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BAPAUME 1914 – MEDECINS FRANÇAIS PRISONNIERS DANS LES FELDLAZARETTE ALLEMANDS (2/3)

17 Avril 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

BAPAUME 1914 – MEDECINS FRANÇAIS PRISONNIERS DANS LES FELDLAZARETTE ALLEMANDS  (2/3)

 

Cet article est le 2e volet de « Bapaume 1914 » faisant suite aux témoignages des docteurs Petel et Samain (voir article du 13 avril 2013). Il est consacré aux médecins français prisonniers qui poursuivirent leurs activités au profit des blessés français regroupés dans les hôpitaux de campagne du IIe corps d’armée de la Ière armée allemande au lendemain des combats de Beugny et de Sailly-Saillisel (25-28 août 1914).

 

Au feldlazarett n°4 de Moislains (Somme) après la bataille.

Extrait du rapport du médecin aide-major de 2e classe Lusseau, évadé des lignes allemandes le 16 septembre 1914, sur les circonstances qui ont accompagné sa captivité et les remarques d’ordre médical qu’il a faites.

« Etant médecin auxiliaire à la compagnie 12/13 du 6e Génie (62e division de réserve), j’ai été fait prisonnier dans la matinée du 28 août 1914, au cours du combat de Moislains (Somme).

J’ai été emmené d’abord dans le village de Manaucourt, puis le 30 août dans celui de Moislains, ainsi que le Docteur Papin, médecin auxiliaire au 5e bataillon du 308e régiment d’infanterie.

A Moislains était installé, dans l’usine de tissage Schwoob, le feld lazaret n°4 du IIe corps d’armée allemand, comprenant 5 médecins, une cinquantaine d’infirmiers ou brancardiers et une garde de police.

En outre de plusieurs centaines de blessés allemands, il s’y trouvait 337 blessés français, dont nous avons dès lors assuré les soins.

Le Feld Lazaret a quitté Moislains le 9 septembre et a été remplacé le même jour par le Kriegs-lazaret correspondant qui y a séjourné jusqu’au 14 septembre. Des 337 blessés français, 263 ont été évacués par l’ambulance allemande : 85 le 1er septembre ; 57 le 7 septembre ; 94 le 8 septembre ; 23 le 10 septembre ; 4 le 14 septembre. D’autre [page 2] part, 24 sont décédés, dont 7 par tétanos.

Je dois dire que les médecin[s] et infirmiers allemands se sont montrés corrects vis-à-vis de nous tous. [souligné dans le texte].

Le kriegs-lazaret a quitté Moislains le 14 septembre avant midi, emmenant son personnel, son matériel, et les blessés allemands, nous abandonnant, les 2 médecins, 10 infirmiers et 50 blessés français, dans le village.

Les 14 et 15 septembre, j’ai pourvu par moi-même à l’alimentation des blessés et du personnel. Puis j’ai réquisitionné 22 voitures ou chariots attelés, et j’ai transporté les blessés à Bapaume, que j’avais lieu de croire inoccupée par l’armée allemande.

Je n’ai laissé à Moislains que 8 blessés, que le docteur Papin et moi considérions comme intransportables. Ils ont été remis aux soins de la municipalité et du médecin civil de l’endroit, Monsieur le docteur Pouret.

Le 16 septembre à midi, tous les blessés étaient remis à l’hospice civil de Bapaume, entre les mains des 2 médecins de la localité.

Considérant dès lors notre tâche comme terminée, nous avons rejoint les lignes françaises et la Place de Paris, qui nous a dirigés sur nos dépôts. – A Angers, le 14 mars 1915. Dr Lusseau. »

 

Au Feldlazarett n°2 de Sailly-Saillissel (Somme)… après la bataille.

« Extraits du rapport du médecin aide-major de 1ère classe Decherf, de l’hôpital auxiliaire n°15 à Besançon sur sa captivité en Allemagne (août 1914-juillet 1915).

A – Violation de la Convention de Genève. – A Sailly-Saillissel nos blessés restent sans soins pendant plusieurs jours jusqu’à l’arrivée du médecin Decherf ; les médecins allemands s’occupent exclusivement de leurs blessés. Plusieurs des nôtres ont des plaies infectées dans lesquelles se trouvent même des vers. Ils ne sont nourris que de pain. Il a été défendu aux habitants de leur porter des vivres, on s’est également opposé à ce qu’on les porte dans les locaux vides. Ils sont parqués dans une cour d’école. (…)

I – Séjour dans les lignes allemandes, du 1er au 5 septembre 1914, à Sailly-Saillissel.

Attaché à l’hôpital militaire de Lille au lendemain de la mobilisation, j’obtins dès le 24 août 1914, l’autorisation de rechercher les blessés sur les différents champs de bataille des environs de cette ville. Je pus ramener ainsi un assez grand nombre de blessés de Wannehain, Cysoing, des environs de Tournai, d’Arras, de Bapaume, de Morval, de Guichy, etc. Le 1er septembre, chargé d’évacuer sur Lille tous les blessés de l’hôpital de Bapaume et des villages environnants, l’adjoint au maire de Bertincourt, commune située au sud de Bapaume, m’apprit que 300 à 400 blessés français (A) se trouvaient sans soins, sans nourriture et sans abri, à Sailly-Saillisel, village situé à quelques kilomètres de là. Nos compatriotes avaient été faits prisonniers par les allemands, faisant partie de l’arrière-garde de la colonne Von Kluck. Je m’y rendis le jour même avec des infirmiers et trois autos chargées de matériel de pansement.

Mon arrivée à 6h du soir, donna lieu, de la part du feldwebel allemand de garde à quelques brutalités à mon égard. Conduit auprès de l’officier du poste, je lui dis avoir reçu l’ordre d’apporter le matériel nécessaire pour donner mes soins aux blessés français dont il avait la garde. Il me demanda des pièces justificatives. Je lui montrai mon ordre de mobilisation. Il me fit loger dans une chambre où se trouvaient déjà cinq officiers français blessés assez grièvement à la bataille de Bapaume le 28 août précédent. (Je retrouvai l’un d’entre eux plus tard à la citadelle de Mayence).

Dès le lendemain matin, je me mis à la besogne avec mes infirmiers et toute la journée fut consacrée à faire des pansements à nos malheureux blessés, délaissés par les allemands. Une partie d’entre eux, les moins gravement atteints étaient parqués dans la cour de l’école, sans avoir l’autorisation de se réfugier la nuit dans les différents locaux. Les autres, les plus atteints, étaient couchés pèle mêle, sur de la paille, dans l’église du village. Comme nourriture, ils n’avaient reçu qu’un peu de pain [n.p., page suivante] et de l’eau. Défense était faite aux habitants de leur apporter des aliments. Aussi, grande fut leur joie de voir arriver notre petite expédition. La population fut autorisée à leur donner des vivres, et dès le lendemain de notre arrivée, tous nos blessés passaient la nuit, dans les différentes salles de l’école, converties en dortoirs improvisés.

Les 2 médecins allemands du poste s’occupaient activement à soigner les blessés allemands, délaissant les nôtres. C’est ainsi que je pus voir plusieurs plaies infectées renfermant des vers.

Tous les blessés furent pansés une ou deux fois, suivant les besoins et toutes les fractures de jambe ou de cuisse reçurent un des nombreux appareils que nous possédions. Je dois rendre cette justice aux 2 médecins allemands du poste, que toute latitude me fut donnée pour panser nos blessés, ils se réservaient les opérations chirurgicales auxquelles nous ne pouvions assister. Un certain nombre de nos blessés présentèrent des signes de tétanos au début, les médecins allemands n’injectaient pas de sérum antitétanique, ils ne croyaient pas, disaient-ils à l’efficacité de ce produit et lui préféraient l’ancien traitement par le ch.. (?) et la morphine. En réalité, par cette façon de faire, ils cherchaient à dissimuler tout simplement leur manque de sérum. Chaque soir à 6h 1/2, un convoi d’autos arrivait dans le village et emmenait à l’hôpital d’évacuation de Cambrai un certain nombre de blessés ; tous les blessés allemands furent évacués avant les nôtres. Je vis partir ainsi 3 tétaniques. Le 5e jour, quand tous nos blessés eurent été évacués, la colonne allemande se remit en marche sur Paris, on me rendit mes infirmiers, mes autos et ma liberté.

A Sailly-Saillissel existait une fabrique de soieries ; le 1er acte des allemands en arrivant dans le village fut d’y mettre le feu.

Je n’avais aucun rapport avec les médecins allemands du poste, toutefois chaque jour vers 5 heures, je les rencontrais dans le village et ils me mettaient au courant des nouvelles de la guerre. (…).

En terminant, je tiens à rendre hommage à toute la population de Sailly-Saillissel qui rivalisa de zèle et de dévouement pour soulager nos blessés. »

 

Le docteur Decherf reprit son service à l’hôpital militaire Scrive de Lille, du 13 octobre 1914 au 7 mars 1915 puis il fut envoyé comme prisonnier de guerre à la citadelle de Mayence, puis au camp de Langensalza, du 7 mars au 17 juillet 1915.

 

A – 880 blessés dont 470 français seront pris en charge au Feldlazarett 2 du IIe corps d’armée allemand à Sailly-Saillisel.

(A Suivre)

 

Sources : Arch. musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce, Paris, cartons n°634 (Decherf) et 637 (Lusseau)

Photo : Carte postale représentant l’usine Schwoob de Moislains (Somme), où s'implanta le Feldlazarett n°4 du IIe corps d'armée allemand.

