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SUISSE (1914-1918) : LE RAPATRIEMENT DES "SANITAIRES"

Rédigé par François OLIER Publié dans #les hommes

Je propose le premier article d’une série à venir sur les actions de la Croix-Rouge de Genève et de la Confédération helvétique en faveur des sanitaires et des prisonniers de guerre blessés et malades, en 1914-1918. Le premier dossier intéresse le rapatriement des personnels du service de santé des nations belligérantes qui sont identifiés comme « sanitaires » et souvent confondus dans les grandes opérations de rapatriement avec des prisonniers de guerre. Les sanitaires ne sont pas des prisonniers et leurs opérations de rapatriement ont été menées à part des mouvements qui ont affectés les prisonniers de guerre blessés ou malades.

Cette série d'articles est aussi pour moi l’occasion de marquer mon admiration pour l’œuvre des Suisses au bénéfice de nos sanitaires, de nos blessés, de nos prisonniers de guerre. Une œuvre considérable et scandaleusement peu connue en France. Je souhaite que mes articles participent à cette redécouverte.

La Suisse en 1914-1918 et le rapatriement des « sanitaires ».

L’article 12 de Convention de Genève du 6 juillet 1906 pour l’amélioration du sort des blessés et malades dans les armées en campagne prévoyait que les personnes désignées par les articles 9, 10 et 11 de la convention, c’est-à-dire, le personnel exclusivement affecté à l’enlèvement, au transport et au traitement des blessés et des malades, les aumôniers et sous certaines conditions d’autres auxiliaires, y compris des neutres, ne pouvaient être traités comme prisonniers de guerre.

« Les personnes désignées dans les articles 9, 10 et 11 continueront, après qu’elles seront tombées au pouvoir de l’ennemi, à remplir leur fonction sous sa direction (…) Lorsque leur concours ne sera plus indispensable, elles seront renvoyées à leur armée ou à leur pays dans les délais et suivant l’itinéraire compatibles avec les nécessités militaires ».

Ce texte qui déterminait clairement l’attitude à suivre à l’égard des « sanitaires » des pays belligérants tombés au pouvoir de leur ennemi ne fut pas systématiquement appliqué. Ces règles précisaient :

  • Que les « sanitaires » n’étaient pas des prisonniers ;
  • Qu’ils devaient poursuivre leurs soins sous la protection des belligérants ;
  • Que lorsqu’ils n’étaient pas ou plus indispensables, les « sanitaires » devaient être renvoyés à leur armée ou à leur pays.
« A la fin de 1914, constate le CICR, plusieurs centaines de médecins et bien plus de mille infirmiers et brancardiers, ainsi qu’un nombreux personnel masculin et féminin des Sociétés de la Croix-Rouge et des centaines d’aumôniers militaires étaient retenus depuis des mois, dès les combats d’août et septembre. Inactifs ou presque inactifs dans des camps de concentration ou dans des forteresses. (…) »[Durand, 38-39].

Les témoignages des médecins détenus en août-octobre 1914 que je propose depuis des mois sur ce blog, précisent que les Allemands, dans bien des cas, après avoir fait miroiter aux sanitaires un rapatriement immédiat via la Suisse, les envoyèrent, par la voie ferrée dans des voitures ou wagons gardés par la troupe armée, vers des camps de prisonniers en Allemagne où ils passèrent de nombreux mois de captivité…

Les exactions des armées allemandes en Belgique, les exécutions de blessés et de sanitaires français et belges (Gomery, Ethe), les « affaires » de vols au détriment des blessés par des « sanitaires » allemands en France, avant leur retraite de la Marne (*), les conseils de guerre qui s’ensuivirent et la publicité qui fut faite à cette occasion, enrayèrent de part et d’autre, les bonnes volontés de collaboration et d’échanges au profit des « sanitaires ».

(*) - Ainsi l'affaire des sanitaires allemands du feldlazarett du IIe CA allemand, arrêtés après le pillage de Lizy-sur-Ourq, du 3 au 9 septembre 1914. Voir l'article des Echos de Paris, du 21 novembre 1914 intitulé : "Pillage de Lizy-sur-Ourcq".

En novembre 1914, les rapatriements des sanitaires français, belges et allemands étaient interrompus. Des milliers d’entre eux étaient en attente de rapatriement via la Suisse. A la fin de mars 1915, près de 600 sanitaires français et autant d’allemands avaient été rapatriés. En avril 1915, le retour des sanitaires était de nouveau bloqué. En juillet de la même année, sur l’intervention du comité international de la Croix-Rouge, près de 4000 sanitaires français et près de 1000 sanitaires allemands furent rapatriés ; puis les frontières, de nouveau, se fermèrent.

Cette situation perdura jusqu’en octobre 1916, époque à laquelle d’importants rapatriements furent poursuivis :

  • 180 officiers et 2790 sous-officiers et soldats sanitaires français ;
  • 250 officiers et 900 sous-officiers et soldats sanitaires allemands

A la même époque le rapatriement des sanitaires belges rencontrait de sérieuses difficultés, en dépit de l’appui du Comité international de la Croix-Rouge. De fait, les Belges ne pouvaient être rapatriés puisqu’ils avaient été faits prisonniers sur leur territoire occupé. Ils ne pouvaient donc que rejoindre leur armée qui se battait sur la frange littorale et les allemands y mirent un frein, les associant pour les rapatriements, au coup par coup avec les Français, sans toutefois oser interdire leur passage en France.

A l’issue des grandes opérations de rapatriement de sanitaires d’octobre 1916, 115 français et belges restèrent internés en Suisse en contradiction avec la convention de Genève ; 32 furent rapatriés le 20 janvier 1917 tandis que 18 sanitaires allemands internés eux-aussi étaient renvoyés en décembre 1916 en Allemagne. [Favre, I, 26]

Les à-coups dans les opérations de rapatriements de sanitaires – encore interrompues, en mars 1917 – furent définitivement levés en décembre 1917 ; époque ou un accord franco-allemand signé à Berne spécifia « que le personnel protégé par la convention de Genève serait dorénavant rapatrié, par convois réguliers tous les deux mois, circulant alternativement dans les deux sens entre Constance et Lyon (…) » [Durant, 42]. Cette procédure fut appliquée jusqu’à l’Armistice. Des échanges similaires furent appliqués pour les sanitaires anglais, via la Hollande et russes, via la Suède.

Sources et orientation :

Abbal O, Soldats oubliés, Les prisonniers de guerre français, Esparon : Etudes et communications édit., 2001, 262 p., ill. [en réalité, étude régionale sur les prisonniers languedociens]

Durand A, Histoire du comité international de la Croix-Rouge, de Sarajevo à Hiroshima, II, Genève : Institut Henry-Dunant, 1978, 590 p. [majeur. Sur la Grande Guerre, ch. II, pp. 22-77]

Favre E, L’internement en Suisse des prisonniers de guerre malades ou blessés. 1er rapport, 1916, Genève, Bâle, Lyon : Georg. Et cie, 1917, VIII-426 p. ; 2e rapport, 1917, Genève, Bâle, Lyon : Georg. Et cie, 1917, VIII, 388 p. ; 3e rapport, 1918-1919, Berne : Bureau du service de l’internement, VI-467 p. [incontournable pour l’internement et quelques éléments sur les sanitaires].

Fouillet B., La ville de Lyon au centre des échanges de prisonniers de guerre (1915-1919), dans Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 2005/2, n°86, p. 25-42.

Photo : "Sanitaires" français en route pour la frontière escortés par des soldats suisses.

A SUIVRE

L’internement des prisonniers de guerre blessés et malades en Suisse (1914-1918).

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