Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
hopitauxmilitairesguerre1418.overblog.com
Articles récents

HAUTE-SAVOIE – Hôpitaux militaires (1914-1918)

10 Juin 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

HAUTE-SAVOIE – 14e région militaire - Hôpitaux militaires dans la guerre 1914-1918, tome 4, p. 235-236.

Haute-Savoie : Annecy – Etrambières – Evian – Faverges – Rumilly – Saint-Sigismond – Thonon-les-Bains.

Les communes étudiées dans le tome 4 comprennent, suivant le cas : une notice hospitalière (localisation géographique – dates d’ouverture et de fermeture – nombre de lits) sur les hôpitaux militaires français, allemands et alliés étudiés ; un indice HOPMIL, auxquels s’ajoutent, suivant les formations, des développements historiques, un descriptif de marques postales sanitaires connues, des illustrations : photographies, cartes postales et marques sanitaires.

Tome 4 - François Olier et Jean-Luc Quenec’hdu, Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-198, tome 4, France sud-est, édit. Ysec Louviers, 2014, 336 p. (1950 hôpitaux et annexes, 950 illustrations)

Répertoire des hôpitaux militaires (500 communes) : Allier, Alpes-Maritimes, Ardèche, Basses-Alpes, Bouches-du-Rhône, Cantal, Corse, Drôme, Gard, Haute-Loire, Haute-Savoie, Hautes-Alpes, Isère, Loire, Monaco, Puy-de-Dôme, Rhône, Savoie, Var, Vaucluse. Dossiers thématiques : Les évacuations sanitaires par voies maritimes et fluviales : navires-hôpitaux et péniches sanitaires.

Photo : Faverges, Hôpital militaire belge du Château – carte postale, coll. JLQ.

 

 

Lire la suite

PUY-DE-DOME – Hôpitaux Militaires (1914-1918)

9 Juin 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

PUY-DE-DOME - Hôpitaux Militaires, 13e région militaire, tome 4, p. 126-146.

Aigueperse – Ambert – Arlanc - Ardes-sur-Couze – Aubière – Aulnat - Beauregard-Vendon – Billom - Bourboule (la) – Chamalières - Chambon-sur-Lac – Châteaugay - Châtel-Guyon - Clermont-Ferrand – Combronde - Cournon-d’Auvergne – Courpière – Cunlhat – Durtol – Herment – Issoire – Lezoux – Maringues – Messeix - Monestier (le) - Mont-Dore (le) - Montel-de-Gelat – Pontaumur – Pontgibaud - Puy-Guillaume – Randan – Riom – Royat - Saint-Amant-Tallende - Saint-Eloy-les-Mines - Saint-Saturnin – Thiers – Vensat - Vic-le-Comte – Volvic.

Chaque commune étudiée comprend une notice hospitalière (localisation géographique – dates d’ouverture et de fermeture – nombre de lits) et un indice HOPMIL, auxquels s’ajoutent, suivant les formations, des notes historiques, un descriptif de marques postales sanitaires connues, des illustrations : photographies, cartes postales et/ou marques sanitaires.

Tome 4 - François Olier et Jean-Luc Quenec’hdu, Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-198, tome 4, France sud-est, édit. Ysec Louviers, 2014, 336 p. (1950 hôpitaux et annexes, 950 illustrations).

Répertoire des hôpitaux militaires (500 communes) : Allier, Alpes-Maritimes, Ardèche, Basses-Alpes, Bouches-du-Rhône, Cantal, Corse, Drôme, Gard, Haute-Loire, Haute-Savoie, Hautes-Alpes, Isère, Loire, Monaco, Puy-de-Dôme, Rhône, Savoie, Var, Vaucluse. Dossiers thématiques : Les évacuations sanitaires par voies maritimes et fluviales : navires-hôpitaux et péniches sanitaires.

Photo : Hôpital complémentaire n° 62, Grand Hôtel de la Bourboule. Musée du service de santé des armées.

Lire la suite

HAUTE-LOIRE – Hôpitaux Militaires (1914-1918)

9 Juin 2013 , Rédigé par François OLIER

HAUTE-LOIRE - Hôpitaux Militaires, 13e région militaire, tome 4, p. 109-112 .

Brioude – Chadrac – Langeac - Lavoûte-chilhac – Paulhaguet - Puy-en-Velay (le) - Saint-Georges-d’Aurac- Saint-Germain-Laprade - Vals-près-le-Puy – Yssingeaux.

Chaque commune étudiée comprend une notice hospitalière (localisation géographique – dates d’ouverture et de fermeture – nombre de lits) et un indice HOPMIL, auxquels s’ajoutent, suivant les formations, des notes historiques, un descriptif de marques postales sanitaires connues, des illustrations : photographies, cartes postales et/ou marques sanitaires.

Tome 4 - François Olier et Jean-Luc Quenec’hdu, Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-198, tome 4, France sud-est, édit. Ysec Louviers, 2014, 336 p. (1950 hôpitaux et annexes, 950 illustrations)

Répertoire des hôpitaux militaires (500 communes) : Allier, Alpes-Maritimes, Ardèche, Basses-Alpes, Bouches-du-Rhône, Cantal, Corse, Drôme, Gard, Haute-Loire, Haute-Savoie, Hautes-Alpes, Isère, Loire, Monaco, Puy-de-Dôme, Rhône, Savoie, Var, Vaucluse. Dossiers thématiques : Les évacuations sanitaires par voies maritimes et fluviales : navires-hôpitaux et péniches sanitaires.

Photo : Hôpital complémentaire n° 71, école libre de garçons Saint-Pierre à Yssingeaux. Musée du service de santé des armées.

Lire la suite

LOIRE – Hôpitaux Militaires (1914-1918)

7 Juin 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

LOIRE - Hôpitaux Militaires, 13e région militaire, tome 4, p. 113-125.

Loire : Bouthéon - Chambon-Feugerolles (le) – Charlieu – Feurs – Montbrison – Noirétable – Pélussin – Pradines - Ricamarie (la) - Rive-de-Gier – Roanne - Saint-Chamond - Saint-Denis-de-Cabanne - Saint-Etienne - Saint-Just-en-Chevalet - Saint-Paul-en-Jarez - Talaudière (la) – Veauche.

Chaque commune étudiée comprend une notice hospitalière (localisation géographique – dates d’ouverture et de fermeture – nombre de lits) et un indice HOPMIL, auxquels s’ajoutent, suivant les formations, des notes historiques, un descriptif de marques postales sanitaires connues, des illustrations : photographies, cartes postales et/ou marques sanitaires.

Tome 4 - François Olier et Jean-Luc Quenec’hdu, Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-198, tome 4, France sud-est, édit. Ysec Louviers, 2014, 336 p. (1950 hôpitaux et annexes, 950 illustrations)

Répertoire des hôpitaux militaires (500 communes) : Allier, Alpes-Maritimes, Ardèche, Basses-Alpes, Bouches-du-Rhône, Cantal, Corse, Drôme, Gard, Haute-Loire, Haute-Savoie, Hautes-Alpes, Isère, Loire, Monaco, Puy-de-Dôme, Rhône, Savoie, Var, Vaucluse. Dossiers thématiques : Les évacuations sanitaires par voies maritimes et fluviales : navires-hôpitaux et péniches sanitaires.

Photo : Hôpital auxiliaire n° 7 de Montbrison. Usine Epitalon, route de Lyon. (C) Musée du service de santé des armées.

Lire la suite

CANTAL – Hôpitaux Militaires (1914-1918)

2 Juin 2013 , Rédigé par François OLIER

CANTAL – Hôpitaux Militaires, 13e région militaire, tome 4, p. 106-108.

Aurillac – Ayrens - Chaudes-Aigues – Laroquebrou – Mauriac – Murat – Pierrefort - Saint-Flour - Vic-sur-Cère.

Chaque commune étudiée comprend une notice hospitalière (localisation géographique –dates d’ouverture et de fermeture – nombre de lits) et un indice HOPMIL, auxquels s’ajoutent, suivant les formations, des notes historiques, un descriptif de marques postales sanitaires connues, des illustrations : photographies, cartes postales et/ou marques sanitaires.

Tome 4 - François Olier et Jean-Luc Quenec’hdu, Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-198, tome 4, France sud-est, édit. Ysec, Louviers, 2014, 336 p. (1950 hôpitaux et annexes, 950 illustrations)

Répertoire des hôpitaux militaires (500 communes) : Allier, Alpes-Maritimes, Ardèche, Basses-Alpes, Bouches-du-Rhône, Cantal, Corse, Drôme, Gard, Haute-Loire, Haute-Savoie, Hautes-Alpes, Isère, Loire, Monaco, Puy-de-Dôme, Rhône, Savoie, Var, Vaucluse. Dossiers thématiques : Les évacuations sanitaires par voies maritimes et fluviales : navires-hôpitaux et péniches sanitaires.

