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Les hôpitaux militaires au siège de Givet-Charlemont (24-31 août 1914)

Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

Les hôpitaux militaires au siège de Givet-Charlemont (24-31 août 1914)

L’hôpital militaire de Givet

 

Givet considéré comme un verrou stratégique sur la Meuse est fortifié dès 1555 par Charles-Quint ; puis renforcé en 1697 par Vauban. Le système défensif de la place comprend la citadelle de Charlemont et les dispositifs de défense de la Meuse, à Givet-Bas. C’est en bord de Meuse, sur la rive gauche (Grand-Givet), que Vauban construit dans un angle du rempart appelé « bastion de l’hôpital » un hôpital militaire « au compte du roi ». Cet hôpital est mentionné dès 1708 dans l’édit d’organisation du service de santé militaire. Au fil des siècles cette infrastructure sera peu remaniée et c’est elle qui subira le siège de 1914. L’hôpital militaire de Givet sera désaffecté en 1921 et cédé à la ville.

Je propose aujourd’hui un nouvel article sur les Hôpitaux militaires du nord-est en 1914 suite de ceux présentés depuis quelques mois. Ce survol reprend sept témoignages inédits de personnels du service de santé militaire. Ce nouvel épisode de la bataille des frontières présente un service de santé laissé à lui-même dans une ville assiégée, sans moyens d’évacuations. Dès le 24 août, après le désastre de Charleroi, la droite de la Ve armée française en retraite abandonne Givet à ses faibles forces (45e régiment d’infanterie territoriale).  Le 1er septembre, à l’issue d’un siège de trois jours (29-31 août) d’une extrême violence, la citadelle soumise à des tirs d’artillerie lourde capitule. Le siège avait fait près de 200 tués et blessés.

 

Le service de santé militaire à Givet (1914)

 

« La mobilisation ayant eu lieu le 2 août, le personnel arriva dans la journée et dans la nuit du 2 au 3 août. Il se composait de MM.

Hermann, médecin principal de 2e cl. territorial, médecin chef ;

Ripert, médecin aide-major de 1ère cl. territorial ;

Monflier, médecin aide-major de 1ère cl. de réserve Service de Santé ;

Massotta, officier d’administration de 2e cl. de réserve Service de santé ;

Brancourt, pharmacien aide-major de 2e cl. territorial.

 

A l’hôpital de siège du fort de Charlemont étaient spécialement affectés MM.

Husson, médecin-major de 2e cl. territorial ;

Mouras, médecin aide-major de 1ère cl. territorial ;

Gontier, médecin aide-major de 1ère cl. territorial

Vers le 4 août, il fut envoyé de plus d’Amiens et affectés à l’hôpital, MM. Mallet et Voille, pharmaciens aide-major de 2e cl. de réserve.

Nous avions soixante-huit infirmiers, y compris un adjudant et trois sergents. Presque tous nos infirmiers étaient des territoriaux ou des auxiliaires n’ayant jamais servi, sauf toutefois sept ou huit hommes de l’active. Le 13 août sur ordre du gouverneur de Givet-Charlemont, le caporal Lens, du 45e Territorial d’Infanterie fut mis à la disposition de l’hôpital militaire (…)[rapport Massota] »

 

Ephémérides givetoises sur les hôpitaux militaires  (11 août-1er septembre 1914)

 

« 11 août 1914 – Les malades à évacuer [de Givet] seront divisés en 2 catégories : 1ère Malades pouvant supporter la fatigue et par conséquent voyager assis. Horaires des trains. 3h37, 9h57, 15h37, 21h37 – 2e Malades devant voyager couchés. Pour eux arrivent chaque jour en gare de Givet des trains de ravitaillement : l’heure de ces trains n’est pas fixée : le chef de gare préviendra donc chaque fois qu’il y aura de ces trains (dans ces trains se trouvent un médecin major et une voiture d’ambulance). Pour évacuer ces malades, simple réquisition au chef de gare, avec liste des hommes à évacuer.

2 heures – Visite de M. le gouverneur du fort de Charlemont à l’hôpital militaire de Givet. Le médecin principal de la place de Givet a tout pouvoir, comme chef de service de santé, pour réquisitionner au fort de Charlemont, tout médecin ou infirmier dont il jugerait avoir besoin pour assurer le service sanitaire. 1ère évacuation des malades par le train de 13h37 (soldats français et 3 soldats allemands). (…)

15 août 1914 – Le canon tonne depuis ce matin : la Générale nous dit-on a été sonnée à Charlemont : les mèches d’allumage sont prêtes aux ponts sur la Meuse. S’il s’agit de demander au fort s’il s’agit d’évacuer le plus de blessés possible. L’officier d’adm[inistration] devra s’assurer de quelques provisions qui peuvent lui manquer. Je fais réquisitionner du pétrole. Je fais acheter une lampe à acétylène pour éclairer la salle d’opérations – Givet va manquer de gaz – L’évacuation des blessés se fait de la façon la plus déplorable. Les soi-disant trains sanitaires sont de vulgaires wagons à bestiaux sans paille, sans brancard, sans couvertures. Je télégraphie aujourd’hui au médecin Dr [directeur] du service de santé pour le tenir au courant de cet état de chose.

