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AMBULANCE FRANCO-ALLEMANDE A MARBEHAN (août-septembre 1914) - 3e partie

27 Novembre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

AMBULANCE FRANCO-ALLEMANDE A MARBEHAN (août-septembre 1914) - 3e partie

3e partie - MARBEHAN (BELGIQUE) : AMBULANCE CHIRURGICALE FRANÇAISE SUR LA LIGNE ALLEMANDE DES ETAPES (AOUT-SEPTEMBRE 1914)

Suite de la 2e partie - Les ambulances de Lahage puis de Bellefontaine (Belgique). 22-30 août 1914.

IV - Evacuation des blessés vers les lignes allemandes le 30 août - Embarquement à Marbehan le 1er septembre. Extraits du rapport de captivité du médecin-major Barral du 120e régiment d'infanterie, médecin-chef de l'ambulance de Lahage-Bellefontaine (Belgique) – [suite du témoignage proposé dans la 1ère partie des « ambulances oubliées »].

(…) « Tout espoir étant perdu depuis le 26 [août] d'évacuer mes blessés dans nos lignes, je me mis en communication avec les ambulances allemandes de l'arrière, leur exposant le manque d'objets de pansements dans lequel je me trouvais et leur demandant les moyens d'évacuer mes malades.

Le 28 [août], un autobus aménagé vint prendre les blessés allemands et commença l'évacuation des blessés de Bellefontaine qui se poursuivit le lendemain 29 [août].

Le 30 [août], je reçus l'ordre d'évacuer sur Marbehan, gare tête de ligne, le reste de mes blessés, par des voitures de réquisition auxquelles vinrent se joindre des autobus. En arrivant avec mon convoi de blessés à Marbehan, je me présentai à un officier supérieur pour lui rendre compte des ordres reçus ; celui-ci m'enleva violemment, ainsi qu'aux autres médecins, notre révolver, les examina pour voir s'ils étaient chargés ; on nous enleva même nos couteaux de poche. Nous fûmes dépossédés de tout ce que nous avions ; on nous prit ainsi les registres de l'ambulance, liste des malades traités, liste des 400 morts français enterrés et des 290 allemands, ainsi que des [page 9] objets des décédés laissés au maire de Bellefontaine, On me dépouilla de ma capote, de ma trousse de médecin et de ma bicyclette. On nous dirigea ensuite sur un hôpital ne contenant que des français, situé près de la gare, Là, nous fûmes enfermés tous dans une chambre avec interdiction absolue d'en sortir pour aller soigner nos blessés, sous peine d'être immédiatement fusillés, ou d'allumer même une lumière sous le prétexte que nous pouvions faire des signaux aux aéroplanes.

Le lendemain matin [31 août 1914] à 11 heures, nous recevions brusquement l’ordre de nous embarquer avec le plus grand nombre possible de blessés. Je retrouvai le long du trottoir, les blessés amenés la veille qui avaient passé la nuit sans soins pendant que nous étions enfermés inactifs. Je veux m'avancer vers un médecin allemand pour lui signaler un malheureux atteint de tétanos qu'on allait embarquer et qui souffrait beaucoup ; je ne pus le faire, sous la menace des coups de crosse des sentinelles. Un certain nombre de blessés trop graves fut laissé dans ce lazaret d'étape de Marbehan avec des médecins français.

Nous fûmes embarqués comme prisonniers dans un train inconfortable avec de nombreux blessés, sous la surveillance étroite de sentinelles. On nous affirmait alors que nous trouverions en arrière des ordres précis pour être renvoyés en France par la Suisse. Notre voyage dura trois jours et deux nuits; il nous fut impossible, dans les gares où le train s'arrêtait, d'aller dans d'autres wagons où nos blessés avaient besoin de nous. Nous fûmes continuellement en but aux insultes de [page 10] la foule ou de soldats revenant de Belgique, aucune humiliation ne nous fut épargnée. Notre nourriture fut complètement négligée.

Nous arrivâmes le 2 septembre vers minuit au camp d'Altengrabow (près de Magdebourg, Saxe) où on nous enferma dans des baraques avec défense absolue d'en sortir. Quelques jours après nous retrouvions 40 médecins internés dans le camp. (…) »

Extraits du rapport du docteur Jean Dournay, médecin aide-major de 2e classe, du 9e bataillon de chasseurs à pied [suite du témoignage proposé dans la 2e partie, des « ambulances oubliées »].

