 32 n’ont pas d’archives ou ces dernières sont confondues avec celles des institutions fondatrices ; 21 n’ont pas répondu à l’enquête de l’archiviste…

De retour à Agen il y exerce jusqu'à sa retraite d’archiviste du Lot-et-Garonne en 1938. Nommé maire d’Agen, en 1941, par le régime de Vichy ; il refuse la passivité devant l’occupant allemand et sa « chasse » aux Juifs. Arrêté dans la nuit du 8 au 9 juin 1944, il est transféré à Toulouse puis Compiègne avant d’être déporté au camp de Neuengamme, près de Hambourg (18 juillet 1944). Son douloureux périple ne s’arrête pas là, puisque face à l’avance des Alliés, les Nazis le transfèrent à la forteresse de Theresienstadt puis à Breschau en Tchécoslovaquie où il décède du typhus exanthématique le 27 mai 1945. L’Europe est en Paix depuis peu.

Pour en savoir plus :

SAMARAN Charles, Nécrologie, dans Bibliothèque de l’Ecole des Chartes (chronique), 1946, 106, n°106-2, p. 426-428.

Archives départementales du Lot-et-Garonne, Agen, fonds privé 90 J.

A PARAITRE EN OCTOBRE 2013 : Le tome 4 des Hôpitaux militaires dans la Guerre de 1914-1918, France sud-est.

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AMBULANCES MILITAIRES OU HOPITAUX TEMPORAIRES ? (2)

31 Août 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia, #recherche archives documentation

AMBULANCES MILITAIRES OU HOPITAUX TEMPORAIRES ? (2)

D’une Guerre à l’autre (1870-1914)

En décembre 2012, je proposais aux lecteurs un court article sur « Ambulances ou Hôpitaux ?... une terminologie vicieuse » (août 1914). Aujourd’hui, je présente un autre court extrait d’un ouvrage de Jean-Charles Chenu (1808-1879) - cité infra – ancien médecin militaire, inspecteur général et directeur des ambulances auxiliaires de la Société Française de Secours aux Blessés durant la guerre de 1870-1871. L’on verra ci-après que l’abus de langage de 1914 était déjà d’actualité en 1870…

« Partout le nom d’ambulance a été donné à tous les dépôts de blessés ou de malades ; c’est une erreur qui n’a pas, il est vrai, d’importance ; mais ces dépôts dans les villes et quelques localités plus ou moins éloignées du champ de bataille n’étaient que des hôpitaux temporaires petits ou grands. Le nom d’ambulance indique la mobilité qui permet de suivre l’armée dans tous ses mouvements et ne peut s’appliquer aux dépôts dont nous venons de parler. Quoi qu’il en soit et pour nous conformer à l’usage qui vient d’être en quelque sorte établi pendant cette guerre, nous dirons qu’il y a eu pour secourir les blessés et les malades :

1° Des ambulances de campagne ou ambulance volantes, les unes civiles volontaires, les autres militaires et officielles ; […]

2° des ambulances des gares ou de passage et de ravitaillement ;

3° des ambulances sédentaires ou dépôts de blessés et de malades ;

4° des hôpitaux militaires et civils. »

Extrait de Chenu (J.-C.). Rapport au Conseil de la Société Française de Secours aux Blessés des armées de terre et de mer sur le service médico-chirurgical des ambulances et des hôpitaux pendant la Guerre de 1870-1871. Paris : Dumaine, t. 1, 1874, p. 99.

A PARAITRE en Octobre 2013 Le tome 4 des Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918. Région Sud-Est .

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HOPITAUX MILITAIRES FRANÇAIS EN BELGIQUE OCCUPEE – FLORENNES 1914

15 Août 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux, #recherche archives documentation, #Belgique 1914-1918

En 2014 : Une nouvelle catégorie de mon blog dédiée aux aspects médico-militaires affectant les troupes françaises en Belgique, de 1914 à 1918 et mettant en avant la solidarité belge à l'égard de la France et des évènements qui s'en sont suivis : bataille des Frontières, massacres de sanitaires, atrocités allemandes sur les populations civiles belges. Malheureux évènements qui ne seront pas officiellement commémorés par les Etats européens en 2014.
Pour ces embusqués du grand oubli, seuls, les morts ont perdu la guerre en 14-18
....

Après avoir présenté une série de témoignages de médecins français prisonniers des Allemands dans le nord-est, y compris en Lorraine et Alsace annexées, il était grand temps pour moi de remercier nos voisins belges qui sont de plus en plus nombreux et assidus à mon blog, en leur faisant partager de nouveaux témoignages qui ont pour cadre la Belgique occupée. Ce premier article consacré à la bataille de Charleroi (Mettet et Florennes avec le 10e CA français, de Rennes en Bretagne) sera suivi d’autres. Je compile actuellement des témoignages sur les massacres de « sanitaires » à Ethe et Gomery, en marge des atrocités allemandes sur les populations belges innocentes et un grand article sur le service de santé à la bataille de Rossignol (18-20 août 1914).

Ces témoignages de médecins militaires du 10e corps d’armée sont d’autant plus importants que les journaux des marches et opérations de nombre d’ambulances du 10e CA n’ont pas été conservés dans les archives militaires (cf. annexe 2). Je me permets de rappeler que les JMO des ambulances (1914-1918) ne sont pas encore en ligne sur le site « Mémoire des Hommes » ; ils restent consultables – sur place, sur rendez-vous et soumis à autorisation préalable - au centre de documentation du musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce (1, place Alphonse Laveran – 75230 Paris cedex 05), à Paris. Je donne en annexe 2 le détail des JMO du 10e CA conservés dans cet organisme militaire majeur pour toute recherche sur l’Histoire du service de santé militaire français dans la Grande Guerre.

En marge de la bataille de Charleroi (août 1914)

« Rapport du médecin aide-major de 2e classe [Henri] Dejust [de l’Institut Pasteur] sur sa détention en Allemagne – 24 août – 28 novembre 1914.

J’ai été mobilisé comme médecin aide-major de 2e classe, à la 6e ambulance du 10e corps d’armée (médecin-chef Docteur Kalt, ophtalmologiste des Quinze-Vingt, à Paris).

Cette ambulance a fonctionné pour la première fois, le 23 août à Mettet (petite ville de Belgique située sur la ligne Charleroi-Dinant, à l’intersection d’une autre ligne menée de Namur à Philippeville).

