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LES AMBULANCES « OUBLIEES » DE BELGIQUE (Août-Septembre 1914) – En marge des combats de Virton, Rossignol, Bellefontaine, etc.

23 Septembre 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

LES AMBULANCES « OUBLIEES » DE BELGIQUE (Août-Septembre 1914) – En marge des combats de Virton, Rossignol, Bellefontaine, etc.

1ère partie - L’ambulance de Lahage (Belgique, 22-30 août 1914)

Au fil des livraisons nous accompagnons le service de santé militaire dans les différents engagements de la bataille des Frontières (août 1914). Aujourd’hui je propose une série de quatre articles sur le soutien sanitaire du 2e corps d’armée français au lendemain des combats de Virton et de Rossignol et plus particulièrement sur le service sanitaire de la 4e division d’infanterie les 22 et 23 août 1914.

Avant de commencer à dérouler le fil des témoignages de médecins régimentaires – sur plusieurs livraisons - je présente une situation des moyens sanitaires de la 4e DI et du 2e CA. Ces grandes unités qui devaient se déplacer sur des axes logistiques encombrés étaient totalement intriquées dans les trains de combat. Ils ne pouvaient, pour ces raisons, se déployer rapidement et soulager les corps de troupe dont les postes de secours de bataillons étaient encombrés de blessés.

Les services sanitaires régimentaires mentionnés dans les articles sur les « ambulances oubliées », aventurées au nord-ouest de Virton (Belgique), appartenaient pour l’essentiel, à la 87e brigade (général Cordonnier), de la 4e division d’infanterie (général Rabier), du 2e corps d’armée (Général Gérard), de la 4e armée (De Langle de Cary).

Ordre de bataille et état d’encadrement sommaire du service de santé de la 4e division d’infanterie (août 1914)

Commandant : Général Rabier - Médecin divisionnaire : médecin principal de 2e classe Albert Eugène Janot ;

7e brigade : Général Lejaille – pas de chef de service de santé, au niveau brigade ;

91 RI : Colonel Blondin;

147e RI : Colonel Remond.

87e brigade : Général Cordonnier – pas de chef de service de santé, au niveau brigade ;

120e RI : Colonel Mangin – Médecin, chef de service : médecin major de 1ère classe Hochwelker ;

9e BCP : Colonel Guedeney – Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Thurel ;

18e BCP : Colonel Girard - Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Arnould ;

42e RAC :

Formations sanitaires de campagne de la 4e DI :

Groupe de brancardiers divisionnaires (GBD n°4) - Médecin major de 1ère classe Dor, chef de service ;

Ambulance divisionnaire n°3 du 2e CA, affectée à la 4e DI (Amb. n°3/2) : Médecin major de 2e classe Mathieu de Fossey, chef de service ;

Ambulance divisionnaire n°4 du 2e CA, affectée à la 4e DI (Amb. n°4/2) : Médecin major de 2e classe Lapointe, chef de service ;

Section d’hospitalisation n°1 – pas de chef de service mais un officier d’administration de 3e classe pour le groupe des sections d’hospitalisation du corps d’armée.

Ordre de bataille et état d’encadrement sommaire du service de santé du 2e corps d’armée (20 août-23 août 1914)

Directeur du service de santé : Médecin inspecteur Collin (2-5/08/14), accidenté dès le 1er août 1914 puis médecin principal de 1ère classe Dommartin (5-25/08/2014) qui passe au retour du titulaire à la 3e DI.

Ambulance divisionnaire n°1 du 2e CA : EOCA, attaché au train de combat du corps d’armée – Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Meyer.

Ambulance divisionnaire n°2 du 2e CA : EOCA, attaché au train de combat du corps d’armée – Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Pauchet.

Ambulance divisionnaire n°3 du 2e CA : affecté à la 4e DI - Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Mathieu de Fossey.

Ambulance divisionnaire n°4 du 2e CA : Affecté à la 4e DI - Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Lapointe.

