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ACCUEIL EN SUISSE DE MEDECINS FRANÇAIS LIBERES (novembre 1914)

14 Août 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes, #varia

ACCUEIL EN SUISSE DE MEDECINS FRANÇAIS LIBERES (novembre 1914)

Témoignage du médecin aide-major de 1ère classe Monteilh, médecin du 3e bataillon du 144e régiment d’infanterie (Bordeaux) sur les conditions de son rapatriement via la Suisse.

J’ai choisi aujourd’hui de vous présenter le long témoignage d’un médecin militaire français libéré du camp d’Erfurt (Thuringe) - fait prisonnier à Corbeny et détenu à Erfurt de septembre à novembre 1914 - qui décrit par le menu son rapatriement et l’accueil mémorable dont il a bénéficié, tant des autorités que des populations helvêtiques. Ce type de témoignage contrariant en 1914 une certaine neutralité affichée reste relativement rare. Les rapports français de rapatriement à travers la Suisse sont assez peu détaillés.

"(…) [Erfurt, 6 novembre 1914] Nous allâmes reprendre notre service au camp, mais à 10 heures on nous fit appeler de nouveau Chez le Général pour nous dire que nous devions "être à midi à la gare". Nous télé­phonâmes alors immédiatement à des autos de venir nous prendre et après avoir déjeuné au camp nous partîmes en auto accompagnés d'un sous-officier allemand et passant Rudolf Casern prendre nos bagages nous nous rendons à la gare où on nous fait entrer dans [page 22] un salon particulier et ou un capitaine et un interprète passent soigneusement l'inspection de tous nos bagages. Puis on nous fait monter dans un wagon couloir de 1ère, 2e et 3e Classe où nous trouvons 20 infirmiers et brancardiers de la 16e Sec­tion [d’infirmiers militaires] qui rentrent en France avec nous. Nous sommes donc 10 médecins et 20 hommes. Le voyage s'accomplit sans incident. Nous arrivons a Stuttgart vers 20 heures et on nous permet de descendre du train nous et nos hommes pour aller prendre notre repas dans une installation de la Croix-Rouge mais ser­vi par le buffet de la gare et à nos frais.

Puis on nous fait remonter dans notre wagon qui mis sur une voie de garage nous sert d'hôtel et nous y passons la nuit. Le lendemain matin notre wagon est ramené sous le hall de la gare et on nous apporte notre petit déjeuner à nos frais mais on ne nous permet pas de descendre. Enfin nous repartons, en route pour Constance.

Nous arrivons à Constance vers 14 heures et sommes reçus courtoisement par un officier de troupe allemande, un capitaine qui est en congé de convalescence pour une blessure. Il est vraiment fort aimable et nous conduit à la frontière suisse, là nous sommes reçus d'une façon plus qu'aimable. On nous offre des cigarettes et des cigares et surtout des journaux. Un officier de l'armée suisse vient nous prendre et nous accompagne dans un hôtel ou nous commandons un repas pour nous, et Monsieur le médecin major de 1ère classe Rambaud [médecin chef du 144e régiment d’infanterie] offre un repas à tous les hommes, voulant leur dit-il leur offrir le 1er repas pris sur [un] terrain ami.

Nous quittons "Kreutzlingen" à 18 heures pour Saint-Gall. Sur tout le parcours de l'hôtel à la gare ce sont des ovations. A la gare aussi au moment du départ du train des cris de "Vive la France" qui vont au coeur.

Nous arrivons à Saint-Gall vers 20 Heures et là aussi nous sommes reçus par des officiers qui nous traitent en [page 23] camarades. Les soldats nous rendent les hon­neurs et on nous amène chez le Colonel qui a son bureau dans la gare même et qui nous reçoit d'une façon cordiale, nous demande des détails sur notre séjour, sur la façon dont nous avons été traités, et sur la partie de la campagne à laquelle nous avions assisté avant notre captivité. Nous lui soumettons aussi, les manquements à la convention de Genève que nous croyons avoir été commis à notre égard et surtout le non relâchement de nos infirmiers régimentaires et des étudiants en médecine infirmiers que nous avons dû laisser en Allemagne. De là il nous fait accompagner dans un hôtel superbe près de la gare ou des chambres nous ont été rete­nues et où un dîner succulent nous est servi à une table couverte de fleurs et attention délicate, sous chacune de nos serviettes nous trouvons un paquet de cigarette française. Après le dîner nous passons à l'Estaminet et là de jeunes suisses viennent se joindre à nous et nous font une réception très touchante. Peu après 2 messieurs anglais et un américain demandent la permission de venir se join­dre à nous. Un de ces messieurs anglais ne parlant pas fran­çais cause avec moi un moment puis me prie d'accepter un billet de 50 frs pour envoyer en Allemagne aux prisonniers que nous venons de quitter. Puis l'Américain pour nous remercier, ne sachant pas assez bien le français se lève et nous siffle la Marseillaise que tous les assistants écou­tent debout tête nue.

Le lendemain matin avant le départ, déjeuner au chocolat ou au café au lait au choix et lorsque nous de­mandons la note on nous répond que tout a été porté au compte du comité fédéral.

Nouvelle [page 24] ovation lorsque nous quittons l'Hôtel pour la gare quoique ce soit de grand matin. Nous allons à Berne et sur tout le parcours ce sont des ovations des cris de " Vive la France " poussés par des nuées de soldats qui se précipitent sur le quai de la gare lorsqu'ils nous aperçoivent. A Berne nous sommes reçus princièrement dans une salle de la direction d'un grand hôpital transformée en salle à manger ou un dîner succulent nous est servi. Pendant les deux repas que nous y prenons des soldats suisses viennent nous chanter des chants du Pays de leurs voix superbes et d'une méthode im­peccable. Pendant toute la journée des gens de la ville viennent nous voir et nous félicitent, nous souhaitant la bien­venue dans leur pays et nous apportant un tas de choses, cho­colat, cigares, tabacs, etc.

Nous avions demandé au commandant de dragon qui était chargé de nous accompagner de nous laisser sortir voir la ville. Il nous a répondu qu'il n'osait pas parce que c'était un dimanche et qu'il craignait que les manifestations francophiles dont nous serions l'objet ne soient telles que l'attaché militaire allemand habitant Berne n'en prenne om­brage.

Le soir on nous accompagne à l'Hôtel ou nous sommes très bien installés.

Pendant ce temps nos hommes sont aussi très bien traités, nourris largement et logés dans des salles [à] l'Hôpital ou dans des casernes. Pendant tout le voyage on les comble de tabac, cigares et chocolat, etc.

Le Lundi matin à 6 heures nous quittons Berne et par Neuchâtel nous rentrons en France par Verrière-en-Joux. »

Source : Musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 638, dossier 24 (Monteilh).

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