Le gouverneur envoie à l’hôpital un transfuge qui se dit maréchal des logis de chasseurs. Comme il aune vague gale le gouverneur veut me l’imposer. Refus formel.

L’évacuation des prisonniers malades ou guéris fonctionne d’une façon défectueuse. Il y a lieu de mettre ce service au point.

Le commissaire de la gare de Givet demande un médecin de l’hôpital pour visiter le train d’évacuation de blessés. Les médecins de l’hôpital ne pouvant quitter leur service, il sera désigné chaque jour par le médecin chef un médecin de la place de Givet pour assurer ce service.

 

17 août 1914 – Nous avons décidé l’établissement d’une ambulance de gare. Chaque jour arrive à Givet un convoi de blessés qui réclament quelques petits soins – tous ont soif – quelques uns ont leur pansement déplacé. Je vais installer dans un local de la gare, une ambulancière, Mlle Lombard, qui aidée de dames de la Croix-Rouge pourra servir de l’eau chaude et froide, du thé, du café, etc. De plus, M. Mallet, pharmacien aide-major de 2e classe sera chargé de surveiller l’arrivée du convoi ; juger s’il est urgent de faire venir un médecin de l’hôpital de Givet ou de transporter un blessé à cet hôpital. Il donnera les petits soins nécessaires pour permettre aux blessés qui continueront leur chemin de le faire dans les meilleures conditions possibles. Il veillera de même au matériel et surveillera l’embarquement des blessés évacués de l’hôpital.

 

18 août 1914 – Sur l’ordre du gouverneur, l’hôpital a été déménagé et tout à été monté au fort de Charlemont. La remonte du matériel, de la literie, lingerie, pharmacie, objets de pansement, etc. a été effectuée avec beaucoup d’ordre et […].L’ordre ayant été donné à 10 heures l’hôpital était évacué complètement à 17 heures.

L’hôpital de siège fonctionne à partir du lendemain 19 août.

 

19 août 1914 – Organisation définitive de l’infirmerie de gare avec l’aide des dames de la Croix-Rouge et le concours effectif de Mlle Lombard infirmière diplômée. Les deux pharmaciens aide-majors Voile et Malet sont chargés d’accompagner les convois de blessés.

M. le gouverneur ayant reçu une note lui annonçant que des blessés s’étaient trouvés sans soins à la gare, il lui a été répondu que son désir avait été devancé et que l’infirmerie fonctionnait depuis deux jours.

 

20 août 1914 – Le médecin inspecteur Viry, directeur du service de santé de la 2e région [Amiens] envoie une note datée du 16 août n°184 MO dans laquelle il est dit : « que les soins dévoués et éclairés des infirmiers des sociétés d’assistance seront des plus utiles aux malades et blessés évacués des armées et en traitement dans les hôpitaux. Il est bon de donner à ces personnes toutes facilités en vue de leur admission dans les hôpitaux permanents ou temporaires. Il a été répondu à M. le médecin inspecteur que son désir avait été devancé et que j’avais installé à l’infirmerie de gare Mlle Lombard. A 5 heures, le fort de Charlemont a tiré 5 ou 6 coups de canon. C’était prévu, donc pas de signal d’investissement.

 

21 août 1914 – Les blessés continuent à affluer. A l’infirmerie de gare il est impossible de les soigner et de les nourrir. J’installe l’hôpital de la Croix-Rouge à l’hôtel d’Angleterre. Les blessés passent et sont pansés et nourris et immédiatement évacués vers Charleville, Reims ou Laon. J’ai 20 à 25 lits à l’hôtel d’Angleterre. De cette façon je peux garder les plus blessés

 

22 août 1914 – J’ai eu à soigner l’officier aviateur allemand qui, ayant été démonté par le canon de Charlemont est allé tomber à Hastière. L’hôpital de la Croix-Rouge commence à s’encombrer. Je fais transporter des lits dans les chambres du haut. L’hôpital de siège de Charlemont n’ayant que peu de blessés et le transport étant assez difficile, j’évacue toujours le plus possible.