Ambulance divisionnaire n°5 du 2e CA : Affecté à la 3e DI - Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Domage.

Ambulance divisionnaire n°6 du 2e CA : Affecté à la 3e DI.

Ambulance divisionnaire n°7 du 2e CA : EOCA, attaché aux parcs du corps d’armée - Médecin, chef de service : médecin major de 2e classe Poutrin.

Ambulance divisionnaire n°8 du 2e CA : EOCA, attaché aux parcs du corps d’armée.

Groupe de brancardiers de corps (GBC n°2) - Médecin, chef de service : médecin major de 1ère classe Pichon.

Hôpital d’évacuation (HoE n°2), stationné sur voie ferrée, en position d’attente à Reims.

Section sanitaire automobile du 2e corps d’armée (SSA), a rejoint le 20 août 1914.

Nota : Le 2e CA ainsi que les 52e et 60e divisions de réserve ne possédaient pas en août 1914 d’ambulances en réserve d’armée (numérotées de 9 à 16), à la différence des autres CA de la 4e armée (11e, 12e, 17e, 22e).
Notes pour servir à l’Histoire du service de santé dans le secteur d’opérations de la 4e DI (Bellefontaine, Lahage, Belgique, 21-23 août 1914)

21 août 1914 – Mouvement général de la 4e armée (De Langle de Cary). Le 2e CA marchait en une seule colonne en direction de la Belgique par la route Montmédy, Grand-Verneuil, Petit-Verneuil, Thonne-la-Long, Sommethonne, Meix-devant-Virton, Bellefontaine. Le directeur du service de santé du 2e CA était à Montmédy (205 lits d’hospitalisation) où se positionnait l’amb. n°8/2 qui devait servir de dépôt d’éclopés (600 places). Ordre de route du service de santé du 2e CA : en tête, 4e DI (ambulances n° 3/2 et 4/2) ; 3e DI (amb. n°5/2 et 6/2) ; trains de combat du CA (amb. n°1/2 et 2/2) ; en fin de colonne, les parcs de CA avec les amb. n°7/2 et 8/2 (à Montmédy). En soirée : cantonnement de la division et des éléments de tête à Sommethonne. Note : Il est intéressant de noter que le 2e CA ne disposait que de huit ambulances, dont quatre endivisionnées, dont la mobilisation s’opéra du 5 au 10 août 1914.

22 août 191404h00, brouillard intense – Mouvement sur Villiers-la-Loué, Meix-devant-Virton. 08h00, éléments de tête à Bellefontaine. 09h00, début du combat. La colonne de tête comprenant la 87e brigade avec quatre batteries d’artillerie débouchait au nord de la forêt de Virton tandis que le gros du 147e RI avec deux batteries d’artillerie s’avançait sur la route près de Lahage : Service régimentaire – 120e RI à Bellefontaine, barricadé dans le village. Les postes de secours furent regroupés plus en arrière à Lahage dans des habitations de rencontre (postes de secours des 120e RI, 147e RI, 9e BCP, 18e BCP). Service des formations sanitaires - A Villers-la-Loue (amb. n°4/2), à Meix-devant-Virton (GBD n°4 et amb. n°3/2). A Bellefontaine, la Croix-Rouge belge avait installé une ambulance des Sœurs de la Doctrine Chrétienne (docteurs civils Lepyrck et Dauby). Combats très vifs. Au sud du dispositif de la 4e DI une autre série de combats s’engageait à Meix-devant-Virton et à Villers-la-Loué. A cette occasion l’amb. n°4/2 recevait des obus ; elle était disloquée et son personnel se repliait dans la précipitation en abandonnant une partie de son matériel. L’amb. n°3/2 allait fonctionner à Meix-devant-Virton (église). 16h00, une section du GBD n°4 parvenait à monter à Bellefontaine, y chargeait des blessés et les évacuait sur l’amb. n°3/4 de Meix. A 17h00, bombardement du village de Meix. Mouvement de repli de l’amb. n°3/2 et évacuation des blessés sur Sommethonne.