Photo : Hôpital complémentaire n°72 de Saint-Flour. Le Petit séminaire. (c) Musée du service de santé des armées.

Lire la suite

ALLIER – Hôpitaux Militaires (1914-1918)

30 Mai 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

ALLIER – Hôpitaux Militaires, 13e région militaire, tome 4, p. 88-105.

 

Bayet  - Bourbon-l’Archambault – Cérilly – Chantelle – Commentry – Ebreuil – Gannat – Lapalisse - Lavault-Sainte-Anne - Lurcy-Lévis – Montluçon – Montmarault – Moulins - Néris-les-Bains - Saint-Pourçain-sur-Sioule – Sanssat – Vichy - Villefranche-d’Allier – Yzeure.

Chaque commune étudiée comprend une notice hospitalière (localisation géographique –dates d’ouverture et de fermeture – nombre de lits) et un indice HOPMIL, auxquels s’ajoutent, suivant les formations, des notes historiques, un descriptif de marques postales sanitaires connues, des illustrations : photographies, cartes postales et marques sanitaires.

Tome 4 - François Olier et Jean-Luc Quenec’hdu, Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-198, tome 4, France sud-est, édit. Ysec, Louviers, 2014, 336 p. (1950 hôpitaux et annexes, 950 illustrations)

Répertoire des hôpitaux militaires (500 communes) : Allier, Alpes-Maritimes, Ardèche, Basses-Alpes, Bouches-du-Rhône, Cantal, Corse, Drôme, Gard, Haute-Loire, Haute-Savoie, Hautes-Alpes, Isère, Loire, Monaco, Puy-de-Dôme, Rhône, Savoie, Var, Vaucluse. Dossiers thématiques : Les évacuations sanitaires par voies maritimes et fluviales : navires-hôpitaux et péniches sanitaires.

Photo : Hôpital auxiliaire n°8 de Moulins, Ecole primaire supérieure de garçons, 8 rue Jean-Jacques Rousseau. (c) Musée du service de santé des armées.

Lire la suite

SAINT-CALAIS (Sarthe) - 1914/2014

9 Mai 2013 , Rédigé par cliché Thomas, de Saint-Calais Publié dans #Centenaire

Projet Hôpitaux Militaires du Centenaire "1914-2014"

SAINT-CALAIS (Sarthe), 4e région militaire.

Hôpital auxiliaire n° 32 - Institut libre Notre-Dame, avenue de la gare.

Ouvert le 13 août 1914, en fonctionnement à compter du 30 août 1914.

Fermeture le 20 septembre 1917.

518 blessés traités - 22 678 journées d'hospitalisation - Un décès.

Notice dans le tome 1, p. 153.

Photos : Musée du service de santé des armées (1914) - cliché Thomas, de Saint-Calais (2014)Photos : Musée du service de santé des armées (1914) - cliché Thomas, de Saint-Calais (2014)

Photos : Musée du service de santé des armées (1914) - cliché Thomas, de Saint-Calais (2014)

Lire la suite

ARRAS 1914 – LES HOPITAUX MILITAIRES DANS LA TOURMENTE (27 AOUT-8 SEPTEMBRE 1914)

6 Mai 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

D’après le rapport inédit du médecin principal Famechon (A), médecin-chef de la place d’Arras.

 

« [page 7] Notes sur le fonctionnement du service de santé à Arras après l’évacuation de cette place par la garnison (27 août) jusqu’à son occupation par l’armée ennemie (8 septembre)

 

27 août 1914 – Arras est évacué par le Commandant d’Armes et par les Dépôts du 33e d’infanterie et du 3e Génie, le recrutement, la sous-intendance, la gendarmerie, le Trésor, la Poste, etc… L’ingénieur en chef du chemin de fer du Nord fait évacuer la gare et sauter les voies. Aucun service ne fonctionne plus.

Je n’ai reçu aucun ordre, aucune instruction, je n’ai même pas été avisé du départ de la garnison. Mais informé par la rumeur publique qu’il devait avoir lieu dans la nuit suivante, j’ai fait prévenir le Commandant d’armes (Colonel Faure) dans la soirée du 26, ainsi que le capitaine de gendarmerie qu’un officier et deux soldats allemands prisonniers en traitement à l’hôpital mixte, étaient en état de voyager et qu’il me paraissait tout à fait indiqué de les emmener.

Les renseignements recueillis de toutes parts me permettaient, en effet, d’envisager comme prochaine l’occupation d’Arras par les Allemands et il était d’un grand intérêt de rendre impossible la délivrance de ces prisonniers, dont l’un, lieutenant Ettel comte Schwerin (B) était certainement un prisonnier de marque. La gendarmerie est venue le chercher dans le courant de la nuit. – En s’en allant, le lieutenant a chargé les soldats infirmiers Cordier et Dohin de me remercier des soins qu’il avait reçu pendant son séjour à l’hôpital.

A partir du 27 août, je reste donc seul à Arras avec le médecin auxiliaire Petel, du 33e d’Infanterie, qui avait été mis à ma disposition par Monsieur le Directeur du Service de Santé [page 8] avec le médecin major de 2e classe Carpentier de l’Hôpital auxiliaire n°7 bis et le personnel de l’hôpital temporaire n°4, médecins aide majors Deldalle et Boulogne, pharmacien aide-major Masclet, officier[s] d’administration Caron et Ladent, et les infirmiers des diverses formations au nombre de 80 environ.

Nous sommes isolés du reste du monde ne recevant aucune nouvelle de l’extérieur, aucune assistance, sinon celle des propriétaires d’automobiles de la région qui mettent gracieusement leurs voitures à ma disposition et ont rendu à nos blessés pendant cette période tragique, les plus grands services.

M. l’officier d’administration Caron, gestionnaire de l’hôpital temporaire n°4, m’expose la situation difficile dans laquelle il se trouve, n’ayant encore reçu aucune avance de fonds et ayant été obligé de faire face aux dépenses de sa formation avec ses ressources personnelles et celles des autres officiers.

Je vais trouver M. le Préfet Briens (C), seule autorité restée à Arras, et demande son assistance. M. le Préfet me fait le meilleur accueil et me remet immédiatement une somme de 2000 francs prélevée sur les fonds d’une souscription ouverte pour les victimes de la guerre, que je verse entre les mains de M. l’officier d’administration Caron.

Ma situation devient de plus en plus difficile ; des blessés provenant des combats livrés dans la région Arras-Bapaume me sont amenés d’une façon presque ininterrompue depuis 24 heures dans des charrettes, des chariots, ou des voitures automobiles. En même temps, de nombreux fuyards, trainards et éclopés appartenant pour la plupart à la 82e division territoriale [page 9] viennent à l’hôpital demander un abri et des aliments. Les comités des deux sociétés d’assistance (secours aux blessés et Union des Femmes de France) veulent bien me prêter leur concours et assurer le gîte et la subsistance de ces malheureux.

Mon service technique est très lourd. Je n’ai pour m’assister que M. le médecin auxiliaire Petel dont le zèle et le dévouement ont été au-dessus de tout éloge, Madame Petel et quelques autres jeunes femmes, ainsi que les religieuses de l’hôpital. J’ai passé la nuit du 26 au 27 à l’hôpital auxiliaire n° 101, où M. le médecin auxiliaire Petel ancien interne des hôpitaux de Paris, a pratiqué sur un artilleur du 44e Territorial, une laparotomie pour plaie pénétrante de l’abdomen par balle, opération qui a été suivie de succès.

Le 28 août, en me rendant à l’hôpital à 7 heures du matin, j’observe que la ville semble déserte. A 9 heures passe une troupe assez nombreuse et en désordre, on me dit que c’est une partie de la garnison de Lille, qui aurait été déclarée ville ouverte et évacuée. Dans la matinée, arrivent encore de nombreux trainards et éclopés.

J’obtiens de la municipalité qu’un local sera mis à ma disposition (ancien moulin à huile) pour les recevoir. Leur subsistance sera assurée par la ville et par les sociétés d’assistance.

A 11 heures, le maire de Bapaume (D) me prévient par un mot écrit au crayon qu’un combat se livre dans la région et qu’il [page 10] y a de nombreux blessés à relever et à secourir. J’envoie mon automobiliste le sergent Leroy, du 5e territorial, prévenir tous les propriétaires de voitures automobiles dont j’avais eu soin de prendre les adresses, et de nombreux véhicules, de tous modèles et de toutes formes, se dirigent bientôt sur le champ de bataille distant de 20 à 25 kilomètres. J’adresse au maire de Bapaume tout ce dont je puis disposer en fait d’objet de pansement.

Dès une heure de l’après-midi, les voitures commencent à revenir chargées ; elles s’arrêtent devant la porte de l’hôpital Saint-Jean, où je procède moi-même au triage et à la répartition des blessés. Quelques convalescents armés de bâtons, (à défaut de police) font le service d’ordre et éloignent les curieux.