Il était 16 heures lorsque les premiers blessés sont arrivés. Nous nous sommes bornés à faire une large désinfection des blessures au moyen de teinture d’iode dédoublée (à 5%), à appliquer, sans aucune manipulation un pansement que nous nous efforcions de rendre aussi occlusif que possible.

Nous faisions coucher immédiatement dans une grange les blessés qui ne pouvaient marcher et dirigions les autres sur l’arrière. A 18 heures, le médecin-chef de mon ambulance de se replier en laissant à Mettet un médecin et trois infirmiers pour donner des soins aux blessés que l’on ne pouvait évacuer. Ce médecin, conformément au règlement, devait être le plus jeune de l’ambulance. Je fus donc désigné.

A dix-huit heures et demie l’ambulance se repliait avec son matériel me confiant environ 130 blessés ; elle me laissa quelques paquets de pansements. Je disposais, en outre, de ma trousse personnelle. [page 2] L’ordre qui me fut laissé était de me mettre en rapport avec le médecin de la N° Division et d’agir suivant les circonstances. Le médecin de cette division n’étant pas, à ma connaissance, venu à Mettet. J’ai donc agi selon mon initiative personnelle.

Les blessés continuèrent à arriver à mon poste. Jusqu’à minuit je ne pus faire autre chose que m’occuper des nouveaux arrivants qui se présentaient sans cesse. Aucun blessé ne fut amené par des brancardiers ; tous étaient transportés par des moyens de fortune : amenés par des civils sur des voitures, transportés à bras par des camarades, etc.

A ce moment la plus grande partie de l’arrière-garde de l’armée française avait quitté Mettet, et d’après les renseignements qui m’étaient parvenus. J’attendais d’un instant à l’autre l’arrivée de l’armée ennemie.

J’ai pensé que je devais tenter cependant l’évacuation de mes blessés vers les lignes françaises (Florennes, 9 km), par les moyens que je pourrais me procurer. Il était d’une très grande difficulté de se procurer soit chevaux, soit voitures, et ceci pour deux raisons : les réquisitions semblaient avoir absolument épuisé le pays ; d’autre part la rencontre possible, pour ne pas dire probable, d’un détachement ennemi qui dans l’obscurité n’aurait pu voir mon brassard à Croix-de-Genève, m’obligeait à me déplacer dans Mettet et ses environs avec les lenteurs et les précautions imposées à tout soldat marchant en éclaireur.

Vers 4 heures du matin, j’ai eu la chance, néanmoins, grâce à la bonne volonté d’un habitant du pays de trouver 4 chevaux et 2 voitures sur lesquelles j’ai chargé soixante de mes blessés les plus graves. J’ai formé le reste de mes blessés en convoi et sous le commandement d’un adjudant blessé, ce convoi a effectué à pied le pénible trajet, à une vitesse d’environ 1 km 1/2 à 2 kms à l’heure. [page 3] J’ai laissé derrière moi à Mettet, après leur avoir fait une injection de morphine, deux blessés agonisants. J’ai quitté Mettet à 5 heures ; et je suis passé peu après à la hauteur des dernières batteries de 75, qui protégeaient la pointe de l’arrière-garde, au moment où ces batteries commençaient à se mettre en action. J’ai conduit le convoi jusqu’à Florennes où il est arrivé à temps pour, que tous les blessés évacuables parle chemin de fer puissent partir immédiatement par le dernier train régulier d’évacuation vers l’arrière. J’ai donc, de la sorte été assez heureux, pour pouvoir éviter que 148 de nos combattants tombent aux mains de l’ennemi.

Je suis alors revenu avec mes trois infirmiers me mettre aux ordres du médecin-chef de mon ambulance. A ce moment cette ambulance reçut l’ordre de s’installer dans le Collège des Pères Jésuites de Florennes et d’y fonctionner parallèlement avec l’ambulance n°7 du 10e Corps d’armée qui y était déjà en action depuis 48 heures. J’ai travaillé dans ces conditions jusqu’à 19 heures, premier instant où, depuis 48 heures, j’ai pu prendre un peu de nourriture et de repos.

Or, le 24 août au matin, les médecins-chefs des ambulances n°6 et 7, recevaient du directeur du service de santé l’ordre de se replier et de désigner chacun 2 médecins ayant mission de s’immobiliser avec les blessés jusqu’à l’arrivée de l’armée allemande. Le médecin-chef de l’ambulance n°6 me désigna ainsi qu’un de mes collègues : le Docteur Oudot, le médecin-chef de l’ambulance n°7 désigna les docteurs Bertrandon et Guinet. Les 13 infirmiers qui nous furent adjoints étaient des volontaires 6 et 7 et de la section d’hospitalisation. Le matériel laissé à notre disposition se composait de 5 fourgons [page 4 ] sans attelage, renfermant du matériel de l’ancien modèle.

Les ambulances 6 et 7 quittèrent Florennes à 7 heures du matin. Mes confrères et moi nous trouvions alors dans la situation suivante : organiser des soins pour environ 800 blessés. Immédiatement nous avons pu choisir 500 blessés relativement légers, faire préparer un train par le personnel de la gare, et évacuer ces blessés vers la France. Restaient 300 blessés graves, dont un grand nombre n’avait encore reçu aucun soin. Le caractère de grande gravité de ces blessés s’explique par ce fait que, depuis 2 jours, 2500 blessés environ avaient défilé dans les ambulances 6 et 7 et que seuls avaient été gardés à Florennes, les blessés absolument intransportables. Ces blessés étaient épars dans la ville, le collège et ses dépendances.

Comme ressources nous disposions :

Local : Le collège des Pères Jésuites et ses dépendances. Le Collège reçoit normalement 300 élèves internes. Il présentait des ressources et des commodités inespérées : dortoirs, cuisines, même une salle d’opération avec 2 tables d’opération, lesquelles avaient été installées la veille par l’ambulance n°7 dans un local se prétant admirablement à cette destination.

Personnel : Le Collège était vide de ses élèves, mais presque tous les Pères étaient présents. Sous la direction du Père Bureau, recteur, ils nous ont prêté le concours le plus dévoué et le plus précieux. Sans eux, disposant seulement d’un personnel militaire de 13 infirmiers, il eut été impossible de subvenir aux besoins des 300 malades graves, couchés. Ces Pères furent aidés dans leur besogne par des sœurs de divers ordres ayant leurs maisons à Florennes, et par des jeunes filles de la population civile. Je signale dès à présent le courage dont ont fait preuve ces auxiliaires bénévoles lorsque quelques obus ont éclaté au-dessus de l’ambulance [page 5] et brisé même le vitrage de la salle d’opération. Personne n’a quitté son poste.