A Bellefontaine, en raison du repli du corps colonial (ouest) et du 4e CA (est), et bien qu’elle conserve le terrain face à la 21e brigade silésienne, les éléments engagés de la 4e DI reçoivent l’ordre de se retirer à Gérouville.

Quelques "enseignements" sur le fonctionnement du service de santé en campagne lors des combats du 22 août à Bellefontaine peuvent être proposés :

  • Les liaisons entre les directeurs des services de santé DI et CA furent inexistantes et ne permirent pas de mettre en œuvre dans de bonnes conditions les fonctions « traitement » et « évacuations » ;
  • Les évacuations sanitaires furent limitées à l’emploi des moyens d’évacuation divisionnaires. Le GBC n°2 et ses moyens de renforcement en véhicules sanitaires et brancardiers ne furent pas engagés en renforcement à l’avant (axe routier encombré). Le 22, à 19h00, le GBC n°2, maintenu dans le périmètre du CA, recevait l’ordre de se rendre à Petit Verneuil pour y organiser un poste de recueil des blessés à destination de Montmédy où étaient mis en place les trains sanitaires d’évacuation.
  • La fonction « traitement » fut absente. Aucune ambulance ne put fonctionner au profit de la 87e brigade et des troupes engagées au nord de la forêt de Virton : l’amb. n°3/2 dut se replier et l’amb. n°4/2 fut annihilée par l’artillerie lourde ennemie dès la phase de progression.
Pertes totales (tués, blessés, disparus)  de la 4e DI aux combats de Lahage-Bellefontaine : 120e RI (901), 147e (181), 9e BCP (71), 18e BCP (17).

23 août 1914 – Repli général au sud de la forêt de Virton des éléments de la 4e DI aventurés au nord ; la direction générale était Gérouville. Les GBD4 et l’amb. 3/2 se repliaient à Sommethonne. L’amb. n°4/2 n’existait plus. Elle fut remplacée par l’amb. n°1/2 (Meyer) provenant des EOCA du 2e CA. La section sanitaire automobile du 2e CA évacuait les blessés sur Montmédy où fonctionnait un point d’embarquement par voie ferrée. Regroupement des éléments du 2e CA dans la région de Gérouville puis départ pour Breux en début d’après-midi.

Le 22 août 1914 au soir, à Bellefontaine-Lahage, la 4e division laissait en arrière cinq médecins et des personnels infirmiers et brancardiers régimentaires pour assurer le service médical des blessés qui n’avaient pu être évacués et qui avaient été recueillis dans des granges transformées en ambulances de fortune. Je propose aux lecteurs du blog de suivre les vicissitudes de ces personnels et de leurs blessés en quatre livraisons à suivre...

Extraits du rapport du médecin aide-major [de 1ère classe] Barral, du 120e régiment d’infanterie, [1er bataillon] :

« J'ai l'honneur de vous rendre compte des faits qui se sont passés depuis le 22 août 1914, au moment où je reçus l'ordre de rester avec des blessés à l'ambulance de Lahage (Belgique) jusqu'à ma rentrée en France le 16 juillet 1915. Installation et fonctionnement de l'ambulance de Lahage-Bellefontaine. Le 22 août, un combat très violent se livre entre Lahage et Bellefontaine (Belgique), auquel prit part la 4e division et surtout le 120e d'infanterie dont les pertes furent de 1200 hommes et 30 officiers environ. A 9 heures du soir, je reçus du médecin divisionnaire l'ordre d'aller [page 2] à Bellefontaine pour évacuer sur Lahage le plus grand nombre de blessés possible. Pendant que je prenais des chevaux dans les écuries et formais mon convoi d'évacuation, l'ordre est donné aux compagnies du 9e Chasseurs occupant Bellefontaine, d'évacuer immédiatement le village. - Resté seul, je charge 60 blessés sur les 6 voitures difficilement trouvées, je mets en route le convoi, qui n'était plus protégé, et arrive à minuit à Lahage.

