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DOUAI 1914 – HOPITAUX DU NORD A L’HEURE ALLEMANDE (2/2)

Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

DOUAI 1914 – HOPITAUX DU NORD A L’HEURE ALLEMANDE (2/2)

Rapport de captivité du médecin aide-major de 1ère classe Jean-Baptiste Henri Razemon, de l'hôpital militaire de Douai.

« En raison de mon état de santé je fus affecté le 7 août 1914 comme médecin sanitaire de l’arrondissement de Douai et chargé d’abord de visiter les différents hôpitaux dus à l’initiative privée et mis à la disposition de l’autorité militaire, afin de pouvoir les employer d’une façon utile, de donner à leurs directeurs les conseils nécessaires à leur aménagement, de prélever dans les hôpitaux fonctionnant déjà les éléments nécessaires aux recherches bactériologiques dès qu’un cas suspect me serait signalé. Secondairement je fus à la demande de Monsieur le médecin major de 1ère classe Dutertre rattaché à l’hôpital militaire de Douai où j’eus un rôle plus important à remplir que celui qui était prévu parce que les évènements qui se déroulèrent dans la région paralysèrent mon action comme médecin sanitaire et parce que [page 1] Monsieur le Médecin-chef de l’hôpital de Douai n’avait pour tout aide qu’un médecin auxiliaire et un étudiant en médecine avec rang d’infirmier.

Je fus à cause de ces circonstances chargé des soins des grands blessés, de la salle d’opérations d’abord en partie et plus tard complètement. J’eus en outre l’occasion, à la demande des médecins civils de l’hôpital mixte, de pratiquer quelques opérations urgentes, Douai se trouvant par la mobilisation privé de chirurgien.

Evacuation de Douai et la région.

Mais avant d’anticiper sur ces évènements, je dois dire que l’initiative privée avait fait des merveilles dans cette région que même des installations spéciales pour ophtalmologie, radiologie avaient été crées, c’est ce que je pus constater dans mes visites du 7 au 24 août quand brusquement dans le cours de ce dernier jours, l’ordre d’évacuer la région arrive, notre médecin-chef se renseigne sur place des suites, rien concernant le personnel sanitaire n’était prescrit et à l’officier d’administration qui alla à Arras le soir, le général commandant répondit que le Corps de santé devait rester et attendre des ordres. Ils ne vinrent jamais. Nous nous pensions, du reste en sûreté parce qu’abrités par la Convention de Genève ; les évènements qui se déroulèrent pendant la 1ère occupation de Douai, nous confirmèrent dans cette opinion erronée. [page 2]

Sauvetage de vivres, de matériel médical.

Le lendemain 25 après avoir pris conseil de Monsieur le Médecin-chef, j’allais visiter l’infirmerie de gare et conseillais au docteur Faucheux, son chef, d’aller s’installer en ville avec son matériel et voyant là tout un train de marchandises abandonné je le visitai et découvris des wagons de sucre, de farine que sur mon conseil l’officier d’administration, aidé de l’administration municipale, fit cacher dans Douai, quels prodiges il fallut faire pour les convaincre de l’utilité de cette mesure et de ce devoir impérieux. Je passais alors dans les infirmeries des différentes casernes et fis sauver des médicaments, des instruments, des pansements, du matériel, des fournitures de literie, des vêtements, des chaussures, qui nous furent du plus grand secours pendant le mois d’octobre et nous permirent d’habiller quelques-uns de nos infirmiers qui étaient presque tous habillés en civil. Cet état dura 5 jours pendant lesquels ces sauvetages furent continués ; entre temps Monsieur le Médecin-chef essaya en vain d’obtenir des ordres et le 29, les Allemands occupèrent Douai. Il y avait à ce moment là très peu de blessés dans l’hôpital militaire et les autres hôpitaux temporaires de Douai car chaque jour j’avais fait la visite de ces formations pour hâter l’évacuation de petits blessés, des fatigués qui s’étaient réfugiés dans Douai après les premiers combats des environs de Tournai et d’Orchies. Je fus même dans de nombreuses circonstances obligé d’agir énergiquement pour y [page 3] arriver de sorte que quand les Allemands arrivèrent le 29, les lits n’étaient guère occupés que par des blessés ou malades intransportables.