Je garde les blessés graves à l’hôpital mixte (Saint-Jean) où ils sont immédiatement pansés et opérés par M. le médecin auxiliaire Petel et par mon confrère civil, le docteur Lestoquoy. Les autres blessés sont dirigés sans transbordement sur les hôpitaux auxiliaires et temporaires, où tous les médecins civils et militaires sont à leur poste. Ce défilé continue sans interruption jusqu’à 10 heures du soir ; à ce moment, mort de fatigue, je me fais remplacer et m’étends pour quelques heures sur un lit d’hôpital.

Le nombre des blessés admis dans nos hôpitaux dans cette journée du 28 août, s’élève à 500 environ ; mais aucune comptabilité régulière n’a pu être tenue. Tous ont été pansés [page 11] sur le champ de bataille soit par eux-mêmes ou leurs camarades soit par des médecins de corps de troupe. Pendant la nuit, des paysans amènent encore quelques blessés dans leurs charrettes ; d’autres sont conduits en auto.

Le 29 Août, à 6 heures ½ du matin, j’apprends qu’un état-major de division a cantonné à Arras pendant la nuit. Je cours à la Préfecture où je puis voir le Général Commandant cette division (62e de réserve). Un officier d’état-major me reçoit. Je lui expose que j’ai la charge de 5 à 600 blessés et de 2 à 300 éclopés et que le personnel médical et subalterne à ma disposition est insuffisant. J’ajoute que je voudrais être débarrassé des centaines de fusils apportés par les blessés et qui encombrent les hôpitaux. Cet officier me répond d’une façon évasive et monte à cheval.

A 11 heures cependant, un officier d’administration (M. Lachayville) se présente à moi et m’informe que le Général commandant la 62e Division a prescrit à l’ambulance n°2 de revenir sur ses pas et de s’immobiliser à Arras sous mes ordres. M. Lachayville n’est porteur d’aucun ordre écrit, non plus que le médecin aide-major St-Hilaire, qui arrive vers midi avec tout son personnel et ses fourgons. Je répartis immédiatement les officiers et la troupe dans les divers hôpitaux de la Place :

Hôpital mixte : médecins aide-majors Laborde et Brésard ; Hôpital 101 bis, Aide-major Saint-Hilaire ; Hôpital 7 bis, Médecins aide-majors Laval et Faurie, pharmacien aide-major Bauché ; Hôpital 7ter et dépôt d’éclopés, médecin aide-major  [page 12] Philippon ; Surveillance administrative des hôpitaux, officier d’administration Lebreton ; Dépôt d’éclopés, officier d’administration Lahayville.

A 2 heures, le maire de Bapaume me demandant du secours, je lui envoie en auto le médecin auxiliaire Petel, qui part  emmenant sa femme comme infirmière et emportant tout ce que je puis lui donner comme objets de pansement, je sais, en effet, par le maire que de nombreux blessés attendant à Bapaume d’être pansés et transportés.

Pendant toute cette journée du 29, les blessés continuent à arriver, transportés sur des charrettes dans des voitures ou des autos. Comme la veille je procède moi-même au triage et à la répartition des blessés ; mais, dès le milieu du jour, nos hôpitaux sont pleins et il nous faut songer à faire de la place pour les nouveaux arrivants. Les compagnies de mines de Lens et de Liévin (E) viennent à mon secours, leurs hôpitaux sont prêts à fonctionner. Je commence donc des évacuations sur ces formations avec l’aide des voitures automobiles qu’elles mettent à ma disposition et en commençant par les blessés les moins gravement atteints. Arrivés la veille, ils ont été pansés, se sont restaurés et ont passé une nuit dans un lit.

La société d’assistance de Douai me fait savoir qu’elle a 600 lits de vacants ; mais comment les utiliser puisque je manque de moyens de transport.

Le lamentable défilé continue toute la journée et une partie de la nuit ; parmi les blessés se trouvent une douzaine d’officiers, dont deux grièvement atteints (l’un est le commandant de Loustal (F) que j’avais connu lieutenant au 2e Zouaves) et deux [page 13] médecins-majors.

Je découvre également dans une charrette au milieu des blessés français, un soldat allemand légèrement atteint à la main. Il importe cependant, en même temps que s’accomplit la besogne médicale, de procéder aux formalités administratives, d’enregistrer les entrées et d’établir les billets d’hôpital d’après les indications du livret individuel ou de la plaque d’identité. Le personnel des hôpitaux auxiliaires est suffisant pour assurer ce service ; à l’hôpital mixte, le plus encombré de tous, il fait totalement défaut ? Je fais donc demander le concours des jeunes femmes employées des postes actuellement sans emploi. Huit d’entre elles, guidées par les Religieuses et l’Econome, se mettent à la besogne et rendent les plus grands services ce jour-là et les jours suivants.

Le 30 août ; journée semblable à la précédente. Les arrivages de blessés continuent, un peu plus espacés que la veille cependant. Par contre, les moyens de transport sont beaucoup plus nombreux : Lens, Liévin, Béthune, Noeux, Lille, Tourcoing m’envoient des autos. J’organise donc des évacuations intensives sur ces différentes villes, qui ne sont pas au pouvoir de l’ennemi d’après les renseignements qui me sont donnés par les chauffeurs. Par contre, Arras est encerclé, les cavaliers allemands ont été vus à la porte de la ville ; ils laissent circuler les voitures de blessés.

Le 30 août ; inhumation de 6 blessés décédés la veille (dont 3 par tétanos). Obsèques solennelles. Le deuil est conduit  [page 14] par le préfet, le maire et moi. Discours très bien senti du préfet ; je dis également quelques mots en tant que représentant de l’armée. Les honneurs militaires sont rendus par un détachement d’infirmiers sous le commandement de l’officier d’administration Lebreton.

Bapaume continue à nous envoyer de nombreux blessés ; aussi pour éviter l’encombrement de nos hôpitaux en même temps que pour soustraire le plus grand nombre d’hommes possible à la captivité qui les menace, je presse les évacuations sur Lille, Roubaix, Tourcoing.

Le docteur Petel dont la tache à Bapaume est surhumaine, me fait demander des objets de pansement. Je lui envoie tout ce que je puis me procurer. J’ai fait demander à l’Institut Pasteur de Lille du sérum antitétanique 30 flacons me sont apportés par express. A 4 heures, départ pour Lille d’un fourgon automobile contenant une douzaine d’officiers et de sous-officiers blessés ou malades. J’ai su depuis que cette voiture a été arrêtée plusieurs fois par des patrouilles allemandes, mais a pu néanmoins parvenir à destination.

Il reste encore 500 blessés environ dans les hôpitaux et 150 à 200 éclopés. Tous vont tomber au pouvoir de l’ennemi, s’ils ne sont rapidement enlevés. J’envoie donc un express à Lille porteur d’un mot pour mon collègue, le médecin chef de l’hôpital militaire. Je le prie de m’envoyer tous les moyens de transport automobile qu’il pourra réunir. [page 15] A 5 heures précises, j’étais dans mon cabinet occupé à rédiger un rapport sur les évènements des jours précédents (destiné à être adressé au Directeur du service de santé) lorsque les circonstances me permettraient de le faire. Entre un médecin militaire allemand armé, accompagné de l’adjoint faisant fonction de maire. Derrière lui, un soldat l’arme sous le bras. Je me lève d’un bond. L’officier fait signe au soldat de rester à la porte. Nous nous nommons ; et alors s’engage entre le médecin allemand et moi le dialogue suivant : (Il parle un mauvais français).

Lui – Monsieur, je suis envoyé dans cet hôpital pour chercher nos prisonniers.

Moi – Monsieur, je n’en ai qu’un légèrement blessé.

Lui – Comment ? Un seul ! et que sont devenus les autres ?

Moi – Je n’en ai jamais eu que trois autres, ils ont été amenés par l’autorité française.

Lui – Pourquoi ne sont-ils pas restés ici ?

Moi – Parce que j’ai jugé qu’ils étaient transportables et que le Commandant de cette Place a considéré qu’il y avait intérêt à les emmener.

Lui – N’y avait-il pas un officier parmi eux ?

Moi – Oui, Monsieur.

Ici, un silence…

Le médecin allemand reprend alors sur un ton plus élevé et me déclare que l’armée à laquelle il appartient est très humaine ; mais qu’elle est sans pitié lorsqu’on attente à la vie [page 16] des blessés allemands.

« Monsieur », lui dis-je, « je ne comprends pas ce que vous voulez dire ? »

Et il me raconte que l’armée allemande a été obligée de mettre le feu à la ville de « Luin »(G)… (J’ai su plus tard qu’il s’agissait de Louvain), parce qu’on y avait achevé des blessés.

