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"Les blessés de la Trogne" au Val-de-Grâce...

16 Février 2014 , Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes

"Les blessés de la Trogne" au Val-de-Grâce...

Les blessés de la Trogne

- avec nos excuses à « Cyrano » -

"Ce sont les blessés de la trogne

Du Val-de-Grâce, joyeux fous.

Riant de leur sort, sans vergogne,

Ce sont les blessés de la trogne.

Revenants du monde où l’on cogne,

De leurs pansements tous jaloux,

Ce sont les blessés de la trogne

Du Val de Grâce, joyeux fous.

Face jamais qui se renfrogne,

Bouche en tulipe ou… bouche en trou !

Nez à greffer… - cherchez l’ivrogne ? .. –

Face jamais qui se renfrogne,

Œil de cristal, pas un ne grogne,

Et tous ils tiendront jusqu’au bout !

Face jamais qui se renfrogne,

Bouche en tulipe ou… bouche en trou !

Voici les blessés de la trogne

Du Val-de-Grâce, joyeux fous.

Narguant la censure qui rogne,

Voici les blessés de la trogne :

Allons ! Civils ! au garde-à-vous !"

La Greffe Générale, n°1 – 15 décembre 1917
Journal des mutilés de la face du Val-de-Grâce
Cité par Jean-Pierre TUBERGUE, 1914-1918. Les journaux de tranchées, 
Ed. Italiques, 1999, p. 133.

La chirurgie maxillo-faciale moderne est née de la Grande Guerre pour apporter une réponse chirurgicale aux dizaines de milliers de « gueules cassées » victimes du conflit. Le 10 novembre 1914, trois centres sont constitués (Paris, Bordeaux et Lyon) qui seront suivis de beaucoup d’autres. Tous les spécialistes français sont mis à contribution, la plupart et les plus connus provenant du cadre de réserve : A Paris, Sébileau et Morestin ; Pont à Lyon ; Imbert à Marseille ; Moure à Bordeaux, Dufourmentel à Châlons-sur-Marne, etc.

A Paris, Hippolyte Morestin (1869-1919) migre le 14 décembre 1914 de l’hôpital Saint-Louis au Val-de-Grâce pour y organiser un centre de chirurgie réparatrice de premier plan. Le 5 janvier 1915 le service des blessés de la face est créé officiellement au Val-de-Grâce ; Il disposera de plusieurs centaines de lits (480 en août 1919). Ce service – connu du plus grand nombre grâce au roman de Marc Dugain (J.C. Lattès, 1998) et au film éponyme de François Dupeyron (2001) - est renforcé par une annexe, installée dans les anciens locaux du Carmel, au 25 rue Denfert-Rochereau, qui accueille du 6 octobre 1915 au 15 novembre 1919, avec ses 95 à 110 lits, les mutilés de la face en convalescence ou nécessitant des « reprises ». Cette annexe sera évacuée en 1919 sur l’hôpital militaire de Vaugirard.

La carte postale qui illustre ce court article représente les « Gueules cassées » déléguées le 28 juin 1919 au château de Versailles pour la signature du Traité de Paix. Ces « braves » choisis par H. Morestin qui décédera la même année de complications pulmonaires liées à la grippe espagnole, sont : Albert Jugon, Eugène Hébert, Henri Agogue, Pierre Richard et André Cavalier.

Sur le convoi mortuaire d'Hippolyte Morestin, extrait des Mémoires d'Hélène Marie Zoé Baillaud épouse Rous de Madinhac (1892-1976) :

« Tout notre service a assisté à son enterrement : toutes les infirmières en uniformes, tous nos blessés valides. Ces derniers, qui étaient en cours de traitement, souvent pleuraient. Pour l’accompagner à sa dernière demeure nous avons traversé tout Paris à pied, du Val-de-Grâce au Père Lachaise. Dans les rues, tout le monde en silence regardait. Rien ne pouvait être si impressionnant que ce si long défilé de blessés à la face ».

"Voici les blessés de la trogne

Du Val-de-Grâce, joyeux fous.

Narguant la censure qui rogne,

Voici les blessés de la trogne :

Allons ! Civils ! au garde-à-vous !"

Respects !

(Musée du service de santé des armées, Cart. 148bis, V2, dact., s.d.n.l., « Mémoires d’une infirmière au Val-de-Grâce, en 1914-1918 », par Hélène Marie Zoé Baillaud épouse Rous de Madinhac (1892-1976), p. 3).

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