Fonctionnement de l’ambulance : Nous avons organisé la division du travail de la manière suivante : le docteur Guinet, chirurgien, se chargea des interventions importantes, de l’administration de l’ambulance, de la direction du personnel civil et militaire.

Le docteur Oudot, ophtalmologiste et laryngologiste, s’occupa spécialement des blessures de la face. Il se chargea, en outre, d’un service d’environ 100 blessés.

Le docteur Bertrandon dirigea un service d’égale importance (100 blessés).

J’assurai pour ma part les soins d’un même nombre de blessés et, en ma qualité de chimiste, je remplis en même temps les fonctions de pharmacien.

A chaque service nous affectâmes 3 infirmiers, les autres furent affectés à la salle d’opération. Le personnel civil fut divisé de même. Presque toute la besogne correspondant au service des infirmiers d’exploitation fut assurée par les Pères Jésuites. L’Administration et les écritures étaient, par exemple, tenus par un Père, sous la direction du docteur Guinet.

Pendant ce temps, le feu d’artillerie allemande se rapprochait, mais il est équitable de faire remarquer qu’à aucun moment l’hôpital n’a été pris comme but. Les obus qui sont tombés dessus venaient de coups égarés.

Occupation par l’armée allemande – 24 août.

A 3 heures, les troupes d’infanterie allemande pénétrèrent dans la ville. Etant le seul de mes camarades qui sut quelque peu l’allemand, je me plaçai à la porte de l’hôpital en compagnie […] Pères Jésuites et du Commissaire de la ville. [page 6] Au premier sous-officier allemand qui arriva, je demandai à être mis en rapport avec un médecin militaire allemand. Les dépendances de l’Hôpital furent visitées par des patrouilles, mais ces patrouilles ne pénétrèrent pas dans les salles de blessés.

Dans l’après-midi, les médecins allemands arrivèrent à l’hôpital. Parmi eux se trouvait le professeur Hildebrand de Berlin. Il examina un blessé allemand en consultation avec le docteur Guinet et confia à ce dernier l’intervention qui était urgente. Comme nous avions besoin, pour opérer un de nos soldats, de catguts, et que nous en manquions, les médecins allemands nous en fournirent immédiatement.

Le surlendemain [26 août], le Feldlazarett n°4 du Garde Corps, médecin-chef docteur Gasper, vint prendre possession de l’hôpital. Le docteur Gasper respecta complètement l’autonomie de notre formation. Il se borna à donner ses soins à une soixantaine de blessés allemands, couchés dans une salle spéciale. Au point de vue administratif, le Feldlazarett se chargea de surveiller l’approvisionnement général et le service du poste militaire de garde. Dès le premier jour, le docteur Gasper fit preuve, vis-à-vis de nous d’une parfaite correction. Je dois rapporter deux traits du docteur Gasper, traits auxquels nous fûmes particulièrement sensibles : Le docteur Gasper ayant trouvé deux pavillons français parmi le matériel de notre formation, les remit entre nos mains. D’autre part, lors de l’enterrement de nos morts, le docteur Gasper fit rendre les honneurs militaires par un détachement de soldats allemands. Pendant le séjour du FeldLazarett, un certain nombre de blessés étant devenus transportables. L’administration allemande nous demanda [page 7] de désigner deux d’entre les blessés susceptibles d’être évacués sur l’arrière allemand. Les médecins allemands s’en rapportèrent entièrement à nous quant au choix de ces blessés.

Le Feldlazarett quitta Florennes le 4 septembre, laissant quelques blessés allemands. Il fut remplacé par le Kriegslazarett : Médecin-chef, le docteur Muller. Nous conservâmes avec ce médecin, les mêmes excellentes relations qu’avec le docteur Gasper. Pendant l’occupation par le feldlazarett un certain nombre de blessés fut évacué sur Spa, d’autres sur Mettet, puis une destination inconnue.

Le 10 septembre, le Kriegslazarett évacuait de Florennes tous les blessés allemands.

Le 12 septembre, mes camarades et moi reçumes l’ordre d’évacuer Florennes avec tous les blessés transportables, et de gagner Charleroi. Les blessés intransportables, déterminés d’accord avec un médecin allemand étaient au nombre de 19.L’administration allemande les confia à un médecin civil de Florennes, le docteur [Paul] Rollin.

Le 13 septembre, à 8 heures du matin, on nous fit prendre place, avec nos blessés, et nos infirmiers, dans un train à destination de Charleroi (25 km). Nous arrivâmes à Charleroi seulement à 18 heures. Dans la gare de cette ville, l’administration allemande divisa rapidement les blessés :

  1. – Les blessés les plus graves furent transportés sur des brancards jusqu’à l’hôpital de la ville ;
  2. – Les blessés les moins graves montèrent dans un train où on nous fit prendre place avec nos infirmiers ;

Au moment où le train se mit en marche, les collègues et [page 8] moi apprîmes qu’il nous emmenait vers Cologne.

Notre présence était inutile auprès de ces blessés relativement légers, mais elle était nécessaire à Charleroi auprès des blessés graves ; aussi nous fîmes notre possible pour retourner auprès de ces derniers.

Descendus de notre propre autorité à Herbesthal, station frontière, nous mîmes le commandant de la gare et le médecin au courant de notre situation. On nous autorisa à quitter le train et attendre à Herbesthal les instructions demandées télégraphiquement. Pendant notre séjour dans cette ville (24 heures), nous avons été, ainsi que nos infirmiers extrêmement bien traités. Au bout de 24 heures, on donna l’ordre de nous transporter à l’hôpital Saint-Laurent à Liège. En arrivant dans cet établissement, nous avons trouvé 6 médecins militaires français venant de Maubeuge ; 2 autres faits prisonniers à Namur y arrivèrent dans la suite. Jusqu’au 20 septembre, on nous garda à Liège. Il nous était interdit de sortir de l’hôpital, les médecins militaires belges avaient, par contre, la faculté de sortir en vêtements civils. Pendant ce séjour, aucune besogne médicale ne nous fut confiée. Nous n’avons même pas vu une salle de malades.