« Monsieur », repris-je, « je comprends encore moins. Vous savez très bien que les médecins français soignent les blessés comme ceux de leur armée et ne les achèvent  pas… »

Il termine en disant « Oui, les Français sont peut-être plus humains ; mais les Belges sont cruels ; aussi nous avons été obligés de brûler « Luin » ».

Ce médecin m’invite ensuite à l’accompagner dans la visite qu’il va faire de l’hôpital. Dans chaque salle, il crie à haute voix : « Y a-t-il ici des Allemands ? ». Dans la grande salle du 2e étage, le prisonnier que je lui avais annoncé se lève ; il lui ordonne de s’habiller et de le suivre.

En descendant, le médecin s’arrête de nouveau à la porte de mon cabinet et me prévient que l’hôpital militaire devra être réservé pour le service de l’armée allemande, qui occupera Arras très prochainement.

(J’ai appris dans la soirée que le médecin dont j’avais eu la visite était entré dans Arras escorté par une petite troupe de 25 à 30 hommes tous étaient montés à bicyclette.)

Après son départ, je reprends ma tache un instant interrompue. [page 17] De nouveaux blessés me sont amenés, d’ailleurs, dans le service, par petits groupes de 2, 3 ou 4, dans des autos dont les chauffeurs ont obtenu des laissez-passer des chefs de postes allemands. A 10 heures, je me jette dans un lit ; ma fatigue est extrême. On me réveille à 11 heures moins le quart pour m’annoncer qu’une trentaine de voitures automobiles sont arrivées de Lille sous la conduite de plusieurs médecins aide-major avec mission de charger et de ramener à Lille tous les blessés. Arrivé dans la cour de l’hôpital je ne trouve ni médecins, ni voitures ; mais je constate les effets d’une panique effroyable. Avant d’attendre mes ordres, on a donné leurs effets aux blessés, on leur a prescrit de s’habiller en toute hâte. Plusieurs sont déjà descendus ; les escaliers sont encombrés ; dans les salles, on crie, on se bouscule, c’est un désordre sans nom. Tous les blessés, même ceux atteints de fractures de cuisses ou autres liaisons graves, veulent être emmenés afin de ne pas tomber entre les mains des Allemands. Spectacle tragique inoubliable…

Enfin, un des médecins aide-majors, le chef du convoi arrive ; il avait pris sur lui de parcourir tous les hôpitaux et d’y jeter l’alarme, comme il avait fait tout d’abord à l’hôpital mixte. Je lui demande ses instructions écrites ; il n’en a pas. Après l’avoir vivement blâmé de la précipitation et de la légèreté avec lesquelles il a agi, je l’emploie à réparer, autant que faire se peut, les effets de la panique avec sa voiture et de rassembler les autres éléments du convoi, qui circulent à l’aventure à la recherche des blessés. Toutes ces voitures devront être réunies, les unes ; à l’hôpital mixte, les autres dans les formations qui leur sont indiquées et où elles sont conduites par les infirmiers et chargées sous la direction des médecins-chefs, des blessés pouvant être transportés assis. Je fais moi-même le triage des blessés à évacuer et fais [page 18] rentrer, malgré leurs lamentations, les blessés intransportables (entre autres un chef de bataillon qui veut s’en aller à tout prix et ne cède qu’à ma promesse de ne pas l’abandonner. Plusieurs voitures sont envoyées au dépôt d’éclopés, il y a tout intérêt, en effet, à se débarrasser des hommes valides qui risquent davantage en tombant au pouvoir de l’ennemi. Les hommes s’entassent en grand nombre dans les voitures.

Aidé de quelques religieuses et de mes infirmiers, je finis par ramener le calme dans mes salles, et à 2 heures du matin, le convoi d’évacuation s’ébranle dans la direction de Lille emmenant 150 à 200 blessés ou éclopés.

Une heure plus tard arrivent encore quatre voitures qui sont chargées comme les précédentes. Cette fois encore tous les blessés veulent s’en aller et je suis obligé d’imposer ma volonté. Le reste de la nuit s’écoule sans nouvel incident, mais la surexcitation de nos malheureux blessés est extrême. Le moindre bruit les effraie ; dès qu’une porte s’ouvre, ils croient voir arriver les Prussiens.

Le 1er septembre, dès 6 heures, je parcours les salles et cherche à achever de réparer le désordre de la nuit. Dans la matinée, trois autos venant de Tourcoing sont mises à ma disposition ; je les dirige sur Bapaume où je sais qu’il existe encore un certain nombre de blessés. Je charge l’un des chauffeurs d’un mot pour le docteur Petel.

La journée se passe à recevoir des blessés par petits groupes et à en évacuer le plus possible dans la direction de Lille [page 19] Roubaix Tourcoing.

Madame Petel, dont l’intrépidité, le courage et le dévouement ne se sont jamais démentis, m’est adressé par son mari qui réclame des objets de pansement. Je lui envoie du coton hydrophile, des paquets de gaze, de la teinture d’iode, de l’eau oxygénée.

Le 2 septembre ; il n’arrive presque plus de blessés. Les Prussiens ne permettent plus qu’on les ramène à Arras et s’emparent des autos. Madame Denise (H), infirmière major des Femmes de France à l’hôpital n°101 et Madame Klotz, infirmière de la même société à l’hôpital de Carvin, essayent de passer, mais rentrent à Arras, sans avoir pu obtenir des Allemands, l’autorisation de ramener des blessés. Le maire de Bapaume m’écrit qu’il reste peu de blessés dans cette ville et qu’il a envoyé le docteur Petel à Sailly-Sallissel où 200 blessés environ manquent de soins. En même temps des conducteurs d’auto me préviennent qu’Applincourt, Barastre, Rocquigny et Combles n’ont plus de blessés. Pendant toute cette journée les Directeurs et ingénieurs des compagnies minières du Pas-de-Calais continuent à m’envoyer leurs voitures automobiles et me mettent ainsi à même de continuer les évacuations de blessés sous la conduite des médecins des mines (docteur Bia, Piette, etc.)

Mais, ma tâche n’est pas limitée à l’assistance des blessés. De nombreux mobilisables chassés par l’invasion, pénètrent dans Arras par groupes de 10, 15 ou 20 sous la conduite du curé ou d’un notable et viennent me demander aide et assistance. Que doivent-ils faire ? Où aller ? J’ai fait explorer la route de Saint-Pol par un de mes nombreux automobilistes [page 20] volontaires, je sais qu’elle est libre ; ce matin encore, du moins on n’y a pas rencontré  de patrouilles. C’est donc de ce côté que je dirige tous les hommes valides qui cherchent à rejoindre leurs dépôts. Trente kilomètres par une chaleur accablante ne sont pas pour les effrayer. Arriveront-ils ?

En même temps, des mobilisables atteints de maladies ou d’infirmités et ne pouvant rejoindre, tiennent cependant à être en règle. Je les visite et leur établis des certificats ou même, je prends surmoi de leur délivrer des congés de convalescence. Les circonstances me paraissent amplement légitimer les irrégularités que je commets.

Le 3 septembre ; la ville semble déserte ; les rues sont vides de public qui, les jours précédents, regardaient curieusement le passage des blessés et le défilé des autos. Notre encerclement s’est accentué ; nous ne recevons plus de blessés.

La cour de l’hôpital si encombrée depuis le 28 août, serait presque déserte, si de nombreux mobilisables ne venaient encore à mon cabinet réclamer aide et assistance. Je ne puis que leur conseiller de ne pas rester groupés et d’essayer de gagner isolément Saint-Pol, par la route, qui, hier encore, était libre.

Le 4 septembre Journée calme. Les docteurs Brésard et Laborde qui, assistés des soldats infirmiers (aujourd’hui médecins auxiliaires) Dohin, Cordier, Béague et Doumer, n’ont pas cessé depuis 6 jours d’opérer et de panser les blessés de l’hôpital mixte, peuvent prendre un repos relatif. Quand à moi, je suis à bout de forces.

La situation [page 21] de la Place est la suivante : 290 blessés en traitement ; le plus grand nombre dans les hôpitaux auxiliaires où dans les salles de l’hôpital civil. Le personnel médical de ces établissements est suffisant pour donner aux blessés les soins qu’ils réclament. Aussi, le médecin-chef de l’ambulance n°2, estimant son rôle terminé à Arras est désireux de se rendre utile, me demande-t-il l’autorisation de rejoindre avec sa formation, l’unité à laquelle il appartient. Mais, où est actuellement la 62e division de réserve ? Ne sommes nous pas entourés d’Allemands. Et un groupe aussi important qu’une ambulance divisionnaire, avec ses fourgons et sa troupe, peut-il espérer passer inaperçu et arriver sans encombre à Saint-Pol que les renseignements qui me sont donnés indiquent comme étant en dehors des mouvements de l’armée d’invasion. Je n’ose prendre sur moi une pareille responsabilité ; mais je décide d’envoyer le lendemain deux officiers à Rouen par Saint-Pol, Frévent, Abbeville… dont la mission sera double : 1°) Reconnaître la route. 2°) Prendre les ordres de M. le Directeur du service de santé de la 1ère région, que je suppose à Rouen.