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BAPAUME 1914 – HOPITAUX DU PAS-DE-CALAIS AU CŒUR DES COMBATS… (1/3)

13 Avril 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

BAPAUME 1914 – HOPITAUX DU PAS-DE-CALAIS AU CŒUR DES COMBATS… (1/3)

Les hôpitaux de Bapaume reçoivent les blessés des combats de Beugny, de Moislains et de Sailly-Saillisel (août 1914).

Je vous propose aujourd’hui le premier d'une série de trois articles sur « Bapaume 1914 » qui traite des hôpitaux de Bapaume à travers les témoignages inédits des docteurs Pétel et Samain. Un second article présentera le service sanitaire des champs de bataille, occupés par les Allemands, de Moislains et de Sailly-Saillisel et de ses blessés abandonnés par centaines durant plusieurs jours ; le troisième, complétera les précédents et signalera deux figures d’aumôniers, celle de l’abbé Soury-Lavergne et celle beaucoup plus controversée – qui se fera un « nom » durant la Seconde guerre mondiale – de Mgr Mayol de Lupé, l’aumônier de la division SS Charlemagne.

A la fin des trois premières semaines de la guerre, les armées alliées retraitaient, pressées par les Allemands. Dans le nord, le groupe de divisions du général d’Amade livrait des combats retardateurs contre l’aile gauche de la Ière armée allemande qui descendait en direction de Paris. Le front était mouvant. Les engagements étaient nombreux et souvent de peu d’importance, le fait de troupes allemandes d’avant-garde qui tâtaient les défenses de villes souvent abandonnées par les troupes françaises. Ainsi Arras était occupée du 6 au 8 septembre avant d’être abandonnée ; Maubeuge et Lille restaient toujours entre les mains des Français. Ces premières semaines furent faites d’indécisions, sans front continu. Les évacuations sanitaires s’effectuaient dans toutes les directions, jusqu’à Amiens, Calais ou Lille. Dans la dernière semaine d’août, des combats meurtriers furent engagés par la 62e division de réserve qui fut pratiquement anéantie aux combats de Beugny (25-26 août), de Sailly-Saillisel (27 août). Les blessés français de ces engagements étaient en partie évacués sur la ville de Bapaume, occupée par les Allemands dès le 28 août 1914.

Ce premier témoignage est celui du docteur Jean Charles Louis Petel (1880-1949) qui exerçait à Calais. Médecin auxiliaire au 33e régiment d’infanterie, détaché auprès du docteur Famechon, médecin chef des salles militaires de l’hospice mixte d’Arras. Le docteur Petel était un chirurgien, ancien interne des hôpitaux de Paris. Le 29 août 1914, Famechon, répondant à un appel au secours du maire de Bapaume dont l’hôpital était débordé de blessés, lui expédie Petel : « 29 août 1914 – (...) A 2 heures, le maire de Bapaume me demandant du secours, je lui envoie en auto le médecin auxiliaire Petel, qui part emmenant sa femme comme infirmière et emportant tout ce que je puis lui donner comme objets de pansement, je sais, en effet, par le maire que de nombreux blessés attendant à Bapaume d’être pansés et transportés (...) »(A)

Témoignage du docteur Petel (B), en date du 28 juillet 1915 [copie d’une lettre adressée au docteur Famechon, médecin-chef des salles militaires de l’hospice mixte d’Arras]

« Monsieur le Médecin principal, Pendant notre premier séjour à Bapaume où il m’est passé 1 200 blessés environ, tous ou presque tous ont pu être évacués sur l’intérieur, malgré la présence des Allemands grâce au concours dévoué des Croix-Rouge de Lille, Roubaix, Nœuds-les-Mines, Douai et Arras.

Les pansements que vous nous avez envoyés et ceux que nous ont apporté les différentes Croix-Rouge, ont été utilisés pour Bapaume, je reçus un mot du curé de Sailly-Saillisel disant qu’il y avait 200 blessés français à Sailly et 480 à Moislains qui manquaient de pansements et de nourriture.

Les dames de Bapaume allèrent porter des vivres et des pansements ; car j’étais trop occupé. – Le lendemain, demandant un sauf-conduit à la Kommandantur, je pus sans trop de difficultés, aller à Sailly-Saillisel où je fus gardé à vue pendant que des religieuses de Bapaume et ma femme (C) distribuaient leurs vivres et leurs pansements.

Quelques jours plus tard, j’obtins un nouveau sauf-conduit et allai jusqu’à Moislains où nous avons trouvé deux médecins auxiliaires (D) soignant 480 blessés et démunis de pansements ; les médecins allemands s’occupaient des blessés allemands et des français qu’il fallait opérer. Je donnai un coup de main à mes deux confrères. Je retournai encore deux fois à Moislains. Mais ce fut tout ; car on me fit comprendre que ma présence n’était pas nécessaire.

Vers le 10 septembre, tous les blessés militaires français étaient partis. Je demandai à un médecin allemand un sauf-conduit pour regagner Arras. On voulait bien me laisser partir, mais en civil [souligné dans le texte]. Je refusai nettement et obtins un sauf-conduit en bonne et due forme.

Le lendemain, quand je partis à Arras, plus d’Allemands. De temps en temps, des patrouilles allemandes circulaient dans les rues… signé : Docteur Petel. Sous copie conforme (…) »

Témoignage du docteur D. Samain, médecin aide-major de 1ère classe, de la 81e division territoriale

Fait prisonnier à Puisieux (Pas-de-Calais) [ca. 4-7 oct. 1914].

« [Extraits, page 5] (…) Transférés à Bapaume avec trois de nos infirmiers nous fûmes placés à l’hospice des Vieillards, des Sœurs de la Charité, qui avait été transformé en partie en hôpital français, et où n’étaient soignés alors que des blessés français. Le médecin chirurgien était le docteur Petel de Calais. La direction du traitement des blessés était laissée aux médecins français mais nous ne pouvions sortir de la Maison à la porte de laquelle était une sentinelle en permanence.

Par suite du grand nombre de combats autour de Bapaume, le nombre des blessés allemands augmentant de plus en plus, ils remplacèrent les blessés français que les allemands évacuaient sur l’Allemagne quelquefois dans des conditions très pénibles. Les médecins allemands s’établissaient dans l’hôpital avec leur personnel d’infirmiers et d’infirmières et au bout de 6 ou 8 jours, ces Messieurs [page 6] nous déclaraient qu’on allait nous renvoyer en Allemagne pour de là être dirigés sur la France par la Suisse. A Bapaume notre nourriture avait été à la charge de l’économe de l’Hospice et des Sœurs de Charité grâce auxquels nous avons connu un Bien être auquel nous n’étions plus habitués. Nous étions restés assez longtemps à Bapaume pour voir expulser de l’hospice, les pauvres vieillards remplacés par les blessés allemands.

Dans une autre formation hospitalière de Bapaume, étaient trois autres médecins militaires français prisonniers (E), auxquels nous fûmes réunis pour être dirigés sur l’Allemagne. Nous faisions partie d’un convoi de blessés transportés dans les wagons ordinaires (32 H – 8 ch.) aménagés avec de la paille. En plus de blessés, ce train se grossit en cours de route d’un certain nombre de prisonniers. (…)»

Ils partent, le 10 octobre 1914, pour le camp de Parchim (Mecklembourg, All.).

(A) Rapport du médecin principal de 2e classe Famechon (Arch. Musée du service de santé des armées, carton n°636) qui fera l'objet d'un article "Arras 1914".

(B) Jean Charles Louis Petel (1880-1949). Engagé volontaire militaire, soldat de 2e classe (9 novembre 1899). Médecin auxiliaire (25 août 1906). Chirurgien. Interne des hôpitaux de Paris. Médecin aide-major de 2e classe (10 mai 1915). Médecin aide-major de 1ère classe (6 mai 1917). Cité à l’ordre du corps d’armée le 10 novembre 1916 : « Chirurgien d’élite dont toute la valeur technique est vraiment remarquable et mise en relief par une énergie à toute épreuve. S’est distingué au début de la campagne en se dévouant au péril de ses jours pour les blessés d’une région envahie, les soignant, en opérant un grand nombre et les évacuant dans les lignes françaises. N’a pas cessé depuis 2 ans de diriger une des équipes chirurgicales du 1er CA dans une ambulance de première ligne toujours exposée. » - Chirurgien de l’hôpital civil de Calais (1926-1943) - médecin capitaine (29 décembre 1926). Radié des cadres de la réserve (18 mars 1938). Croix de guerre 1914-1918 et 1939-1940. Chevalier de la Légion d’honneur (13 juillet 1934). Officier de la Légion d’honneur (22 mars 1944). Sources : Arch. Nat., Base LéonorePhotographie du docteur Petel.

(C) Madeleine Pollet mariée le 2 juillet 1912 à Douai.

(D) Il s’agit des médecins auxiliaires Lusseau du 6e régiment de Génie et Papin du 5e bataillon du 308e régiment d’infanterie (voir deuxième partie).

(E) Il s’agit des docteurs Page, Français et Bailly-Salins (voir troisième partie)

(A suivre) - Bapaume 1914 - Médecins français dans les Feldlazarette allemands

Pour en savoir plus :

Sur le service de santé de l'armée allemande (1914-1918)

Photo : Le collège Saint-Jean-Baptiste accueillit les blessés des combats autour de Bapaume.

Sources : Arch.Musée du service de santé des armées, carton n° 636 (Petel, Famechon et Français), carton n° 639 (Page), carton n° 640 (Samain).

Les monographies des hôpitaux militaires des régions occupées du nord-est, en 1914-1918, seront présentées dans le tome 5 des Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, à paraître aux éditions Ysec de Louviers.

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VALENCIENNES 1914 – HOPITAUX MILITAIRES DU NORD A L’HEURE ALLEMANDE

6 Avril 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

VALENCIENNES 1914 – HOPITAUX MILITAIRES DU NORD A L’HEURE ALLEMANDE

Témoignages inédits sur les « hôpitaux militaires » de Valenciennes occupés par les Allemands (1914-1915).

