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bretagne 1914-1918

HOPITAL BENEVOLE 155 bis ET FILLES DE JESUS (1914-1918)

8 Juin 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #Centenaire, #varia, #Bretagne 1914-1918

HOPITAL BENEVOLE 155 bis ET FILLES DE JESUS (1914-1918)

EXPOSITION : à Kermaria, en PLUMELIN (Morbihan).

« Dans la guerre, les Filles de Jésus 1914-1918 »

est visible à Kermaria dans les locaux des archives

depuis le 10 novembre 2013 jusqu’en fin d’année 2014

à Kermaria-Plumelin, 56506 LOCMINE

La communauté des Filles de Jésus de Kermaria organisa en 1914 un hôpital bénévole immatriculé par la 11e région militaire de Nantes sous le n° 155bis. L’hôpital fut ouvert le 5 novembre 1914 avec 75 lits et fonctionna jusqu’au 31 mars 1917, date de sa fermeture « officielle ». (OLIER, QUENEC’HDU. Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, Louviers : Ysec, 2008, tome 1, p. 282)
Présentation des organisateurs :

« Réalisée à partir d’une documentation inédite, abondante et variée, elle illustre l’engagement singulier de la congrégation dans le premier conflit mondial, à Kermaria même, en France, en Belgique…

Destinée à tous les publics, elle offre un intérêt pédagogique et une valeur de témoignage. Dans chacun des quatre espaces qui la structurent, des panneaux illustrés rappellent les grandes étapes du drame national où s’inscrit l’histoire particulière de Kermaria. Des documents iconographiques et audio-visuels les font voir et entendre ; des vitrines présentent une collection d’objets et de documents authentiques attestant du vécu des sœurs, des militaires et des civils en lien avec la Maison-Mère durant les hostilités. »

L’exposition (entrée gratuite ) est ouverte :

Mercredi, samedi, dimanche : 14h – 18h tous publics

Mardi et jeudi : de 9h30 à 16 h non stop, groupes (sur réservation)

Extraits des Nouvelles de l’exposition : « (…) Début mars [2014], arrivait aussi une sympathique famille du Maine et Loire, dont le grand-père passa un mois de convalescence à Kermaria en octobre 1915. Ils nous ont communiqué les lettres écrites pendant ce temps par le poilu à sa famille, sa fiancée, son ancien maître d’école. Le réalisme des visions du champ de bataille, comme la profondeur des réflexions sur la guerre, en font un témoignage hors pair. Quant à Kermaria, il s’y trouve au paradis, craignant pourtant d’en sortir « confit dans l’eau bénite » et déplorant de ne pouvoir que regarder tant de jeunes et jolies novices !

L’exposition durera au moins [jusqu’à la fin de l’année 2014]. Venez nombreux la voir ou la revoir ! Sœur Emma L’Helgouac’h (archiviste) »

http://www.fillesdejesus.catholique.fr/des-nouvelles-de-lexposition-dans-la-guerre-les-filles-de-jesus-1914-1918/

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A LIRE : CAPITAINE LONGUET, OFFICIER ARTILLEUR DE LA GRANDE GUERRE

25 Mai 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #Bretagne 1914-1918, #les hommes

Capitaine Longuet. Officier artilleur de la Grande Guerre, par Michel Delannoy, Draguignan : chez l’auteur, 2014, 240 p., 250 ill.,

DERNIERE MINUTE : CONFERENCE DE L'AUTEUR - A FLAYOSC (Var), LE VENDREDI 13 JUIN 2014 A 18H. 30

Une fois n’est pas coutume, je vous présente un ouvrage n’ayant que peu de rapports avec le service de santé militaire… Comme c'est un "pays" brestois, je fais une exception. De plus, c'est moi qui fixe les règles ! Non mais...

C’est un ouvrage de qualité, au contenu photographique exceptionnel qui est à découvrir et à faire connaître. Des documents inédits, des clichés pris sur le vif. Du bel ouvrage d’artiste brestois. Merci à Michel Delannoy, son petit-fils de nous faire découvrir l’œuvre photographique d’Octave Longuet (1888-1944). Découvrez quelques-unes de ces magnifiques photos sur le blog de Michel Delannoy dédié à son grand-père.

http://guerre14longuet.canalblog.com/

Présentation de l’auteur :

« Si ces mots vous interpellent :

ARTILLERIE – BRETAGNE… - PERTHES - MORTIER - CURLU - BELGIQUE - ECHANTIGNOLLES - CAMPEMENT - ALSACE - SOMME - CANON - SOUAIN - MEUCON - FEUILLERES - OOSTDUNKERKE - CHAMP DE BATAILLE - ALLEMAGNE - HEM - OBUSIER - THANN – CHAMPAGNE ...

Alors lisez ce qui suit...

Je vous emmène sur les traces de mon grand-père, le capitaine Octave Longuet. Octave est né le 19 octobre 1888 à Brest. Tiens, encore un Breton de la Grande Guerre ! Après une jeunesse ballotée entre Brest, Cherbourg, Bizerte ou Toulon au gré des affectations de son père, mécanicien principal de 1ère classe de la Royale, Octave passe 3 années à l'école des Arts et Métiers d'Angers. A l'issue, il entreprend une carrière au sein des Chemins de Fer de l'Etat qui ne durera guère que 2 ans, n'étant pas vraiment intéressé par ce métier.

Et puis la guerre est arrivée.

Nous le suivrons ainsi pas à pas, au travers de son instruction en Bretagne, puis par le baptême du feu durant la bataille de Champagne fin septembre 1915. S'ensuit une période plus calme en Alsace avant de rejoindre la Somme pour la grande offensive de juillet 1916. De nouveau l'Alsace, mais dans des conditions bien plus difficiles en cette année 17 pris régulièrement sous les feux de l'ennemi avant de migrer sur la Belgique jusqu'à l'armistice. Il lui restera encore 6 mois en Champagne, mais aussi en Allemagne jusqu'en juillet 1919 (...)."

UN BLOG A DECOUVRIR.

 L'ouvrage est à commander chez l’auteur 

Vous pouvez découvrir l'entretien, sur le site d'En Envor, de Michel Delannoy qui parle du capitaine Longuet.

New : La page Facebook du capitaine Longuet.

Brest, le 14 août 1914 – Autour de Renaud Longuet l’officier mécanicien, ses fils : André Longuet, le médecin et Octave Longuet, l’artilleur.

Brest, le 14 août 1914 – Autour de Renaud Longuet l’officier mécanicien, ses fils : André Longuet, le médecin et Octave Longuet, l’artilleur.

A LIRE : CAPITAINE LONGUET, OFFICIER ARTILLEUR DE LA GRANDE GUERRE
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AVEC LES BLESSES DU XIe CORPS D’ARMEE REFUGIES AU COUVENT DES ABYS (Combat de Maissin, 22 août 1914).

6 Mai 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux, #Bretagne 1914-1918

AVEC LES BLESSES DU XIe CORPS D’ARMEE REFUGIES AU COUVENT DES ABYS (Combat de Maissin, 22 août 1914).

Rapport de captivité du docteur Ballereau Jean, Alfred, médecin aide-major de 1ère classe. Pont-Croix (Finistère), hôpital complémentaire n° 37, le 22 octobre 1916.

Je propose aujourd’hui plusieurs témoignages inédits de médecins militaires intéressant la bataille des frontières et les combats meurtriers de Belgique. J’apporte une nouvelle fois ma petite contribution à la connaissance de « l’après-bataille » autour de Maissin (Belgique) au lendemain de l’attaque offensive française, de la 21e division d’infanterie (11e CA), par l’ouest de Paliseul, Opont et Our. Les témoignages sur Maissin sont rares et ceux mentionnant le service de santé militaire, au couvent des Abys à Beth (Paliseul), le sont plus encore... Je vous invite donc à partager ces témoignages qui restent exceptionnels, en raison de la perte du journal des marches et opérations de cette ambulance bretonne du 11e corps d’armée (n°2/11).

[Sur la route, vers Maissin]

[page 1] « L’ambulance 2-XI [2/11, détachée à la 21e DI] , formée à Nantes le 3 août 1914 comprenait comme personnel officier : Médecin-chef, Docteur Mével, médecin major de 2e classe ; Médecins-traitants : Docteurs Merson, aide-major de 1ère classe ; Le Bihan [idem, MaM1] ; Jousset, médecin aide-major de 2e classe ; Fortineau [idem, MaM2] ; Ballereau [idem, MaM2] ; Phamacien MM. Guibaud, pharmacien aide-major de 2e classe ; Officiers d’administration Cazaux [et] Menard, officier d’administration de de 3e classe.

Le départ des ambulances 1 et 2 et du groupe des brancardiers divisionnaires eut lieu le 7 août à 16h55 et l’arrivée à Challerange le 8 août vers 21 h. 30. De Challerange, notre groupe se dirigea par étapes sur Sedan, puis sur Bouillon où il arriva le 21 août à la fin de l’après-midi. Le soir du 21 août, pendant le dîner, le médecin de garde, docteur Fortineau, fut appelé à soigner ses premiers blessés, un lieutenant et un brigadier de chasseurs à cheval [2e Chasseurs, escadron 21e DI] de Pontivy, blessés dans une reconnaissance près de Paliseul.

Le 22 [août] au matin, notre groupe quitte Bouillon dans la direction de Paliseul. Tout au long de la route, nous entendons le bruit d’une canonnade intense. Arrivé à Paliseul, notre groupe se dissimula dans un bois aux abords de la gare. Devant nous, dans la direction d’Our et de Maissin l’action était engagée. A 14 h. 30 nous apercevons une épaisse colonne de fumée. Nous avons appris par la suite qu’il s’agissait de l’incendie de Maissin. A 16 h. 45 nous recevons l’ordre de nous diriger sur Our. Chemin faisant, nous croisons des civils qui fuient à travers champs, des paquets de hardes à la main. Nous rencontrons également le 293e d’Infanterie [22e DI] et un escadron de chasseurs [2e Chasseurs, escadron 22e DI] qui retournent vers Paliseul. Aux abords d’Our, nous trouvons une bande de trainards appartenant à divers régiments du XIe corps. Ils sortent d’un petit bois à notre approche. Parmi eux se trouvent quelques blessés que nous recueillons. Les autres, ne sachant où sont leurs régiments, sont dirigés sur Paliseul. D’Our, on nous fait revenir sur nos pas jusqu’au village de Beth.

[Couvent des Abys, de Beth]

Là nous nous installons dans un couvent de Visitandines. Le couvent des Abys.

Dans ce couvent avait été mis sur pied par les religieuses, avant l'arrivée des troupes françaises, une petite ambulance d'une vingtaine de lits (JMO du groupe de brancardiers divisionnaires de la 21e division, SHD-T, Vincennes, 26N 303/11, 22 août 1914)

Il est environ 20 heures. Nous nous organisons immédiatement par équipes et commençons les pansements. En quelques instants, en effet, le couvent s’est rempli de blessés. Il y en a partout et jusque dans la cour. Nous en recevons au cours de la nuit, environ 600. Vers 22 h. 00 ; le médecin principal [de 1ère classe] Couillaud [Couillault], notre médecin divisionnaire [21e DI], vient à l’ambulance. Il nous apprend que l’on bat en retraite et, devant le nombre de blessés, notre médecin-chef déclarant que tous les médecins de l’ambulance ne seront pas de trop pour arriver à faire tous les pansements, donne l’ordre à l’ambulance de rester sur place. Notre officier gestionnaire « Cazaux » reçoit l’ordre de brûler les papiers de l’ambulance. [page 2] Le médecin divisionnaire emporte notre matériel sauf la voiture de chirurgie et les chevaux de selle des officiers. Les brancards roulants furent oubliés par mégarde dans le parc du couvent. [23 août 1914] Nos pansements sont terminés vers 4 h. 30 du matin. A ce moment notre gestionnaire M. Cazaux ayant réquisitionné quelques voitures, évacue 400 blessés environ sur Paliseul, quelques-uns en voiture, la plupart à pied. Ces blessés, nous l’avons su plus tard, purent gagner Paliseul avant le départ du dernier train pour Bouillon. Ils purent ainsi être évacués sur l’intérieur. A 4h. 30 nous prenons un peu de sommeil jusque vers 7h. 00. Nous sommes étonnés de n’avoir pas vu encore les Allemands dont on nous annonçait l’arrivée comme imminente la veille au soir. De nouveaux blessés sont arrivés, nous nous remettons aux pansements. Un convoi de blessés nous est conduit par le docteur Bourguignon, aide-major, que l’ambulance n°1 a laissé à un poste de secours d’Our. Comme il s’apprête à repartir vers 10h. 30, il voit devant la porte du couvent deux sentinelles allemandes qui le mettent en joue. Le docteur Mével qui l’accompagne dit le mot : « arzt » et referme la porte. Tous deux reviennent vers nous et nous annoncent que les allemands entourent le couvent. Bientôt, du corps du bâtiment où est installée l’ambulance, nous voyons des soldats allemands, baïonnette au canon, dans les couloirs de la porterie. Vers 11 heures la porte de la conciergerie s’ouvre et nous voyons s’avancer vers nous deux officiers allemands accompagnés d’un sergent. Tous trois parlent un français très pur. Nous nous portons à leur rencontre dans la cour. Ils ont un souci visible de correction. Ils demandent à voir deux dragons allemands blessés qui ont été amenés au couvent dès le matin du 22 et que nous avons pansés en arrivant. Dans la conversation qu’ils ont en allemand les mots : « Nach Sedan, Nach Paris » reviennent à plusieurs reprises. Les deux officiers viennent de sortir par où ils étaient venus quand le parc du couvent est envahi du côté opposé par une troupe de soldats allemands. Un officier pénètre dans le couvent révolver au poing et, malgré que nous soyons vêtus de la blouse médicale et sans armes, nous place le canon de son révolver sur le front à tour de rôle. Finalement il s’arrête devant le Médecin-chef et reste devant lui le canon de son arme braqué à quelques centimètres de son visage. C’est dans cette situation que des explications assez difficiles sont échangées, l’officier allemand ne sachant pas un mot de français. Notre médecin-chef lui explique que le commandant allemand est à la porterie. L’officier place alors quelques soldats allemands devant nous, le canon des fusils braqués sur notre groupe, et disparaît. Quelques instants après il revient et emmène ses soldats. Un des deux officiers venus les premiers revient nous dire très courtoisement que l’on nous laisse nos chevaux de selle, mais un infirmier, allant à l’écurie quelques instants après, constata que deux chevaux avaient été emportés et le 3e blessé d’un coup de baïonnette à la cuisse. Les deux officiers si corrects avaient d’ailleurs assisté à la mise à sac, par leurs hommes, quelques instants auparavant, d’un petit château situé à droite de la route de Beth à Our. La cave avait été vidée et les bouteilles non bues, brisées. Nous avons tenu ce détail des gens du pays, les jours suivants. Les Allemands repartirent sans laisser un poste à l’ambulance. Dans l’après-midi nous revîmes le sergent du matin qui nous conduisit un soldat français blessé.

