Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
hopitauxmilitairesguerre1418.overblog.com
Articles récents

HOPITAL BENEVOLE 155 bis ET FILLES DE JESUS (1914-1918)

8 Juin 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #Centenaire, #varia, #Bretagne 1914-1918

HOPITAL BENEVOLE 155 bis ET FILLES DE JESUS (1914-1918)

EXPOSITION : à Kermaria, en PLUMELIN (Morbihan).

« Dans la guerre, les Filles de Jésus 1914-1918 »

est visible à Kermaria dans les locaux des archives

depuis le 10 novembre 2013 jusqu’en fin d’année 2014

à Kermaria-Plumelin, 56506 LOCMINE

La communauté des Filles de Jésus de Kermaria organisa en 1914 un hôpital bénévole immatriculé par la 11e région militaire de Nantes sous le n° 155bis. L’hôpital fut ouvert le 5 novembre 1914 avec 75 lits et fonctionna jusqu’au 31 mars 1917, date de sa fermeture « officielle ». (OLIER, QUENEC’HDU. Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, Louviers : Ysec, 2008, tome 1, p. 282)
Présentation des organisateurs :

« Réalisée à partir d’une documentation inédite, abondante et variée, elle illustre l’engagement singulier de la congrégation dans le premier conflit mondial, à Kermaria même, en France, en Belgique…

Destinée à tous les publics, elle offre un intérêt pédagogique et une valeur de témoignage. Dans chacun des quatre espaces qui la structurent, des panneaux illustrés rappellent les grandes étapes du drame national où s’inscrit l’histoire particulière de Kermaria. Des documents iconographiques et audio-visuels les font voir et entendre ; des vitrines présentent une collection d’objets et de documents authentiques attestant du vécu des sœurs, des militaires et des civils en lien avec la Maison-Mère durant les hostilités. »

L’exposition (entrée gratuite ) est ouverte :

Mercredi, samedi, dimanche : 14h – 18h tous publics

Mardi et jeudi : de 9h30 à 16 h non stop, groupes (sur réservation)

Extraits des Nouvelles de l’exposition : « (…) Début mars [2014], arrivait aussi une sympathique famille du Maine et Loire, dont le grand-père passa un mois de convalescence à Kermaria en octobre 1915. Ils nous ont communiqué les lettres écrites pendant ce temps par le poilu à sa famille, sa fiancée, son ancien maître d’école. Le réalisme des visions du champ de bataille, comme la profondeur des réflexions sur la guerre, en font un témoignage hors pair. Quant à Kermaria, il s’y trouve au paradis, craignant pourtant d’en sortir « confit dans l’eau bénite » et déplorant de ne pouvoir que regarder tant de jeunes et jolies novices !

L’exposition durera au moins [jusqu’à la fin de l’année 2014]. Venez nombreux la voir ou la revoir ! Sœur Emma L’Helgouac’h (archiviste) »

http://www.fillesdejesus.catholique.fr/des-nouvelles-de-lexposition-dans-la-guerre-les-filles-de-jesus-1914-1918/

Lire la suite

TULLE 2014 – EXPOSITION « ANDRE MAZEYRIE » 1914-1918

4 Juin 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #Centenaire

TULLE 2014 – EXPOSITION « ANDRE MAZEYRIE » 1914-1918

André Mazeyrie. Carnet d’un médecin de guerre 1914-1918

Exposition au Musée des Armes, 1 rue du 9 juin 1944, 19000 TULLE, du 20 juin au 24 novembre 2014.

Cette exposition qui a reçu le label « Centenaire » par la mission du Centenaire de la Première guerre mondiale permettra de découvrir croquis, illustrations et documents de la guerre du docteur André Mazeyrie (1876-1953), mobilisé comme médecin aide-major ; que le goût du dessin et de l’illustration ne quitta pas durant ses pérégrinations militaires des Vosges à la Marne.

André Mazeyrie personnalité tulliste bien connue était très attachée à sa ville. Membre de la société des lettres, sciences et arts de la Corrèze, il prit une part active, comme conservateur bénévole (1922-1953), à la sauvegarde puis au développement du musée du cloître de Tulle devenu aujourd’hui : « Musée du cloître de Tulle André Mazeyrie ». En 2014 c’est l’occasion pour le musée de l’ancienne « Manu » de mettre en avant le confrère tulliste, érudit, dessinateur et médecin… de guerre.

DERNIERS JOURS ! … Il n’est pas trop tard pour visiter jusqu’au 30 juin 2014 lexposition temporaire « Le Tulle d’André Mazeyrie », en quatre-vingts dessins, au premier étage du Musée du Cloître. Place Monseigneur Berteaud, 19000 TULLE.
Lire la suite

HOPITAUX MILITAIRES 1914-1918… LE 200e ARTICLE !

27 Mai 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia

HOPITAUX MILITAIRES 1914-1918… LE 200e ARTICLE !

Ce 200e article… pour remercier les lecteurs et abonnés du blog pour leur confiance et leur « assiduité » à suivre mes articles … 55 000 « visiteurs uniques » depuis décembre 2012...

Je vous propose aujourd’hui ma petite « madeleine » pour marquer cet « évènement », un moment cinématographique à déguster, un lien vers un film ECPAD en quatre parties sur le service de santé militaire 1914-1918 et ses nombreuses composantes, intitulé :

A.C.A 7 [ambulance chirurgicale automobile n°7] (1915-1918).

FICHE :
L'Ambulance automobile chirurgicale n° 7
1918 ? - Noir et blanc - Muet
Durée : 56 min 49
Pays de production : France
Réalisation : Association des anciens de l'ambulance automobile chirurgicale n°7
Opérateur : Charles Blanc
Photographes : Civalle ; Boinaud
Référence ECPAD : 14.18 A 1470
Analyse sommaire : Je vous propose cette analyse personnelle...
1ère partie – La voiture de chirurgie « Boulant », 1912 [images dans Gallica@ et La Nature, n° 2045, 3 août 1912, p. 145] – Présentation dans les jardins du Val-de-Grâce à Paris – Images de juin 1913 sur son déploiement et sa mise en fonctionnement à Gonesse (Val d’Oise) – Brancardiers et infirmiers montent en ligne – Groupe de brancardiers divisionnaires (GBD) ou de corps (GBC) en ordre de route, avec brouettes porte-brancard, voitures et fourgons hippomobiles – Brancardiers en action, relève, brancardage, brouette porte-brancard, manœuvres du brancard dans la tranchée – Premiers pansements, pose du pansement individuel – Arrivée au poste de secours, brouette spéciale de tranchée (modèle présenté au musée du service de santé des armées)

2e partie – Le poste chirurgical avancé (PCA) de Souain (Marne). Vue extérieure et accueil, répartition au Poste chirurgical Général Paulinier. Un véhicule sanitaire léger Ford de l’US Army. Transport et chargement du véhicule sanitaire – Téléphérique sanitaire en action – Transport sur plan d’eau, barge sanitaire motorisée – ACA dans un hôpital baraqué – Remise de décorations aux Invalides par le maréchal Pétain, l’on distingue Henri Rouvillois, 1875-1969 (1er récipiendaire) – Mai 1915, ACA 7 médecin-major Lapointe, modèle 1915, départ de Versailles pour le front - Saint-Rémy-sur-Bussy, près de SommeSuippes , camions techniques, cantonnements – HoE  de Wiencourt (Somme), hôpital d’évacuation baraqué, juin 1916 – baraques détruites. HoE, Tricot en ruines – ACA Lapointe devient ACA de Georges Lardennois, 1878-1940 – A Guiscard (Oise) en ruines, mars 1917.

3e partie – Guiscard, tentes Bessonneau « modestes et peu confortables »… Mai 1917, à Cugny (Aisne) près de Saint-Quentin. Lardennois, chirurgien consultant de la 3e armée. Vue aérienne. ACA 7 à Cugny, salle d’opérations, infirmières, chirurgiens, salle de pansements – Remise de décorations, visites officielles – « Chez les infirmières », cantonnement, popote, infirmières en service, « au laboratoire » - Visite des évacués avant le départ de l’HoE – Train sanitaire semi-permanent « Etat » à quai, chargement – Ressons-sur-Matz (Oise), avril à fin juin 1918, ville en ruines – Evacuation des blessés par péniche sanitaire sur l’Oise (1918), brancardage et chargement, disposition à bord, navigation.

4e partie – ACA 7 : 11 000 blessés soignés et opérés. Bombardement, vue aérienne, avions, mention de mitraillage de l’ACA 7 (10 juin 1918) – médecin inspecteur Bassères – Compiègne puis Angicourt (Oise), ACA en fonctionnement – Médecins américains signalés – A Notre-Dame-de-Liesse près de Laon (Aisne), séminaire de Liesse – Armistice – Citation ACA 7 à l’ordre du jour du 8e CA – Démobilisation à Notre-Dame de Liesse – Création de l’Association des Amis de l’ACA 7.

Ce très beau documentaire est dédié aux « maîtres » : les chirurgiens Rouvillois et Lardennois, anciens médecins-chefs de l’ACA 7. Le « metteur en scène » s’il note parmi les précurseurs - en fait, un seul : Boulant – ignore superbement le concepteur principal des ACA, le docteur Maurice Marcille (1871-1941) et son successeur, le professeur Antonin Gosset (1872-1944)… La Gloire ne se partage vraiment pas !

Merci et à bientôt pour le 201e article… qui tentera de rectifier cette lecture sur les autochirs et de refaire partager la Gloire...

Légende : La salle d'opération transportable de Marcille (1914) - (Musée du service de santé des armées)

Lire la suite

A LIRE : CAPITAINE LONGUET, OFFICIER ARTILLEUR DE LA GRANDE GUERRE

25 Mai 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #Bretagne 1914-1918, #les hommes

Capitaine Longuet. Officier artilleur de la Grande Guerre, par Michel Delannoy, Draguignan : chez l’auteur, 2014, 240 p., 250 ill.,

DERNIERE MINUTE : CONFERENCE DE L'AUTEUR - A FLAYOSC (Var), LE VENDREDI 13 JUIN 2014 A 18H. 30

Une fois n’est pas coutume, je vous présente un ouvrage n’ayant que peu de rapports avec le service de santé militaire… Comme c'est un "pays" brestois, je fais une exception. De plus, c'est moi qui fixe les règles ! Non mais...

C’est un ouvrage de qualité, au contenu photographique exceptionnel qui est à découvrir et à faire connaître. Des documents inédits, des clichés pris sur le vif. Du bel ouvrage d’artiste brestois. Merci à Michel Delannoy, son petit-fils de nous faire découvrir l’œuvre photographique d’Octave Longuet (1888-1944). Découvrez quelques-unes de ces magnifiques photos sur le blog de Michel Delannoy dédié à son grand-père.

http://guerre14longuet.canalblog.com/

Présentation de l’auteur :

« Si ces mots vous interpellent :

ARTILLERIE – BRETAGNE… - PERTHES - MORTIER - CURLU - BELGIQUE - ECHANTIGNOLLES - CAMPEMENT - ALSACE - SOMME - CANON - SOUAIN - MEUCON - FEUILLERES - OOSTDUNKERKE - CHAMP DE BATAILLE - ALLEMAGNE - HEM - OBUSIER - THANN – CHAMPAGNE ...

Alors lisez ce qui suit...

Je vous emmène sur les traces de mon grand-père, le capitaine Octave Longuet. Octave est né le 19 octobre 1888 à Brest. Tiens, encore un Breton de la Grande Guerre ! Après une jeunesse ballotée entre Brest, Cherbourg, Bizerte ou Toulon au gré des affectations de son père, mécanicien principal de 1ère classe de la Royale, Octave passe 3 années à l'école des Arts et Métiers d'Angers. A l'issue, il entreprend une carrière au sein des Chemins de Fer de l'Etat qui ne durera guère que 2 ans, n'étant pas vraiment intéressé par ce métier.

Et puis la guerre est arrivée.

Nous le suivrons ainsi pas à pas, au travers de son instruction en Bretagne, puis par le baptême du feu durant la bataille de Champagne fin septembre 1915. S'ensuit une période plus calme en Alsace avant de rejoindre la Somme pour la grande offensive de juillet 1916. De nouveau l'Alsace, mais dans des conditions bien plus difficiles en cette année 17 pris régulièrement sous les feux de l'ennemi avant de migrer sur la Belgique jusqu'à l'armistice. Il lui restera encore 6 mois en Champagne, mais aussi en Allemagne jusqu'en juillet 1919 (...)."

UN BLOG A DECOUVRIR.

 L'ouvrage est à commander chez l’auteur 

Vous pouvez découvrir l'entretien, sur le site d'En Envor, de Michel Delannoy qui parle du capitaine Longuet.

New : La page Facebook du capitaine Longuet.

Brest, le 14 août 1914 – Autour de Renaud Longuet l’officier mécanicien, ses fils : André Longuet, le médecin et Octave Longuet, l’artilleur.

Brest, le 14 août 1914 – Autour de Renaud Longuet l’officier mécanicien, ses fils : André Longuet, le médecin et Octave Longuet, l’artilleur.

A LIRE : CAPITAINE LONGUET, OFFICIER ARTILLEUR DE LA GRANDE GUERRE
Lire la suite

SALON PLANETE TIMBRES 2014 ET HOPITAUX MILITAIRES

23 Mai 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #varia

SALON PLANETE TIMBRES 2014 ET HOPITAUX MILITAIRES

« HOPITAUX MILITAIRES DANS LA GUERRE 1914-1918 » AU SALON PLANETE TIMBRES 2014

Jean-Luc QUENEC’HDU mon compère co-auteur de la collection des « Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918 » en cinq volumes sera présent les 14 et 15 juin 2014 au Salon Planète Timbres 2014 (stand Philatélie Croix-Rouge) pour une intervention philatélique et une séance de dédicaces de nos quatre volumes publiés.

