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MONTMEDY 1914 – HOPITAUX MILITAIRES DE LA MEUSE DANS LA BATAILLE DES FRONTIERES

Rédigé par François OLIER Publié dans #les hopitaux

MONTMEDY 1914 – HOPITAUX MILITAIRES DE LA MEUSE DANS LA BATAILLE DES FRONTIERES

MONTMEDY 1914 –

La place forte de Montmédy disposait en 1914 d’une importante garnison de 3500 hommes dispersée entre la citadelle et de nombreux ouvrages extérieurs destinés à « empêcher toute attaque de vive force ». La garnison comprenait un bataillon du 165e régiment d’infanterie, un bataillon du 45e Territorial, deux batteries du 5e régiment d’artillerie de forteresse, d’importants détachements du génie, de chasseurs forestiers, de gendarmes, de douaniers et d’infirmiers militaires. Dès le déclenchement de la mobilisation, en application du Plan XVII, les troupes de couverture françaises se mirent en place pour permettre la concentration du 2e corps d’armée (QG à Louppy-sur-Loison). A compter du 10 août les combats s’intensifièrent en Belgique puis sur la frontière, au nord de Montmédy (10-25 août). Le 24 août la gare de Montmédy était évacuée, puis, le 27, c’était au tour de l’ensemble de la garnison de prendre la route de Verdun après avoir détruit ses armements et ses approvisionnements. Le 29, cette troupe qui retraitait prudemment à couvert des bois engageait à Brandeville et Murvaux, au sud de Montmédy, un combat perdu d’avance contre un ennemi supérieur en nombre.

Le 29 août 1914 les Allemands entraient à Montmédy.

« Rapport établi par le médecin-major de 1ère classe Thirion Rémy Edouard au sujet de sa captivité, [daté de Toul, le 11 mars 1915]

Après avoir été affecté à Verdun depuis 10 ans, depuis le 7 mars 1904, avec le grade de médecin-major de 1ère classe, j’ai demandé en février 1914 à faire valoir mes droits à la retraite et ai été rayé des contrôles de l’armée active le 23 juin 1914.

En quittant mon régiment, j’avais désigné pour y recevoir les notifications relatives à ma pension de retraite et à mon emploi à la mobilisation :

1°) Montmédy de juillet au 1er septembre

2°) Nancy, 108 quai Claude Le Lorrain, à partir du 1er septembre.

Le 2 août, n’ayant rien reçu, je me suis mis à la disposition du gouverneur de Montmédy, qui m’a attribué l’emploi de médecin traitant à l’hôpital militaire (Ville Basse).

Le même jour arrivait à Montmédy le médecin-major de 1ère classe de territoriale Prévost (A), désigné comme médecin-chef de la Place et de l’hôpital militaire.

Lorsque après la retraite du 2e corps, dans l’attente du bombardement, les deux autres médecins affectés au service hospitalier de la Ville Basse se rendaient dans la forteresse avec presque tout le personnel infirmier, je restai à la Ville Basse pour y assurer le service médico-chirurgical ; je n’ai en réalité été médecin chef de service qu’à ce moment, c’est-à-dire du 25 au 27 août inclus.

A la date du 25 août 1914, la Ville Basse possédait trois hôpitaux : l’hôpital militaire du temps de paix, annexe de celui de Sedan, l’hôpital complémentaire de l’école supérieure et l’hôpital auxiliaire de la Croix-Rouge près de la sous-préfecture (B)(C).

La plupart des malades et des blessés (ceux-ci venaient des petits combats des environs et surtout de la bataille livrée en Belgique, à Virton...) avaient [page 2] été groupés à l’hôpital militaire qui abritait 95 malades sur 150 y compris six officiers.

L’hôpital auxiliaire venait de recevoir d’une ambulance du 2e corps (D), 3 infirmiers et un étudiant en médecine qui ne devaient pas s’abriter dans la forteresse. Un capitaine de chasseurs à pied hospitalisé le 25, huit jours après ses blessures, a succombé dans la nuit du 26 au 27 à des accidents septicémiques. Aucun autre blessé n’inspirait des inquiétudes immédiates.

Le 27 août dans l’après-midi, quand l’abandon prochain sans combat du fort fut connu, le service médical hospitalier regagna son poste et je cessai d’être médecin chef de service de la Ville Basse (E).

Le 29, l’ennemi prenait possession de Montmédy, mais le service hospitalier continua à fonctionner comme auparavant pendant une huitaine de jours (F).

Le 7 septembre, le médecin-chef de la Place était dirigé sur l’Allemagne (G) et j’étais maintenu dans mes fonctions de médecin traitant pour les blessés français à l’hôpital militaire, fonctions que j’ai conservées jusqu’au 23 octobre.