[Au couvent des Abys…, d’après le rapport du médecin major de 2e classe Paul Mével, médecin-chef de l’ambulance 2/11, 22 août 1914 (extraits)] « Je reçus aussitôt de M. le médecin principal [divisionnaire] Couillaud, l’ordre d’établir mon ambulance au couvent des Abys, à 2 kilomètres en arrière sur la route d’Opont. L’ordre portait : « ambulance immobilisée » en raison du nombre disait-on considérable de blessés. Il était près de 8 heures du soir quand j’entrai aux Abys. Je me présentais à la Supérieure des Visitandines et procédai immédiatement à la répartition des services : 1) salle d’entrée et d’inscriptions ; 2) salle de triage de blessés ; 3) salle des grands, moyens et petits pansements ; 4) cuisine et tisanerie. Le personnel de l’ambulance reçut les affectations prévues. Il en fut de même du matériel. Je me réservai le triage des blessés, quitte à me porter ensuite sur les points les plus encombrés. A 8 heures nous étions tous à notre poste quand arrivèrent les premiers blessés. Tout d’abord on put procéder à la répartition prévue ainsi qu’à l’inscription de chaque blessé, mais nous ne tardâmes pas à être débordés. La cour intérieure du couvent, cependant très vaste, était bientôt recouverte de brancards entre lesquels on allait trébuchant à la lueur incertaine des fanaux. La nuit était froide, les blessés frissonnaient. La salle de triage regorgeait de blessés, avec le corridor y conduisant. L’encombrement était partout, paralysant. Je suspendis nos opérations de triage, fis même interrompre les inscriptions des entrants qui demandaient du temps et allai au plus pressé. Le plus pressé était d’étendre les blessés à l’abri du froid. Je fis réquisitionner toute la paille du village. On en remplit toutes les salles disponibles du couvent. En quelques minutes elles furent pleines de blessés. Le souvenir me vint alors d’un château aperçu dans le village non loin du couvent de l’autre côté de la route. Je pus y loger 200 blessés. Le vide qui en résulta au couvent des Abys ne fut pas très appréciable car il en arrivait sans cesse. Il passa cette nuit par notre ambulance plus de 600 blessés. A deux heures du matin, je reçus la visite de M. le médecin divisionnaire Couillaud. Il m’annonça ce que je prévoyais déjà, le mouvement de retraite de nos troupes et me donna, en raison du nombre considérable de nos blessés, l’ordre de demeurer avec toute ma formation. Il partit emmenant le personnel et le matériel du train des équipages consentant seulement à nous abandonner notre voiture de chirurgie. Mes aides-majors et moi nous fîmes des pansements toute la nuit. A 5 heures du matin je recevais un mot d’un de nos confrères de l’ambulance n°1 resté à Our. Il m’apprenait que les allemands les « canardaient » et qu’il m’envoyait un convoi de blessés. Mon ambulance était pleine, nombreux étaient ceux dont nous n’avions pu nous occuper. Je pris sur moi d’enjoindre aux conducteurs des voitures de se diriger sur Bouillon pour rejoindre les lignes françaises (…) » [docteur P. Mével].
[Le couvent se transforme en refuge…]

[page 3] Le lundi 24 [août] au matin nous recevons une quinzaine de blessés français qui étaient restés dans les bois depuis le samedi. A 14 heures on enterre, dans une prairie du couvent, plantée de pommiers, nos 5 premiers morts : le capitaine Delannoy du 65e d’Infanterie et 4 soldats. Les prières sont dites par l’aumônier du couvent. Monsieur Mével, d’une voix que l’émotion voile un peu, prononce quelques paroles au bord des tombes et nulle émotion ne peut être comparée à celle que nous causent ces simples et tragiques funérailles qu’accompagne le bruit lointain du canon. L’aide-major Bourguignon, de l’ambulance n°1, auquel se sont joints, à Our, l’aide-major Le Lyonnais du 93e et le médecin auxiliaire Flatrès, a tenté d’évacuer ses blessés sur les lignes françaises. IL a été arrêté à Opont le 23 août. Un sergent et un soldat allemands viennent à l’ambulance, le 25 [août], nous demander si nous pouvons recevoir les blessés d’Opont. Le couvent étant plein de blessés, ceux d’Opont seront placés au château de Beth tout près du couvent. La formation Bourguignon, sur le désir de ce dernier, resta autonome. Elle subsista en réquisitionnant sur place. Nos blessés étaient nourris par les Religieuses contre Bons de réquisitions. Les conditions de confortable étant meilleures au couvent, nous invitâmes les docteurs Bourguignon, Le Lyonnais et Flatrès à prendre leurs repas avec nous. Dans la matinée du 25, un officier d’approvisionnement allemand vint nous demander d’aller panser des blessés français à Our. Ce fut M. Mével qui s’y rendit. A 4 heures, enterrement d’un soldat du 93e, notre sixième mort. La canonnade se fait lointaine et rare.

Le [mercredi] 26 août, un lieutenant allemand vient chercher les blessés transportables. Les hommes s’alignent dans la cour au nombre de 23. Monsieur Mével leur adresse un adieu ému et nous leur serrons tous les mains. L’officier allemand nous dit : « la guerre est finie pour eux, ils ne seront pas malheureux » et il nous apprend qu’ils iront par étapes de Beth à Maissin, de Maissin à Libin où se trouve une ambulance. De là ils seront dirigés sur Libramont où on les embarquera à destination de Trèves. Ils seront employés aux vendanges dans la région de Trèves. L’officier allemand n’a pas voulu emmener les officiers français transportables parce qu’il aurait été obligé de les faire coucher sur de la paille.

Le vendredi 28 août nous apprenons que Sedan est occupé par les Allemands, mais nous recevons les nouvelles les plus contradictoires et nous ne pouvons-nous faire aucune idée de la situation. Le soir, dans le service du docteur Fortineau, se déclare le premier cas de tétanos. Nous n’avons pas de sérum dans nos approvisionnements. Il y a là 150 blessés français et des civils atteints par l’Artillerie. Un enfant de 7 ou 8 ans, réfugié avec ses parents dans un fossé où ils s’étaient couchés sous la paille, a été blessé au front et au bras d’un coup de baïonnette. Toutes ces plaies, soignées tant bien que mal, par les gens du pays, qui se montrent très dévoués, suppurent beaucoup. Maissin est occupé par une compagnie allemande. Le bruit y circule que Sedan est pris et que les Allemands sont à une heure de Paris.

Dimanche 30 août. Notre tétanique meurt en 36 heures. La plupart des blessés sont en bonne voie. Nos infirmiers commencent à avoir quelques loisirs. Leur moral est excellent. Ils profitent de ce dimanche pour organiser des jeux (courses à bicyclette, courses à pied) dans le parc du couvent. [page 4] Dans l’après-midi, fausse joie. Un bruit se répand soudain : « Les Français, les Français ! » Tout le monde se précipite sur la route. Hélas ! Il n’y a rien et l’on finit par comprendre que l’origine de ce bruit a été le passage d’un convoi de prisonniers dont la nouvelle a été colportée et déformée dans le pays.

[lundi] 31 août – Deux soldats égarés se présentent à l’ambulance. Ils sont du 21e d’infanterie. Ils se sont battus le 22 dans la région de Bertrix. Depuis ce jour ils errent dans les bois, se nourrissant de carottes crues. Ils sont amaigris et exténués. Deux nouveaux cas de tétanos se déclarent à l’ambulance le 1er septembre. Un blessé meurt le même jour de tétanos dans la formation Bourguignon.

2 septembre – Un des tétaniques d’hier est mort cette nuit. Un cinquième cas se déclare dans mon service chez un blessé à plaie déchiquetée du métatarse gauche ; à qui j’avais déploré de ne pouvoir faire du sérum préventif. Le soir un sixième et un septième cas se manifestent dans la formation Bourguignon.

Le 3 septembre deux nouveaux cas de tétanos (9) se déclarent dans la formation Bourguignon.

Le 4 septembre le tétanique de mon service meurt dans la matinée. C’est le dixième décès que nous ayons parmi les blessés de l’ambulance. Un nouveau décès, par tétanos, également, dans la formation Bourguignon. Un blessé arrive à l’ambulance, une plaie au bras, enveloppée d’un morceau de chemise. Depuis la journée de Maissin, il errait dans les bois. Il est resté cinq jours sans manger. Dans l’après-midi nous allons à Maissin. Nous traversons des champs remplis d’effets de campement, d’uniformes en lambeaux, de cartons à musique car la musique régimentaire du 19e a été anéantie pendant le combat de Maissin. A Maissin spectacle lamentable : 65 maisons sont brûlées, il n’en reste que 6 intactes (…)

Le 7 août [septembre] nous enterrons deux nouveaux blessés (cela fait 13 décès à l’ambulance). Parmi eux un nouveau tétanique.

8 août [septembre] : nouveau cas de tétanos (10) dans le service du docteur Merson. Autre cas (11) dans la formation Bourguignon. Les docteurs Merson et Jousset vont à Graide, sur la prière du curé de Naome, soigner 36 blessés français. Ceux-ci ont bien été soignés par la population civile et par le médecin civil de Bièvre. Il y a eu un décès de tétanos. Deux cas de tétanos sont actuellement en évolution. [page 5] La plupart des blessés appartiennent au 135e d’Infanterie. Le médecin de Bièvre raconta qu’à leur arrivée les Allemands trouvèrent une cinquantaine de civils réfugiés dans les caves. Ils les firent ranger devant un mur et firent le simulacre d’une exécution en masse en tirant dans le mur au-dessus de leur tête. Une balle ayant ricoché tua la belle sœur du médecin. D’autres civils furent tués. Un lieutenant du 135e, que les docteurs Merson et Jousset ont pansé à Graide, leur a dit que la supérieure du couvent était une nièce de Guillaume II.

[Le retour… destination la Suisse ?]

Le mercredi 9 septembre, le médecin-chef, docteur Mével, accompagné de l’aide-major Merson et de l’officier d’administration Cazaux, se rend à Libramont demander que l’on nous renvoie en France conformément à la Convention de Genève. Nous sommes très inquiets de ne pas les avoir vus rentrer quand ils reviennent à 22 heures accompagnés d’un sergent allemand. Celui-ci un peu pris de boisson, mène grand tapage à son arrivée et veut visiter de fond en comble le couvent. Cependant après avoir vu et interrogé nos deux blessés allemands, il se calme et se couche. Aussitôt que nous sommes seuls nous interrogeons les trois voyageurs sur ce qu’ils ont appris dans leur voyage. Nous apprenons avec stupeur que les Allemands sont à Senlis, que le gouvernement est transféré à Bordeaux, que Maubeuge est prise. Nous apprenons en outre que nous serons envoyés en Suisse, sauf deux d’entre nous qui seront gardés pour soigner les prisonniers.

La journée du 10 est employée par le sergent allemand, aidé d’un de nos sous-officiers, le sergent Maguet à réquisitionner des voitures. Le soir, à la salle à manger des officiers, les religieuses nous apportent trois bouteilles de champagne et l’on sert, au dessert, un magnifique gâteau, œuvre de notre cuisinier. Le capitaine Saint-Martin, du 116e, qui a reçu neuf blessures et pour qui nous avons tous l’admiration qu’impose son caractère très énergique, très brave et très gai, nous adresse des adieux émouvants auxquels répond notre médecin-chef.

[Au couvent des Abys… le départ, d’après le rapport du médecin major de 2e classe Paul Mével, médecin-chef de l’ambulance 2/11, 10 septembre 1914 (extraits)] « Les évacués : 325 blessés dont 35 grands, en provenance des Abys et du château, 14 officiers, 61 infirmiers – Il est laissé au couvent quatre hospitalisés : le capitaine Maisonchin et « trois malades incurables » » Le docteur Mével estime à 980 [977] les blessés traités par l’ambulance n°2/11 : 765 entrés au couvent, 12 décédés et 200 pansés à Our (10), Maissin (150) et Graide (40) [docteur P. Mével].

Le vendredi 11 septembre, l’embarquement des blessés sur des charrettes lorraines garnies de paille commence de bonne heure. Nous adressons nos adieux et nos remerciements aux religieuses qui se sont montrées très dévouées. Le cortège s’ébranle à 9 h. 30. C’est une longue théorie de 46 voitures. Nous nous dirigeons vers Libramont par Opont et Paliseul. A partir de Paliseul le spectacle est lamentable. La contrée est ravagée. Les villages sont rasés et brûlés. Les maisons isolées elles-mêmes sont brûlées. Tout le long de la route sont disposés sur les bas-côtés des sacs, des vestes, des pantalons, des képis et des armes français. On n’en voit que là d’ailleurs. Ceux qui étaient dans les champs ont été ramenés au bord de la route. Cela nous donne l’impression d’une mise en scène organisée par les Allemands. Pendant le trajet, la pluie se mit à tomber à torrents. Nos blessés étendus sur des charrettes et peu couverts sont trempés d’eau froide. Avant d’entrer à Libramont nous faisons un détour. Les Belges ont fait sauter un pont, coupant ainsi la grand’route. Nous arrivons à Libramont à 16 h. 30. Sur la première maison du village on a peint en lettres hautes d’un pied : (SEDAN 1870-1916). Dès l’arrivée on nous sépare de nos blessés qui sont immédiatement embarqués dans des wagons à bestiaux. Des officiers au ton sec et rêche nous font remettre nos armes qui nous avaient été laissées jusqu’ici. On nous parque dans une pièce de l’hôtel Duroy, près de la gare, avec interdiction d’en sortir. [page 6] Nos infirmiers sont parqués de leur côté dans un autre local. Nous obtenons de prendre avec nous nos bagages et nos provisions. Nous avons mangé en route le pain et le jambon que nous avaient donnés les religieuses, mais fort heureusement il nous reste une cantine de conserves que nous avons emportée de Nantes et qui est encore presque intacte. Dès que nous sommes seuls, la propriétaire de l’hôtel entre. Elle est tragique et belle d’horreur et d’indignation. Elle nous apprend que tout a été brûlé et pillé dans le pays. Vingt-trois civils ont été fusillés. Chaque soir des officiers partent en automobile pour les châteaux voisins où ils pillent les caves. Ils rapportent leur butin à l’hôtel et passent la plus grande partie de la nuit à boire. L’hôtelière nous donne du café et du thé sans sucre. Il n’y en a pas dans le pays. Elle nous passe en cachette du pain beurré, du jambon, une boite de cigares et refuse tout paiement. Enfin elle nous apprend que l’armée française vient de remporter des succès. Puisse-t-elle dire vrai. A 22 h. 30 on nous embarque dans nos wagons. Nos infirmiers sont en troisième. Nous avons un wagon-couloir de secondes, avec, en avant, un compartiment de premières. Fatigués de cette journée de marche nous nous étendons sur nos banquettes, roulés dans nos couvertures, et nous dormons.