Le Salon 2014 organisé par La Poste s’ouvrira :

« …avec un thème fort : « Aux timbres citoyens ». La Poste a choisi de faire écho à ses valeurs identitaires en phase directe avec les attentes de la société actuelle : la proximité, l’équité, l’accessibilité, le civisme…

Sur plus de 22 000 m2, l’édition 2014 fera la joie des collectionneurs avec des émissions de timbres exceptionnelles, un championnat de France très disputé et des compétitions philatéliques de niveau international. Plus de 400 000 timbres présentés au salon Planète Timbres – Paris 2014 (…) »

Parc floral de Paris – route de la Pyramides, 75012 Paris.

http://www.planete-timbres.fr/

Légende : Les quatre volumes publiés des Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918 que vous trouverez au Salon Planète Timbres 2014 ou chez notre éditeur www.ysec.fr – Les différents volumes sont présentés sur notre blog.

Lire la suite

UN MAZAMETAIN EN 14-18.

17 Mai 2014 , Rédigé par François OLIER

UN MAZAMETAIN EN 14-18.

Un mazamétain en 14-18. 100 ans après, Ernest Vidal retrouve ses carnets de guerre…

A découvrir les carnets « cryptocryphes » d’Ernest Vidal (1885- ?) qui nous permettent de suivre la Grande Guerre d’un sous-officier « infirmier » de la 16e section d’infirmiers militaires de Perpignan devenu officier d’administration et ses différentes affectations : 16e section d’infirmiers militaires, hôpital bénévole n° 32 bis Rosendaël, hôpital complémentaire n°22 de Rodez… Articles de blog d’Ernest Vidal à suivre… celui-ci ayant terminé sa campagne en 1919.

Présentation de ce blog bien documenté : « Quelques années après mon service militaire en Algérie, j'ai été mobilisé dès le 7 août 1914 jusqu'au 5 juin 1919. Durant cette première guerre mondiale, j'ai été infirmier militaire, puis gestionnaire d'un Hôpital, avant de partir au front à ma demande, le 4 octobre 1915. En tant qu'officier d'approvisionnement à l'ambulance 1/10, officier d'état civil du champ de bataille, j'ai participé à ce conflit. Étant à l'arrière, j'ai eu l'immense chance de m'en tirer vivant, sans la moindre blessure. Je garde de cette période de nombreux souvenirs, mes carnets de guerre écrits au jour le jour, des photos et des cartes postales d'époque que je transmets à ma descendance… »

http://ernestvidal.blogspot.fr/

Légende : Le Grand Séminaire de Rodez, hôpital complémentaire n° 22 dont Ernest Vidal était le gestionnaire.

Lire la suite

AVEC LES BLESSES DU XIe CORPS D’ARMEE REFUGIES AU COUVENT DES ABYS (Combat de Maissin, 22 août 1914).

6 Mai 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux, #Bretagne 1914-1918

AVEC LES BLESSES DU XIe CORPS D’ARMEE REFUGIES AU COUVENT DES ABYS (Combat de Maissin, 22 août 1914).

Rapport de captivité du docteur Ballereau Jean, Alfred, médecin aide-major de 1ère classe. Pont-Croix (Finistère), hôpital complémentaire n° 37, le 22 octobre 1916.

Je propose aujourd’hui plusieurs témoignages inédits de médecins militaires intéressant la bataille des frontières et les combats meurtriers de Belgique. J’apporte une nouvelle fois ma petite contribution à la connaissance de « l’après-bataille » autour de Maissin (Belgique) au lendemain de l’attaque offensive française, de la 21e division d’infanterie (11e CA), par l’ouest de Paliseul, Opont et Our. Les témoignages sur Maissin sont rares et ceux mentionnant le service de santé militaire, au couvent des Abys à Beth (Paliseul), le sont plus encore... Je vous invite donc à partager ces témoignages qui restent exceptionnels, en raison de la perte du journal des marches et opérations de cette ambulance bretonne du 11e corps d’armée (n°2/11).

[Sur la route, vers Maissin]

[page 1] « L’ambulance 2-XI [2/11, détachée à la 21e DI] , formée à Nantes le 3 août 1914 comprenait comme personnel officier : Médecin-chef, Docteur Mével, médecin major de 2e classe ; Médecins-traitants : Docteurs Merson, aide-major de 1ère classe ; Le Bihan [idem, MaM1] ; Jousset, médecin aide-major de 2e classe ; Fortineau [idem, MaM2] ; Ballereau [idem, MaM2] ; Phamacien MM. Guibaud, pharmacien aide-major de 2e classe ; Officiers d’administration Cazaux [et] Menard, officier d’administration de de 3e classe.

Le départ des ambulances 1 et 2 et du groupe des brancardiers divisionnaires eut lieu le 7 août à 16h55 et l’arrivée à Challerange le 8 août vers 21 h. 30. De Challerange, notre groupe se dirigea par étapes sur Sedan, puis sur Bouillon où il arriva le 21 août à la fin de l’après-midi. Le soir du 21 août, pendant le dîner, le médecin de garde, docteur Fortineau, fut appelé à soigner ses premiers blessés, un lieutenant et un brigadier de chasseurs à cheval [2e Chasseurs, escadron 21e DI] de Pontivy, blessés dans une reconnaissance près de Paliseul.

Le 22 [août] au matin, notre groupe quitte Bouillon dans la direction de Paliseul. Tout au long de la route, nous entendons le bruit d’une canonnade intense. Arrivé à Paliseul, notre groupe se dissimula dans un bois aux abords de la gare. Devant nous, dans la direction d’Our et de Maissin l’action était engagée. A 14 h. 30 nous apercevons une épaisse colonne de fumée. Nous avons appris par la suite qu’il s’agissait de l’incendie de Maissin. A 16 h. 45 nous recevons l’ordre de nous diriger sur Our. Chemin faisant, nous croisons des civils qui fuient à travers champs, des paquets de hardes à la main. Nous rencontrons également le 293e d’Infanterie [22e DI] et un escadron de chasseurs [2e Chasseurs, escadron 22e DI] qui retournent vers Paliseul. Aux abords d’Our, nous trouvons une bande de trainards appartenant à divers régiments du XIe corps. Ils sortent d’un petit bois à notre approche. Parmi eux se trouvent quelques blessés que nous recueillons. Les autres, ne sachant où sont leurs régiments, sont dirigés sur Paliseul. D’Our, on nous fait revenir sur nos pas jusqu’au village de Beth.

[Couvent des Abys, de Beth]

Là nous nous installons dans un couvent de Visitandines. Le couvent des Abys.

Dans ce couvent avait été mis sur pied par les religieuses, avant l'arrivée des troupes françaises, une petite ambulance d'une vingtaine de lits (JMO du groupe de brancardiers divisionnaires de la 21e division, SHD-T, Vincennes, 26N 303/11, 22 août 1914)

Il est environ 20 heures. Nous nous organisons immédiatement par équipes et commençons les pansements. En quelques instants, en effet, le couvent s’est rempli de blessés. Il y en a partout et jusque dans la cour. Nous en recevons au cours de la nuit, environ 600. Vers 22 h. 00 ; le médecin principal [de 1ère classe] Couillaud [Couillault], notre médecin divisionnaire [21e DI], vient à l’ambulance. Il nous apprend que l’on bat en retraite et, devant le nombre de blessés, notre médecin-chef déclarant que tous les médecins de l’ambulance ne seront pas de trop pour arriver à faire tous les pansements, donne l’ordre à l’ambulance de rester sur place. Notre officier gestionnaire « Cazaux » reçoit l’ordre de brûler les papiers de l’ambulance. [page 2] Le médecin divisionnaire emporte notre matériel sauf la voiture de chirurgie et les chevaux de selle des officiers. Les brancards roulants furent oubliés par mégarde dans le parc du couvent. [23 août 1914] Nos pansements sont terminés vers 4 h. 30 du matin. A ce moment notre gestionnaire M. Cazaux ayant réquisitionné quelques voitures, évacue 400 blessés environ sur Paliseul, quelques-uns en voiture, la plupart à pied. Ces blessés, nous l’avons su plus tard, purent gagner Paliseul avant le départ du dernier train pour Bouillon. Ils purent ainsi être évacués sur l’intérieur. A 4h. 30 nous prenons un peu de sommeil jusque vers 7h. 00. Nous sommes étonnés de n’avoir pas vu encore les Allemands dont on nous annonçait l’arrivée comme imminente la veille au soir. De nouveaux blessés sont arrivés, nous nous remettons aux pansements. Un convoi de blessés nous est conduit par le docteur Bourguignon, aide-major, que l’ambulance n°1 a laissé à un poste de secours d’Our. Comme il s’apprête à repartir vers 10h. 30, il voit devant la porte du couvent deux sentinelles allemandes qui le mettent en joue. Le docteur Mével qui l’accompagne dit le mot : « arzt » et referme la porte. Tous deux reviennent vers nous et nous annoncent que les allemands entourent le couvent. Bientôt, du corps du bâtiment où est installée l’ambulance, nous voyons des soldats allemands, baïonnette au canon, dans les couloirs de la porterie. Vers 11 heures la porte de la conciergerie s’ouvre et nous voyons s’avancer vers nous deux officiers allemands accompagnés d’un sergent. Tous trois parlent un français très pur. Nous nous portons à leur rencontre dans la cour. Ils ont un souci visible de correction. Ils demandent à voir deux dragons allemands blessés qui ont été amenés au couvent dès le matin du 22 et que nous avons pansés en arrivant. Dans la conversation qu’ils ont en allemand les mots : « Nach Sedan, Nach Paris » reviennent à plusieurs reprises. Les deux officiers viennent de sortir par où ils étaient venus quand le parc du couvent est envahi du côté opposé par une troupe de soldats allemands. Un officier pénètre dans le couvent révolver au poing et, malgré que nous soyons vêtus de la blouse médicale et sans armes, nous place le canon de son révolver sur le front à tour de rôle. Finalement il s’arrête devant le Médecin-chef et reste devant lui le canon de son arme braqué à quelques centimètres de son visage. C’est dans cette situation que des explications assez difficiles sont échangées, l’officier allemand ne sachant pas un mot de français. Notre médecin-chef lui explique que le commandant allemand est à la porterie. L’officier place alors quelques soldats allemands devant nous, le canon des fusils braqués sur notre groupe, et disparaît. Quelques instants après il revient et emmène ses soldats. Un des deux officiers venus les premiers revient nous dire très courtoisement que l’on nous laisse nos chevaux de selle, mais un infirmier, allant à l’écurie quelques instants après, constata que deux chevaux avaient été emportés et le 3e blessé d’un coup de baïonnette à la cuisse. Les deux officiers si corrects avaient d’ailleurs assisté à la mise à sac, par leurs hommes, quelques instants auparavant, d’un petit château situé à droite de la route de Beth à Our. La cave avait été vidée et les bouteilles non bues, brisées. Nous avons tenu ce détail des gens du pays, les jours suivants. Les Allemands repartirent sans laisser un poste à l’ambulance. Dans l’après-midi nous revîmes le sergent du matin qui nous conduisit un soldat français blessé.

[Au couvent des Abys…, d’après le rapport du médecin major de 2e classe Paul Mével, médecin-chef de l’ambulance 2/11, 22 août 1914 (extraits)] « Je reçus aussitôt de M. le médecin principal [divisionnaire] Couillaud, l’ordre d’établir mon ambulance au couvent des Abys, à 2 kilomètres en arrière sur la route d’Opont. L’ordre portait : « ambulance immobilisée » en raison du nombre disait-on considérable de blessés. Il était près de 8 heures du soir quand j’entrai aux Abys. Je me présentais à la Supérieure des Visitandines et procédai immédiatement à la répartition des services : 1) salle d’entrée et d’inscriptions ; 2) salle de triage de blessés ; 3) salle des grands, moyens et petits pansements ; 4) cuisine et tisanerie. Le personnel de l’ambulance reçut les affectations prévues. Il en fut de même du matériel. Je me réservai le triage des blessés, quitte à me porter ensuite sur les points les plus encombrés. A 8 heures nous étions tous à notre poste quand arrivèrent les premiers blessés. Tout d’abord on put procéder à la répartition prévue ainsi qu’à l’inscription de chaque blessé, mais nous ne tardâmes pas à être débordés. La cour intérieure du couvent, cependant très vaste, était bientôt recouverte de brancards entre lesquels on allait trébuchant à la lueur incertaine des fanaux. La nuit était froide, les blessés frissonnaient. La salle de triage regorgeait de blessés, avec le corridor y conduisant. L’encombrement était partout, paralysant. Je suspendis nos opérations de triage, fis même interrompre les inscriptions des entrants qui demandaient du temps et allai au plus pressé. Le plus pressé était d’étendre les blessés à l’abri du froid. Je fis réquisitionner toute la paille du village. On en remplit toutes les salles disponibles du couvent. En quelques minutes elles furent pleines de blessés. Le souvenir me vint alors d’un château aperçu dans le village non loin du couvent de l’autre côté de la route. Je pus y loger 200 blessés. Le vide qui en résulta au couvent des Abys ne fut pas très appréciable car il en arrivait sans cesse. Il passa cette nuit par notre ambulance plus de 600 blessés. A deux heures du matin, je reçus la visite de M. le médecin divisionnaire Couillaud. Il m’annonça ce que je prévoyais déjà, le mouvement de retraite de nos troupes et me donna, en raison du nombre considérable de nos blessés, l’ordre de demeurer avec toute ma formation. Il partit emmenant le personnel et le matériel du train des équipages consentant seulement à nous abandonner notre voiture de chirurgie. Mes aides-majors et moi nous fîmes des pansements toute la nuit. A 5 heures du matin je recevais un mot d’un de nos confrères de l’ambulance n°1 resté à Our. Il m’apprenait que les allemands les « canardaient » et qu’il m’envoyait un convoi de blessés. Mon ambulance était pleine, nombreux étaient ceux dont nous n’avions pu nous occuper. Je pris sur moi d’enjoindre aux conducteurs des voitures de se diriger sur Bouillon pour rejoindre les lignes françaises (…) » [docteur P. Mével].
[Le couvent se transforme en refuge…]

