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LE SERVICE DE SANTE A CARLEPONT (SEPTEMBRE 1914)

10 Mai 2015 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

LE SERVICE DE SANTE A CARLEPONT (SEPTEMBRE 1914)

Avec le 4e corps d'armée : au château de Carlepont (Oise) dans les combats de septembre 1914

La première partie de cet article sur les combats autour du château de Carlepont aurait pu trouver sa place, comme conclusion à l’article sur Cuts présenté en avril 2015 en deux parties. Je vais en effet, dans un premier temps, poursuivre notre survol des formations sanitaires de la 37e division d’infanterie qui n’ont pas suivi à Cuts l’épopée de l’ambulance n°2/37. Il s’agit de suivre les ambulances qui n’ont pas fait mouvement sur Cuts et ont été utilisées à Carlepont, sans déploiement de leurs matériels, en renfort de formations sanitaires du 4e CA (ambulance n°2/4 et GBC 4/2). Pour l’ensemble de ces formations de la 37e DI et du 4e CA nous ne disposons pas de la même qualité de témoignages, les protagonistes n’ayant pas tous été capturés par les Allemands et de fait n’ont pas tous été astreints à se fendre d’un rapport détaillé sur leur captivité. Pour pallier cette absence, je présenterai des extraits des journaux des marches et opérations du 4e CA, dont le rapport du médecin aide-major de 2e classe André Ballu, transcrit intégralement par son chef du service de santé, reste le plus précis sur le soutien sanitaire des combats de Carlepont. Dans un premier temps je traiterai des formations de la 37e DI à travers deux témoignages succincts. Dans une seconde partie, après un point de situation sur les moyens sanitaires du 4e CA, je présenterai des notes sur l’ambulance n° 2/4 et la 2e section du Groupe de brancardiers de corps du 4e CA.

Carte de situation du 15 septembre 1914 (à partir de Cartographie 1914-1918, le site de référence de Jean Michel Martin)

Avec les formations sanitaires de la 37e division d’infanterie… suite de Cuts 1914

« Rethondes le 18 septembre 1914

Le médecin aide-major de 2e classe de réserve Favier à M. le médecin principal de 2e classe, directeur du service de santé de la 37e Don active.

J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que la 2e section du Groupe de brancardiers de la 37e Don qui se trouvait avec les ambulances 3, 4 et 5 au château de Carlepont depuis le 15 [septembre] (15 heures) a été surprise par l’ennemi le 16 septembre à 11 heures 1/2 et est restée en son pouvoir jusqu’au lendemain 17 à 6 heures.

Au cours des divers engagements nos pertes en matériel et en chevaux, soit par projectiles soit par pillage ont été d’une voiture et dix chevaux en plus des brancards et objets divers emportés par l’ennemi.

Nous avons un brancardier blessé et de nombreux dis­parus, une trentaine environ. Certains ont été emmenés par l’ennemi, d’autres ont dû s’échapper.

Je ne puis donner de chiffres exacts n’ayant pas en ma possession de contrôle nominatif.

Signé : docteur Favier»

Tracy-le-Mont le 17 septembre 1914.

Le médecin major de 2e classe de réserve Combier, médecin-chef de la 5e ambulance [amb. n° 5/37] à M. le médecin divisionnaire de la 37e division.

J'ai l'honneur de vous rendre compte que conformément à votre ordre les formations sanitaires de la 37e division cantonnée le 15 courant à Carlepont ont séjourné hier au châ­teau transformé en ambulance du 4e corps, et ont contribué aux soins que réclamaient les blessés transportés à cette am­bulance. Vers 14 heures un détachement allemand a occupé le châ­teau, s'est emparé des revolvers des officiers et des couteaux de poche des hommes et a gardé toutes les issues, baïonnette au canon. Par suite de la présence de nombreux blessés allemands, les soldats n'ont molesté personne, ils se sont contentés de nous empêcher de sortir du château. Il a été impossible d'ali­menter les blessés dans la soirée. Ce matin au point du jour nous avons remarqué la dispa­rition des soldats allemands, que les troupes françaises avaient dans la nuit délogés de Carlepont. Mais 2 sergents, 1 caporal et 12 hommes de la 5e ambulance, 1 brigadier et 2 conducteurs du train, 1 homme de la 4e section d'hospitalisation manquent à l'effectif - Trois chevaux ont disparu, un autre a été blessé par un projectile. Le matériel de l'ambulance a été respecté. Ordre nous a été donné aujourd'hui à 14 heures par l'Etat-major stationné à Carlepont de nous porter vers Tracy-le-Mont. Signé : Combier"