Une patrouille allemande est restée à Arras toute la journée.

Dans la soirée, je reçois un mot du docteur Petel, installé à Sailly-Saillisel et réclamant de grandes quantités d’objets de pansement. Je fais remplir une voiture automobile de tous les objets que je puis me procurer à l’hôpital ou que les sociétés d’assistance veulent bien mettre à ma disposition. Un chauffeur énergique accepte de remplir cette mission qui n’est pas sans [page 22] dangers ; car déjà plusieurs voitures ont été prises par les Allemands.

Mes ressources en pansement étant complètement épuisées, des chauffeurs de bonne volonté s’offrent de chercher à Lille tout ce dont je puis avoir besoin. Je réclame, entre autres choses, du sérum antitétanique. Ils rentrent dans la soirée ayant accompli leur mission.

Le 5 septembre, à 5 heures du matin, départ pour Rouen du médecin aide-major Saint-Hilaire, et de l’officier d’administration Lebreton, porteurs d’un rapport adressé au Directeur du service de santé de la 1ère région. Ils voyagent dans une voiture de grande vitesse, mise gracieusement à ma disposition et rentrent à 7 heures ½ du soir. Les renseignements qu’ils me rapportent sont les suivants : Leur voyage a eu lieu sans incidents, aucune rencontre de patrouilles. La direction du service de santé de la 3e région [à laquelle] ils se sont présentés ; n’a pas cru pouvoir leur donner d’ordres formels, mais leur a remis l’extrait suivant du rapport de la Place du jour même (5 septembre). Tout le personnel et le matériel qui arriveraient à Rouen des 61e et 62e divisions de réserve devront être envoyés à la gare régulatrice, qui les renverra à leur corps d’origine, si possible.

Ne recevant aucun ordre, c’est donc à moi qu’incombe la lourde responsabilité des décisions à prendre. L’intérêt qu’il y a à rendre une ambulance à l’armée est-il compensé par les risques à courir. Problème angoissant ! Je ne puis le résoudre séance tenante ; mais je donne l’ordre au médecin chef et à l’officier d’administration de faire leurs préparatifs en vue d’un départ qui reste subordonné aux circonstances.

Le 6 septembre ; une colonne allemande forte de 1500 à 1800 hommes occupe Arras dans la matinée. Je fais donner l’ordre aux infirmiers et aux conducteurs du train de ne pas se montrer [page 23] et de rester dans les hôpitaux auxquels ils sont affectés. Moi-même je ne quitte pas mon cabinet. A 4 heures, je reçois la visite d’un jeune officier très correct et parlant bien le français. Il s’annonce comme étant l’officier d’ordonnance du général.

Le Général, son Excellence, me dit-il, désire que vous vous présentiez à lui à l’hôtel du Commerce, ce soir, à 7 heures. Je suis exact au rendez-vous et attends vainement pendant une heure. A 8 heures, l’officier d’ordonnance vient m’annoncer que le Général ne peut recevoir « Son excellence » ajoute-t-il, demande que vous accompagniez demain nos médecins qui visiteront les blessés à l’effet de désigner ceux qui sont en état d’être transportés en Allemagne. Je réponds que dans chaque hôpital, un médecin désigné par moi accompagnera les médecins allemands. Pardon, répond le jeune officier, Son Excellence désire que vous-même accompagniez nos médecins. Je suis invité à me trouver à 9 heures à l’Hôtel du Commerce.

Le 7 septembre. Je suis au rendez-vous à l’heure fixée. Deux médecins allemands arrivent après s’être fait un peu attendre. Salut glacial. L’un d’eux parle mal le français. L’autre, pas du tout. Les Allemands me font monter dans leur voiture et nous partons, guidés par mon auto, dont le chauffeur, le sergent Leroy, a reçu mes instructions. Nous nous rendons successivement dans les huit hôpitaux qui renferment une population totale de 800 blessés ; ceux-ci sont présentés parles médecins traitants dont les explications [page 24] ne sont même pas écoutées. Le plus âgé des médecins allemands fait défaire tous les pansements, à l’exception de ceux des amputés, examine les blessures et dicte ses décisions à son second : « Transportable de suite ! Transportable dans 4, 8 ou 12 jours ! Intransportable !... » Quelques-unes de nos infirmières essayent à leur tour de défendre leurs blessés et de protester contre des mesures inhumaines. Elles sont brutalement rappelées à l’ordre. Madame Taillandier, présidente du comité de la société de secours aux blessés et sa fille, Madame Colombel (I), ne doivent pas avoir perdu le souvenir de cette scène affreusement pénible. Quant à moi, je souffre horriblement, mais je me contiens ne voulant pas trahir mon émotion. A 1 heure 45, la visite est terminée, elle a duré 4 heures 45 sans autres interruptions que les voyages en auto d’un hôpital à l’autre. Les Allemands et moi nous saluons militairement et nous quittons.

A 6 heures, le jeune officier d’ordonnance vient me trouver à nouveau et me déclare que conformément à la Convention de Genève, le personnel sanitaire qui n’est plus utilisé pourra obtenir un sauf-conduit. Il me transmet un ordre du général de réunir « la troupe de santé » demain matin à 8 heures boulevard Carnot, et de la présenter au Général qui la passera en revue et lui remettra un sauf-conduit pour rejoindre les lignes françaises.

Je donne mes dernières instructions en vue de ce départ [page 25]

Le 8 septembre, les divers éléments de l’ambulance sont réunis à 7 heures dans la cour de l’hôpital St-Jean. Départ à 7 heures 20 en colonnes de marche, les officiers en tête. Nous remontons la rue St-Auber, regardés avec curiosité par quelques soldats allemands. Arrivés devant l’Hôtel du Commerce occupé par l’état-major ennemi, nous entendons des cris, des hurlements qui n’ont rien d’humain. « Comment ! Une troupe française ! Arrêtez ! Qui commande cette troupe ? ». Je commande « Halte ! ». Nous nous retournons et nous apercevons un officier allemand tête découverte, gesticulant, les yeux hors de l’orbite, l’écume à la bouche… (Cet homme a du boire une partie de la nuit). Je m’avance. Il vocifère de plus belle, donne des ordres en allemand et quelques secondes ne se sont pas écoulées que je suis encadré de deux sentinelles qui montaient la garde à la porte de l’hôtel.

La brute avinée m’interpelle alors sur le même ton que tout à l’heure : « Qu’est-ce que cette troupe ? Que faites-vous ici ? Qui vous a autorisé à circuler dans une ville occupée par l’armée allemande ? ». Très calme et très maître de moi, je réponds : « Votre général m’a fait donner l’ordre hier soir de réunir l’ambulance à 8 heures, boulevard Carnot. J’exécute les ordres reçus ». - « Le général ? » reprend le grossier personnage, « Quel général ? ». - « Votre général, celui qui commande ici » - « Ah ! Nous allons bien voir ; Vous, ne bougez pas » me dit-il et il s’éloigne, en faisant un geste de menace. Puis, revenant sur ses pas. « Comment ! » dit-il, en désignant du doigt l’étui à révolver de l’officier d’administration Lebreton, « Cette troupe est armée ». Je réponds que non, mais en France comme en Allemagne, les médecins sont armés du révolver. Pendant cette scène, quelques uhlans encadrent la petite colonne, éloignant la foule sympathique et émue qui nous entoure. Dix minutes environ s’écoulent et le même officier, couvert cette fois, et dont l’expression est un peu plus calme, revient et me dit sur le même ton grossier que tout à l’heure : « Ce que vous avez dit est exact... Le général va venir ». Celui-ci sort en effet bientôt de l’hôtel, répond mollement à notre salut et s’arrête devant deux infirmiers, porteurs, l’un de la médaille commémorative du Kontur [Tonkin], l’autre de la médaille coloniale avec agrafe « Sahara ». Il soulève les médailles, les examine attentivement et d’un ton interrogateur dit ce seul mot : « Maroc » qu’il prononce avec un fort accent tudesque. « Non », répondent nos infirmières, « Tonkin, Sahara ». Tandis que se déroule cette petite scène, l’officier décidément calmé, se tient à quelques pas derrière son chef. A un moment donné, je l’entends s’écrier « Belle troupe ! ». Je dois dire, en effet, que nos infirmiers ont gardé une attitude très correcte et très digne au cours de la scène odieuse qui vient d’avoir lieu.