Valenciennes possédait depuis 1831 un hôpital militaire installé dans l’une des ailes de l’hospice général de la ville. Cet hôpital militaire de 500 lits (1831) allait voir sa capacité réduite au fil des années, à 106 lits (1881), puis à 50 en 1889. Il fut transformé, le 1er janvier 1889, en hôpital mixte dont le fonctionnement releva d’une convention en date du 21 juin 1904. A la Mobilisation de 1914, la Société de secours aux blessés militaires (S.S.B.M.) mettait sur pied de guerre deux hôpitaux auxiliaires (H.A.), les HA n°2 et n°2bis, respectivement dans les locaux du collège Notre-Dame et au lycée de jeunes filles. Le service médical des ces hôpitaux temporaires était confié aux docteurs Mariage, Delarra, Bonneil, Petit, Wacquiez et Cohen assistés des pharmaciens Beck, Chesnel, Hédot et Membré. Le comité S.S.B.M. de Valenciennes pris à sa charge, en 1914-1915, 716 blessés dont 40 décédèrent. Dès novembre 1915, les forces allemandes occupèrent toutes les infrastructures sanitaires de la ville qui fonctionnèrent (Kriegslazarett Valenciennes), jusqu’au 2 novembre 1918, autour d’un noyau central implanté au lycée Henry Wallon (1200 lits, en 1915).

Je propose aujourd’hui quatre témoignages sur « Valenciennes 1914 » et ses hôpitaux, dont le dernier – Widiez – est extrait d’un rapport de la section allemande du service de renseignements français conservé au service historique de la défense de Vincennes.

Rapport du pharmacien aide-major de 1ère classe Ribouillot, affecté à l’hôpital auxiliaire n°2 de Valenciennes.

« Fait prisonnier à Valenciennes à l’hôpital auxiliaire n°2 (où j’avais été affecté le 19 août 1914) (A) lors de l’arrivée des troupes allemandes le 25 août 1914, j’ai continué mon service sous le contrôle des médecins allemands jusqu’au 13 juin 1915.

Après m’avoir fait remettre mon révolver, j’ai été autorisé, [ms. : « au bout de quelques jours »], par le commandant de place Kindzel, au bout de quinze jours à circuler en ville en civil en portant le brassard réglementaire.

Le 13 juin 1915 le docteur Reitnitz m’a prévenu de mon départ pour l’Allemagne le lendemain matin ainsi que celui des infirmiers militaires qui se trouvaient avec moi et des blessés transportables (…). »

Ribouillot est transféré au camp de prisonniers de Wesel en Allemagne.

Rapport du médecin aide-major Barbaux du 27e régiment territorial

« (…) [page 3] A Valenciennes vers 4 heures du matin l’ordre nous est donné de nous replier sur Cambrai en passant par le village de Pamars. C’est là que les premiers coups de feu furent échangés avec le gros de l’armée allemande, j’eus à soigner un adjudant blessé par une bombe d’aéroplane qui tomba à trente mètres de moi. Toujours battant en retraite nous nous dirigions dans la direction du village de Saint-Martin lorsque, arrivés au lieu dit « la fosse aux loups » nous fûmes absolument arrosés d’une pluie d’obus. A ce moment ma voiture médicale était entourée par une centaine d’hommes environ ; c’est peut-être pour cette raison que les allemands tiraient dessus, à un certain moment, un obus ayant éclaté au-dessus de nous je fus couché à terre et j’y demeurai quelques instants sans connaissance ; quand je me relevai je n’aperçus autour de moi que des morts et des blessés. Je pansai avec leurs paquets individuels ceux qui étaient à côté de moi et les aidai à gagner une ferme abandonnée qui se trouvait à proximité. N’ayant pas assez de pansements et cette ferme n’étant pas habitée, je résolus, avec ces blessés et deux brancardiers qui m’accompagnaient de gagner un estaminet situé à cent mètres environ. Pour sortir de la ferme et du réduit où nous nous trouvions il fallait traverser une cour dans laquelle éclataient les obus et enfoncer une porte ; c’est un de mes brancardiers le nommé Boulay du 27e Territorial qui nous facilita cette tâche en allant enfoncer la porte sous la mitraille. Nous sortîmes à grand peine de cette ferme et nous trouvâmes les blessés à plat ventre jusqu’à l’estaminet où [page 4] j’installai un poste de secours provisoire dans la salle du Café avec les pansements des hommes valides qui s’étaient réfugiés là. Je pus panser tous mes blessés et je courais au village proche chercher des voitures pour les évacuer. Deux heures après, sous le feu des allemands qui malgré les fanions à croix rouge que j’avais fabriqués, tiraient sur nous, nous arrivâmes au village de Bermerain où les femmes du pays avaient préparé des lits et de la paille dans la maison d’école ? Pendant 2 jours je restai au village, je changeai les pansements et fus aidé par quelques hommes du pays dont je n’ai eu qu’à me louer. C’est alors que je me demandai ce que je devais faire : devrais-je rester, devrais-je essayer de rejoindre le régiment ? D’abord je résolus de partir, mais m’étant approché des allemands je fus reçu à coups de fusil. Je pensai que déguisé j’aurais des chances de passer et j’empruntais des habits au curé du pays ; vêtu en prêtre, j’allais essayer de passer les lignes lorsque l’idée me vint qu’il m’était impossible de quitter mes blessés avant leur évacuation sur une formation sanitaire régulière. Je repris ma tenue militaire et ayant réquisitionné à grand peine cette fois des voitures dans le village, avec l’aide de quelques soldats valides j’embarquai mes blessés pour Valenciennes où j’arrivai le 27 août et où je fus très bien reçu à l’ambulance de la Croix-Rouge du collège de jeunes filles (B) par Monsieur le docteur Mariage et les Dames infirmières. Je ramenai 29 Français, un civil belge et un dragon anglais.

J’oubliais de dire que pendant notre séjour à Bermerain 70 soldats, un capitaine et un lieutenant non blessés s’étaient [page 5] réfugiés au poste de secours. Pendant leur séjour je réussis à leur procurer la nourriture nécessaire que les habitants leur refusaient ayant peur des représailles. J’ai appris depuis que ces hommes et le capitaine Bellegamba et le lieutenant Crapez du 27e Territ. purent sous un déguisement passer les lignes et rejoindre le régiment. Je tiens encore à dire que j’ai vu combattre ces deux officiers avec leur compagnie pendant une partie de cette triste journée.

Ci-joint un certificat de M. le docteur Mariage qui indique le genre de service que je faisais à l’ambulance. Le lendemain de mon arrivée à Valenciennes, le commandant allemand qui gouvernait déjà la Place vint me voir et me donna les ordres suivants : - « Vous devez rester ici, soigner nos blessés et les vôtres et surtout vous mettre en tenue civile. » Lui ayant fait observer que j’étais médecin et que je désirais rejoindre les lignes françaises il me répondit que je partirais quand bon lui semblerait et que je n’avais qu’à me taire ! J’allais néanmoins tous les 8 jours à la Kommandantur pour réclamer ma liberté. Enfin, au bout de 4 mois, le 2 janvier 1915, on nous promit de nous renvoyer en France par la Suisse ? Trois camarades du 26e Territorial et moi nous partîmes accompagnés de nos infirmiers et deux jours après nous arrivions à Meschede où le commandant du camp nous apprit à notre grande stupéfaction que nous étions prisonniers de guerre. »

Rapport du médecin auxiliaire Buineau du 2e bataillon du 26e Territorial

« J’étais affecté comme médecin auxiliaire au 2e bataillon du 26e Territorial avec comme chef de service le docteur Allée, médecin aide major de 2e classe.

Le 24 août, le 2e bataillon du 26e, défendit contre les Allemands le village de Crespin, sur la frontière belge. J’avais été chargé d’établir un poste de secours [page 2] au-delà de Vicq, sur la route de Crespin et ce jour là, je pus expédier une trentaine de blessés sur les ambulances de Valenciennes, tandis qu’environ 40 autres furent transportés aux ambulances de Blanc-Misseron. C’est à ce combat que fut tué le chef de bataillon, le commandant O’Reilly. Après avoir soigné et évacué nos blessés, nous nous trouvâmes presque seuls au village de Vicq, le Dr Allée, une dizaine de brancardiers et moi. Selon l’ordre reçu, nous cherchâmes à regagner Valenciennes par la route de Fresnes-Auzin mais en arrivant à Fresnes le pont de l’Escaut était occupé par l’ennemi ; nous longeâmes alors la rive droite de l’Escaut pour éviter de tomber entre les mains des Uhlans, mais à peine avions nous fait 500 mètres que nous fûmes assaillis par une vive fusillade dirigée contre nous par les ennemis établis sur l’autre rive. Nous nous réfugiâmes alors dans le ravin et les marais pour nous mettre à l’abri des balles. Nous gagnâmes ainsi le pont de Thiers ; mais là encore nous nous heurtâmes à l’ennemi. C’est là que nous avons assisté à la belle défense du convoi de munitions par une trentaine de Français contre des centaines d’allemands cachés dans les champs derrière les gerbes. La retraite nous étant coupée, nous nous réfugiâmes dans une petite maison située près du pont de Thiers et nous attendîmes la nuit. Vers minuit, conduits par un guide du pays, nous regagnâmes Valenciennes par des sentiers détournés le long du canal de l’Escaut. Nous arrivâmes dans cette ville vers 2 heures du matin le 25 août et nous pûmes rejoindre les débris de notre bataillon réuni au lycée Wallon. Nous repartîmes aussitôt, battant en retraite [page 3] dans la direction d’Aulnay et Famars