[page 3] Le lundi 24 [août] au matin nous recevons une quinzaine de blessés français qui étaient restés dans les bois depuis le samedi. A 14 heures on enterre, dans une prairie du couvent, plantée de pommiers, nos 5 premiers morts : le capitaine Delannoy du 65e d’Infanterie et 4 soldats. Les prières sont dites par l’aumônier du couvent. Monsieur Mével, d’une voix que l’émotion voile un peu, prononce quelques paroles au bord des tombes et nulle émotion ne peut être comparée à celle que nous causent ces simples et tragiques funérailles qu’accompagne le bruit lointain du canon. L’aide-major Bourguignon, de l’ambulance n°1, auquel se sont joints, à Our, l’aide-major Le Lyonnais du 93e et le médecin auxiliaire Flatrès, a tenté d’évacuer ses blessés sur les lignes françaises. IL a été arrêté à Opont le 23 août. Un sergent et un soldat allemands viennent à l’ambulance, le 25 [août], nous demander si nous pouvons recevoir les blessés d’Opont. Le couvent étant plein de blessés, ceux d’Opont seront placés au château de Beth tout près du couvent. La formation Bourguignon, sur le désir de ce dernier, resta autonome. Elle subsista en réquisitionnant sur place. Nos blessés étaient nourris par les Religieuses contre Bons de réquisitions. Les conditions de confortable étant meilleures au couvent, nous invitâmes les docteurs Bourguignon, Le Lyonnais et Flatrès à prendre leurs repas avec nous. Dans la matinée du 25, un officier d’approvisionnement allemand vint nous demander d’aller panser des blessés français à Our. Ce fut M. Mével qui s’y rendit. A 4 heures, enterrement d’un soldat du 93e, notre sixième mort. La canonnade se fait lointaine et rare.

Le [mercredi] 26 août, un lieutenant allemand vient chercher les blessés transportables. Les hommes s’alignent dans la cour au nombre de 23. Monsieur Mével leur adresse un adieu ému et nous leur serrons tous les mains. L’officier allemand nous dit : « la guerre est finie pour eux, ils ne seront pas malheureux » et il nous apprend qu’ils iront par étapes de Beth à Maissin, de Maissin à Libin où se trouve une ambulance. De là ils seront dirigés sur Libramont où on les embarquera à destination de Trèves. Ils seront employés aux vendanges dans la région de Trèves. L’officier allemand n’a pas voulu emmener les officiers français transportables parce qu’il aurait été obligé de les faire coucher sur de la paille.

Le vendredi 28 août nous apprenons que Sedan est occupé par les Allemands, mais nous recevons les nouvelles les plus contradictoires et nous ne pouvons-nous faire aucune idée de la situation. Le soir, dans le service du docteur Fortineau, se déclare le premier cas de tétanos. Nous n’avons pas de sérum dans nos approvisionnements. Il y a là 150 blessés français et des civils atteints par l’Artillerie. Un enfant de 7 ou 8 ans, réfugié avec ses parents dans un fossé où ils s’étaient couchés sous la paille, a été blessé au front et au bras d’un coup de baïonnette. Toutes ces plaies, soignées tant bien que mal, par les gens du pays, qui se montrent très dévoués, suppurent beaucoup. Maissin est occupé par une compagnie allemande. Le bruit y circule que Sedan est pris et que les Allemands sont à une heure de Paris.

Dimanche 30 août. Notre tétanique meurt en 36 heures. La plupart des blessés sont en bonne voie. Nos infirmiers commencent à avoir quelques loisirs. Leur moral est excellent. Ils profitent de ce dimanche pour organiser des jeux (courses à bicyclette, courses à pied) dans le parc du couvent. [page 4] Dans l’après-midi, fausse joie. Un bruit se répand soudain : « Les Français, les Français ! » Tout le monde se précipite sur la route. Hélas ! Il n’y a rien et l’on finit par comprendre que l’origine de ce bruit a été le passage d’un convoi de prisonniers dont la nouvelle a été colportée et déformée dans le pays.

[lundi] 31 août – Deux soldats égarés se présentent à l’ambulance. Ils sont du 21e d’infanterie. Ils se sont battus le 22 dans la région de Bertrix. Depuis ce jour ils errent dans les bois, se nourrissant de carottes crues. Ils sont amaigris et exténués. Deux nouveaux cas de tétanos se déclarent à l’ambulance le 1er septembre. Un blessé meurt le même jour de tétanos dans la formation Bourguignon.

2 septembre – Un des tétaniques d’hier est mort cette nuit. Un cinquième cas se déclare dans mon service chez un blessé à plaie déchiquetée du métatarse gauche ; à qui j’avais déploré de ne pouvoir faire du sérum préventif. Le soir un sixième et un septième cas se manifestent dans la formation Bourguignon.

Le 3 septembre deux nouveaux cas de tétanos (9) se déclarent dans la formation Bourguignon.

Le 4 septembre le tétanique de mon service meurt dans la matinée. C’est le dixième décès que nous ayons parmi les blessés de l’ambulance. Un nouveau décès, par tétanos, également, dans la formation Bourguignon. Un blessé arrive à l’ambulance, une plaie au bras, enveloppée d’un morceau de chemise. Depuis la journée de Maissin, il errait dans les bois. Il est resté cinq jours sans manger. Dans l’après-midi nous allons à Maissin. Nous traversons des champs remplis d’effets de campement, d’uniformes en lambeaux, de cartons à musique car la musique régimentaire du 19e a été anéantie pendant le combat de Maissin. A Maissin spectacle lamentable : 65 maisons sont brûlées, il n’en reste que 6 intactes (…)

Le 7 août [septembre] nous enterrons deux nouveaux blessés (cela fait 13 décès à l’ambulance). Parmi eux un nouveau tétanique.

8 août [septembre] : nouveau cas de tétanos (10) dans le service du docteur Merson. Autre cas (11) dans la formation Bourguignon. Les docteurs Merson et Jousset vont à Graide, sur la prière du curé de Naome, soigner 36 blessés français. Ceux-ci ont bien été soignés par la population civile et par le médecin civil de Bièvre. Il y a eu un décès de tétanos. Deux cas de tétanos sont actuellement en évolution. [page 5] La plupart des blessés appartiennent au 135e d’Infanterie. Le médecin de Bièvre raconta qu’à leur arrivée les Allemands trouvèrent une cinquantaine de civils réfugiés dans les caves. Ils les firent ranger devant un mur et firent le simulacre d’une exécution en masse en tirant dans le mur au-dessus de leur tête. Une balle ayant ricoché tua la belle sœur du médecin. D’autres civils furent tués. Un lieutenant du 135e, que les docteurs Merson et Jousset ont pansé à Graide, leur a dit que la supérieure du couvent était une nièce de Guillaume II.

[Le retour… destination la Suisse ?]

Le mercredi 9 septembre, le médecin-chef, docteur Mével, accompagné de l’aide-major Merson et de l’officier d’administration Cazaux, se rend à Libramont demander que l’on nous renvoie en France conformément à la Convention de Genève. Nous sommes très inquiets de ne pas les avoir vus rentrer quand ils reviennent à 22 heures accompagnés d’un sergent allemand. Celui-ci un peu pris de boisson, mène grand tapage à son arrivée et veut visiter de fond en comble le couvent. Cependant après avoir vu et interrogé nos deux blessés allemands, il se calme et se couche. Aussitôt que nous sommes seuls nous interrogeons les trois voyageurs sur ce qu’ils ont appris dans leur voyage. Nous apprenons avec stupeur que les Allemands sont à Senlis, que le gouvernement est transféré à Bordeaux, que Maubeuge est prise. Nous apprenons en outre que nous serons envoyés en Suisse, sauf deux d’entre nous qui seront gardés pour soigner les prisonniers.

La journée du 10 est employée par le sergent allemand, aidé d’un de nos sous-officiers, le sergent Maguet à réquisitionner des voitures. Le soir, à la salle à manger des officiers, les religieuses nous apportent trois bouteilles de champagne et l’on sert, au dessert, un magnifique gâteau, œuvre de notre cuisinier. Le capitaine Saint-Martin, du 116e, qui a reçu neuf blessures et pour qui nous avons tous l’admiration qu’impose son caractère très énergique, très brave et très gai, nous adresse des adieux émouvants auxquels répond notre médecin-chef.

[Au couvent des Abys… le départ, d’après le rapport du médecin major de 2e classe Paul Mével, médecin-chef de l’ambulance 2/11, 10 septembre 1914 (extraits)] « Les évacués : 325 blessés dont 35 grands, en provenance des Abys et du château, 14 officiers, 61 infirmiers – Il est laissé au couvent quatre hospitalisés : le capitaine Maisonchin et « trois malades incurables » » Le docteur Mével estime à 980 [977] les blessés traités par l’ambulance n°2/11 : 765 entrés au couvent, 12 décédés et 200 pansés à Our (10), Maissin (150) et Graide (40) [docteur P. Mével].

Le vendredi 11 septembre, l’embarquement des blessés sur des charrettes lorraines garnies de paille commence de bonne heure. Nous adressons nos adieux et nos remerciements aux religieuses qui se sont montrées très dévouées. Le cortège s’ébranle à 9 h. 30. C’est une longue théorie de 46 voitures. Nous nous dirigeons vers Libramont par Opont et Paliseul. A partir de Paliseul le spectacle est lamentable. La contrée est ravagée. Les villages sont rasés et brûlés. Les maisons isolées elles-mêmes sont brûlées. Tout le long de la route sont disposés sur les bas-côtés des sacs, des vestes, des pantalons, des képis et des armes français. On n’en voit que là d’ailleurs. Ceux qui étaient dans les champs ont été ramenés au bord de la route. Cela nous donne l’impression d’une mise en scène organisée par les Allemands. Pendant le trajet, la pluie se mit à tomber à torrents. Nos blessés étendus sur des charrettes et peu couverts sont trempés d’eau froide. Avant d’entrer à Libramont nous faisons un détour. Les Belges ont fait sauter un pont, coupant ainsi la grand’route. Nous arrivons à Libramont à 16 h. 30. Sur la première maison du village on a peint en lettres hautes d’un pied : (SEDAN 1870-1916). Dès l’arrivée on nous sépare de nos blessés qui sont immédiatement embarqués dans des wagons à bestiaux. Des officiers au ton sec et rêche nous font remettre nos armes qui nous avaient été laissées jusqu’ici. On nous parque dans une pièce de l’hôtel Duroy, près de la gare, avec interdiction d’en sortir. [page 6] Nos infirmiers sont parqués de leur côté dans un autre local. Nous obtenons de prendre avec nous nos bagages et nos provisions. Nous avons mangé en route le pain et le jambon que nous avaient donnés les religieuses, mais fort heureusement il nous reste une cantine de conserves que nous avons emportée de Nantes et qui est encore presque intacte. Dès que nous sommes seuls, la propriétaire de l’hôtel entre. Elle est tragique et belle d’horreur et d’indignation. Elle nous apprend que tout a été brûlé et pillé dans le pays. Vingt-trois civils ont été fusillés. Chaque soir des officiers partent en automobile pour les châteaux voisins où ils pillent les caves. Ils rapportent leur butin à l’hôtel et passent la plus grande partie de la nuit à boire. L’hôtelière nous donne du café et du thé sans sucre. Il n’y en a pas dans le pays. Elle nous passe en cachette du pain beurré, du jambon, une boite de cigares et refuse tout paiement. Enfin elle nous apprend que l’armée française vient de remporter des succès. Puisse-t-elle dire vrai. A 22 h. 30 on nous embarque dans nos wagons. Nos infirmiers sont en troisième. Nous avons un wagon-couloir de secondes, avec, en avant, un compartiment de premières. Fatigués de cette journée de marche nous nous étendons sur nos banquettes, roulés dans nos couvertures, et nous dormons.

Au réveil, le samedi 12 [septembre], nous sommes toujours en gare de Libramont. Des convois de soldats sont arrivés toute la nuit. Il en arrive encore. Ils paraissent âgés pour la plupart avec, parmi eux, de très jeunes. Tous paraissent très enthousiastes. Les wagons sont fleuris et couverts de caricatures représentant les souverains alliés ou encore un zouave fuyant devant un soldat allemand. Une musique militaire joue l’hymne bavarois. Puis les soldats entonnent l’hymne national. A 8h. 30 notre train quitte Libramont. Jusqu’à Neufchâteau le pays est toujours dévasté par le feu. Nous passons, à Arlon. Nous traversons le Grand-duché de Luxembourg dont les habitants nous semblent plutôt hostiles (…). »

L’équipée se poursuit par Trèves, Cochem, Francfort-sur-le-Mein (13 septembre), Darmstadt, Carlsruhe, Offenburg, Fribourg, à destination de la station-frontière de Leopoldshohe (14 septembre) où ils sont remis aux autorités suisses.

Au poste suisse on nous fournit une voiture….

