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BAPAUME 1914 – HOPITAUX DU PAS-DE-CALAIS DANS LES COMBATS (3/3)

24 Avril 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

BAPAUME 3e partie

Rapport du médecin aide-major de 1ère classe Raymond Français (A)

(…) « j’appartenais à l’ambulance de la 1ère division de cavalerie et c’est le 28 septembre 1914 qu’en relevant des blessés tombés dans sous le feu des mitrailleuses allemandes devant Courcelles-le-Comte (P.D.C.) j’ai été capturé avec le Docteur Page et le Docteur Bailly-Salin, aides-major de 1ère classe de réserve. En même temps que nos deux aumôniers militaires Mg Mayol de Lupé (B) de la 1ère Division de cavalerie et l’abbé Soury-Lavergue de la division Baudemoulin (C), 15 infirmiers, 6 voitures légères et nos chevaux de selle, ont été pris.

Les blessés que nous relevions ont été également amenés dans les lignes allemandes.

C’est un détachement composé d’une douzaine de fantassins conduits par un sous-officier qui nous a entourés et capturés. Nous avons fait observer au sous-officier que nous étions médecins, munis de brassards, que nos blessés étaient déjà placés dans des voitures sur lesquelles flottaient le fanion de la Croix de Genève ; il parut un instant ébranlé par nos protestations et envoya un de ses hommes demander des instructions.

La réponse revint quelques minutes après ; l’ordre était [page 1] d’amener les blessés et les médecins immédiatement et de tirer sur quiconque résisterait. Toutefois ajouta-t’on, le général fait dire que les médecins ne seront pas prisonniers (nicht gefangen).

L’ennemi à ce moment évacuait précipitamment Courcelles-le-Comte que le tir de notre artillerie rendait intenable.

Conduits au village de Béhagnies nous avons installé les 15 blessés dans une petite maison appartenant à Madame Théry. Les allemands nous y ont laissés pendant 3 jours sous la garde de soldats armés, sans nous procurer aucun secours en matériel de pansement et de la teinture d’iode. Madame Théry nous a donné du lait et des pommes de terre grâce à quoi nous avons pu alimenter nos blessés.

Quatre d’entre eux ont succombé. Nous les avons inhumés sur le talus de la route Arras-Bapaume en face de la maison Théry. Le 1er octobre les Allemands nous ont invités à signer un billet de réquisition pour transporter nos blessés à Bapaume dans une voiture appartenant à un propriétaire du village. Nous les avons installés dans une fourragère et sous l’escorte de soldats allemands on nous a dirigés sur le collège St-Jean-Baptiste à Bapaume (D).

Cet établissement était transformé en hôpital et ne contenait que des blessés français, appartenant pour la plupart à des régiments territoriaux.

Nous y avons installé nos propres blessés.

Avec le concours du Supérieur l’Abbé Grégoire Ledoux et de plusieurs dames nous avons pu les soigner sans tout d’abord recourir aux Allemands.

Vers le 8 octobre le manque de vivres obligea le Supérieur à s’adresser à eux. Ils fournirent immédiatement les rations de pain et de viande nécessaires. Le 10 octobre tout un personnel médical, accompagné de très nombreux infirmiers et de diaconesses, veut prendre possession de l’hôpital. Le médecin chef de cette formation, Docteur Schwerer nous informa que nous allions être « conformément à la Convention de Genève » renvoyés en France par la Suisse. »

Ils sont envoyés au camp de Parchim (Mecklembourg) où ils séjournent du 14 octobre au 23 novembre 1914. Le docteur Français sera libéré le 17 décembre 1914.

(A) - Jean-Pierre Victor Raymond Français (1875-1952). Chirurgien militaire. Chevalier de la Légion d’honneur (20 juillet 1916). Soldat (1896). Médecin auxiliaire de réserve (1898). Médecin aide-major de 2e classe (16 octobre 1907). Médecin aide-major de 1ère classe (4 février 1910). Ambulance de la 1ère division de cavalerie (2 août 1914). Fait prisonnier au combat de Courcelles-le-Comte (28 septembre au 17 décembre 1914). Hôpital militaire de Châlons (20 décembre 1914). Médecin major de 2e classe (12 février 1917). Affecté à l’ambulance chirurgicale automobile (Autochir) n°8 (14 avril 1917). Médecin chef de l’ambulance chirurgicale automobile n° 19 (16 juillet 1917).