A Famars, l’ordre de direction fut modifié parce que l’ennemi occupait avec de l’artillerie la route de Solesmes. Nous revînmes sur nos pas pour gagner Cambrai par Maing et Mouchaux. Nous traversâmes ces deux villages en tiraillant avec l’ennemi, mais sans engagement sérieux. En arrivant à Haspres, nous aperçûmes l’auto de la division ; le lieutenant d’état-major Brau était tué, le capitaine Laurent (je crois) qui était avec lui, gravement blessé. (Il fut dans la suite soigné à Valenciennes et est sans doute actuellement prisonnier en Allemagne). Nous traversâmes le village d’Haspres et c’est à la sortie d’Haspres sur la route de Villers-en-Cauchie que s’engagea le combat vers midi. Nos troupes soutinrent sans fléchir le choc des Allemands tant qu’il n’y eut que la fusillade mais vers 1 H 1/2-2 heures quand le canon se mit de la partie il y eut aussitôt un fléchissement et un mouvement de retraite vers le village, malgré une tentative d’une section de la 5e Cie pour enlever les canons à la baïonnette. A partir de 2 heures, la lutte continua dans le village et ne prit fin que vers 3H 1/2 à 4 heures. Au début du combat nous avions installé un poste de secours à la sortie d’Haspres, au carrefour des routes de Villers et de Saulzoir. Notre poste de secours nous permit de recueillir 35 à 40 blessés. Vers 4H 1/2 nous vîmes les premiers allemands et nous pûmes obtenir de l’officier qui commandait le détachement l’autorisation de transporter le soir même nos blessés à Cambrai ; nous ne pûmes y parvenir car il nous fut impossible de trouver [à] Haspres les véhicules nécessaires. [page 4] Ce retard nous permit de recueillir encore quelques blessés que nous entendions crier dans les champs de betteraves. Nous avions décidé de partir le lendemain matin pour Cambrai, mais le commandant allemand d’Haspres s’y opposa et nous ordonna d’attendre ses ordres. Nous ne pûmes obtenir de partir le 26 août, ce ne fut que le 27 août qu’un médecin major allemand voulut bien s’occuper de nous. Il envoya un express à Valenciennes et dans la soirée des automobiles et des voitures de la Croix-Rouge de Valenciennes vinrent nous chercher. Avant de partir, nous avions fait recueillir les cadavres de nos soldats et nous les fîmes enterrer au cimetière d’Haspres. Parmi eux se trouve le capitaine Debeaux du 26e ; le lieutenant Brau de l’état-major de la division, l’adjudant Glatron du 26e et une trentaine de soldats des 26e, 27e et 127e.

A notre arrivée à Valenciennes nous installâmes nos blessés aux ambulances de la Croix-Rouge qui occupaient le Collège Notre-Dame (A) et le lycée de jeunes filles (B). Le lendemain nous fîmes connaître notre présence au gouverneur allemand de Valenciennes qui nous ordonna de rester là jusqu’à ce que nos blessés soient guéris. (Le service médical de la Croix-Rouge se trouvait à ce moment désorganisé par le départ de plusieurs médecins qui devaient l’assurer ;) Le docteur Allée et moi fûmes chargés du service de l’ambulance Notre-Dame qui comprenait environ 100 lits répartis en 4 salles ; il y avait environ 60 blessés français, 20 anglais et 25 allemands. Un major allemand venait tous les jours visiter l’hôpital et chercher le rapport que nous devions journellement fournir. Jusqu’au 25 septembre nous soignâmes donc blessés allemands et français ; mais à cette date, les allemands ayant évacué 54 de nos blessés guéris [page 5], nous jugeâmes notre mission terminée et nous demandâmes à regagner les lignes françaises. On nous répondit qu’on avait encore besoin de nous et qu’on nous enverrait de nouveaux blessés à soigner. En effet, au moment de la bataille du Nord, vers le 15 octobre, notre ambulance se trouva à nouveau remplie, mais la proportion était de 50 allemands et de 50 français.

A partir de la mi-novembre, notre ambulance se vida peu à peu et vers le 8 ou 10 décembre, nous n’avions plus un allemand et seulement 35 français en voie de guérison. Ceci s’expliquait : les allemands avaient installé au lycée Wallon un Christ-lazaret (sic) [Kriegslazarett] de 1200 lits et ils n’avaient plus besoin de notre ambulance. Par l’intermédiaire du médecin-major allemand, nous demandâmes si nous ne pourrions pas regagner la France. La réponse fut négative : « Vous n’êtes pas prisonniers, nous répondit-on, vous pouvez aller et venir dans la ville ; mais vous ne devez pas aller en France, ni en Belgique, vous devez rester ici ». Le 17 décembre, le médecin allemand vient nous dire : « Le gouverneur de Valenciennes a télégraphié au Ministère de la Guerre et vous pouvez retourner en France par la Suisse ; vous n’avez qu’à dresser une liste de médecins et infirmiers qui désirent partir ». La liste fut remise le jour même à la Kommandantur de Valenciennes. Nous attendions toujours notre départ, mais on répondait à nos demandes que la dépêche attendue n’arrivait pas. Enfin le 1er janvier à 10 heures, on vint nous dire de nous tenir prêts et que nous devions nous rendre le lendemain à 2 heures à la gare de Valenciennes. Nous partîmes donc le 2 janvier 1915, librement sans escorte au nombre de 27 : le docteur Poirier, médecin major de 2e classe du 26e, le docteur Barbaux, médecin aide-major au 27e ; le Dr Allée, médecin aide-major du 26e ; le docteur Buineau, médecin auxiliaire [page 6] et 23 infirmiers et brancardiers du 26e, 27e et 1er Territorial. Jusqu’à Cologne nous pensions bien rentrer en France ; mais là, on nous fit changer de train et au lieu de prendre la direction du Sud, nous prîmes la direction du Nord-Est. Le 3 janvier au soir nous arrivâmes à la gare de Meschede en Westphalie. (…) »

Témoignage du soldat Widiez, ancien infirmier volontaire civil

« Déclarations faites par le soldat Widiez attaché volontaire à la Croix-Rouge de Valenciennes, en qualité d’étudiant en médecine ayant 12 inscriptions, échappé de la dite ville, et arrivé à Guéret le 3 juillet 1915 au dépôt du 127e, via la Belgique, la Hollande et l’Angleterre.

[Extraits] - Hôpitaux. Les Allemands ont, depuis longtemps déjà, organisé le lycée de garçons Henry Wallon en hôpital réservé exclusivement aux blessés allemands (C) et où ils n’emploient qu’un personnel allemand. Ils y ont installé une salle d’opération munie des instruments de chirurgie les plus modernes et une vaste salle de radiographie. Le service se fait par civières depuis la gare jusqu’à l’hôpital et donne lieu, les jours de grandes hécatombes, à un service d’ordre extrêmement rigoureux sur la place de la Gare et dans les rues adjacentes.

On signalait au moment de l’offensive d’Arras vers le mois de Mai [1915], des convois de 15, 20 et même 25 trains de blessés par jour, passant à Valenciennes et se dirigeant vers la Belgique. Les pertes allemandes à ce moment durent être énormes, d’après les dires mêmes d’officiers allemands.

Des trains de cadavres passent fréquemment pendant la nuit, recouverts de plusieurs lits de betteraves pour ne pas attirer l’attention ou bien alors, on les place dans des fourgons entassés debout les uns contre les autres et retenus par des fils de fer. Tous ces cadavres sont conduits vers Maubeuge, Hautmont, Sous-le-Bois, Jeumont pour y être incinérés.

Les Allemands devant l’affluence de blessés se sont emparés de l’hôpital militaire sans toucher à l’hôpital général qui forme l’aile droite du bâtiment.

Vers le milieu du mois de Mai [1915], ils ont confisqué également l’hôpital auxiliaire n°2 [bis] (lycée de jeunes filles) et ont remplacé tout le personnel français qui s’y trouvait (médecins, infirmiers, ambulancières sœurs, économe et concierge) par un personnel allemand. Cette décision brusquée fut vraisemblablement motivée par la crainte de mettre les civils français en rapport avec des blessés français, anglais revenant récemment du front, ayant été blessés le jour même. Il nous était en effet facile de recueillir des renseignements intéressants sur les lignes ennemies.

Lorsque j’ai quitté Valenciennes, c’est-à-dire le 13 juin [1915], il n’existait plus qu’un seul hôpital français, le collège Notre-Dame (A). Encore le service y était-il considérablement réduit. Seuls deux médecins militaires français, le Dr Mariage, chirurgien en chef et 9 infirmières avaient le droit de s’approcher des malades et devaient porter le brassard marqué du sceau de la Kommandantur. Tous les autres brassards étaient supprimés.

Nous n’avions généralement pas à nous plaindre des soins donnés aux blessés alliés, bien que toutefois, dès le début de l’occupation allemande au lycée de jeunes filles, l’organisation fit défaut par suite de la brusquerie du changement et les blessés durent rester deux jours sans pansement. »

(A) Hôpital auxiliaire n°2, de la Société de secours aux blessés militaires (S.S.B.M.), Collège Notre-Dame.

(B) Hôpital auxiliaire n°2bis, de la S.S.B.M., lycée de jeunes filles.

(C) Kriegslazarett Valenciennes.

Sources :Témoignage Widiez : Arch. SHD-Terre, Vincennes, 9NN 7/195. Transmission de l’EMA (2e bureau), section allemande du 31 juillet 1915 adressée à la 7e direction (service de santé) du ministère de la guerre – Arch. Musée du service de santé des armées, au Val-de-Grâce à Paris, rapport Ribouillot, cart. n° 640 ; rapports Barbaux et Buineau, cart. n°634 - Gabriel Piérard, La Croix-Rouge Française dans l’arrondissement de Valenciennes, de 1870 à nos jours, Valenciennes : Comité de la Croix-Rouge, 1963, 180 p.

lien vers le blog d'Olivier Legrand : le 26e régiment d'infanterie territoriale à Haspres.