Le 20 septembre, tous les médecins français de l’hôpital Saint-Laurent furent dirigés vers le camp d’Ohrdruf (Thuringe) […].

Dans le rapport du médecin aide-major de 1ère classe Lucien Oudot les noms des infirmiers militaires français de Florennes sont mentionnés avec quelques informations supplémentaires :

Les infirmiers de l’amb. n°6/10 : Jules Guillou, Ory, François Le Bars, Le Merrer et Ollivier de la section d’hospitalisation ; ceux de l’amb. n°7/10 : le caporal Eon, Jean Fayer, Eugène Robichet, Joseph Barbedette et Alain Sauvage. « Ces infirmiers revenus d’Allemagne après onze mois de captivité ont rempli leur devoir avec bravoure et dévouement. Je suis heureux d’avoir à vous signaler leur belle conduite pendant le bombardement de Florennes en particulier. Un obus ayant éclaté au-dessus de la salle d’opération vitrée où plusieurs d’entre eux se trouvaient avec nous, ils n’en ont pas moins continué leurs soins aux blessés avec le plus grand calme.

Restés à Florennes avec 700 blessés, nous avons par tous les moyens à notre disposition évacués près de 500 blessés sur Philippeville avant l’arrivée des allemands.

Un acte de brutalité à signaler : un père jésuite de Florennes parti réclamer le Directeur des Pères Jésuites emmené comme otage a été assommé à coup de crosses et de souliers par des soldats allemands. A moitié enterré laissé pour mort, il nous fut ramené le soir sur un brancard […]. »

 

 

Sources : Musée du service de santé des armées, au Val-de-Grâce à Paris, carton n° 635 (Dejust) et n° 639 (Oudot).

Sur le R.P. Lafra, l'otage signalé ci-dessus et l'occupation de Florennes par les Allemands, ainsi que sur les exactions commises dans la ville, l'on se reportera à : Schmitz J et Nieuwland N, Documents pour servir à l'Histoire de l'invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg, 5e partie, t. VI, L'Entre-Sambre-et-Meuse. Bruxelles-Paris : G. Van Oest, 1923, p. 56-62.

Annexe 1 Sur Florennes et les ambulances 6 et 7/10 aventurées en Belgique, entre Sambre et Meuse, avec la Ve armée (Lanrezac). D’après Poirier (A.-P.). Le service de santé d’un corps d’armée dans la bataille. Le 10e CA à Charleroi (Août 1914), dans la revue du service de santé militaire, t. CVII, 2e sem. 1937, p. 817-846.

21 août 1914 – Le 10e CA intégré à la Ve armée comprend une brigade de cavalerie et trois divisions d’infanterie (19e, 20e et 37e DI). Situation des ambulances (8, de l’ancien modèle 1892) : 19e DI (amb. n°2/10 et 3/10) ; 20e DI (amb. n°1/10 et 4/10) ; les quatre autres (5/10, 6/10, 7/10 et 8/10) sont affectées aux éléments non endivisionnés de CA, à la disposition du directeur du service de santé).

22 août 1914 – Les amb. n°5/10 et 6/10 ENE sont en mouvement de Saint-Aubin vers la région de Mettet. Les amb. n°7/10 et 8/10 sont en route, en arrière de Florennes. Après-midi et début de soirée : les amb.n°5/10 et 6/10 suivent le train de combat du CA jusqu’aux environs de Mettet. L’amb. n°6/10 fonctionne dans l’école de filles de Mettet jusqu’à 22h30 (400 entrées) puis fait mouvement sur Florennes emportant ses blessés. Durant ce laps de temps, l’amb. n°7/10, restée en arrière sans directives organise à Florennes un échelon sanitaire de 275 lits dans les écoles municipales, l’établissement Concordia et le collège des Jésuites. Ce « centre hospitalier » est bientôt renforcé par l’amb. n°3/10 repliée de Fosse ; l’ensemble est placé sous la direction du professeur Pierre Duval de Paris (1874-1941). A la fin de la journée plus de 2000 blessés auront été évacués, en collaboration avec les Belges, par trains sanitaires au départ de Florennes.

23 août 1914 – L’amb. n°6/10, venue de Mettet renforce le centre hospitalier. En soirée, chargement d’un dernier train sanitaire de 400 blessés en gare de Florennes. Retraite générale du 10e CA.

24 août 1914Matin : Evacuation du centre hospitalier de Florennes par les ambulances du 10e CA, hormis quatre médecins maintenus pour soignés les intransportables (cf. témoignages ci-dessus).

Annexe 2 – Journaux des marches et opérations (JMO) des ambulances du 10e corps d’armée (1914-1918) conservés au Musée du service de santé des armées, Val de Grâce à Paris :

Amb. n°1/10 : 3 vol. (4 août 1914-1er mars 1919) – Amb. n°2/10 : Manque – Amb. n°3/10 : Manque – Amb. n°4/10 : 3 vol. (10 août 1914-15 février 1919) – Amb. n°5/10 : 3 vol. (10 août 1914-10 mai 1919) – Amb. n°6/10 : 2 vol. (9 août 1914-1er janvier 1919) – Amb. n°7/10 : 2 vol. (10 août 1914-1er janvier 1919) – Amb. n°8/10 : Manque [un/le registre d'état-civil, n°27, de cette ambulance est conservé aux archives nationales de Fontainebleau] – Amb. n°9/10 : Manque – Amb. n°10/10 : Manque – Amb. n°11/10 : 4 août 1914-1er janvier 1919) – Amb. n°12/10 : 3 vol. (13 août 1914-décembre 1918), avec lacunes du 16 août au 14 octobre 1915 et du 30 novembre 1916 au 30 avril 1917 – Amb. n°13/10 : 1 vol. (5 août 1914-7 mars 1919) – Amb. n°14/10 : 1 vol. (12 août 1914-19 janvier 1919) – Amb. n°15/10 : 1 vol. (13 août 1914-16 janvier 1919) – Amb. n°16/10 : Manque.

Mise à jour : 16 août 2014

Seuls les morts ont perdus la guerre...

L'embusqué de l'oubli, en charge des commémorations européennes

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HoE 1914 : hôpital d’évacuation ou hôpital origine d’étapes

6 Juillet 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux, #recherche archives documentation

HoE 1914 : hôpital d’évacuation ou hôpital origine d’étapes

Dans les relevés d’abréviations de la Grande Guerre, les lettres "HOE" sont le plus souvent traduites par « Hôpital Origine d’Etapes ». Un débat relayé par le passionnant Forum 1914 s’est engagé entre les "forumeurs" pour valider cette définition. J’ai proposé, en 2010, dans le tome 2 des Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918(A) des éléments de réflexion qui me paraissent toujours pertinents et que je vous propose aujourd'hui.