 

23 août 1914 – J’ai reçu cet après-midi un envoi de blessés de 480 soldats de toutes armes, mais surtout des troupes indigènes. Aidé des dames de la Croix-Rouge et de Mlle Lombard, je panse et rapidement j’expédie le convoi.

 

24 août 1914 – On vient de faire sauter le pont de pierres qui relie le petit au grand Givet. Nous voilà privés de communications avec notre hôpital de l’Ecole de garçons. Néanmoins je vais le maintenir. Si une action s’engage sur la rive droite de la Meuse et qu’il y ait des blessés, j’aurai là 118 lits possibles. Mon hôpital de la Croix-Rouge pourrait au besoin recevoir 50 lits. L’infirmerie de gare permet les évacuations rapides et pourront donc assurer le service. Mais le canon gronde de plus en plus. Il faudra remonter chaque soir au fort de Charlemont. Pendant le courant de l’après-midi on vient me dire qu’on a tiré sur le train allant vers Charleville et que le dernier train parti est revenu à Givet. C’est exact. La gare est évacuée. Il devient impossible d’évacuer nos blessés. Rapidement je les fais transporter au fort. A partir de ce jour nous couchons tous au fort et nous redescendons pour soigner nos blessés à l’hôpital de la Croix-Rouge.

 

25 août 1914 – Le canon de Charlemont tonne toujours. Les bruits les plus divers circulent. Nous ne savons rien.

 

26, 27, 28 août 1914 – Rien à signaler. Charlemont envoi  de temps en temps quelques boulets (…).

 

29 août 1914 – A midi on nous apporte deux blessés dont un officier d’infanterie, sous-lieutenant Harran [ Harrau]Christian [chrétien], du 348e régt. En même temps, on nous annonce que le fort de Charlemont est bombardé. Vite nous remontons nos blessés et sous le feu des obus, nous les transportons à l’hôpital de siège.

 

30 août 1914 -  Bombardement de Charlemont. L’hôpital de siège est assez éprouvé. Les obus pleuvent à raison de six à la minute. Les murs commencent à s’ébranler. Nous transportons nos blessés dans les casemates du bas. Vers six heures un parlementaire allemand vient demander la reddition du fort. A neuf heures, conseil de défense – Le lieutenant Bottaris, officier d’ordonnance du gouverneur part avec le parlementaire ; il revient à une heure du matin, disant que les conditions étaient peu acceptables. Je désapprouve complètement cette façon d’agir.

 

31 août 1914 – Le bombardement reprend à 5 heures du matin. L’hôpital de siège très éprouvé menace de crouler. A signaler la conduite héroïque de l’infirmière Mlle Lombard qui, sous une grêle de boulets est allée prévenir le gouverneur de la situation critique dans laquelle nous nous trouvions. Le gouverneur n’a pas voulu la recevoir. Les obus continuent à éclater sur l’hôpital. Je fais transporter les blessés à la casemate sous roc où se sont réfugiés le gouverneur et tous les officiers de la garnison. Je signale la conduite de tous mes infirmiers qui, tous, en dépit du danger extraordinaire qui les menaçait ont assuré le transport des blessés. A midi nous n’avons plus de matériel, plus de cabinet médical, plus de locaux sauf la chambre des infirmiers qui n’a pas trop souffert.

A 4 heures, les obus énormes (on me dit qu’ils sont chargés à 180 kgs de dynamite) ont tout démoli. La casemate est en danger. Le conseil de défense décide de capituler. Un soldat va hisser le drapeau blanc ; la canonnade continue en plus en plus terrible et menace de tout engloutir. On décide d’envoyer un parlementaire à la mairie. Au mépris du danger, le sergent infirmier Guiny,  accompagné des infirmiers Plée et Redon se chargent de cette mission extrêmement périlleuse et arrivent à faire cesser le feu. […]

 

1er septembre 1914 – Après entente entre les représentants de la Croix-Rouge allemande et le directeur du service de santé de l’hôpital de siège de Charlemont, celui-ci est évacué et l’hôpital militaire de Givet est de nouveau réoccupé (…) ». [extraits du JMO de l’hôpital militaire de Givet]

Environ 100 blessés sont redescendus le 2 septembre à Givet [rapport Massota].

 

Témoignages inédits :

Extraits du rapport d’ensemble du docteur Adolphe Ripert, médecin-chef par intérim.

« J’ai fait fonction de médecin chef de l’hôpital militaire de Givet, dès les premiers jours de la mobilisation, le médecin principal Hermann, étant indisponible. Notre cahier de mobilisation portait, qu’en cas d’investissement je devais transporter tout le matériel de l’hôpital [de Givet] à la forteresse de Charlemont, ce que je fis dès le 18 août après avoir reçu de Monsieur le gouverneur  [lieutenant-colonel du génie] Pailla, avis d’investissement de la Place.