Le médecin divisionnaire, Mr Janot [Albert-Eugène, médecin principal de 2e classe, né en 1863 ancien médecin-chef de l’hôpital militaire de Sedan], et le médecin major de 1ère classe Hochwelker [Henri François, 1874-1967, ancien médecin du régiment de sapeurs-pompiers de Paris], chef de service au 120e, m'annoncent alors que la division se retire et me donnent l'ordre de rester pour soigner et remettre aux autorités allemandes les nombreux blessés restant dans la région qui n'ont pu être évacués faute de voitures. Ils laissent sous mes ordres cinq autres médecins : MM. Dournay, médecin aide-major de 2e classe au 9e bataillon de chasseurs [BCP] ; Piettre, médecin auxiliaire au 120e [RI]; Julien, médecin auxiliaire au 42e d'artillerie [RAC] ; Prévo[s]t, élève à l'Ecole de santé, de l'ambulance 4 du 2e corps [amb. n°2/4] ; un médecin auxiliaire du 9e Chasseurs [Natan], renvoyé le lendemain avec un convoi de blessés ; 12 infirmiers ; 2 paniers de pansements.

La [4e] division se retire à 1 heure du matin. 300 blessés environ restent dans le village ; jusqu'au matin, je fais des pansements et réunis dans des granges ou à l'église, les blessés légers qui, après quelques heures de repos, pourront être évacués. Les inévacuables sont [page 3] mis à l'école des soeurs, à l'école laïque, dans les maisons du centre du village, ainsi que 15 allemands blessés.

Le 23 [août] à 6 heures du matin, les troupes allemandes n'étant pas encore signalées, je me hâte de chercher les dernières voitures restantes, et forme un convoi sous la conduite d'un médecin auxiliaire [Natan] que je dirige sur Meix-devant-Virton dont la route me semble être libre. Tous les blessés pouvant marcher (80 environ), 3 officiers transportables assis : capitaine Dorut, du 120e (fracture de cuisse) - lieutenant Pré, du 120e (Plaie en séton de l'abdomen), un autre officier, 40 blessés assis partent ainsi. - Le convoi arriva sans trop d'encombre à Meix en prenant un chemin détourné pour éviter la route balayée par les obus, mais les voitures ayant dû continuer jusqu'à Montmédy (30 kilomètres), ne purent rentrer que le surlendemain. Vers 9 heures, des coups de fusil sont tirés à l'entrée du village ; quelques fuyards sortis des bois arrivent poursuivis par des patrouilles de dragons allemands. Je fais rentrer les fusils à l'ambulance et je sors accompagné d'un sous-officier allemand blessé, pour m'avancer au-devant des cavaliers dès que je les verrai. Entre temps, le docteur Dournay était allé avec les infirmiers sur la hauteur derrière l'église enterrer nos morts de la nuit. Les Allemands, apercevant des uniformes français, tirent dessus. Mr le docteur Dournay va, sous la fusillade, décrocher un drapeau de la Croix-Rouge et s'avance vers eux au péril de sa vie. Je m'avance de mon côté par la grand-rue, accompagné [page 4] du sous-officier allemand blessé. Les coups de fusil s'arrêtent et nous nous trouvons en présence de la patrouille. Le sous-officier qui la commande affirme qu'on a tiré sur eux et qu'il y a des francs-tireurs dans le village. A grand peine, j'essaie de persuader le contraire à l'officier allemand survenu lui expliquant que quelques coups isolés ont pu être tirés dans les bois mais qu'il n'y a avec nous que des blessés. Mes dires sont confirmés par le sous-officier allemand blessé, il ajoute qu'il a été bien soigné ainsi que des camarades. L'officier me demande alors si je peux lui promettre qu'aucun coup de fusil ne sera tiré sur eux. Sur mon affirmative, nous traversons sans incident le village qui fut ainsi épargné. Un escadron suit la patrouille et nous laisse, en revenant une heure après, un sous-officier blessé.