L’appellation « hôpital origine d’étapes » est une formule d’état-major, tombée en désuétude, bien avant 1914, dans le langage courant des armées. Dans le règlement du Service de santé en campagne du 31 octobre 1892, comme dans celui du 26 avril 1910 qui le remplaça, il n’est nullement fait mention « d’hôpital origine d’étapes » mais d’hôpital d’évacuation. Je pense que cette formule provenait du fait que l’hôpital d’évacuation s’implantait selon les règlements des chemins de fer en campagne, à proximité de la gare origine des étapes (GOE), qui s’était elle-même substituée à la gare ordinaire des étapes (GOE) du règlement de 1892, située en limite avant de la zone des étapes de la zone des armées, en « tête d’étapes de guerre ».

En août-septembre 1914, c’est bien rarement, car trop en pointe en phase de retraite, que ce cas de figure se présenta. Le plus souvent, ce n’était pas l’hôpital d’évacuation en entier, mais des sections autonomes (2e section suivant le réglement ) ou éléments isolés du service de santé (ambulances faisant fonction d'HoE) qui furent détachés auprès des GOE, rapidement appelées « stations d’évacuations » ou « stations d’évacuations sanitaires avancées ». En dépouillant l’ensemble des journaux de marche et opérations des hôpitaux d’évacuation je n'ai jamais relevé de mention « d’hôpital origine d’étapes » ; seulement celle « d’hôpital d’évacuation » parfois celle « d’HE » et plus rarement en 1914, l’abréviation « d’HoE » qui entrera dans le langage courant et imagé de la Grande Guerre…

Pour le Poilu, l’HoE reste « l’achoé » en dépit de l’abréviation de fantaisie : hospice ordonnances embusqués proposée par A. Dauzat dans son Argot de la Guerre (A. Colin, Paris, 1919) et de la seule mention contemporaine – à ma connaissance (B) - relevée : HOE « hôpital origine d’étapes » qui figure au Larousse médical illustré de la Guerre de Galtier-Boissière, (Larousse, Paris, 1917).

Pour ma part je pense que c’est pour le moins un comble de traduire HOE par Hôpital Origine d’Etapes alors que les logisticiens santé de l’époque l’avaient abandonné bien avant la Grande Guerre ; si l’on souhaite le traduire de manière plus appropriée, je propose de l’écrire « HoE» pour Hôpital d’évacuation.

(A) - F. Olier et J.-L. Quénec’hdu. Hôpitaux militaires dans la guerre 1914-1918. Louviers : Ysec, 2010, 320 p. Dossier thématique : Organisation et fonctionnement des hôpitaux d’évacuation (p. 10-25).

(B) – Les lecteurs qui auraient connaissance d’autres mentions bibliographiques ou archivistiques de l'HoE, "hôpital origine d'étapes", contemporaines de la Grande Guerre seraient très aimables de m’en faire part.

Photo : Hôpital d'évacuation secondaire (HoE2) de Cravant ((Yonne), constitué sous tentes et baraques à partir des éléments de l'HoE n°15. 10 juin-26 novembre 1918, 1200 lits. Notice dans le tome 2 des Hôpitaux militaires..., p. 218 (5e RM, Yonne, Cravant).

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Navires-hôpitaux (1914-1918)

1 Juillet 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #recherche archives documentation

Navires-hôpitaux (1914-1918)

Les navires-hôpitaux français et les évacuations sanitaires par voie maritime (1914-1918).

Ce sujet méconnu fera l’objet de développements dans le tome 4 des Hôpitaux militaires dans la guerre 1914-1918 consacré à la France sud-est (à paraître, en novembre 2013, chez Ysec) et va ainsi clore la série de dossiers thématiques sur les évacuations sanitaires proposée dans les précédentes livraisons : tome 2, les trains sanitaires ; tome 3, les véhicules sanitaires automobiles ; tome 4 (octobre 2013), les navires-hôpitaux et les péniches sanitaires.

Plan :

Introduction historique

  1. Les navires-hôpitaux et le front des Flandres : avec focus sur le centre hospitalier de Dunkerque. Les évacuations au départ de Dunkerque sur les ports de destination : Brest, Cherbourg, Le Havre et Saint-Nazaire.
  2. Les navires-hôpitaux aux Dardanelles : avec focus sur le centre hospitalier d’Alexandrie (Egypte).
  3. Les navires-hôpitaux à Corfou et à Salonique : avec focus sur le centre hospitalier de Corfou, « au secours des Serbes », le centre hospitalier de Bizerte. Les navires-hôpitaux à Salonique. Les lignes de communication en Méditerranée, Toulon, etc.

En guise de conclusion

Ce dossier thématique sera illustré, accompagné d’annexes et d’un tableau récapitulatif des navires-hôpitaux, transports de blessés, hôpitaux flottants, dépôts de convalescents, etc. de la Guerre 1914-1918, repérés par les auteurs :

Amazon - Amiral Duperré - Amiral Hamelin - Amiral Magon - Angèle Achaque – Annam - André Lebon – Aquitaine – Ariadne - Armand Béhic - Asie - Asturias – Australien – Basque - Bien Hoa - Bon Voyage – Brasile – Bretagne – Britannia – Burdigala – Calédonien – Canada – Carthage – Caudan – Ceylan - Charles Martel - Charles Roux – Delta – Divona – Djemnah – Doukkala - Duguay Trouin – Dumbea - Edouard-Corbière – Flandre - France IV – Furet – Gange – Glaneuse – Goliath [exemple] - Grand Phocéen – Havraise – Infatigable – Iskheul – Italie - Jeanne Antoinette – Karnac – France - La Gascogne - La Navarre – Landau – Lafayette - Lorraine II – Lotus – Louqsor – Lutetia – Médie – Miquelon – Moulouya - Natal - Paul-Lecat - Petite Savoie – Phocéen – Polynésien - Provence II – Rove - Saint François d’Assise - Sainte Hélène - Sainte Marguerite - Savoie II – Sphinx – Sud – Sydney – Tchad - Théodore Mante – Timgad – Travailleur - Ville-d’Arzew - Ville-de-Rabat - Ville-de-Rochefort - Vinh Long – Yarra – Zazita

Ces bâtiments feront l’objet d’une monographie succincte avec le détail connu de leurs évacuations sanitaires, classées chronologiquement, sur le modèle des notices présentées dans les précédents volumes des Hôpitaux militaires dans la guerre 1914-1918. Un point de synthèse sur les marques postales des navires-hôpitaux français sera présenté par René Le Verge, marcophile naval.