Première occupation de Douai.

Cette première occupation de Douai se fit sans aucun combat ; l’ennemi s’installa à la mairie, en ville, et mit un poste à l’hôpital. Des médecins allemands vinrent s’assurer qu’il n’y avait pas de soldats cachés, de blessés transportables. Bientôt des paysans des environs vinrent nous signaler que des blessés étaient abandonnés dans les environs de Douai ; qu’ils n’osaient pas les recueillir. Je fis appel aux services automobiles des hôpitaux temporaires de Douai et stimulés par l’exemple d’une infirmière de bonne volonté, Mademoiselle Maffre, de nombreuses voitures partirent à leur recherche. Ce ne fut pas toujours sans ennui et sans danger. Je fus chargé d’organiser le triage de ces blessés pour conserver à l’hôpital militaire les plus graves ou ceux dont l’état nécessitait une intervention. Ce fut souvent avec de grandes difficultés que ce résultat put être obtenu, chaque ambulance se croyant d’autant mieux protégée qu’elle avait plus de lits occupés. Il y eut là une période où nous fûmes obligés de travailler nuit et jour et ce travail s’augmenta encore, quand vers le 4 septembre les Allemands nous amenèrent de Cambrai des grands blessés français dont ils voulaient se débarrasser parce qu’ils étaient dans un état lamentable. Ils étaient pour la plupart de grands suppurants atteints de fractures compliquées des membres inférieurs abandonnés dans des appareils de fortune posés en hâte, de plaies de poitrine compliquées de pneumothorax, [page 4] d’épanchements pleurétiques purulents, de nombreuses blessures du crâne par armes à feu, etc. A ce moment là, Monsieur le Médecin-chef me demanda de le décharger d’une partie des opérations car il était absorbé par d’autres préoccupations et les ennuis multiples que lui créait l’ennemi. Quoique par profession m’occupant uniquement d’oto-rhino-laryngologie, j’eus ainsi occasion de mettre à profit des connaissances antérieurement acquises de chirurgie générale et spéciale, débridements, nettoyages de foyers de fractures, appareils, amputations, trépanations, restaurations de la face, interventions sur le thorax et le cou, hernies étranglées, etc. J’eus pour m’aider dans ces circonstances le concours de trois étudiants en médecine qui se trouvaient sans emploi dans les hôpitaux temporaires de Douai et que je présentai à Monsieur le Médecin-chef. J’avais pu avant l’occupation les faire affecter régulièrement par Monsieur le Médecin Inspecteur Calmette qui était à ce moment, directeur du service de santé à Lille, et que j’allai voir à cet effet. Dans la suite j’instruisis ces jeunes leur démontrant les pansements compliqués, les dressant à faire les narcoses, chloroforme, éther, chlorure d’éthyle, etc. Je fus même plus tard amené dans plusieurs circonstances, le nombre de blessés augmentant par le fait des nombreux combats qui se livrèrent autour de Douai, à faire appel à des gens intelligents mais étrangers à la médecine, professeur de collège [page 5] et notamment Monsieur le pharmacien aide-major de 2e classe Dupont, qui nous rendit les plus grands services. Je n’eus du reste aucun accident occasionné du fait de ces concours.