Au réveil, le samedi 12 [septembre], nous sommes toujours en gare de Libramont. Des convois de soldats sont arrivés toute la nuit. Il en arrive encore. Ils paraissent âgés pour la plupart avec, parmi eux, de très jeunes. Tous paraissent très enthousiastes. Les wagons sont fleuris et couverts de caricatures représentant les souverains alliés ou encore un zouave fuyant devant un soldat allemand. Une musique militaire joue l’hymne bavarois. Puis les soldats entonnent l’hymne national. A 8h. 30 notre train quitte Libramont. Jusqu’à Neufchâteau le pays est toujours dévasté par le feu. Nous passons, à Arlon. Nous traversons le Grand-duché de Luxembourg dont les habitants nous semblent plutôt hostiles (…). »

L’équipée se poursuit par Trèves, Cochem, Francfort-sur-le-Mein (13 septembre), Darmstadt, Carlsruhe, Offenburg, Fribourg, à destination de la station-frontière de Leopoldshohe (14 septembre) où ils sont remis aux autorités suisses.

Au poste suisse on nous fournit une voiture….

[page 8] [14 septembre 1914] « Au poste suisse on nous fournit une voiture pour nos bagages. On nous conduit à pied à la gare de Bâle. Au bruit que fait notre troupe sur le pavé des rues, des fenêtres s’ouvrent et nous entendons quelques cris de « Vive la France » tomber des persiennes… A la gare de Bâle, le consul général de France nous attend. Il nous reçoit d’une façon inoubliable et nous apprend la nouvelle de la victoire de la Marne. Un excellent petit déjeuner nous est servi par ses soins. Il nous fait distribuer du linge et se charge des télégrammes à faire parvenir à nos familles qui, depuis notre captivité, sont restées sans nouvelles. Nous quittons Bâle à 7h. 15. A 10h. 15 nous arrivons à Berne où l’attaché militaire de l’ambassade nous attend. On nous sert un thé au vieil hôpital. Au départ de l’hôpital, de vigoureux « Vive la France » ! partent de la foule. Tout le long du trajet nous sommes très bien accueillis. A partir de Neuchâtel, surtout la population nous fait des ovations enthousiastes. Aux Verrières de Suisse nous sommes attendus par deux officiers suisses qui nous offrent des rafraîchissements ainsi qu’à nos hommes. Ils doivent nous conduire jusqu’à la frontière avec l’officier et le poste suisse qui nous accompagnent depuis Bâle. A la douane le médecin-chef et quelques-uns des officiers de la formation descendent avec les officiers suisses pour l’accomplissement des formalités relatives à notre remise aux Autorités françaises. Ils seront conduits à Pontarlier en automobile. Nous arrivons à Pontarlier à 16 heures (…) »

Sources : Arch. Musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce à Paris, carton n° 633, dos. 19, Ballereau ; carton n°638, dos. 25, Mével.

A SUIVRE : Avec les blessés et médecins du 11e corps d’armée autour de Maissin (août-septembre 1914).
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« ARCHIVISTE-BIBLIOTHECAIRE » DU SERVICE DE SANTE MILITAIRE AU FRONT (1917-1918).

21 Février 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes, #Bretagne 1914-1918, #recherche archives documentation

« ARCHIVISTE-BIBLIOTHECAIRE » DU SERVICE DE SANTE MILITAIRE AU FRONT (1917-1918).

Henri Bourde de la Rogerie (1873-1949) - Un archiviste paléographe à l’hôpital d’évacuation (HoE) de Bouleuse (Marne).

Parmi les emplois d’archivistes diplômés de l’Ecole des Chartes proposés par le service de santé militaire en 1914-1918, celui « d’archiviste-bibliothécaire » du groupement des services chirurgicaux et scientifiques (G.S.C.S.) confié à Henri Bourde de la Rogerie, ancien archiviste départemental d’Ille-et-Vilaine (1912-1934) est resté unique. C’est à ma connaissance, le seul archiviste paléographe (Promo 1895) qui ait été employé par les autorités militaires, dans sa spécialité, si près du front, à 20-30 kilomètres des lignes.

Le Groupement des services chirurgicaux et scientifiques est né de la volonté du sous-secrétaire d’état au service de santé, Justin Godart (1871-1956) qui souhaitait, aux armées, développer la recherche et faire coïncider l’enseignement médico-militaire avec les programmes de l’Université. La création de cette nouvelle structure avait un double objectif : faire progresser la chirurgie de guerre par la collaboration de chirurgiens et de chercheurs et diffuser la connaissance des meilleures méthodes de traitement par l’enseignement. Cette unité militaire de recherche fut confiée au professeur Claudius Regaud (1870-1940) qui s’entoura de nombreux spécialistes alliés pour animer ce centre d’instruction et de perfectionnement ouvert à nos alliés anglo-saxons.

Le G.S.C.S. fut organisé en deux échelons, rattachés à la 5e armée, implantés à Prouilly et Epernay. D’avril à juin 1917, le groupement s’installa sommairement à l’HoE de Prouilly qui fut rapidement évacué, le 5 juin 1917, à la suite de bombardements allemands sur des dépôts logistiques situés à proximité de l’hôpital. Le repli s’opéra sur l’HoE de Bouleuse implanté à 17 kilomètres de Reims. Dans cette formation hospitalière baraquée de plus de 3000 lits, le G.S.C.S. prit une importance considérable sous la conduite du professeur Regaud qui était « un apôtre ascétique avec un merveilleux esprit d’organisation » (Leriche, cité par Segal et al.).

De fait la masse documentaire générée, tant d’étude que de suivi des hospitalisés, étant devenue considérable, C. Regaud estima nécessaire la présence d’un professionnel des archives et du classement. Le 5 juillet 1917 (demande n° 52 du G.S.C.S.) il sollicitait des bureaux de Justin Godart l’affectation d’un « archiviste-bibliothécaire », en charge :

« 1) – de la réunion, du classement et de la conservation de tous les documents se rapportant aux observations cliniques et scientifiques qui devront être versés aux archives par les chefs de service à la sortie des blessés soignés dans les divers échelons du groupement ; 2) – de la conservation et de la gestion des bibliothèques qui pourront être annexées au « groupement » ; 3) – du classement et de la conservation des fiches bibliographiques de chirurgie de guerre que je me propose de faire dresser, en collaboration avec le service des « Archives et documents » et celui des « Archives de médecine et de pharmacie militaires » (A) - signé : Regaud. »

Très rapidement, dès le 24 juillet, Justin Godart relaya sa demande à la direction du personnel du Grand Quartier Général (n° 17697-3/7), demandant expressément la mise à disposition du directeur du service de santé de la 5e armée, du sergent-fourrier, du 86e régiment d’infanterie territoriale, Henri Bourde de la Rogerie pour servir comme « archiviste-secrétaire » au G.S.C.S. de Bouleuse. (Ordre n° 31009/EM/1 du 29 juillet.

L’école médico-chirurgicale interalliée ou « faculté de médecine de guerre » fonctionna à Bouleuse jusqu’à l’offensive allemande de mai-juin 1918. A cette date, pressé par les succès allemands vers la montagne de Reims, le G.S.C.S. fut évacué sur son échelon arrière d’Epernay. L’HoE de Bouleuse abandonné dès le 29 juin 1918 ne fut libéré que le 22 juillet 1918. Entretemps il avait été entièrement pillé, à l’instar des autres hôpitaux d’évacuation (HoE) ; ses archives et bibliothèques dispersées et brûlées, mettant en évidence – s’il en était besoin - toute la vanité qu’il y avait à organiser si près du front un dépôt d’archives vivantes doublé d’un centre documentaire et de recherche unique. Quant au sergent Bourde de la Rogerie, je perds sa trace après Bouleuse ; en juin 1918, il serait passé au bataillon territorial de mitrailleurs du 1er corps d’armée ?

  1. – Il s’agit d’un périodique, la revue du corps de santé de l’armée de terre qui prend le nom, de 1883 à 1935, d’ « Archives de Médecine et de Pharmacie Militaires ».

Sources :

Archives du musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce à Paris, cart. n° 551.

Arch. du musée Curie, à Paris. Fonds privé Claudius Regaud. Inventaire CR-HoE.

Pocquet Du Haut-Jussé Barthélemy-A, Henri Bourde de la Rogerie. In :Bibliothèque de l'école des chartes. 1950, tome 108. pp. 192-193.

Segal A, Ferrandis J-J, Pallardy G, et al., « L’hôpital d’Origine d’Etape (H.O.E.) de Bouleuse/ Aubilly/ Ste-Euphraise dans la tourmente du début de la deuxième bataille de la Marne (fin mai-début juin 1918) ». In : Histoire des Sciences Médicales, XXXVIII, 3, 2004, pp. 333-50.

Pour en savoir plus sur les hôpitaux d’évacuation (HoE) faits prisonniers et pillés lors de l’offensive Ludendorff, en mai-juin 1918 : HoE de Saint-Gilles ; HoE de Mont-Notre-Dame.
Remerciements aux archives départementales d’Ille-et-Vilaine de Rennes de m’avoir autorisé à publier la photographie d’Henri Bourde de la Rogerie, leur ancien conservateur.
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IN MEMORIAM – « SANITAIRES » BRETONS 1914-1918 - lettres D-F

10 Janvier 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes, #Bretagne 1914-1918

IN MEMORIAM – « SANITAIRES » BRETONS 1914-1918 - lettres D-F

MEDECINS ET « SANITAIRES » BRETONS MORTS DURANT LA GRANDE GUERRE (1914-1918) – lettres D-F.

Lettre C
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24. DANIEL Joseph Henri (1879-1917) – Médecin-major de 2e classe des troupes coloniales (capitaine), 146e régiment d’infanterie [ou 2e Spahis]. Né le 26 novembre 1879, à Brest (Finistère). Décédé le 4 mars 1917 à l’ambulance n° 3/69, à La Fère-en-Tardenois (Marne) de maladie contractée en service. Aux Méd., 229 ; MdH.

25. DELALANDE Pierre Gilles (1863-1918) – Médecin (civil) à Saint-Just-en-Chaussée (Oise). Né le 20 mai 1863, à Domloup (Ille-et-Vilaine). Décédé le 29 mai 1918, à Saint-Just-en-Chaussée (Oise). Docteur en médecine (1892). Aux Méd., 233.

26. DERRIEN Paul Edouard Alfred Jules (1892-1916) – Médecin auxiliaire (adjudant) au 342e régiment d’infanterie. Né le 29 juillet 1892 à Nantes (Loire-Inférieure). Décédé le 24 août 1916 à Fleury (Meuse). Nantes 1912, matricule 3656. Etudiant en médecine (Faculté de Bordeaux). Tué à l’ennemi. Croix de guerre – JO, 12 décembre 1916 : « Pendant un violent bombardement allemand a été tué alors qu’il prodiguait ses soins aux blessés du bataillon ». Aux Méd., 237 ; MdH.

27. DEUNFF Jean-Marie (1878-1919) – Médecin major de 2e classe (capitaine) au 7e régiment d’infanterie coloniale. Né le 18 juillet 1878 à Locquirec (Finistère). Décédé le 12 avril 1919 à Sainte-Terre (Gironde). Docteur en médecine (Faculté de Bordeaux, 1903). Aux Méd., 240.

28. DUFRECHE Eugène Joseph (1871-1917) – Médecin aide-major de 1ère classe (lieutenant) à la mission médicale française en Roumanie. Né le 18 mars 1871 à Pleurtuit (Ille-et-Vilaine). Décédé le 9 mai 1917 à Botoschani (Botosani), Roumanie, de typhus contracté au service. Recrutement Saint-Malo 1891, matricule 312. Aux Méd., 247 ; MdH.

29. DUGAST Armand (1876-1915) – Médecin auxiliaire (adjudant) au 54e régiment d’infanterie. Né le 13 mai 1876 à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure). Décédé le 18 janvier 1915 à Laval (Mayenne). Aux Méd., 247.

30. FARGUES Emile André Eugène (1877-1918) – Médecin aide-major de 1ère classe (lieutenant) à l’hôpital d’évacuation n°3, 1ère section (HoE n°3/1) de Saint-Dizier. Né le 14 mai 1877 à Nantes (Loire Inférieure). Décédé le 17 avril 1918 à Saint-Dizier (Haute-Marne) de maladie contractée en service. Mort pour la France. Nantes 1897. Docteur en médecine, 1902 (Faculté de Paris). Aux Med., 258

31. FELTMANN Lucien (1880-1917) – Médecin aide-major de 1ère classe (lieutenant), au service de santé de la 20e région militaire, 10e régiment d’infanterie. Né le 17 octobre 1880 à Saint-Méloir-des-Ondes (Ille-et-Vilaine). Décédé le 13 mai 1917 à l’hôpital militaire Ambroise Paré de Rennes. Mort pour la France. Rennes 1900. Matricule 2576. Docteur en médecine, 1909. Réside à Saint-Meloir-des-Ondes. Aux Med., 260 ; MdH.

32. FISTIE Auguste Joseph Pierre Camille (1879-1917) – Médecin-major de 2e classe des troupes coloniales (capitaine), 26e régiment d’infanterie. Né le 13 juin 1879 à Morlaix (Finistère). Décédé le 21 avril 1917 à Moussy (Aisne). Mort pour la France – JORF, 21 août 1917 : « Médecin, chef de service. A toujours fait preuve de dévouement et d’abnégation. A été tué en inspectant les postes de secours de son régiment ». Aux Med., 262 ; MdH.

33. FOHANNO Léon Jean Eugène (1868-1914) – Médecin-major de 1ère classe (commandant), 25e régiment d’artillerie. Né le 27 octobre 1868 à Pontivy (Morbihan). Décédé le 9 septembre 1914 à Paris. Non MPLF. Croix de guerre – JORF, 11 décembre 1914 : « Médecin qui donna depuis le début de la campagne aux médecins et brancardiers de son groupe, l’exemple du courage et du dévouement. S’est particulièrement distingué en relevant, pendant cinq nuits consécutives, les blessés par différents combats ». Aux Med., 263.

34. FORGEOT Jean Raoul Etienne (1891-1915) – Médecin auxiliaire (adjudant), 4e régiment d’infanterie. Né le 21 octobre 1891 à Brest (Finistère). Décédé le 18 mars 1915 à l’ambulance n°8 aux Islettes (Meuse). Mort pour la France. Brest 1911, matricule 2504. Médaillé militaire. Croix de Guerre – JORF, 15 octobre 1920. « médecin auxiliaire a donné le plus bel exemple de dévouement en se portant à plusieurs reprises sur la ligne de feu pour y panser des blessés. A été mortellement blessé le 18 mars 1915. A été cité ». Aux Med., 264 ; MdH.