Le général rentre à l’hôtel, tandis que l’officier s’approche de moi et me dit : « Monsieur, votre présence n’est plus nécessaire ici et comme votre armée est en déroute et que vous ne pouvez avoir l’espoir de la rejoindre, nous allons vous conduire à Cambrai où il y a de nombreux blessés français sans médecins. Vous allez occuper sur le boulevard Carnot l’emplacement qui vous a été indiqué hier et vous attendrez que l’escorte qui doit vous conduire soit réunie. » Ce langage est tout à fait différent de celui qui avait tenu la veille le [page 27] jeune officier d’ordonnance ; cet officier ne s’est d’ailleurs pas montré.

Nous nous mettons en route pour le boulevard Carnot qui est tout près. Le sous-officier de uhlans qui nous a conduit crie : « Halte ! » et nous attendons pendant quatre longues heures et en plein soleil. A un moment donné, un jeune officier de uhlans vient à moi et me demande si nous n’avons pas caché des armes dans nos fourgons et si nos hommes n’ont pas de révolvers. Je réponds que non. « Vous êtes responsable sur votre tête » ajoute-t-il, et il s’éloigne. A ce moment, un des médecins aide-majors, M. le docteur Brésard, me dit qu’il croit savoir qu’un infirmier à un révolver dans son sac. J’interroge successivement chaque homme ; l’un d’eux, le soldat Simon m’avoue qu’il possède un révolver ; J’exige qu’il me le remette et le confie, en m’assurant que je ne suis pas observé, à un habitant qui est sur le pas de sa porte.

Vers 10 heures ½ ou 11 heures, une section d’infanterie commandée par un lieutenant, vient prendre position à côté de nous ; c’est notre escorte. Peu après arrivent des charrettes sur lesquelles sont entassés nos blessés reconnus transportables la veille. Quelques unes de leurs infirmières (cinq dames de l’Union des Femmes de France) les accompagnent et veulent absolument se joindre à nous, malgré tout ce que je peux dire pour les en détourner. Leur infirmière-major, Madame Denise, joint ses efforts aux miens [page 28] mais sans succès.

A midi seulement, nous nous mettons en route, sans avoir pu manger, par une chaleur torride et nous arrivons à Cambrai à 11 heures du soir, ayant fait 36 kilomètres, partie à pied, partie dans une voiture de blanchisseuse que M. l’officier d’administration Lebreton avait réquisitionné pour remplacer la voiture du personnel perdue aux environs de Beugny. Combien pénible ce voyage qui marquait le début d’une captivité, dont nous ne pouvions cependant soupçonner ni la durée ni les tristesses, confiants que nous étions encore, mes compagnons et moi dans la valeur des conventions internationales

Nota : Les infirmières de l’Union des Femmes de France qui se sont jointes à l’ambulance n°2 sont Mesdames Bidet, Charton, Desfossés, de Rudmika et Schwab.

En résumé, du 29 août au 2 septembre, les formations sanitaires d’Arras ont reçu 1003 blessés dont nous avons réussi à évacuer plus de deux tiers sur les hôpitaux de Lille, Tourcoing, Béthune, Lens, etc. D’autres blessés, plus légèrement atteints, et dont le nombre n’est certes pas inférieur à 150 ou 200, n’ont fait que traverser Arras d’où, après avoir été pansés et réconfortés, ils ont pu être dirigés sur les susdits hôpitaux. Enfin, 250 à 300 éclopés ont été également évacués. Au total, plus de 1200 blessés ou éclopés qui devaient fatalement tomber au pouvoir de l’ennemi, ont été évacués dans des conditions satisfaisantes grâce au concours des sociétés minières du Pas-de-Calais et des propriétaires d’automobiles d’Arras et de ses environs, de Douai, Lille, Roubaix, Tourcoing, etc. »

FIN DU RAPPORT

Sur la poursuite de l’équipée des personnels sanitaires d’Arras et plus particulièrement de l’ambulance n°2 (Saint-Hilaire) de la 62e division de réserve qui serviront à Cambrai, du 8 septembre au 13 octobre 1914. Article à paraître : CAMBRAI 1914

Notes :

(A) – Henri Emile Famechon (1854-1930), né le 1er février 1854 à Bitche (Moselle). Décédé le 10 mars 1930 à La Flèche (Sarthe). Ancien officier d’active. Médecin principal de 2e classe de la Territoriale. (Arch. Nationale, base Léonore, LH/930/13)

(B) – Axel Karl Ulrich, Graf von Schwerin (1889-1929), lieutenant au régiment de cuirassiers de Seydlitz, prisonnier des Français à la bataille de Courtrai, en Belgique (22 août 1914). Prisonnier de guerre en France (22 août 1914-13 décembre 1917). Interné en Suisse (14 décembre 1917-24 juillet 1918).

(C) – Léon Briens (1859-1918). Préfet du Pas-de-Calais (1911), surnommé le « Héros d’Arras ». Cité à l’ordre de la Nation le 4 décembre 1914 pour sa conduite exemplaire en 1914. Commandeur de la Légion d’Honneur (1916). (Arch. Nationale, base Léonore, LH/364/47)

(D) – Voir les articles des 13 avril, 17 avril et 24 avril 2013 sur Bapaume 1914 et la mission du docteur Petel

(E) – Voir l’article du 21 mars 2013 sur Lens 1914.

(F) - Prosper Etienne de Loustal (1862-1921). Chef de bataillon au 278e régiment d’infanterie. Combat de Beugny (27 août 1914). Blessé le 28 août 1914 au combat de Bapaume (éclat d’obus à la cuisse droite avec nécessité d’amputation de la jambe). Commandeur de la Légion d’Honneur (1919). (Arch. Nationale, base Léonore, LH/1666/54)

(G) - Sac et incendie de Louvain (Belgique), du 26 août au 2 septembre 1914.

(H) – Alice Louise Hyacinthe Denise, née Anty (1874-1948). Née le 12 mars 1874 à Rouen (Seine-Maritime). Décédée le 23 décembre 1948 à Paris (Seine). Infirmière major chef de l’hôpital auxiliaire n°101 à Arras. « Dès le début des hostilités, est partie comme infirmière major à l’hôpital auxiliaire n°101 à Arras dont elle a été la cheville ouvrière et qu’elle a organisée et mis très rapidement en état de fonctionner. A donné le 28 août 1914 des preuves de son dévouement courageux en accomplissant la périlleuse mission d’aller chercher à Bapaume dans les lignes de nombreux blessés français qu’elle a ramené à Arras. Pendant le bombardement de cette ville, a été admirable de dévouement aux blessés qu’elle a contribué à protéger et à ravitailler grâce à son initiative éclairée. S’est ensuite dévouée aux blessés et malades militaires dans les hôpitaux du territoire et des ambulances des armées – à obtenue deux citations. » - Croix de Guerre 1914-1918. Chevalier de la Légion d’honneur (1921). (Arch. Nationale, base Léonore, 19800035/12/1470).

(I) - On lui connaît un ouvrage de souvenirs que je n’ai pu consulter : COLOMBEL née Tailliandier, Emmanuelle. Journal d’une infirmière d’Arras (août-sept-oct. 1914). Paris : Blond et Gay, 1916, 164 p.

Source : Arch. Musée du service de santé des armées, au Val-de-Grâce à Paris, carton n° 636 (Famechon).

 

 

 

Lire la suite

BAPAUME 1914 – HOPITAUX DU PAS-DE-CALAIS DANS LES COMBATS (3/3)

24 Avril 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

BAPAUME 3e partie

Rapport du médecin aide-major de 1ère classe Raymond Français (A)

(…) « j’appartenais à l’ambulance de la 1ère division de cavalerie et c’est le 28 septembre 1914 qu’en relevant des blessés tombés dans sous le feu des mitrailleuses allemandes devant Courcelles-le-Comte (P.D.C.) j’ai été capturé avec le Docteur Page et le Docteur Bailly-Salin, aides-major de 1ère classe de réserve. En même temps que nos deux aumôniers militaires Mg Mayol de Lupé (B) de la 1ère Division de cavalerie et l’abbé Soury-Lavergue de la division Baudemoulin (C), 15 infirmiers, 6 voitures légères et nos chevaux de selle, ont été pris.

Les blessés que nous relevions ont été également amenés dans les lignes allemandes.

C’est un détachement composé d’une douzaine de fantassins conduits par un sous-officier qui nous a entourés et capturés. Nous avons fait observer au sous-officier que nous étions médecins, munis de brassards, que nos blessés étaient déjà placés dans des voitures sur lesquelles flottaient le fanion de la Croix de Genève ; il parut un instant ébranlé par nos protestations et envoya un de ses hommes demander des instructions.

La réponse revint quelques minutes après ; l’ordre était [page 1] d’amener les blessés et les médecins immédiatement et de tirer sur quiconque résisterait. Toutefois ajouta-t’on, le général fait dire que les médecins ne seront pas prisonniers (nicht gefangen).

L’ennemi à ce moment évacuait précipitamment Courcelles-le-Comte que le tir de notre artillerie rendait intenable.