Je reviens maintenant aux évènements qui marquèrent cette première occupation, elle fut calme dès l’abord, la commandanture (sic) se contentant d’installer un poste à l’hôpital et d’envoyer de temps à autre quelques médecins allemands visiter. Il y eut cependant un incident qui manqua de devenir tragique. Tout un détachement de petits blessés qui sous la conduite du médecin aide-major Bourgain quittait Lens pour éviter d’être fait prisonnier, fut capturé par une patrouille ennemie, amené à l’hôpital militaire et confié à notre garde et responsabilité avec le cortège de menaces habituelles. Parmi eux se trouvait un sous-lieutenant d’infanterie atteint de plaie avec fracture du crâne dont l’état me paraissait nécessiter un examen approfondi. Je le fis transporter à la salle d’opérations et me mettais en devoir de l’examiner quand subitement un groupe d’officiers allemands ayant à sa tête un général vint à l’hôpital dans le but spécial d’interroger cet officier. L’interprète qui avait rang d’officier me menaça, feignant croire qu’il y avait là un commencement de tentative d’évasion et voulant m’en rendre responsable, j’arrivai néanmoins à en expliquer le pansement provisoire sans pouvoir noter son nom fut mis dans une chambre isolée avec une sentinelle à la porte et une autre à la fenêtre. Cet incident [page 6] avait eu lieu pendant le repas de Monsieur le Médecin-chef car nous nous relayions à ces moments là. Une demi-heure après ce blessé était enlevé en auto. Le lendemain 16 petits blessés de ce convoi étaient envoyés en Allemagne et remplacés dans leurs lits par d’autres grands blessés provenant de Cambrai. Le médecin aide-major Bourgain avait été autorisé la veille à rejoindre son poste. Le surlendemain , dimanche 8 septembre, l’ennemi quittait Douai d’une façon qui semblait aussi subite qu’imprévue. Nous ne pouvions en deviner les raisons en ce moment.

Du 9 septembre au 1er octobre – Evacuations répétées de blessés au milieu des plus grandes difficultés. Escarmouches dans Douai.

Dès le lendemain, lundi, après avoir envisagé la situation, le médecin-chef et moi organisions l’évacuation de tous les blessés transportables qui se trouvaient dans Douai et de la garde desquels l’ennemi nous avait déclarés responsables. Sans hésitation pendant que le médecin-chef organisait les moyens de transport ce qui n’était pas un petit travail étant donné l’état de terreur de la population, et s’occupait des hommes qui se trouvaient dans l’hôpital militaire, je parcourais les hôpitaux temporaires de Douai ordonnant à leurs directeurs d’envoyer de suite à l’hôpital militaire tous les hommes que je désignais. Je dus vaincre, dans bien des cas, des hésitations, des résistances, car il s’agissait là de personnel civil qui craignait le retour de l’ennemi et dus même dans un cas, demander à Monsieur le médecin-chef d’intervenir personnellement. [page 7]

Du 8 septembre au 1er octobre ces évacuations furent poursuivies, elles comprirent plusieurs fois des blessés allemands et une fois un officier allemand. Au milieu des plus grandes difficultés ces convois furent organisés partie à pied, partie en voiture vers Arras, Béthune et plus tard quand le chemin de fer fut remis en fonctions de Douai à Lille vers cette dernière ville. Le dernier train qui partit de Douai dans ces conditions reçut même quelques obus mais arriva à bon port tandis qu’une automobile qui transportait par route 2 grands blessés dut rebrousser chemin. Le soir de ce jour là Douai était à nouveau aux mains des Allemands. Pendant cette même période du 9 septembre au 1er octobre je visitais les bâtiments des casernes, l’arsenal, recherchant principalement ce qui pouvait encore être utile à nos malades et blessés, couvertures, produits pharmaceutiques qui avaient pu échapper à la destruction des Allemands, excursions nécessaires car nous manquions de tout à l’hôpital ; mais dangereuses. En effet l’ennemi qui avait complètement abandonné Douai pendant les premiers jours envoya des patrouilles de cyclistes, de cavaliers, d’automobiles qui se rencontraient avec des groupes anglais du même genre les premiers jours ; plus tard, Français et Anglais réunis. Il en résultait des escarmouches dans Douai même. Nous avions souvent des blessés de ce fait et la situation de ceux qui parcouraient la région à ce moment fut plus d’une fois critique. A plusieurs reprises je dus me dissimuler en temps opportun. Les principaux combats eurent lieu à la porte de Courchelettes où, tour à tour, Français et Allemands venaient se ravitailler d’essence aux usines Paix [page 8]