35. FORTINEAU Charles (1885-1916) – Médecin auxiliaire (adjudant), 81e régiment d’infanterie territoriale. Né le 27 juillet 1885 à Bois-de-Cessé (Vendée). Décédé le 10 novembre 1916 à Nantes (Loire-Inférieure) de maladie contractée en service. Mort pour la France. Nantes 1905, matricule 610. Etudiant en médecine (Ecole de Nantes). Aux Med., 264 ; MdH.

36. FOURNIOUX Emile Joseph (1879-1915) – Médecin aide-major de 2e classe (sous-lieutenant), 82e régiment d’infanterie territoriale. Né le 21 mars 1879 à Douarnenez (Finistère). Décédé le 7 septembre 1915 à l’hôpital complémentaire n°33 de Langrune-sur-Mer (Calvados) de maladie contractée en service. Mort pour la France. Fontenay-le-Comte 1899, matricule 3003. Docteur en médecine (Faculté de médecine Toulouse, 1906). Aux Med., 265 ; MdH.

37. FREMIN Eugène-Marie (1867-1917) – Médecin-major de 2e classe (capitaine). Médecin chef de la place de Dinan. Né le 7 mai 1867 à Paris. Décédé le 23 juin 1917 à Dinan (Côtes-du-Nord) de maladie (bronchite). Mort pour la France. Aux Med., 267 ; MdH.

A SUIVRE (lettres G-K)

Sources :

Aux Méd. - Collectif. Aux médecins morts pour la Patrie (1914-1918). Hommage au corps médical français. Paris : Syndicat des Editeurs, [ca. 1920-1922], 446 p.

Base Léonore - http://www.culture.gouv.fr/documentation/leonore/leonore.htm

MDH - http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/arkotheque/client/mdh/recherche_transversale/bases_nominatives.php

Photo : Dans les boues de la Somme, par Gaston Broquet (1880-1947). Localisé dans les jardins de l’hôpital d’instruction des armées du Val-de-Grâce à Paris.

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L’archiviste-paléographe André Lesort (1876-1960) le « père » des fonds d’archives médico-militaires (1917).

22 Octobre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #recherche archives documentation, #les hommes, #Bretagne 1914-1918

L’archiviste-paléographe André Lesort (1876-1960) le « père » des fonds d’archives médico-militaires (1917).

Le 7 janvier 2013 j’ai proposé aux lecteurs du blog un premier article sur les archives médicales du service de santé militaire dans la guerre 1914-1918. Cet article a rencontré un réel succès puisqu’au fil des mois il est devenu l’article le plus lu de mon blog. Aujourd’hui je poursuis mes « investigations » et je soumets un nouveau « papier », à l’intention des lecteurs intéressés, sur l’archiviste-paléographe André Lesort (1876-1960) qui est à l’origine de la sauvegarde des collections d’archives médicales des hôpitaux militaires durant la Grande Guerre. André Lesort est totalement inconnu des "connaisseurs" de l’Histoire du service de santé militaire. Vous rechercherez en vain sa biographie dans un ouvrage général ou même spécialisé ; il reste un inconnu que je m’offre de sortir de l’anonymat en considération de son apport exceptionnel à la conservation des archives médicales de la guerre. Pour réaliser ce travail j’ai fait appel au site familial des Lesort-Madelin, site richement documenté qui conserve précieusement la mémoire de leur aïeul. Grâce aux Lesort-Madelin il est dorénavant possible de mettre un visage sur le nom d’André Lesort, le « père » des fonds d’archives médico-militaires du service de santé militaire (1914-1918), toujours conservés, en 2013, au service des archives médicales et hospitalières des armées (SAMHA) de Limoges et quotidiennement consultés ; qu’ils en soient remerciés.

André Lesort (1876-1960), l’archiviste-paléographe

André Lesort est né à Rouen, le 4 janvier 1876. Après des études secondaires à Beauvais et Paris, il entre à l’Ecole des Chartes en 1895 et en sort diplômé en 1899. N’ayant pas la possibilité de recevoir une affectation enviée dans sa Normandie natale à laquelle il est très attaché par sa recherche historique, il accepte des missions en Belgique, en Angleterre et en Allemagne. Il sert ensuite à Cambrai, aux archives municipales (1899-1900), puis à Bar-le-Duc, aux archives départementales de la Meuse (1900-1905). En 1905, il remplace Paul Parfouru (1846-1905) comme archiviste départemental d’Ille-et-Vilaine à Rennes (1905-1911). L’année suivante il épouse Jeanne Marie Elisabeth Madelin (1882-1972), sœur du grand historien et académicien Louis Madelin (1871-1956). En 1912, pour se rapprocher de sa famille il accepte le poste d’archiviste de Seine-et-Oise à Versailles, poste qu’il occupera jusqu’en 1929 avant de devenir archiviste en chef de Paris et du département de la Seine (1929-1941). André Lesort décède à Versailles, le 29 janvier 1960.

André Lesort, dans la guerre 1914-1918

André Lesort, classe 1896, relevant du service auxiliaire, haut fonctionnaire et chef de service préfectoral est mobilisé, le 3 août 1914, comme simple soldat à la 10e section d’infirmiers militaires (SIM) de Rennes. Il reçoit sa première affectation, à l’hôpital complémentaire n°33 de Granville (Manche), dans les fonctions de gestionnaire (directeur administratif) de cette petite formation de 50 lits mise sur pied par le service de santé militaire. L’on peut noter que le directeur du service de santé a été bien inspiré de le nommer, en dépit de son grade, dans ces fonctions administratives « polyvalentes », dans lesquelles il découvre les arcanes de l’administration du service et l’importance de la conservation des registres et pièces médicales. Ce professionnel des archives s’attache à en faire un modèle régional.

Hôpital complémentaire n°33. Ecole primaire supérieure de garçons, 8 rue Clément-Desmaisons à Granville. Ouvert le 28 août 1914. Fermé le 31 juin 1916 par DM n° 5444-3/7 du 27 mai 1916. Hospitalisation de 1427 malades et blessés – 13 décès. Capacité hospitalière : 100 lits (26 septembre 1914), 110 lits (1er février 1915), 130 lits (13 octobre 1915). Le médecin-chef de l’hôpital est le médecin aide-major de 1ère classe J.P.Tessier (23 août 1914), remplacé le 15 juillet 1915 par le médecin aide-major de 2e classe Grabois. Parmi les médecins traitants : les docteurs Le François, Hamon et le docteur Bernard Landau, médecin bénévole de nationalité russe, domicilié à San Remo…

André Lesort passe caporal en mai 1915 puis il quitte Granville, le 8 juillet 1916, à la fermeture du « 33 » pour Donville-les-Bains (Manche) et l’hôpital complémentaire n°106 en remplacement du soldat Chauvet qui y fait fonction de gestionnaire.

Hôpital complémentaire n° 106. Hôtel de la Plage à Donville. Ouvert le 16 août 1915. Fermé le 7 février 1917 par DM n° 3073-3/7. Hospitalisation de 373 malades et blessés. Capacité hospitalière de 95 lits. Le médecin-chef de l’hôpital est le médecin aide-major de 2e classe H. Ribo.

En octobre 1916, André Lesort est muté à la direction du service de santé de la 10e région militaire de Rennes où on le charge du nouveau bureau des archives. Cette direction – comme toutes celles des autres régions militaires – est alors encombrée par des montagnes de registres et de pièces médicales provenant des hôpitaux temporaires de la région (hôpitaux complémentaires, auxiliaires et bénévoles) créés depuis la mobilisation et fermés suite à des restructurations. Sa formation d’archiviste-paléographe et son expérience professionnelle tant à Rennes avant-guerre qu’à Granville et Donville le désignent naturellement pour le poste. Le médecin inspecteur François Jean Hippolyte Fortuné Vaysse (1852-1941), un « colonial », directeur du service de santé, son mentor à Rennes, n’aura pas à regretter son choix.

Les archives des hôpitaux militaires fermés (1917)

Aussitôt installé dans son nouvel emploi, André Lesort inventorie et classe méthodiquement son fonds d’archives. Tout est à organiser, d’autant que la direction régionale de Rennes est la seule en France, en cette fin d’année 1916, à se préoccuper de cette masse documentaire qui encombre ses locaux. Dès janvier 1917, il souhaite rendre pérenne l’organisation de son jeune dépôt d’archives médicales et d’en faire un modèle exportable à l’ensemble des directions régionales du service de santé militaire. Mais pour relever ce défi il lui faut, modeste caporal, le soutien de sa hiérarchie jusqu’à Justin Godart (1871-1956), le sous-secrétaire d’Etat au service de santé. En janvier, il se rapproche de son ancien collègue l’archiviste-paléographe Alexandre Vidier (1874-1927), inspecteur général des bibliothèques et des archives (1913), lui aussi mobilisé depuis décembre 1914 comme simple soldat, lequel recherche, à cette époque, une « grande œuvre » à parrainer susceptible de l’extraire de son quotidien de soldat « garde-voies ». Dans une correspondance en date du 14 janvier 1917, sans mention de destinataire mais agrafée dans un dossier « Vidier » conservé aux archives du service de santé des armées au Val-de-Grâce, André Lesort sollicite de son confrère qui se partage entre ministères de la Guerre et de l’Instruction Publique une entrevue pour lui présenter son projet sur les archives médicales :

« Rennes, le 14 janvier 1917 – Mon cher ami, Le médecin principal Castelli qui s’est très aimablement et spontanément chargé de vous transmettre mon bon souvenir, vous aura sans doute fait connaître ma nouvelle destination militaire. La question des archives des hôpitaux temporaires m’avait justement préoccupé depuis le début des hostilités ; elle a reçu dans la 10e région une solution que je me permets de croire satisfaisante, - Puisqu’un professionnel est chargé de réunir, de classer et d’exploiter les fonds des formations supprimées – Mais cette solution est provisoire et prendra fin, dans tous les cas, avec la démobilisation générale. Je serais très heureux de causer avec vous de la question pendant quelques instants : d’un échange d’idées, pouvant sortir d’utiles indications pour moi et pour mon service. – Je pars demain pour Paris, où je resterai, jusqu’à samedi matin (163 rue de la Convention, chez mon père). Vous seriez bien aimable de me faire savoir si je pourrai vous rencontrer au Sous-Secrétariat – ou à la Bibliothèque nationale ou aux Archives – et de me dire à quelle heure. Je serai charmé de vous revoir. A bientôt donc, je l’espère, et croyez moi, mon cher ami, cordialement vôtre. – André Lesort. »

A son retour à Rennes, le 25 janvier 1917, André Lesort rédige un rapport général de six pages synthétisant son projet, dont les grandes lignes sont approuvées par Justin Godart dès le 29 janvier 1917. Il reste pour André Lesort à proposer, en lien avec Alexandre Vidier, un texte réglementaire à la signature de Justin Godart officialisant l’organisation et le fonctionnement des services d’archives médicales. Ce sera chose faite le 15 mars 1917, date de la publication de la circulaire ministérielle n° 454-Ci/7 relative à l’organisation et au fonctionnement d’un bureau d’archives dans les directions régionales du service de santé. Une semaine plus tôt, le 7 mars 1917, A. Vidier avait été mis à la disposition du ministère de la Guerre par le ministre de l’Instruction Publique ; il avait reçu la charge du contrôle de la bonne application de la circulaire…

La circulaire n° 454-Ci/7 du 15 mars 1917 – Organisation et fonctionnement d’un bureau d’archives dans les directions régionales du service de santé (16 pages) – Introduction (p. 1-3) – Notice sur l’organisation des archives dans les directions régionales du service de santé (p.4-9) : 1) Installation matérielle ; 2) Centralisation des archives des hôpitaux fermés ; 3) Classement des archives ; 4) Recherches ; 5) Archives des directions – Spécimens d’états sommaires (p. 9-16) : I) Hôpital complémentaire n°31 de Rennes ; II) Hôpital complémentaire n°39 de Rennes. (PDF en fin d'article)

André Lesort nommé adjudant et archiviste en titre du service de santé de la 10e région (dépêche n° 8030-1/7 du 21 mars 1917) poursuit à Rennes son travail sur le terrain. En février, il reçoit le renfort d’un archiviste-paléographe, Jean Lechartier de Sedouy (1874-1949) pour le soulager dans son travail quotidien d’inventaire et lui permettre d’encadrer, dès juin 1917, les stages organisés à Rennes au profit des archivistes des autres régions récemment nommés.

Le 13 juillet 1917, le médecin inspecteur Jules Simonin (1864-1920) du sous-secrétariat d’Etat, dans une note préparée par Vidier [marquée VID à l’intention des dactylographes] fait le point à l’intention de Justin Godart sur le nouveau service des archives : « (…) les archivistes du service de santé, avant que d’être installés dans leur emploi ont fait un stage d’une semaine au bureau des archives hospitalières de la 10e région, afin de se mettre au courant des lois et règlements propres au service de santé, et de se familiariser avec les registres et papiers médicaux et administratifs qui constituent les archives des hôpitaux (…) Pour la mise au point et l’organisation de ce service, l’administration centrale a été très efficacement secondée par M. l’adjudant Lesort, archiviste de la direction du service de santé de la 10e région. M. Lesort, archiviste-paléographe, ancien archiviste de la Meuse et de l’Ille-et-Vilaine, archiviste de Seine-et-Oise a été tout d’abord gestionnaire d’un hôpital complémentaire, puis, l’hôpital ayant été fermé il a été affecté à la direction du service de santé par M. le médecin inspecteur Vaysse, pour y organiser un bureau d’archives. Cette heureuse initiative, suivie avec intérêt, par l’Administration centrale, a permis de préciser les instructions données par M. le sous-secrétaire d’Etat dès le 29 janvier 1919 et d’établir le statut définitif du service (circulaire du 15 mars). Enfin M. Lesort a présidé par des conférences et des travaux pratiques au stage effectué dans son service par les archivistes des autres régions (…) ». Il propose à Justin Godart de faire attribuer à André Lesort un témoignage officiel de reconnaissance qui lui serait adressé sous le timbre de la 1ère division technique.