Rappelons que les mêmes troupes avaient, dans les environs, commis les pires atrocités : les villages d'Etalle et de Tintigny avaient été entièrement brûlés et plus de 90 civils, femmes et enfants, fusillés dans chacun d'eux. A Ethe, ils avaient mis le feu à l'ambulance française, tué des médecins, fusillés les infirmiers et brûlés vifs les blessés sous prétexte de francs-tireurs (un infirmier du 103e fusillé deux fois et ayant reçu 8 balles se trouvait à Altengrabow ; il est rentré en France comme grand blessé.)

Le 24 [août], j'apprends que les blessés restés à Bellefontaine sont plus nombreux que je ne croyais et que le médecin civil du pays ne peut suffire à les soigner ; je détache Mr Dournay et deux infirmiers.- Cette ambulance avait à elle seule avec les Allemands, plus de 150 blessés. [La transcription de la liste des 176 blessés français et allemands, annexée au rapport Dournay, sera proposée dans la 4e partie des « ambulances oubliées de Belgique »].

II.- Impossibilité d'évacuer sur nos lignes nos blessés graves

La principale préoccupation fut alors d'essayer d'évacuer nos blessés [page 5] du côté français; mais je n'avais aucune indication précise sur la position de nos troupes, et au milieu de la canonnade qui tonnait autour de nous, je n'aurais pu risquer un convoi.

Du reste, les voitures de réquisition me faisaient défaut ; celles parties le jour du combat et le lendemain étant allées jusqu'à Montmédy ne sont revenues que le 25 [août] au soir ; de plus elles auraient été insuffisantes pour le nombre de blessés graves qui restaient.

J'envoie des isolés dans la direction où je suppose être nos troupes, avec mission de rendre compte de notre situation et de demander des voitures.

Le 25 août, des paysans affirment que la route de Meix-devant-Virton n'était plus libre, mais que par contre celle de Gérouville l'était encore ; le médecin auxiliaire Piettre se propose pour aller en reconnaissance et part seul en bicyclette sur cette route dangereuse. Il arrive ainsi, après avoir rencontré quelques allemands qui le laissaient passer, à Gérouville, où se trouve le quartier général de la 87ème brigade. Il voit le général [Emilien Victor] Cordonnier [1858-1936], lui rend compte de notre situation; nous commençons à manquer de vivres, de pansements, et avec des voitures, l'évacuation de nos blessés est encore possible. Le général envoie immédiatement une automobile et me promet un convoi pour 4 heures. - J’évacue dans l'automobile M. le capitaine Wolf, du 9e Chasseurs, gravement blessé à la hanche (fracture ouverte et infectée du col du fémur), et le lieutenant Tourette (fracture du poignet droit et plaie en séton de la région abdominale). [page 6] Je prends des mesures pour l'évacuation rapide des blessés de Lahage et de Bellefontaine. Mais le convoi attendu ne nous arriva jamais pour des raisons inconnues. Du reste à partir de ce jour, la canonnade ne cessa de s'éloigner.

Notre situation devenait difficile par suite du manque d'objet d'alimentation et de pansements. Une voiture de batterie abandonnée à 1 kilomètre de Lahage et dont j'avais immédiatement fait prendre le contenu, nous fournit du sucre, du café, du riz, du potage condensé, qui nous furent des plus utiles pour soigner les blessés.

Du blé se trouvant chez les paysans, je le réquisitionnais et le fit moudre dans un moulin près du village. Enfin la viande nous fut fournie par des boites de conserves trouvées sur les morts et par deux chevaux blessés que j'avais fait abattre.

III – Evacuation vers nos lignes, de tous les hommes pouvant marcher.