L’incident d’Orchies, sa répercussion sur le corps de santé de Douai. Cette période fut marquée par un gros incident qui devait avoir pour les sanitaires en ce moment, à Douai, une répercussion fâcheuse. Les troupes françaises qui dans les derniers jours de septembre occupèrent Douai n’y vinrent que progressivement et avant de reprendre leur offensive du 1er octobre, les Allemands reculèrent de même, et les escarmouches prirent dans bien des occasions l’allure de petites batailles. Le 24 septembre, un convoi automobile allemand paré de nombreuses croix rouges s’avança vers Douai et arriva à la hauteur d’un petit poste français. Un officier portant le brassard descendit, montra à la sentinelle un papier et au moment où le soldat se baissait, le tua à bout portant d’un coup de révolver ; le poste français sortit alors et une escarmouche eut lieu au cours de laquelle plusieurs allemands furent tués et blessés et laissaient entre nos mains 2 automobiles et un prisonnier, c’était l’officier qui avait assassiné la sentinelle et qui se voyant dans une position fâcheuse tenta de se suicider. Je fus envoyé sur place par le médecin-chef à la demande d’un commandant de gendarmerie. La blessure était insignifiante et évidemment il ne s’agissait pas d’un médecin mais d’un officier ayant usurpé le brassard de la Croix-Rouge. A ce moment là le combat prenait plus d’ampleur et le commandant de gendarmerie pour éviter toute surprise envoya ce prisonnier sous bonne garde vers l’arrière. Ce jour-là les Allemands furent repoussés au-delà d’Orchies et poursuivis par les goumiers, laissant sur place 15 à 20 cadavres [page 9] qui furent ensuite mutilés, dépouillés de leurs vêtements et abandonnés dans les champs. Une patrouille ennemie vit cela le lendemain, les Allemands firent des enquêtes, prétendirent que les habitants d’Orchies y avaient contribué et le lendemain 26 revinrent en grand nombre pour brûler Orchies et bombarder Douai dont 42 maisons furent également incendiées au faubourg du Raquet.

Ce bombardement dura environ 6 heures mais dès les premiers obus qui comme un fait exprès tombèrent d’abord sur l’hôpital je fis commencer et y pris part moi-même ainsi que Monsieur le médecin-chef qui arrivait bientôt, le transport des blessés dans les caves de l’hôpital qu’à ma demande l’officier d’administration M. Buchet avait fait préparer à cet effet.

Nous montrâmes tous deux l’exemple et bientôt tout le personnel de l’hôpital stimulé par notre exemple se mettait à l’œuvre et 2 heures après les 110 grands blessés dont aucun ne pouvait se transporter de lui-même se trouvait à l’abri sous les épaisses voûtes des caves de l’hôpital. Dans ce cas tout le personnel est à citer : médecins, pharmaciens, officier d’administration, religieuses, infirmiers, car il fallait traverser, pour accéder aux caves, les cours et les galeries vitrées. Monsieur le médecin inspecteur Calmette avec qui j’avais des rapports directs en raison de mes fonctions de médecin sanitaire à ce moment me fit part [page 10] de sa satisfaction. Mais cette fois encore l’ennemi fut repoussé, c’est à ce moment que le général Plantet arriva en personne avec des détachements plus importants et pendant quelques jours ce fut une accalmie complète.

Réorganisation des différents services à Douai du 8 septembre au 1er octobre 1914.