Par circulaire n° 17002-3/7 du 15 juillet 1917, le sous-secrétaire d’Etat au service de santé adresse à l’adjudant Lesort, sous couvert de son directeur à Rennes, une lettre de félicitations rédigée par Vidier [VID] ainsi formulée : « Il m’a été rendu compte du concours très efficace que vous avez prêté à l’administration du service de santé, en organisant à la direction du service de santé de la 10e région, un bureau d’archives hospitalières qui a servi de modèle à ceux constitués par la suite dans toutes les régions. Il m’est signalé également que vous avez présidé avec autant de compétence que de zèle au stage qu’ont effectué dans le service auquel vous êtes préposé les archivistes désignés pour organiser les bureaux d’archives des autres régions. J’apprécie à toute leur valeur les excellents services que vous avez rendus au service de santé et je vous adresse un témoignage officiel de ma satisfaction – Justin Godart. – Copie de cette lettre de félicitation est envoyée par mes soins à M. le ministre de l’Instruction Publique et à M. le préfet de Seine-et-Oise pour être versée à votre dossier civil. »

Cette lettre sera la récompense de ses services. En septembre 1917, André Lesort sollicite du ministre son renvoi dans ses foyers en application de la loi de décembre 1915, en tant que père de six enfants, application qu’il n’avait pas sollicitée jusqu’à présent. Le sous-secrétariat d’Etat répond au directeur du service de santé de Rennes : « (…) que je ne vois pas sans regret le service de santé privé du concours que lui a prêté l’adjudant Lesort et à l’occasion duquel une lettre de félicitation lui a été adressée ; je vous autorise néanmoins à relever ce militaire (…) ». A son départ, Jean Lechartier de Sédouy, son adjoint, le remplace au bureau d’archives de Rennes.

Une œuvre pérenne (1917-2013)

Tandis qu’ André Lesort quitte la scène, Alexandre Vidier nommé au cabinet de Justin Godart est délégué, par ordre du ministre « dans les régions de l’intérieur pour visiter les bureaux d’archives hospitalières constitués dans chaque direction régionale du service de santé » (ordre de service n°774-1/7 du 14 août 1917). Dans une note du 13 août 1917, adressée à Justin Godart, Vidier [VID] détaille l’objet de ses inspections à venir, dont : « (…) 4) constater officiellement les imperfections qui ont été signalées dans des lettres privées et dont l’on ne peut faire état sans découvrir l’archiviste auprès de son directeur. Notamment le pillage des fonds d’archives d’hôpitaux par les bureaux de la direction (…) – 6) améliorer les conditions morales dans lesquelles se trouvent certains archivistes aux yeux des directeurs. Ces archivistes, non officiers, parfois simples soldats sont considérés dans quelques directions juste suivant leur grade ou leur absence de grade militaire. Il en est à qui l’on fait prendre le service de planton pour porter en ville les plis de la direction. (…) NB : Cette inspection se confondrait dans la mesure du possible avec une tournée d’inspection pour l’Instruction Publique [Vidier est inspecteur des bibliothèques et des archives] afin de réduire au minimum les frais de route à rembourser par la Guerre. »

Depuis juin 1917 les directions régionales du service de santé de métropole sont renforcées d’archivistes militaires nommés dans le cadre de la circulaire n° 454. A compter de cette date l’administration centrale est tenue informée, le 5 de chaque mois, de l’avancée des travaux des bureaux d’archives, lesquels, à la date du 17 juillet 1917 ont déjà réceptionné les fonds documentaires de près de 1600 hôpitaux fermés qui seront près de 10 000 avec leurs annexes en 1921-1922. En 1919, la démobilisation des jeunes classes éloigne les archivistes-paléographes des bureaux d’archives militaires ; ils seront remplacés par des sous-officiers des sections d’infirmiers militaires et des personnels civils qui s’appuieront jusqu'à nos jours sur le cadre de classement d’André Lesort. Au fur et à mesure des restructurations territoriales, de 1920 à 1944, les archives médicales sont transférées de directions en directions avant d’être regroupées, après la 2e Seconde Guerre Mondiale, à Limoges, dans un service central des archives médicales et hospitalières des armées, organisme qui poursuit encore aujourd’hui cette mission de conservation et de « mise à disposition » au profit des ayants-droits.

 
En guise de conclusion

André Lesort et Alexandre Vidier attendront la fin de la guerre pour être faits chevaliers de la Légion d’honneur au titre de l’Instruction Publique. Il n’est pas douteux que la lettre de félicitation du 15 juillet 1917 de Justin Godart n’ait été déterminante pour étayer le mémoire des services éminents d’André Lesort pour cet ordre prestigieux ; mais il est regrettable que cette proposition ne fut pas faite à titre militaire. Je termine cet article en me reportant à mon expérience personnelle. Jeune sous-officier, j’ai abordé l’Histoire du service de santé de la Grande Guerre, dès 1980, en parcourant les centaines de mètres linéaires d’archives des hôpitaux fermés de la 10e région militaire de 1914-1918, alors stockés dans les caves de la caserne Margueritte à Rennes ; les mêmes fonds organisés par André Lesort en 1917. Un parcours initiatique qui s’est poursuivi, de 1995 à 2000, au musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce à Paris. Cette expérience au long cours au travers des archives médico-militaires est à l’origine de la collection des Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918 en 5 volumes, engagée avec mon compère Jean-Luc Quénec’hdu et qui doit tant à l’archiviste-paléographe André Lesort.

Remerciements particuliers à la famille Lesort-Madelin.

Sources :

Archives du musée du service de santé des armées, au Val-de-Grâce à Paris, cartons n° 550 et 551. - Claude Cochin. Les archives de la Guerre, dans La Revue Hebdomadaire, n°27, 7 juillet 1917, pp. 64-75.

Photos : André Lesort en tenue d’adjudant de la 10e section d’infirmiers militaires (1917) – Le personnel de l’hôpital complémentaire n° 33 de Granville, ca1915-1916. André Lesort est assis au 1er rang, le 3e à partir de la droite. (coll. Famille LesortMadelin- Droits réservés).

Pour en savoir plus :

Les Archives médicales des hôpitaux militaires (1914-1918) :

René Bonnat (1878-1945), archiviste du service de santé de la 12e région militaire, à Limoges (1917-1919).

Prochainement dans ce blog : Archivistes-paléographes et service de santé militaire. Notes biographiques (1914-1918).

 

Le personnel de l’hôpital complémentaire n° 33 de Granville, ca1915-1916. André Lesort est assis au 1er rang, le 3e à partir de la droite. (coll. Famille LesortMadelin- Droits réservés).

Le personnel de l’hôpital complémentaire n° 33 de Granville, ca1915-1916. André Lesort est assis au 1er rang, le 3e à partir de la droite. (coll. Famille LesortMadelin- Droits réservés).

La circulaire n° 454-Ci/7 du 15 mars 1917 – Organisation et fonctionnement d’un bureau d’archives dans les directions régionales du service de santé

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IN MEMORIAM – « SANITAIRES » BRETONS 1914-1918 - lettre C

9 Octobre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes, #Bretagne 1914-1918

IN MEMORIAM – « SANITAIRES » BRETONS 1914-1918 - lettre C

MEDECINS ET « SANITAIRES » BRETONS MORTS DURANT LA GRANDE GUERRE (1914-1918) – lettre C.

En marge de la thématique des hôpitaux militaires je propose quelques biographies sommaires sur des « sanitaires » bretons (officiers et troupe) morts pendant la Grande Guerre…

Lettres A-B

16. CADO Marcel-Henri (1890-1916) – Médecin auxiliaire (adjudant), 137e régiment d’infanterie. Né le 24 janvier 1890, à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure). Décédé le 14 juin 1916, à Baleycourt (Meuse), ambulance 3/12. Mort pour la France. Nantes 1910, matricule 2664. Etudiant (Ecole de médecine, Nantes). Aux Med., 196 ; MdH.

17. CARON Jean-Auguste (1892-1918) – Médecin aide-major de 1ère classe (lieutenant), 71e régiment d’artillerie. Né le 8 juillet 1892, à Ancenis (Loire-Inférieure). Décédé le 27 septembre 1918, à Verdun (ambulance n°3/5 de Froidos, Meuse) de maladie contractée en service. Recrut. Ancenis 1902, matricule 17. Interne des hôpitaux de Nantes – [citation ?, sans origine] « Décembre 1915. Excellent médecin auxiliaire, très brave et d’un dévouement à toute épreuve ; a procédé, hors des tranchées, à l’identification d’un officier et de plusieurs soldats français, tombés aux affaires du 25 septembre 1915 ; le 4 décembre 1915, les boyaux étant impraticables, s’est porté à travers la plaine au secours d’un soldat blessé et, à peine de retour, en a pansé plusieurs autres sous le bombardement ». Aux Med., 201 ; MdH.

18. CHARETTE DE LA CONTRIE (DE) Louis-Henri-Emmanuel-Maxence-Marie (1882-1914) - Médecin aide-major de 1ère classe (lieutenant), 26e régiment d’artillerie de campagne. Né le 27 décembre 1882, à Nantes (Loire-Inférieure). Figure dans le livre d'or du collège Saint François Xavier de Vannes. Exécuté sans jugement (fusillé) par les Allemands le 23 août 1914, à Ethe (Belgique). Recrut. Montluçon 1902, matricule 1494. Docteur (1909). Médecin à Oysonville (Eure-et-Loire). Chevalier de la Légion d’Honneur [absent de la base Léonore ?] – J.O., 24 mai 1919 : « Fortement indisposé le 19 août 1914, reste néanmoins à son poste. Le 22 août 1914 au combat d’Ethe, blessé de deux balles aux reins et à la cuisse demande qu’on enlève d’abord les autres blessés et dit à un lieutenant : « Laisse-moi et occupe-toi de tes échelons ». Transporté au poste de secours de Gomery, est enlevé le 24 par les Allemands, sous le prétexte mensonger qu’on a tiré des fenêtres ; est fusillé avec d’autres blessés. A été cité. » Aux Med., 209 ; MdH. On trouve la relation du massacre des « sanitaires » de Gomery dans : Jules Simonin (médecin inspecteur). De Verdun à Mannheim, Ethe et Gomery (22, 23, 24 août 1914). Paris : P. Vitet, 1917, 316 p.

19. CHENET Charles (1884-1918) - Médecin auxiliaire (adjudant), 84e régiment d’infanterie. Né le 15 décembre 1884 à Guéméné (Loire-Inférieure). Décédé le 16 novembre 1918 de maladie contractée en service. Mort pour la France. Nantes 1904, matricule 618. Docteur en médecine, 1918 (Faculté de Paris). Interne des hôpitaux de Paris. Aux Med., 213 ; MdH.

20. CHOVE Paul-Alfred (1893-1914) - Médecin auxiliaire, à la division marocaine (adjudant), élève de l’Ecole principale du service de santé de la Marine de Bordeaux. Né le 28 août 1893 à Brest (Finistère). Décédé le 9 septembre 1914 à Sézanne (Marne), suite à des blessures de guerre. Mort pour la France. Aux Med., 215 ; MdH.

21. COLLIN Georges (1884-1917) - Médecin de 2e classe de la Marine, embarqué sur le croiseur Kléber. Né le 24 août 1884 à Vannes (Morbihan). Décédé le 29 juin 1917 à l’hôpital maritime de Brest (Finistère), suite à des contusions multiples reçues sur le Kléber lors de son torpillage (mine dérivante lancée par le sous-marin U 61), le 27 juin 1917 au large des Pierres-Noires (approches de Brest). Docteur en médecine en 1911 (Faculté de Bordeaux) – Chevalier de la Légion d’honneur ? [absent de la Base Léonore] Citation à l’ordre de l’armée navale – « A collaboré activement à l’embarquement des malades. A reçu et porté dans ses bras un blessé atteint d’une fracture de la jambe droite, l’a pansé et fait placer sur un cadre dans la chaloupe. N’a quitté l’infirmerie qu’après l’embarquement de tous les malades. Mort des suites de blessures dues à l’explosion pendant le chavirement du bateau ». Aux Med., 219 ; MdH.

22. COTTELLE Henri-Ernest (1894-1918) – Médecin aide-major de 2e classe (sous-lieutenant), 311e régiment d’infanterie. Né le 9 juillet 1894 à Vannes (Morbihan). Décédé le 25 avril 1918, à Mailly-Raineval (Somme). Aux Med. 223.

23. CROSSOUARD Etienne-Marie (1860-1917) – Médecin principal de 1ère classe des troupes coloniales (colonel), armée française d’Orient. Né le 15 juin 1860 à la Chapelle-Glain (Loire-inférieure). Disparu en mer le 17 février 1917, lors du torpillage par le sous-marin allemand U 65, au large de Malte, du paquebot Athos (754 victimes) – Chevalier de la Légion d’honneur (11 juillet 1902). Aux Med., 227 ; MdH ; Base Léonore LH/634/58.

(A Suivre)

Sources :

Aux Méd. - Collectif. Aux médecins morts pour la Patrie (1914-1918). Hommage au corps médical français. Paris : Syndicat des Editeurs, [ca. 1920-1922], 446 p.


MdHhttp://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/spip.php?rubrique41

Base Léonore - http://www.culture.gouv.fr/documentation/leonore/leonore.htm

Photo : Dans les boues de la Somme, par Gaston Broquet (1880-1947). Localisé dans les jardins de l’hôpital d’instruction des armées du Val-de-Grâce à Paris.

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PAUL HARDOUIN (1874-1956) ET LE SERVICE DE SANTE ALLEMAND

21 Septembre 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes, #Bretagne 1914-1918, #recherche archives documentation

PAUL HARDOUIN (1874-1956) ET LE SERVICE DE SANTE ALLEMAND

Suite [page 8] du rapport de captivité du chirurgien rennais Paul Hardoüin (1874-1956) consacré à sa découverte du service de santé de l’armée allemande.

« II) - Le service de santé allemand sur le front [Beaurieux et Saint-Gilles, mai-juillet 1918]

Je me suis trouvé pendant six semaines sur le front en contact étroit avec le service de santé allemand, et cela a été un de mes grands étonnements, de l’autre côté de la barricade, de voir combien il était défectueux et mal organisé : relève tardive des blessés, traitement d’urgence presque jamais appliqué, pénurie complète d’objets de pansements, d’instruments, de moyen de transport. Jointe à cela, une ignorance absolue par la presque totalité des médecins que j’ai vus, de la chirurgie de guerre actuelle, ablation rare des projectiles et toujours secondaire, débridement incomplet, pas une seule opération d’exérèse des tissus contusionnés, pas une tentative de suture primitive. Plus grave encore, aucune immobilisation des fractures de cuisse [page 9] comme nous l’avons dit plus haut. Enfin aucune notion de procédés de désinfection des plaies par le Dakin [antiseptique à base d’eau de Javel mis au point par Henry Drysdale Dakin (1880-1952)] ou par la méthode de Delbet [utilisation, dès 1915, du chlorure de magnésium comme antiseptique, par Pierre Delbet (1861-1957)]. La suppuration très abondante existait partout. Je dois d’ailleurs dire de suite, que je n’ai pas noté de différence de traitement par les allemands, de nos blessés ou des leurs. Les faits que je leur reproche, me paraissent relever exclusivement d’ignorance, d’un manque complet d’organisation, et non d’un mauvais vouloir pour leurs adversaires. Voici quelques détails intéressants qui permettront de préciser notre jugement sur le Service de Santé Allemand à l’avant. Il ne possédait, à proximité des lignes, aucune organisation importante pour recevoir les blessés. Ceux-ci étaient transportés très loin à l’arrière jusqu’à Laon, soit par camions automobiles à roues non caoutchoutées [cf. in fine, Pour en savoir plus], soit par brancards, soit dans des toiles de tente, soit enfin à dos d’hommes (rapport verbal du commandant Chevalier du 64e Infanterie, blessé le 27 mai, d’une plaie de poitrine et transporté à Laon). Heureusement pour les blessés, l’ennemi a trouvé nos magnifiques installations du front, les postes chirurgicaux avancés et les H.o.E. [cf. 1ère Partie]

A Beaurieux, les blessés ont commencé à arriver le 27 [mai] vers midi. Dans la soirée et la nuit, il en est entré environ 200, tout d’abord des allemands, puis des français et des anglais. Leur nombre, je l’ai dit, n’a pas tardé à atteindre 350. Le premier jour, un seul médecin allemand non chirurgien, assurait le service. J’ai soigné des allemands jusqu’à l’arrivée des blessés français, ensuite je me suis occupé de ceux-ci exclusivement. J’ai demandé au médecin allemand si il ne viendrait pas d’autres des ses collègues pour l’aider, il m’a répondu « pas avant demain, et il est très heureux que vous soyez resté, car vous pouvez vous en rendre compte, pas un seul de nos blessés n’aurait pu être soigné ». Pendant ce temps les blessés s’accumulaient, tous les lits étaient [page 10] occupés, tous les couloirs remplis de brancards se touchant et bientôt dans la cour elle-même une soixantaine de blessés se trouvaient rangés. J’ai réussi à mettre à l’abri tous les Français en utilisant jusqu’aux écuries. Mais j’ai vu des allemands avec des blessures de toute nature, et munis d’un pansement provisoire placé sur le champ de bataille, rester ainsi deux jours et au moins une nuit dehors, sans aucune espèce de soin.