Avec les formations sanitaires du 4e corps d’armée…

Carte de situation du 19 septembre 1914

Point de situation sur les formations du 4e corps, du 13 au 18 septembre 1914 : Les trains sanitaires attachés au 4e CA s’arrêtent à Villers-Cotterets ce qui oblige le 4e CA à disposer d’une chaîne d’évacuation très étirée sur un axe nord/sud. Les conditions de transport sanitaire sont difficiles, les voies ferrées sont coupées. Il faut passer l’Aisne. Les concentrations de blessés en attente d’évacuation se multiplient à Vic-sur-Aisne (voie ferrée mètrique, axe Compiègne/Soissons), à Attichy, à Berneuil-la Motte.

Déploiement des ambulances du 4e CA : (amb. n° 1/4), en fonctionnement à la sucrerie de la Motte - (amb. n° 2/4), en soutien de la 16e brigade, en fonctionnement au château de Carlepont (cf. infra) – (amb. n° 3/4), avec la 8e DI, en fonctionnement à l’église de Tracy-le-Mont, où elle remplace un feldlazarett capturé – (amb. n° 4/4) en réserve, va renforcer le 17/09/14 l’amb. n° 3/4 à Tracy-le-Mont, puis évacuation et remplacement par une ambulance de la 37e DI [n° 5/37]. Le médecin inspecteur général Pauzat, médecin de la 6e armée a observé le 19/09 à l’église de Tracy-le-Mont, les mauvaises conditions de fonctionnement de l’ambulance – (amb. n°5/4), en fonctionnement à la ferme Morenval avec le GBD 8 – (amb. n°6/4), avec la 7e DI – (amb. n°7/4), en fonctionnement à l’école municipale de Berneuil – (amb. n°8 /4), avec la 7e DI.

Journal des marches et opérations du Groupe de brancardiers de corps du 4e corps d’armée (extraits sur les combats de Carlepont, rapport du médecin aide-major [André] Ballu), SHD Terre Vincennes, 26N 113/13.

« F°49v - 15/09/1914 – 08h20. Le médecin-chef [médecin-major de 1ère classe Lucien Jenny (1870-1953)] reçoit l’ordre suivant : [Le médecin inspecteur Henri Comte (1854-1915), directeur du service de santé du 4e CA] à M. le médecin-chef GBC à Berneuil. « Détachez une section à la 16e brigade (Gal Devaux) à Carlepont. Cette brigade se trouvant détachée. Maison de garde, 7h20. Signé : [médecin inspecteur Comte] » Communiquez cet ordre à l’amb. n°1[/4] qui marche avec vous.

F° 50r - 08h25. Le médecin-chef rend compte au DSS que l’amb. n°1 ne lui paraît pas susceptible de se déplacer ayant reçu dans la nuit tous les blessés de Tracy et de Morenval.

08h50. Le médecin-chef reçoit l’ordre suivant : La Motte, 15 Sept. 1914. 08h45. DSS à médecin-chef du GBC 4e corps. Vous confirme % de diriger sur Carlepont une section de votre formation. Amb. n° 2 fera route avec cette section. Signé : Comte.

F° 50v - 10h15. En exécution de l’ordre ci-dessus la 2e section du GBC quitte le bivouac de Berneuil à destination de Tracy-le-Mont sous les ordres de M. le médecin aide-major Ballu. Accompagnent ce détachement l’abbé Robillard, le pasteur Casalis et le rabbin Hertz (*). Le reste du Gr[oupe] cantonne à Berneuil.

16/09 – 09h50. Le médecin-chef reçoit l’ordre suivant : La Motte 16 sept. 9h30. Directeur santé 4e corps à médecin-chef GBC. Vu l’impossibilité pour les grandes voitures automobiles sanitaires de [fol. 51r] franchir le pont improvisé sur l’Aisne, il est nécessaire d’établir un va et vient de voitures entre ces autos restées sur la rive gauche et les ambulances de la Motte. Veuillez donc mettre à la disposition de l’ambulance n°1 (sucrerie de la Motte) deux grandes voitures pour blessés (17 places assises)… (…)

14h45 – (…) [le médecin-chef du GBC signale qu’il est « sans nouvelles » de la 2e section du GBC4 et de l’amb. n°2 détachées à Carlepont.]