A titre d’exemple :

Goliath - 1915-1919 - Remorqueur - Activités d'évacuations sanitaires : [mai 1915 à juillet 1915]

Notes : Front d’Orient (Dardanelles) – 31/05/15, Dép. Cap Helles (217 évacués, avec Th. Mante) pour Moudros – 07/06/15, 13h00, Dép. Cap Helles (60) pour Moudros – 17/06/15, Dép. Cap Helles (148) pour Moudros – 19/06/15, 13h00, Dép. Cap Helles (220) pour Moudros – 21/06/15, Dép. Cap Helles (120) pour Moudros – 25/06/15, 13h00 Dep Cap Helles (151) pour Moudros – 29/06/15, 11h00 Dép. Cap Helles (186) pour Moudros – 03/07/15, 13h00 Dép. Cap Helles (159) pour Moudros – 05/07/15, 13h00 Dép. Cap Helles (94) pour Moudros – 07/07/15, 11h00 Dép. Cap Helles (143) pour Moudros – 11/07/15, 11h00 Dép. Cap Helles (149) pour Moudros. Goliath, lors de ce trajet est touché par un obus (7 blessés) - 15/07/15, 12h00 Dép. Cap Helles (60 ou 162 ?) pour Moudros – 19/07/15, 11h00 Dép. Cap Helles (129) pour Moudros.

Photo : Le personnel médical sur le pont du Charles-Roux à Salonique.(c) Musée du service de santé des armées, cl. 22644

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LES ARCHIVES MEDICALES DE LA MARINE DU PORT DE BREST (1914-1918)

21 Avril 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #recherche archives documentation, #Bretagne 1914-1918, #varia

Le dépôt d’archives médicales et hospitalières relevant du ministère de la Défense le plus connu, le SAMHA de Limoges (A) n’est pas le seul organisme détenteur de ce type de documents. La Marine Nationale possède ses propres dépôts dans les ports de Brest, Toulon, Cherbourg, Lorient, Rochefort dans lesquels sont conservés dans la série F (service de santé) certaines archives médicales et hospitalières.

Ces documents médicaux sont communicables dans un délai de 120 ans (-18 ans) à compter de la date la plus récente reportée sur le registre. Des dérogations pour la communication sont possibles (Loi n° 2008-696 du 15 juillet 2008).

Les archives du service de santé de la Marine à Brest (cote F)

A Brest, les archives conservées sous la cote F (service de santé) constituent un fonds important pour la période de 1855 à 1972. Ces archives sont diverses : administratives (1F), médico-hospitalières (3F), matriculaires du personnel sanitaire (4F) :

Sous-série 1F – Direction du service de santé de la 2e région maritime (1914-1969), hôpital maritime de Brest (1930-1969) et hôpital Bel Air de Landerneau (1944-1952)

Sous-série 3F – Service de santé de la 2e région maritime, hôpital maritime (1886-1972)

Sous-série 4F – Service de santé de la 2e région maritime. Personnel (1855-1962)

La sous-série 3F (1200 articles en 148 cartons) nous intéresse aujourd’hui, car cette sous-série conserve les pièces médico-chirurgicales brestoises de la guerre 14-18, se limitant, presque exclusivement, à des registres et cahiers d’enregistrements (statistique médicale, passage au conseil de santé, enregistrement journalier des entrées, enregistrement mensuel des entrées, décès, autopsies, examens, analyses de laboratoire, incurabilité, causes de décès, etc.).

On notera dans ce fonds l’absence de dossiers individuels et de pièces isolées, hormis pour les feuilles d’observations, par exemple.

Les formations hospitalières à Brest, en 1914-1918

Elles relèvent tant des départements de la Guerre que de la Marine et sont placées durant la Grande Guerre sous la direction du directeur du service de santé du 2e arrondissement maritime (circ. N° 8758-2/7 du 1er octobre 1914). IMPORTANT : Les archives médicales des hôpitaux temporaires relevant du département de la Guerre sont conservées au SAMHA de Limoges ; ces hôpitaux appelés temporaires puis complémentaires possèdent une numérotation particulière à la place forte de Brest et sont classés de 1 à 13. La ville de Brest dispose également de deux hôpitaux auxiliaires, numérotés 5 (SSBM) et 104 (UFF), classés parmi les formations sanitaires de la 11e région militaire de Nantes, dont relève le département du Finistère. Il n’existe à Brest aucun hôpital bénévole et très peu de filiales ou annexes à ces hôpitaux temporaires.

Nota : Il est à noter que les hôpitaux de la Marine (cf. infra) ont accueilli des milliers de marins et de soldats durant la guerre ; ils sont enregistrés dans des registres marqués « Guerre » ou, à la suite, en fin de registre « Marine ». Les généalogistes doivent en tenir compte car un soldat de l'armée de terre peut avoir été accueilli à l'hôpital maritime (archives à Brest) puis transféré sur un hôpital temporaire de l'armée de terre de Brest ou un hôpital dépôt de convalescents (attente de réforme), dépôt de la Marine de Kervallon, par exemple, dont les archives sont à Limoges...

Les formations sanitaires relevant de la Marine sont organisées autour de l’hôpital maritime, appelé aussi hôpital principal de la Marine (1445/1780 lits) ; elles comprennent trois hôpitaux principaux : l’hôpital temporaire des Mécaniciens (650 lits), l’hôpital temporaire de l’Arsenal, dit aussi du Bagne (660/930 lits), l’hôpital du lazaret de Trébéron (200 lits). Le port de Brest possède également un réseau d’infirmeries du port, appelées « ambulances » qui ne sont pas considérées comme des formations hospitalières.