Le 28 [mai] est arrivé un jeune chirurgien de Berlin remplissant les fonctions de consultant d’armée ou de corps d’armée. Je lui ai désigné, sur sa demande, deux blessés allemands atteints de plaie abdominale par balle, blessure de date récente et justifiant une laparotomie immédiate. J’ai assisté à l’opération. Elle m’a montré une très mauvaise technique et un manque complet d’asepsie. Ce chirurgien entre autres choses, après s’être servi d’un instrument, le déposait en dehors des champs opératoires sur le drap non stérilisé, et le reprenait ensuite pour opérer. Il a fait à la paroi abdominale une incision extrêmement étroite de 7 à 8 centimètres à travers laquelle il recherchait l’anse intestinale lésée. Dans l’un des deux cas où je l’ai vu opérer, il n’a trouvé aucune perforation, ce qui ne saurait étonner, et malgré la présence évidente de gaz sortant de l’abdomen, il a refermé le ventre sans rien faire de plus. Au bout de quatre jours seulement un véritable chirurgien est venu ; c’est le seul que j’ai rencontré au front.

Les Allemands ont beaucoup admiré l’appareil d’Ombredanne [appareil d’anesthésie à l’éther conçu (1908) par Louis Ombrédanne (1871-1956)] qu’ils ne connaissaient pas, mais dont ils se sont ensuite servis constamment. Ils donnaient auparavant de l’éther au goutte à goutte, ce qui dépensait une grande quantité de narcotique, difficile à doser et provoquant en général une anesthésie très irrégulière.

[page 11] A St-Gilles au moment où nous sommes arrivés le 13 juin, il y avait environ deux mille deux cents blessés, soit 2000 allemands et 200 alliés dont une vingtaine d’américains et d’anglais. Pendant le courant de juin et jusqu’au 8 juillet, il est passé à peu près 4000 allemands dans l’H.o.E. Le personnel médical comprenait en tout deux ambulances et un G.B.D [(Groupe de brancardiers divisionnaires), équivalent de la Sanitätskompanie allemande]. Ce dernier un peu différent du notre [car probablement associé à un Feldlazaret], comprenait 7 à 10 médecins ; sur ce nombre il y avait parait-il 2 à 3 chirurgiens dont le principal était malade et n’opérait pas. Je ne sais ce que valaient les deux autres, ne les ayant pas vus à l’œuvre. De toute façon il y avait insuffisance absolue de personnel compétent et cela explique le manque de soins qui étaient donnés aux blessés. J’ai dit plus haut dans quel état de saleté et de suppuration ils se trouvaient. En outre ces ambulances ne possédaient pas de matériel chirurgical, ou du moins à peine ce qui aurait été nécessaire pour un tout petit hôpital de blessés légers. Le médecin chef allemand à différentes reprises, a réclamé des instruments de Beaurieux, mais il ne lui jamais été transmis. Lorsque j’avais une intervention à faire, j’étais obligé de prévenir à l’avance la salle d’opération de l’ambulance à laquelle j’étais rattaché. On me prêtait quelques mauvais instruments et je devais les rendre aussitôt après m’en être servi. Si les Allemands n’avaient pas trouvé nos organisations du front, je ne sais comment ils auraient pu arriver à faire même de simples pansements à tous leurs blessés. Nos H.o.E. d’ailleurs ont provoqué chez eux une admiration qu’ils n’essayaient pas de dissimuler, malgré le dépit visible de n’avoir rien de pareil à nous opposer. Notre richesse en matériel de pansements les impressionnait beaucoup et certains qui croyaient la France épuisée, n’ont pu [page 12] s’empêcher d’en faire la réflexion. J’ai eu l’occasion de parler plusieurs fois de l’organisation du Service de Santé ALLEMAND avec le médecin chef. Il m’a demandé comment fonctionnaient nos H.o.E. et comment nous aurions fait dans des circonstances analogues en pays ennemi. Je lui ai alors parlé de nos équipes chirurgicales, de leur fonctionnement, de leur rôle et de la possibilité que nous aurions eue en 48 heures de réunir le nombre de chirurgiens nécessaires au bon fonctionnement normal d’un gros centre de blessés. Il a paru très intéressé et fort étonné.

Leur ignorance en chirurgie de guerre était complète, j’ai déjà signalé plus haut la lenteur des évacuations, l’absence de sutures primitives, la suppuration profuse qui me rappelait les plus mauvais jours de 1914, mais encore, ils ne connaissaient rien de nos procédés si remarquables de désinfection des plaies. L’ablation des projectiles n’a rien de systématique chez eux et les médecins allemands ont été particulièrement surpris de notre luxe d’installation radiographique. Parmi leurs résultats déplorables que je pourrais citer en grand nombre, je signale en passant le cas du lieutenant d’Artoli. Cet officier atteint au genou d’une plaie par balle n’ayant pas intéressé les os, a subi l’ouverture large de l’articulation avec section du tendon rotulien. La plaie opératoire est restée largement ouverte, le genou maintenu en demi-flexion par une gouttière métallique. Je l’ai vu 13 jours après une infection extrêmement grave, fusées purulentes remontant haut à la partie postérieure de la cuisse, état général des plus alarmants. J’ai du faire dans l’urgence une amputation basse du fémur.

Le traitement des fractures du membre inférieur est chez eux absolument déplorable. Les blessés arrivent du front sans immobilisation, et ils n’ont rien qui ressemble à notre attelle de Thomas [mise en place dès 1916, et généralisée jusque dans les postes de secours régimentaires en 1918], dont je leur ai expliqué l’emploi. Puis le blessé débridé [page 13] et pansé est mis dans son lit sans extension, sans immobilisation véritable, la mauvaise gouttière qu’ils emploient quelquefois ne pouvant en tenir lieu. Aussi leur mortalité est-elle considérable, les amputations presque de règle et les résultats éloignés très mauvais chez ceux qui guérissent.

Le médecin chef allemand venant un jour, par ordre, visiter la salle dans laquelle j’avais réuni une trentaine de fractures dont 23 du fémur est resté stupéfait de voir toutes les fractures de jambe dans un appareil plâtré, et les fractures de cuisse en extension parfaite, grâce à une modification intéressante que j’avais adoptée dans l’application de l’attelle de Thomas, sur un plâtre formant spica au niveau de l’aine. Je lui ai également montré plusieurs de ces fractures complètement réduites par huit ou dix jours de traction forte, parfaitement immobilisées dans un grand appareil plâtré prenant à la fois le bassin et tout le membre inférieur avec fenêtre large pour continuer le pansement. Il m’a demandé alors l’autorisation d’amener ses collègues me voir placer des appareils pour fracture de cuisse et le lendemain matin, j’avais le plaisir de montrer aux 10 médecins allemands présents [qu’en] France on savait traiter les grands blessés autrement que chez eux.

J’ai voulu alors par réciprocité voir leurs blessés mais dans tout le service que j’ai visité il n’y avait pas de fractures du fémur et je crois que dans tout l’H.o.E. j’en aurais rencontré très peu. Ceux qui résistent en effet et qui n’ont pas été amputés sont le plus tôt possible embarqués dans des trains sanitaires, munis ou non d’appareils d’immobilisation de fortune et renvoyés à l’Intérieur.

Je voyais tout récemment à Heidelberg un commandant de cuirassiers rentrant en France. Il avait été atteint d’une fracture de cuisse par balle de révolver devant Lassigny et avait eu la chance de ne pas s’infecter. Pendant un mois il a été trainé d’hôpitaux en [page 14] hôpitaux sans immobilisation et il a actuellement une consolidation vicieuse dans laquelle les deux fragments osseux forment un angle de 60 degrés environ ouvert en dedans. Il est inutile je crois d’insister plus longuement. Je ne veux pas évidemment généraliser. Il y a en Allemagne d’excellents chirurgiens mais ils ne sont pas sur le front. Ceux que j’y ai rencontrés ne sont pas instruits de la chirurgie de guerre, ils sont insuffisamment outillés et trop peu nombreux. En arrivant au camp d’Osnabrück l’officier chargé de fouiller mes bagages constatant par différentes notes que j’étais professeur suppléant à l’Université de Rennes, m’a dit d’un air étonné : « Comment se fait-il étant professeur que vous ayez pu être fait prisonnier ? » - « En France lui ai-je répondu les professeurs vont soigner les blessés là où l’on juge qu’il est le plus utile de le faire ».

Ce qui ressort visiblement pour moi du contact prolongé avec les organisations chirurgicales allemandes de l’avant, c’est que la récupération rapide du petit blessé leur importe par-dessus tout, le reste est sacrifié et ils jugent inutile de faire de grands frais pour sauver quelques membres gravement atteints ou des vies trop compromises. C’est d’ailleurs l’avis de tous ceux de mes collègues qui ont travaillé dans les mêmes conditions que moi à Mont-Notre-Dame et à Vasseny [cf. 1ère Partie]. Comme le disait un médecin allemand à l’un d’eux qui me l’a répété : « l’argent que vous dépensez avec une telle prodigalité pour le traitement de ces blessés, nous l’employons nous, à acheter des canons et des mitrailleuses. » Tout le Boche est résumé là. »

Le 8 juillet 1918 le médecin major de 2e classe quitte St-Gilles pour l’Allemagne, via Fismes (camp de prisonniers anglais), Beaurieux, Laon, Hirson (fort) ; il séjournera aux camps de Rastatt (24 juillet) puis Osnabrück (3 août 1918) avant d’être libéré via la Suisse. Il rentre en France le 7 novembre 1918.

Retour à l’H.o.E. de Saint-Gilles…..

Extraits du rapport manuscrit du médecin aide-major de 1ère classe Boulet, de l’équipe chirurgicale n° A 151, en date du 6 avril 1919 que nous avons quitté le 8 juillet 1918 à l’H.o.E. de Saint-Gilles, au départ du docteur Hardoüin pour la captivité [cf. 1ère partie].

« [page 1] (…) Nous restions donc le 8 juillet, 3 médecins français, une infirmière (les deux autres étaient malades), un soldat infirmier pour soigner tous ces blessés. Nous continuâmes les pansements, fîmes quelques nouveaux appareils plâtrés et c’est en excellent état que nos blessés furent successivement évacués du 11 au 13 juillet. Nous restâmes avec trois blessés intransportables. Nous fûmes tous heureux de souffler quelques jours. La nourriture devenait insuffisante et personnellement j’avais la fièvre, de la courbature, explicables par ce surmenage durant depuis plus de six semaines.

Le 15 nous reçûmes dix blessés français ou alliés, puis le 18, une centaine qui nous arrivèrent dans un état épouvantable ; de nombreux blessés des membres inférieurs avaient de la gangrène, d’autres étaient porteurs de myiases de toutes tailles. J’ai le regret d’avoir quelques décès pour gangrène malgré tous les soins et l’amputation. D’autres blessés atteints de gangrène des membres, même de la cuisse et de la région fessière furent sauvés grâce au traitement chirurgical (excisions avec conservation des membres) et à l’injection de 50, 100, 120 cc de sérum de Wassermann [August Von Wassermann (1866-1925)]. Ce sérum m’a paru spécifique dans plusieurs cas, amenant en vingt-quatre heures la chute de la température, faisant se diminuer nettement les tissus gangrénés, des tissus sains et amenant la fonte des tissus suspects. Quant aux blessés porteurs de m[y]iases, les lavages au formol, à la solution [page 2] de Mencière [Louis Mencière (1870- ?)] les en débarrassèrent. Tous ces blessés arrivaient des lignes avec le plus souvent leur pansement individuel parfois recouvert par quelques tours de bande en papier. Beaucoup de fractures étaient sans immobilisation. Aucun pansement sérieux n’avait été fait, à plus forte raison, aucune opération depuis cinq jours qu’ils avaient été blessés. C’est ainsi que je vis un sous-lieutenant français cinq jours après sa blessure, présentant par une plaie au ventre, une hernie d’un mètre cinquante d’intestin verdâtre sur lequel couraient des myiases, cet officier avait eu le courage de rester cinq jours sans boire ni manger. Il était mourant quand on nous l’amena.

Les allemands ne nous avaient plus laissés qu’une salle d’opération et de pansements – ils nous avaient pris celle si bien aménagée par nos dames infirmières. Aussi certains jours fûmes nous obligés de travailler plus de vingt heures, de faire des pansements à la lampe, les allemands éteignant l’électricité de crainte des avions.

Pendant ces journées épouvantables le dévouement de mes collaborateurs fut absolu. Je sais qu’une récompense a été donnée à Madame Legrix, dame de la Croix-Rouge qui fut admirable, j’en demanderai une pour le soldat infirmier Bouligon ? du 408e régiment d’infanterie (déjà quatre fois cité) qui soigna ses camarades jusqu’à l’épuisement.

Le 22 juillet au soir les allemands nous prévinrent que tous les Français valides devaient partir de bonne heure le 23. Tous nos blessés avaient reçus les soins nécessaires, avaient été opérés et étaient en bon état à cette date (…) ».