[page 8] [14 septembre 1914] « Au poste suisse on nous fournit une voiture pour nos bagages. On nous conduit à pied à la gare de Bâle. Au bruit que fait notre troupe sur le pavé des rues, des fenêtres s’ouvrent et nous entendons quelques cris de « Vive la France » tomber des persiennes… A la gare de Bâle, le consul général de France nous attend. Il nous reçoit d’une façon inoubliable et nous apprend la nouvelle de la victoire de la Marne. Un excellent petit déjeuner nous est servi par ses soins. Il nous fait distribuer du linge et se charge des télégrammes à faire parvenir à nos familles qui, depuis notre captivité, sont restées sans nouvelles. Nous quittons Bâle à 7h. 15. A 10h. 15 nous arrivons à Berne où l’attaché militaire de l’ambassade nous attend. On nous sert un thé au vieil hôpital. Au départ de l’hôpital, de vigoureux « Vive la France » ! partent de la foule. Tout le long du trajet nous sommes très bien accueillis. A partir de Neuchâtel, surtout la population nous fait des ovations enthousiastes. Aux Verrières de Suisse nous sommes attendus par deux officiers suisses qui nous offrent des rafraîchissements ainsi qu’à nos hommes. Ils doivent nous conduire jusqu’à la frontière avec l’officier et le poste suisse qui nous accompagnent depuis Bâle. A la douane le médecin-chef et quelques-uns des officiers de la formation descendent avec les officiers suisses pour l’accomplissement des formalités relatives à notre remise aux Autorités françaises. Ils seront conduits à Pontarlier en automobile. Nous arrivons à Pontarlier à 16 heures (…) »

Sources : Arch. Musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce à Paris, carton n° 633, dos. 19, Ballereau ; carton n°638, dos. 25, Mével.

A SUIVRE : Avec les blessés et médecins du 11e corps d’armée autour de Maissin (août-septembre 1914).
Lire la suite

LE CRIME DE DALHAIN (Lorraine, août 1914)

24 Avril 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes

TEMOIGNAGE D'UN MIRACULE :

Le docteur Pratbernon à Dalhain, Morhange (août 1914)...

J’ai déjà présenté dans ce blog plusieurs témoignages sur les combats de Morhange d’août 1914, vécus par des médecins militaires affectés tant à des corps de troupe (4e BCP) qu’à des formations sanitaires de campagne (ambulance n°4/20). Aujourd’hui, en marge de ces combats, je vous propose le témoignage de Louis Henri Joseph Pratbernon (1882-1936), alors jeune médecin aide-major de 1ère classe (lieutenant) affecté à l’ambulance n°4/20 qui fut détaché de sa formation pour apporter ses soins à des soldats isolés à Dalhain (poste de secours de l’école). Le témoignage qui suit, daté de 1916, précise les évènements du 20 août 1914 qui conduisirent à l’exécution sommaire de treize soldats français dont certains étaient blessés, du sergent infirmier Eugène Faive (prêtre, 1888-1914), responsable du poste de secours de la « Grange » où trouvèrent refuge 47 blessés et de l’abbé Prosper Calba (1882-1914). Le témoin, le docteur Pratbernon réussit à s’échapper du lieu de l’exécution et retrouva ses blessés.

Le même jour le village fut brûlé et la population déportée sur l’Allemagne après plusieurs exécutions de civils (Cezard Julien, Fristot Théophile, Calba Robert âgé de 16 ans…). Sur ces crimes : voir le carnet de Lucien Lambert, de Dalhain.

Jacques Didier dans son très bel ouvrage Des Moissons Tâchées de Sang
(Metz : éd. Serpenoise, 2010, 168 p.) a présenté de nombreux extraits de témoignages sur la bataille de Lorraine (1914), dont ceux du docteur Pratbernon, d'après une copie de ses "mémoires", transcrite par M. René Pierre. J'en propose aujourd'hui une nouvelle version inédite.
« Récit composé par le médecin aide-major de 1ère classe Pratbernon sur les sévices qu'il a subis de la part des Allemands et les scènes dont il fut le témoin dans le cours de sa captivité.

Il n'est pas un Français qui après 22 mois de guerre, ne soit fixé sur la brutalité, avec laquelle les Allemands se sert, conduits, partout où les a menés le hasard des opérations militaires. Il n'en est pas un qui ne sache, avec quelle féro­cité insoupçonnée antérieurement à la guerre, les allemands ont traité à la fois la population civile et les prisonniers blessés ou non, qui sont tombés entre leurs mains. Chacun sait avec quel raffinement de cruauté, les allemands ont martyrisé ou mis à mort d'innocentes per­sonnes, que les circonstances avaient empêché de se déro­ber au danger, ou que le devoir avait retenues où elles furent prises. Le vandalisme dont les allemands ont usé envers, de nombreuses localités, en les détruisant par le canon et l'incendie, en dehors de toute indication militaire, est également connu de tout le monde. L'invasion de la Belgique et consécutivement celle d'une partie de notre territoire, se firent dans des conditions [page 2] où la destruction, l’assassinat, le carnage et la terreur furent les éléments le mieux caractérisés. Et lorsque fut constitué par les soins du Gouvernement, le dossier des crimes, dont l'armée allemande s’est rendue coupable, en vue de les porter à la connaissance du monde civilisé, alors les allemands s'efforcèrent pour se disculper de motiver leur conduite. Pour cela, ils adoptèrent un système de défense à peu près uniforme. Pour justifier la destruction d’un pays où la mise à mort de civils innocents ou de militai­res désarmés, ils inventèrent qu'un ou plusieurs des leurs avaient été victimes d'un guet-apens et que la po­pulation civile avait fait feu sur eux. Audacieuse Justification, mais combien fragile et que jettent bas les observations recueillies et rap­portées par de nombreux témoins. Parmi les personnes qui eurent à souffrir de la cruauté allemande et plus particulièrement, parmi les militaires qui ayant été faits prisonniers, ont eu à subir les plus effrayantes brutalités, il s’est trouvé un grand nombre de médecins et infirmiers. Envers le personnel sanitaire, les troupes alle­mandes avaient une merveilleuse occasion, en satisfaisant à leur besoin de barbarie, de donner libre cours à leur lâcheté, et n'avaient que plus de jouissance en s'attaquant à lui en toute sécurité. Le recueil officiel des atrocités allemandes contient au sujet des médecins qui ont été faits prisonniers plusieurs exemples tragiquement éloquents. Pour mon compte [page 3] personnel, il m'est arrivé de tomber entre les mains des Allemands, dans des circonstances qui m'ont permis de les voir exercer en détail leur cruauté et leur vandalisme. J’ai été soumis à toutes les menaces et j'ai échap­pé à de multiples dangers.

La situation dans laquelle je me suis trouvé résultait directement du rôle, que sur des instructions très précises de la part de mes chefs j'avais eu à jouer dans la localité où j'ai été pris. J'ai pensé que le récit des moments que J'ai vécus avec les allemands pouvait avoir un intérêt suffisant pour trouver une modeste place dans "l’histoire anecdotique du Service de Santé en Campagne."

En composant ce récit conformément à mes souvenirs et en relatant de façon scrupuleusement exacte, les observations qu'il m'a été permis d’enregistrer avec attention, mon but est de faire connaître dans quelles conditions les alle­mands ont procédé systématiquement à la destruction com­plète de le localité où je me suis trouvé pris. Je montrerai comment, pour justifier leur oeuvre de destruction ils ont eu recours aux pires moyens, à l'égard de la population civile et de malheureux militaires tombés entre leurs mains. J'espère que de ces quelques pages se dégagera une flétrissure méritée à l'adresse du régiment allemand que j'ai vu à l'oeuvre, alors que s’auréolera glorieusement la mémoire de ceux qui ont été ses victimes. C'était au mois d'août 1914, alors que les troupes françaises s'étaient avancées avec succès en Lorraine annexée [page 4]. J'appartenais à une ambulance du 20ème corps d'armée et vers la fin de la journée du 19 août, ma formation s'était fixée à "Berlingen" (Lorraine annexée) à quelques kilomètres de Morhange. Là sur les recommandations du médecin division­naire dont dépendait notre ambulance, nous ne donnâmes à notre installation qu'un caractère provisoire de façon à pouvoir nous déplacer aisément, en cas d'opportunité. Vers 9 heures du soir nous furent amenés les premiers blessés et nous passâmes toute notre nuit à en recevoir. Le 20 août dès 4 heures et 1/2 du matin, le canon se fait entendre tout près de nous, et de la porte de notre ambulance nous distinguons le sifflement des obus et nous voyons certains d'entre eux tomber à 150 ou 200 mètres de nous. Aussitôt nous recevons la visite de M. le directeur du Service de santé du XXe corps d'armée, qui exprime à notre chef l'impossibilité dans laquelle nous nous trouvons de laisser notre organisation dans une situation aussi dangereuse et nous engage à évacuer Berlingen dès que les circonstances le permettraient. Quelques minutes après survint M. le médecin divisionnaire qui renforçant les ordres de M. le directeur, prie notre chef de prendre toutes les dispositions nécessaires pour évacuer les blessés de notre ambulance sur "Dalheim” village considéré comme plus reculé de la ligne de feu et distant de Berlingen d’environ 3 kilomètres. Pour cela monsieur le médecin divisionnaire demande à notre chef, d'envoyer au préalable un aide-major qui irait immédiatement à bicyclette jusqu'à Dalheim pour y préparer [page 5] des locaux destinés à recevoir les blessés évacuables de "Berlingen". Me trouvant présent, au moment où ces instructions étaient données à mon chef, celui-ci me chargea de faire le nécessaire et d’aller à « Dalheim ». Je pars à bicyclette et je franchis sous les obus les 3 kilomètres que j'avais à faire. A partir de ce moment, je me considérai comme devant être séparé définitivement du personnel de mon ambulance, car je me rendis compte aisément, qu'en raison du bombardement intense, sévissant entre "Berlingen" et "Dalheim », il serait plus qu'imprudent de procéder à une évacuation de blessés. Un convoi de voitures en effet, s'engageant sur la route aurait été un objectif de choix pour l'artillerie ennemie et n'aurait pu parvenir à destination. Arrivé à "Dalheim" je me mets en relation avec le maire et malgré tout je prépare des locaux pour une arri­vée éventuelle de blessés. Je fais aménager ces locaux com­me il convenait, et j'attends sous la menace des obus, qui de plus en plus font entendre dans tous les sens, leur sifflement caractéristique. Une heure après mon arrivée à "Dalheim", je revois M. le médecin divisionnaire qui revient de Berlingen, la tête recouverte d'un pansement. Je vais à lui pour être ren­seigné sur sa blessure, j'apprends qu'il ne s'agit heureu­sement que d'une plaie superficielle de l'arcade sourcillère dûe à une balle de schrapnell. En raison de la situation de plus en plus menaçante, qui intéressait Dalheim et de la conviction [page 6] que j'avais de l'impossibilité pour mon ambulance laissée à "Berlingen" d'évacuer ses blessés sur l'organi­sation que j'avais préparée, je jugeais que ma présence en un tel milieu était devenue sans objet et je demandai de nouvelles instructions à M. le médecin divisionnaire. A la question précise que je me permis de lui poser relativement à l'éventualité que je fusse fait prisonnier il me répondit de rester là, jusqu'à ce que les abords au village soient occupés par l'ennemi. A partir de ce moment je fus définitivement fixé sur le sort qui m'était réservé, car le douloureux spectacle de repliement précipité de certains de nos effectifs ne me permettait pas d'espérer une issue heureuse peur la bataille engagée. Il était 7 heures et depuis cette heure-là, je reçus un assez grand nombre de blessés, qui isolément ou portés par des camarades, m'arrivaient du champ de bataille intéressant les environs du village. Il n'y avait point de mon côté de poste de secours régulièrement établi, et les malheureux qui tombaient se trouvaient dans la nécessité de se rendre au village qu'ils apercevaient. C'est dans ces conditions que m’étant fixé à la maison d'école, sur laquelle flottait une croix rouge, je recueillis les blessés que le hasard avait amenés dans cette direction. N’ayant à ma disposition pas le moindre matériel d’ambulance, j'étais contraint à soigner et à panser mes blessés avec le pansement individuel dont quelques-uns se trouvaient encore munis. [page 7] La journée se passa ainsi et vers 4 heures du soir, j'avais dans mon ambulance 80 blessés environ et une vingtaine d’éclopés, ou considérés comme tels. Ces derniers en effet, étaient des combattants, qui dans la journée, s'étaient égarés isolément de leurs unités et ne sachant où aller, cherchaient à se réfugier individuellement dans la maison de “Dalheim ». En prévision de leur inutilité et peur éviter toute complication à l'arrivée des Allemands, je les avais re­cueillis à mon ambulance, en me proposant de les présenter à l’ennemi comme étant éclopés. La canonnade avait cessé et quelques coups de fusil se faisaient encore entendre espacés, mais de plus en plus rapprochés, traduisant une avance certaine mais prudente des Allemands. A ce moment, alors que contre toute apparence, l'espoir m’était resté d'un retour offensif possible de notre part, je me mis dans l’obligation de préparer mes blessés à l'idée que nous étions menacés d’être pris. Ils acceptèrent mon avis et mes recommandations avec le plus grand calme, dissimulant toutefois avec peine le légitime effroi que leur causait une telle perspective ainsi que la douloureuse peine provoquée par le subit effon­drement de leurs plus grands espoirs. Et brusquement "Dalheim » se trouve envahi par le 90e régiment d'infanterie prussienne. J'attendais à la porte de l’ambulance et je vis un détachement se diriger sur moi, sous le commandement d’un officier [page 8], qui, révolver en main, accepta sans brutalité l'explication que je lui donnai de ma présence. Cet officier me demande de faire sortir ceux qui parmi mes blessés pouvaient marcher, Je lui livrai les éclopés, et après s’être assuré que toutes les armes avaient été mises de côté, l‘officier se retira, laissant la garde de mon installation au détachement qu'il conduisait, A ce moment je me sentis comme soulagé, car j’avais craint que les Allemands en s'emparant de mon am­bulance, n'usassent d'une plus grande brutalité. Peu après que l'officier se fut retiré, je reçus la visite du médecin major du régiment, qui venait de prendre possession du village. Celui-ci se montra très aimable. Il me tendit la main en m’appelant « camarade » et parlait assez correctement le français, me demanda de lui faire voir « mes blessés». Je me rendis à son invitation, et j’échangeai avec lui quelques mots relatifs aux diverses blessures que j‘avais constatées. Entre temps il ne put résister à m'exprimer, aimablement toutefois, une allusion au manque de respect que les français manifestaient ouvertement en­vers la Convention de Genève, et, comme une leçon apprise par coeur, il me cita l'exemple d'un officier français blessé, tuant d'un coup de révolver le major allemand, qui venait de lui donner ses soins sur le champ de bataille. Je ne fus évidemment pas dupe de cette hypocrite calomnie je vis par là au contraire, l’idée bien arrêtée chez les Allemands de se livrer au chantage le plus honteux.