Dès le 15 août, j’avais été frappé de la façon défectueuse dont étaient transportés les nombreux blessés venant de Belgique, et j’avais installé une infirmerie de gare, à laquelle j’avais affecté comme convoyeurs les pharmaciens aide-major de 2e classe Mallet et Voil[l]e et comme infirmière Mademoiselle Lombard. Puis les blessés étant de plus en plus nombreux autour de Givet, je fondai dans l’hôtel d’Angleterre, mis à notre disposition par la Croix-Rouge, un nouvel hôpital qui fonctionna jusqu’au bombardement de la forteresse, le 29 août 1914. Ce jour là à l’aide de brancardiers nous assurâmes le transbordement de nos blessés.

Les obus fusants rendaient notre tâche périlleuse puisque nous avions plus d’un kilomètre de trajet  aride à faire pour arriver à l’hôpital de siège. Dès le premier jour de bombardement notre hôpital reçut de nombreux obus et nous dûmes protéger nos blessés en les descendant  à l’étage inférieur. Ce dernier ayant aussi beaucoup souffert je fis transporter les blessés dans la casemate des infirmiers qui résistait. Cette dernière menaçant ruine,  je voulus faire transporter les blessés dans une casemate sous roc qui nous était affecté et qui offrait plus de garantie, de sécurité. Malgré la résistance du gouverneur qui, avec les officiers du port, occupait cette casemate, j’y fis transporter mes blessés. A ce moment, le bombardement était intense et les obus de gros calibre faisaient des ravages épouvantables. Malgré le danger immense qu’ils couraient, mes infirmiers furent dignes de tous éloges, et tous mes blessés, sauf un qui ne voulut pas m’écouter, se tirèrent indemnes. Dans la casemate sous roc nous attendîmes la fin du bombardement qui devenait de plus en plus intense : les cheminées d’aération étaient détruites, l’entrée de la casemate démolie, l’asphyxie nous guettait.

Le Conseil de Défense, dont je fis partie décida de capituler. On hissa le drapeau blanc, mais à ce moment les allemands nous envoyaient 8 à 10 obus à la minute et notre situation devenait de plus en plus critique. Le gouverneur décida alors d’envoyer à la mairie de Givet un parlementaire porteur d’un drapeau blanc. C’est alors qu’un sergent infirmier Guiny, et 2 infirmiers Play et Redont s’offrirent pour accomplir cette mission particulièrement périlleuse et la menèrent à bonne fin.

J’ai consigné sur mon livre journal, la conduite de ces infirmiers et j’ai demandé pour eux la croix des braves. Ce sont les sergents Guiny et La Fontaine, les infirmiers Play et Redont, l’infirmière Mlle Lombard.

Ont signé ce procès-verbal : Drs Husson, Monflier, Lacassagne, Bourgeois, Mouras et Ripert. » [rapport Ripert]

 

Alors que le fort de Charlemont capitulait, à Givet-bas, le pharmacien aide-major Brancourt se trouvait chargé du service sanitaire à l’hôpital dit de la Croix-Rouge, à l’hôtel d’Angleterre, place Méhul.

 

Givet-bas : L’ambulance du Grand hôtel d’Angleterre évacué sous un déluge de feu (21 août-1er septembre 1914)

 

« (…) 29 août à dix heures du matin nous recevons nos premiers blessés (deux) parmi lesquels, le sous-lieutenant de réserve Xarran[ Harrau] (Chrétien), du 348e d’Infanterie, grièvement blessé à la tête à deux kilomètres de la ville. [page 3]

A midi un obus éclate sur Charlemont. Tout le personnel hospitalier qui est en ville remonte au fort emportant celui des blessés qui est le moins touché. Au moment où je quittai (à mon tour) l’hôtel d’Angleterre pour monter au fort avec les autres, je croise notre médecin-chef, le médecin principal Hermann qui me donne l’ordre de rester à l’hôtel d’Angleterre et d’assurer le service pendant que d’autre vont à Charlemont. A peine revenu à l’hôtel d’Angleterre un obus fusant éclate au-dessus de nous et les vitres de la marquise volent en éclats.

Cette première journée fut relativement calme, le bombardement ne s’exerçant que sur Charlemont. Le dimanche 30 août vers deux heures de l’après-midi, sept hommes commandés par le sergent Dujardin du 45e territorial et revenant de corvée, s’aperçurent que les allemands passaient la Meuse au moyen de bacs ; ils se groupent et se mettent à leur tirer dessus, l’ennemi riposte, les nôtres de leur coin, (un refuge près des arches démolies du pont) et malgré leur petit nombre les arrêtent un bon moment.