Conduits au village de Béhagnies nous avons installé les 15 blessés dans une petite maison appartenant à Madame Théry. Les allemands nous y ont laissés pendant 3 jours sous la garde de soldats armés, sans nous procurer aucun secours en matériel de pansement et de la teinture d’iode. Madame Théry nous a donné du lait et des pommes de terre grâce à quoi nous avons pu alimenter nos blessés.

Quatre d’entre eux ont succombé. Nous les avons inhumés sur le talus de la route Arras-Bapaume en face de la maison Théry. Le 1er octobre les Allemands nous ont invités à signer un billet de réquisition pour transporter nos blessés à Bapaume dans une voiture appartenant à un propriétaire du village. Nous les avons installés dans une fourragère et sous l’escorte de soldats allemands on nous a dirigés sur le collège St-Jean-Baptiste à Bapaume (D).

Cet établissement était transformé en hôpital et ne contenait que des blessés français, appartenant pour la plupart à des régiments territoriaux.

Nous y avons installé nos propres blessés.

Avec le concours du Supérieur l’Abbé Grégoire Ledoux et de plusieurs dames nous avons pu les soigner sans tout d’abord recourir aux Allemands.

Vers le 8 octobre le manque de vivres obligea le Supérieur à s’adresser à eux. Ils fournirent immédiatement les rations de pain et de viande nécessaires. Le 10 octobre tout un personnel médical, accompagné de très nombreux infirmiers et de diaconesses, veut prendre possession de l’hôpital. Le médecin chef de cette formation, Docteur Schwerer nous informa que nous allions être « conformément à la Convention de Genève » renvoyés en France par la Suisse. »

Ils sont envoyés au camp de Parchim (Mecklembourg) où ils séjournent du 14 octobre au 23 novembre 1914. Le docteur Français sera libéré le 17 décembre 1914.

(A) - Jean-Pierre Victor Raymond Français (1875-1952). Chirurgien militaire. Chevalier de la Légion d’honneur (20 juillet 1916). Soldat (1896). Médecin auxiliaire de réserve (1898). Médecin aide-major de 2e classe (16 octobre 1907). Médecin aide-major de 1ère classe (4 février 1910). Ambulance de la 1ère division de cavalerie (2 août 1914). Fait prisonnier au combat de Courcelles-le-Comte (28 septembre au 17 décembre 1914). Hôpital militaire de Châlons (20 décembre 1914). Médecin major de 2e classe (12 février 1917). Affecté à l’ambulance chirurgicale automobile (Autochir) n°8 (14 avril 1917). Médecin chef de l’ambulance chirurgicale automobile n° 19 (16 juillet 1917).

(B) - Jean de Mayol de Lupé (1873-1955). Prélat catholique. Aumônier militaire (active) de la 1ère division de cavalerie. Prisonnier de guerre (1914). Libéré (1916). Blessé (1918), plusieurs citations. Anticommuniste, collaborateur notoire, aumônier de la Légion des Volontaires Français (1941), division SS Charlemagne (1944). Condamné à la Libération, emprisonné, libéré (1951).

(C) - Beaudemoulin Antoine (1857-1927). Général de division. Inspecteur général de la cavalerie du camp retranché de Paris (9 août – 11 octobre 1914).

(D) - Voir 1ère partie, « Bapaume 1914 »

Rapport de captivité du médecin aide-major de 1ère classe Page, de la 1ère division de cavalerie.

« Je faisais partie de l’ambulance divisionnaire de la 1ère division de cavalerie avec Raymond François [Français] (de Paris) fait prisonnier avec moi à Courcelles-le-Comte (Pas-de-Calais) sous les ordres du docteur Couillaud, médecin de l’active. Nous quittâmes Paris le 4 août et fîmes toute la campagne de Belgique : prenant contact avec l’ennemi le 9 à Bois Borsu au sud de Liège, nous ne l’avons plus quitté jusqu’à Mantes (S. et O.), ayant chaque jour un combat. Nous avons assisté aux batailles de Dinant, de Charleroi, de Bapaume, de Péronne. Après deux jours de repos au sud de Versailles nous reprenions le combat à Gonesse, Dammartin, Nanteuil (Bataille de la Marne) ; nous assistâmes ensuite à la 2e bataille de Péronne et aux combats autour de Bapaume. C’est dire qu’en peu de temps nous avons pu voir et juger pas mal de choses.

Le rôle de l’ambulance divisionnaire, du moins tel que nous l’avons vu fonctionner, consistait surtout à évacuer les blessés et les rares malades que nous avions en temps ordinaire ; à nous installer dans une ferme ou une croix rouge que nous transformions.

Nous étions partis, le Docteur Français et moi, accompagnés du Docteur Bailly-Salins [Salin] du 6e dragons, rencontré sur le chemin [page 2] des aumôniers Mayol de Lufi [Lupé] et Soury-Lavergne, qui avaient tenus à venir aussi, pour relever les blessés d’un combat qui avait été assez malheureux, en avant du village de Courcelles-le-Comte. Nous trouvons là un sous-officier allemand (combattant) qui avec elle de cinq ou six de ses hommes, empilait nos compatriotes blessés sur une voiture de paysan. Je l’interpelle en allemand petit nègre, lui disant que ces blessés sont à moi, médecin militaire français et non à lui. Il ne veut pas les lâcher. Nous insistons et commençons à les mettre sur les voitures de notre ambulance. J’avais avec moi 15 infirmiers et un brigadier. Il envoie, soit disant un de ses hommes chercher des ordres, et il revient en disant : « ordre du général, vous devez amener vos blessés jusqu’au prochain village – à 500 mètres – et là l’ambulance sera libre ». Nous lui faisons répéter – « oui, oui, nicht gefangener ». Et il ajoute me mettant sa carabine sur la poitrine. « Si vous ne venez pas, je tire ». Nos voitures étaient pleines, bien à contre cœur nous les suivons. On nous fit faire 6 kilomètres à travers champs, sans qu’il nous fût permis de panser, de soulager nos blessés qui hurlaient, d’arrêter les hémorragies qui fusaient. On ne nous arrêta qu’au village de Hihagnier, sur la grand’ route de Bapaume à Arras. Là nous étions au milieu de 4 ou 500 Allemands. En clin d’œil nos chevaux ont disparu [souligné dans le texte], nos sacoches sont vidées et leur contenu fait la joie des lâches qui nous entourent, nos manteaux, nos trousses professionnelles nous sont enlevées ; un officier m’arrache mon révolver et mon porte cartes, un sous-officier m’arrache mon bracelet montre ; On nous donne l’ordre de descendre nos blessés ; à mesure qu’elles sont vides nos voitures sont enlevées vidées de leur contenu (objets de pansement, paniers de chirurgie.) les fanions sont brisés, les coffres mis au pillage. [page 3] Une 1/2 heure après, nous nous trouvons 15 blessés, (un mort en cours de route, faute de soins) 16 infirmiers et 3 médecins dans les trois pièces exigües de la chaumière de Mme Théry. Nos aumôniers ont été emmenés vers Bapaume ; des hommes à baïonnette sont à toutes les issues de la chaumière ; la foule hurlante des soldats vient nous insulter à travers les vitres. Nous avons installé nos blessés sur de la paille, sur les matelas de la maison ; nous avons pu sauver du pillage [1112 ?] paniers de pansement, nous commençons notre office et faisons de notre mieux. Les blessures étaient presque toutes graves : un capitaine avait reçu 4 balles dont une dans le poumon (hémopthysie), un brigadier avait 6 balles dont une dans la vessie, un maréchal des logis avait 2 fractures du crâne, un homme avait 3 balles dans la tête, et une fracture de jambes, etc. Nous retrouvons dans nos poches de la morphine et une seringue ; - ce qu’à été notre vie pendant 3 jours et 3 nuits dans cette chaumière exigüe, sans autre nourriture qu’un peu de lait que notre vieille hôtesse Mme Théry allait chercher le soir au risque des coups de fusil et que des pommes de terre qu’elle retrouva dans sa cave. Car les Allemands nous laissèrent 3 fois 24 heures sans nous donner à manger pour nos blessés et pour nous. Trois de nos blessés sont morts et nous les avons enterrés sur le bord de la route, sous nos fenêtres. Le 4e jour enfin, on nous offrit à manger dans un baquet en bois une ratatouille infâme, que bien peu purent toucher malgré leur appétit, et on nous évacua, nos blessés et nous, sur Bapaume. Notre triste cortège fut abreuvé d’injures et de moqueries pendant le trajet.