[page 9] Le médecin major me quitta de façon très correcte, et me retrouvant seul, j’eus une nouvelle fois l'impression que j’aurais pu être maltraité davantage dans mes premiers rapports avec l’ennemi. Quelques instants après, je vois arriver à mon ambulance un sergent infirmier qui demande à me parler. Il s'a­gissait d'un sous-officier du groupe divisionnaire de bran­cardiers qui contraint à se replier isolément ou presque s'était arrêté à « Dalheim », s'était abrité dans une maison et y avait reçu quelques blessés. Parmi ces derniers se trouvait un jeune sous-lieutenant Forestier, qui était blessé très grièvement et le sous-officier venait me demander d'aller le visiter an rai­son de la gravité de son état. En présence de cette situation, je demandai au sous-officier de m’indiquer le chemin à prendre pour se rendre à la maison qu'il occupait, et je le laissai repartir en lui promettant de le rejoindre quelques minutes après. Je fais quelques recommandations de circonstance à mes blessés, avant de les quitter pour me porter au secours du jeune Forestier, et je m'engage dans le village où le 90e prussien me semble prendre possession de son cantonnement. Arrivé au centre du village, en face de l’église je me trouve à nouveau en présence du médecin allemand qui cette fois était à cheval. A ses côtés se trouvait un prêtre que j'avais [page 10] déjà eu l'occasion de rencontrer dans la journée et que je prenais pour le curé du pays. M'apercevant, le médecin allemand me demanda si j'avais un cheval, en ajoutant que si j'en avais un, il me demanderait de l'accompagner pour aller dans les environs du village, voir quelques blessés graves. Je lui réponds que je n’ai pas de cheval, mais pour ne pas opposer à sa demande un refus complet, je lui propose de lui confier un sous-officier susceptible de l'aider ; le sergent brancardier qui venait de me révéler sa presence en me solicitant pour les blessés qu’il avait recueillis. Ici je crois utile d’ouvrir une parenthèse. Au sujet de la proposition que venait de me faire le médecin allemand, les évènements qui se sont succédés par la suite, m’ont donné la certitude morale que l’objet de cette proposition ne correspondait pas du tout à ce qui m’avait été dit. Le confrère allemand croyait employer en se conduisant ainsi à mon égard, le moyen de me dérober au danger dont il savait que j’étais menacé. Si telle fut bien l’intention du médecin allemand je ne puis que rendre hommage au sentiment de confraternité dont il a fait preuve envers moi, mais dont malheureusement l’effet ne put être réalisé. En effet, pendant la très courte conversation, que j’avais avec le médecin et à laquelle participait indirectement le prêtre présent à nos côtés, nous étions entourés de 5 à 600 fantassins qui s’agitaient bruyamment en tous sens.

[page 11] Certains d'entre eux, 50 environ vont du côté de l’é­glise en face de laquelle nous nous trouvions, et dirigeant leurs armes dans le sens de la hauteur, me font l'impression, en s’abritant derrière le mur qui entourait l'église d’attendre le passage d’un aéroplane français, pour le tirer quand il serait à leur portée. Ce geste de la part de 50 fantassins fut répété par d’autres dans une autre direction et dans les mêmes conditions si bien que comme impression je m'imaginai que l’aéroplane, attendu au-dessus de l'église, était passé trop latéralement et qu'il allait être tiré ailleurs. Ces impressions étaient entièrement fausses, et ce dont j'ai été le témoin, était la mise en scène de l'oeuvre de destruction à laquelle le 90e prussien allait soumettre le village de « Dalheim », sa population et les militaires français blessés ou non, qui venaient d’y être faits prisonniers. Le premier des exercices prévus dans la circonstance par le commandant allemand était la fusillade, fusillade généralisée sans objectif déterminé, chacun des quelques cen­taines de soldats devant tirer au gré de sa sauvagerie ou de son indéfinissable exaltation. En effet au moment où nous échangions avec le médecin allemand les quelques mots cités plus haut, et où je subissais les impressions relatives au passage d'un aéroplane à ce moment une fusillade éclate dans tous les sens. Le médecin allemand disparait instantanément avec son cheval et je reste seul avec le prêtre au milieu de tous les allemands tirant dans toutes les directions, dans les mai­sons en dehors, en haut et en bas. [page 12] Instinctivement je juge que je n’échapperai pas à un coup de fusil, je suis en effet la seule culotte rouge dans le village et avec le prêtre nous nous précipitons dans une maison en y sautant par la fenêtre. Là sur le conseil du curé, nous nous cachons sous une table ronde, pendant qu’au-dehors la fusillade continue et que les Allemands pénètrent dans chaque maison. A ce moment, je juge ma situation désespérée et je m'attends de seconde en seconde à être assassiné par le premier allemand qui pénétrera dans la pièce que nous occu­pons. Cette situation dure de 4 à 5 minutes et la fusillade semblant se calmer au dehors; je conseille au curé de sortir de notre abri plutôt équivoque et de repasser au ris­que de notre vie, par la fenêtre que nous avions trouvée pour entrer. Aussitôt que nous eûmes franchi la fenêtre, nous apercevons a notre droite un groupe de 40 à 50 allemands arrêtés et ayant leurs armes dirigées vers la sortie de la maison que nous occupions. Devant cette maison, stationne un groupe de 5 à 6 militaires français prisonniers. Parmi eux, je reconnais le sergent brancardier, dont il a déjà été parlé. Aussitôt que nous sommes aperçus par les Allemands ceux-ci nous donnent l'ordre de nous joindre au grou­pe de prisonniers et pour renforcer cet ordre, ils nous poussent avec des coups de pied au derrière, des coups de crosse de fusil dans le dos et des coups de plat de baïonnette sur les épaules. [page 13] L'un d'entre eux se cramponne à mon brassard, et avec une violence inouïe, fait l'impossible pour me l’arracher. Je résiste aux tractions, que cette brute exerce sur mon bras, et mon brassard est d'une telle solidité, qu’il me reste intact, malgré le furieux arrachement auquel il a été soumis. A ce moment, je suis placé entre le sergent-brancardier et le prêtre civil. Les 4 ou 5 autres soldats français se tiennent en avant de nous et nous recevons l'ordre d'avancer en distinguant parmi le chaos de régiments allemands, l’avertissement suivant répété que nous allons être conduits à la fusillade.

C’est dans ces conditions que l’ordre nous est donné d'avancer et sous la poussée des bottes et des crosses allemandes, nous allons pour être fusillés à l'endroit où nous serons conduits. Le curé était à ma droite et le sergent-brancardier à ma gauche. Ce dernier était un prêtre réserviste et comme tel a su dans un moment aussi tragique manifester la plus grande beauté d’âme alliée au sentiment patriotique le plus élevé. C'est ainsi que lorsque nous fûmes mis en marche, il se découvrit, et faisant à demi face à nos bourreaux que nous précédions, il se redressa crânement et nous dit à haute voix : « Mes frères, recommandez votre âme à Dieu ». Ce furent les dernières paroles que j’entendais de lui. Le souvenir de cet instant à toujours entretenu dans mon esprit la plus forte émotion, et aussi est-ce pour moi comme un soulagement en même temps que l’accomplissement d‘un noble devoir que de rendre à la mémoire de cette victime, l’hommage de mon admiration la plus profonde. [page 14] Nous allions donc au mur résignés, et ne pouvant plus compter sur la moindre chance de salut, lorsque d'une maison quelconque devant laquelle nous passions, nous recevons d’une fenêtre du premier étage une fusillade subite. Suivant la détonation produite, cette fusillade de­vait être le résultat de 12 à 15 coups de fusil partis simultanément. Je baisse le dos et j'ai l’impression que tout autour de moi vient de tomber un panier de noisettes. C'est dire que je ne puis encore m’expliquer comment je n'ai pas été touché par une balle. A ce moment, nous nous trouvions à 100 mètres environ de mon ambulance et nous lui faisions face. Ce fut pour moi l'indication de m'y réfugier, à laquelle j'obéis instan­tanément et ne faisant qu'un bond ; je me retrouvai sain et sauf au milieu de mes blessés... J’avais laissé mes infortunés compagnons qui, hélas ne devaient pas comme moi, bénéficier d'une chance aussi peu vraisemblable. Quelques minutes après ils tombaient assassinés par les Allemands et ce n'est que longtemps après être rentré en France, que j'eus connaissance de leur identité par l'annonce officielle qui fut faite de leur mort.

Dans son numéro du 24 Octobre 1914, un journal de Nancy annonce "la mort de M. l'Abbé Prosper Albert Galba fusillé à Dalheim par les Allemands le 20 Août. Né à Dalheim le 3 Janvier 1882, M. l’Abbé Galba [Calba] était vicaire à Saint-Maur de Lunéville." l'Abbé Galba était donc ce prêtre que j'avais pris pour, le curé de Dalheim, en réalité il était originaire de ce pays et s’était laissé surprendre là par la guerre au moment où il y passait des vacances [chez sa mère].

[page 15] A la date du 13 février 1915, le même journal annonce la mort du sergent « M. l’Abbé Faive, vicaire au Sacré-Cœur, sergent à la 23e section de brancardiers (sic) fusillé par les Allemands au mois d’août. L’abbé Faive était né à Vézelise le 27 novembre 1888. »

Me retrouvant au milieu de mes blessés, je trouve ceux-ci dans un état indescriptible. La plupart de ceux qui pouvaient se trainer s’étaient réfugiés à la cave. Les autres s’abritaient comme ils pouvaient contre les balles qui traversaient les fenêtres de la salle où ils se trouvaient. Je les réconforte de mon mieux et les engage d’être courageux et surtout à s’abriter du mieux qu’ils pourront, en se partageant toutefois la place, pour que chacun puisse en profiter. Au dehors, la fusillade continue et pour mon compte j’attends que les Allemands viennent me chercher par l’oreille et me châtient sans pitié de leur avoir faussé compagnie. Mais dans de telles circonstances chaque minute passée équivaut à un résultat, et seul, le fait de ne pas encore être tiré suffisait à mes besoins du moment. Une demi-heure après mon invraisemblable retour à l’ambulance, la fusillade s’éteint, lorsque nous entendons un coup de canon très rapproché suivi d’un fracas épouvantable et nous avons l’impression que notre ambulance est bombardée. En réalité, ce n’était pas l’ambulance qui était l’objectif du canon allemand sans doute braqué à quelques cent mètres mais c’était l’église et je m’en aperçus plus tard. En effet, le programme des Allemands devait [page 16] pour ce jour-là du moins se trouver bientôt exécuté, et lorsque la nuit vint, j’aperçu une maison en feu. L’incendie se propage rapidement et s’avançant progressivement du côté de mon ambulance, je me rends compte que nous ne serons pas épargnés et qu’il me faudra procéder au sauvetage des malheureux qui m’entourent. Je leur cache le plus longtemps possible le danger qui nous menace, et je me décide à procéder à l’évacuation que lorsque notre ambulance est atteinte par le feu. Il était 9 heures du soir, tout le village était en feu, il ne restait plus que quelques maisons menacées elles aussi. Dans de telles conditions, je pensai que l’église constituait le seul abri possible pour mes blessés, et je m’y rendis pour juger de la situation. C’est alors que je constatai et que je compris les effets de canonnade, qui nous avait tant inquiétés, l’église n’était plus qu’une ruine et avait été frappée de toutes parts par l’artillerie allemande. Je résolus donc de placer mes blessés sur la route et à l’aide de 2 ou 3 troupiers valides nous les transportâmes au milieu du village. En effectuant ce sinistre déménagement, nous nous rendons compte des premiers résultats de l’œuvre allemande et nous trouvons en effet quelques cadavres de civils qui ont été ses victimes. Par l’intermédiaire d’un habitant j’apprends la mort du jeune sous-lieutenant Forestier qui a succombé à ses blessures. Je fais prendre son corps [page 17] et je le place respectueusement à proximité du tas que composent à présent mes blessés sur la route. Je me place au milieu d’eux et en prévision du passage possible de troupes allemandes dans le cours de la nuit, pour éviter de leur part une erreur redoutable en même temps que pour stigmatiser le résultat odieux de leurs actes ; je charge un homme de prendre la garde en tenant dans ses mains au pied de notre tas un fanion de la Croix-Rouge. C’est dans ces conditions que nous passâmes toute la nuit au milieu du village en flammes, ayant eu le pénible honneur de composer un tableau, dont se dégage le caractère de majesté tragique que l’on conçoit. Evidemment il n’y avait plus d’allemands à « Dalheim » ils s’étaient dirigés vers un cantonnement plus salubre avec la satisfaction du devoir accompli et l’espoir que les balles, les obus et le feu n’épargneraient que bien peu de la population et des nôtres.