Entre temps, je dirigeai sur nos lignes plusieurs groupes appartenant à des régiments différents qui erraient dans les bois depuis la bataille du 22 [août] et qui avaient fini par rallier mon ambulance.

Le 24 [août] à 9 Heures du soir, arrivent ainsi 200 hommes du 103ème et 104ème commandés par deux officiers avec 18 cavaliers du 14e Chasseurs. Ils s'étaient battus le 22 Août près d'Ethe s'étaient perdus, avaient traversé les lignes allemandes en se cachant dans les bois, se dirigeant vers Lahage où on leur avait dit qu'il y avait une ambulance française. Comme ils n'avaient rien pris depuis 3 jours, je leur donnai du sucre, du café [page 7], du potage condensé et les fis conduire dans la forêt où ils bivouaquèrent, le lendemain de bonne heure ils rejoignirent nos lignes. Les chevaux n'ayant pu traverser la ligne de chemin de fer, restèrent dans la forêt, je les fis prendre et les gardais ainsi que 8 autres que j'avais déjà réunis. A mon départ, je les confiai à des paysans avec ordre de les rendre aux autorités françaises quand elles reviendraient.

Le 25 [août] dans la soirée, 60 hommes des 1er et 2e Colonial arrivent dans les mêmes conditions, à demi morts de faim. Une fois ravitaillés, je les fais conduire sur la route de Gérouville. Je fis de même pour les petits groupes isolés qui arrivèrent encore les jours suivants.

Entre temps, je m'étais occupé de l'assainissement du champ de bataille et j'avais demandé au bourgmestre des corvées pour ensevelir les morts, 400 Français et 290 Allemands furent ensevelis sur le territoire de la commune. Les officiers furent enterrés à part. Tous les cadavres avaient du reste été fouillés et dépouillés par des soldats allemands qui rodaient par groupes sur le champ de bataille et n'hésitaient pas à tirer sur les corvées ensevelissant les morts. (A) Je fis dresser une liste complète des décédés et des objets trouvés sur eux qui furent mis dans les porte-monnaie avec les plaques d'identité. Les objets des Français furent laissés au bourgmestre de Bellefontaine, ceux des allemands [page 8] furent remis aux médecins allemands.

J'enterrai également avec tous les honneurs possibles 12 blessés dont 4 officiers qui moururent du 22 au 30 août dans mon ambulance. Toutes les listes que je possédais me furent enlevées par les Allemands ; je pus cependant donner au corps en rentrant, par une copie que j'avais pu conserver, les noms de 410 ensevelis et de 120 prisonniers à Altengrabow. (…) »

A SUIVRE2e partie – Les ambulances de Lahage puis de Bellefontaine, 22-30 août 1914.

Notes :

(A) - presque tous les morts portaient plusieurs blessures, dont les unes, (...) faites à bout portant : ce qui prouve que les Allemands achevaient systématiquement tous ceux tombés sur le champ de bataille. Du reste, des blessés (...) moi, après le combat me confirmèrent cette façon d'agir et n'échappèrent à cette mort que par miracle. Ces listes ne sont pas annexées au rapport en ma possession (F.O.)

Sources :

Musée du service de santé des armées, Val-de-Grâce, à Paris, carton n° 633, dos. (NC) Barral, n° 26 - Rapport de captivité du médecin-major Barral du 120e régiment d'infanterie, médecin-chef de l'ambulance de Lahage-Bellefontaine (Belgique) du 22 au 30 août 1914 (...)

Journaux des marches et opérations des unités sur le site mémoiredeshommes : JMO DSS 4A – 26N 33/10; JMO DSS 2CA – 26N 105/1 ; JMO DSS 4DI – 26N 267/8 ; JMO GBC 2CA – 26N 105/11.

Schmitz et Nieuwland. Documents pour servir à l’Histoire de l’invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg, 7e partie, t. VIII, La bataille de la Sémois et de Virton. Bruxelles : Van Oest et Cie, 1924, 432 p.

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