[...] De Marbehan à Alten-Grabow (30 août - 2 septembre)

[30/08/14] « En arrivant à Marbehan que nous devions traverser pour aller à Rossignol nous nous trouvâmes dans une gare encombrée de soldats, de matériel, etc. Les Allemands semblaient en avoir fait un centre important, et une surveillance sévère y régnait. Nous entrâmes cependant sans difficulté, mais dès que nous nous sommes adressés aux autorités, nous fûmes traités avec rigueur et considérés comme prisonniers. Dépouillés de nos armes, manteaux, bicyclettes, papier, cartes, etc. Nous ne circulerons plus désormais qu'accompagnés de sentinelles, baïonnette au canon. Le docteur Barral se vit enlever toutes ses notes et c'est par hasard que je pus conserver sur moi un petit carnet [fera l’objet de la 4e partie de notre « saga » sur les « ambulances oubliées »] où se trouvaient, mais mal écrits les noms de mes blessés, et les quelques notes qui m'ont permis de rédiger ce rapport.

Nos infirmiers brancardiers furent enfermés soigneusement dans une petite maison, et surveillés étroitement. On nous conduisit dans une usine où se trouvaient de nombreux blessés français, mais à peine avions nous commencé à leur donner quelques soins, qu'on vint nous prendre [page 2] avec des sentinelles et nous empêcher de continuer. Les Allemands paraissaient très nerveux et très méfiants. Les ordres et contre-ordres à notre égard se succédaient rapidement. Nous avons cru comprendre qu'ils craignaient une attaque d'avions et des signaux de notre part. Quoi qu'il en soit, après nous avoir fait dîner dans la maison des maîtres de l'usine en compagnie de deux médecins allemands, on nous fait savoir que nous devions rester pendant toute la nuit dans la salle à manger et le petit salon sans lumière et la maison fut gardée très sévèrement. En autres choses, la consigne nous fut donnée de na pas allumer l'électricité dans les WC pour que nous ne fassions pas de signes aux aéroplanes.

Le lendemain vers onze heures, nous fûmes embarqués pour Trèves, où nous devions soit disant trouver des hôpitaux remplis de français. A Marbehan nous avions trouvé le docteur Huot aide-major de 1ère classe coloniale. Le médecin auxiliaire Jaffray des troupes coloniales, venant tous deux de Rossignol. Ils furent embarqués avec nous. Par contre le médecin auxiliaire Jullien et l'étudiant de Lyon [Prévôt] restèrent à Marbehan. On nous avait désignés parmi les blessés soignés dans l'usine tous ceux qui pouvaient marcher. Ils furent embarqués dans le même train que nous.

En arrivant à la gare, nous vîmes dehors et restés sur leur voiture sans aucuns soins, nos blessés amenés de la veille et qu'on avait laissé là dehors sans couvertures depuis 4 heures du soir. L'un d'eux atteint de tétanos et mis à part avait été pourtant recommandé par nous à la bienveillance des Allemands. Il est mort depuis. (...)" .

Le docteur Jean Dournay (1882-1950) prend le chemin du camp de prisonniers d’Alten-Grabow (02/09/14-23/01/15), puis de celui de Magdebourg où il séjourne au camp d’officiers du « Cavalier Scharnost et au Wagenhaüs » (23/01/15-23/02/15). Il est ensuite envoyé à Langensalza combattre l’épidémie de typhus qui affecte les 10 000 prisonniers français et russes du camp, dont 8 000 seront atteints et 900 décédèrent (23/02/15-26/04/15). Après ce séjour terrifiant il est mis en quarantaine au Reserve Lazarett de Langensalza (26/04/15-08/05/15) avant de poursuivre son activité dans l’immense camp de Cassel  (20 000 prisonniers) où sévit une autre épidémie de typhus, encore plus meurtrière (1 900 décès). Il rentre en France, en août 1915.

Rapport du médecin auxiliaire Prévôt Joseph, élève de l’Ecole du Service de santé militaire de Lyon.

« J’avais été affecté, au début de la mobilisation, au groupe de brancardiers n°4 du 2e corps d’armée. Le 22 août 1914 vers midi, ce groupe était cantonné à Meix-devant-Virton (Belgique), la bataille se livrait à quelques kilomètres de là, un peu au nord du petit village de Lahage (près de Bellefontaine). Dans l’après-midi, nous recevons l’ordre d’aller à Lahage effectuer un chargement de blessés. Arrivés vers 15 heures au village, le chargement commence à se faire, consistant à évacuer principalement un poste de secours établi dans l’école des sœurs, quand subitement l’artillerie allemande dirige son tir sur le village et surtout sur la partie basse, là où se trouvaient les voitures d’ambulance. Aussitôt, alerte, on donne l’ordre de retour. Dans le désarroi causé, les voitures se mettent en marche et je reste en arrière le dernier pour veiller à l’amélioration de l’installation des brancards dans les voitures (je crois pouvoir alléguer ici le témoignage de mon camarade Martène, de l’école du Service de santé militaire qui faisait également partie du groupe de brancardiers divisionnaires n°4 ][page 2]. Au moment où, tout étant enfin en ordre, je me dispose à rejoindre la tête de la colonne qui avait pris de l’avance, je reçois de Monsieur le médecin divisionnaire, monsieur le médecin principal Jeannot, l’ordre de rester au poste de secours sus-indiqué, pour y donner des soins aux blessés que nous n’avons pu transporter, ainsi qu’à ceux qui arrivent continuellement se faire panser.