Le lendemain matin, alors que les premières lueurs du jour nous surprenaient dans un décor fait de mines fumantes et de dévastation, un détachement du 90e fait son apparition à l’entrée du village ; et venant sans nul doute constater le résultat de son œuvre criminelle de la veille, s’arrête aussitôt qu’il aperçoit notre groupe. Les hommes de ce détachement mettent immédiatement baïonnette au canon et font entendre des vociférations, de l’ensemble desquelles je perçois l’ordre de me diriger vers eux. [page 18] Je me lève donc parmi mes blessés et aussitôt debout, j’entends de nouveaux rugissements de la part des Allemands. Cette fois, il s’agissait de la façon de me présenter à eux. Et de nombreux cris de « Hand, Hand » appuyés de gestes significatifs me firent comprendre que pour leur être agréable, je devais lever les bras. Je fais environ 150 mètres dans cette attitude pour aller vers eux. Arrivé à leur détachement, je suis menacé par les baïonnettes, les révolvers, etc. Un des plus furieux me pique la poitrine de l’extrémité de sa baïonnette. Et je subis de leur part les pires injures. Les mots de « Schvein-hund-xache » sont ceux qui me reviennent le plus fréquemment à l’oreille. Je suis en somme, à ce moment-là comme un renard sur lequel toute une meute de chiens enragés se serait ruée avec toute la force de leur instinct. Cependant outre les insultes que vomissent tout autour de moi et me crachent au visage toutes ces brutes ; je comprends que je suis voué à une manœuvre nouvelle de leur part. Et j’entends en effet quelques allusions, au rôle qui m’est attribué, et me vaut les représailles que je subis. J’ai, disent les Allemands, abrité des combattants français qui ont tiré sur leurs troupes, alors qu’elles prenaient possession du village. Il y avait en outre une mitrailleuse dans le clocher et j’ai donné les ordres pour qu’il en soit fait usage. Ils m’accusent d’autre part d’avoir participé à cette rébellion et d’avoir personnellement tué un général. Lorsque je vis se préciser de telle façon la manœuvre [page 19] dont je me voyais menacé, je compris toute l’hypocrite lâcheté dont les Allemands étaient résolus d’user envers moi pour assouvir leur besoin de cruauté, et en même temps pour tenter de légitimer la destruction dont j’avais été le témoin. Il leur fallait un prétexte au carnage auquel ils s’étaient livrés, ils le trouvaient dans l’invention des coups de fusil reçus par leurs troupes et de la mitrailleuse placée dans le clocher. Mais aussi ils voulaient donner à ce prétexte une forme plus concrète et un caractère de plus grande gravité. Aussi n’hésitaient-ils pas pour cela, à me rendre responsable de ce qu’ils disaient s’être passé ; en m’accusant du fait précis d’avoir tué un général. De cette façon, ils comptaient se disculper à mes dépens. J’étais fait pour les tirer d’embarras et à la fois pour eux une proie de choix, sur laquelle ils semblaient se réjouir d’exercer leur férocité. Pendant que s’ouvrait à mon esprit cette souriante perspective, j’étais toujours les bras levés entouré des allemands qui me poussaient du côté de mes blessés. Lorsque nous fûmes arrivés à eux, les Allemands leur firent lever les bras aussi, en leur prodiguant copieusement toutes sortes de brutalités. Et nous restâmes les bras levés si longtemps que je me souviens de l’obligation dans laquelle je me suis trouvé de m’aider alternativement d’une des deux mains pour tenir l’autre en l’air.

Pendant ce temps, une partie du détachement allemand s’occupait de faire la chasse aux habitants du village qui avaient échappé au massacre de la veille. Tous les hommes [page 20] sont arrêtés, vieillards et enfants se trouvent là et sont joints à nous. Il est question de nous emmener, je demande un chariot pour les plus gravement blessés, il en est amené un, et nous sommes mis en ordre de marche. Ace moment, l’officier du détachement croit devoir se livrer à une dernière manifestation sur le théâtre même de leurs crimes et brandit en me la balançant sous le nez, la tunique du malheureux sergent brancardier, en me criant qu’il n’en a plus besoin puisqu’il a été fusillé la veille avec le curé. Et sous bonne escorte nous sommes mis en route dans la direction de « Morhange ».

Nous cheminons péniblement sur la route, qui traverse la campagne, où s’est livré le combat. Et sous nos yeux se déroule le panorama le plus triste qui se puisse imaginer. Les champs de blé qu’un soleil généreux avait préparé à un plus noble sort, étaient autant de linceuls pour nos héroïques soldats, dont nous apercevons les cadavres amoncelés. Ma pensée, alors que nous avancions, se partageait entre le sort qu’avaient pu avoir les camarades de l’ambulance que j’avais laissés la veille à « Berlingen » ; et les conséquences qu’allait avoir pour moi la dernière accusation, dont les Allemands venaient de me charger. Nous avions environ 8 kilomètres à faire pour nous rendre de « Dalheim » à « Morhange » et les blessés se trainant difficilement, nous sommes obligés de nous arrêter assez souvent pour leur permettre de reprendre haleine. Parmi eux [page 21] il y en a qui ne peuvent plus avancer. Alors l’officier, qui nous conduisait vient me trouver et m’engage à les « terminer » (sic) pour que nous n’en soyons plus embarrassés. Je lui réponds que je me charge de les placer sur le chariot qui nous suit ; et malgré le peu de place disponible faisant comprendre en 2 mots aux blessés le caractère de la situation ; je les entasse pêle-mêle sur la voiture, pour éviter l’horreur qui m’avait été proposée.

Nous arrivons à Morhange et nous atteignons une caserne. Notre convoi s’y arrête pour permettre à l’officier allemand de demander sans doute un renseignement. Et j’ai la joie à ce moment, de retrouver mes camarades, qui dans la cour de cette caserne, se tiennent près de la porte d’entrée et me font l’impression d’être là depuis au moins quelques heures. Sans prendre un instant, mais sans pouvoir toutefois leur faire part du caractère grave de ma situation, je leur fais comprendre en m’adressant particulièrement à mon médecin-chef de vouloir bien employer tous les moyens pour que je ne sois plus séparé d’eux. Je me hasarde à demander à l’officier allemand l’autorisation d’être laissé avec mes camarades que je lui désigne. L’officier me répond négativement et je suis conduit avec mes blessés et les civils de « Dalheim », dans un camp provisoirement installé sur le terrain d’aviation de Morhange.

A mon arrivée, je demande au capitaine du camp, par quel moyen il me serait possible d’être autorisé à rejoindre mes camarades à Morhange, il me répond qu’avant tout, il existe une question à régler car je suis accusé d’avoir tué un général. Je m’aperçus par-là que la liaison était parfaite entre les diverses autorités, dans les mains desquelles je passais successivement [page 22], et que chaque fois que je serais transmis ainsi je pouvais être assuré d’une recommandation toute spéciale, dont le caractère n’était pas pour me réconforter. Entre temps, notre convoi avait pris place dans le camp et ses divers éléments s’étaient mêlés au nombre déjà grand d’autres prisonniers qui y avaient été amenés antérieurement. Les civils de « Dalheim » furent à leur entrée l’objet d’une sollicitude toute particulière de la part du commandant du camp. Voici en effet ce que je vis, et le souvenir de cette scène constitue pour moi un exemple éloquent de la barbarie allemande. Le capitaine de camp ayant rassemblé ces civils, leur adresse en allemand un langage martelé de reproche et de menaces et après les avoir terrorisés du mieux qu’il put, il les condamna à se coucher, à plat ventre, les uns à côté des autres, placés en carré, la face contre terre, avec défense de lever la tête, sous peine d’être immédiatement fusillés. Et je les vis dans cette position, pendant tout le temps que je suis resté là, 4 heures environ. Dans le nombre il y avait des vieillards de 70 à 80 ans et de tous jeunes gens de 13 à 17. Le carré qu’ils avaient formé était gardé aux quatre coins par plusieurs fonctionnaires. Et ceux-ci pour se distraire, s’amusaient à tirer l’un ou l’autre de ces malheureux par les oreilles. Lorsque celui qui était soumis à ce tiraillement ne pouvait résister à lever la tête, alors il recevait immédiatement un formidable coup de crosse, qui lui replaçait le nez en terre immédiatement. [page 23] C’est ainsi que je vis tomber sur la tête d’un vieillard une crosse dont le coup lui causa une déchirure étendue du cuir chevelu. Semblable spectacle n’était pas fait pour me donner l’espoir d’échapper aux menaces, dont j’étais personnellement l’objet. Mais malgré tout, j’avais pour objectif de rejoindre mon ambulance à Morhange, où j’avais l’impression que ma sécurité serait mieux assurée. Et j’observais tout ce qui, autour de moi, pouvait me servir à cet effet.

Or, vers le soir, le capitaine du camp fut remplacé par un autre, m’en étant immédiatement aperçu, et songeant à la possibilité que le remplaçant ne soit pas connaisseur du forfait qui m’était imputé, je m’en fus le trouver sur le champ et je lui demandai l’autorisation d’aller jusqu’à la caserne où j’avais revu mes camarades, pour y chercher ma cantine. Comme je l’avais espéré, j’allais bénéficier d’une solution de continuité dans la trop stricte liaison, dont jusque-là j’avais souffert, et le nouveau commandant du camp ne sachant rien de ma personnalité, m’autorisa à aller à Morhange sous la garde de quelques hommes de troupe et d’un sous-officier allemand. Arrivé à la caserne, je me mis en quatre pour mettre au courant mes camarades de la situation dans laquelle je me trouvais. Secouru par eux, j’obtins d’un médecin allemand avec lequel ils avaient été mis en rapport une note à l’adresse du commandant du camp qui était prié de me renvoyer définitivement à Morhange, pour y soigner les prisonniers français blessés. Je revins donc à Morhange le soir même et j’étais bien rassuré [page 24], espérant que je serais oublié plus facilement au milieu de mes camarades.

La nuit et la journée du lendemain se passèrent pour nous sans incident notable. Nous avions coupé notre temps à prodiguer nos soins à plusieurs centaines de malheureux blessés français, qui avaient été placés sur une mince couche de paille dans la cour de la caserne. J’étais personnellement occupé à panser un de ces blessés lorsque vers 5 heures du soir, je vis s’avancer droit sur moi un officier et au chiffre 90, que portait le manchon de son casque, j’eus tôt fait de me représenter l’objet de sa venue vers moi. En un instant, il est sur moi et m’abordant violemment me lance cette apostrophe, dont j’avais eu le tympan meurtri tant de fois : « C’est vous qui avez tué le général à Dalheim ?». Je me raidis et proteste selon mes moyens. Evidemment l’officier loin de tenir compte de mes dénégations, donnait libre cours à sa bruyante volubilité. Il était accompagné d’un autre officier. Je crus devoir me tourner vers ce dernier, pensant à la possibilité de le convaincre plus facilement. A peine lui [ai-je] exprimé un mot qu’il me dit : « vous êtes arrêté ». Et aussitôt quelques hommes sortis je ne sais d’où s’emparent de moi et à la vue de mes camarades stupéfaits, me conduisent au poste de police du quartier. Là le corps de garde célèbre mon arrivée d’une façon toute protocolaire et selon les usages allemands, je suis passé « à tabac » dans les plus belles conditions. [page 25] Cette séance ayant duré une dizaine de minutes, je fus emmené vers le bâtiment disciplinaire de la caserne. Arrivé là, je suis reçu à bras ouverts par le sous-officier gardien, le type classique de l’ogre qui ne savait contenir sa joie à la vue du gibier de choix que j’étais pour lui. Ses yeux roulaient d’impatience à s’emparer de moi, et à être seul, à me posséder dans une des plus solides de ses cellules. Outre qu’il manifestait une jouissance toute bestiale, à me tenir dans ses griffes, il me faisait entendre par des vociférations appropriées que j’allais enfin payer le crime odieux que j’avais osé commettre sur un de ses plus grands chefs. Et je fus jeté en cellule dans de telles conditions. Ayant entendu la porte se refermer sur moi et les clefs tourner bruyamment dans la serrure, je fus réellement effrayé à l’idée que peut être, on allait me laisser mourir là sans autre forme de procès. L’extrême brutalité dont j’avais vu les allemands user dans les circonstances que j’avais traversées, me portait à les croire capables de me réserver ce sort atroce et sous l’empire de cette obsession je m’affaissai sur ma couchette. La nuit ne tarda pas à tomber et avec elle, les idées les plus variées vinrent envahir mon cerveau. Allais-je être fusillé ? Je le craignais, mais je l’espérais encore davantage et j’en étais arrivé à envier la situation du condamné à mort régulier, au sujet duquel la loi demande que ses derniers moments soient favorisés d’une respectueuse attention de la part des autorités. [page 26] Tel était mon état d’esprit, lorsque le jour, en naissant apporta une heureuse atténuation à mon angoisse et je repris un peu d’espoir. Vers midi, j’eus la vive satisfaction de revoir mon sous-officier geôlier, qui flanqué de quelques hommes en armes, venait me chercher pour me conduire devant le tribunal qui avait mission de me juger. Je fus introduit dans une salle, où se trouvaient 2 sous-officiers assis à une table. Ils avaient m’ont-ils dit reçu de la Place de Mohrange l’ordre de me faire comparaître sous l’inculpation d’avoir tué le fameux général de « Dalheim ». Je subis donc un interrogatoire en règle et ne pouvant invoquer de témoignages contre l’accusation dont j’étais l’objet je me suis borné à opposer d’énergiques dénégations. Je les appuyai sur l’idée que je possédais du rôle qu’un médecin est appelé à exercer en campagne, et je m’efforçai de faire comprendre à mes juges le caractère odieux d’une telle machination contre un non combattant. Pour terminer enfin, je crus devoir faire appel enfin sans m’humilier aux sentiments de probité, qu’ils pouvaient posséder, malgré la tâche à laquelle ils étaient destinés envers moi et m’étant écrié « Haben Sie Herz » j’attendis le résultat de cette ultime apostrophe. A cela mes 2 juges n’extériorisèrent point la moindre réaction et après quelques questions, me firent remettre en cellule. Dix minutes après, la porte de ma cellule s’ouvrait et je voyais y pénétrer les deux officiers (sic). Le premier entré me dit aussitôt : « vous êtes libre » [page 27] sous la condition, toutefois peu méchante, de m’engager par écrit au bas du procès-verbal de mon interrogatoire, à ne pas m’enfuir et à soigner les blessés français et allemands. C’est dans ces conditions que je fus rendu à la vie de captivité normale, que je partageai désormais avec mes camarades… »

Docteur Pratbernon Louis. Médecin aide-major de 1ère classe. Dépôt du 1er Rég. D’Artillerie. Bourges, 8e région – Bourges le 15 juin 1916. Signé : Pratbernon.