F°54r – 17/09/14, 16h00 – (…) La 2e section du gr[oupe] dont on était sans nouvelles depuis la veille réintègre le Gr[oupe] à Tracy-le-Mont. Ci-joint le rapport du médecin aide-major de 2e classe Ballu qui commandait cette section : Tracy-le-Mont, le 18 sept. 1914. Rapport … au sujet de l’attaque de Carlepont. En exécution de l’% du service de santé du 4e CA en date du 15 sept. La 2e section du GBC du 4e CA a quitté le cantonnement de Berneuil le 15 sept. à 11h. [f° 54v] pour se rendre à Carlepont et se mettre à la disposition du Gal cdt la 16e brigade conjointement avec l’amb. n° 2. Arrivée à Carlepont à 14h30. Le 16 septembre vers 6h00 du matin, le village de Carlepont commença à être bombardé par les troupes allemandes, tandis que l’infanterie attaquait de son côté. Jugeant que nos hommes de la 2e section sont en danger nous les faisons évacuer des communs où ils cantonnaient et les dirigeons dans les caves du château. Vers 11 h. les allemands arrivent au château qu’ils cernent, nous font prisonniers, prennent nos armes et s’occupent d’évacuer leurs blessés au moyen de nos voitures qu’ils font atteler par les [fol. 55r] hommes du Train de la 2e section. L’amb. n°2 ainsi qu’une amb. du 13e corps d’armée [ ! plutôt 37e DI] et notre section de brancardiers s’occupent activement de donner leurs soins aux blessés qui arrivent fort nombreux. La situation est extrêmement critique. L’artillerie française dirige son tir sur le château. Nous avons 3 blessés pendant que les allemands faisaient évacuer les caves aux hommes qui s’y trouvaient. Les blessés sont le trompette du train Dreyffus atteint d’une plaie en séton au biceps droit ; le conducteur Martin frappé légèrement au creux poplité droit par un éclat d’obus [f° 55v] et le brancardier Debras dont l’humérus droit est fracturé par un éclat d’obus. Ces 3 hommes ont pu être ramenés à Tracy-le-Mont : ils sont maintenus au corps à l’exception du brancardier Debras évacué sur l’amb. n°3 à Tracy-le-Mont.

La journée s’est achevée sans incident notable : le feu s’est calmé dans la soirée après que Carlepont ait été repris par nos troupes. Nos hommes ont passé la nuit au 2e étage avec ordre de descendre au lever du jour au cas de reprise du tir de l’artillerie. Vers 7h l’action recommence très chaude. Les blessés arrivent de plus en plus nombreux [f° 56r] et on envisage le moment où on n’en pourra plus recevoir, d’où la nécessité d’en informer M. le DSS et le Gal cdt la 7e div. Nous sommes plus de 800 h. dans le château dont 400 blessés.

A 14h. l’ordre arrive à la 2e amb. et à la 2e section de GBC d’évacuer le château et de se diriger vers Tracy-le-Mont où nous arrivons vers 16h.il convient de signaler la conduite parfaite en tous points des médecins auxiliaires et de nos hommes et en particulier celle de Mas, brancardier qui par son sang-froid a pu éviter le massacre de ses camarades en parlementant avec [f° 56v] l’ennemi qui au moment de son arrivée se ruait sur eux baïonnette en avant ; Derape, Noël et Riche qui sans prendre aucun repos n’ont cessé de se multiplier pour donner leurs soins dévoués aux blessés, leur portant à manger et à boire, et. Madelaine, médecin auxiliaire et Froger sergent de brancardiers qui peu avant le départ ont fait atteler les voitures sous le feu de l’ennemi.

Les pertes peuvent se résumer de la façon suivante : 1°) Hommes : A Disparus : 10 hommes du train dont 1 brigadier et un ordonnance ; 20 brancardiers dont 2 caporaux [f° 57r] B Blessés : 1 trompette, 1 conducteur du train, 1 brancardier – 2°) Chevaux : chevaux de trait, 16 avec harnachement ; mulets de cacolets, 6 avec bâts – 3°) Voitures : voiture médicale (1), voiture à 2 roues pour le transport de blessés (4), voitures à 4 roues pour le transport de blessés (2), chariot porte-brouettes (1). Toutes ces voitures ont été emmenées [f° 57v] par les allemands à l’exception du chariot porte-brouettes qu’ils ont laissé à Carlepont, mais qui n’a pu être ramené, son attelage ayant été capturé par l’ennemi. Signé : Ballu (…). »

Le GBC 4 regroupé le 17 septembre, cantonne à Tracy-le-Mont avant de recevoir l’ordre le 18 à 21h. de prendre la direction de Compiègne. Il effectue le passage de l’Aisne dans la nuit sous des pluies torrentielles « en deux colonnes, les hommes à pied sur le pont de bateaux du génie, les voitures sur un pont de péniches ». Le GBC 4 arrive à Compiègne le 19 sept. à 8h. et passe l’Oise, à 11h. sur un pont de bateaux, en avant du pont de pierre détruit.