(B) - Jean de Mayol de Lupé (1873-1955). Prélat catholique. Aumônier militaire (active) de la 1ère division de cavalerie. Prisonnier de guerre (1914). Libéré (1916). Blessé (1918), plusieurs citations. Anticommuniste, collaborateur notoire, aumônier de la Légion des Volontaires Français (1941), division SS Charlemagne (1944). Condamné à la Libération, emprisonné, libéré (1951).

(C) - Beaudemoulin Antoine (1857-1927). Général de division. Inspecteur général de la cavalerie du camp retranché de Paris (9 août – 11 octobre 1914).

(D) - Voir 1ère partie, « Bapaume 1914 »

Rapport de captivité du médecin aide-major de 1ère classe Page, de la 1ère division de cavalerie.

« Je faisais partie de l’ambulance divisionnaire de la 1ère division de cavalerie avec Raymond François [Français] (de Paris) fait prisonnier avec moi à Courcelles-le-Comte (Pas-de-Calais) sous les ordres du docteur Couillaud, médecin de l’active. Nous quittâmes Paris le 4 août et fîmes toute la campagne de Belgique : prenant contact avec l’ennemi le 9 à Bois Borsu au sud de Liège, nous ne l’avons plus quitté jusqu’à Mantes (S. et O.), ayant chaque jour un combat. Nous avons assisté aux batailles de Dinant, de Charleroi, de Bapaume, de Péronne. Après deux jours de repos au sud de Versailles nous reprenions le combat à Gonesse, Dammartin, Nanteuil (Bataille de la Marne) ; nous assistâmes ensuite à la 2e bataille de Péronne et aux combats autour de Bapaume. C’est dire qu’en peu de temps nous avons pu voir et juger pas mal de choses.

Le rôle de l’ambulance divisionnaire, du moins tel que nous l’avons vu fonctionner, consistait surtout à évacuer les blessés et les rares malades que nous avions en temps ordinaire ; à nous installer dans une ferme ou une croix rouge que nous transformions.

Nous étions partis, le Docteur Français et moi, accompagnés du Docteur Bailly-Salins [Salin] du 6e dragons, rencontré sur le chemin [page 2] des aumôniers Mayol de Lufi [Lupé] et Soury-Lavergne, qui avaient tenus à venir aussi, pour relever les blessés d’un combat qui avait été assez malheureux, en avant du village de Courcelles-le-Comte. Nous trouvons là un sous-officier allemand (combattant) qui avec elle de cinq ou six de ses hommes, empilait nos compatriotes blessés sur une voiture de paysan. Je l’interpelle en allemand petit nègre, lui disant que ces blessés sont à moi, médecin militaire français et non à lui. Il ne veut pas les lâcher. Nous insistons et commençons à les mettre sur les voitures de notre ambulance. J’avais avec moi 15 infirmiers et un brigadier. Il envoie, soit disant un de ses hommes chercher des ordres, et il revient en disant : « ordre du général, vous devez amener vos blessés jusqu’au prochain village – à 500 mètres – et là l’ambulance sera libre ». Nous lui faisons répéter – « oui, oui, nicht gefangener ». Et il ajoute me mettant sa carabine sur la poitrine. « Si vous ne venez pas, je tire ». Nos voitures étaient pleines, bien à contre cœur nous les suivons. On nous fit faire 6 kilomètres à travers champs, sans qu’il nous fût permis de panser, de soulager nos blessés qui hurlaient, d’arrêter les hémorragies qui fusaient. On ne nous arrêta qu’au village de Hihagnier, sur la grand’ route de Bapaume à Arras. Là nous étions au milieu de 4 ou 500 Allemands. En clin d’œil nos chevaux ont disparu [souligné dans le texte], nos sacoches sont vidées et leur contenu fait la joie des lâches qui nous entourent, nos manteaux, nos trousses professionnelles nous sont enlevées ; un officier m’arrache mon révolver et mon porte cartes, un sous-officier m’arrache mon bracelet montre ; On nous donne l’ordre de descendre nos blessés ; à mesure qu’elles sont vides nos voitures sont enlevées vidées de leur contenu (objets de pansement, paniers de chirurgie.) les fanions sont brisés, les coffres mis au pillage. [page 3] Une 1/2 heure après, nous nous trouvons 15 blessés, (un mort en cours de route, faute de soins) 16 infirmiers et 3 médecins dans les trois pièces exigües de la chaumière de Mme Théry. Nos aumôniers ont été emmenés vers Bapaume ; des hommes à baïonnette sont à toutes les issues de la chaumière ; la foule hurlante des soldats vient nous insulter à travers les vitres. Nous avons installé nos blessés sur de la paille, sur les matelas de la maison ; nous avons pu sauver du pillage [1112 ?] paniers de pansement, nous commençons notre office et faisons de notre mieux. Les blessures étaient presque toutes graves : un capitaine avait reçu 4 balles dont une dans le poumon (hémopthysie), un brigadier avait 6 balles dont une dans la vessie, un maréchal des logis avait 2 fractures du crâne, un homme avait 3 balles dans la tête, et une fracture de jambes, etc. Nous retrouvons dans nos poches de la morphine et une seringue ; - ce qu’à été notre vie pendant 3 jours et 3 nuits dans cette chaumière exigüe, sans autre nourriture qu’un peu de lait que notre vieille hôtesse Mme Théry allait chercher le soir au risque des coups de fusil et que des pommes de terre qu’elle retrouva dans sa cave. Car les Allemands nous laissèrent 3 fois 24 heures sans nous donner à manger pour nos blessés et pour nous. Trois de nos blessés sont morts et nous les avons enterrés sur le bord de la route, sous nos fenêtres. Le 4e jour enfin, on nous offrit à manger dans un baquet en bois une ratatouille infâme, que bien peu purent toucher malgré leur appétit, et on nous évacua, nos blessés et nous, sur Bapaume. Notre triste cortège fut abreuvé d’injures et de moqueries pendant le trajet.