Recherche dans les fonds documentaires : informations pour les généalogistes

La recherche documentaire dans la sous-série 3F est particulièrement délicate sur place et fera reculer de nombreux généalogistes pressés. En effet, les registres qui constituent la majeure partie de la documentation sont tenus par « salle » (traduire « service » dans la Marine). Ce qui donne, à titre d’exemple, pour le seul hôpital principal jusqu’à 27 séries de registres avec des enregistrements journaliers ou mensuels, parfois particuliers pour les militaires (Guerre), les marins (Marine), les officiers, les agents civils, etc., répartis dans des cartons différents dont le remplissage a été optimisé au préjudice de la cohérence...

A titre d’exemple, le détail du carton n°42 : Pièce 3F360. Enregistrement journalier des malades, salle 17-19, Marine, août-décembre 1939 – 3F361, ibid., déc. 1939-août 1940 – 3F362, Enregistrement journalier des malades, salle 18, Marine, août 1912-déc. 1920 – 3F363, ibid., jan-déc 1913 – 3F364, ibid., Marine, nov. 1914-juin 1915 et Guerre, nov. 1914-juin 1915 – 3F365, ibid., Guerre, oct. 1916-mars 1917 – 3F366, ibid., Guerre, avril-déc. 1917 – 3F 367, ibid., Guerre, jan-sept. 1918.

En conclusion : Il est préférable de s’en remettre aux archivistes experts de la Marine à Brest… ou de disposer de beaucoup de temps que vous passerez dans un dépôt d'archives à l’accueil agréable et au service rapide et de qualité.

 

(A) – Service des archives médicales et hospitalières des armées, 23 rue de Châteauroux, BP 21105 - 87052 Limoges Cedex 2
Contact : Service Historique de la Défense-Marine, CC 46, 29240 Brest-cedex 9.

Pour en savoir plus sur Brest et/ou la recherche documentaire dans les archives de la Marine : Jacques Vaché, à Brest et Tréberon.

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SANITAIRES… ET « PRISONNIERS DE GUERRE »

16 Mars 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes, #recherche archives documentation

SANITAIRES… ET « PRISONNIERS DE GUERRE »

SANITAIRES… ET « PRISONNIERS DE GUERRE » (1914)

Depuis quelques semaines j’ai commencé la transcription de témoignages de personnels sanitaires faits prisonniers par les Allemands, en 1914, lors de la bataille des Frontières : Lille 1914, Montmédy 1914, Sedan 1914, etc. D’autres sont en préparation : Lens, Chauny, Rethel, etc.

Dans ces témoignages les médecins se plaignent d’avoir été faits prisonniers et retenus en dépit des termes de la convention de Genève qui protègent les « sanitaires ». Vous trouverez ci-après un extrait des articles de la convention de Genève révisée qui traite du personnel sanitaire prisonnier.

Convention de Genève, révisée le 6 juillet 1906 :

« (…) III – Du Personnel

Art. 9 – Le personnel exclusivement affecté à l’enlèvement, au transport et au traitement des blessés et des malades, ainsi qu’à l’administration des formations et établissements sanitaires, les aumôniers attachés aux armées, seront respectés et protégés en toute circonstance ; s’ils tombent entre les mains de l’ennemi, ils ne seront pas traités comme prisonniers de guerre.

Ces dispositions s’appliquent au personnel de garde des formations et établissements sanitaires dans le cas prévu à l’article 8, n°2.

Art. 10 – Est assimilé au personnel visé à l’article précédent le personnel des sociétés de secours volontaires dûment reconnues et autorisées par leur gouvernement, qui sera employé dans les formations et établissements sanitaires des armées, sous la réserve que ledit personnel sera soumis aux lois et règlements militaires.

Chaque Etat doit notifier à l’autre, soit dès le temps de paix, soit à l’ouverture ou au cours des hostilités, en tout cas avant tout emploi effectif, les noms des sociétés qu’il a autorisées à prêter leur concours, sous sa responsabilité, au service sanitaire officiel de ses armées.

Art. 11 – Une société reconnue d’un pays neutre ne peut prêter le concours de ses personnels et formations sanitaires à un belligérant qu’avec l’assentiment préalable de son propre gouvernement et l’autorisation du belligérant lui-même.

Le belligérant qui a accepté le secours est tenu, avant tout emploi, d’en faire la notification à son ennemi.

Art. 12 – Les personnes désignées dans les articles 9, 10 et 11 continueront, après qu’elles seront tombées au pouvoir de l’ennemi, à remplir leurs fonctions sous sa direction.

Lorsque leur concours ne sera plus indispensable, elles seront renvoyées à leur armée ou à leur pays dans les délais et suivant l’itinéraire compatible avec les nécessités militaires.

Elles emporteront alors les effets, les instruments, les armes et les chevaux qui sont leur propriété particulière.

Art. 13 – L’ennemi assurera au personnel visé par l’article 9, pendant qu’il sera en son pouvoir. Les mêmes allocations et la même solde qu’au personnel des mêmes grades de son armée. » (…)

Médecin inspecteur Troussaint. La Direction du service de santé en campagne, 2e éd., Paris : Ch. Lavauzelle, 1913, p. 270-271.

Photo : Médecins français prisonniers au lazarett de Konigsbruck (Saxe), en 1914-1915.

(c) Musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 639, dossier du médecin aide major de 2e classe Maurice Picard, du 109e régiment d'infanterie.

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TRAINS SANITAIRES – IDENTIFICATION DES EVACUES (1916)

9 Mars 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #recherche archives documentation

A plusieurs reprises sur le forum Pages 1914-1918 des intervenants ont signalé la difficulté de retrouver la trace de soldats blessés ou malades évacués par trains sanitaires ; les fonds documentaires détenus par le service des archives médicales et hospitalières des armées étant signalés comme « lacunaires »... Dans les faits la réglementation administrative concernant l’enregistrement des évacués à bord des trains sanitaires a évolué durant la guerre dans le sens d’une simplification des écritures. C'est à mon avis, pour cette raison que la documentation administrative fait parfois défaut. D’août 1914 à octobre 1916 – « réglementairement » - l’on peut trouver par train sanitaire des « carnets de passage » où sont inscrits tous les évacués embarqués. A compter d’octobre 1916 (cf. infra) cet enregistrement est supprimé. Pour trouver trace de l’évacué il faut dorénavant se reporter 1) - aux « feuilles d’évacuation » qui accompagnent le train sanitaire et qui sont retournées aux hôpitaux d’évacuation (HOE) d’origine du chargement, dès la fin de mission ; 2) - aux « listes de blessés » (classés par wagon !) dont les souches sont conservées dans les archives des trains sanitaires. (Instruction provisoire sur les évacuations par voie ferrée…, du 15 décembre 1916, annexe II).