Photo : L’hôpital militaire de Valenciennes installé dans les locaux de l’hospice général.

Pour en savoir plus :Le service de santé de l'armée allemande (1914-1918)

Les monographies des hôpitaux militaires des régions occupées du nord-est, en 1914-1918, pour la période d'avant l'occupation, seront présentées dans le tome 5 des Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, à paraître aux éditions Ysec de Louviers.

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JACQUES VACHE "EN ISOLEMENT" SUR TREBERON (1915)

22 Mars 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes, #Bretagne 1914-1918

SURREALISME ET HOPITAUX MILITAIRES 1914-1918… DU NOUVEAU !

Jacques Vaché « en isolement » sur l’îlot de Trébéron, en rade de Brest (1915).

Nous retrouvons aujourd’hui Jacques Vaché (1895-1919), « l’évangéliste dada » auquel j’ai déjà consacré deux petits articles sur ce blog (31 décembre 2012 et 1er janvier 2013). Le dépouillement des archives du service historique de la défense, département marine de Brest me permet d’apporter de nouvelles informations inédites sur le séjour de Jack de Nantes à Brest, à partir desquelles, il sera dorénavant possible de dater la correspondance de Vaché écrite de l’îlot de Trébéron où il était hospitalisé.

Le 19 février 1915, Jacques Vaché rejoignait le lazaret de Trébéron situé sur un îlot en rade de Brest. Cette structure sanitaire de 200 lits (1915) relevant du département de la Marine était alors réservée au traitement des militaires atteints de maladies vénériennes et non de convalescents comme il le laisse entendre dans sa correspondance. Population mêlée de marins, de soldats coloniaux et de « Piou-Piou » du 19e régiment d’infanterie de Brest auquel appartenait le soldat de 2e classe Jacques Vaché.

Jacques Vaché est entré le 19 février 1915 à Trébéron en compagnie d’un camarade de 26 ans, du 19e, qui revient du front, Jean Rannou. Ils sont les seuls militaires entrés ce jour-là dans le lazaret, qui accueillit, en février 1915, dix-sept soldats et marins. Une seule ligne sur le registre d’enregistrement de malades conserve la trace du passage de J. Vaché à Trébéron.

VACHE Jacquessoldat 19e ligne20 ansProvient de l’hôpital principal [de la Marine] de Brest – Date d’entrée : 19 février 1915 – Date de sortie : 16 avril 1915 – Nature de la maladie : Orchite blenmorhag. [orchite blennorragique] – Journées d’infirmerie : 44a – Journée d’hôpital : 21 – Total : 21 – Destination à sa sortie : RSS [reprend son service] – Observations [néant].

Quelques pages plus loin dans une note sur le registre, le médecin traitant précisait, le 21 février, que parmi les entrants, conformément à la réglementation des hôpitaux militaires, « aucun malade n’a exprimé le désir d’un envoi du bulletin de santé militaire à sa famille » [du 15 au 21 février]. Ce bulletin, imprimé sous forme de carte postale, permettait en temps de guerre à l’hospitalisé d’informer sa famille et de la rassurer sur sa situation médico-militaire et son lieu d’hospitalisation… Dans le cas de Vaché, le lieu d’hospitalisation, Brest, était connu de la famille ; toutefois, il paraît naturel qu’il ne se soit pas étendu dans sa correspondance sur les raisons de son quasi isolement à Trébéron - où on le donne comme "convalescent" ou soignant une bronchite ? - qu’il décrit comme « un vieux sanatorium, ancien asile de pestiférés, puis de lépreux, puis de tuberculeux » mais dont il taisait la destination d’accueil des vénériens…

Le lazaret de Trébéron accueillit son dernier hospitalisé militaire le 27 septembre 1915 et ferma officiellement ses portes le 21 octobre 1915.

Source : Arch. SHD-Marine Brest, 3F (service de santé), cart. n° 61, art. 3F 560, Trébéron, salle 3, registre de l’enregistrement journalier [de malades (vénériens)], août 1914-décembre 1915, non paginé.

Voir aussi les pages relayées par la Blogosphère sur Jacques Vaché, les articles des 31 décembre 2012 (Jacques Vaché à Nantes) et 1er janvier 2013 (Jacques Vaché à Brest).

et le site incontournable de Thomas Guillemin sur Jacques Vaché : https://jacquesvaché.fr/

Version du 16 février 2018
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LENS 1914 – LES HOPITAUX OCCUPES

21 Mars 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

LENS 1914 – LES HOPITAUX OCCUPES

Témoignages sur l’occupation des hôpitaux de Lens, en 1914

La ville de Lens se retrouva, lors des opérations de « La course à la mer » (19 septembre-15 octobre 1914), au cœur des mouvements franco-britanniques soumis aux pressions incessantes, sur leur droite, des troupes allemandes battues sur la Marne et qui se repliaient sur l’Aisne. Sur la gauche, vers la mer du Nord, les troupes allemandes libérées du siège d’Anvers fonçaient, entre la Lys et la mer, en direction de Dunkerque et de Calais. Il s’ensuivit une course de vitesse entre les belligérants qui à la fin d’octobre constituaient une ligne de feu interrompue. A Lens, les 3-4 octobre, le corps de cavalerie français du général de Mitry ne pouvant se maintenir devant des masses allemandes d’infanterie abandonnait la ville.

Les témoignages sur la prise de Lens abandonnée par les troupes combattantes sont peu nombreux ; j’en propose deux : l’un est celui du médecin-chef de l’hôpital des Mines de Lens, le docteur Bourgain, qui parvînt à s’échapper ; l’autre est celui d’un jeune civil « mobilisé » avant l’heure, Henri Basset, qui put lui aussi rejoindre les lignes françaises pour reprendre la lutte.

Hôpital des Mines de Lens (1914)

« Rapport de captivité de M. le médecin-major de 2e classe Bourgain [adressé] à M. le Colonel, commandant d’armes de la place d’Abbeville, en date du 1er mai 1916.

J’ai l’honneur de vous rendre compte : que me trouvant comme médecin-chef de l’Hôpital des Mines de Lens depuis le 23 août 1914, j’appris le 5 septembre, que les Allemands avançaient de Lille vers Lens. Sachant qu’ils faisaient prisonniers les blessés soignés dans les hôpitaux annexes de Carvin et de Mourchin qui contenaient environ 100 soldats blessés. – L’après-midi, en voulant faire évacuer mon propre hôpital, je fus rejoint sur la route de Lens à Béthune par 5 autos allemandes, mis en joue et conduit avec mon convoi de 48 blessés à Douai.

Dès leur arrivée, après avoir installé mes blessés à l’hôpital de Douai, le soir, je fus interrogé par le général Von Bertrab qui m’annonça que mon convoi et moi étions prisonniers, il me donna un laissez-passer pour me rendre à Lens rechercher les blessés restant à l’hôpital avec mission de les ramener à Douai pour les diriger sur l’Allemagne. Je devais partir avec les troupes allemandes le lendemain à 10 heures du matin. Comme aucune heure n’était marquée sur mon laissez-passer je quittai Douai à sept heures du matin avec mon chauffeur et mon auto et arrivai à Lens où j’évacuai la majorité des blessés de l’hôpital. [page 2]

Le jour même un rideau de troupes françaises s’interposait entre Douai et Lens. Les allemands quittèrent Douai précipitamment, n’emmenant que 12 des blessés que j’y avais laissés la veille. En somme, sur 220 blessés de l’hôpital des Mines de Lens et des hôpitaux annexes, 12 seulement ont été privés de leur liberté. Je pus encore tenir un mois à Lens. Aux combats de fin septembre et début d’octobre, j’assurai le service d’évacuation des blessés.

Le 2 octobre, j’avais 350 blessés dans un hôpital pouvant en contenir 120. Avec les plus grandes difficultés, je vidai l’hôpital par 3 trains d’évacuation, n’y laissant aucun blessé. Dans la soirée du 4 octobre, au moment où les allemands entraient dans Lens comme je ne voulais rien laisser à l’ennemi, je prenais place avec 48 grands blessés dans un train de fortune formé de wagons et d’une locomotive de mines.

J’emportai, avec mon matériel chirurgical et mes pansements, les munitions, armes et équipement des blessés amenés les derniers jours à l’hôpital. – Je reçus le lendemain officiellement pour cet acte militaire, les félicitations de Monsieur le général Couturier, commandant en chef de la région du Nord à Boulogne-sur-Mer ». [Signé : Bourgain].

Pour copie conforme. Le lieutenant-colonel, commandant d’armes – [signé Beaufort].

Hôpital auxiliaire n° 101, Ecole Campan et Institut Michelet de Lens (août-septembre 1914)

« Rapport de captivité du médecin auxiliaire Basset Henri à Monsieur le médecin inspecteur, directeur du service de santé de la région du Nord. Amiens le 6 août 1916.

En réponse à la circulaire du 31 juillet 1916, n° 9297 P, j’ai l’honneur de vous informer que du 6 septembre au 4 octobre 1914, je fus sous la domination allemande.

Je m’étais mis bénévolement au service de Monsieur Brunet médecin chef de l’hôpital 101 à Lens. Nous avons soigné dans les trois premières semaines de septembre des blessés de la bataille de Bapaume, ces blessés appartenaient au 12e corps français.