L’hôpital de Montmédy, peu éloigné du front, ne devait en principe recevoir désormais que des blessés devant être rapidement évacués sur les hôpitaux du territoire allemands. Les blessés les plus gravement atteints, - au nombre de cinq – n’ont été évacués qu’en octobre ; les autres avaient été successivement évacués, après mon avis, par train sanitaire improvisé ou permanent ; le 23 octobre, des premiers blessés d’août, il ne restait plus qu’un officier atteint de paraplégie due à des lésions de la moelle par balle. Ils étaient remplacés en partie par de nouveaux blessés français appartenant aux corps d’armée qui formaient la défense mobile de Verdun ; il y a eu ainsi toujours un effectif moyen d’une vingtaine de blessés jusqu’à la 2e décade d’octobre ; plusieurs centaines de blessés se sont succédés rapidement en sept semaines.

Le 10 septembre, j’ai eu l’honneur de trouver parmi eux, Mr le médecin principal Simonin (H), du Val-de-Grâce, blessé dans la région du genou droit ; il était accompagné d’un médecin aide-major, d’un médecin [page 3] auxiliaire, d’un artilleur non blessés.

Les blessés français étaient indifféremment répartis dans les trois divisions [allemandes], au rez-de-chaussée, au 1er étage où se trouvaient des lits de troupe et au 2e étage aménagé ave des lits de troupe... Chaque division était dotée de deux médecins, soit avec le médecin-chef, 7 médecins pour l’hôpital militaire ; de plus il y avait en dehors du personnel médical hospitalier, des spécialistes pour les yeux, les oreilles, les affections nerveuses, contagieuses, pour la radiographie ; il y en avait même pour les opérations et les autopsies délicates. Un service dentaire avait été installé dès les premiers jours pourvu comme les services chirurgicaux, d’un arsenal des plus complets. Comme les autres médecins traitants, je soumettais à l’examen de ces spécialistes, mes malades, lorsque je le jugeais utile...

Le 23 octobre au matin, le médecin-chef m’a communiqué une note du ministère de la Guerre allemand prescrivant mon envoi en Allemagne ; je devais partir le même jour, vers midi. J’ai été mis en route en même temps que deux étudiants en médecine, lesquels comptaient sur un prochain retour en France ; j’en ai été séparé à Thionville, d’où j’ai gagné isolément le camp d’Ohrdruf (Thuringe). Là j’ai retrouvé dix médecins et deux pharmaciens arrivés de la veille ; ils avaient été depuis la fin d’août, employés aussi au traitement des blessés à Givet, Charleville... (...)

[copie] datée de Clairvaux, le 30 août 1916»

Il quitta le camp de prisonniers le 20 novembre et repassa la frontière française, via la Suisse, le 23 novembre 1914.

Le service de santé de la place forte de Montmédy (après le 27 août 1914) dans les combats de Brandeville et Murvaux (Meuse).

« Rapport de captivité du médecin auxiliaire Déhérain François du 45e Territorial de Montmédy. Fait prisonnier le 29 août 1914. Libéré le 15 juillet 1915, actuellement de service à l’hôpital temporaire 75 à Vichy.

La garnison de Montmédy évacua le 27 août au soir la forteresse pour tenter de regagner Verdun à travers les bois de la Woëvre.

Le 29 août au matin, elle entra en contact avec l’armée du Kronprinz entre Brandeville et Murvaux et fut en quelques heures massacrée ou prisonnière.

Ayant eu à m’occuper immédiatement de nombreux blessés, je formai un poste de secours sur le bord de la route. Je réussis par des observations violentes faites en allemand à protéger mes blessés contre les soldats allemands qui tiraient sur eux à travers les buissons. Je n’ai pas eu à me plaindre dès ce moment de l’ennemi. Le transport des blessés fut retardé par le défilé de l’armée ennemie sur cette même route. J’obtins pour eux de l’eau et du café. Le lendemain ils furent [page 2] soignés dans l’église de Brandeville. La formation sanitaire d’origine wurtembourgeoise fut à mon égard pleine de prévenances, de même durant mon séjour à l’hôpital installé au château de Loupy et où l’on me pria de rester jusqu’au 15 août (sic) [septembre] pour soigner les Français au nombre de 70 ou 80. Toutes les opérations furent faites avec une grande compétence et en temps utile. L’hôpital de Loupy fut évacué par suite de la bataille de la Marne. Je fus emmené à la forteresse de Montmédy et enfermé avec des officiers prisonniers. J’allais deux fois par jour soigner des soldats français blessés au nombre d’une centaine, mais sans moyens matériels suffisants, par suite du manque de contact avec le personnel médical allemand.

Tous les médecins rencontrés jusque là m’affirmaient que j’allais être rapatrié par la Suisse. Je partis le 19 septembre pour l’Allemagne, dans un wagon à bestiaux avec de nombreux blessés. (…) »

Le médecin auxiliaire Déhérain fut enfermé au camp de prisonniers de guerre de Halle-sur-Saale jusqu’au 11 juillet 1915 ; dans ce camp il retrouva de nombreux médecins français, dont ceux de la garnison de Sedan (Aubertin, Abd-El-Nour, etc.).Voir mon article sur SEDAN 1914.