Depuis le 8 septembre, progressivement, les services se réorganisaient dans Douai ; la Poste fonctionnait, les chemins de fer avaient été rétablis vers Lille et de là vers Dunkerque et Boulogne, quelques fonctionnaires avaient rejoint leurs postes et enfin le service de santé de la 1ère région avait été réinstallé à Boulogne et des ordres en étaient parvenus à notre chef, mais la réponse à une demande sur ce qu’il conviendrait de faire au cas où l’ennemi réapparaîtrait n’arriva jamais ; de plus une affiche signée du général Plantet qui était encore dans les murs de Douai le 1er octobre invitait les populations à reprendre leurs travaux habituels disant que la sécurité de la ville était assurée, de plus le renvoi du docteur Bourgain dans les lignes françaises un mois auparavant nous encourageait à rester à notre poste, nous devions cruellement le regretter, mais il est certain que notre présence là, a empêché plus d’un millier de soldats d’être prisonniers, car ils furent évacués à temps. Ce souci nous guida toujours dans la période du 26 septembre au 1er octobre durant laquelle la vie normale semblait renaître de plus en plus à Douai, et le matin du 1er octobre les premières usines recommencèrent à tourner [page 11].

Prise de Douai, 1er octobre 1914. Invasion de l’hôpital. Molestation du corps de santé.

Dés le matin de ce jour-là, on entendit au loin des fusillades. Nous vîmes les territoriaux se retrancher dans la ville qui vers midi était complètement entourée et bientôt s’engagea dans ses rues une violente bataille. Elle continua jusqu’au soir ; les mitrailleuses marchaient sans interruption, les balles sifflaient, l’une d’elles manqua de blesser l’officier d’administration et une autre venait s’aplatir sur le chambranle auprès d’une fenêtre près de laquelle un infirmier se trouvait.

Le soir, de nombreux civils ou militaires blessés et même tués étaient amenés à l’hôpital. Ce jour-là nous ne vîmes pas les Allemands, mais le lendemain les fouilles des maisons commencèrent ; bientôt un groupe important de soldats ennemis gardait toutes les issues de l’hôpital pendant qu’un autre pénétrant à l’intérieur demandait le médecin-chef et leur chef mettant un révolver sous sa figure lui intimait l’ordre d’aller se ranger dans la cour contre le mur. Le même sort m’arrivait ensuite et successivement tout le personnel militaire vint vous rejoindre, menacé, maltraité et quelquefois jeté en bas des escaliers, un groupe de soldats, baïonnette au canon, fusil chargé, était placé en face de nous, c’était la réplique des incidents d’Orchies. Ils prétendaient que l’hôpital contenait des francs-tireurs, que le personnel hospitalier était trop nombreux et renfermait des soldats échappés, qu’il [page 12] y avait des soldats cachés dans les lits.

Les fusils des soldats blessés qui se trouvaient dans le magasin, les infirmiers qui étaient encore en civil semblaient donner à leurs dires, tout au moins à leurs yeux, une apparence de raison. A ce moment un groupe d’officiers allemands pénétra dans l’hôpital et sans s’inquiéter de nous voir là rangés contre le mur entra dans les salles, ne trouvant pas ce qu’ils cherchaient, ils restaient perplexes sur le perron, j’en profitai et malgré la défense du sous-officier allemand me dirigeais vers leur groupe et leur demandais d’intervenir en notre faveur. L’un d’eux parlait correctement français ; il répondit d’abord qu’il ne pouvait rien faire, mais comme il demandait des nouvelles d’un officier allemand blessé qui avait été expédié à Lille 2 jours auparavant, je leur dis que Monsieur le médecin-chef connaissait mieux que moi sa situation. Il vint à ce moment vers nous et nous obtînmes alors que des ordres fussent demandés à la Kommandantur pour ce qui nous concernait, une heure après nous étions enfin autorisés à rentrer dans nos services. Mais entre temps d’autres soldats ennemis avaient mis main basse, sur nos armes bicyclettes, etc.

Je dois dire que sur le moment ni le médecin-chef ni moi ne crûmes à un danger pour notre existence, ce n’était pas l’avis du reste, du personnel devant ce peloton menaçant et je crois que si nous avions déjà connu les horreurs qui s’étaient déjà déroulées ailleurs dans de semblables circonstances autour de postes de secours et d’ambulances dont nos confrères prisonniers nous ont conté les horreurs tragiques, nous aurions partagé leur avis.[page 13]

L’hôpital militaire pendant l’occupation allemande. Notre vie pendant le mois d’octobre.

