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BAPAUME 1914 – HOPITAUX DU PAS-DE-CALAIS AU CŒUR DES COMBATS… (1/3)

13 Avril 2013 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

BAPAUME 1914 – HOPITAUX DU PAS-DE-CALAIS AU CŒUR DES COMBATS… (1/3)

Les hôpitaux de Bapaume reçoivent les blessés des combats de Beugny, de Moislains et de Sailly-Saillisel (août 1914).

Je vous propose aujourd’hui le premier d'une série de trois articles sur « Bapaume 1914 » qui traite des hôpitaux de Bapaume à travers les témoignages inédits des docteurs Pétel et Samain. Un second article présentera le service sanitaire des champs de bataille, occupés par les Allemands, de Moislains et de Sailly-Saillisel et de ses blessés abandonnés par centaines durant plusieurs jours ; le troisième, complétera les précédents et signalera deux figures d’aumôniers, celle de l’abbé Soury-Lavergne et celle beaucoup plus controversée – qui se fera un « nom » durant la Seconde guerre mondiale – de Mgr Mayol de Lupé, l’aumônier de la division SS Charlemagne.

A la fin des trois premières semaines de la guerre, les armées alliées retraitaient, pressées par les Allemands. Dans le nord, le groupe de divisions du général d’Amade livrait des combats retardateurs contre l’aile gauche de la Ière armée allemande qui descendait en direction de Paris. Le front était mouvant. Les engagements étaient nombreux et souvent de peu d’importance, le fait de troupes allemandes d’avant-garde qui tâtaient les défenses de villes souvent abandonnées par les troupes françaises. Ainsi Arras était occupée du 6 au 8 septembre avant d’être abandonnée ; Maubeuge et Lille restaient toujours entre les mains des Français. Ces premières semaines furent faites d’indécisions, sans front continu. Les évacuations sanitaires s’effectuaient dans toutes les directions, jusqu’à Amiens, Calais ou Lille. Dans la dernière semaine d’août, des combats meurtriers furent engagés par la 62e division de réserve qui fut pratiquement anéantie aux combats de Beugny (25-26 août), de Sailly-Saillisel (27 août). Les blessés français de ces engagements étaient en partie évacués sur la ville de Bapaume, occupée par les Allemands dès le 28 août 1914.

Ce premier témoignage est celui du docteur Jean Charles Louis Petel (1880-1949) qui exerçait à Calais. Médecin auxiliaire au 33e régiment d’infanterie, détaché auprès du docteur Famechon, médecin chef des salles militaires de l’hospice mixte d’Arras. Le docteur Petel était un chirurgien, ancien interne des hôpitaux de Paris. Le 29 août 1914, Famechon, répondant à un appel au secours du maire de Bapaume dont l’hôpital était débordé de blessés, lui expédie Petel : « 29 août 1914 – (...) A 2 heures, le maire de Bapaume me demandant du secours, je lui envoie en auto le médecin auxiliaire Petel, qui part emmenant sa femme comme infirmière et emportant tout ce que je puis lui donner comme objets de pansement, je sais, en effet, par le maire que de nombreux blessés attendant à Bapaume d’être pansés et transportés (...) »(A)

Témoignage du docteur Petel (B), en date du 28 juillet 1915 [copie d’une lettre adressée au docteur Famechon, médecin-chef des salles militaires de l’hospice mixte d’Arras]

« Monsieur le Médecin principal, Pendant notre premier séjour à Bapaume où il m’est passé 1 200 blessés environ, tous ou presque tous ont pu être évacués sur l’intérieur, malgré la présence des Allemands grâce au concours dévoué des Croix-Rouge de Lille, Roubaix, Nœuds-les-Mines, Douai et Arras.

Les pansements que vous nous avez envoyés et ceux que nous ont apporté les différentes Croix-Rouge, ont été utilisés pour Bapaume, je reçus un mot du curé de Sailly-Saillisel disant qu’il y avait 200 blessés français à Sailly et 480 à Moislains qui manquaient de pansements et de nourriture.

Les dames de Bapaume allèrent porter des vivres et des pansements ; car j’étais trop occupé. – Le lendemain, demandant un sauf-conduit à la Kommandantur, je pus sans trop de difficultés, aller à Sailly-Saillisel où je fus gardé à vue pendant que des religieuses de Bapaume et ma femme (C) distribuaient leurs vivres et leurs pansements.

Quelques jours plus tard, j’obtins un nouveau sauf-conduit et allai jusqu’à Moislains où nous avons trouvé deux médecins auxiliaires (D) soignant 480 blessés et démunis de pansements ; les médecins allemands s’occupaient des blessés allemands et des français qu’il fallait opérer. Je donnai un coup de main à mes deux confrères. Je retournai encore deux fois à Moislains. Mais ce fut tout ; car on me fit comprendre que ma présence n’était pas nécessaire.

Vers le 10 septembre, tous les blessés militaires français étaient partis. Je demandai à un médecin allemand un sauf-conduit pour regagner Arras. On voulait bien me laisser partir, mais en civil [souligné dans le texte]. Je refusai nettement et obtins un sauf-conduit en bonne et due forme.