Le médecin aide-major Boulet quitte à pied l’H.o.E. de Saint-Gilles le 23 juillet 1918 pour Laon via Fismes. Il embarque ensuite en train pour Hirson où il séjourne du 25 au 30 juillet 1918. Il se remet en route pour le camp de prisonniers de Rastatt où il est enfermé du 30 juillet au 4 septembre 1918. A Rastatt il retrouve les médecins faits prisonniers, le 28 mai, à l’H.o.E. de Mont-Notre-Dame lors de l’offensive allemande du 27 mai. Il est ensuite dirigé vers la Prusse Orientale où il est employé au camp de prisonniers de Graudenz (5 septembre-24 décembre 1918) bien au-delà de l’Armistice. Le 24 décembre 1918, avec le médecin major David il est envoyé au camp de Cottbus (Brandebourg) où il soigne les malades français de la « grippe pulmonaire ». Il rentre en France le 7 janvier 1919 via Mannheim ; il se présente à la direction du service de santé de la 1ère région, le 18 janvier 1919.

FIN

Paul Hardouin (1ère partie)

Source : Musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce à Paris, cartons n°634 (dos. Boulet) et n°635 (dos. Hardouin)

Illustration : CPA - Conflans. Embarquement de blessés à proximité de la gare (Coll. particulière, DR)

Pour en savoir plus :

Sur le service de santé allemand (1914-1918)

Sur les erzatz et politiques de remplacement dans l’armée allemande : Laparra Jean-Claude. La Grande Débrouille. Un point de vue iconoclaste sur l’armée allemande 1914-1918. Louviers : Ysec, [2005], 208 p.

A Paraître en octobre 2013, le tome 4 des Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, France sud-est.

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PAUL HARDOUIN (1874-1956), CHIRURGIEN RENNAIS, PRISONNIER DES ALLEMANDS (27 mai 1918).

16 Septembre 2013 , Rédigé par FrançoisOLIER Publié dans #les hopitaux, #les hommes, #Bretagne 1914-1918

PAUL HARDOUIN (1874-1956), CHIRURGIEN RENNAIS, PRISONNIER DES ALLEMANDS (27 mai 1918).

Ce nouveau témoignage d’un médecin prisonnier nous éloigne de l’année 1914 qui vit de longues cohortes de praticiens partir, pour plus ou moins de temps, vers les camps de prisonniers de guerre en Allemagne. Aujourd’hui je présente le rapport du docteur Paul Hardoüin, médecin-major de 2e classe (capitaine), chirurgien consultant du XIe corps d’armée. Ce chirurgien rennais est fait prisonnier, le premier jour de la 3e bataille de l’Aisne (27 mai-3 juin 1918), dans son poste chirurgical avancé situé à Beaurieux dans l’Aisne. Dans la deuxième partie de sa relation il détaille son séjour à l’hôpital d’évacuation (HoE) de Saint-Gilles (Marne) près de Fismes qui a été abandonné par les Français et aussitôt occupé – comme à leur habitude – par les services sanitaires allemands. Cet hôpital d’évacuation de la VIe armée, de 2405 lits n’est pas le seul HoE occupé durant cette offensive qui balaiera la VIe armée avant qu’elle ne se rétablisse ; trois autres HoE d’importance : Montigny, Mont-Notre-Dame (3300 lits) et Vasseny (2640 lits) seront eux aussi abandonnés devant la poussée allemande qui opèrera une brèche de près de 50 kilomètres dans le dispositif français. Soissons est abandonné ; près de 50 000 français sont faits prisonniers. Le dispositif sanitaire français culbuté au long du Chemin des Dames ne se rétablit qu’au début du mois de juin sur la Marne. Le docteur Hardoüin, au-delà des évènements militaires qui l’on conduit à la capture, analyse dans son traditionnel rapport de retour des camps, à l’intention du Sous-secrétaire d’Etat au service de santé Louis Mourier, l’organisation et le fonctionnement des formations sanitaires allemandes qu’il a été amené à côtoyé, de même qu’il compare, sans aménité, les thérapeutiques et méthodes chirurgicales « primaires » toujours employées en 1918 par les « boches ».

Paul Hardoüin (1874-1956) – Originaire de Rennes, Paul Hardoüin fait ses études supérieures à l’Ecole de médecine de Rennes. Interne des hôpitaux (1901) il devient chef de clinique. Chirurgien à la clinique Saint-Yves de Rennes il est chirurgien suppléant à l’Hôtel-Dieu quand survient la guerre. Bien que chargé de famille nombreuse il rejoint le XIe corps d’armée au front où il est fait prisonnier (27 mai 1918). Libéré par les Allemands à la veille de l’Armistice (7 novembre 1918) il poursuit son service à l’hôpital complémentaire n°114 de Rennes jusqu’à sa démobilisation. Il est fait chevalier de la Légion d’honneur, à titre militaire, le 6 juillet 1919. Après la guerre, chef de service à l’Hôtel-Dieu de Rennes (1925) ; il est nommé titulaire de la chaire de clinique chirurgicale à la Faculté de médecine (1931). Il prend sa retraite en 1942 et se consacre alors à des travaux d’érudition et à la recherche historique sur la Médecine en Bretagne.
[page 2] Ier – Capture de l’ambulance [n°12/20] et séjour sur le front allemand.
[Au poste chirurgical avancé de Beaurieux (27 mai-13 juin 1918)]

« Je suis arrivé au Poste chirurgical avancé (P.C.A.) de Beaurieux, rentrant d’une permission de convalescence, le 26 mai 1918 vers cinq heures du soir. En l’absence du Médecin Chef, j’ai pris le commandement de l’ambulance 12/20 comme le plus élevé en grade, et j’ai prévenu immédiatement la direction du Service de Santé du XIe C.A. de mon arrivée. A six heures du soir j’apprenais que toutes les troupes du secteur étaient alertées, et une heure après, vers sept heures environ, un coup de téléphone de la Direction du Service de Santé, me prévenait d’une attaque imminente sur notre front « comme au 21 mars ». Il m’était enjoint de tout préparer pour recevoir éventuellement cinquante grands blessés, ce qui fut fait immédiatement".

Le poste chirurgical avancé (P.C.A.), définition donnée par le médecin général inspecteur Alfred Mignon, dans son ouvrage : Le service de santé pendant la Guerre 1914-1918, Paris : Masson, 1926, III, p. 327-328. – Bataille de l’Aisne (27 mai – 5 juin 1918) « Des postes chirurgicaux avancés, réservés aux grands hémorragiques, aux abdominaux, aux thoraciques suffocants, étaient installés à 4 et 5 kilomètres du front, dans des caves blindées ou dans les creutes dont la région était parsemée. Ils comptaient de 5 à 15 lits et plus, et étaient pourvus d’un appareillage radiologique, d’une équipe chirurgicale, d’un chauffage central. (…) » Derrière ces PCA, dont Beaurieux, l’on trouvait le groupement d’ambulances de corps d’armée (G.A.C.A.) du XIe C.A. puis la chaîne des hôpitaux d’évacuation(HoE) dont Saint-Gilles, près de Fismes (2405 lits) à une vingtaine de kilomètres du front.

"Rien à signaler jusqu’à minuit et demi. A ce moment, les premiers obus à gaz commencèrent à tomber sur Beaurieux. Tout le personnel sanitaire, médecins et infirmiers, prit le masque et se réfugia dans le P.C.A., où bientôt vinrent nous rejoindre environ soixante personnes de la population civile. Impossible d’avoir le moindre renseignement sur ce qui se passait.

Vers cinq heures du matin, un officier, traversant l’ambulance, me dit que les allemands avaient attaqué, mais que les français après avoir reculé, tenaient sur les deuxièmes lignes et qu’il viendrait nous prévenir si la situation s’aggravait. Je ne l’ai pas revu. Le bombardement était toujours intense. Quatre obus de 240 sont tombés dans le voisinage immédiat du P.C.A., deux d’entre eux sur une des baraques Adrian, heureusement vides de blessés, qui se trouvait dans le jardin et qui a été réduite en miettes, le troisième est tombé au milieu de la cour, le quatrième près du portail d’entrée. [page 3] Entre cinq et six heures du matin j’ai essayé à maintes reprises d’obtenir une communication téléphonique avec le service de santé sans y réussir ; d’ailleurs les fils n’ont pas tardé à être coupés. J’ai alors réuni tous les officiers présents en conseil de guerre pour prendre une décision au sujet de la conduite à tenir. A l’unanimité nous avons décidé que nous devions rester à notre poste en l’absence de tout renseignement certain sur la situation, et parce que nous avions reçu l’ordre de préparer cinquante lits pour recevoir des blessés. En outre, l’intensité du bombardement et l’obstruction des ponts de l’Aisne, par les convois en retraite, auraient rendu notre évacuation extrêmement difficile. D’ailleurs j’ai pu m’assurer par la suite que l’avance rapide des Allemands à notre gauche ne nous aurait pas permis de faire ce repli à pied, et nous aurions été capturés sur la route quelques kilomètres plus loin. Par contre, j’ai fait partir immédiatement le camion radiologique avec tout son matériel qui ainsi a pu être sauvé.

J’avais à ce moment à l’ambulance neuf blessés français anciens, couchés, auxquels vinrent s’adjoindre cinq soldats anglais légèrement intoxiqués par les gaz. Une camionnette anglaise entre vers six heures dans la cour. J’en profite pour évacuer les cinq anglais. Il me fut malheureusement impossible de placer les brancards dans la voiture trop petite, et déjà encombrée. Vers huit heures et demie, arriva une autre camionnette française envoyée par la Direction du service de santé de la VIe armée pour chercher l’équipe chirurgicale Combier (A) qui se trouvait avec moi à Beaurieux. Le major Combier, son aide, ses deux infirmiers et ses deux infirmières prirent place dans la voiture. J’ai voulu aussi y faire monter mes deux infirmières. Ces dernières m’ont demandé, avec insistance, de rester avec leur ambulance pour soigner nos blessés. J’ai fait droit à leur demande [page 4]. Enfin j’ai placé dans l’automobile un infirmier alsacien dont le frère déjà tombé aux mains des Allemands avait été fusillé. J’ai su que cette auto avait pu rejoindre St-Gilles après avoir éprouvé les plus grosses difficultés à traverser l’Aisne.

A ce moment le bombardement avait beaucoup diminué. Par quelques soldats anglais en retraite [de la 50e division d’infanterie, PC à Beaurieux], nous avons su que l’ennemi approchait rapidement. J’ai alors rassuré de mon mieux la population civile ; j’ai réuni les infirmiers et je me suis assuré personnellement qu’ils ne conservaient sur eux ni une arme, ni un papier intéressant. Toutes les lettres ont été brûlées. De même, j’ai fait détruire tous les documents importants relatifs à l’ambulance.

Vers neuf heures quinze environ, je suis sorti avec mon assistant l’aide-major Boulet et nous avons attendu, dans la cour, l’arrivée des Allemands. Quelques minutes plus tard, arrivaient des fantassins ennemis, qui après nous avoir mis en joue, ont aperçu le petit drapeau de la Croix-Rouge que le docteur Boulet tenait à la main. Ils se sont alors avancés vers nous, et nous ont dit d’attendre des ordres. Presque immédiatement après un officier prévenu, prenait possession de l’ambulance.

Nous sommes restés soigner les blessés sur le front allemand, du 27 mai au 8 juillet, d’abord à Beaurieux jusqu’au 13 juin, puis à St-Gilles du 13 juin au 8 juillet.

Mon ambulance était ainsi composée à ce moment : Médecin major Hardoüin, chirur. cons. Du XIe C.A. Médecin-chef, aide-major Boulet, aide-chirurgien ; aide-major Mariani ; aide-major Cazals, pharmacien ; Long, officier d’administration gestionnaire. [page 5] L’aide-major Guyot fait prisonnier près de Beaurieux est venu se joindre à nous. En outre deux infirmières étaient adjointes à mon équipe chirurgicale ; Madame Legrix et Mademoiselle Dupuy (B).

Les blessés ont commencé à affluer à Beaurieux à la fin de la matinée et dans l’après-midi. En trois jours leur nombre à atteint environ 350 dont 150 Français, 50 Anglais et 150 Allemands. Le premier jour, j’ai soigné quelques blessés allemands puis dans la suite exclusivement des français. Un médecin divisionnaire et deux majors anglais assuraient le service de leurs blessés.

Je reviendrai plus tard sur le service de santé allemand. Pour nous, nous avons pu soigner nos blessés dans des conditions satisfaisantes, du moins, autant que le permettait l’effroyable entassement de 350 blessés dans les locaux de Beaurieux. Nous avons eu en abondance des instruments et des objets de pansement s appartenant à la formation ; et d’autre part, la saison le permettant, j’avais pu installer dans le jardin à la place des baraques Adrian détruites une de nos tentes tortoises qui me servait parfaitement de salle d’opération et de pansement.

La mortalité de nos blessés et de nos opérés a été très faible en dehors des plaies de l’abdomen et du crâne dont l’évolution comme toujours a été le plus souvent fatale, quoique l’on ait fait. J’ai pu réduire au minimum le nombre des amputations et seuls ont subi l’exérèse quelques blessés, malheureusement relevés trop tardivement et arrivant à l’ambulance sans le moindre espoir de conservation. »

[Le personnel sanitaire de Beaurieux est dirigé vers l’HoE de Saint-Gilles (sud de Fismes)… 13 juin-8 juillet 1918]

« Le 13 juin nous avons été transportés à St-Gilles et j’ai ainsi quitté mon personnel infirmier, dont la conduite dans ces tristes circonstances a été au-dessus de tout éloge et dont le moral s’est toujours conservé parfait même dans les plus durs [page 6] moments. A St-Gilles, j’ai trouvé environ 200 blessés français dans la plus triste situation. Blessés une quinzaine de jours auparavant ils avaient au début été pansés par les Allemands et n’avaient actuellement pour les soigner qu’un seul aide-major français, n’ayant jamais fait de chirurgie et dans l’impossibilité absolue de suffire aux simples pansements nécessités par un aussi grand nombre de blessures. La suppuration était extrême chez tous. Quelques uns, en petit nombre seulement, avaient eu leurs plaies débridées ; la plupart présentaient de la rétention de pus et des températures élevées ; certains n’avaient pas eu de pansements depuis de longs jours. Dans les salles, il régnait une odeur abominable de sphacèle. Enfin les très nombreuses fractures étaient pour la plupart sans aucune immobilisation. En particulier les fractures de cuisse n’avaient pas d’appareil d’extension ou même de simple contention et les quelques gouttières que j’ai vues n’étaient d’aucune espèce d’utilité.