Notes sur l’ambulance n° 2/4 détachée en soutien de la 16e brigade d’infanterie.

L’ambulance n° 2/4 (médecin-major de 2e classe Jallot) accompagnée par la 2e section du GBC 4 (Ballu) fut désignée (cf. supra) le 15 septembre 1914 pour assurer le soutien sanitaire de la 16e brigade d’infanterie engagée par le 4e CA dans les combats autour de Carlepont. Je ne dispose pas de témoignage sur l’engagement des formations sanitaires du 4e corps au château de Carlepont, hormis ceux de Ballu et les compte rendus succincts des médecins de la 37e DI (cf. supra). L’on sait que les combats furent d’une extrême violence. Le médecin-chef de l’ambulance n°2/4, le médecin-major de 2e classe Victor-Henri Jallot (1870-1950) fut même blessé le 17 septembre par un éclat d’obus à la joue droite. L’ambulance put se replier vers Tracy-le-Mont en laissant sur place, aux bons soins de quelques « sanitaires », plus de 220 blessés dont 20 allemands.

Notes :

(*) L’aumônier volontaire, le dominicain Louis Robillard (1862-1915), le pasteur Maurice Casalis (1878-1966), le rabbin Albert Hertz.

Sources

Archives du musée du service de santé des armées, au Val-de-Grâce à Paris, cart. n°635, dos. 4 (Combier) ; cart. n° 636, dos. 17 (Favier).

et orientation :

en attendant nos articles sur "Noyon 1914", sur ce blog d'ici juin 2015.

Quelques références d’ouvrages présentant « Noyon » devenue ville-sanitaire allemande (Kriegslazarett), vers laquelle les blessés de Carlepont-Cuts sont évacués en septembre 1914 : De Grandmaison (Léonce), recueil. Impressions de guerre de prêtres soldats. T. 1, Paris : Plon-Nourrit, 1916-1917, 332 p. (p. 170 et suiv.) et [Sœur Saint Eleuthère], Occupation allemande de Noyon, 1914-1917. Les carnets de guerre d’une sœur infirmière. Louviers : SHASN-Ysec, 2003, 144 p.

Sur les formations hospitalières de l’Oise : Hôpitaux militaires dans la Guerre 1914-1918, tome 5, à paraître en 2015, aux éditions Ysec (www.ysec.fr) .

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Virginie 28/05/2015 20:39

Bonjour,
Votre site est très intéressant...
Je réalise une biographie sur mon grand père Jean MADELAINE, qui était médecin dans les tranchées et j'avais lu avec intérêt le JMO du 4ème CA où j'avais découvert le nom de MADELAINE. A ce sujet, je vous informe que le brancardier MADELAINE dont il est question dans le récit de BALLU à Carlepont est mon grand-oncle (Jacques MADELAINE). Si vous avez des informations sur l'un ou l'autre en d'autres circonstances et lors d'autres batailles, je suis preneuse... Je cherche notamment où et pourquoi mon grand père a été affecté au 9ème RA à Castres du 7/6/1915 au 26/11/1915 ....
Cordialement

hôpitauxmilitairesguerre1418 29/05/2015 12:41

Bonjour
Je vous remercie pour votre commentaire. Je n'ai rien dans mes fiches concernant les "Madelaine". Et pas de nouvelles relations les concernant.
Sur internet, vous devez probablement les connaître - sur la base Léonore - deux dossiers concernant probablement "vos" parents :
http://www.culture.gouv.fr/LH/LH156/PG/FRDAFAN84_O19800035v0693838.htm
http://www.culture.gouv.fr/LH/LH134/PG/FRDAFAN83_OL1682043v001.htm

tous deux médecins, originaires de Beaumont-sur-Sarthe : Jacques (1888-1961) et Jean (1885-1930).
Je vous souhaite une bonne poursuite de recherche.