Lors de l’occupation, des médecins major allemands accompagnés d’officiers de troupe vinrent visiter plusieurs fois l’hôpital, ils nous enlevèrent une fois une douzaine de blessés pouvant marcher et ils les emmenèrent à Arras puis à Cambrai. J’ai retrouvé plus tard le caporal Barrez que j’avais soigné du 338e d’infanterie, il s’était évadé à Cambrai, il me conta que jusqu’alors ils avaient été traités correctement, ils étaient ravitaillés par la population civile.

A la fin de septembre nous évacuâmes l’hôpital.

Au début d’octobre les troupes françaises occupèrent Lens et on ne vit plus de patrouilles allemandes.

Le 4 octobre l’ordre fut donné aux hommes mobilisables [page 2] de quitter la ville. Le service sanitaire de la ville était assuré par Monsieur le docteur Vallois mobilisé et affecté à Lens comme médecin civil. [signé : Henri Basset. Médecin auxiliaire].

Vu et transmis à Monsieur le médecin inspecteur, directeur du service de santé de la région du Nord – « Le médecin auxiliaire Basset, de la classe 1915, n’était pas encore mobilisé à la date, dont il fait mention dans son rapport, c’est comme étudiant civil et donnant des soins bénévoles aux soldats blessés en traitement à Lens qu’il s’est trouvé sous la domination allemande ». – Le médecin chef du Pavillon Duvauchel. Docteur Marcel Sénéchal. »

Hormis ces deux témoignages, il est fait mention dans les archives du musée du service de santé des armées au Val-de-grâce à Paris, d’un troisième récit, celui du médecin auxiliaire Dautrey, lequel, isolé de son unité le 4 octobre, resté caché à Lens, était fait prisonnier le 8 octobre, par les Allemands. Ces derniers le conduisirent à l’hospice de la ville, transformé en feldlazarett (XIVe Armee Korps), où il soigna une trentaine de soldats français dont deux officiers blessés. Le 14 novembre 1914, Dautrey fut envoyé à Mayence en Allemagne ; il y resta jusqu’au 18 juillet 1915, avant d’être libéré comme « sanitaire ».

Sources : Musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce à Paris, carton n°633 (Basset) ; carton n°634 (Bourgain et Dautrey).

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SANITAIRES… ET « PRISONNIERS DE GUERRE »

16 Mars 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes, #recherche archives documentation

SANITAIRES… ET « PRISONNIERS DE GUERRE »

SANITAIRES… ET « PRISONNIERS DE GUERRE » (1914)

Depuis quelques semaines j’ai commencé la transcription de témoignages de personnels sanitaires faits prisonniers par les Allemands, en 1914, lors de la bataille des Frontières : Lille 1914, Montmédy 1914, Sedan 1914, etc. D’autres sont en préparation : Lens, Chauny, Rethel, etc.

Dans ces témoignages les médecins se plaignent d’avoir été faits prisonniers et retenus en dépit des termes de la convention de Genève qui protègent les « sanitaires ». Vous trouverez ci-après un extrait des articles de la convention de Genève révisée qui traite du personnel sanitaire prisonnier.

Convention de Genève, révisée le 6 juillet 1906 :

« (…) III – Du Personnel

Art. 9 – Le personnel exclusivement affecté à l’enlèvement, au transport et au traitement des blessés et des malades, ainsi qu’à l’administration des formations et établissements sanitaires, les aumôniers attachés aux armées, seront respectés et protégés en toute circonstance ; s’ils tombent entre les mains de l’ennemi, ils ne seront pas traités comme prisonniers de guerre.

Ces dispositions s’appliquent au personnel de garde des formations et établissements sanitaires dans le cas prévu à l’article 8, n°2.

Art. 10 – Est assimilé au personnel visé à l’article précédent le personnel des sociétés de secours volontaires dûment reconnues et autorisées par leur gouvernement, qui sera employé dans les formations et établissements sanitaires des armées, sous la réserve que ledit personnel sera soumis aux lois et règlements militaires.

Chaque Etat doit notifier à l’autre, soit dès le temps de paix, soit à l’ouverture ou au cours des hostilités, en tout cas avant tout emploi effectif, les noms des sociétés qu’il a autorisées à prêter leur concours, sous sa responsabilité, au service sanitaire officiel de ses armées.

Art. 11 – Une société reconnue d’un pays neutre ne peut prêter le concours de ses personnels et formations sanitaires à un belligérant qu’avec l’assentiment préalable de son propre gouvernement et l’autorisation du belligérant lui-même.

Le belligérant qui a accepté le secours est tenu, avant tout emploi, d’en faire la notification à son ennemi.

Art. 12 – Les personnes désignées dans les articles 9, 10 et 11 continueront, après qu’elles seront tombées au pouvoir de l’ennemi, à remplir leurs fonctions sous sa direction.

Lorsque leur concours ne sera plus indispensable, elles seront renvoyées à leur armée ou à leur pays dans les délais et suivant l’itinéraire compatible avec les nécessités militaires.

Elles emporteront alors les effets, les instruments, les armes et les chevaux qui sont leur propriété particulière.

Art. 13 – L’ennemi assurera au personnel visé par l’article 9, pendant qu’il sera en son pouvoir. Les mêmes allocations et la même solde qu’au personnel des mêmes grades de son armée. » (…)

Médecin inspecteur Troussaint. La Direction du service de santé en campagne, 2e éd., Paris : Ch. Lavauzelle, 1913, p. 270-271.

Photo : Médecins français prisonniers au lazarett de Konigsbruck (Saxe), en 1914-1915.

(c) Musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 639, dossier du médecin aide major de 2e classe Maurice Picard, du 109e régiment d'infanterie.

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LE PINARD SANITAIRE (suite)

12 Mars 2013 , Rédigé par FO Publié dans #varia

LE PINARD SANITAIRE (suite)

Après le pinard cocardier,

Après le pinard sénatorial,

Vient le temps du pinard sanitaire… dans la guerre 1914-1918.

« (…) Le service de santé, dans la zone de l’intérieur tout au moins, s’est affranchi de l’Intendance en ce qui concerne la nourriture des blessés et des malades. Le « régime » du patient est naturellement au premier rang des préoccupations du médecin. Il est logique que le médecin militaire revendiquât le soin de choisir, de conserver, de préparer l’aliment dont l’assimilation va rendre au blessé le sang qu’il a perdu. C’est ainsi que depuis 1889 chaque hôpital militaire était devenu maître de sa « dépense ». Maître de sa bourse, d’abord, la législation financière d’avant-guerre l’affirme et il faut bien le croire : l’hôpital militaire est un « établissement régi par économie ».Le fait est qu’il reçoit des avances de l’ordonnateur, et, comme la parfaite cuisinière, il fait lui-même son marché. Après le marché, les comptes ; et il justifie, à la fin, ses achats.

Telle est l’organisation du temps de paix. Elle peut convenir à une hospitalisation restreinte, à des ressources multiples, à des prix assez bas. L’idée qu’on se faisait en temps de paix d’une guerre courte l’avait fait maintenir, sur le papier, pour la guerre. La préoccupation de parer au plus pressé, de faire face aux nécessités d’ordre plus directement médical ou chirurgical, l’a fait conserver effectivement pendant la première partie de la campagne. Petit à petit, cependant, les denrées sont devenues plus rares, leur qualité plus irrégulière, les prix plus élevés. Dans chaque place un peu importante, les hôpitaux militaires étaient arrivés à se faire concurrence. Partout ils étaient à la merci des intermédiaires ; nulle part, ils n’avaient la moindre garantie du lendemain. Régime de blocus. On n’en peut sortir que par une centralisation rationnelle. Le service de santé l’a entreprise et l’a conduite, jusqu’ici, à son entière satisfaction.

Il a tenté son premier essai sur le vin. Chaque hôpital l’achetait, sinon au litre ou au tonneau, du moins à courte échéance. Et à chaque renouvellement de marché, les prix étaient plus élevés. Crise de quantité, crise des transports ; surtout spéculation.

En plein pays de l’Hérault, à Béziers, patrie d’Ajalbert, un chai assez moderne, a été réquisitionné. L’outillage du chai perfectionné et développé jusqu’à, tripler le rendement, pourrait débiter aujourd’hui jusqu’à 50 000 hectolitres par mois. Les besoins mensuels du service de santé ne dépassent pas 20 à 30 000. Ils sont donc largement assurés. Ils le sont aussi à meilleur compte et avec du meilleur vin. C’est la réquisition qui le fournit. Des wagons-réservoirs qui l’amènent de la propriété sont vidés, sans avoir quittés la gare de Béziers, au moyen d’une tuyauterie de cuivre qui le conduit dans les cuves de verre du chai. Le laboratoire s’en saisit, l’échantillonne, l’analyse ; et, d’après sa teneur, ses caractéristiques, ses vertus essentielles, décide son coupage. Des pompes électriques l’aspirent et le montent au sommet de l’édifice. Il en redescend en se filtrant et va se marier dans une autre cuve au cru qui a été choisi pour corriger son degré ou son acidité. Le voici prêt et déjà les pompes l’ont repris et le refoulent par une deuxième tuyauterie souterraine, en pleine gare de Béziers, sur le quai d’embarquement du commerce, où six robinets permettent de charger six wagons-réservoirs à la fois. Dans chaque région militaire, un ou plusieurs entrepôts ont été installés qui l’attendent. Il y séjournera un mois environ, en demi-muids, avant d’être livré en tonneaux à la cave de l’hôpital. L’hôpital a les tonneaux ; l’entrepôt régional les demi-muids ; le chai de Béziers les wagons-réservoirs. Tout ce matériel circule, est entretenu ; toutes ces opérations sont conduites parles soins, sous la surveillance d’un personnel technique éprouvé, qui n’a donné lieu, depuis l’origine, qu’à des éloges. Tous frais largement comptés, l’économie réalisée est d’environ sept millions de francs par an. Jamais, surtout, nos poilus n’ont bu pareil pinard… »

Olivier JALLU. Denrées d’alimentation et objets de consommation, dans Science et Dévouement, Paris : éd. Quillet, 1918, p. 67-69.