Ces « feuilles » et « listes » volantes, de conservation plus difficile que les « carnets de passage », ne nous sont pas toutes parvenues...

Trains sanitaires – Suppression des carnets de passage (1916)

« Le sous-secrétaire d’Etat au service de santé militaire à M. le Général, commandant en chef les Armées Françaises (Direction de l’Arrière)

N° 15512 C/7 du 7 octobre 1916

Objet : Suppression de la tenue des carnets de passage dans les trains sanitaires.

L’exécution du service médical au cours des évacuations ne permet pas d’exiger et d’obtenir la tenue exacte et complète des carnets de passage, dans les conditions prescrites par votre Instruction du 19 juillet 1915 sur le service de l’identification des blessés. Le Bureau des Renseignements aux Familles consulté me fait connaître, qu’il ne dépouille jamais et ne collationne pas les fiches de carnets de passage qui lui sont adressées par les Médecins chefs des trains d’évacuation.

Dans ces conditions, j’estime inutile de maintenir les prescriptions relatives à la tenue du carnet de passage dans les trains d’évacuation, et d’imposer à ces formations sanitaires une augmentation de travail, une perte de temps, une dépense d’imprimés non justifiées par un résultat appréciable.

En conséquence, j’ai l’honneur de vous demander de bien vouloir prescrire la suppression de la tenue des carnets de passage dans les trains sanitaires. Signé : Justin Godart.

[Ms.] N° 3193/DA du 10 Oct. 1916 – Copie conforme notifiée pour exécution aux DES et commissaires régulateurs – Signé : Ch. Payot. »

Nota : Pour les chercheurs intéressés par les trains sanitaires de la Grande Guerre, voir le dossier thématique sur les évacuations sanitaires par voie ferrée dans le tome 2, p. 26-46. On y trouvera, au-delà d'un Historique traditionnel, les principales modifications au régime des évacuations sous la forme d'un Précis d'organisation et de fonctionnement..

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Région militaire du Nord (1914-1918) : aux origines...

16 Janvier 2013 , Rédigé par FO Publié dans #recherche archives documentation

Région militaire du Nord (1914-1918) : aux origines...
Région militaire du Nord (1914-1918)

Quelques lignes sur cette région militaire du Nord, création de la guerre, dont les origines restent méconnues pour un grand nombre de passionnés de la Grande Guerre et qui s’est substituée aux 1ère et 2e régions militaires.

La région du Nord fut créée par décision ministérielle du 9 septembre 1914, le lendemain de la reddition de Maubeuge et quatre jours après le déclenchement par les alliés de l’offensive de la Marne. Sous la pression allemande, les populations civiles belges de la frontière prirent la fuite ; elles furent suivies par les citadins et ruraux du nord de la France qui tentaient d’échapper aux avant-gardes ennemies (Maubeuge, Hirson, Rocroi, Avesnes, etc. se vidèrent de leur population). Près de 325 000 belges et deux millions de Français prirent la route entraînant l’évacuation des hôpitaux militaires des 1ère (Lille) et 2e (Amiens) régions militaires qui allèrent se réfugier dans les 12e (Limoges) et 11e (Nantes) régions militaires. Les rares structures hospitalières maintenues sur place au profit des intransportables ou qui furent mises sur pied en octobre 1914, au lendemain de la stabilisation du front, intégrèrent le service de santé de la nouvelle région du Nord.

« Bordeaux le 9 septembre 1914

Le Président de la République,

Vu l’article de la loi du 24 juillet 1873 relative à l’organisation générale de l’armée, etc.

Vu le décret du 6 août 1874 qui détermine les régions territoriales et les subdivisions de région, etc.

Sur le rapport du ministre de la Guerre

Décrète :

Art. 1 – Les territoires des 1e et 2e régions, non occupés par l’ennemi, sont réunis provisoirement en une région unique dont le chef lieu est Boulogne.

Art. 2 – Cette région comprend les subdivisions suivantes :

1) Dunkerque, arrondissements de Dunkerque, Hazebrouck, tout ou partie de ceux de Lille, Douai, Valenciennes, Cambrai, Avesnes.

2) Boulogne, arrondissements de Boulogne, Saint-Omer, Montreuil.

3) Béthune, arrondissements de Béthune, Saint-Pol, tout ou partie de celui d’Arras.

4) Abbeville, arrondissements d’Abbeville, Doullens.

5) Amiens, arrondissement d’Amiens, tout ou partie des arrondissements de Péronne et Montdidier.

6) Beauvais, arrondissements de Beauvais, Clermont.

Art. 3 – Le ministre de la Guerre est chargé de l’exécution du présent décret. »

Cette région appartenant dans sa totalité à la zone des armées, correspondait, de Dunkerque à Clermont (Oise), à la partie du front occupée par l’armée belge, par le corps expéditionnaire britannique (BEF) et par l’aile gauche des armées françaises.

Dès le premier mois de la campagne (au 1er septembre 1914), 14 300 lits de la 1ère région et 8 461 lits de la 2e région militaire furent perdus, soit la presque totalité des capacités hospitalières du Nord. Au 31 décembre 1915, la nouvelle région du Nord n’avait retrouvé qu’une capacité de 4 031 lits.

Le personnel de la direction du service de santé de la 2e région militaire d’Amiens (directeur : médecin inspecteur Charles-Marie-Jules Viry, 1845-1930) qui avait reçu l’ordre de se replier sur Nantes devînt le noyau de la nouvelle région. Le personnel médical mobilisé des deux anciennes régions constitua le corps des effectifs de la région du Nord ainsi que le personnel « troupe » des 1ère et 2e sections d’infirmiers militaires (SIM). Toutefois, comme aucun dépôt de corps de troupe ou de services ne pouvait être implanté dans la zone des armées, les dépôts des deux SIM furent maintenus dans la zone de l'intérieur : l’un au Dorat (Haute-Vienne), celui de la 1ère SIM ; l’autre à Nantes (Loire-Inférieure) pour la 2e SIM.

La région du Nord fonctionna jusqu’au 20 octobre 1919, date à laquelle les anciennes structures régionales furent rétablies avec quelques modifications dans leurs délimitations.

Photo : Carte originale des régions militaires de 1914 réalisée par Bernard Labarbe. Avec l'aimable autorisation de l'auteur www.bernard-labarbe-57ri.com/

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