A Bapaume on nous installa dans un collège ecclésiastique St-Jean-Baptiste, transformé en hôpital ; là au [page 4] moins nous avons pu soigner convenablement et installer confortablement nos blessés. Nous avions pris chacun un grand dortoir, divisé nos infirmiers par salle ; nous avions même arrangé une salle d’opérations ; les Allemands nous envoyait les blessés qu’ils recueillaient dans les champs de bataille des environs ; rapidement nous eûmes chacun le Docteur Français, le Docteur Bailly-Salines [Salin] et moi une trentaine de blessés que nous pouvions vraiment bien soigner. Nous étions d’ailleurs aidés par des femmes admirables du pays dont les maris étaient à l’armée ; dont les maisons avaient été pillées, qui devaient encore loger des garnisaires allemands et qui nous donnaient encore en plus de quelques douceurs pour nos malades, leur dévouement et leurs soins délicats. Nous avons fait deux énucléations d’œil, une amputation pour gangrène, des extractions de balles et d’éclats d’obus, etc.

Le 8e jour, arrivèrent les médecins et le nombreux personnel d’un feld lazaret allemand qui venait s’installer à notre place. Leur outillage était très complet, leur personnel bien stylé, leurs objets de pansement en abondance. Les infirmiers sont des professionnels soldats et des Johannistes : ceux-ci sont des volontaires « freiwillig » embrigadés dès le temps de paix ; les infirmiers qu’ils appellent « schwests » [schwester] ne sont pas des religieuses mais des infirmières des grands hôpitaux de l’Empire. Celles-ci des hôpitaux de Düsseldorf. – Le docteur Schwerer (de Baden-Werler [Weiler]) réserviste, médecin chef, a été avec nous et nos blessés corrects, courtois, même aimable. Il fit tout son possible pour nous faire relâcher et quand il nous embarqua le 10 octobre à la gare de Bapaume, il nous dit que nous rentrions en France par l’Allemagne et la Suisse. – il paraissait sincère. (…) »

Dans les faits, ils seront conduits au camp de Parchim (Mecklembourg).

(FIN)

Bapaume (1ère partie) - Bapaume (2e partie)

Pour en savoir plus :

Le service de santé de l'armée allemande (1914-1918)

Sources : Arch. Musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce à Paris, carton n° 636 (Français), carton n° 639 (Page).

Mis à jour : 13 janvier 2014.

Avec l'aimable autorisation de M. Thierry Liégeois - Dessins au crayon, datés de novembre 1914, des docteurs Raymond Français et Page, réalisés au camp de Parchim (Mecklembourg) par un dessinateur resté anonyme. M. Thierry Liégeois - thierry_9@hotmail.fr - recherche l'auteur de ces dessins.

Avec l'aimable autorisation de M. Thierry Liégeois - Dessins au crayon, datés de novembre 1914, des docteurs Raymond Français et Page, réalisés au camp de Parchim (Mecklembourg) par un dessinateur resté anonyme. M. Thierry Liégeois - thierry_9@hotmail.fr - recherche l'auteur de ces dessins.

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