[Lettre de transmission, en forme de synthèse] Rapport de Monsieur Pratbernon, médecin aide-major de 1ère classe du dépôt du 1er régiment d'artillerie à Bourges.

« Lorsque j’ai été fait prisonnier par les Allemands j’appartenais à l'ambulance n°4 du 20e corps d'armée. Après avoir difficilement obtenu l'autorisation de rejoindre mes camarades de l'ambulance dont j'avais été séparé dans les conditions que j'ai exposées, je les retrouvai à Morhange. Ils avaient été placés dans une caserne celle du 17e régiment d’Infanterie bavaroise dans laquelle les Allemands avaient amené les prisonniers français blessés, dont le trop grand nombre ne permettait pas leur admission dans les formations sanitaires de Morhange.

C'est dans cette caserne que nous restâmes jusqu'à la date de notre rapatriement.

Outre mes camarades de l'ambulance n°4, que j'avais retrouvés là, s'y trouvaient également d'autres médecins tous du 20e corps d'armée.

Nous étions environ 20 médecins plus les pharmaciens les 2 officiers d'administration de notre ambulance et un chef de musique celui du 153e d'Infanterie.

La caserne que nous occupions avait été transformée en un vaste hôpital où furent logés selon les disponibilités de 1200 à 1500 blessés français.

Et sous le contrôle d'un médecin major allemand, nous nous répartîmes la tâche de donner nos soins à ces blessés. Nous avions au sujet de ces soins pour indication essentielle, [page 2] de la part du major allemand de rendre nos blessés évacuables aussitôt que possible sur des forma­tions sanitaires de l’intérieur. Aussi nous nous applicâmes à l'aide d’un matériel rudimentaire, que les allemands avaient mis à notre dispo­sition, à immobiliser le mieux possible, toutes les variétés de fractures qui se trouvaient là. Vers le huitième jour, les évacuations commencèrent et lorsqu'au dixième la caserne fut à peu près vide de blessés, il nous fut appris brusquement que nous allions être rapatriés. Le 1er Septembre, nous fûmes en effet dirigés sur Bâle, où les autorités militaires suisses prirent la responsabilité de nous mettre dans le train à destination de la frontière française.

Pendant nos dix jours de captivité, nous eûmes à subir de diverses façons l’arrogance des allemands dont la surveillance s'exerçait à la caserne où nous étions. Il arriva qu'un jour nous fûmes l'objet de leur part, d'une brimade des plus brutales. Le service de garde de la caserne, composé de nombreux factionnaires, ayant, pour mission de garder toutes les issues des divers bâtiments occupés avait au dire des Allemands surpris un blessé qui tentait de s’évader. Sans hésitation la sentinelle qui se trouvait là avait à bout portant tué de 3 coups de fusil, le malheureux blessé qui en réalité ne devait avoir eu aucune intention de s’enfuir ; mais s'était sans doute trompé et cherchait sa [page 3] chambre. Il n’en fallut pas davantage pour que les 3 coups de fusil fussent un motif tout trouvé pour permettre aux allemands de s'exercer à leurs jeux favoris et en dramatisant à leur manière, d’échafauder d’emblée une accusation contre nous. C'est ainsi que (cela se passait vers 9 H 1/2 du soir) firent subitement irruption dans la chambrée où nous couchions quelques troupiers, qui, le révolver à la main, nous intimèrent l'ordre de nous vêtir à la hâte pour descendre dans la cour. Nous rendant aux injonctions qui nous étaient données, nous arrivâmes dans la cour, où, immédiatement l’ordre nous fut donné de nous agenouiller à terre, en levant les bras. Avec nous se trouvaient de nombreux blessés, qui eurent à se placer dans la même position. Autour de nous, grouillaient de nombreux soldats allemands qui nous exprimaient toutes sortes de menaces et agitaient leurs armes bruyamment. Nous attendions ainsi ce qu’il allait être fait de nous lorsqu’un officier allemand nous fit connaître avec des éclats de voix appropriés qu’un blessé ayant tenté de s’enfuir, il convenait que nous fut appliquée une peine commune. Cette peine consistait pour nous, à passer la nuit dans la cour. À ce moment, vint à passer le major allemand avec lequel nous étions en relations, en raison de la direction dont il était chargé du service médical de la caserne. [page 4] Il intervint en notre faveur et obtint que cous fussions renvoyés dars notre chambrée. C'est ainsi que se termina la plus dangereuse brimade que nous eûmes à subir dans le cours de notre captivité. Aussi bien je crois que nous dûmes de ne pas être plus inquiétés à l'esprit confraternel de ce major allemand, qui sut toujours nous protéger, en usant à notre égard d'une bienveillante vigilance. »

Sources :

Archives du service de santé des armées, au Val-de-Grâce, à Paris. Carton n° 639, dossier Pratbernon.

Pour en savoir plus :

Didier Jacques. Echec à Morhange : août 1914, la bataille de Lorraine. Louviers : Ysec, 2003, 240 p et Des moissons tâchées de sang. Lorraine 1914. Metz : éd. Serpenoise, 2010, 168 p.

L’ignominie allemande à Dalhain, narration de l’abbé Thiriot

Carnet de Lucien Lambert, de Dalhain, témoin

Abbé R. Hogard. Livre d’Or, Le clergé du diocèse de Nancy pendant la Guerre (1914-1918), Nancy : Vagner, 1920, 329 p.

Mise à jour : 28 juillet 2014

Lire la suite

COMMENT EFFECTUER UNE RECHERCHE INDIVIDUELLE AUPRES DU SERVICE DES ARCHIVES MEDICALES ET HOSPITALIERES DES ARMEES (SAMHA) DE LIMOGES ?

20 Avril 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #recherche archives documentation, #varia

Le 12 avril 2014, lors de la 1ère rencontre généalogique nationale sur la Grande Guerre organisée à Nice, dans le cadre prestigieux du palais des Rois Sardes, par l’AGAM (Association généalogique des Alpes-Maritimes), Madame Nadine Lannelongue, responsable du département exploitation du service des archives médicales et hospitalières des armées a proposé aux généalogistes présents une conférence sur le SAMHA de Limoges.

Madame Lannelongue après avoir présenté le SAMHA de Limoges et ses fonds documentaires très mal connus, a donné des renseignements très précieux pour optimiser une recherche par correspondance.

Une demande de recherche de documents médicaux se prépare… Ces recherches se font exclusivement par correspondance, le SAMHA n’accueillant pas le public. N'oubliez pas que les recherches au SAMHA s'effectuent "sur mesure" à votre profit par des agents archivistes ; que les outils de recherche dont ils disposent sont des fichiers "manuels" de centaines de milliers de fiches et/ou registres. Aussi pour éviter une réponse négative ou des échanges de courriers intempestifs et inutiles, préparez soigneusement votre courrier de demande, sans omettre une adresse postale pour l'envoi éventuel des documents...

Renseignements obligatoires pour une recherche individuelle dans le fonds d'archives des formations sanitaires 1914-1918, concernant un blessé ou un décédé dans une formation sanitaire :
- Nom, Prénom et date de naissance de la personne recherchée
- Matricule et régiment au moment de la blessure
- Date de blessure, nom ou numéro des formations sanitaires.
Pièce à fournir : Photocopie de la fiche matricule
"Pour tous types de recherches, donner le maximum d'informations"...

 

INFO concernant plus particulièrement les "décédés dans les formations sanitaires de l'avant" :

Ce fonds particulier du SAMHA de Limoges intéresse les soldats décédés dans les formations sanitaires de campagne de la zone de l'avant. Ce fonds très incomplet pour le début de la guerre se compose pour la majorité des documents, d'une collection de bulletins médicaux appelés "modèle 29" ; lesquels précisent : l'identité du soldat, la date de la blessure et le diagnostic de décès.

Contact SAMHA :
Service des Archives Médicales et Hospitalières des Armées
23 rue de Chateauroux - BP 21105 - 87052 LIMOGES-CEDEX 2
exploitation.samha@orange.fr
Légende photo : Palais des Rois Sardes à Nice, 12 avril 2014, Madame Nadine Lannelongue, responsable du département exploitation du SAMHA de Limoges en compagnie de François Olier, animateur du blog.

Pour en savoir plus sur les archives médico-militaires :

Mise à jour : 5 novembre 2017

Lire la suite

LE SERVICE DE SANTE COLONIAL AU COMBAT DE ROSSIGNOL (Belgique, 22 août 1914)… (2e partie)

18 Avril 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

LE SERVICE DE SANTE COLONIAL AU COMBAT DE ROSSIGNOL (Belgique, 22 août 1914)… (2e partie)

Le massacre du 1er colonial relaté par le docteur Talbot, son médecin-chef.

« J’ai l'honneur de vous adresser, ci-joint et comprenant huit pièces distinctes, le très intéressant dos­sier, relatif à l'affaire de Rossignol, (22 Août 1914, Luxembourg belge) que, par l'intermédiaire du dépôt du 1er régiment d'infanterie coloniale, nous venons de recevoir du médecin major de lère classe Talbot, rentré de captivi­té le 13 novembre, après avoir été fait prisonnier le 22 août, alors qu'il remplissait au 1er régiment les fonctions de médecin chef du service médical.

Indépendamment des précisions qu'il apporte sur le sort de nombreux officiers et soldats dont nous étions sans nouvelles depuis le 22 août d'une façon incon­testable, les mauvais traitements infligés au personnel du Corps de santé. Il établit notamment que, en violation des articles 12 & 14 de la Convention de Genève et de l'article VII de la Conférence de la Haye, les médecins Talbot, médecin major de lère classe ; Alexandre, médecin aide-major ; Bizatier [Bizollier], médecin aide-major ; Dormoy, médecin auxiliaire ; Huot, médecin auxiliaire tombés le 22 août, au cours du combat de Rossignol, entre les mains des Allemands ont été [page 2]

1°- le 22 août, dépouillés de leurs montures, de leurs armes, de leur équipement, de leurs instruments, de leurs effets.

2°- le même jour, dépouillés des attelages et des voitures constituant le matériel médical réglementaire appartenant à leur corps.

3°- internés d'abord le 14 septembre au camp d’Alten-Grabow, puis le 27 septembre dans une caserne à Stendal.

4°- relâchés seulement le 13 novembre et n’ont pas été rendus dans les délais compatibles avec les nécessités militaires.

Je n'avais pas le 22 août, l’honneur d'appar­tenir au 1er régiment d'infanterie coloniale, qui, d'autre part était alors sous votre commandement. C'est donc à vous, mon colonel, que j'ai l’honneur de demander de vouloir bien, en transmettant ce dossier à l’autorité supérieure émettre un avis au sujet des récompenses demandées par le docteur Talbot en faveur du personnel médical, qui, ce jour-là, a assuré sous sa direction le fonctionnement du poste de secours du 1er régiment d’infanterie coloniale à Rossignol, et qui a, ensuite jusqu’au 13 novembre, par­tagé son internement en Allemagne.

Signé/…

J’appuie d'un avis favorable les propositions du médecin-maj. Talbot, en faveur de son personnel et en particulier de M.M. Alexandre et Dormoy dont j'ai constaté moi-même l’intrépidité et le sang-froid, au début même du combat de Rossignol, alors qu'ils donnaient leurs soins aux blessés, sous une pluie de balles, presque sur la 1ère ligne. [page 3]

J'appelle, d'autre part, d'une façon toute spéciale l'attention de l'autorité supérieure sur le mé­decin-major de 1ère classe Talbot, lui-même, engagé pres­que instantanément, avec une grande partie de son person­nel et de son matériel, dans une action de guerre très violente et sous un feu intense, il a fait preuve d’un calme et d'un sang-froid des plus remarquables, en organisant, avec ordre et méthode, le fonctionnement de ses postes de secours, sur le terrain même et ensuite dans le village de Rossignol. Il a permis, ainsi, de relever et de soigner un nombre très considérable de blessés. J'estime qu'en raison du dévouement dont il a fait preuve, en cette cir­constance, le médecin major de 1ère classe Talbot, mérite d'être inscrit au tableau pour officier de la Légion d'Honneur (douze pièces Jointes)

Vienne, la Ville le 11/12/14. Le colonel Guérin, commandant le 1er rég. d'infanterie coloniale - M. Guérin.

Transmis au Général commandant l’Armée à toutes fins utiles et comme suite au rapport du docteur Rigollet médecin-divisionnaire de la 3° division relatif aux mêmes événements transmis sous le n° 4.381 du 9 décembre. Ci-Joint un état de proposition de citations en faveur des officiers et hommes de troupe du service de Santé qui sont signalés dans le présent rapport.

Q.G., le 22/12/14 Le Général Lefèvre, commandant le Corps d'Armée Colonial - H. Lefèvre.

