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LENS 1914 – LES HOPITAUX OCCUPES

21 Mars 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

LENS 1914 – LES HOPITAUX OCCUPES

Témoignages sur l’occupation des hôpitaux de Lens, en 1914

La ville de Lens se retrouva, lors des opérations de « La course à la mer » (19 septembre-15 octobre 1914), au cœur des mouvements franco-britanniques soumis aux pressions incessantes, sur leur droite, des troupes allemandes battues sur la Marne et qui se repliaient sur l’Aisne. Sur la gauche, vers la mer du Nord, les troupes allemandes libérées du siège d’Anvers fonçaient, entre la Lys et la mer, en direction de Dunkerque et de Calais. Il s’ensuivit une course de vitesse entre les belligérants qui à la fin d’octobre constituaient une ligne de feu interrompue. A Lens, les 3-4 octobre, le corps de cavalerie français du général de Mitry ne pouvant se maintenir devant des masses allemandes d’infanterie abandonnait la ville.

Les témoignages sur la prise de Lens abandonnée par les troupes combattantes sont peu nombreux ; j’en propose deux : l’un est celui du médecin-chef de l’hôpital des Mines de Lens, le docteur Bourgain, qui parvînt à s’échapper ; l’autre est celui d’un jeune civil « mobilisé » avant l’heure, Henri Basset, qui put lui aussi rejoindre les lignes françaises pour reprendre la lutte.

Hôpital des Mines de Lens (1914)

« Rapport de captivité de M. le médecin-major de 2e classe Bourgain [adressé] à M. le Colonel, commandant d’armes de la place d’Abbeville, en date du 1er mai 1916.

J’ai l’honneur de vous rendre compte : que me trouvant comme médecin-chef de l’Hôpital des Mines de Lens depuis le 23 août 1914, j’appris le 5 septembre, que les Allemands avançaient de Lille vers Lens. Sachant qu’ils faisaient prisonniers les blessés soignés dans les hôpitaux annexes de Carvin et de Mourchin qui contenaient environ 100 soldats blessés. – L’après-midi, en voulant faire évacuer mon propre hôpital, je fus rejoint sur la route de Lens à Béthune par 5 autos allemandes, mis en joue et conduit avec mon convoi de 48 blessés à Douai.

Dès leur arrivée, après avoir installé mes blessés à l’hôpital de Douai, le soir, je fus interrogé par le général Von Bertrab qui m’annonça que mon convoi et moi étions prisonniers, il me donna un laissez-passer pour me rendre à Lens rechercher les blessés restant à l’hôpital avec mission de les ramener à Douai pour les diriger sur l’Allemagne. Je devais partir avec les troupes allemandes le lendemain à 10 heures du matin. Comme aucune heure n’était marquée sur mon laissez-passer je quittai Douai à sept heures du matin avec mon chauffeur et mon auto et arrivai à Lens où j’évacuai la majorité des blessés de l’hôpital. [page 2]

Le jour même un rideau de troupes françaises s’interposait entre Douai et Lens. Les allemands quittèrent Douai précipitamment, n’emmenant que 12 des blessés que j’y avais laissés la veille. En somme, sur 220 blessés de l’hôpital des Mines de Lens et des hôpitaux annexes, 12 seulement ont été privés de leur liberté. Je pus encore tenir un mois à Lens. Aux combats de fin septembre et début d’octobre, j’assurai le service d’évacuation des blessés.

Le 2 octobre, j’avais 350 blessés dans un hôpital pouvant en contenir 120. Avec les plus grandes difficultés, je vidai l’hôpital par 3 trains d’évacuation, n’y laissant aucun blessé. Dans la soirée du 4 octobre, au moment où les allemands entraient dans Lens comme je ne voulais rien laisser à l’ennemi, je prenais place avec 48 grands blessés dans un train de fortune formé de wagons et d’une locomotive de mines.

J’emportai, avec mon matériel chirurgical et mes pansements, les munitions, armes et équipement des blessés amenés les derniers jours à l’hôpital. – Je reçus le lendemain officiellement pour cet acte militaire, les félicitations de Monsieur le général Couturier, commandant en chef de la région du Nord à Boulogne-sur-Mer ». [Signé : Bourgain].

Pour copie conforme. Le lieutenant-colonel, commandant d’armes – [signé Beaufort].

Hôpital auxiliaire n° 101, Ecole Campan et Institut Michelet de Lens (août-septembre 1914)

« Rapport de captivité du médecin auxiliaire Basset Henri à Monsieur le médecin inspecteur, directeur du service de santé de la région du Nord. Amiens le 6 août 1916.

En réponse à la circulaire du 31 juillet 1916, n° 9297 P, j’ai l’honneur de vous informer que du 6 septembre au 4 octobre 1914, je fus sous la domination allemande.

Je m’étais mis bénévolement au service de Monsieur Brunet médecin chef de l’hôpital 101 à Lens. Nous avons soigné dans les trois premières semaines de septembre des blessés de la bataille de Bapaume, ces blessés appartenaient au 12e corps français.

Lors de l’occupation, des médecins major allemands accompagnés d’officiers de troupe vinrent visiter plusieurs fois l’hôpital, ils nous enlevèrent une fois une douzaine de blessés pouvant marcher et ils les emmenèrent à Arras puis à Cambrai. J’ai retrouvé plus tard le caporal Barrez que j’avais soigné du 338e d’infanterie, il s’était évadé à Cambrai, il me conta que jusqu’alors ils avaient été traités correctement, ils étaient ravitaillés par la population civile.

A la fin de septembre nous évacuâmes l’hôpital.

Au début d’octobre les troupes françaises occupèrent Lens et on ne vit plus de patrouilles allemandes.

Le 4 octobre l’ordre fut donné aux hommes mobilisables [page 2] de quitter la ville. Le service sanitaire de la ville était assuré par Monsieur le docteur Vallois mobilisé et affecté à Lens comme médecin civil. [signé : Henri Basset. Médecin auxiliaire].

Vu et transmis à Monsieur le médecin inspecteur, directeur du service de santé de la région du Nord – « Le médecin auxiliaire Basset, de la classe 1915, n’était pas encore mobilisé à la date, dont il fait mention dans son rapport, c’est comme étudiant civil et donnant des soins bénévoles aux soldats blessés en traitement à Lens qu’il s’est trouvé sous la domination allemande ». – Le médecin chef du Pavillon Duvauchel. Docteur Marcel Sénéchal. »

Hormis ces deux témoignages, il est fait mention dans les archives du musée du service de santé des armées au Val-de-grâce à Paris, d’un troisième récit, celui du médecin auxiliaire Dautrey, lequel, isolé de son unité le 4 octobre, resté caché à Lens, était fait prisonnier le 8 octobre, par les Allemands. Ces derniers le conduisirent à l’hospice de la ville, transformé en feldlazarett (XIVe Armee Korps), où il soigna une trentaine de soldats français dont deux officiers blessés. Le 14 novembre 1914, Dautrey fut envoyé à Mayence en Allemagne ; il y resta jusqu’au 18 juillet 1915, avant d’être libéré comme « sanitaire ».

Sources : Musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce à Paris, carton n°633 (Basset) ; carton n°634 (Bourgain et Dautrey).

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timbre militaire 28/03/2013 19:06

Article tres interessant.
Anie