Je continue à faire les pansements des blessés au milieu du bombardement, qui ne cessa qu’à 19 heures environ. Ce n’est qu’à minuit que je reçois à Monsieur le médecin divisionnaire lui-même l’ordre de rester, quoiqu’il arrive, étant sous la protection de la convention de Genève : les troupes se repliant, l’évacuation des blessés devenait impossible.

Le 23 [août 1914], à 3 heures du matin, le village était complètement évacué et je restai avec plusieurs médecins appartenant aux régiments qui se trouvaient en ligne à cet endroit, entre autres Monsieur le médecin major Barral du 120e régiment d’infanterie qui prit, étant le plus élevé en grade, le commandement de la formation ainsi isolée.

Le Docteur Barral, rapatrié en juillet 1915, a dû avoir à fournir un rapport sur les évènements qui se passèrent ensuite, ainsi que ce que firent les médecins sous ses ordres. Je me contenterai donc de mentionner rapidement que, après être restés à Lahage jusqu’au 30 août, nous fûmes dirigés sur Marbehan, nous et nos blessés, car le manque de vivres et de pansements rendait impossible plus longtemps le séjour à Lahage (le docteur Barral avait conservé la liste dressée par moi, des blessés que nous avons eu à soigner).

A Marbehan, après que nous eussions été mis au secret et gardés militairement jusqu’au lendemain 31 [août 1914], le Docteur Barral fut dirigé sur l’Allemagne (camp d’Altengrabow) avec 5 autres médecins.

Je restai à Marbehan avec le Docteur Jullien médecin auxiliaire au 42e régiment d’artillerie de campagne, et nous eûmes à donner des soins à environ 200 blessés qui étaient installés dans des baraquements aménagés dans les bâtiments de l’usine Lambiotte. Nous y restâmes occupés jusqu’au 8 septembre date à laquelle notre présence ne fut plus jugée nécessaire et où on nous évacua sur Trèves.(…) ».

Rapport du docteur Jullien, médecin auxiliaire au 42e régiment d’artillerie

« Le 30 août, les blessés ont été évacués sur l’ordre de l’autorité allemande sur Marbehan. J’ai été désigné par la Kommandantur, comme chirurgien d’une ambulance française avec M. [joseph] Prévôt, élève à l’école spéciale à Lyon comme aide et interprète. Les autorités allemandes ont mis à ma disposition les instruments qui m’étaient nécessaires, ils provenaient de la capture d’une ambulance française faite quelques jours auparavant. J’ai trouvé un assemblage de 150 à 200 blessés confiés aux soins de quelques vagues infirmiers français et belges, autrement dit sans secours efficace. J’ai pu leur assurer un traitement rationnel de leurs blessures, j’ai pratiqué une vingtaine de grosses interventions (trépanations, amputations, résections, etc.) et j’ai pu faire une évacuation dans des conditions à peu près satisfaisantes sur les hôpitaux d’Allemagne. M. Prévôt a été pour moi un collaborateur actif, intelligent et dévoué. Le 8 septembre, j’ai été dirigé avec M. Prévôt sur Trèves au Réserve Lazarett (…)»

A SUIVRE : 4e partie - Le « carnet de blessés » de l’ambulance française de Bellefontaine (Belgique), 22-30 août 1914.

Suite de la 1ère partie, les ambulances de Lahage.

2e Partie – Les ambulances de Lahage puis de Bellefontaine (Belgique). 22-30 août 1914.

Sources :

Musée du Service de santé des armées, Val-de-Grâce, à Paris, cartons n°633, dos. 26, (Barral) ; n° 635, dos. 59 (Dournay) ; n°636, dos. 89, (Jullien) ; n° 639, dos. 30, (Prévôt).

AMBULANCE FRANCO-ALLEMANDE A MARBEHAN (août-septembre 1914) - 3e partie

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