Rossignol, le 29 Août 1914 - Etat de propositions :

1e Pour chevalier de la Légion d’Honneur : médecin aide-major Alexandre ; médecin auxiliaire Dormoy.

Ont assisté avec initiative et sang-froid le médecin chef de service dans l’organisation et le fonctionne­ment des postes de secours de Rossignol, arrosé d'o­bus et de shrapnels de 12 heures à 17 heures où ont reçu des soins 307 blessés dont 16 officiers des 1er et 2ème infanterie coloniale, 2ème d'artillerie coloniale dans la journée du 22 août, jusqu'à vingt-quatre heures.

2° Témoignage de satisfaction ;

Médecin aide-major Bizollier ; Médecin aide-major Huot

Se sont acquittés avec dévouement de leur rôle dans la direction de la relève des blessés sur la ligne de feu, dans la forêt de Neufchâteau qu'ils n'ont abandonné qu'avec le régiment, après avoir perdu plusieurs infirmiers et brancardiers tués et disparus

3° Pour la Médaille Militaire;

Soldat Infirmier Bellerue (9e cie) a montré le plus grand courage en allant rechercher incessamment les blessés dans la forêt, sous le feu, et après la mort de plusieurs des brancardiers qui l’accompagnaient.

- Rossignol, 28 août 1914. Signé /…

[page 5]

Rapport de captivité du médecin major de 1ère classe Talbot chef du service médical du régiment, sur le fonctionnement du poste de secours du régiment à Rossignol, du 22 août au 5 septembre.

Le 22 août, à 1 heure 30, le 1er régiment can­tonna à Saint-Vincent. Il en partit à 6 heures 30 avec l’or­dre de transporter son cantonnement à Neufchâteau.

A sept heures 15, les trois bataillons étaient engagés dans la forêt de Neufchâteau. Je marchais à la gau­che du bataillon de tête, conformément aux ordres de mon co­lonel, lorsque je fus appelé derrière la pointe d’avant-garde par le général Montighaut près du maréchal de Logis du 6° Dragons, chef de l’escorte, blessé par l’ennemi. Le batail­lon venait de faire halte. Je mis pied à terre à la hauteur de l’état-major du régiment et donnais les premiers soins au dragon, lorsqu’une grêle de balles s'abattit sur la route. Le feu devenant très intense, Le colonel Guérin me donna l’ordre de faire enlever rapidement les blessés, et de me transporter, si possible, avec le train régimentaire, pour installer un poste de secours à l'arrière. Je remontais à cheval et suivis la route. A la gauche de chaque bataillon, dont les bommes étaient défilés dans les fossés, et engagés à droite et à gauche dans la forêt [page 6]

Je fis remettre aux brancardiers leur matériel ; don­nait l'ordre aux médecins de bataillon de rester avec leur personnel à hauteur de la ligne de feu, et ramenai à la gauche du régiment les trois voitures médicales et les bles­sés de chaque bataillon dont le nombre augmentait de minutes en minutes.

Derrière le 1er régiment, la route, dans les forêts était encombrée par les trains régimentaires, les ca­valiers du 3°Chasseurs et du 6°Dragons qui se repliaient sous le feu. Je reçus à ce moment au talon droit une violen­te contusion dont je ne pus établir la cause; le conducteur de la 3ème voiture fut tué, un infirmier tué, un infirmier blessé.

J'atteignis la lisière du bois vers neuf heu­res trente avec trente-sept blessés, L'état-major de la di­vision s'y trouvait. Je rendis compte au médecin division­naire de notre mouvement et lui demandai des instructions pour l'installation de mon poste de secours ; l'ambulance de la Croix-Rouge belge, installée dans un château du village de Rossignol, et situé à un kilomètre de la lisière de la forêt me fut Indiquée. J'y fis entrer les voitures et les blessés et disposai mon matériel dans une salle du château aussitôt mise à ma disposition. Vers onze heures, les dé­bris du 1er et du 2ème régiment repliés sur Rossignol, et la ligne de feu occupant le village même, la recherche des bles­sés devient impossible. Les médecins aide-majors et auxi­liaires firent le triage des blessés dans les granges du

château, [page 7] assistant les blessés légers avec leurs pansements individuels, et dirigeant les blessés graves sur le poste de secours, jusqu'à la tombée de la nuit. Quarante-deux blessés du régiment m'avaient précédé à la Croix-Rouge de Rossignol dans le rez-de-chaussée était déjà encombré, à mon arrivée, vers dix heures. Assisté du médecin aide-major Alexandre, et du médecin auxiliaire Dormoy, j'ai pratiqué dès mon arrivée jusqu'à la fin du combat qui cessa vers dix-sept heures trente, sans arrêt, des pansements et interventions chirurgicales à trois cent sept blessés dont :

1°- deux cent soixante-dix-huit (278 hommes du 1er Régiment, parmi lesquels 13 Officiers.

Lieutenant-colonel Vitarel, blessé par éclate­ment, de la main gauche (amputation) ; Capitaines : Sguarel, fract. commont humérus (désarticulation épaule gauche) ; Vignon, plaie de la jambe gauche ; Diarnis du Lejour, plaie pénétrante de poitrine ; Tracol, fracture comminente bras gauche ; Roussel, plaie de la jambe gauche ; Marsand, fracture comminente tarse gauche ; Lieutenants : Lazannec, plaies des bras droit et gauche ; Vialle, retors su thorax ; Begot, plaie de l'épaule gauche ; Sous-lieutenants : Taddee, fracture comminente jambe gauche ; Charlane, plaie de l’épaule droite ; Laurent, plaie de la main gauche

2° dix hommes des 2ème Régiment et Artillerie divisionnaire dont 3 Officiers :

Colonel (artil.) Guichard-Mouguer, plaie de la cuisse droite.

Lieutenant-colonel (22e Rég.) Gadoffre, plaie de la poitrine.

Capitaine (2° Rég.) Coulon, plaies poitrine et tête.

3° dix-neuf hommes de troupes allemandes dont 1 Officier, hauptman d’infanterie.

Cent neuf blessés légers du 1° Régiment ont été pansés dans les granges du château par les aides-majors. Le nombre total des blessés du 1er régiment assistés au pos­te de secours, le 22, est de 278 + 109 = 387.

Les blessés ramassés par les brancardiers après le combat nous furent amenés jusqu’après la nuit et les pansements et interventions n’ont pu prendre fin qu’à vingt-quatre heu­res trente environ.

Dès dix heures, le matin, l’artillerie allemande en positions sur les hauteurs qui dominent la route de Breuvanne à Rossignol coupait cette route et notre ligne de retraite. La prise de Rossignol devint le but de la bataille et le poste de secours fut criblé de projectiles [page 9] (obus et shrapnels) jusqu'à dix-sept heures trente. Des tirailleurs allemands firent alors irruption dans l'encein­te du château par le parc, tirant sur le poste de secours, pendant plusieurs minutes. Le feu cessa avec l'arrivée du gros de l'infanterie devant laquelle furent agitées les croix de Genève de nos voitures.

Nous fûmes aussitôt dépouillés de nos montures, selles, armes, etc. et placés sous la garde du 118ème Rgt. allemand (18h 30). Nos voitures médicales furent appréhendées et ne nous furent laissées que sur nos protestations réitérées près d'officiers allemands ; dans la nuit, les trois chevaux, leurs attelages, et une voiture furent cependant enle­vés.

Le dimanche 23 [août], à six heures, pendant plusieurs minutes le poste de secours fut criblé de balles par des soldats d'infanterie placés dans la cour et la rue et tirant sur le château et sur les granges. Cette fusillade fut légi­timée, au dire des officiers allemands présents, par des coups de fusils qu'auraient tiré du haut des granges du château, des militaires français ; cependant, les blessés et le personnel médical dépouillés la veille de leurs armes et munitions, étaient dans l'impossibilité de tirer.

Vers huit heures, j'obtins du Général en Chef allemand un "laissez passer" pour rechercher et assister les blessés réfugiés dans le village ; dans huit maisons si­tuées à l'extrémité nord de Rossignol, je donnais des soins à 27 blessés des 1°, 2° & 3° régiments qui s'y étaient ré­fugiés et les signalai à l'attention des médecins allemands. [page 10]

Le lundi, 24 [août], Je me transportai vers neuf heures dans l’école des filles ou était installée le poste de secours allemand et où avaient été réunis les blessés français réfugiés dans les maisons de Rossignol. Je leur fis distribuer des aliments et demandai aux médecins alle­mands de les faire transporter à notre poste de secours où ils furent placés dans les granges du château. Nos infirmiers et brancardiers porteurs de la Croix-Rouge, nous furent enlevés dans la matinée du 23 et conduits hors du village avec les prisonniers de guerre, 15 nous furent rendus sur nos protestations dont 5 du 1° Régiment, avec lesquels nous dûmes assurer le fonctionne­ment du poste de secours du 23 août au 5 Septembre.

L’après-midi du 24 et du 25, j'ai continué avec mes médecins-aide-majors et auxiliaires 1° à renouve­ler les soins aux premiers blessés, 2° à faire des panse­ments ou interventions aux blessés apportés chaque jour, par les brancardiers allemands ou les habitants des envi­rons de Rossignol, au nombre de cent trois, dont trois officiers :

Etat-Major Division;

Rigollet, Médecin Divisionnaire, plaie en retors du bras.

Moreau, chef d'état-major, plaie de la fesse droite

Laurens, Capitaine, contusion du genou droit.

2ème Régiment :

Rey, chef de bataillon, pénétrante abdomen.

Interventions chirurgicales;

Le nombre total des amputations et désarticu­lations pratiquées au cours des journées des 22, 23, 24, 25. [page 11] août a été de 23 :

Epaule (2) ; humérus (5) ; avant-bras (4) ; poignet (1) ; doigts (2) ; cuisse (6) ; jambe (3).

Le mercredi 26, j'ai quitté Rossignol à huit heures du matin, sur autorisation du hauptman, pour me transporter avec la voiture médicale d'artillerie à Breuvanne distant de 4 kilomètres où cent-vingt blessés français nous furent signalés par les médecins allemands. J'y assis­tai 59 blessés (3° Rgt. Colonial, 3° Chasseurs) dont le lieutenant Freysseney (plaie bras droit par shrapnel).

Je dus quitter Breuvanne à six heures du soir sans qu'il fut possible de voir les autres blessés, tous étaient abrités par petits groupes dans les maisons du village.

En les parcourant, j'observai qu'on inhumait dans le voisinage de nombreux militaires français et me fis présenter leurs plaques d'identité ; celle du général Raffenel, accompagné de sa croix, me fut ainsi remise. Je me suis [page 12] aussitôt transporté sur le monticule (haut des 12…) où il était déjà en partie enseveli avec d'autres militaires pour le reconnaître. J'ai confié au médecin divisionnaire les plaques et les renseignements exacts sur le lieu d'in­humation.

Le vendredi 28, je me transportai de nouveau à Breuvanne, avec le médecin auxiliaire Dormoy et donnai des soins aux 61 blessés que je n'avais pu voir à ma première visite.

3° Rgt. Colonial (45) ; 2° Rgt. Colonial (6) ; 1° Rgt. Colonial (2) ; 2° Rgt. Artillerie (2) ; 6e Dragons (1) ; 3° chasseurs (1). Total : 61

parmi lesquels j'ai relevé un officier : Lieutenant Hude (2° Rgt.) plaie de poitrine par shrapnel (extraction).

J'eus à poser 24 appareils à fractures, dont 20 pour les membres inférieurs.

Au total j'ai assisté, pendant les journées des 22, 23, 24, 25, 26, et 28 août, au poste de secours de Rossignol, dans les maisons des villages de Rossignol et de Breuvanne, cinq cent soixante-six (566) blessés :

[page 13] Rossignol, 22 août (307) ; 23 août (27) ; 24-25 août (103) ; Breuvanne, 26-28 août (129). Total : 566 –

parmi lesquels 22 officiers : Etat-major de la division (3) ; 1° Rgt. colonial (13) ; 2° Rgt. colonial (4) ; 3° Chasseurs d’Afrique (1) ; Artillerie divisionnaire (1)

Pertes du 1° régiment :

1° Officiers – Tués (19) ; Blessés (14) ; Disparus (23). Total : 56

2° S/Of. & hommes - Tués ou disparus (environ 2.000) ; Blessés passés par le poste de secours du régiment (387).

Le Service des étapes allemand commença à évacuer les blessés transportables, le 27 août, sur Morbehan.

[page 14] Les évacuations prirent fin le 1er Septembre et le poste de secours ne conservait plus que seize blessés inévacuables, assistés des médecins auxiliaires des 2° & 3° bataillons, à notre départ, le 5 Septembre.

Pendant le fonctionnement du poste de secours la nourriture des blessés légers et du personnel infirmier et médical (pommes de terre et viande de boeuf) nous fut fournie par le bourgmestre de Rossignol sur nos réquisitions en application des dispositions arrêtées par l’autorité mi­litaire allemande ; et un état des dépenses supportées par le château de Rossignol, du fait de fourniture de vivres particuliers et boissons pour les blessés graves, de maté­riel de couchage, etc. a été remis au médecin divisionnaire par le délégué de la Croix-Rouge belge.

Rossignol, le 5 septembre 1914. Signé : Talbot. »

FIN

A LIRE...

http://www.rossignol.free.fr/

http://chtimiste.com/batailles1418/combats/rossignol.htm

http://1914ancien.free.fr/rossignol2.htm

http://www.sambre-marne-yser.be/article=7.php3?id_article=22

http://www.carto1418.fr/19140822.php

Sources :

Archives du service de santé des armées au Val-de-Grâce à Paris, carton n° 641

Lire la suite
<< < 10 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 40 > >>