J’ai immédiatement réparti le travail entre mes aides et moi de façon à arriver tout d’abord au plus vite à refaire tous les pansements. Avec l’aide du docteur Boulet, qui m’a suppléé pendant quelques jours d’extrême fatigue, nous sommes arrivés rapidement tous les trajets suppurants et à supprimer les rétentions. Grâce à l’arrivée d’un nouvel aide-major et de deux médecins auxiliaires j’ai pu assurer un service de pansements régulièrement fait dans chaque salle, en me réservant de voir par moi-même tous les cas difficiles au fur et à mesure qu’ils m’étaient signalés. Plus spécialement j’ai assuré le service d’une salle de 40 lits dans lesquels j’ai mis les plus gravement atteints, entre autres toutes les fractures de cuisse au nombre de 23, toutes profondément infectées à l’exception de deux. Grâce aux ressources de l’HoE de Saint-Gilles en matériaux de pansement, [page 7] en appareils de Thomas et en plâtre excellent, j’ai pu, avec l’aide dévouée de mes collaborateurs et collaboratrices, arriver rapidement à immobiliser tous ces malheureux blessés dans de bons appareils d’extension. Après avoir obtenu la réduction de la fracture je suis parvenu à fixer le membre inférieur tout entier en bonne place, grâce à un plâtre solide moulant le bassin, la cuisse et la jambe en entier, ce qui m’a permis au départ de ces blessés pour l’intérieur, d’obtenir pour eux un transport facile, sans douleur et sans danger. Nos résultats ont été excellents, eu égard à la gravité de beaucoup de fracas osseux, à leur infection profonde et au siège souvent très élevé de la plaie. Au moment de notre départ, 8 juillet, toutes les fractures de jambe étaient en bon état et aucune amputation n’avait été pratiquée par nous. Quant aux fractures de cuisse, sur 23, nous avons eu à déplorer une mort par pneumonie, alors que la lésion osseuse, parfaitement immobilisée, allait bien, malgré une suppuration toujours abondante, et deux autres morts après amputation, pour infection qu’aucun traitement ne put enrayer.

Le reste de nos blessés a donné une mortalité extrêmement faible que je ne puis fixer avec certitude puisque je suis parti avant la guérison de la plupart d’entre eux, mais elle n’a certainement pas dépassé les 10 pour cent en y comprenant les blessés le plus gravement atteints. Ce sont là des résultats particulièrement heureux et dûs en grande partie au zèle de tout le personnel que j’avais sous mes ordres ; tout spécialement les deux infirmières qui vous avaient suivis à St-Gilles, Madame Legrix et Mademoiselle Dupuy, ont montré dans les soins qu’elles ont apporté à nos blessés un dévouement inlassable poussé jusqu’aux limites extrêmes de leur force. L’une d’elle Mlle Dupuy a été atteinte le 5 juillet d’un rhumatisme articulaire grave au genou droit, résultat sans [page 8] aucun doute, du surmenage de jour et de nuit qu’elle avait subi depuis le 27 mai.

J’ai quitté St-Gilles le 8 juillet emmenant avec moi les officiers de mon ambulance sauf l’aide-major Boulet maintenu sur place par les Allemands. Une étape à pied nous a conduits à Beaurieux, d’où nous sommes partis le lendemain par chemin de fer dans le fourgon à bagages pour Laon. Arrivés à minuit, nous avons attendu jusqu’à cinq heures du matin un autre train qui nous a emmenés, toujours dans le fourgon à bagages jusqu’à Hirson où nous avons été internés pendant 10 jours dans la prison du fort. J’en reparlerai plus loin.

Le 20 juillet, départ pour Rastatt où nous arrivons le 24, puis nouveau départ le 3 août pour Osnabruck où nous avons séjourné jusqu’au 24 octobre, date à laquelle nous avons été transférés à Heidelberg. Nous avons enfin été rapatriés par la Suisse et nous sommes arrivés en France le 7 novembre [1918]. »

(A Suivre) - Dernière mise à jour : 16 octobre 2013

(A) - Les équipes chirurgicales autonomes susceptibles de renforcer les formations chirurgicales de l’avant, dont les postes chirurgicaux avancés (P.C.A.), ont été créées aux armées en janvier 1917 (circ. n°411-Ci/7). Au 1er mars 1917 elles étaient 360 ; en février 1918, 498.

(B) - Les infirmières : Mademoiselle Germaine Dupuy, de la société de secours aux blessés militaires et Madame Legrip, de l'association des dames françaises (ADF) qui firent l'objet de propositions de citations avec attribution de la croix de guerre en juillet 1918. Dans le bulletin trimestriel de l'association mutuelle des infirmières de la SSBM, n°16, déc.1918, pp. 66-67.

Sources : Arch. Musée du Service de santé des armées au Val-de-Grâce à Paris, carton n° 635 (dos. Hardoüin).

Jean-Loup Avril, notice bio. Paul Hardoüin (1874-1956), dans La Santé en Bretagne, Paris : Hervas, 1992, p. 512 (portrait).

Pour en savoir plus :

Sur le service de santé allemand (1914-1918) :

A Paraître en octobre 2013, le tome 4 des Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, France sud-est.

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IN MEMORIAM – « SANITAIRES » BRETONS 1914-1918

6 Août 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes, #Bretagne 1914-1918

MEDECINS ET « SANITAIRES » BRETONS MORTS DURANT LA GRANDE GUERRE (1914-1918) – lettres A-B.

En marge de la thématique des hôpitaux militaires je propose cet été quelques biographies sommaires sur des « sanitaires » bretons (officiers et troupe) morts pendant la Grande Guerre…

1. ANGER Alexandre François Célestin (1890-1915) – Médecin auxiliaire (adjudant), 126e régiment d’infanterie. Né le 17 juin 1890, à Vitré (Ille-et-Vilaine). Tué à l’ennemi le 7 avril 1915, entre Regneville et Faye-en-Haye (Meurthe-et-Moselle). Recrut. Nantes 1910, matricule 96. Etudiant en médecine (Ecole de Nantes). Aux Méd., 153 ; MDH.

2. ASSICOT Louis Victor François (1874-1916) – Médecin aide-major de 1ère classe (lieutenant), 109e régiment d’infanterie. Né le 9 janvier 1874, à Rennes (Ille-et-Vilaine). Tué à l’ennemi le 18 mars 1916, devant le fort de Douaumont (Meuse). Précédemment blessé le 10 septembre 1914. Recrut. Rennes 1894, matricule 2325. Ancien interne des hôpitaux de Paris, docteur 1902 (Fac. de Paris), médecin à Rennes. Aux Méd., 156 ; MDH.

3. AUFFRET Joseph (1892-1916) – Médecin auxiliaire (adjudant), 37e [ou 8e] régiment d’artillerie. Né le 15 mars 1892, à Guingamp (Côtes-du-Nord). Mort de maladie contractée aux armées le 8 novembre 1916, à Paimpol (Côtes-du-Nord). Recrut. Saint-Brieuc 1912, matricule 1889. Médaillé militaire - J.O., 20 décembre 1917 : « Soldat dévoué ayant toujours parfaitement rempli son devoir. A contracté une grave maladie aux tranchées dans l’exercice de ses fonctions de brancardier qu’il accomplissait avec un zèle et un dévouement inlassables ». Aux Méd., 158 ; MdH.

4. BABIN-CHEVAYE Jean-Baptiste Louis Marie (1893-1917) – Médecin auxiliaire (adjudant), 52e régiment d’infanterie coloniale. Né le 7 novembre 1893, à Nantes (Loire-Inférieure). Décédé le 15 juin 1917, à Paissy (Aisne). Recrut. Nantes 1913, matricule 1254. Etudiant (Ecole de Nantes). Médaillé Militaire – J.O., 1er novembre 1920 : « Sur le front depuis la formation du régiment, comme sergent brancardier, puis comme médecin auxiliaire, a toujours eu une très belle attitude au feu. A été mortellement blessé, le 16 avril 1917, alors qu’avec un beau courage et un sang-froid remarquables, sous une grêle de balles, il se portait au secours de blessés derrière la vague d’assaut. A été cité ». Aux Méd., 159 ; MdH.

5. BACHELET Louis-Albéric (1891-1917) – Médecin auxiliaire (adjudant), 222e régiment d’artillerie. Né le 2[ou 21] août 1891, à Guéméné-Penfao (Loire-Inférieure). Tué à l’ennemi le 23 octobre 1917, à Vaudesson (Marne). Recrut. Guingamp 1911, matricule 1616. Précédemment blessé le 4 septembre 1916, Croix de guerre – J.O., 17 janvier 1918 : « Le 23 octobre 1917 détaché dans une batterie, s’est spontanément porté sur les positions avancées que devait occuper son groupe et y a trouvé une mort glorieuse. Déjà blessé en marchant à l’assaut avec l’infanterie pendant la bataille de la Somme. » Aux Méd., 160 ; MdH

6. BAINVEL Henri Marie Joseph (1892-1915) – Médecin auxiliaire (adjudant), 48e régiment d’infanterie territorial. Né le 25 avril 1892, à Saint-Mars-la-Jaille (Loire-Inférieure). Décédé le 25 juillet 1915, à Saint-Mars-la-Jaille (Loire-Inférieure), en congé de convalescence suite à maladie (Bronchite suspecte et pleurésie). Recrut. Ancenis 1912, matricule 97. Mort pour la France. Aux Méd., 161 ; MdH

7. BENET DE MONTCARVILLE Henri Alphonse Edouard (1887-1915) – Médecin auxiliaire (adjudant), 116e régiment d’infanterie. Né le 20 novembre 1887, à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure). Décédé des suites de ses blessures le 30 mars 1915, à Warloy-Baillon (Somme), ambulance n°7/11CA [ou n°7/22DI]. Recrut. Ancenis 1907, matricule 290. Etudiant (Ecole de Nantes). Croix de guerre, Médaille militaire - J.O., 6 mai 1915 : « Au front depuis le début de la campagne, s’est toujours montré un auxiliaire précieux et compétent pour son chef de service. En maintes circonstances a méprisé le danger en allant secourir des blessés sur la ligne de feu. A été atteint le 29 mars tandis qu’il allait porter secours à un blessé dans les tranchées de première ligne très exposées. » Aux Méd., 168 ; MdH.

8. BILLON Louis Jean-François Marie (1873-1916) – Médecin major de 2e classe (capitaine), 11e région militaire, dépôt de Pontivy du 137e régiment d’infanterie. Né le 14 février 1873, à Quimper (Finistère). Décédé le 18 juin 1916, à Fontenay-le-Comte (Vendée), en congé de convalescence. Mention « Mort pour la France », acte du tribunal de Fontenay-le-Comte du 27 décembre 1918. Aux Méd., 175 ; MdH (« indéfini ».

9. BINET Maurice Victor Aimé (1890-1918) – Médecin aide-major de 2e classe (sous-lieutenant), 231e régiment d’infanterie. Né le 1er novembre 1890, à Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor). Tué à l’ennemi le 27 mai 1918, à Dickebuch [Poperinghe](Belgique). Recrut. Bourges 1910, matricule 1225. Chevalier de la légion d’honneur ? Ne figure pas dans la base Léonore – J.O., 9 janvier 1920 : « Médecin dévoué et consciencieux qui a toujours donné le plus bel exemple de sang-froid et d’abnégation. A été mortellement atteint le 27 mai 1918. A été cité». Aux Méd., 176 ; MdH ; AN base Léonore.

10. BLANCHET Joseph Edouard [Edmond] Eugène (1876-1918) – Médecin aide-major de 1ère classe (lieutenant), « ambulance du Lac de Gérardmer (Vosges) ». Né le 13 septembre 1876, à Lamballe (Côtes-du-Nord). Décédé le 5 juillet 1918, à Pléneuf (Côtes-du-Nord), en permission à son domicile au lieu-dit « bourg ». Docteur (Fac. de Paris, 1902). Médecin à Pléneuf (Côtes-d’Armor). Mort pour la France, acte du 5 septembre 1918. Aux Méd., 178 ; MdH « indéfini ».

11. BLIN Adolphe-Louis (1852-1915) – Médecin major de 2e classe, 10e région militaire. Né le 8 décembre 1852, à Champrépus (Manche). Décédé le 7 novembre 1915, à Rennes (Ille-et-Vilaine). Docteur (1879). Médecin à Rennes (Ille-et-Vilaine). Aux Méd., 179 ; MdH (absent).

12. BLINEAU Paul Samuel Marie (1888-1915) – Médecin auxiliaire, 28e régiment d’artillerie. Né le 8 octobre 1888, à La Montagne (Loire-Inférieure). Décédé le 14 mai 1915, à l’ambulance n° 3/11 de Dernancourt (Somme), des suites de ses blessures. Recrut. Nantes 1908, matricule 1027. Etudiant (Ecole de Nantes). Aux Méd., 179 ; MdH.

13. BLIVET Fulgence François Xavier Louis Marie (1872-1918) – Médecin major de 2e classe (capitaine), 5e région militaire. Né le 2 septembre 1872, à Uzel-près-l’Oust (Côtes-du-Nord). Décédé le 7 octobre 1918, à Auxerre (Yonne). Docteur (Fac. Paris, 1897).Médecin à Saint-Aignan (Loir-et-Cher). Aux Méd., 179 ; MdH (absent).

14. BONHOMME Pierre Marie Joseph (1873-1914). Médecin-major de 1ère classe (commandant), 41e régiment d’infanterie. Né le 21 avril 1873, à Tremblay (Ille-et-Vilaine). Tué à l’ennemi le 18 septembre 1914 à Oulches (Aisne). Recrut. Vitré 1893, matricule 1231. Croix de guerre - J.O., 28 novembre 1914 : « Tué en traversant une zone balayée par les obus pour porter ses soins à des blessés qu’on ne pouvait relever en raison de la violence du feu ». Aux Méd., 182 ; MdH.

15. BRENUGAT Charles Augustin Alain (1872-1918) – Médecin-major de 2e classe (capitaine), ambulance n° 9/22 [ou 248e régiment d’infanterie]. Né le 9 juillet 1872, à Mordelles (Ille-et-Vilaine). Décédé le 20 août 1918 à l’hôpital militaire Desgenettes de Lyon (Rhône) de maladie contractée en service. Mort pour la France. Docteur (Fac. Paris, 1897). Médecin à Corseul (Côtes-du-Nord). Chevalier de la Légion d’honneur (29 décembre 1916, rang du 25 décembre 1916) – J.O., 3 janvier 1917 : « Au front depuis le début des hostilités, s’est fait remarquer par le sang-froid et le dévouement avec lesquels il a donné des soins à de nombreux blessés dans des conditions particulièrement difficiles et dangereuses. A déjà été cité. » Aux Méd., 190 ; MdH ; AN base Léonore, LH/357/63.

(à suivre) lettre C

Sources :

Aux Méd. - Collectif. Aux médecins morts pour la Patrie (1914-1918). Hommage au corps médical français. Paris : Syndicat des Editeurs, [ca. 1920-1922], 446 p. MdHhttp://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/spip.php?rubrique41

Base Léonore - http://www.culture.gouv.fr/documentation/leonore/leonore.htm

Photo : Dans les boues de la Somme, par Gaston Broquet. Jardins de l’hôpital d’instruction des armées du Val-de-Grâce à Paris.

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