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ô Pinard sanitaire !

10 Mars 2013 , Rédigé par FO Publié dans #varia

Le Pinard sanitaire ou Quand le service de santé s'en mêle... (1914-1918)

« Pour assurer son ravitaillement, le Service de santé avait même créé des entrepôts de vins et des magasins d’approvisionnements en denrées de consommation, si bien organisés et qui avaient rendu de tels services que, en septembre 1918, le Ravitaillement obtint de se les annexer pour assurer l’alimentation de toute la population civile et militaire (…) »

Jean-Lorris. Musée du Val-de-Grâce, dans Science et Dévouement, Paris : éd. Quillet, 1918, p.299

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(Photo gauche) - Magasin d'approvisionnement du service de santé de la 7e région militaire, à Besançon - La sortie de l'entrepôt de vins. - (Photo droite) L'entrepôt  répartiteur des vins du service de santé de la 15e région à Aimargues (Gard)(Photo gauche) - Magasin d'approvisionnement du service de santé de la 7e région militaire, à Besançon - La sortie de l'entrepôt de vins. - (Photo droite) L'entrepôt  répartiteur des vins du service de santé de la 15e région à Aimargues (Gard)

(Photo gauche) - Magasin d'approvisionnement du service de santé de la 7e région militaire, à Besançon - La sortie de l'entrepôt de vins. - (Photo droite) L'entrepôt répartiteur des vins du service de santé de la 15e région à Aimargues (Gard)

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TRAINS SANITAIRES – IDENTIFICATION DES EVACUES (1916)

9 Mars 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #recherche archives documentation

A plusieurs reprises sur le forum Pages 1914-1918 des intervenants ont signalé la difficulté de retrouver la trace de soldats blessés ou malades évacués par trains sanitaires ; les fonds documentaires détenus par le service des archives médicales et hospitalières des armées étant signalés comme « lacunaires »... Dans les faits la réglementation administrative concernant l’enregistrement des évacués à bord des trains sanitaires a évolué durant la guerre dans le sens d’une simplification des écritures. C'est à mon avis, pour cette raison que la documentation administrative fait parfois défaut. D’août 1914 à octobre 1916 – « réglementairement » - l’on peut trouver par train sanitaire des « carnets de passage » où sont inscrits tous les évacués embarqués. A compter d’octobre 1916 (cf. infra) cet enregistrement est supprimé. Pour trouver trace de l’évacué il faut dorénavant se reporter 1) - aux « feuilles d’évacuation » qui accompagnent le train sanitaire et qui sont retournées aux hôpitaux d’évacuation (HOE) d’origine du chargement, dès la fin de mission ; 2) - aux « listes de blessés » (classés par wagon !) dont les souches sont conservées dans les archives des trains sanitaires. (Instruction provisoire sur les évacuations par voie ferrée…, du 15 décembre 1916, annexe II).

Ces « feuilles » et « listes » volantes, de conservation plus difficile que les « carnets de passage », ne nous sont pas toutes parvenues...

Trains sanitaires – Suppression des carnets de passage (1916)

« Le sous-secrétaire d’Etat au service de santé militaire à M. le Général, commandant en chef les Armées Françaises (Direction de l’Arrière)

N° 15512 C/7 du 7 octobre 1916

Objet : Suppression de la tenue des carnets de passage dans les trains sanitaires.

L’exécution du service médical au cours des évacuations ne permet pas d’exiger et d’obtenir la tenue exacte et complète des carnets de passage, dans les conditions prescrites par votre Instruction du 19 juillet 1915 sur le service de l’identification des blessés. Le Bureau des Renseignements aux Familles consulté me fait connaître, qu’il ne dépouille jamais et ne collationne pas les fiches de carnets de passage qui lui sont adressées par les Médecins chefs des trains d’évacuation.

Dans ces conditions, j’estime inutile de maintenir les prescriptions relatives à la tenue du carnet de passage dans les trains d’évacuation, et d’imposer à ces formations sanitaires une augmentation de travail, une perte de temps, une dépense d’imprimés non justifiées par un résultat appréciable.

En conséquence, j’ai l’honneur de vous demander de bien vouloir prescrire la suppression de la tenue des carnets de passage dans les trains sanitaires. Signé : Justin Godart.

[Ms.] N° 3193/DA du 10 Oct. 1916 – Copie conforme notifiée pour exécution aux DES et commissaires régulateurs – Signé : Ch. Payot. »

Nota : Pour les chercheurs intéressés par les trains sanitaires de la Grande Guerre, voir le dossier thématique sur les évacuations sanitaires par voie ferrée dans le tome 2, p. 26-46. On y trouvera, au-delà d'un Historique traditionnel, les principales modifications au régime des évacuations sous la forme d'un Précis d'organisation et de fonctionnement..

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MONTMEDY 1914 – HOPITAUX MILITAIRES DE LA MEUSE DANS LA BATAILLE DES FRONTIERES

2 Mars 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

MONTMEDY 1914 –

La place forte de Montmédy disposait en 1914 d’une importante garnison de 3500 hommes dispersée entre la citadelle et de nombreux ouvrages extérieurs destinés à « empêcher toute attaque de vive force ». La garnison comprenait un bataillon du 165e régiment d’infanterie, un bataillon du 45e Territorial, deux batteries du 5e régiment d’artillerie de forteresse, d’importants détachements du génie, de chasseurs forestiers, de gendarmes, de douaniers et d’infirmiers militaires. Dès le déclenchement de la mobilisation, en application du Plan XVII, les troupes de couverture françaises se mirent en place pour permettre la concentration du 2e corps d’armée (QG à Louppy-sur-Loison). A compter du 10 août les combats s’intensifièrent en Belgique puis sur la frontière, au nord de Montmédy (10-25 août). Le 24 août la gare de Montmédy était évacuée, puis, le 27, c’était au tour de l’ensemble de la garnison de prendre la route de Verdun après avoir détruit ses armements et ses approvisionnements. Le 29, cette troupe qui retraitait prudemment à couvert des bois engageait à Brandeville et Murvaux, au sud de Montmédy, un combat perdu d’avance contre un ennemi supérieur en nombre.

Le 29 août 1914 les Allemands entraient à Montmédy.

« Rapport établi par le médecin-major de 1ère classe Thirion Rémy Edouard au sujet de sa captivité, [daté de Toul, le 11 mars 1915]

Après avoir été affecté à Verdun depuis 10 ans, depuis le 7 mars 1904, avec le grade de médecin-major de 1ère classe, j’ai demandé en février 1914 à faire valoir mes droits à la retraite et ai été rayé des contrôles de l’armée active le 23 juin 1914.

En quittant mon régiment, j’avais désigné pour y recevoir les notifications relatives à ma pension de retraite et à mon emploi à la mobilisation :

1°) Montmédy de juillet au 1er septembre

2°) Nancy, 108 quai Claude Le Lorrain, à partir du 1er septembre.

Le 2 août, n’ayant rien reçu, je me suis mis à la disposition du gouverneur de Montmédy, qui m’a attribué l’emploi de médecin traitant à l’hôpital militaire (Ville Basse).

Le même jour arrivait à Montmédy le médecin-major de 1ère classe de territoriale Prévost (A), désigné comme médecin-chef de la Place et de l’hôpital militaire.

Lorsque après la retraite du 2e corps, dans l’attente du bombardement, les deux autres médecins affectés au service hospitalier de la Ville Basse se rendaient dans la forteresse avec presque tout le personnel infirmier, je restai à la Ville Basse pour y assurer le service médico-chirurgical ; je n’ai en réalité été médecin chef de service qu’à ce moment, c’est-à-dire du 25 au 27 août inclus.

A la date du 25 août 1914, la Ville Basse possédait trois hôpitaux : l’hôpital militaire du temps de paix, annexe de celui de Sedan, l’hôpital complémentaire de l’école supérieure et l’hôpital auxiliaire de la Croix-Rouge près de la sous-préfecture (B)(C).

La plupart des malades et des blessés (ceux-ci venaient des petits combats des environs et surtout de la bataille livrée en Belgique, à Virton...) avaient [page 2] été groupés à l’hôpital militaire qui abritait 95 malades sur 150 y compris six officiers.

L’hôpital auxiliaire venait de recevoir d’une ambulance du 2e corps (D), 3 infirmiers et un étudiant en médecine qui ne devaient pas s’abriter dans la forteresse. Un capitaine de chasseurs à pied hospitalisé le 25, huit jours après ses blessures, a succombé dans la nuit du 26 au 27 à des accidents septicémiques. Aucun autre blessé n’inspirait des inquiétudes immédiates.

Le 27 août dans l’après-midi, quand l’abandon prochain sans combat du fort fut connu, le service médical hospitalier regagna son poste et je cessai d’être médecin chef de service de la Ville Basse (E).

Le 29, l’ennemi prenait possession de Montmédy, mais le service hospitalier continua à fonctionner comme auparavant pendant une huitaine de jours (F).

Le 7 septembre, le médecin-chef de la Place était dirigé sur l’Allemagne (G) et j’étais maintenu dans mes fonctions de médecin traitant pour les blessés français à l’hôpital militaire, fonctions que j’ai conservées jusqu’au 23 octobre.