Le lendemain, quand je partis à Arras, plus d’Allemands. De temps en temps, des patrouilles allemandes circulaient dans les rues… signé : Docteur Petel. Sous copie conforme (…) »

Témoignage du docteur D. Samain, médecin aide-major de 1ère classe, de la 81e division territoriale

Fait prisonnier à Puisieux (Pas-de-Calais) [ca. 4-7 oct. 1914].

« [Extraits, page 5] (…) Transférés à Bapaume avec trois de nos infirmiers nous fûmes placés à l’hospice des Vieillards, des Sœurs de la Charité, qui avait été transformé en partie en hôpital français, et où n’étaient soignés alors que des blessés français. Le médecin chirurgien était le docteur Petel de Calais. La direction du traitement des blessés était laissée aux médecins français mais nous ne pouvions sortir de la Maison à la porte de laquelle était une sentinelle en permanence.

Par suite du grand nombre de combats autour de Bapaume, le nombre des blessés allemands augmentant de plus en plus, ils remplacèrent les blessés français que les allemands évacuaient sur l’Allemagne quelquefois dans des conditions très pénibles. Les médecins allemands s’établissaient dans l’hôpital avec leur personnel d’infirmiers et d’infirmières et au bout de 6 ou 8 jours, ces Messieurs [page 6] nous déclaraient qu’on allait nous renvoyer en Allemagne pour de là être dirigés sur la France par la Suisse. A Bapaume notre nourriture avait été à la charge de l’économe de l’Hospice et des Sœurs de Charité grâce auxquels nous avons connu un Bien être auquel nous n’étions plus habitués. Nous étions restés assez longtemps à Bapaume pour voir expulser de l’hospice, les pauvres vieillards remplacés par les blessés allemands.

Dans une autre formation hospitalière de Bapaume, étaient trois autres médecins militaires français prisonniers (E), auxquels nous fûmes réunis pour être dirigés sur l’Allemagne. Nous faisions partie d’un convoi de blessés transportés dans les wagons ordinaires (32 H – 8 ch.) aménagés avec de la paille. En plus de blessés, ce train se grossit en cours de route d’un certain nombre de prisonniers. (…)»

Ils partent, le 10 octobre 1914, pour le camp de Parchim (Mecklembourg, All.).

(A) Rapport du médecin principal de 2e classe Famechon (Arch. Musée du service de santé des armées, carton n°636) qui fera l'objet d'un article "Arras 1914".

(B) Jean Charles Louis Petel (1880-1949). Engagé volontaire militaire, soldat de 2e classe (9 novembre 1899). Médecin auxiliaire (25 août 1906). Chirurgien. Interne des hôpitaux de Paris. Médecin aide-major de 2e classe (10 mai 1915). Médecin aide-major de 1ère classe (6 mai 1917). Cité à l’ordre du corps d’armée le 10 novembre 1916 : « Chirurgien d’élite dont toute la valeur technique est vraiment remarquable et mise en relief par une énergie à toute épreuve. S’est distingué au début de la campagne en se dévouant au péril de ses jours pour les blessés d’une région envahie, les soignant, en opérant un grand nombre et les évacuant dans les lignes françaises. N’a pas cessé depuis 2 ans de diriger une des équipes chirurgicales du 1er CA dans une ambulance de première ligne toujours exposée. » - Chirurgien de l’hôpital civil de Calais (1926-1943) - médecin capitaine (29 décembre 1926). Radié des cadres de la réserve (18 mars 1938). Croix de guerre 1914-1918 et 1939-1940. Chevalier de la Légion d’honneur (13 juillet 1934). Officier de la Légion d’honneur (22 mars 1944). Sources : Arch. Nat., Base LéonorePhotographie du docteur Petel.

(C) Madeleine Pollet mariée le 2 juillet 1912 à Douai.

(D) Il s’agit des médecins auxiliaires Lusseau du 6e régiment de Génie et Papin du 5e bataillon du 308e régiment d’infanterie (voir deuxième partie).

(E) Il s’agit des docteurs Page, Français et Bailly-Salins (voir troisième partie)

(A suivre) - Bapaume 1914 - Médecins français dans les Feldlazarette allemands

Pour en savoir plus :

Sur le service de santé de l'armée allemande (1914-1918)

Photo : Le collège Saint-Jean-Baptiste accueillit les blessés des combats autour de Bapaume.

Sources : Arch.Musée du service de santé des armées, carton n° 636 (Petel, Famechon et Français), carton n° 639 (Page), carton n° 640 (Samain).

Les monographies des hôpitaux militaires des régions occupées du nord-est, en 1914-1918, seront présentées dans le tome 5 des Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, à paraître aux éditions Ysec de Louviers.

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Laguilliez Emilien 26/10/2013 21:26

Merci d'avoir rendu hommage à l'Ambulance de Bapaume crée en 1914 dans Collège St-Jean-Baptiste avec la participation de son supérieur l'Abbé Grégoire Ledoux.