Le sergent Dujardin tombe grièvement atteint aux jambes et à la mâchoire, puis sur les six restants quatre sont blessés et me sont apportés sur des brancards parmi lesquels le brigadier de dragons Prigent blessé au pied et un zouave du 3e régiment, non identifié, et criblé de balles et touché particulièrement aux reins. Un franc-tireur de quinze ans vient se faire panser le pouce et un dragon très légèrement atteint s’offre à me servir d’infirmier ce que j’accepte avec empressement. [page 4] Le médecin-chef très âgé et souffrant était rentré chez lui me laissait seul avec mes blessés. J’étais heureux de l’offre de ce dragon ; nous avons procédé aux pansements d’urgence. Une jeune fille de la ville blessée demande à être admise à l’ambulance. Mes malades augmentaient. La nuit se passa sans incidents. Le lendemain 31 août le tir de l’ennemi qui n’avait pas cessé un seul instant de s’exercer sur le fort changea de but et les obus tombèrent en ville.

Une vingtaine de maisons s’écroulèrent, le drapeau de la Croix-Rouge laissé sur l’ambulance attire leur attention [souligné dans le texte] et bientôt je me demandai s’il nous serait possible de rester en cet endroit. Les glaces de l’hôtel commencèrent à voler en éclats sur les lits de mes blessés. J’entrepris alors de descendre tout ce monde dans les caves de l’hôtel ; ceux qui n’étaient pas très blessés m’aidèrent à transporter les plus atteints. A peine étions nous arrivés dans les caves qu’une conduite éclate, [que] des moellons tombent sur notre tête ; le danger était grand. Je dus me rendre à l’évidence : la maison s’effondrait, nous ne pouvions y rester. Mais j’étais seul bien valide avec des infirmières volontaires et affolées, un dragon légèrement blessé et tous mes malades. Mon dragon heureusement était très robuste et avec son aide je remontai mes blessés un à un, les moins malades se trainèrent comme ils purent.

Nous voici sur la route ; le bombardement faisait rage ; notre convoi d’éclopés se dirigeant vers la campagne à la recherche d’un toit hospitalier. J’installai tout ce monde provisoirement dans une grange [page 5] au beau milieu de la route et en dernier le zouave mortellement atteint et qui exigeait de grandes précautions. Je repartis seul à la recherche d’un abri plus sérieux et un peu plus durable, je sonnai à des portes closes mais les locataires des maisons s’étaient enfuis vers les bords de la Meuse, impossible d’entrer. Enfin je découvris une maison à louer dont la fenêtre était grande ouverte. J’étais sauvé.

Je retournai chercher mes malades dans la grange et tout mon personnel peu valide ; et après bien des voyages j’installai mes blessés dans cette maison vide éloignée heureusement des endroits très menacés. Quelques voisins intrigués par le passage de cette théorie insolite d’éclopés nous demandent le but poursuivi par l’expédition. Je les mets au courant de cette odyssée et leur demande de m’aider à secourir ces malheureux en me donnant des lits, des matelas, des draps.

Tous s’y prêtèrent de bonne grâce.

Enfin le soir tous mes blessés étaient installés le plus confortablement possible et je pus les panser d’une façon sérieuse.

Le soir même le bombardement cessait le fort de Charlemont avait capitulé et les allemands procédèrent à l’occupation de la ville. Le major Frank, chef du corps d’occupation nous autorisa le premier septembre à reprendre possession de l’hôpital. On nous envoya les voitures nécessaires et le transport de nos blessés s’effectua sans encombre. […] » [rapport Brancourt]

 

Sources :

http://tableaudhonneur.free.fr/348eRI.pdf

Ce site très précieux pour les passionnés de 14-18 m'a permis d'identifier le sous-lieutenant du 348e dont le nom était mal orthographié.

François Olier. L’hôpital militaire de Givet, sous la direction de Pierre Cristau et de Raymond Wey. Les Hôpitaux militaires au XXe siècle. Paris : Cherche-Midi, 2006, p. 100.

Archives du service de santé des armées au Val-de-Grâce, à Paris – cartons n° 633 (Barthélémy), n° 634 (Bourgeois et Brancourt), n° 635 (Douriez), n° 638 (Malet et Massota) et n° 640 (Ripert) – carton n° 933, JMO de l’hôpital militaire de Givet, 5 août 1914-18 novembre 1915 (non numérisé).

Photo : Le fort de Charlemont , carte postale (coll. particulière, DR).

 

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