L’hôpital de Montmédy, peu éloigné du front, ne devait en principe recevoir désormais que des blessés devant être rapidement évacués sur les hôpitaux du territoire allemands. Les blessés les plus gravement atteints, - au nombre de cinq – n’ont été évacués qu’en octobre ; les autres avaient été successivement évacués, après mon avis, par train sanitaire improvisé ou permanent ; le 23 octobre, des premiers blessés d’août, il ne restait plus qu’un officier atteint de paraplégie due à des lésions de la moelle par balle. Ils étaient remplacés en partie par de nouveaux blessés français appartenant aux corps d’armée qui formaient la défense mobile de Verdun ; il y a eu ainsi toujours un effectif moyen d’une vingtaine de blessés jusqu’à la 2e décade d’octobre ; plusieurs centaines de blessés se sont succédés rapidement en sept semaines.

Le 10 septembre, j’ai eu l’honneur de trouver parmi eux, Mr le médecin principal Simonin (H), du Val-de-Grâce, blessé dans la région du genou droit ; il était accompagné d’un médecin aide-major, d’un médecin [page 3] auxiliaire, d’un artilleur non blessés.

Les blessés français étaient indifféremment répartis dans les trois divisions [allemandes], au rez-de-chaussée, au 1er étage où se trouvaient des lits de troupe et au 2e étage aménagé ave des lits de troupe... Chaque division était dotée de deux médecins, soit avec le médecin-chef, 7 médecins pour l’hôpital militaire ; de plus il y avait en dehors du personnel médical hospitalier, des spécialistes pour les yeux, les oreilles, les affections nerveuses, contagieuses, pour la radiographie ; il y en avait même pour les opérations et les autopsies délicates. Un service dentaire avait été installé dès les premiers jours pourvu comme les services chirurgicaux, d’un arsenal des plus complets. Comme les autres médecins traitants, je soumettais à l’examen de ces spécialistes, mes malades, lorsque je le jugeais utile...

Le 23 octobre au matin, le médecin-chef m’a communiqué une note du ministère de la Guerre allemand prescrivant mon envoi en Allemagne ; je devais partir le même jour, vers midi. J’ai été mis en route en même temps que deux étudiants en médecine, lesquels comptaient sur un prochain retour en France ; j’en ai été séparé à Thionville, d’où j’ai gagné isolément le camp d’Ohrdruf (Thuringe). Là j’ai retrouvé dix médecins et deux pharmaciens arrivés de la veille ; ils avaient été depuis la fin d’août, employés aussi au traitement des blessés à Givet, Charleville... (...)

[copie] datée de Clairvaux, le 30 août 1916»

Il quitta le camp de prisonniers le 20 novembre et repassa la frontière française, via la Suisse, le 23 novembre 1914.

Le service de santé de la place forte de Montmédy (après le 27 août 1914) dans les combats de Brandeville et Murvaux (Meuse).

« Rapport de captivité du médecin auxiliaire Déhérain François du 45e Territorial de Montmédy. Fait prisonnier le 29 août 1914. Libéré le 15 juillet 1915, actuellement de service à l’hôpital temporaire 75 à Vichy.

La garnison de Montmédy évacua le 27 août au soir la forteresse pour tenter de regagner Verdun à travers les bois de la Woëvre.

Le 29 août au matin, elle entra en contact avec l’armée du Kronprinz entre Brandeville et Murvaux et fut en quelques heures massacrée ou prisonnière.

Ayant eu à m’occuper immédiatement de nombreux blessés, je formai un poste de secours sur le bord de la route. Je réussis par des observations violentes faites en allemand à protéger mes blessés contre les soldats allemands qui tiraient sur eux à travers les buissons. Je n’ai pas eu à me plaindre dès ce moment de l’ennemi. Le transport des blessés fut retardé par le défilé de l’armée ennemie sur cette même route. J’obtins pour eux de l’eau et du café. Le lendemain ils furent [page 2] soignés dans l’église de Brandeville. La formation sanitaire d’origine wurtembourgeoise fut à mon égard pleine de prévenances, de même durant mon séjour à l’hôpital installé au château de Loupy et où l’on me pria de rester jusqu’au 15 août (sic) [septembre] pour soigner les Français au nombre de 70 ou 80. Toutes les opérations furent faites avec une grande compétence et en temps utile. L’hôpital de Loupy fut évacué par suite de la bataille de la Marne. Je fus emmené à la forteresse de Montmédy et enfermé avec des officiers prisonniers. J’allais deux fois par jour soigner des soldats français blessés au nombre d’une centaine, mais sans moyens matériels suffisants, par suite du manque de contact avec le personnel médical allemand.

Tous les médecins rencontrés jusque là m’affirmaient que j’allais être rapatrié par la Suisse. Je partis le 19 septembre pour l’Allemagne, dans un wagon à bestiaux avec de nombreux blessés. (…) »

Le médecin auxiliaire Déhérain fut enfermé au camp de prisonniers de guerre de Halle-sur-Saale jusqu’au 11 juillet 1915 ; dans ce camp il retrouva de nombreux médecins français, dont ceux de la garnison de Sedan (Aubertin, Abd-El-Nour, etc.).Voir mon article sur SEDAN 1914.

Notes :

(A) - Le médecin-major de 1ère classe Prévost a laissé un rapport de captivité, daté du 12 août 1915, qui est archivé au musée du service de santé des armées, carton n° 639. Dans ce rapport, complémentaire de celui du docteur Thirion (carton n° 641), j’emprunterai les éléments concernant Montmédy antérieurs au 25 août 1914. Le docteur Prévost signalait que les premiers blessés, au nombre de 30 à 40, arrivèrent le 10 août 1914, après le combat de Pillon-Mangiennes.

(B) - Le médecin-major de 1ère classe Prévost précisait que l’hôpital militaire et l’hôpital complémentaire de l’EPS de garçons disposaient de 150 lits ; celui de la Croix-Rouge (salle des fêtes), de 50 à 60 lits ; la forteresse de Montmédy (Montmédy-Haut) quant à elle possédait un hôpital de siège de 50 places qui ne fonctionna pas. « A partir du 22 août, tous les lits sont constamment occupés, malgré de très nombreuses évacuations sur Mézières et Laon ».

(C) - Le médecin inspecteur Cahier (1857-1926), directeur du service de santé de la 4e armée, mentionnait dans son Journal des marches et opérations (Arch. SHD Terre, 26N 33/10, fol. 9), à la date du 22 août 1914, la capacité hospitalière de la place forte de Montmédy : « Hôpital militaire, 92 lits ; hôpital temporaire, 63 lits ; infirmerie de fort, 50 lits, dépôt d’éclopés (caserne), 600 places ».

(D) - Formations sanitaires du 2e corps d’armée à Montmédy - L’ambulance n°8/[2] est en charge du dépôt d’éclopés de Montmédy. « A 23 heures, ordre est donné au médecin-chef de l’ambulance n°2/[2] de mettre tout son personnel à la disposition du service de santé de la Place en vue de l’évacuation des blessés sur Montmédy ». Le 25 août 1914, « L’ambulance n° 4/ [2] après avoir assuré l’évacuation de 40 de ses blessés et fait transférer à l’hôpital de Montmédy ses blessés inévacuables rejoint l’ambulance 8. Elle laisse sur l’ordre du Directeur à l’hôpital de Montmédy, 1 caporal et six infirmiers. » (Arch. SHD Terre, 26N 105/1, 22, 23 et 25 août 1914).

(E) - « La garnison toute entière a quitté cette ville le 27 août vers 20 heures pour se diriger vers Verdun », in rapport Prévost, op. cit., p. 2.

(F) - « Les Allemands occupèrent la ville le 29 août, vers 3 ou 4 heures du matin. » (…). Les médecins allemands (XII AK Wurtembourgeois) arrivèrent le 1er ou le 2 septembre. Archives du musée du service de santé des armées, carton n° 637, rapport Lassaux, daté du 5 août 1915, p. 2.

(G) - Départ à 14 h. avec un pharmacien (Vasseur), un officier d’administration (Lassaux) et quelques blessés pour Ingolstadt (All.), où ils arrivent le 10 septembre vers 10 heures. In rapport Prévost,op. cit., p. 3.

(H) - Sur le médecin principal de 1ère classe Jules Simonin (1864-1920), professeur au Val-de-Grâce, médecin divisionnaire de la 7e division du 4e corps d’armée, qui n’est pas très disert dans son rapport (carton n° 640) sur ses conditions de séjour comme prisonnier blessé à Montmédy. L’on sait seulement qu’il y fut, très correctement, traité par le docteur Mann avant son transfert à Mannheim (Grand Duché de Bade). On lui connaît un ouvrage de souvenirs : De Verdun à Mannheim, Ethe et Gomery (22, 23, 24 août 1914). Paris : Vitet, 1917, 315 p. dans lequel il relate le massacre des « sanitaires » de sa division survenu à Ethe et Gomery (Belgique).

Sur Montmédy 1914-1915 : Errard Paul. Montmédy du 1er août 1914 au 1er juin 1915, dans le bulletin de la société des naturalistes et archéologues du Nord de la Marne, 1959, 73-105 [en ligne].

In Memoriam : DUPUY Maurice Jean Raoul (1882-1914). Médecin aide-major de 1ère classe (lieutenant) au 251e régiment d'infanterie. Né le 4 décembre 1882 à Lyon (Rhône). Décédé de ses blessures, le 22 ou le 26 août 1914 à Montmédy (Meuse). Classe 1902, matricule n°74 au corps. Mort pour la France. Croix de Guerre - JO, 12 décembre 1914 : "A fait preuve du dévouement le plus absolu en se prodiguant au milieu des points de chute des projectiles. A été grièvement blessé, au moment où, penché sur un homme qui venait d'être atteint, il s'apprêtait à le panser." (Aux médecins morts pour la Patrie..., p. 252).

Sources : Arch. Musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce, à Paris, cartons n° 635 (Déhérain), 637 (Lassaux), 639 (Prévost), 641 (Thirion).

Mise à jour : 1er décembre 2013.

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