Du 1er au 10 octobre, l’hôpital reçut la visite de médecins allemands, qui n’y séjournaient pas. Nous soignions leurs blessés dans les mêmes locaux mais autant que possible en groupant les nationalités. Le travail à ce moment là fut écrasant et il devait augmenter tous les jours dans la suite, par suite de combats opiniâtres qui se déroulaient pour la possession d’Arras. D’un autre côté les formalités administratives ou plutôt les vexations prenaient tout le temps de notre médecin-chef qui fut obligé de me laisser tout le souci de la salle d’opérations.

Vers le 10 octobre, le 1er médecin allemand qui devait séjourner à l’hôpital arriva, il fut bientôt suivi de plusieurs autres et de personnel sanitaire secondaire. Le service fut alors divisé en deux parties ; un côté allemand, un côté franco-anglais ayant chacun des médecins de sa nationalité (exception faite pour les Anglais dont nous avions le soin). Ceci nécessita des changements, des déplacements de blessés, j’eus là l’occasion de rendre service à 40 de nos blessés qui occupaient une même salle au rez-de-chaussée et devaient être pour la plupart pansés quotidiennement, avaient des appareils d’extension, etc.

L’ordre pour évacuer cette salle vint un jour très tôt le matin et quand j’en eu connaissance, il avait déjà reçu commencement d’exécution. Je le fis suspendre [page 14] et allais trouver le médecin-chef allemand sur qui j’avais un certain ascendant, car j’avais eu l’occasion de le rencontrer dans la salle d’opérations et il m’avait demandé d’assister aux trépanations que je pourrais avoir l’occasion de faire, je lui demandais de surseoir à cet ordre en lui montrant la cruauté et obtins de lui qu’il en revînt et se contentât d’une salle située dans un autre bâtiment au 1er étage. J’en fus récompensé par la reconnaissance de ces pauvres mutilés. Cependant chaque jour montrait un progrès de plus dans l’occupation de l’hôpital par les médecins allemands et de leur personnel et je prévoyais que bientôt nous serions inutiles. J’en profitais pour demander à ce même médecin quel sort nous attendait et quelles précautions nous devions prendre. Il me répondit que dans quelques jours nous partirions vers la Suisse après un voyage de 4 jours à travers l’Allemagne, que je ferais bien de prendre des vivres pour le voyage. Il ajouta que c’était confidentiel et seulement à mon intention qu’il le disait, naturellement j’en prévins aussitôt tout le personnel et si cette précaution nous servit, peu à nos officiers qui partirent 48 heures plus tard dans les conditions que je vais dire, elle fut très utile aux infirmiers et aux étudiants qui partirent 15 jours plus tard et firent le voyage dans un wagon à bestiaux et dans des conditions déplorables. Elle me permit aussi de faire sauver en partie les instruments de la salle d’opérations que je fis placer en lieu sûr en ville et dans de bonnes conditions. Ils représentent environ une somme de deux mille francs et seront facilement [page 15] retrouvés quand Douai sera libre.

L’un et l’autre groupe nous fûmes prévenus trente minutes avant notre départ. Nous pûmes cependant emporter notre cantine et même prendre deux ordonnances. Nous pensions leur rendre service, espérant un peu vaguement qu’ils seraient mieux avec nous et risquaient de revoir la France plus tôt. Quelle désillusion ! (…) »

Le dimanche 1er novembre 1914 les officiers de l’hôpital militaire de Douai furent expédiés par voie ferrée à destination de Mayence en Allemagne.

FIN

Pour en savoir plus :

Douai 1914 (1ère partie)

Sur le service de santé de l'armée allemande

Source : Arch. Musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce, Paris, carton n° 640.

Photo : L'hôpital auxiliaire n°31 de la Société de secours aux blessés militaires s'intalla dans l'immeuble Sainte-Clotilde (1914-1915), appelé aussi :"ambulance Sainte-Clotilde".

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