Notes :

(A) - Le médecin-major de 1ère classe Prévost a laissé un rapport de captivité, daté du 12 août 1915, qui est archivé au musée du service de santé des armées, carton n° 639. Dans ce rapport, complémentaire de celui du docteur Thirion (carton n° 641), j’emprunterai les éléments concernant Montmédy antérieurs au 25 août 1914. Le docteur Prévost signalait que les premiers blessés, au nombre de 30 à 40, arrivèrent le 10 août 1914, après le combat de Pillon-Mangiennes.

(B) - Le médecin-major de 1ère classe Prévost précisait que l’hôpital militaire et l’hôpital complémentaire de l’EPS de garçons disposaient de 150 lits ; celui de la Croix-Rouge (salle des fêtes), de 50 à 60 lits ; la forteresse de Montmédy (Montmédy-Haut) quant à elle possédait un hôpital de siège de 50 places qui ne fonctionna pas. « A partir du 22 août, tous les lits sont constamment occupés, malgré de très nombreuses évacuations sur Mézières et Laon ».

(C) - Le médecin inspecteur Cahier (1857-1926), directeur du service de santé de la 4e armée, mentionnait dans son Journal des marches et opérations (Arch. SHD Terre, 26N 33/10, fol. 9), à la date du 22 août 1914, la capacité hospitalière de la place forte de Montmédy : « Hôpital militaire, 92 lits ; hôpital temporaire, 63 lits ; infirmerie de fort, 50 lits, dépôt d’éclopés (caserne), 600 places ».

(D) - Formations sanitaires du 2e corps d’armée à Montmédy - L’ambulance n°8/[2] est en charge du dépôt d’éclopés de Montmédy. « A 23 heures, ordre est donné au médecin-chef de l’ambulance n°2/[2] de mettre tout son personnel à la disposition du service de santé de la Place en vue de l’évacuation des blessés sur Montmédy ». Le 25 août 1914, « L’ambulance n° 4/ [2] après avoir assuré l’évacuation de 40 de ses blessés et fait transférer à l’hôpital de Montmédy ses blessés inévacuables rejoint l’ambulance 8. Elle laisse sur l’ordre du Directeur à l’hôpital de Montmédy, 1 caporal et six infirmiers. » (Arch. SHD Terre, 26N 105/1, 22, 23 et 25 août 1914).

(E) - « La garnison toute entière a quitté cette ville le 27 août vers 20 heures pour se diriger vers Verdun », in rapport Prévost, op. cit., p. 2.

(F) - « Les Allemands occupèrent la ville le 29 août, vers 3 ou 4 heures du matin. » (…). Les médecins allemands (XII AK Wurtembourgeois) arrivèrent le 1er ou le 2 septembre. Archives du musée du service de santé des armées, carton n° 637, rapport Lassaux, daté du 5 août 1915, p. 2.

(G) - Départ à 14 h. avec un pharmacien (Vasseur), un officier d’administration (Lassaux) et quelques blessés pour Ingolstadt (All.), où ils arrivent le 10 septembre vers 10 heures. In rapport Prévost,op. cit., p. 3.

(H) - Sur le médecin principal de 1ère classe Jules Simonin (1864-1920), professeur au Val-de-Grâce, médecin divisionnaire de la 7e division du 4e corps d’armée, qui n’est pas très disert dans son rapport (carton n° 640) sur ses conditions de séjour comme prisonnier blessé à Montmédy. L’on sait seulement qu’il y fut, très correctement, traité par le docteur Mann avant son transfert à Mannheim (Grand Duché de Bade). On lui connaît un ouvrage de souvenirs : De Verdun à Mannheim, Ethe et Gomery (22, 23, 24 août 1914). Paris : Vitet, 1917, 315 p. dans lequel il relate le massacre des « sanitaires » de sa division survenu à Ethe et Gomery (Belgique).

Sur Montmédy 1914-1915 : Errard Paul. Montmédy du 1er août 1914 au 1er juin 1915, dans le bulletin de la société des naturalistes et archéologues du Nord de la Marne, 1959, 73-105 [en ligne].

In Memoriam : DUPUY Maurice Jean Raoul (1882-1914). Médecin aide-major de 1ère classe (lieutenant) au 251e régiment d'infanterie. Né le 4 décembre 1882 à Lyon (Rhône). Décédé de ses blessures, le 22 ou le 26 août 1914 à Montmédy (Meuse). Classe 1902, matricule n°74 au corps. Mort pour la France. Croix de Guerre - JO, 12 décembre 1914 : "A fait preuve du dévouement le plus absolu en se prodiguant au milieu des points de chute des projectiles. A été grièvement blessé, au moment où, penché sur un homme qui venait d'être atteint, il s'apprêtait à le panser." (Aux médecins morts pour la Patrie..., p. 252).

Sources : Arch. Musée du service de santé des armées au Val-de-Grâce, à Paris, cartons n° 635 (Déhérain), 637 (Lassaux), 639 (Prévost), 641 (Thirion).

Mise à jour : 1er décembre 2013.

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