A Bapaume on nous installa dans un collège ecclésiastique St-Jean-Baptiste, transformé en hôpital ; là au [page 4] moins nous avons pu soigner convenablement et installer confortablement nos blessés. Nous avions pris chacun un grand dortoir, divisé nos infirmiers par salle ; nous avions même arrangé une salle d’opérations ; les Allemands nous envoyait les blessés qu’ils recueillaient dans les champs de bataille des environs ; rapidement nous eûmes chacun le Docteur Français, le Docteur Bailly-Salines [Salin] et moi une trentaine de blessés que nous pouvions vraiment bien soigner. Nous étions d’ailleurs aidés par des femmes admirables du pays dont les maris étaient à l’armée ; dont les maisons avaient été pillées, qui devaient encore loger des garnisaires allemands et qui nous donnaient encore en plus de quelques douceurs pour nos malades, leur dévouement et leurs soins délicats. Nous avons fait deux énucléations d’œil, une amputation pour gangrène, des extractions de balles et d’éclats d’obus, etc.

Le 8e jour, arrivèrent les médecins et le nombreux personnel d’un feld lazaret allemand qui venait s’installer à notre place. Leur outillage était très complet, leur personnel bien stylé, leurs objets de pansement en abondance. Les infirmiers sont des professionnels soldats et des Johannistes : ceux-ci sont des volontaires « freiwillig » embrigadés dès le temps de paix ; les infirmiers qu’ils appellent « schwests » [schwester] ne sont pas des religieuses mais des infirmières des grands hôpitaux de l’Empire. Celles-ci des hôpitaux de Düsseldorf. – Le docteur Schwerer (de Baden-Werler [Weiler]) réserviste, médecin chef, a été avec nous et nos blessés corrects, courtois, même aimable. Il fit tout son possible pour nous faire relâcher et quand il nous embarqua le 10 octobre à la gare de Bapaume, il nous dit que nous rentrions en France par l’Allemagne et la Suisse. – il paraissait sincère. (…) »

Dans les faits, ils seront conduits au camp de Parchim (Mecklembourg).

(FIN)

Bapaume (1ère partie) - Bapaume (2e partie)

Pour en savoir plus :

Le service de santé de l'armée allemande (1914-1918)

Sources : Arch. Musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce à Paris, carton n° 636 (Français), carton n° 639 (Page).

Mis à jour : 13 janvier 2014.

Avec l'aimable autorisation de M. Thierry Liégeois - Dessins au crayon, datés de novembre 1914, des docteurs Raymond Français et Page, réalisés au camp de Parchim (Mecklembourg) par un dessinateur resté anonyme. M. Thierry Liégeois - thierry_9@hotmail.fr - recherche l'auteur de ces dessins.

Avec l'aimable autorisation de M. Thierry Liégeois - Dessins au crayon, datés de novembre 1914, des docteurs Raymond Français et Page, réalisés au camp de Parchim (Mecklembourg) par un dessinateur resté anonyme. M. Thierry Liégeois - thierry_9@hotmail.fr - recherche l'auteur de ces dessins.

Lire la suite

LES ARCHIVES MEDICALES DE LA MARINE DU PORT DE BREST (1914-1918)

21 Avril 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #recherche archives documentation, #Bretagne 1914-1918, #varia

Le dépôt d’archives médicales et hospitalières relevant du ministère de la Défense le plus connu, le SAMHA de Limoges (A) n’est pas le seul organisme détenteur de ce type de documents. La Marine Nationale possède ses propres dépôts dans les ports de Brest, Toulon, Cherbourg, Lorient, Rochefort dans lesquels sont conservés dans la série F (service de santé) certaines archives médicales et hospitalières.

Ces documents médicaux sont communicables dans un délai de 120 ans (-18 ans) à compter de la date la plus récente reportée sur le registre. Des dérogations pour la communication sont possibles (Loi n° 2008-696 du 15 juillet 2008).

Les archives du service de santé de la Marine à Brest (cote F)

A Brest, les archives conservées sous la cote F (service de santé) constituent un fonds important pour la période de 1855 à 1972. Ces archives sont diverses : administratives (1F), médico-hospitalières (3F), matriculaires du personnel sanitaire (4F) :

Sous-série 1F – Direction du service de santé de la 2e région maritime (1914-1969), hôpital maritime de Brest (1930-1969) et hôpital Bel Air de Landerneau (1944-1952)

Sous-série 3F – Service de santé de la 2e région maritime, hôpital maritime (1886-1972)

Sous-série 4F – Service de santé de la 2e région maritime. Personnel (1855-1962)

La sous-série 3F (1200 articles en 148 cartons) nous intéresse aujourd’hui, car cette sous-série conserve les pièces médico-chirurgicales brestoises de la guerre 14-18, se limitant, presque exclusivement, à des registres et cahiers d’enregistrements (statistique médicale, passage au conseil de santé, enregistrement journalier des entrées, enregistrement mensuel des entrées, décès, autopsies, examens, analyses de laboratoire, incurabilité, causes de décès, etc.).

On notera dans ce fonds l’absence de dossiers individuels et de pièces isolées, hormis pour les feuilles d’observations, par exemple.

Les formations hospitalières à Brest, en 1914-1918

Elles relèvent tant des départements de la Guerre que de la Marine et sont placées durant la Grande Guerre sous la direction du directeur du service de santé du 2e arrondissement maritime (circ. N° 8758-2/7 du 1er octobre 1914). IMPORTANT : Les archives médicales des hôpitaux temporaires relevant du département de la Guerre sont conservées au SAMHA de Limoges ; ces hôpitaux appelés temporaires puis complémentaires possèdent une numérotation particulière à la place forte de Brest et sont classés de 1 à 13. La ville de Brest dispose également de deux hôpitaux auxiliaires, numérotés 5 (SSBM) et 104 (UFF), classés parmi les formations sanitaires de la 11e région militaire de Nantes, dont relève le département du Finistère. Il n’existe à Brest aucun hôpital bénévole et très peu de filiales ou annexes à ces hôpitaux temporaires.

Nota : Il est à noter que les hôpitaux de la Marine (cf. infra) ont accueilli des milliers de marins et de soldats durant la guerre ; ils sont enregistrés dans des registres marqués « Guerre » ou, à la suite, en fin de registre « Marine ». Les généalogistes doivent en tenir compte car un soldat de l'armée de terre peut avoir été accueilli à l'hôpital maritime (archives à Brest) puis transféré sur un hôpital temporaire de l'armée de terre de Brest ou un hôpital dépôt de convalescents (attente de réforme), dépôt de la Marine de Kervallon, par exemple, dont les archives sont à Limoges...

Les formations sanitaires relevant de la Marine sont organisées autour de l’hôpital maritime, appelé aussi hôpital principal de la Marine (1445/1780 lits) ; elles comprennent trois hôpitaux principaux : l’hôpital temporaire des Mécaniciens (650 lits), l’hôpital temporaire de l’Arsenal, dit aussi du Bagne (660/930 lits), l’hôpital du lazaret de Trébéron (200 lits). Le port de Brest possède également un réseau d’infirmeries du port, appelées « ambulances » qui ne sont pas considérées comme des formations hospitalières.

Recherche dans les fonds documentaires : informations pour les généalogistes

La recherche documentaire dans la sous-série 3F est particulièrement délicate sur place et fera reculer de nombreux généalogistes pressés. En effet, les registres qui constituent la majeure partie de la documentation sont tenus par « salle » (traduire « service » dans la Marine). Ce qui donne, à titre d’exemple, pour le seul hôpital principal jusqu’à 27 séries de registres avec des enregistrements journaliers ou mensuels, parfois particuliers pour les militaires (Guerre), les marins (Marine), les officiers, les agents civils, etc., répartis dans des cartons différents dont le remplissage a été optimisé au préjudice de la cohérence...

A titre d’exemple, le détail du carton n°42 : Pièce 3F360. Enregistrement journalier des malades, salle 17-19, Marine, août-décembre 1939 – 3F361, ibid., déc. 1939-août 1940 – 3F362, Enregistrement journalier des malades, salle 18, Marine, août 1912-déc. 1920 – 3F363, ibid., jan-déc 1913 – 3F364, ibid., Marine, nov. 1914-juin 1915 et Guerre, nov. 1914-juin 1915 – 3F365, ibid., Guerre, oct. 1916-mars 1917 – 3F366, ibid., Guerre, avril-déc. 1917 – 3F 367, ibid., Guerre, jan-sept. 1918.

En conclusion : Il est préférable de s’en remettre aux archivistes experts de la Marine à Brest… ou de disposer de beaucoup de temps que vous passerez dans un dépôt d'archives à l’accueil agréable et au service rapide et de qualité.

 

(A) – Service des archives médicales et hospitalières des armées, 23 rue de Châteauroux, BP 21105 - 87052 Limoges Cedex 2
Contact : Service Historique de la Défense-Marine, CC 46, 29240 Brest-cedex 9.

Pour en savoir plus sur Brest et/ou la recherche documentaire dans les archives de la Marine : Jacques Vaché, à Brest et Tréberon.

Lire la suite
<< < 10 20 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 > >>